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vendredi 20 juillet 2018

Le tour de France des Zad : 2) À Kolbsheim, villageois et zadistes sont solidaires

Le tour de France des Zad : 

À Kolbsheim, 

villageois et zadistes sont solidaires


9 juillet 2018 / Jean-François Gérard et Abdessalam Mirdass (Reporterre)
 




Reporterre poursuit son tour de France des Zad. Après Roybon, nous voilà à Kolbsheim, près de Strasbourg, où il s’agit d’empêcher la construction d’une autoroute qui ravagerait, notamment, une forêt. En bonne entente avec les villageois voisins, les zadistes tiennent bon depuis un an.


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  • Kolbsheim (Bas-Rhin), reportage
« Le Dieu des zadistes existe ! » Ce mercredi 27 juin au soir, une ambiance détendue et chaleureuse règne sur la Zone à défendre (Zad) du Moulin. Quelques habitants se donnent des accolades, des sourires, sans trop en faire. En fin de journée, l’ultime enquête publique sur le Grand Contournement ouest (GCO) de Strasbourg a rendu un avis défavorable. C’est l’une des dernières cartouches des opposants sur le plan des procédures. Car si la Zad est la partie immergée du front anti-GCO, d’autres militants agissent côté coulisses. Et les uns et les autres maintiennent des relations étroites. Cet avis négatif semble donner un surcroît de légitimité aux opposants, un petit sursis et encore un nouvel espoir que le projet soit suspendu, voire abandonné.

Depuis le 14 juillet 2017, une poignée de personnes se sont installées dans cette clairière en contrebas de Kolbsheim, petit village aux portes de Strasbourg. Il s’agit d’un point névralgique du tracé de l’autoroute payante de 24 kilomètres, un des rares qui traverse une forêt. La Zad en est à sa « troisième ou quatrième génération d’occupants », remarque non sans émotion Baptiste (la plupart des prénoms ont été changés), quand il voit l’essor récent. Militant de terrain qui habite au nord de Strasbourg, il a résidé sur place à l’automne 2017 et reste l’un des soutiens les plus actifs.

Les zadistes ont des parcours multiples. Les uns, bas-rhinois, peuvent être précaires et avoir suivi des parcours de vie chahutés, d’autres sont des militants écologistes qui ont été d’une Zad à l’autre (Notre-Dame-des-Landes, Sivens, EuropaCity, Roybon, Bure, Saint-Avold ou Garzweiler en Allemagne). Ils se côtoient depuis le début, au gré des allées et venues de chacun. Des Allemands et Belges ont aussi fait un passage. Les plus jeunes ne veulent pas trop s’exposer.


Du village voisin ou de Strasbourg, des habitants viennent souvent prêter main-forte.

Passée la barricade à l’entrée, certains villageois viennent en journée participer aux différents travaux, mais profitent du confort de leur maison à quelques centaines de mètres. À terme se pose aussi la question d’héberger de futurs soutiens de passage. D’autres jeunes adultes sont venus en couple. L’un d’eux, Claire et Martin, Alsaciens et éducateurs d’une trentaine d’années, s’était enchaîné sous une foreuse lors de travaux préparatoires en mars. Ils ont été condamnés par le tribunal correctionnel à une amende et à 2.600 euros de dommages et intérêts. La somme a été récupérée en 24 heures via une cagnotte en ligne. Le couple est depuis parti, après 9 mois sur place, à la suit d’une occasion de formation pour l’un deux. Quant à Manu, grutière intérimaire, elle est venue de Lorraine, inspirée par la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Il y a aussi Georges, père de famille strasbourgeois, très impliqué à Nuit debout en 2016, qui a laissé une tente où il n’arrive qu’après le dîner en famille et repart peu avant 7 h pour être là au réveil de son fils.


La cuisine collective est bien approvisionnée.


Pour se restaurer, une partie de la nourriture de la cuisine collective provient de dons des villages voisins. Dans deux poulaillers, des poules produisent quelques œufs. Bientôt, les poussins nés à la Zad pourront aussi produire. La question d’agrandir les deux poulaillers se pose, mais certains plaident pour maintenir la liberté totale. Quelques brasseries locales font aussi don d’une petite part de leur production. Dans le village, dont le maire, Dany Karcher, a toujours été un opposant au projet, il est possible d’accéder aux douches d’un club sportif et à un espace avec internet. Un ramassage des poubelles à l’entrée du site est aussi mis en place. Un point d’eau est accessible à côté de l’ancien moulin à eau, inhabité depuis que le projet se concrétise. Les terrains appartenaient à la famille Grunelius, dont le château surplombe la forêt. Le châtelain, qui réside sur place, a donné l’autorisation d’occuper ses terrains. Cabane dans les arbres, tente, grande, roulotte, caravane, chacun trouve son logement.

La Zad est régie par une assemblée, dont les délibérations restent confidentielles. Reporterre a pu assister à l’une d’entre elles. S’y côtoient habitants, soutiens et militants engagés sur les aspects juridiques. Actualité, vie de la Zad et actions militantes y sont débattues. Développer de la permaculture, avoir un parc animalier font partie des idées. Deux chèvres, Manu et Brigitte, se promènent déjà autour du feu. L’un des coqs s’appelle Berlusconi.

Avec l’été, les opposants s’attendent à plus d’activité et de monde sur place, en journée ou pour dormir. Si bien qu’il faut organiser les lieux de vie. Il y a un espace d’accueil et pour se restaurer, et un endroit plus calme dans une grange où se reposer, et enfin un nouvel espace, Zad Lanta, plus festif.


