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jeudi 21 mars 2019

Mauvaise nouvelle pour le climat : la France commence à importer du gaz de schiste

 

Mauvaise nouvelle 

pour le climat : 

la France commence à importer 

du gaz de schiste


par



L’affaire avait fait grand bruit il y a trois ans : la France, qui a interdit l’exploitation du gaz de schiste sur son propre territoire, allait-elle importer du gaz de schiste en provenance des États-Unis ? Cette source d’énergie très controversée, en raison des impacts environnementaux de la fracturation hydraulique, allait-elle quand même alimenter les chaudières et plaques de cuisson françaises ? La réponse est oui.

Les importations de gaz de schiste américain ont effectivement commencé à l’automne 2018, selon les données rendues publiques par l’agence états-unienne d’information sur l’énergie. Et cela ne fait que commencer. Le navire méthanier Provalys, revendu l’année dernière par Engie à Total, devait accoster cette semaine au port de Montoir, à proximité de Saint-Nazaire, en provenance du terminal d’exportation de gaz de Sabine Pass. Celui-ci, situé à la frontière entre la Louisiane et le Texas, appartient à la firme américaine Cheniere. Le Provalys semble avoir changé de cap depuis la première publication de cet article (voir précisions ci-dessous).

« Le gaz naturel américain est importé directement en France depuis fin 2018 »

Elengy, filiale d’Engie qui gère le terminal méthanier de Montoir (et deux terminaux similaires à Fos-sur-Mer), a confirmé à l’Observatoire des multinationales que « le gaz naturel américain est importé en Europe depuis 2017 et directement en France depuis fin 2018 ». Tout en ajoutant que « le nom des importateurs et le détail des cargaisons sont des informations commercialement sensibles que nous ne sommes pas autorisés à divulguer ». Même invocation du secret commercial du côté du quatrième et dernier terminal méthanier française, celui construit par EDF à Dunkerque, récemment revendu à l’opérateur belge Fluxys.

L’Observatoire des multinationales, édité par Basta !, a donc sollicité les entreprises susceptibles d’avoir acheté ce gaz pour le distribuer en France, à savoir les fournisseurs EDF, Engie et Total (qui a récemment absorbé Direct Energie et Lampiris sous la marque Total Spring, prenant la troisième place du marché). Aucune n’a souhaité répondre. L’autre possibilité est que ce gaz ait été acheté par des clients industriels, par exemple pour produire... du plastique (lire à ce sujet : Les liens étroits et méconnus entre le gaz de schiste et l’explosion des déchets plastiques).

Contrats d’approvisionnement signés... au moment de la COP 21

En 2015, juste avant la Conférence de Paris sur le climat, Engie et EDF avaient signé des accords d’approvisionnement avec Cheniere, pionnière de l’exportation du gaz de schiste américain avec les terminaux de Sabine Pass et de Corpus Christi (voir ici). Selon les données officielles, la majorité du gaz exporté vers la France transite par le terminal de Sabine Pass, et par celui de Cove Point, dans la baie de Chesapeake, appartenant à Dominion Energy.

L’essor du gaz de schiste aux États-Unis, un pays qui était auparavant un importateur net, a créé une situation de surproduction et une baisse des prix. Les industriels états-uniens se sont donc rapidement intéressés aux marchés d’exportation. La construction de plusieurs dizaines de nouveaux gazoducs et terminaux méthaniers est planifiée le long des côtes du golfe du Mexique et de la façade Atlantique, dont certains financés par des banques françaises, en particulier la Société générale.

Le gaz, aussi nuisible pour le climat que les autres hydrocarbures

La contestation de ces nouvelles infrastructures gazières est aujourd’hui tout aussi virulente aux États-Unis que celle liée aux impacts locaux de la fracturation hydraulique – contamination de l’eau, séismicité, pollution de l’air, etc (voir ici). Le gaz est souvent présenté par les industriels comme une source d’énergie plus « propre » que le pétrole ou le charbon, et donc plutôt bénéfique pour la transition énergétique. Un discours porté en France par Engie et Total.

En réalité, si l’on tient compte de l’ensemble de la filière et notamment des émissions fugitives de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, le gaz est tout aussi nuisible pour le climat que les autres hydrocarbures, voire davantage. De ce point de vue aussi, l’arrivée massive de gaz américain en France et en Europe n’est pas une bonne nouvelle.

NOTE : Depuis la première publication de cet article le 8 mars 2019, le Provalys a changé de cap. Même si sa destination officielle est toujours Nantes, il est actuellement (au 13 mars au matin) en train de tourner en rond à proximité de l’archipel des Açores. Il est possible qu’il attende une offre plus lucrative pour sa cargaison.

