Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

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vendredi 5 juin 2015

Chronique des ZAD mai 2015 : NDDL, Sivens, Roybon, Oléron, Poligny

PROJET  D’AYRAULT – PORT     
de NOTRE DAME DES LANDES (44)

Source : ZAD.nadir.org             
mai 2015      

ZAD ailleurs : ZAD de SIVENS (81)ZAD de ROYBON (38) 
ZAD d'OLERON (17) – ZAD de POLIGNY (39)


ZAD de NDDL - 44


1. Infos  du 1er au 3 Mai

Vendredi  1er mai

... la personne (chronique d'avril) arrêtée hier a été relachée dans la nuit.
  jour de fête et de lutte des travailleur-euse-s ! A Nantes, un appel à rejoindre le cortège contre le capitalisme et la surveillance

2. Infos  du 4 au 10 Mai

Lundi  4 mai

la DGAC est à la recherche d’un juriste pour des « prestations de conseil juridique et stratégique relatif au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique ». : si vous avez des conseils à donner à la DGAC, c’est à cette adresse  : pmi-dgac.sg@aviation-civile.gouv.fr. (pour plus de détails, voir ici

  > ce we, on a fếté les 1 an de l’arrivée et de la construction du hangar du Rosier avec un fest-noz de folie : plusieurs centaines de personnes sont venues danser malgré la pluie ! merci au comité de brest qui a organisé tout ça, aux fournisseur-euse-s et convoyeur-euse-s de hangar, aux amateur-euse-s de danses trad, aux musicien-ne-s et groupe surprise, et à tou-te-s celleux qui ont participé de près ou de loin à cette histoire : rendez-vous pour fêter les 10 ans !

  >  à propos de la loi sur le renseignement  :
  > un article de rue89 à lire ici
Jeudi  7 mai

une ferme inoccupée depuis 2 ans a été ouverte aujourd'hui en plein coeur de la ZAD. De nombreuses discussions avaient eu lieu concernant l’ouverture de cette maison qui a appartenu à un paysan impliqué dans la lutte qui en est toujours locataire. En l’absence de positions communes certain-es ont décidé d’ouvrir cette maison. On espère qu’on arrivera à trouver une solution qui satisfera tout le monde.

L’hélicoptère de gendarmes a survolé deux fois l’endroit pendant de longues minutes. Vigilance autour de la zone et merci de nous signaler tout mouvement de keufs dans les environs, lors des jours qui viennent.... sur notre numéro d’urgence .
>  D’après pressO’ du mardi 5 mai, différents rendus de recours juridiques contre l’aéroport pourraient être rendus fin juin... Afin d’avancer sur les travaux quand tout le monde est en vacances ?

Dimanche  10 mai

Sur la ZAD : pas grand chose à signaler, le beau temps revient et p’têt qu’on pourra enfin se remettre aux plantations et aux semis. Pas de flics en vue pour l’instant et plus de nouvelles des puceurs de tritons (bonne nouvelle ? On reste vigilant-e-s !).

>  La Ligue des droits de l’Homme, le Syndicat des Avocats de France, et le Syndicat de la Magistrature ont publié un communiqué commun Pour le droit à la vérité et à la justice qui réagit à la décision récente de la Procureure de "classer sans suite" et donc de n’ordonner aucune enquête ni encore moins de désigner un juge d’instruction indépendant, dans l’affaire des très graves violences policières lors de la manif anti-aéroport du 22 février 2014.

3. Infos  du 18 au 24 Mai

Lundi  18 mai

  « zadiste » a fait son entrée dans le dictionnaire : « militant qui occupe une ZAD pour s’opposer à un projet d’aménagement qui porterait préjudice à l’environnement ». On n'est pas sûr-e-s d’être convaincu-e-s…

>  La semaine dernière a eu lieu le rendu du procès de la famille Herbain, habitant-e-s « historiques » de la ZAD. Il ont eu 18 mois de délai... à condition de payer des arriérés de loyer à AGO. Ce rendu à été l’occasion d’une belle fête au Liminbout. Il y a même un article dans Ouest France, Le Point

 > La Lettre à Lulu, « le sale gosse de la presse nantaise » vient de sortir son numéro 88. Parmi le sommaire : « la ZAD cultive l’utopinambour, accumule les projets de petite économie maraîchère, épicière, forestière, hôtelières, le tout around the coin du bois. Une histoire d’utopie de micro gouvernements horizontaux, et de projection dans un dépassement de la propriété privée du sol. En références, les Communaux du XVII et XVIIIe siècle, où les droits d’usage avait ses règles. » ; « Vinci comme sponsor d’une braderie d’artistes de la récupe, ça la fout mal et ils l’assument à peine, du bout du fer à souder. » et bien d’autres choses.

ZAD de SIVENS - 81

 4. Infos  du 4 au 10 Mai

Lundi  4 mai

sur place à Sivens, les arrêtés (du CG 81) d’interdiction de stationner, circuler, se balader, etc… sont reconduits jusqu’au 30 juin ! Mr Carcenac, les amoureux du coin pensent bien fort à vous en allant s’y promener…

Un lecteur avisé nous en apprend un peu plus sur la signification du mot « pélut », dont les pro-barrages ont affublé les occupants de la zone : 

« Pélut (et non Pelluts) est un nom d’origine Béarnais. « Pélut signifie .. au sens propre .. qui a un système pileux très développé, et brave, courageux au sens figuré. Ce nom peut aussi être en rapport avec la végétation environnante, indiquant qu’elle est particulièrement fournie, … ou encore désigner quelqu’un de chanceux dans le sens de né coiffé, ou, bien-né. »
Source : http://www.lebearn.net/patronymes.html


Mardi  5 mai

On nous envoie ce courrier édifiant de la FDSEA Finistère dans le cadre de la consultation à propos du projet de SDAGE  Loire-Bretagne 2016-2021 (adressé aux maires des communes concernées).  
Le plus fort, un projet de motion toute rédigée à faire adopter en conseil municipal… 4 documents scannés : 1 et 2  (le courrier, en gros, laissez nous polluer en paix !) et la motion à faire voter :  3 et 4.