Daniel : « Si le village est solidaire avec nous, 
c’est parce qu’on a toujours été dans la non violence. »

Daniel, artiste et « militant de la “désargentisation” » depuis les années 2000, habite depuis janvier sur place : « Si le village est solidaire avec nous, c’est parce qu’on a toujours été dans un principe non violent. On est sur une terre très religieuse et c’est à prendre en considération. Convaincre les gens de participer à l’enquête publique a été difficile, car il y a beaucoup de résignation. Mais symboliquement, cet avis négatif, c’est comme si les zadistes avaient mis sur la gueule des porteurs du projet. On a aussi réussi à faire comprendre la distinction entre les chemises claires (gendarmes locaux, présent à de nombreuses reprises), qui ont jusqu’ici été correctes avec nous, et les chemises foncées (les forces d’intervention). »

Pour Jack, venu d’une autre région de France, « se confronter au système, c’est difficile, mais créer un maillage entre les lieux parallèles, c’est possible. Petit à petit, il faut faire le lien entre les Zad, des lieux de vie hors de la compétition. On est dans une société de la spécialisation, or la démarche de la Zad, c’est un transfert de compétences. Si quelqu’un part, sa compétence reste. »




Son ami Marc, Strasbourgeois et ancien boulanger, « cherche depuis 10 ans une vie en forêt. Et si c’est avec une lutte, c’est encore mieux. Je ne savais même pas qu’il y avait une Zad près de Strasbourg. Une amie m’a dit qu’elle y allait, je l’ai suivie et on a débarqué ici. Deux semaines après, je me suis installé. » La « compétence » qu’il apporte et veut développer, c’est la culture de plantes, dont il a apporté des graines depuis un jardin partagé où il a ses habitudes à côté de son appartement à Strasbourg. Ce qui l’attire le plus à Kolbsheim ? Tendre vers un lieu « autogéré et en autosuffisance ».

Pour Daniel, son engagement est aussi l’aboutissement de combats passés
« Cela fait des années que je tente de convaincre les élus à Strasbourg, qu’il faut un lieu pour les gens qui sont dans l’itinérance, qui ne soit pas dédié à la consommation. Un espace où les gens peuvent se poser quelques temps. Ici, c’est une opportunité. »

La menace de l’expulsion


Malgré l’avis défavorable de l’enquête défavorable, une menace d’expulsion pèse depuis le 20 juin. Onze habitants ont été sommés de quitter les lieux par le tribunal administratif. Même si la notification « à effet immédiat » ne leur a toujours pas été remise en main propre, la décision autorise le constructeur et exploitant, Vinci via sa filiale Arcos, à se faire aider des forces de l’ordre pour expulser les terrains dont il est désormais propriétaire. Des travaux de déboisement sont en théorie prévus à partir du 1er septembre, avec des repérages préalables. Fin juin, quelques écologues sont d’ailleurs venus faire un tour des lieux sous le regard impuissant de zadistes, trop peu nombreux à ce moment-là. Car en journée, une partie des habitants travaille. Et, malgré des messages d’alerte, il est parfois compliqué de mobiliser d’autres opposants si la menace n’est pas vitale. Mais les autorités peuvent-elles s’asseoir sur l’avis négatif de l’enquête publique ?


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Source : Jean-François Gérard pour Reporterre
Photos : © Abdessalam Mirdass/Reporterre


Source : https://reporterre.net/Le-tour-de-France-des-Zad-A-Kolbsheim-villageois-et-zadistes-sont-solidaires

jeudi 19 juillet 2018

Fillols : samedi 21 juillet IMPRO JAZZ et dimanche 22 juillet LE JOUR DU DÉFILÉ





Le Foyer Laique de Fillols présente un beau week-end d’arts et de réjouissances avec :


IMPRO JAZZ ce samedi 21 juillet
et
LE JOUR DU DÉFILÉ le dimanche 22 juillet





Pour rappel, en voici le programme détaillé :



Samedi 21 juillet


IMPRO JAZZ (8ème édition)

Place du village

Pas de standard, pas de compo, que de l’impro !


18h00 : Trio #1
André Mallau, batterie
John Serry, claviers
Nicholas Lupovici, guitare

20h00 : la Grande Paella (repas complet, vin, 12 euros)

22h00 : Quartet #2
Philippe Gleizes, batterie
Jean-Philipe Morel, basse
Vincent Mascart, saxophone
David Vilayleck, guitare

Préparez vos esgourdes, ça s'annonce tonitruant !

Entrée libre, et participation libre également



Dimanche 22 juillet


LE JOUR DU DÉFILÉ

mode plouc & tendance rurale

17h00 – Les Tinettes (duo de clown triple épaisseur) par le collectif « Les Poneys Rouges »
18h00 - Course de planches (PMU plouc), la fameuse, que l’on ne présente plus…
19h00 – Les Cigales (hawaiian girls)… qui viennent de Sète, à califourchon sur un ukulélé.

20h : DEFILÉ INSOLITE
mais bien ordonné

21h30   LES CONCERTS DU SOIR

JUMP THE FENCE
(folk hop 8-bit)
Jump The Fence, c'est un mélange de folk, de hip-hop et de musique de jeux vidéo en 8-bit. Jump The Fence, c'est Mario Bros qui rencontre Bob Dylan et qui lui propose un battle de hip-hop. Jump The Fence en live, c'est un spectacle musico-humoristico-théâtral avec un tyrannosaure vegan, un Légo baratineur, du ukulélé, du tambourin, une Game-Boy, des coups de gueule et des éclats de rire...