Olivier Petitjean

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Source : https://www.bastamag.net/Mauvaise-nouvelle-pour-le-climat-la-France-commence-a-importer-du-gaz-de?fbclid=IwAR0NVPTVbwk3PiZzQYZfG4i2kYxouwApqR_iunw1CeJjdH4XEt4FQs3a7jk

mercredi 20 mars 2019

Le Larzac se lève contre un projet géant de centrale solaire


Le Larzac se lève contre 

un projet géant 

de centrale solaire


13 mars 2019 / Lorène Lavocat (Reporterre)























Sur le causse du Larzac à l’histoire bouillonnante, la société Arkolia projette la construction de la plus grande centrale photovoltaïque de France. Élus, naturalistes, paysans, éleveurs affûtent leurs arguments contre Solarzac, cette installation industrielle jugée « démesurée ».

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  • Le Caylar et Le Cros (Hérault), reportage 

À perte de vue, des prairies parsemées de buis, entrecoupées çà et là de bosquets de chênes blancs. Quelques monticules calcaires reflètent un soleil hivernal brûlant. Au loin, les monts cévenols, à peine tachetés de neige, fixent un horizon. Le long de la route qui mène au cirque de Navacelles, une brise légère secoue doucement les arbustes. En contrebas, des craves à bec rouge picorent paisiblement dans un pré. « Sur le Larzac, les conditions sont idéales pour produire de l’énergie photovoltaïque : un fort ensoleillement et un vent qui vient rafraîchir les installations pour un rendement optimal », note Guy Degreef en désignant un hangar agricole couvert de panneaux noirs.




       Des craves à bec rouge.

                                                        

Et c’est précisément sur ce causse à l’histoire militante bouillonnante que pourrait s’implanter la plus grande centrale photovoltaïque de France. « Solarzac », c’est le nom marketing donné par la société Arkolia à son projet, encore en phase de concertation. Pour le moment, rien n’est donc sorti des terres caillouteuses du sud du Larzac. Mais sur la plaquette de présentation aux couleurs vives, les dimensions de l’installation font tourner la tête. 29.990 tables photovoltaïques implantées sur 400 hectares, pour une puissance de 320 MW supposée capable d’approvisionner en électricité l’équivalent d’une ville de 210.000 habitants. Mais ce n’est pas tout : le projet comprend également une unité « power to gas » capable de transformer de l’eau et du CO2 atmosphérique en méthane [voir encadré] . « En phase d’exploitation, le projet permettrait des émissions négatives [captation de CO2] à hauteur des émissions de 10.000 voitures », conclut la plaquette.

« Si on recouvre les prairies de panneaux, les aigles ne pourront plus se nourrir ! » 


Pas de quoi convaincre Guy Degreef. Habitant des Cévennes gardoises toutes proches, cet entrepreneur en énergies renouvelables a fait de la lutte contre Solarzac son cheval de bataille. « C’est un projet démesuré, à la rentabilité incertaine, qui ne correspond pas aux besoins du territoire, et qui cherche pourtant à passer en force », résume-t-il. À ses côtés, Bernard Ricau observe aux jumelles une grande bâtisse accrochée à une colline, perdue au milieu de la végétation caussenarde. « Voici le domaine de Calmels, montre-t-il. C’est là qu’ils veulent construire la centrale. »



    Bernard Ricau.

                                                                    

C’est là aussi que Bernard Ricau est venu pendant de longues semaines l’été dernier observer un couple d’aigles royaux. « Nous avons mis plusieurs mois avant de parvenir à capturer le mâle afin de l’équiper d’une balise, raconte l’ornithologue et agent retraité du Parc national des Cévennes. Une fois l’oiseau bagué, nous avons pu suivre très précisément tous ses déplacements. » Ainsi, lorsqu’il a appris, fin septembre 2018, qu’une installation photovoltaïque pourrait s’implanter sur le domaine de Calmels, son sang n’a fait qu’un tour. « C’est leur territoire de chasse, explique-t-il en étalant une carte de la région sur un muret en pierre. S’ils recouvrent les prairies de panneaux, les aigles ne pourront plus se nourrir ! » Sur la carte, un méli-mélo de traits rouges, représentant les trajets des rapaces, forme une vaste zone de 150 km². Autour, d’autres taches colorées similaires représentent les territoires d’autres aigles royaux. Des voisins pas très partageurs, précise le naturaliste : « Le couple de Navacelles ne pourra pas aller trouver ses proies ailleurs. »

Depuis trente ans, le Groupe d’études des rapaces du sud du Massif central travaille avec persévérance afin de sauver ces oiseaux emblématiques : la population est ainsi passée de 10 à 45 couples. D’où la colère de Bernard Ricau envers le projet Solarzac : « Ils vont détruire des années d’efforts, sans compter les autres animaux qui pourraient être touchés ». Vautours fauves ou moines, gypaètes, percnoptères, bruants ortolans ou grands corbeaux ont aussi été observés dans la région. Le domaine de Calmels comprend d’ailleurs quatre sites Natura 2000, et se trouve à proximité immédiate d’une zone naturelle d’intérêt écologique (Znieff) et d’une zone d’intérêt pour la conservation des oiseaux (Zico).