Mercredi  6 mai

Notre point hier sur le SDAGE Loire-Bretagne a été remarqué, on nous transmet la délibération de la chambre d’agriculture du Tarn du 16 mars dernier (tjrs présidée par Huc, concernant le SDAGE Adour Garonne 2016-2021. Message fort : n’oubliez pas de faire plein de barrages. Et également un autre doc invitant les agriculteurs à participer à la consultation sur internet (avec une page d’explication sur ce qu’est un SDAGE, etc ). Tiens, vous pouvez aussi participer ! (« La consultation du public est l’occasion de faire connaître votre avis et de peser dans le débat » -> on en doute un peu mais bon…).


5. Infos  du 18 au 24 Mai

Lundi  18 mai

Autres documents : Témoignage de paysannes et paysans sur leur implication dans la lutte contre le barrage, la portée politique de leur activité, sur leur rapport au pays etc…: http://www.canalsud.net/IMG/mp3/printemps_de_sivens-26-04-2015.mp3 http://www.canalsud.net/?-Le-front-du-lundi-

6. Infos  du 25 au 31 Mai

Jeudi  28 mai

La Métairie Neuve a été incendiée pendant la nuit. Probablement un acte criminel dont les coupables ne seront jamais inquiétés (cf. également l’enquête sur la ratonnade des pro-barrages à la Métairie en janvier 2014 !). 

Pendant ce temps, deux copains sont en prise avec la justice, poursuivis pour des faits fantaisistes supportés par de faux témoignages de gendarmes  (c’est l’affaire dite « de la main cassée » : on en a entendu parlé de ces 45 jours d’ITT gendarmesque). Deux poids, deux mesures… 


Vendredi  29 mai

A Sivens, une video montre que des gendarmes violents accusent faussement des opposants


Deux opposants au barrage de Sivens étaient jugés jeudi à Toulouse, accusés d’avoir fracturé la main d’un gendarme en septembre dernier. Mais la scène avait été filmée, et la vidéo montre que le gendarme en question a été frappé par... un de ses collègues. Reporterre publie la video : à vous de juger.

>  Toulouse, correspondance
« Madame la greffière, est-ce que la mécanique marche bien ? » De sa voix chevrotante, la présidente du tribunal s’enquiert auprès de la magistrate du bon fonctionnement de la vidéo. « Il faut mettre le cd-rom ! » insiste celle qui doit juger Yannick et Gaëtan. Ceux-ci sont accusés de "violences volontaires sur des dépositaires de l’autorité publique". Durant de longues minutes, la salle d’audience a les yeux rivés sur les écrans où défilent au ralenti les images de l’arrestation des deux manifestants le 15 septembre dernier.
Ce jour-là, les deux habitants du Tarn arrivent sur la ZAD du Testet un peu avant 9 heures du matin. Sensibles à la cause, ils sont venus en voisins, pour prêter main forte aux zadistes qui tentent d’empêcher l’avancée des engins de chantier. Dans un nuage de gaz lacrymogènes, ils sont repoussés par un cordon de gendarmes du PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) avant d’être bloqués aux abords du Tescou, le petit cours d’eau qui traverse la zone humide.
  
Une quinzaine de personnes sont venues soutenir Yannick et Gaëtan devant la cour d’appel de Toulouse. 

« Tout était calme au début », explique Gaëtan. Le charpentier de 35 ans s’accroche nerveusement à la barre du tribunal. « Ensuite tout s’est passé si vite, je ne me souviens que des coups que j’ai reçus. » Condamné à deux mois de prison avec sursis, il est accusé d’avoir agrippé l’un des gendarmes présents : « C’est faux », répond-il. « Je me suis juste mis devant, parce qu’ils venaient de casser la caméra d’un manifestant. »

Cette séquence ne figure pas dans la vidéo de l’interpellation des deux opposants. Elle débute au moment précis où Gaëtan, en sweat à capuche marron, est frappé de coups de matraque télescopique. Au milieu de la mêlée, un autre opposant vêtu d’un sweat marron mais affublé d’une casquette blanche apparaît à l’écran, il s’agit de Yannick.

« Je suis venu porter secours à mon ami, la violence ce n’est pas dans ma culture », se justifie l’ouvrier en bâtiment de 42 ans dont le casier judiciaire est aussi vierge que celui de son collègue. Originaire de Lorraine, il raconte ce qu’il a vécu de son accent gouailleur sous le regard appuyé de la juge. « J’ai été jeté à terre et frappé au thorax. Ensuite je n’ai plus bougé. » Evacués manu militari par un groupe de gendarmes, les deux opposants sont ensuite tous deux emmenés en garde à vue.

Jugé en comparution immédiate le 19 septembre dernier, Yannick est condamné à cinq mois de prison avec sursis : il aurait fracturé la main du gendarme qui s’est porté partie civile. Fracture due à un coup de pied qui a occasionné 45 jours d’arrêt de travail (ITT). Gaëtan lui, a écopé de deux mois de prison avec sursis lors de cette première audience où la vidéo amateur avait pourtant été visionnée par le tribunal. « Mais la vidéo en vitesse réelle, qui ne dure que quelques secondes, est trop confuse », précise Eric Soulans, l’avocat de Yannick.

Cette vidéo a été tournée par David, qui vit à une dizaine de kilomètres de la ZAD. Fortement impliqué dans la lutte contre le barrage, et « devant le déploiement de force démesuré mis en place par les autorités », il se rend en septembre 2014 tous les jours sur le site, muni d’une petite caméra. Cité comme témoin, il raconte ce qu’il a vu et ce qu’il a filmé : « J’ai entendu gueuler à ma droite, j’ai vu une mêlée se former. Et j’ai surtout été choqué de voir un gendarme frapper quelqu’un qui était à terre. Un gant de sécurité a volé et le gendarme qui plaquait Yannick a fait une drôle de grimace. »

Si l’image à vitesse réelle est chaotique, on découvre dans la version au ralenti un gendarme muni d’un flashball donner plusieurs coups à Gaëtan, lequel est maintenu au sol par le militaire blessé. « On voit le coup de pied ! » s’écrie un soutien aux opposants depuis le fond de la salle.

« Au moment précis où le gendarme reçoit un coup de pied, on voit bien que c’est un autre gendarme qui le frappe involontairement », martèle Claire Dujardin, l’avocate de Gaëtan. « Il est donc impossible que l’opposant ait donné un coup. On voit clairement que les gendarmes se sont blessés entre eux. » Pour les avocats des opposants qui plaident la relaxe, la vidéo tournée par David constitue une preuve flagrante et essentielle permettant de contredire les procès verbaux déposés par les gendarmes. En tout, cinq témoignages de militaires ont été déposés contre les deux Tarnais.
  