LES BOUILLANTS
(bal chauffe-semelle)
Les Bouillants interprètent un large répertoire de musiques populaires pour faire danser toutes les générations. Au programme : Cumbia, Merengue, Forro, Compas, Calypso, Swing New Orleans, Klezmer, Valse... Les Bouillants mènent le Bal ! Faites chauffer les semelles !


buvette / bar à vin / petite restauration
spectacles et concerts gratuits

Renseignements Foyer Laïque :
 04 68 05 63 68

mercredi 18 juillet 2018

Les réseaux comme champ de bataille

Les réseaux 


comme champ de bataille






La construction d’une ligne THT dans le sud Aveyron déclarée d’utilité publique


paru dans lundimatin#152, le 10 juillet 2018

Depuis l’Amassada nous lançons un appel. Depuis ce hameau fait de palettes, de taules, d’argile, de bois de charpente, de ballots de paille, ancrés là, défiant les lignes THT, leur réseau glacial. Nous sommes enraciné.e.s ici. Construisant toujours plus de liens avec les autres luttes territoriales. Comme à la ZAD, comme à Bure, comme à Roybon, comme au sein d’autres contrées en lutte, nous avons fait le pari de bâtir, le pari d’HABITER. D’habiter ces lieux, précisément contre le bétonnage que RTE leur réserve. Préférant y bricoler nos techniques que de se plier à leur Plan. Préférant mélanger le torchis pour nos cabanes que de nous aplatir devant l’horreur métallique de leurs infrastructures.

Extrait de l’appel à se défendre depuis l’Amassada

Alors que la déclaration d’utilité publique pour la construction du mega transfo sud Aveyron vient de tomber et qui devrait déboucher sur l’évacuation et la destruction de l’Amassada, un ami sur place nous a confié ces quelques considérations fragmentaires sur ce qu’implique ce genre de projet d’infrastructure.

Cela sonne comme un jugement : « PREFECTURE DE L’AVEYRON, DREAL OCCITANIE, Arrêté numéro 12-2018-06-18-001 du 18 juin 2018, Objet : déclarant d’utilité publique les travaux de création d’un poste de transformation électrique 400 000/225000 volts dénommé « sud aveyron » et déclarant cessibles au profit de RTE Réseau de transport d’électricité les terrains nécessaires à la réalisation de ces travaux et constatant l’urgence à prendre possession des biens expropriés »

Mais derrière les mots vides de l’administration, derrière ce langage technocratique, que se cache t- il, sinon la « prise de possession », donc l’expropriation légalisée. Derrière cet arrêté glacial et les petites mains gratte-papier qui l’ont produit, qu’y a t’il sinon ce pouvoir global qui mesures après mesures, dispositifs après dispositifs, chiffres après chiffres, s’est disséminé sur toute la surface du globe. Qu’y a t’il sinon l’Economie et ses machines. Ses bulldozers, ses flics, ses grenades. « urgence à prendre possession » : cela veut dire détruire le hameau de l’Amassada, expulser de ses terres un camarade paysan, excaver des milliers de mètres cube de gravas, transportés par des centaines de camions pendant 6 mois, finir de tuer un village déjà accablé par un transformateur et des lignes THT de toute part, et cela pour quoi ? Pour construire un autre transformateur et d’autres lignes THT… pour « évacuer » l’énergie des parcs éolien … pour relier un autre transfo à d’autres lignes THT… pour « acheminer » l’énergie vers les métropoles, les plateformes logistiques, les data center, Frontex…. Prise de possession renouvelée. Homogénéiser toute différence. Aplatir les singularités.


























Que l’arrêté préfectoral ait été signé en amont par le ministre de la transition énergétique Nicolas Hulot, ne change pas grand-chose au fait que les politiciens ne sont ici que des « facilitateurs ». Simple courroie de transmission de l’Economie. Ce n’est plus un secret pour personne, le pouvoir d’aujourd’hui a la forme d’un immense réseau de dispositifs technologiques. Des dispositifs qui gèrent des systèmes auto-régulateurs, des architectures connectées. Tout un maillage de technologies qui moulinent des environnements et les individus qui circulent parmi ces environnements. Mais des individus réduits à des électrons. Regardez le petit spot savoureux de RTE :




Cliquez sur ce lien pour voir la vidéo


Cet usinage incessant, ce management intériorisé, devient ce qui est « naturel ». Comme le dit RTE : « comme l’influx nerveux contracte nos muscles, l’électricité qui circule sur notre réseau fait vibrer l’économie ». Assurément le pouvoir n’est plus là où on le croyait. A en croire RTE, finis les institutions, les partis, les grandes associations syndicales, la famille, la nation... tous digérés dans la Mégamachine et ses rouages industrieux. Cela a sans doute commencé dès le XIX e siècle et n’a cessé de s’accélérer jusqu’à aujourd’hui où le pouvoir a été transféré du corps politique déliquescent vers le corps glorieux des ingénieurs technocrates. Les mêmes qui, alliés des industriels, banquiers, pouvaient prophétiser en 1866 « Nous avons enlacé le globe de nos réseaux de fer, d’argent, d’or, de vapeur et d’électricité. Répandez, propagez, par ces nouvelles voies dont vous êtes en partie les créateurs et les maîtres, l’esprit de Dieu ». [1]

Au regard de ceci, le plan managérial du macronisme tient clairement de ce vieux fanatisme industriel de l’Organisation, augmenté à présent par la puissance des calculs algorithmiques. Gouverner c’est « faire fonctionner » la société et le monde comme une entreprise big data. En éliminant au passage les incapables, ceux qui ne veulent pas « prendre le train en marche »... Le reste n’est qu’une question de matière première, et d’énergie exploitable, n’est-ce pas !?