« Nous ne sommes pas contre les énergies renouvelables, mais nous n’en voulons pas quand elles condamnent des pans entiers de notre biodiversité, souligne Pierre Maigre, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) dans l’Hérault. Les panneaux photovoltaïques ne doivent pas être implantés au sol dans des zones naturelles ou agricoles. » Ce vendredi 22 février, la voix grave de l’ornithologue emplit la salle des fêtes du Caylar. Organisée par un collectif citoyen local alerté par Guy Degreef et Bernard Ricau, la première réunion d’information sur Solarzac est un franc succès. Plus de 200 personnes sont venues de l’Aveyron, du Gard et du pays lodévois voisin. Chacun égrène ses doutes.


« Ce projet est trop consommateur d’eau, porte atteinte à la biodiversité et entre en contradiction avec le classement au patrimoine mondial de l’Unesco »


Au centre des inquiétudes, la ressource en eau. Les premiers documents rédigés par Arkolia avançaient le chiffre alarmant de 80.000 m³ de prélèvement annuel, soit plus de la moitié de la consommation en eau potable des habitants du Larzac méridional. L’entreprise a ensuite rétropédalé, indiquant dans sa nouvelle maquette que l’approvisionnement proviendrait du « ruissellement des panneaux photovoltaïques et des capteurs solaires » ainsi que de la récupération d’eau [1].

« L’eau est une ressource rare, et qui va se raréfier avec le changement climatique, dit Jean-Noël Malan, maire d’un village voisin et vice-président à l’agriculture de la communauté de communes du Lodévois Larzac. Ce projet est trop consommateur d’eau, en plus de constituer une atteinte à la biodiversité et d’être en contradiction avec le classement de cette région au patrimoine mondial de l’Unesco. » Le 21 février, avec d’autres élus communautaires, Jean-Noël Malan a poussé avec succès pour l’adoption d’une motion contre Solarzac.

Même son de cloche du côté de la région Occitanie. Jointe par Reporterre, la vice-présidente chargée de la transition énergétique, Agnès Langevine, se montre plus que sceptique : « À titre personnel, et dans l’état actuel de ma connaissance du dossier, tous les voyants sont au rouge, dit-elle. Sous un vernis écolo et d’innovation, il s’agit d’un projet industriel, fondé sur une technologie du power to gas qui n’est pas éprouvée, et qui pose de sérieuses questions en matière de préservation de la biodiversité et des terres agricoles. »



  Le domaine des Calmels.

                                                         

Les terres agricoles, voilà une nouvelle pièce maîtresse de ce puzzle larzacois. Car Solarzac, c’est aussi, et peut-être avant tout, 400 ha de terres artificialisées, et 600 ha de terres pour un « retour à la nature en gestion concertée », dixit l’entreprise promotrice, autrement dit, réservées à la compensation écologique du projet. « Il s’agit d’une appropriation de la campagne pour d’autres choses que l’agriculture, estime Dominique Voillaume, éleveuse de brebis à Saint-Maurice-Navacelles. Les terres agricoles doivent servir à nous nourrir. »

L’entreprise Arkolia et Alain Viala, le maire du Cros, la commune où se situe le domaine de Calmels, font valoir que les parcelles ne sont pas classées en zone agricole, puisque les 1.000 ha constituent actuellement une « propriété privée consacrée en totalité à une chasse privée ». Dans une interview accordée à France Bleu Hérault, le maire Alain Viala a ainsi expliqué que « le territoire est prédestiné à ce genre d’opération. Pour le moment, c’est un lieu hostile à toute écologie. C’est un secteur de chasse où au moins trois fois par semaine, on tire 2.000 cartouches par jour ! » 

« Les brebis ne vont pas pâturer sous les panneaux, elles restent donc en plein soleil »


Il suffit de se rendre à l’entrée du domaine de Calmels, entièrement clôturé de grilles de 1,80 mètre de haut, pour comprendre ce que souligne l’édile. Les collines buissonnantes sont constellées de miradors. Dans les clairières, on aperçoit ça et là des troupeaux de daims et de mouflons. Au total, 700 ongulés — chevreuils, cervidés — ainsi que quantité de volatiles et de sangliers sont littéralement élevés dans ce parc, pour le plus grand plaisir des amateurs de fusils prêts à débourser de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros la journée de chasse. Un business établi depuis plus de quinze ans, mais qui ne serait plus si juteux, puisque son propriétaire, Éric Saint-Cierge, a décidé de cesser l’activité, laissant la place aux panneaux photovoltaïques. D’après les opposants, le site aurait même été mis en vente sur le Bon Coin pour 11 millions d’euros, avant que le projet Solarzac surgisse des cartons d’Arkolia. Interrogé par Reporterre, le propriétaire nous a indiqué « n’avoir rien à dire pour le moment » sur le sujet.




         Le domaine des Calmels.