Claire Dujardin, l’avocate d’un manifestant mis en cause, montre la vidéo dans son cabinet toulousain.
Sagement assis sur son banc, le gendarme blessé à la main affirme ne pas être en mesure de se reconnaître dans la vidéo. « Mais vous faites bien partie du PSIG, et tous n’ont pas votre carrure ! » s’exclame Maître Soulans qui identifie formellement le gendarme costaud comme celui qui porte un sac à dos sur la vidéo.

Une vidéo à laquelle l’avocate des militaires n’accorde aucun crédit : « Je ne pense pas que l’on puisse en tirer des arguments dans le sens où cette vidéo ne démontre absolument ce qu’ils disent car l’agression a eu lieu avant », s’entête Françoise De Angelis. L’explication ne convainc pas l’avocat général. Il demande la relaxe de Yannick en invoquant des « doutes » après le visionnage de la vidéo.
  
Maître Françoise De Angelis, avocate des gendarmes affirme : « On ne peut pas tirer d’arguments de la vidéo ». 

« Ce sont des victimes, mais qui ont été condamnées et considérées comme des responsables de cette violence », s’indigne Ben Lefetey. Le porte-parole du Collectif pour la zone humide du Testet constate : « Leur première condamnation était politique. A ce moment, les autorités n’arrêtaient pas de dire qu’il y avait des manifestants violents. Ils avaient besoin d’un exemple. »
Pour Ben Lefetey (à droite), porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, les premières condamnations de Yannick et Gaëtan étaient avant tout politiques. 
Yannick et Gaëtan ont effectivement été les premiers opposants condamnés pour violences sur les forces de l’ordre. Les premiers d’une longue liste qui n’a fait que s’allonger au fur et à mesure de l’escalade des violences policières sur la ZAD du Testet avant le décès de Rémi Fraisse le 25 octobre dernier.

Tir de flash-ball à bout portant

A la fin de la vidéo amateur, on distingue le gendarme au flashball tirer sur un manifestant. La balle frappe les testicules de plein fouet. Une plainte a été déposée et l’enquête suit son cours. Selon l’extrait de cette vidéo, il a été tiré à moins de quatre mètres alors que légalement les forces de l’ordre doivent respecter pour ces tirs une distance minimale de sept mètres.

L’utilisation de ce type d’armes avait fait débat lors de la commission parlementaire sur le maintien de l’ordre présidée par Noël Mamère. Le gendarme au flashball qui a donné un coup à son collègue sera-t-il inquiété ? Rien n’est moins sûr. La vidéo apportée par les opposants évitera-t-elle une erreur judiciaire et une condamnation pour Yannick et Gaëtan ? La décision a été mise en délibéré jusqu’au 1er juillet prochain.

Marine Vlahovica - Reporterre

Samedi  30 mai

A propos du procès de  ce jeudi (délibéré au 1er juillet) : un lien vers la vidéo complète  (450 Mo à télécharger) projetée à l’audience et un descriptif des instants marquants. Un doc montrant des photos des PSIG canardant au flashball à très courte portée… On se souvient tous du copain qui en a eu un flashball  braqué sur la tempe le 3-4 septembre dernier.

* Le dernier communiqué de presse du Collectif Testet (co-signé par l’avocate dééfendant les deux copains), qui parle de la Métairie et du procès… 
*La réaction d’un habitant proche de Sivens, concernant l’incendie de la Métairie 
*Une chanson de soutien par Sebrat intitulée : Djihadiste Vert ! 


ZAD des CHAMBARANS – ROYBON – 38

7. Infos  du 4 au 10 Mai

Lundi 4 mai

À Grenoble, les luttes contre Center Parcs ont convergé
  
Plusieurs centaines de personnes ont participé à une journée de mobilisation en soutien à la ZAD de Roybon, samedi 2 mai. Des opposants à d’autres projets de Center Parcs se sont également associés à ce rassemblement.
>  Grenoble, reportage

Samedi, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Grenoble, à l’initiative des collectifs de soutien à la ZAD de Roybon. Zadistes, militants anti-Center Parcs, syndicalistes, pour une "marche des possibles". Tous sont venus gonflés à bloc pour cette journée placée sous le signe de la convergence des luttes. À quelques semaines d’une décision de justice très attendue qui doit statuer sur trois arrêtés, dont celui de la loi sur l’eau, la mobilisation revêt un caractère particulier. Au départ du Parc Hoche, un cortège a défilé en ville dans une ambiance bon enfant. « Après plusieurs événements à Roybon, où on a été bloqué par la police, on voulait investir le centre de Grenoble pour montrer notre détermination et maintenir la pression sur Pierre & Vacances », explique une militante du collectif grenoblois.

8. Le mirage de l’emploi

Après le retour au Parc Hoche, plusieurs débats et activités rythment l’après-midi. Pendant qu’un petit groupe de personnes se lance dans la construction d’un four à pain en torchis, d’autres animent un atelier de sérigraphie. Des passants, curieux, s’arrêtent quelques minutes pour s’informer et discuter avec les militants. L’occasion pour eux de mettre en avant la question du travail, au lendemain du 1er mai. En écho à la fête du travail, l’emploi est en effet le thème principal de cette mobilisation. C’est l’argument n°1 des pro-Center Parcs : promettre des centaines d’emplois dans des territoires qui doivent faire face au chômage. Les discussions tournent donc autour de la définition du travail, de la croissance à tout prix… A Roybon, les 700 emplois promis correspondent en réalité à 400, ramenés à du temps plein. Dans certains Center Parcs, des grèves ont éclaté pour alerter sur les conditions de travail… Partout, la précarité des emplois est dénoncée.

Vers une coordination des opposants à Center Parcs


Plusieurs opposants au projet de Center Parcs de Poligny, dans le Jura, ont fait le déplacement. Comme à Roybon, la question de l’emploi est centrale. « Pierre & Vacances promet environ 300 emplois, mais qui correspondent en fait à 170 équivalents temps plein. Et de la même manière que dans les Chambaran, il s’agit d’emplois précaires, mal payés », lance Raphaël, membre d’un collectif contre le Center Parcs. Pierre & Vacances envisage de créer un village de 28 000 m² dans la forêt de Poligny, d’une surface de trois mille hectares. La construction de 400 cottages est prévue en plein cœur de cette forêt communale, pour un investissement global de 170 millions d’euros. « Le problème, c’est qu’il y a une exploitation industrielle des arbres présents sur la zone, les épicéas. Ce n’est donc pas un hasard si Pierre & Vacances s’intéresse à ce site, la forêt est déjà attaquée », expliquent les opposants.