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« La politique de l’avenir aura pour objet l’administration des intérêts matériels de la société ; les hommes généraux de l’industrie, les banquiers et les ingénieurs, seront alors des hommes politiques à titre au moins égal à celui des raisonneurs, des réglementeurs. Nos efforts doivent tendre dès aujourd’hui à leur révéler le caractère politique qui est en eux et qu’ils ne sentent pas » 
 Michel Chevalier, Le Globe, 1831
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Dans le corps de la Mégamachine réticulaire, un transformateur, hideux en soi, doit apparaître, par son opérativité même, comme une pièce centrale du pouvoir. Une machine parmi les machines. La modernisation des lignes THT, en fonction du marché mondial de l’électricité, devient alors « une priorité nationale », non tant pour la « solidarité énergétique entre les territoires » comme RTE aime à le rappeler, mais bien pour l’organisation purement technique du territoire. Et ceux qui osent s’opposer à cette organisation seront qualifiés « ennemis de l’intérieur ». Il faut savoir que la réalisation cauchemardesque de la « troisième révolution industrielle », programmant l’assimilation complète des réseaux (qu’ils soit informationnels ou énergétiques) n’est pas l’avènement du « pouvoir horizontal » que nous vend cet imbécile de Jeremy Rifkin, mais bien celui d’une totalité hégémonique. Par le biais technologique des smart grids ou « réseaux intelligents » [2], chaque être sera réduit à un faisceau de watt et de byte : un capteur-transmetteur pour ce nouvel Ordre Décentralisé. Un Ordre démultipliant ses technologies de pouvoir en un ensemble de machines périphériques, mais qui toutes renvoient à la Même Totalité. Des métropoles smart, des véhicules autonomes, la 5 G, le compteur Linky, les google home, la dispersion des objets connectés, bref tout ce qui fait la texture cybermanagériale de ce système. Mais un système qui reste profondément colonial. Qui a besoin d’énergie, un besoin monstrueux d’énergie et d’information. Un système dont l’appétit vorace en mégawatt et en terabyte doit bien quelque part aller puiser son carburant, qui doit bien en quelque lieu de cette Terre, venir excaver les ressources qu’il dévorera. De là que se poursuit la folle avancée de l’extractivisme mondial, toujours plus loin, toujours plus profond. Et que Macron est prêt à tout, quitte à ouvrir des mines dans tous les territoires français, pour extirper les précieux lanthanides, éléments capitaux à la « troisième révolution industrielle ».


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« C’est en organisant l’espace aux fins d’un mouvement répétable, en le vectorisant, en travaillant la matière pour qu’elle s’ouvre et réponde aux appétits de la vie humaine que les comptoirs de la Hanse, le commerce de la soie, l’influence de Venise, la conquête de l’Ouest américain, la stratégie militaire occidentale… ont pu avoir lieu. A l’extérieur des lignes du réseau règnent le vide, l’inconnu ou l’hostile ; et même à l’intérieur du réseau, on peut sentir un effort permanent pour empêcher le retour de l’inconnu, le jaillissement de l’imprévu. Le réseau apparaît en premier lieu comme possibilité de communication entre des points appartenant à des espaces hétérogènes. Le réseau doit se frayer une voie à travers l’opacité du différent pour établir un lien d’échanges entre des lieux étrangers l’un à l’autre. Le réseau est un travail qui nie l’hétérogénéité originaire du monde : voulant la réversibilité du mouvement et de l’échange, il est contraint de se constituer comme espace continu tendant au Même, puisqu’il s’agit d’y garantir la sûreté du mouvement. Aussi on modifiera le terrain matériel et éventuellement le terrain social sur lesquels doit prospérer le réseau, afin qu’ils ne présentent pas de risques pour l’usager réticulé »Philippe Forget, Gilles Polycarpe, Le réseau et l’infini. Essai d’anthropologie philosophique et stratégique.

 
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Par la validation politique du méga transfo RTE, il y a clairement la volonté d’accélérer un processus administratif sans doute trop long aux yeux des industriels qui s’impatientent ainsi de ne pas voir leur « PROJET » se réaliser, ralenti par ce qu’ils nomment en bloc tantôt la « contestation » tantôt la « population locale ». Comme pour conjurer toutes différences, toutes singularités, toutes amitiés qui font les êtres qui vivent sur ce territoire. Là où il y a de la chair, des contacts, des liens, là où la vie promet encore quelque solidarité de base, des rencontres, la fête, bâtir et manger ensemble, ils n’y verront qu’abstraction. Sans doute parce qu’il ne comprennent plus la vie. La vie qu’il ont contribué à rendre si méconnaissable. A force de l’avoir mise en calcul. Et réduit toute chose à du Management. Leur langage même suinte la Fonction. D’un côté, ils entendent gérer la possibilité de constitution d’une « ZAD » de l’autre rassurer « une population mal informée ». C’est sans doute pour cela que dès le départ l’existence même du projet a été cachée à cette même « population »... Une « population » trop « rurale » qui refuse « de se faire connecter » pour son propre bien... Indigne du progrès qu’on vient lui offrir... Mais en fait, qui en voudrait de ce progrès ? De ce progrès qui rend malade. Est-ce que ces chers experts de l’enquête publique viendraient construire leur maison en-dessous des lignes ? On ne vit pas sous ces câbles 24h/24 sans un jour ou l’autre en subir les nuisances mortifères dans son corps. Maladies qui ne sont jamais reconnues par les sbires de RTE, s’échappant, lorsqu’on les questionnent, par un odieux déni : « mais enfin, les ondes électromagnétiques des lignes ne sont pas pires que celles de votre four à micro ondes... » Et si les habitants de tous les environs viennent résister à leur mauvaise farce d’enquête publique et bien RTE s’en passera de cette « population ». C’est d’ailleurs pour ça que les enquêteurs ont cru bon en novembre 2017, et en parfaite collaboration avec la gendarmerie qui craignait des « débordements » [3], de se délocaliser à l’autre bout du département. D’autre part, RTE voyant que son enquête ne prenait pas et que le « registre numérique » était inondé de bonnes blagues, d’insultes ou d’arguments qui démontaient son projet, a rectifié le tir en faisant appel à toute une clique de communicants, et d’entreprises de l’énergie (EDF, ENGIE, EIFFAGE ENERGIE, ENERIA, CAP SUD, EOSE INGENIERIE...) pour venir poster leur position « très favorable au projet de transformateur sud aveyron ». Positions qui se sont vues reprises en intégralité dans le rapport final de l’enquête publique. On ne peut plus avoir de doute sur qui tient les ficelles de ce genre de « procédure de consultation » : invariablement les aménageurs et leur cohorte de sous fifres.