                                                 
Dommage, car nous aurions aimé lui demander s’il confirmait le caractère non agricole de ses terres. Car, si elles ne sont pas actuellement cultivées, elles sont bien classées en landes, terres et pâtures sur le relevé cadastral. Dominique Voillaume a par ailleurs retracé l’histoire agraire de Calmels, et sa conclusion est simple : « Le domaine a été jusqu’au début des années 2000 une ferme florissante. » Dans les années 1970, un troupeau de 500 brebis produisait du lait pour Roquefort ; vingt ans plus tard, elles étaient plus de 800 à pâturer ce coin du causse propice au pastoralisme. « Sur Calmels, on pourrait facilement imaginer une ou même plusieurs installations de paysans, avec de l’élevage et une fabrication de fromages », dit l’éleveuse, rappelant que de nombreux porteurs de projet ne trouvent pas de terres pour s’installer dans l’Hérault. Pour Arkolia en revanche, photovoltaïque et pastoralisme peuvent aller de pair. La zone « entièrement clôturée et protégée des loups », avec des panneaux « abris naturels du soleil et des grands rapaces », pourrait selon la firme accueillir jusqu’à 400 moutons. « De la maltraitance animale, réplique Daniel Laborde, paysan et compagnon de Dominique. Les brebis ne vont pas pâturer sous les panneaux, elles restent donc en plein soleil, dit-il. On ne parle pas d’un abri équipé de panneaux sur son toit, mais de près de 30.000 tables installées sur le sol ». 

Excepté les six conseillers municipaux du Cros, il ne semble pas y avoir grand monde pour défendre Solarzac sur le causse. Arkolia n’a pourtant pas lésiné sur les moyens pour convaincre les élus, faisant miroiter une trentaine d’emplois et des retombées fiscales non négligeables : 10.000 euros annuels pour la commune, 1,6 million d’euros pour la communauté de communes, 1,2 million d’euros pour le département, et 150.000 euros pour la région. Le coût total du projet avoisinerait les 600 millions d’euros, dont près de 300 millions pour la seule unité power to gas de 138 MW, à la rentabilité incertaine. Un montant qui ne comprend en outre ni le coût du raccordement électrique au futur transformateur de Saint-Victor, en Aveyron, estimé à 7 millions d’euros, ni celui du raccordement au réseau de gaz, lui aussi évalué à 7 millions d’euros. Tout ça porté par une entreprise de 53 salariés, dont le chiffre d’affaires en 2017 atteignait 38 millions d’euros.

« On expliquera les choses correctement, de manière pédagogique, afin d’être compris par tous » 


Pour Guy Degreef, Arkolia compte sur des subventions publiques de recherche et développement — justifiée par l’unité power to gas — afin d’assurer son modèle économique. Mais l’entreprise reste pour le moment discrète quant à son business plan, comme sur bien d’autres sujets d’ailleurs : pourquoi avoir apposé dans la première plaquette le logo de la LPO et d’Enercoop sans leur accord ?
Pourquoi indiquer dans un premier temps que « la transformation power to gas demande une quantité d’eau importante », avant d’affirmer que « la consommation en eau de l’installation de biométhanation est réduite » ? Pourquoi indiquer que le terrain n’a « jamais été cultivé » ? Que signifie « le développement d’une zone dédiée à la protection des grands rapaces et à leur soin » ?

Malheureusement, la société n’a pas souhaité répondre aux questions de Reporterre. Au téléphone, le responsable de la communication nous a expliqué « ne pas vouloir se précipiter parce qu’il y a des opposants » : « Il y a une concertation en cours de préparation, et on communiquera à ce moment-là. On expliquera alors les choses correctement, de manière pédagogique, afin d’être compris par tous. Il y a énormément de fausses informations qui circulent. » Contactée également, la Commission nationale du débat public a indiqué que la concertation préalable devrait se dérouler au printemps. À son issue, le garant nommé par la Commission rendra ses conclusions et recommandations. Si l’entreprise souhaite poursuivre son projet, viendra ensuite l’enquête publique. Le permis de construire, qui sera instruit par une communauté de communes plutôt hostile, ne devrait donc pas être déposé avant 2020. Ce sera alors au préfet de décider.



     Des hangars équipés de panneaux solaires sur le causse du Larzac.


Au Caylar, les participants s’inquiètent de ce que ce projet pourrait ouvrir les vannes du photovoltaïque industriel sur le Larzac. « Si un projet aussi gros passe, tous les autres passeront », entend-on à plusieurs reprises. « Allons-nous voir le causse finalement couvert de parcs clôturés avec des éoliennes et des panneaux partout ? » L’Aveyron et ses batailles anti-éoliennes n’est pas loin, la lutte contre le camp militaire non plus. « Nous voulons la transition énergétique, mais pas n’importe comment et à n’importe quel prix, dit Jean-Noël Malan, élu local. Le photovoltaïque doit être développé prioritairement en toiture ou en ombrière, et le moins possible au sol. » Un avis partagé par Agnès Langevine : « La région s’est fixé comme ambition de couvrir la totalité de ses consommations par les énergies renouvelables. Il va donc nous falloir multiplier par 12 le photovoltaïque, mais en donnant la priorité à des projets citoyens, locaux, et à des installations sur des lieux déjà artificialisés, comme de friches industrielles ou d’anciennes carrières. » Et surtout, ajoute-t-elle, réduire de près de moitié notre consommation d’énergie.


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« POWER TO GAS », QUEST-CE ?