En parallèle, un autre projet de Center Parcs est en discussion en Saône et Loire, celui du Rousset. Les deux sites étaient pressentis, sans que l’on sache lequel des deux sera retenu. Aujourd’hui, les opposants des deux communes sont dans le flou. « On ne sait pas si les deux vont se faire, ou si un seul sera retenu ». Pour éviter le même scénario qu’à Roybon, Pierre & Vacances a accepté la tenue d’un débat public, dans les deux cas. C’est la Commission Particulière du Débat Public (CPDP) qui est chargée de les superviser. « On se pose la question de la légitimité de cette commission, puisqu’on ne maîtrise ni les thèmes ni le temps. Pierre & Vacances veut reprendre la main sur les projets, tout en donnant l’apparence d’un vrai débat public ». Les premières réunions se sont déroulées il y a une dizaine de jours. Elles dureront jusqu’à cet été.

À Grenoble, les militants d’Isère et du Jura ont profité de la journée pour lancer l’idée d’une convergence des luttes contre les Center Parcs. Qu’ils soient de Roybon, Poligny ou Le Rousset, les opposants veulent unir leurs forces.

Clément Feuille - Reporterre

Du forum sur « le Chantage à L’emploi » est resté une occupation du parc Hoche sous la forme triangulaire d’une bâche et de quatre tentes (dont un hamac). Repèré dans la nuit par la police nationale, notre campement a dû être démonté à 08h45 sous la surveillance de flics plus ponctuels que le réveil. Ainsi, laissant derrière nous une banderole disant. »Pierre, les vacances sont finies  » notre convoi constitué de 7 personnes, 3 vélos et une carriole s’est mis en marche direction St Egreve.
Longeant l’Isère , le résultat des dernières crues nous ont fait affronter un sable mouvant aux reflets argentés enlisants qui de courte durée était amusant mais semblait plus lourd dans le quotidien des indésirables exclus du fonctionnement de la ville vivant sous le rond-point de la porte de France.
L’idée de notre marche est de s’arrêter dans plusieurs villages entre Grenoble et Roybon et d’accomplir la tâche de « porteur.euses de paroles. » avec une question élaborée en chemin.
 » porteur.euses de paroles  » signifie occuper la place qui se présente à nous et aborder les gens avec une question ouverte.
 Pour récolter leurs avis par écrit et les disposer dans l’espace de sorte qu’ils soient visuellement accessibles à tout le monde.
En ce moment nous sommes à Voreppe avec comme question « votre vie est elle confortable ? »
Nous nous apprêtons à nous rendre à  Tullins par la voie verte
Venez faire un bout de chemin avec nous ou venez nous rejoindre demain début d’aprèm à Tullins :)

Mercredi  6 mai

Hier mardi 5 mai, nous étions tout l’après midi  à Tullins avec la question « Qu’est ce que la liberté ? » De nombreuses discussions, de belles connections avec petits et grands, et comme chaque jour, petit contrôle de la police municipale et de la gendarmerie. Nous laissons derrière nous un arbre à paroles. Aujourd’hui, nous sommes arrivés  à 17h à Vinay avec comme thématique : vidéoprotection, vidéosurveillance…? Nous sommes restés 3h et avons affiché de nombreuses réponses que nous avons comme d’habitude laissées derrière nous. Un des propos citant les paroles d’une chanson : « j’emmerde les gendarmes et la maréchaussée » a été censuré par la gendarmerie sur menace d’outrage. Toutes les paroles portées seront retranscrites très bientôt. Demain, nous allons à Roybon pour notre dernière étape avec la question : « De quoi sera fait demain? ». Nous devrions arriver en fin d’après midi. N’hésitez pas à nous rejoindre si vous souhaitez  y participer.

9. Infos  du 25 au 31 Mai

Mercredi  27 mai

Nous invitons tou-te-s les nouveaux et nouvelles arrivant-e-s sur la zone à venir avec de quoi subvenir à leurs besoins pour les premiers temps. Nous ne sommes plus aussi abondant-e-s qu’au début de l’occupation et il est difficile d’envisager les récups en fonction de l’affluence sur la ZAD.
De plus, la liste des besoins a été mise à jour




ZAD d'OLERON - 17

Samedi 2  mai

Une nouvelle ZAD vit à Oléron, contre un projet ostréicole industriel
Sur l’île d’Oléron, en Charente-Maritime, une Zad s’est installée contre le projet dit « de la Malconche » : un champ de production industrielle d’huîtres et de moules en eau profonde. Cette toute jeune Zone Aquacole à Défendre renforce un combat porté par la population locale. 

>  Oléron, reportage

Presque deux semaines après la naissance de la Zad de Boyardville à Oléron, la vie reprend ses droits dans la bien nommée « Maison Heureuse », en dépit de l’avis d’expulsion fraîchement placardé sur la porte. Séparé de la plage par une allée de pins, l’ancien lycée expérimental et ses nombreuses dépendances (réfectoire, buanderie, dortoirs et même une piscine massivement squattée par des crapauds), ont conservé un charme unique. Quelque chose de l’esprit anticonformiste abrité ici semble avoir imprégné le lieu, à l’abandon depuis 2012.

On y entre par une fenêtre avec une chaise d’écolier en guise de marche-pied, les portes étant barricadées depuis une vaine tentative d’expulsion par les gendarmes peu après l’ouverture le 11 avril. L’intérieur, superbe et délabré, abrite aussi bien une fresque classée que des tags et des productions bariolées, vestiges d’expérimentations artistiques passées.
Une partie du bâtiment a été investie par les zadistes et la vie collective s’organise à travers un dédale de couloirs, de salles de cours changées en chambres, de bibliothèque transformée en pièce commune et salle de réunion. Sur des tables alignées, des livrets sur la garde à vue ou le prélèvement ADN, assez répandus chez les opposants de tout poil, et des documents relatifs à l’épineux projet « de la Malconche ».