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Mais on se tromperait en regardant ce pouvoir réticulaire sous le seul angle de sa « grandeur ». Il n’y a pas un-seul-grand-réseau (qu’il soit énergétique ou informatique), mais un méga-réseau d’équipements miniaturisés. Un méga réseau qui prend en charge toutes les tailles et toutes les formes de maille. Ce ne sont plus les états, les collectivités, ou les partis qui tiennent ces « équipements collectifs » mais bien un Réseau de réseaux, une Mégamachine, qui est à la fois partout et nulle part. Qui n’a plus la forme de l’usine des Temps modernes, mais dont les rouages à broyer les hommes sont devenus les normes elles-mêmes. La fumée des cheminées a fait place à un brouillard d’ondes électromagnétiques. Et la discipline ressemble de plus en plus à un profilage généralisé. Chaque individu se convertit en capteur cybernétique déterminé par ses comportements, ses appels téléphoniques, ses consultations de sites, ses parcours GPS, sa consommation électrique. Regardez le Linky. Outre le fait de bombarder à coup de Khz les habitats, en tant que capteur, il est l’archange des GAFA. C’est l’intercesseur par lequel les entreprises viendront puiser directement à la source les tonnes d’informations sur les « habitudes » de chacun. Ce qui a été compris par pas mal de monde. De l’immeuble au plus petit hameau, des voisins s’organisent a minima pour bloquer la pose des Linky par les sous traitants d’Enedis.



                                                                            
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« Non seulement le pouvoir capitaliste avec ses polices, ses armées, ses administrations, s’exhibe à tous les coins de rue, s’immisce dans toutes les séquences de la vie quotidienne, ne cesse de prétendre aménager l’ensemble du territoire en super-équipement-goulag, mais, sous une forme moléculaire, il s’infiltre partout, dans l’école, dans la famille, dans l’inconscient. Pour pouvoir être partout à la fois il démultiplie son visage unique. » Guattari, Equipements collectifs et assujetissement sémiotique, 1979.



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La fonction retord des « réseaux intelligents » qui se mettent en place aujourd’hui au nom de la « transition énergétique » tient à cette double face : d’un côté le gigantisme des infrastructures (THT, transfo, centrales, câblage, data center) de l’autre leur miniaturisation incessante. Faisant de chaque corps un producteur et un relais de contrôle. Ce qui induit une « naturalisation » des équipements technologiques, au quotidien, dans toutes les dimensions de l’espace et du temps. Une naturalisation où il s’agit de lisser toutes les contraintes matérielles comme de masquer le fonctionnement interne de chaque objet au sein des réseaux. Plus une appli est « simple » et « intuitive », plus un objet est « designé », plus il efface toutes les chaînes technologiques et normatives qui ont contribué à le faire exister. Quelle trame logistique fait fonctionner ce petit objet qu’est Echo d’Amazon, avec son assistant vocal intelligent Alexa qui « anticipe vos besoins » ?


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Les smart constituent bel et bien une mise au pas des comportements dans un chantage incessant à l’efficacité et à l’auto - évaluation. L’idée même de transition, dont RTE comme EDF propulsent la propagande à un niveau inégalé, comme son nouveau mantra publicitaire pour légitimer les « réseaux de demain », cette idée participe elle aussi à la régulation des conduites au sein de la Mégamachine. La transition n’est que le nom d’un nouveau dispositif qui sélectionnera les bons et les mauvais « comportements énergétiques ». Elle n’est aucunement le passage de la société fossile-nucléaire à la société « bas carbone » mais la stricte perpétuation de l’état nucléariste. Elle est la neutralisation des discontinuités du vivant, l’effacement des brèches du temps, le gommage de toute altérité. Un monde où les capteurs et les algorithmes constituent le milieu, l’ambiance dans laquelle navigue l’humanité « en transition ». Mais une humanité qui ne répète que le plus vieux programme de l’inévitable Progrès, dans lequel toute bifurcation sera évacuée en tant qu’ « hérétique ». [4]. En bloquant une de ses infrastructures, par exemple la construction d’un méga transfo, on libère de fait, non seulement un fragment d’espace, mais aussi la possibilité d’une temporalité inédite, non linéaire, non continue. Une temporalité nôtre qui échappe au réseau.