Comme son nom anglais l’indique, la technologie « power to gas » permet de transformer de l’électricité en gaz : soit en hydrogène, soit en méthane. L’électrolyse consiste à « casser » à l’aide du courant électrique la molécule d’eau (H2O) en hydrogène et en oxygène. L’hydrogène peut être utilisé comme source d’énergie, « mais les usages sont pour le moment restreint, car il n’est pas injectable en grande quantité dans le réseau et les piles ne sont pas au point », précise Marc Jedliczka, porte-parole de négaWatt. Une seconde étape est ainsi nécessaire : il s’agit de coupler l’hydrogène avec des atomes de carbone issus du CO2, afin de former du méthane (CH4). C’est ce qu’on appelle la méthanation, à ne pas confondre avec la méthanisation. Le méthane obtenu peut être stocké ou injecté dans le réseau de gaz. « Le biométhane pourrait à terme remplacer le pétrole dans les voitures et les camions », s’enthousiasme Marc Jedliczka. Problème pour le moment, « les conditions de rentabilité ne sont pas réunies » pour développer le power to gas, selon le porte-parole. Les unités existantes sont des démonstrateurs, de puissance modeste (1 MW). Et même si « on aura besoin de cette technologie pour faire la transition énergétique », car elle permet de stocker les énergies solaires et éoliennes, par nature intermittentes, M. Jedliczka table sur un développement commercial à horizon 2035.


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[1La méthanation permet de restituer la moitié de l’eau consommée par l’électrolyse sous forme d’eau déminéralisée.




Lire aussi : Levée de boucliers contre le projet de centrale au gaz de Landivisiau


Source : Lorène Lavocat pour Reporterre
Photos : © Dominique Voillaume
. chapô : le causse du Larzac en bordure du domaine de Calmels.


Documents disponibles

  Plaquette de présentation du projet Solarzac de janvier 2019. 

  La première plaquette du projet Solarzac.



Source : https://reporterre.net/Le-Larzac-se-leve-contre-un-projet-geant-de-centrale-solaire

mardi 19 mars 2019

Manifestants pour le climat, soyons cohérents, soyons radicaux

Manifestants pour le climat, 

soyons cohérents, 

soyons radicaux

 

18 mars 2019 / Hervé Kempf (Reporterre) 


Un moment de basculement est en train de se produire pour le climat. Il appelle de la part de celles et ceux qui manifestent et ont pris conscience un engagement réel et durable. Qui ne sera pas toujours facile.
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Le succès de la marche pour le climat samedi 17 mars à Paris et dans de nombreuses autres villes, les quelque 2 millions de signatures à l’appui de l’Affaire du siècle, le mouvement international des jeunes pour le climat, et pour tout dire, la vague qui s’est levée depuis septembre dernier pour déclarer l’état d’urgence climatique, constituent un mouvement de fond, un moment de basculement.
La question écologique est clairement en train de passer un nouveau cap, de sortir des invocations floues et distantes pour s’incarner dans une forte revendication populaire. Et c’est un moment réconfortant, joyeux, stimulant, roboratif.

Mais pour que la vague soit vraiment puissante, qu’elle envahisse comme la marée la plage atone du conservatisme des politiques et des habitudes, les manifestantes et manifestants doivent être cohérents, et donc radicaux. Cohérents ? Si l’on affirme qu’il y a urgence climatique, qu’il n’y a plus que cinq, dix, quinze ans pour éviter un réchauffement planétaire d’1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, qu’il faut agir fortement à la mesure de la gravité du moment, on ne peut se contenter de retourner chez soi et de continuer comme avant. Il faut réfléchir davantage, s’engager plus loin, changer plus avant.

La cohérence, c’est de comprendre que les mots ne sont pas futiles : que les slogans « Justice climatique, justice sociale » et « Ce n’est pas le climat qu’il faut changer, c’est le système » appellent une transformation globale de la société. Comprendre aussi que revendiquer, parce qu’elle est indispensable, une division par huit des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 suppose un changement radical du mode de vie et des habitudes de consommation dans le sens de la sobriété. Et ce ne sera pas facile (y compris pour l’auteur de ces lignes !) : pas ou presque plus d’avion, du vélo et beaucoup moins d’autos, moins de viande, beaucoup moins de tous ces objets dont on a pris l’habitude de les considérer comme normaux, pas ou plus de publicité, on en passe. Pour le dire autrement, faire face à l’urgence climatique, ce n’est pas mettre des éoliennes partout, c’est réduire drastiquement la consommation d’énergie donc la consommation matérielle. Autant l’avoir en tête si l’on ne veut pas se bercer d’illusions.

Être cohérent implique aussi d’être radical. Changer le système implique que ce ne sont pas les gestes de chacun — même s’ils sont indispensables — qui changeront la donne, comme voudraient nous le faire croire les dominants, à commencer par M. Macron. Non, cela implique de changer les politiques et les rapports de pouvoir.


L’oligarchie vise à maintenir la position privilégiée des ultra-riches et un système économico-financier qui préfère la prédation de la planète à la baisse des profits.