Porté par le Comité Régional de la Conchyliculture (CRC) Poitou-Charentes et validé par la préfecture de Charentes-Maritime fin 2011, il prévoyait l’installation de 347 filières conchylicoles (des câbles de 100 mètres garnis de poches d’huîtres et de moules maintenues à flot par des bouées et arrimés au fond) sur près de 400 hectares dans l’anse de la Malconche, à quelques encablures de la Maison Heureuse. 42 filières sont installées durant l’été 2012. Suspendu par le tribunal administratif de Poitiers fin 2012, le projet est finalement annulé en janvier 2014 en raison de l’absence d’études d’impact.

77 % d’opinions défavorables, mais pourtant accepté par le commissaire enquêteur

Revoyant sa copie, le CRC en propose alors une deuxième version redimensionnée : 313 filières réparties sur 250 hectares, mais toujours sans étude d’impact complète. Soumis à enquête publique fin 2014, le projet récolte 77 % d’opinions défavorables. Il est pourtant validé par le commissaire enquêteur, puis autorisé via un arrêté préfectoral en mars 2015.

Un procédé peu apprécié des opposants, et qui apporte toujours plus d’eau au moulin de celles et ceux qui s’interrogent sur les limites de la légalité. Et tentent d’imaginer, en actions, une définition possible de la légitimité.

Ils sont une petite quinzaine à avoir fait le choix de défendre leurs idées en occupant les lieux et en décrétant une « Zone Aquacole à Défendre ». Des jeunes qui pour la plupart ont participé à d’autres luttes, mais aussi des nouveaux militants dont c’est le premier combat comme Jess, rouquine de 19 ans, originaire de la région, mais qui « découvre seulement maintenant l’ampleur du projet. »

La plupart sont passé-e-s par d’autres Zad : NDDL, Roybon, Sivens, ou Echillais (près de la Rochelle). Guillaume, 25 ans, explique : « Suite à un appel, on a ouvert le lieu le 11 avril et finalement, j’ai décidé de rester. Le gouvernement français s’éloignant de plus en plus de la démocratie, on dispose de moyens légitimes au nom de la désobéissance civile pour nous faire entendre, comme, entre autres, l’occupation d’espaces publics ».

Cet ex-militant de Greenpeace trouve ici un terrain à la mesure de ses convictions : « La problématique de l’océan touche tout le monde. On porte ici des idées de respect du vivant, de décroissance, d’auto-organisation, et d’une certaine forme de démocratie directe. Et depuis notre arrivée, on a le soutien actif d’une partie de la population locale ».

Des habitants d’accord avec les zadistes

En effet, les visiteurs - sympathisants, voisins, curieux - n’hésitent pas à braver les prédications alarmistes des gendarmes, pour apporter des victuailles ou discuter autour d’un café. Comme Marie, accompagnée de ses petits-fils adolescents, venue partager un moment avec les zadistes. Proche de l’APLIMAP, association pour la préservation du littoral de la Malconche et des Pertuis charentais (une des associations « historiques » qui se bat au côté d’autres acteurs locaux, élus, plaisanciers...), cette « sympathisante de 70 ans » comme elle se nomme elle-même, s’investit dans la lutte depuis quatre ans.

« Je viens prendre des nouvelles, après l’ordre d’expulsion. Les gendarmes ont tenté d’empêcher ma visite en disant que les gens ici sont dangereux et agressifs », lance-t-elle dans un grand sourire. « Moi ce que je trouve dangereux, c’est ce projet aberrant et le déni de démocratie dont il fait l’objet ». Pour Marie, « l’idée est de se battre ensemble, sur tous les fronts ». Sur le plan juridique, notamment : « Nous allons déposer un nouveau référé en suspension, comme pour le premier projet. On n’a pas l’intention de laisser faire : il s’agit ni plus ni moins d’une partie du domaine public maritime mis à la disposition d’intérêts privés ».

Privatisation de l’océan

Hugo, 25 ans, remonte avec une corde le bac de vaisselle nettoyée au point d’eau accessible dehors. Natif d’Oléron, il est un trait d’union avec les insulaires : « Ce projet n’est que les prémices de bien d’autres, facilités par la loi Macron et bientôt le traité transatlantique à venir. Au-delà d’une forme de privatisation de l’océan, ce projet à 4 millions d’euros dont 70 % d’aides publiques est imposé sans concertation ni étude d'impact sérieuse. Tout ça pour qui ? Entre 50 et 60 exploitants sur les 900 que compte le bassin Marenne Oléron ».

Un petit groupe s’affaire à consolider les barricades, et les coups de marteau qui résonnent dans les couloirs couvrent à peine les cris stridents des goélands qui tournoient autour du bâtiment. Au milieu de la salle baignée de lumière, le café fume dans des bocaux en verre. Marie et ses hôtes discutent des dégâts que pourrait occasionner le projet : « La modification de l’écosystème marin et des courants, l’envasement des plages, les quantités énormes de rejets organiques produits par des millions d’huîtres et de moules, la captation massive de phytoplancton… »

Hugo estime que « la surproduction liée au projet aura des conséquences sur le milieu, alors que dans le même temps il y a une mortalité de près de 80 % des huîtres actuellement, ce qui entraine le versement de subventions pour les pertes, favorisant la production, etc. » Un cercle vicieux emblématique de l’état calamiteux de la filière ostréicole sur l’ensemble des bassins français, victime de taux de mortalités record depuis 2008. Alors que quelque années plus tôt, l’IFREMER démarrait la diffusion à grande échelle de l’huître triploïde, une variété prétendument stérile, à croissance rapide, obtenue par croisement génétique. « Une grande partie des huîtres prévues pour grandir là sont issues d’écloseries, détaille Hugo. Peu ou pas contrôlées, celles-ci sont dans une logique de production industrielle et utilisent notamment des antibiotiques qui finiront en mer. »

Politique du fait accompli, projet d’aménagement du territoire imposé sans réelle concertation, ignorance volontaire des conséquences écologiques et sociales, privatisation du vivant au profit de l’agrobusiness… Des pratiques que dénoncent les zadistes, d’Oléron comme d’ailleurs.

Joint par téléphone, Gérald Viaud, président du CNC et du CRC Poitou-Charentes, voit la situation d’un autre oeil : « Les personnes qui ont signé contre le projet lors de l’enquête publique n’y connaissent rien. Les filières, véritables réserves à poissons, ne sont pas nocives pour l’environnement, d’ailleurs les filières déjà installées n’ont pas eu d’impact sur le milieu. Quant aux zadistes, ils ne sont pas à leur place. Pour moi, ils se sont trompés de combat ».