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Un ami écrivait ceci dernièrement
« Les lieux habités n’existent qu’à conjurer la montée totalitaire d’une manière univoque d’imposer un Monde, la dite « globalisation » comme marchandisation guerrière, fondée sur la réduction de la multiplicité des pratiques et des relations à une seule : l’équivaloir général.
Rabattant toutes les activités charnelles sur le seul travail abstrait, les désirs flamboyants sur le seul étalon de l’argent-roi, les fictions fabulatoires sur le seul crédit monétaire.
C’est bien cela qu’il s’agit de penser : la fiction auto-immune de l’Un comme capture de commun, du peuple. Et, corrélativement, la négation du dispars irréductible, des attachements créateurs, des localités vivantes : la conjuration préventive de toute possibilité de communisation de l’expérience. »
 
 
 
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Si les réseaux sont un champ de bataille c’est d’abord parce qu’ils constituent des infrastructures de la dépossession. Leur temps est celui Unique de l’organisation managériale du monde. Leur pouvoir décentralisé une toile de capture. A la lecture de l’histoire, les réseaux ne sont qu’une hypothèse mais sans cesse réactivée par les pouvoirs en place, et ce en Occident depuis le XIX e siècle. C’est une hypothèse qui n’a cessé depuis de gagner en légitimité opérationnelle. Mais son pouvoir tient sa puissance autant par ses équipements imposés par la force que par les imaginaires qu’elle a mis en place. Il faut se le dire, l’industrialisme a toujours été, indistinctement, une machine de guerre et une religion ! Et RTE fonctionne parce qu’il déploie une « religion de l’interconnexion » où la communauté abstraite des fidèles est composée des millions de consommateurs et surtout de leur « foi » dans le réseau. On ne combat pas une religion de la même manière qu’une armée de fantassins. Mais on peut en profaner les principes actifs, en destituer les instances, et rendre ses temples à l’usage commun, ou les laisser aux ronces... L’hypothèse des réseaux est l’hypothèse d’un monde où les corps seraient mis en contact par le seul intermédiaire de leurs appareils. Les réseaux devenant les corps. Et les corps devenant les réseaux. C’est le cauchemar qui s’annonce derrière les sourires glaçants des managers et leur infâme « plateforme » qu’elle soit logistique ou sociale.


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De notre côté, il s’agit de ne pas laisser cette hypothèse continuer sa destruction planétaire. En se constituant en communes interreliées, il s’agit bien de ne pas laisser les réseaux se faire les entremetteurs hégémoniques de tout contact entre les corps. Mais de composer nos propres lignes de passages, nos propres points de rencontre. D’élaborer un réseau sûrement, non celui unifié renvoyant toujours à Lui-Même, mais le réseau des vies-en-lutte, toujours singulières, toujours hétérogènes. Quelque chose comme un tissu vital, une étoffe existentielle tissée à même la Terre.

Nous n’accepterons pas de vivre tels des cyborgs dans une société de cyborgs. Empêcher la totalisation machinique des vivants pourrait être le point focal de toutes celles et ceux pour qui le monde ne se réduit pas à une abstraction économique. Construisant toujours plus de liens avec les autres luttes territoriales, comme à la ZAD, comme à Bure, comme à Roybon, comme au sein d’autres contrées en lutte, faisons le pari de bâtir, le pari d’HABITER. D’habiter ces lieux, précisément contre le bétonnage que RTE leur réserve. Préférant y bricoler nos techniques que de se plier à leur Plan.

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Rendez-vous dans les mois qui viennent à l’Amassada ! Et surtout pour la quatrième fête du vent qui se tiendra, quoi qu’il arrive, le 20-21-22 septembre...

Pour tout contact et infos : amassada at riseup.net


À lire sur lundimatin :


PAS RES NOS ARRESTA [Documentaire]
Quand RTE tente de s’approprier les terres de jeunes agriculteurs pour implanter un transformateur électrique de sept hectares.

Transformateur de Saint-Victor
La Préfecture abandonne la tenue de l’enquête publique dans le Sud-Aveyron mais la mobilisation continue... [vidéo]

Être forêts de Jean-Baptiste Vidalou
[Bonnes feuilles]

Habiter les territoires en lutte
Rencontre avec Jean-Baptiste Vidalou autour d’Être Forets et de la lutte contre RTE et son monde






 Cliquez sur ce lien pour voir la vidéo



[1Pierre Musso, La religion industrielle, Monastère, manufacture, usine, une généalogie de l’entreprise, 2017 et aussi sont intervention à TlmdlT.

[2JacquesFradin Le génie révolutionnaire, la vie smart sur https://lundi.am/La-conspiration-Episode-8

[4Il faut lire à ce sujet Mauvais temps, anthropocène et numérisation du monde, qui vient de paraître aux éditions Dehors




Source : https://lundi.am/Les-reseaux-comme-champ-de-bataille



mardi 17 juillet 2018

Explosion de grenade GLIF4 au ralenti - trouvée dans un pré sur la ZAD a...




Ajoutée le 6 juil. 2018
Cette arme de guerre est couramment utilisée par les forces de l'ordre.

Elle est létale et mutile comme dernièrement sur la ZAD ou en ce moment dans les quartiers de Nantes.

Musique: Joey le soldat - Microphone

Source : https://youtu.be/RT8hRoru6iQ


La police tue, la police mutile.

la police utilise des armes de guerre :

Par exemple cette grenade GLIF4 qui a été tirée l'aveugle sur le bocage de Notre Dame des Landes ce printemps (plus de 11 000 tirs en tout genre)

Une de ces grenades a été retrouvé au moment de la moisson. 


Voici la preuve irréfutable de son caractère meurtrier lors de son explosion dans cette vidéo

Cette arme de guerre est couramment utilisée par les forces de l'ordre. 


Elle est létale et mutile comme dernièrement sur la ZAD ou en ce moment dans les quartiers de Nantes. 


Source :https://www.facebook.com/comitezadlille/?hc_ref=ARQEANuWIWx8A1wyH_m7pNIKx2WVCKX2DzLlMhUYXr2h2D0Rg65IO2h1eVmcV4L7MwU&fref=nf


lundi 16 juillet 2018

14 juillet : Migrer est un droit ! Texte, photos et article Indépendant - Fermeture des Centres de Rétention Administrative véritables prisons !