Et dès lors, la radicalité commence par un constat : les gouvernants, aujourd’hui, ne sont pas de braves gens qui, par pure ignorance, ne voudraient pas agir pour le climat et qu’il faudrait ramener à la raison. Ce sont les instruments d’une oligarchie qui vise essentiellement à maintenir la position privilégiée des ultra-riches et un système économico-financier qui préfère la prédation de la planète à la baisse des profits. Autrement dit, les gouvernants aujourd’hui ne sont pas des alliés, mais des ennemis, et seul le rapport de force — ou le changement de gouvernants — peut faire évoluer fortement les politiques.

La radicalité se prolonge par un engagement : celui de ne pas en rester à des paroles, à des slogans, à des pancartes. Mais de s’engager soi-même ou au moins de soutenir effectivement celles et ceux qui agissent. On peut le faire de façon non-violente mais avec efficacité — en se mettant d’ailleurs en danger juridique voire physique — comme le montrent, entre autres, les militants d’ANV-COP21, quand ils vont décrocher les portraits de Macron, les étudiants pour le climat quand ils vont envahir la Société générale, les militants contre le Grand contournement ouest de Strasbourg ou contre Europacity — pour ne citer que quelques exemples.

Urgence climatique ? Urgence sociale, urgence politique, urgence d’agir.



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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos :

. Manifestation pour le climat, 16 mars 2019 (© Eric Coquelin/Reporterre)
. la tour de la Société générale à La Défense (© NnoMan/Reporterre)


 Source : https://reporterre.net/Manifestants-pour-le-climat-soyons-coherents-soyons-radicaux

lundi 18 mars 2019

La Chine s’installe dans un monde que même Orwell n’aurait osé imaginer

La Chine s'installe dans un monde 
que même Orwell n'aurait osé imaginer





Vous êtes prêts à partir en vacances, vos bagages sont faits, vos chambres sont réservées ; il n’y a qu’un seul problème : le gouvernement a annulé vos billets. Cela se passe en Chine et des dizaines de millions de Chinois sont sanctionnés parce que leur « score de crédit social » a été dégradé. Un moyen de surveillance orwellien inventé par le parti communiste chinois pour tenir la population en laisse.

La Chine s’est approprié la maîtrise des nouvelles technologies et elle devient, sous nos yeux, un leader dans le domaine. Big data, reconnaissance faciale, algorithmes prédictifs n’ont plus de secrets pour les Chinois ; ils en sont passés maîtres. Dans d’autres pays, le développement des nouvelles technologies est fait pour améliorer la vie des gens. C’était le credo de la Silicon Valley des origines. Mais en Chine, les nouvelles technologies sont destinées à surveiller la vie des gens. Dans le moindre recoin de leur vie. L’Empire du Milieu est en train de construire un gigantesque réseau social, fort de 1.4 milliard de personnes. Chacune d’elles est notée en fonction de son comportement dans la vie quotidienne, scannée dans le moindre geste par 200 millions de caméras de surveillance. Les algorithmes de l’État calculent alors pour chacun son « crédit social ». Sésame ou obstacle pour se déplacer ou bénéficier des services publics.


Première dictature numérique au monde


George Orwell, l’auteur de 1984 et créateur de Big Brother, même dans ses pires cauchemars n’avait pas imaginé pareille dystopie. Une population entière de plus d’un milliard de personnes, surveillée dans les moindres de ses gestes et notée en fonction de ses comportements. Une note algorithmique attachée à chaque citoyen, synthèse d’un contrôle total et massif : la Chine est en train de devenir la première dictature numérique au monde.

Vous tentez de traverser la rue alors que le feu est au vert ? Votre visage est instantanément reconnu par la caméra de surveillance installée non loin de là et une voix diffusée par un haut-parleur vous lance l’injonction de reculer immédiatement et retourner sur le trottoir. Ce n’est pas seulement une injonction de sécurité routière. En effet, votre « score social » va instantanément baisser de quelques points en guise de punition de cette incivilité.

Depuis 2014, les autorités ont expérimenté le "crédit social" dans toute la Chine. Chaque citoyen chinois possède un capital de 800 points au crédit de son score social. À tout moment il peut en perdre et son solde, mis à jour en temps réel, est intimement associé à son identité. Si votre score est bon, vous pourrez circuler, prendre l’avion, vous déplacer librement, accéder à des services. Dans le cas contraire, vous êtes condamné à la détention à domicile et devenez vite un paria de la société. Des points sont déduits pour avoir enfreint la loi ou, dans certaines régions, pour des infractions aussi mineures que promener un chien sans laisse.

Le crédit social universel


Car le crédit social touche tous les pans de votre vie. En effet, grâce à la magie du big data, les systèmes de reconnaissance visuelle sont connectés avec les données fiscales, financières, juridiques, médicales, de chaque citoyen. Les données sont traitées en temps réel par des méga-serveurs bourrés d’intelligence artificielle. Dès lors, pour obtenir un bon score social, il ne suffit pas de traverser la rue au feu rouge ; il faut aussi payer ses factures à l’heure, trier ses déchets, faire du bénévolat, ne pas fumer dans les lieux publics, etc. Le score social est la synthèse de toute la vie citoyenne d’un individu. Ce score est le sésame pour accéder par exemple à des crédits plus facilement ou pour éviter de faire la queue dans les services hospitaliers.