Lanceurs d’alerte

La salle de réunion se remplit de nouveaux visiteurs. Comme Jean-Claude, 58 ans, mytiliculteur sur la zone. Il rentre tout juste du congrès de la Confédération Paysanne, qui a eu lieu fin avril dans les Pyrénées-Atlantiques. Pour lui qui a « installé les trois premières filières sur l’île pour faire de l’algue en 1992 puis des moules », le projet de la Malconche n’est « que le début d’une dérive productiviste. Si je n’ai jamais eu de souci avec trois filières depuis 25 ans, c’est parce qu’il s’agit d’une petite surface. Le problème, c’est la taille du projet et de ceux qui y ont des intérêts : les grou, comme on les appelle ici, gros producteurs ayant grandi sur trois générations, qui vont, ensemble, asphyxier les conchyliculteurs plus modestes. Mais les vrais gagnants sont les écloseurs qui fournissent les naissains d’huîtres, et dont sont dépendants les grous qui finiront par se faire absorber. On s’achemine vers un monopole des écloseurs et une disparition des petits producteurs. On peut s’attendre à des conséquences socio-économiques particulièrement sévères pour la profession. »

Creuzix, barbare-en-jupette tendance viking à ses heures de clown activiste, organise des sessions « nettoyage de plage et distribution de tracts » aux abords de la Maison Heureuse. Il résume à sa façon : « La situation ? C’est un gros merdier à venir, qu’il nous faut contrer rapidement avant qu’il ne prenne de l’envergure. Et plus on en apprend, plus on constate qu’on a raison… »


Après l’occupation des lieux, les zadistes veulent permettre à la mobilisation de prendre une ampleur indispensable à la poursuite de leur mouvement au sein de cette lutte. Ici, « il y a tout à construire. Les personnes motivées sont bienvenues. »
« Si on veut faire grandir cette lutte, il faut qu’elle soit comprise pour être partagée. Lanceurs d’alerte, on tente d’interpeller et sensibiliser la population locale, faire des liens avec les autres composantes de la lutte, ouvrir le dialogue », martèle Hugo. Ainsi, chaque dimanche à 16h, une réunion publique se tient dans le jardin de la Maison Heureuse. « Ça peut être houleux : certains ont des choses à dire, d’autres des choses à entendre. Mais chaque personne a la possibilité de s’exprimer et on se découvre des sympathisants inattendus. En peu de temps, ça a déjà bien bougé, on est confiants. »

Et en cas d’expulsion ? « On n’est pas nombreux, mais on est déterminés », élude Viviane, 20 ans. « On continuera, d’une manière ou d’une autre », ajoute Hugo. La nouvelle Zad prend doucement ses marques et n’a visiblement pas l’intention de larguer les amarres. « On a pas mal de possibilités pour résister et peser dans le rapport de force, allant de la création à la Maison Heureuse d’un centre associatif autogéré proposant des ateliers et des chantiers participatifs, à la mise en place d’actions de blocages ». L’application d’une fameuse devise d’opposants au monde des Grands projets inutiles et imposés : « Résistance, et sabotage » !

Isabelle Rimbert - Reporterre 

10. Infos  du 11 au 17 Mai

Mardi  12 mai

France Inter 10H00 : expulsion policière ce matin des ZAD de Rochefort (anti-incinérateur) et d'Oléron

URGENT ZADPartout : [Urgent] Expulsion de deux ZAD en Charente-Maritime ! Les ZAD de Boyardville (Oléron) et Echillais (près de Rochefort) ont été expulsées ce matin par un dispositif impressionnant ; 200 gendarmes, deux hélicos, huissiers, préfète et autres envoyés du ministère de l’intérieur ... une quinzaine d’oléronai-se-s seraient en garde-à-vue ! RDV ce soir, mardi 12 mai, à 18 heures Place Colbert à Rochefort

Mercredi  13 mai

Deux Zad ont été évacuées manu militari en Charente-Maritime


Opération expulsion mardi 12 mai en Charente-Maritime : tôt dans la matinée, la zone occupée de l’incinérateur d’Echillais ainsi que la « Maison heureuse » de Boyardville ont été simultanément vidées de leurs occupants sur ordre de la préfète.

 > Bordeaux, correspondance

Les zadistes s’y attendaient, et cela n’a pas trainé. Alors que les décisions d’expulsion avaient été prises par la justice depuis janvier dans un cas et avril dans l’autre, les forces de l’ordre sont entrées en action mardi 12 au matin pour vider de leurs habitants les deux Zad du département de Charente-Maritime.

La première aura vécu un peu plus de quatre mois. Depuis le 31 décembre dernier, les zadistes empêchaient le début des travaux de construction d’un hyper-incinérateur sur la commune d’Echillais, près de Rochefort, en occupant un site adjacent à l’incinérateur actuel et prévu pour le nouveau. Le projet, qui vise à augmenter la capacité d’incinération de déchets dans le sud du département, est également contesté par l’association Pays Rochefortais Alert’ (PRA) pour sa logique, son coût financier et environnemental.

Or le groupement de communes qui le porte, le SIL (Syndicat intercommunautaire du littoral), voulait commencer les travaux. « On savait qu’avant la fin du mois de mai, ils auraient besoin de commencer, comme cela est stipulé dans leur contrat de début de chantier », explique Jean-Marc Cornu, membre de PRA.

Pendant ce temps et sur un tout autre sujet, c’est à Boyardville, sur l’île d’Oléron, qu’une seconde Zad charentaise s’était formée dans les anciens locaux d’un lycée expérimental, la « Maison Heureuse », avec l’aide de zadistes d’Echillais. Il s’agit ici de s’opposer à « la Malconche », un projet de champ de production industrielle d’huitres et de moules.

11. « Les gendarmes avaient vu les choses en grand »

« Nous avions deux situations similaires, je ne me voyais pas donner le concours de la force publique à un site et pas à un autre », a déclaré la préfète du département, Béatrice Abollivier, à Vogue Radio. « Les élus n’auraient pas compris, alors qu’ils me sollicitaient de part et d’autre, que ce soit sur l’île d’Oléron ou au SIL. Nous avons souhaité que ce soit une opération conjointe et simultanée. » En effet, ces expulsions avaient été ordonnées par le tribunal administratif de Poitiers dans des décisions rendues le 12 janvier et le 21 avril derniers.