 Texte lu avant d'aller devant le Centre de Rétention Administrative (CRA) de Rivesaltes

Aujourd’hui, jour anniversaire de la prise Bastille, le comité de soutien aux SP 66, et le collectif bienvenue aux migrants dans le Conflent ont appelé à une manifestation, comme partout en France, pour dénoncer cette  atteinte aux droits  fondamentaux qu’est l’enfermement d’innocents dans ce qu’on appelle les Centres de  Rétention administrative comme celui de Rivesaltes  vers lequel nous nous dirigerons tout à l’heure.

Fidèle à  une vieille tradition d’enfermement de ceux et celles qu’il considère, selon les époques, comme des «indésirables » (Républicains espagnols, juifs, tsiganes, algériens et aujourd’hui les sans-papiers), l’Etat français  a enfermé, en 2017,  46800 personnes dans les CRA,  25274 en France et 19683 en Guyane, à Mayotte et en Guadeloupe, dont des familles avec enfants. Ainsi, en métropole, 304 enfants ont été enfermés, malgré les nombreuses condamnations de la Cour européenne des Droits de l’Homme

La France est le pays qui enferme le plus (4 fois plus qu’en Allemagne, 3 fois plus qu’en Espagne). Et la loi « Asile et Immigration » prévoit un doublement de la durée maximale de rétention en CRA, l’augmentant de 45 à 90 jours…

Le seul délit de ces personnes : être étrangers sans titre de séjour. Par ce traitement indigne et brutal, les gouvernements qui se sont succédé dans cette chasse aux sans-papiers veut faire accepter à la population de ce pays l’idée qu’étranger sans-papiers  = délinquants voire terroriste !

A Perpignan, en 2017  plus de 800 personnes sont passées par ce CRA dont 68 % ont été expulsées (le plus fort taux de toute la France) souvent vers les pays qu’elles avaient fuis !

Ces mesures répressives a pour conséquence un terrible traumatisme pour ces hommes, femmes et enfants dont les droits et la dignité sont bafoués et qui sont traités avec une violence extrême.

L’interpellation peut se dérouler sur le lieu de travail, au domicile, dans les transports en commun ou lors du franchissement d’une frontière. Elle se poursuit par une retenue pour vérification du droit au séjour et éventuellement une garde à vue.

Le droit à un avocat et le droit de communiquer, pourtant essentiels au cours de cette première phase d’enfermement préalable à la rétention, sont rarement exercés dans les faits et de nombreux droits sont violés.

Les personnes sont très souvent conduites en centre de rétention menottes aux mains, quel que soient leur profil ou leur comportement. Puis c’est la pression de l’urgence et de l’angoisse. C’est la course pour prévenir ses proches, son employeur le cas échéant et rassembler des preuves pour les procédures qui peuvent suivre.

Les CRA sans être dépendants de l’administration pénitentiaire sont en fait de vraies prisons : policiers présents partout, cellules d’isolement, barbelés, grilles, haut-parleurs, miradors, tours de contrôle panoramiques, construction panoptique des bâtiments. Tout est inspiré de l’univers carcéral. Le sentiment d’être traitées comme des criminels envahit la plupart des personnes qui y sont enfermées.

La rétention est un lieu de souffrance et d’angoisse, 45 jours aujourd’hui. Dans ces lieux de privation de liberté, une telle durée d’enfermement conduit à des situations de vulnérabilité (automutilations, tentatives de suicides, etc.). Celles-ci sont l’expression d’une souffrance qui sera encore plus présente suite au passage à 90 jours de rétention.

Nous sommes donc là aujourd’hui pour  exprimer notre opposition  à ces politiques racistes brutales qui encouragent  la xénophobie. Malgré les milliers de citoyens et citoyennes qui ont participé partout en  France aux mobilisations contre  loi « asile et immigration », celle-ci va être appliquée  avec des conséquences dramatiques pour toutes ces personnes qui cherchent un refuge  dans ce pays. Y compris  avec l’arrestation des cinq marcheurs sans-papiers de la Marche solidaire  qui ont été arrêtés et placés en CRA, le gouvernement veut empêcher que les premiers concernés, les sans-papiers, puissent s’organiser et défendre leurs droits et leur dignité.

L’Europe-forteresse continue sa guerre contre un ennemi qu’elle s’est inventé : les migrants – une guerre qui a fait encore 600 morts de plus en Méditerranée dans ces 4 dernières semaines !

Harcèlement policier, enfermement, expulsion criminalisation de la solidarité sont les seules  réponses que le gouvernement de M. Macron et Collomb, mais avant lui Sarkozy, Hollande et Valls, ont su apporter à cette crise humanitaire. Dans notre département, les ami-e-s de M. Valls n’ont d’ailleurs pas plus tard que lundi hésité à se faire le relais de cette politique, le Conseil départemental à majorité « socialiste » n’hésitant pas  à porter plainte contre l’occupation par des sans-papiers  d’un de ses locaux et permettre à la police d’expulser sans ménagements.

Nous, nous disons : c’est à la précarité, aux inégalités, au chômage, à la destruction de l’environnement et à la déstabilisation du climat, à la marchandisation de nos vies et de notre société, et au démantèlement des protections sociales qu’il faut s’attaquer, pas aux migrant-e-s et aux réfugié-e-s. Ce ne sont pas les immigré-e-s qui ruinent la société, mais le système capitaliste ! Ce ne sont que par nos mobilisations que nous arriverons à stopper ces politiques mortifères pour eux/elles et pour nous !