À chaque infraction, le score social diminue et le risque de se voir infliger des pénalités financières ou des entraves à ses libertés, s’accroît. C’est ainsi que le gouvernement chinois gère l’économie et la société. Une forme de dictature numérique fondée sur une gouvernance algorithmique.

Selon une enquête de l’Associated Press, 17,5 millions de billets d'avion ont été bloqués l'an dernier pour des délits de "crédit social", y compris des taxes impayées et des amendes, dans le cadre d'un système qui, selon le Parti communiste au pouvoir, améliorera le comportement de la population. D'autres se sont vu interdire 5,5 millions de fois l'achat de billets de train, selon le National Public Credit Information Center.

Le parti au pouvoir affirme que les pénalités et les récompenses du "crédit social" amélioreront l'ordre dans une société en rapide évolution après trois décennies de réformes économiques qui ont bouleversé les structures sociales. Ce système s'inscrit dans le cadre des efforts déployés par le gouvernement du président Xi Jinping pour utiliser des technologies allant du traitement des données au séquençage génétique et à la reconnaissance faciale pour renforcer le contrôle.

Le parti communiste chinois veut un système national d'ici 2020, mais n'a pas encore précisé dans les détails comment il fonctionnera. Parmi les sanctions possibles figurent des restrictions aux déplacements, aux affaires et à l'accès à l'éducation. Un slogan est actuellement répété dans les médias d'État ; il donne le ton : "Une fois que vous perdrez la confiance que nous avons en vous, vous serez confronté à des restrictions, partout."

Les entreprises sous haute surveillance


La surveillance de masse ne concerne plus seulement les individus mais aussi les entreprises qui ont aussi leur « score social ». Les entreprises figurant sur la liste noire peuvent perdre des contrats gouvernementaux ou l'accès à des prêts bancaires ou se voir interdire d'émettre des obligations ou d'importer des marchandises.


Selon le centre d'information du gouvernement, les délits sanctionnés l'an dernier au titre du "crédit social" comprenaient la publicité mensongère ou la violation des règles de sécurité des médicaments. 290 000 personnes ont été empêchées d'occuper des postes de cadres supérieurs ou d'agir en tant que représentant légal d'une entreprise.

Qu’elles soient sociétés chinoises ou étrangères, leurs comportements sont finement scrutés. À cette fin, nous relations dans nos colonnes comment certaines entreprises se sont dotées d’outils de « surveillance émotionnelle » pour surveiller, en temps réel, l’état émotionnel de leurs employés. Des capteurs légers intégrés dans les couvre-chefs ou les casques des travailleurs transmettent sans fil les données des ondes cérébrales du porteur à un ordinateur - cela fonctionne probablement un peu comme un électroencéphalogramme (EEG), comme le note la MIT Tech Review. Ensuite, des algorithmes d'intelligence artificielle scannent les données, à la recherche de valeurs aberrantes qui pourraient indiquer l'anxiété ou la colère.

Cette surveillance massive a commencé dès l’an 2000 avec la mise en place par le ministère de la police du « Bouclier d’or », un réseau numérique à l'échelle nationale pour suivre les individus. Dans certaines régions, la surveillance numérique se double d’une surveillance génétique. Des militants des droits de l'homme affirment que les habitants des régions musulmanes et d'autres minorités ethniques ont été contraints de donner des échantillons de sang pour constituer une base de données génétiques. Il faut rappeler que jusqu'à un million d'Ouïghours, de Kazakhs et d'autres minorités musulmanes du Xinjiang sont détenus dans des camps d'éducation politique, selon des responsables américains et des experts des Nations unies. Le gouvernement affirme que ces camps sont des centres de formation professionnelle conçus pour débarrasser la région de l'extrémisme.


Source : http://up-magazine.info/index.php/societe/societe-information/8473-la-chine-s-installe-dans-un-monde-que-meme-orwell-n-aurait-ose-imaginer?fbclid=IwAR0BAPIfwk7cZ8ZIlXemwAmOOO_ZghA27KrxkyEavlWn
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dimanche 17 mars 2019

Les cars Macron ? Un bilan financier et environnemental négatif

Les cars Macron 

Un bilan financier et 

environnemental 

négatif



13 mars 2019 / Jean Sivardière
 


En août 2015 naissaient les « cars Macron ». Trois ans et demi plus tard, l’auteur de cette tribune tire un bilan mitigé de cette mesure qui a enthousiasmé les médias.


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Jean Sivardière est vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut).
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La création, en août 2015, des services librement organisés (SLO) d’autocars (dit « cars Macron ») s’est faite de manière improvisée, sans étude d’impact préalable sur la concurrence train-autocar, sur les budgets publics, sur l’aménagement du territoire et sur l’environnement. Cependant, les médias présentent généralement cette libéralisation comme un succès. Trois exploitants se partagent le marché : Flixbus, qui domine déjà le marché en Allemagne, Ouibus-SNCF, racheté récemment par Blablacar, et Eurolines-Isilines (groupe Transdev), en cours de rachat par Flixbus.