La maison heureuse de Boyardville
Autour de six heures du matin mardi 12 mai, deux groupes composés chacun d’une centaine de gendarmes mobiles appuyés par une équipe spéciale et un hélicoptère ont donc procédé au même moment à l’évacuation du site de l’incinérateur d’Echillais et de la Maison Heureuse de Boyardville. On devine dans cette opération la crainte que ces deux Zad ne se soutiennent l’une l’autre, et l’espoir avec cette double expulsion que toute opposition soit éradiquée et que les travaux puissent commencer rapidement à Echillais. Les installations des zadistes – tentes, caravane, cabanes – ont été détruites, tandis que la Maison Heureuse devait être placée sous surveillance par la mairie avant d’être prochainement murée.

12. Le maire menteur : contre pendant la campagne électorale, pour quand il est élu

Les seize occupants de la Maison Heureuse ont même été placés en garde à vue suite à des « procédures judiciaires diligentées » contre eux pour des faits antérieurs de « violences sur agent de la force publique » et de « vol d’électricité » d’après le porte-parole du ministère de l’intérieur interrogé par France 3.

Du côté d’Echillais, les membres de PRA ont tenté d’apporter leur soutien aux zadistes, comme nous l’a expliqué Jean-Marc Cornu : « On a envoyé beaucoup de mels, déclenché une cascade téléphonique, utilisé les réseaux sociaux. Mais la zone était déjà quadrillée, ils avaient vu la chose en grand. » La quinzaine d’opposants arrivés en urgence se sont donc contentés de bloquer un petit moment la route départementale voisine avant que les gendarmes ne les délogent.

Puis, avec les quelques zadistes, ils se sont rendus devant l’hôtel de ville de Rochefort, cherchant à rencontrer le maire UMP, Hervé Blanché, aujourd’hui favorable au projet - après s’être affiché contre durant la récente campagne municipale. Celui-ci n’étant pas venu les voir, les militants sont entrés et l’ont invectivé jusque dans son bureau, où une légère altercation a eu lieu. Une vidéo mise en ligne par le site du quotidien Sud Ouest montre le maire demandant à un policier municipal de gazer les opposants dans son bureau afin de les faire sortir, ce que l’agent refuse, puis tentant d’arracher le téléphone portable de l’un d’eux.
  
Le maire menteur de Rochefort, Hervé Blanché 
13. L’opposition à l’hyper-incinérateur ne faiblit pas

Zadistes et autres militants du secteur devaient se retrouver mardi soir sur la place Colbert pour discuter des suites à donner à leur mouvement. À Echillais, une réunion du conseil municipal sur le thème de l’urbanisme devait avoir lieu à 20 h, suscitant la mobilisation des opposants, mais le maire de la commune et par ailleurs farouche partisan du projet d’incinérateur, Vincent Barraud, a décidé de l’annuler.

Selon un autre opposant au projet d’hyper-incinérateur, Thierry Kieffer, la perspective d’une réoccupation semble peu probable. « Les premiers travaux devraient être la pose d’un grillage autour du futur site, avec des caméras vidéo », ajoute-t-il. Une manifestation prévue de longue date doit avoir lieu le 30 mai.

PRA poursuit surtout le combat par la voie juridique. Un recours contre l’autorisation d’exploiter l’incinérateur devrait bientôt être déposé, s’appuyant sur le non-respect des normes parasismiques. « La préfecture s’entête à démarrer un chantier qui ne présentera pas toutes les garanties parasismiques », selon Xavier Dell’Ova, de PRA. « Un bâtiment de plus de 18 mètres de haut et où travaillent des gens doit respecter ces normes. Or dans le projet, si les bureaux sont aux normes parasismiques, l’incinérateur en lui-même ne l’est pas, il est classé comme un hangar agricole, alors qu’il mesurerait 41m de haut et que des gens devraient y travailler. » D’après les opposants, la mise aux normes nécessiterait de nouvelles études et une nouvelle conception du bâtiment.

Mais le recours en lui-même ne pourra pas entraîner la suspension des travaux. Pour les empêcher, il faudrait ensuite déposer un référé de suspension, dont l’acceptation est incertaine. « Quand on a parlé des normes parasismiques avec la préfète, elle s’est mise en colère et a refusé de répondre », raconte Dell’Ova. « C’est silence radio parce que je pense qu’ils savent que l’incinérateur n’est pas aux normes, et ils pensaient faire ça en douce. »

Comme le reste des opposants, il dénonce la lenteur de la justice : « Les porteurs de projet peuvent se permettre de faire des actions en justice sur un très long terme, pendant ce temps ils exploitent et rentabilisent leur outil. La lenteur de la justice fait qu’ils ne sont pas inquiétés. »

Baptiste Giraud – Reporterre

Après l’expulsion de la ZAD d’Oléron, illes ont lancé un site web : http://zadoleron.com/.



ZAD de POLIGNY - 39

Samedi 2  mai


Message du Collectif jurassien d’opposants à Center Parcs

lu à la Marche des possibles, à Grenoble, le 2 mai 2015


Bonjour à toutes et à tous,

Nul besoin d’un historique très long : dans le Jura à Poligny, comme au Rousset en Saône-et-Loire, Pierre & Vacances précise ses ambitions pour et sur nos territoires ― sur nos vies. Ici comme là-bas, le tourisme de masse tente d’étendre son territoire et ses logiques.


Voilà quelques mois, l’association le Pic Noir ― qui regroupe des citoyens du secteur de Poligny ― a commencé à demander des éclaircissements, puis exigé « du débat » autour de la possible création d’un futur Center Parcs. Si sa démarche affichait une certaine neutralité dans un premier temps ― ses demandes étant cantonnées à la possibilité d’être informée afin de se forger une opinion ―, elle a progressivement affirmé une opposition résolue à ce projet. Ainsi, un travail de collecte d’information, de diffusion de contre-information, d’organisation de réunions publiques a été mené par cette association.