Pour le 14 juillet réaffirmons :

 LIBERTE  .... DE CIRCULATION

 EGALITE .... DES DROITS POUR TOUTES ET TOUS

 FRATERNITE ... ET SOLIDARITE AVEC LES MIGRANTS

Non à l’enfermement des sans-papiers

Fermeture des centres de rétention

Ouvrez les frontières

Régularisation de tous les sans-papiers



C'est la fin du livre d'Henning Mankell : Tea-Bag

"Je ne sais pas pourquoi moi j’ai survécu, moi précisément, quand le bateau a coulé et que les gens enfermés dans le noir essayaient de sortir de la cale avec leurs ongles.

Mais je sais que le pont que nous avons cru voir, sur cette plage tout au nord de l’Afrique, ce continent que nous fuyons et regrettions déjà – ce pont sera construit un jour.

Un jour la montagne des corps entassés au fond de la mer s’élèvera si haut que le sommet émergera hors des vagues comme une nouvelle terre, et ce pont de crânes et de tibias fera le lien entre les continents, un lien qu’aucun garde-côte, aucun chien, aucun marin ivre mort, aucun passeur ne pourra détruire. 

Alors seulement cette folie cruelle cessera, cette folie où des gens innombrables qui fuient pour leur vie sont contraints de s’enterrer dans des sous-sols et d’être les hommes des cavernes de l’ère nouvelle."


Un bon article dans l'Indépendant du lendemain 
dimanche 15 juillet 2018 




dimanche 15 juillet 2018

Les noyades se multiplient pendant que les gouvernements européens bloquent les secours humanitaires en Méditerranée

le 12/07/2018

[COMMUNIQUE] 

MSF/SOS MEDITERRANEE : 

Les noyades se multiplient pendant que les gouvernements européens bloquent les secours humanitaires en Méditerranée





Amsterdam / Marseille, 12 juillet 2018 -

Plus de 600 personnes tentant de traverser la Méditerranée centrale se sont noyées au cours des quatre dernières semaines, y compris des bébés et des petits enfants. Ces tragédies, qui représentent la moitié du nombre total de morts dans la zone en 2018, se sont produites car il n'y avait plus de bateaux de sauvetage d'organisations non gouvernementales (ONG) actives en Méditerranée centrale. Il y a un mois, le navire de recherche et sauvetage Aquarius, géré par SOS MEDITERRANEE en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a été empêché par les autorités italiennes de débarquer 630 personnes secourues en mer. D'autres blocages et obstruction des navires de sauvetage des ONG par les Etats européens ont suivi.

« Les décisions politiques européennes prises ces dernières semaines ont eu des conséquences mortelles. Le choix de laisser les hommes, les femmes et les enfants se noyer dans la mer Méditerranée est délibéré. C'est scandaleux et inacceptable », a déclaré Karline Kleijer, responsable des urgences à MSF. « Plutôt que d'entraver la fourniture d'une assistance médicale et humanitaire vitale aux personnes en détresse en mer, les gouvernements européens doivent mettre en place des moyens de recherche et de sauvetage proactifs et dédiés en Méditerranée centrale ».

Alors que les navires de sauvetage des ONG opérant dans les eaux internationales entre Malte, l'Italie et la Libye ont été accusés de créer l’augmentation des départs par les politiciens européens, les récents événements en mer montrent que des personnes désespérées continuent de fuir la Libye. La violence, la pauvreté et les conflits poussent les gens à risquer leur vie et celle de leurs enfants.

Les gouvernements européens sont pleinement conscients des niveaux alarmants de violence et d'exploitation subis par les réfugiés, les demandeurs d'asile et les migrants en Libye, mais sont déterminés à empêcher les personnes d'atteindre l'Europe à tout prix. Un élément clé de la stratégie visant à protéger la Méditerranée consiste à équiper, former et soutenir les garde-côtes libyens pour intercepter les gens en mer et les renvoyer en Libye. Le renvoi des personnes en Libye ne peut être effectué légalement par les navires non libyens, car le pays n'est pas reconnu comme un lieu sûr. Les personnes secourues dans les eaux internationales de la Méditerranée ne doivent pas être renvoyées en Libye mais doivent être conduites dans un port sûr conformément au droit international et maritime.

En outre, les garde-côtes libyens soutenus par l'UE ont intercepté quelques 10 000 personnes cette année et les ont emmenées dans des centres de détention en Libye, au péril de leur santé et de leur vie. L'abdication de toute responsabilité de recherche et de sauvetage en Méditerranée en faveur des garde-côtes libyens ne fera que provoquer davantage de morts.

« La décision politique de fermer les ports aux personnes secourues en mer, et la confusion totale en Méditerranée centrale, ont conduit à une mortalité accrue sur la traversée maritime la plus meurtrière du monde », a déclaré Sophie Beau, vice-présidente de SOS MEDITERRANEE. « L'Europe porte la responsabilité de ces morts. Les gouvernements européens doivent réagir immédiatement et garantir que les lois maritimes et humanitaires internationales encadrant l'obligation de secourir les personnes en détresse en mer soient pleinement respectées ».

SOS MEDITERRANEE

Ensemble agissons pour sauver des vies en mer

Depuis 4 ans, au moins 15 000 hommes, femmes et enfants sont morts noyés en Méditerranée en tentant la traversée sur des embarcations de fortune. SOS MEDITERRANEE est une association de citoyens qui affrète un navire, l'Aquarius, pour porter secours à ceux qui fuient pour sauver leur vie.
En deux ans, près de 30 000 personnes ont été secourues dont 23% sont des mineurs.

Chaque jour en mer coûte 11 000 euros : 93 % de notre budget provient de dons privés. Nous avons le pouvoir d'agir : ensemble, évitons que la mer Méditerranée ne soit un gigantesque cimetière.

Faites un don !

#Aquarius    #TogetherForRescue    @SOSMedFrance   www.sosmediterranee.fr

Source : http://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/CP_12juillet2018_Les_noyades_se_multiplient