Ce travail a sans doute permis de mettre une certaine pression sur le groupe Pierre & Vacances, qui ne souhaitait pas réitérer les erreurs stratégiques faites dans les Chambarans, et a sollicité la Commission nationale du débat public (CNDP) en 2014. Cette dernière a nommé une Commission particulière unique pour les deux sites du Rousset et de Poligny. Elle est donc en charge depuis le 23 avril d’organiser le « débat » jusqu’en juillet prochain. Sachant que Pierre & Vacances souhaite attaquer les travaux en 2017 pour ouvrir en 2019 ses deux nouveaux Center Parcs, on comprend mieux la nécessité pour eux d’en passer par l’illusion du débat pour en finir au plus vite, et passer enfin aux choses sérieuses…

Notre sentiment est que cette Commission est en réalité un instrument visant à la modification à la marge du projet dans le seul but de le rendre acceptable. Sa présidente Claude Brévan ne déclare-t-elle pas le 23 avril dernier (Le Progrès) que « l’objectif du débat est d’informer les gens et de leur permettre de réagir assez tôt aux éventuels problèmes, puis de faire des suggestions pour améliorer le projet » ?…

De notre côté, nous ne sommes pas là pour ça et nous ne nous faisons aucune illusion sur la pertinence de ce débat « encadré », dont les manières, les sujets et le calendrier sont exclusivement aux mains d’une structure commanditée par Pierre & Vacances. Cette Commission définit le périmètre de la pensée et de la parole, les protocoles, en fait respecter « la charte » (cf. le site de la Commission). Elle veut en maîtriser le temps et les usages.

Nous souhaitons rappeler à toutes fins utiles que la possibilité du débat public n’a pas attendu ― et n’a pas à attendre ― un promoteur à qui l’État donne discrètement la main, pour avoir lieu. Ce cadre n’est pas le nôtre, et le périmètre du débat est pour le coup notoirement sous-dimensionné.


Selon nous, la lutte contre Center Parcs ne peut se dissocier d’une réflexion et d’une action plus larges sur les questions du travail, du chantage à l’emploi, de la croissance. Refuser Center Parcs, c’est aussi, collectivement, s’autoriser à interroger l’utilité ou la nocivité de ce travail, de son sens, de sa finalité. À Poligny, il ne s’agit pas tant de dénoncer le risque de mise en danger d’un espace protégé ― ou à protéger ―, que de soulever ces questions. Pierre & Vacances ne s’y est d’ailleurs pas trompé : la parcelle qu’il convoite se trouve hors zone Natura 2000, hors ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique), et ne laisse pas le moindre espoir de zone humide à brandir face aux engins de chantier. Mais quand bien même ce serait le cas, n’aurions-nous que cela à leur reprocher ?

Par ailleurs, cette parcelle de forêt est presque exclusivement composée de sapins plantés sur un sol acidifié par des décennies de monoculture obéissant à une gestion industrielle de la forêt. Autour du Fied, les tumulus et les murets de pierres sèches n’ont pas attendu Pierre & Vacances pour disparaître sous les assauts des pelles mécaniques et des subventions à une agriculture productiviste. Ce sont ces logiques déjà à l’œuvre que nous dénonçons aussi dans cette lutte. Center Parcs n’est pas seulement une menace, c’est la consolidation et l’intensification d’un monde marchandisé et artificialisé, dans lequel nous n’avons pas ― et ne voulons pas ― de place.

Fin avril, le représentant de Center Parcs expliquait que le choix de cette parcelle de conifères correspondait aussi au fait qu’il jugeait inenvisageable d’imposer à sa clientèle la présence d’arbres défeuillés durant plusieurs mois d’hiver, rappelant son souci de « l’habillage arbustif ». Nous voulons redire à Pierre & Vacances ― pour qui la nature est un habillage, un décor, un support commercial ―, que nous ne voulons pas habiter, fréquenter, travailler, façonner, vivre et subir un monde dans lequel l’eau coule à 29° toute l’année, et dans lequel les arbres ne perdent plus leurs feuilles pour raison de marketing appliqué aux loisirs. Ce monde est stérile, mort. Il n’a pour nous aucun attrait. Nous n’en voulons pas ; même contre la promesse d’y trouver trois cent emplois ― précaires de surcroît ―, ni même contre l’assurance d’y manger ou d’y écouler des produits locaux, bio, entre deux panneaux solaires.

C’est aussi la raison pour laquelle nous n’en appelons pas au développement durable face à Pierre & Vacances. Leur vocabulaire transpire le capital, ils sont le développement durable. Nous ne reconnaissons pas le périmètre vert de la tête de gondole du capitalisme comme pertinent pour tenter de le mettre en échec. Ce périmètre est défini pour nous par les gestionnaires et, à leur suite, par des élus zélés qui s’empressent de nous en vanter les mérites. À l’intérieur de celui-ci, nous ne respirons pas, nous suffoquons : le grillage ne convient pas à nos vies. Nous ne voulons plus nous ressourcer, mais comprendre, et dire pourquoi le travail nous y contraint.

Contrairement à ce que nous rabâchent les communicants de Center Parcs à Poligny, ce projet n’est pas celui de la population, mais le leur, et nous réfutons l’idée que nous soyons tous sur le même bateau, et l’idée selon laquelle nous pourrions ― ou devrions ― co-construire ce projet ensemble. Les salariés qui travaillent pour Center Parcs le savent, ils ne seront jamais ses « collaborateurs » ― comme on nous l’a martelé à longueur de discours à Poligny ― mais ses obligés, parfois ses esclaves. Nous savons d’ores et déjà ― n’en déplaise au président de la CNDP, qui n’imagine pas qu’on puisse avoir une idée toute faite avant la fin du « débat » ― qu’avec Center Parcs, on n’a pas seulement affaire à des « développeurs » et des « exploitants », comme ils aiment à se qualifier, mais bien plutôt à des développants et des exploiteurs.

Certes, nous ne voulons pas bosser pour 320 euros par mois, mais nous voulons avant tout reprendre la main sur le sens que nous donnons à nos métiers, et à nos vies. Pour cela, nous sommes légitimes sans autre forme de procès (ou de commission).

À un univers clos, aseptisé, climatisé à 29°C, nous préférons le givre, les doigts gours dans les gants mouillés. Au confort de la bulle qui progresse à coup de bulldozers, nous opposons, parfois à tâtons, la possibilité d’une marche. Au travail obligatoire, nous préférons tenter l’autonomie. À l’exutoire, nous préférons la liberté. Center Parcs est l’émanation d’un tourisme doux ? Alors, qu’il gèle à Pierre fendre ! Nous n’avons chaud que de nous tenir ensemble, sur les ZAD … et ailleurs ― avec les gens d’ici … et d’ailleurs.

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