Les cars SLO ont transporté 6,2 millions de voyageurs (MV) en 2016 et 7,1 MV en 2017 (+ 15 %). En 2016, ils ont assuré 0,6 % des déplacements de voyageurs à longue distance (plus de 80 km) exprimés en voyageurs.km soit, en gros, un voyage sur 150 [1].

Lire l’étude en détail :https://reporterre.net/IMG/pdf/fnaut-cars_macron-mars_2019.pdf



La concurrence train-autocar


En 2016, selon une enquête de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), si les services SLO n’existaient pas, 17 % de leurs usagers ne se seraient pas déplacés, 37 % auraient pris le train, 19 % une voiture, 2% l’avion et 25 % auraient covoituré. Bruno Cordier a calculé que :
  • les cars SLO ont pris au train 792 M de voyageurs.km (7 % au TER, 18 % aux Intercités et 75 % au TGV) ;
  • les Intercités ont perdu 2 % de leur clientèle, le TGV 1,1 % et les TER 0,3 % seulement.
Les pertes de recettes de la SNCF ont été de 45 M€ HT pour le TGV, 9 M€ pour les Intercités et 5,5 M€ pour le TER. Les deux premières ont été supportées par la SNCF et ne constituent pas une dépense publique. Par contre, la perte des recettes TER a été compensée par les régions.

Les dépenses publiques liées aux cars SLO


Ces dépenses concernent essentiellement l’entretien du réseau routier non concédé dû au passage des cars (l’usure des routes est à peu près la même pour les cars et les camions), soit 11,7 M€ à la charge de l’État et 3,9 M€ à celle des départements. Ces coûts ont été déterminés à partir des données du Conseil général du développement durable : dépenses pour les routes et la sécurité routière ; répartition des coûts entre les différents types de véhicules… La répartition du trafic SLO sur les différents types de voiries a été estimée : autoroutes 60 %, réseau national 30 %, réseaux locaux 10 %.

Au total, les dépenses publiques directes liées aux cars SLO ont été d’environ 24 M€ en 2016 (57 % État, 43 % régions). Elles ne comprennent pas le coût des accidents, nuisances et émissions de CO2.



L’aménagement du territoire


Les cars SLO ont permis d’étoffer le réseau de transport collectif ; ils ont facilité la mobilité des ménages modestes, jeunes et seniors qui acceptent une perte de confort et de temps en échange d’un prix inférieur à celui du train. Mais l’impact des cars SLO sur l’aménagement du territoire est marginal. Par définition, les services SLO ne sont soumis à aucune obligation de service public : une liaison déficitaire ou peu rentable peut être supprimée du jour au lendemain. D’autre part, les exploitants se positionnent en priorité sur les itinéraires autoroutiers (les villes petites et moyennes sont peu desservies, ou pas du tout), les axes déjà bien desservis par le train, et les liaisons métropoles-aéroports : les lignes les plus fréquentées sont Lille-Paris, aéroport de Lyon-Grenoble, Lyon-Paris, Paris-Rouen et Lyon-Grenoble.

Le bilan environnemental des cars SLO


La concurrence faite au train par le car a plus d’impact que celle faite à la voiture : Bruno Cordier a montré que, en 2016, le bilan est une consommation supplémentaire de 4.800 tonnes équivalent pétrole et des émissions supplémentaires de 21.000 tonnes de CO2. Il a ensuite calculé le montant des dépenses publiques consacrées aux différents modes de déplacement longue distance par voyageur.km ; puis le nombre de grammes de CO2 évités par chaque mode : pour chacun d’eux, on suppose qu’il n’existe plus et que ses usagers ne se déplacent plus ou se répartissent sur les autres modes disponibles.  

Bruno Cordier a enfin calculé, pour chaque mode, la dépense publique par kg de CO2 évité. Pour les cars SLO et le covoiturage longue distance, qui se développent au détriment du train, cette dépense est contre-productive.



L’évolution récente


Selon la dernière enquête de l’Arafer, les services SLO ont davantage concurrencé le train en 2017 (12 % des usagers des cars SLO viennent des Intercités et 8 % du TER, au lieu de 8 % et 5 % respectivement en 2016, le report depuis le TGV n’a pas évolué) ; ils ont nettement moins concurrencé la voiture (13 % des usagers au lieu de 19 %).

Bruno Cordier a montré que cette évolution a eu trois conséquences :
  1. en 2017, la dépense publique pour les services SLO a été de 26 M€ (+ 11 %), dont la perte des régions en recettes TER, passée de 5,5 à 10 M€ (+ 80 %) ;
  2. la perte de recettes supportée par la SNCF est passée de 54 à 67 M€ (+ 24 %) ;
  3. le surcroît de consommation de pétrole dû aux cars SLO est passé de 4.800 tonnes à 8.000 tonnes et celui des émissions de CO2 de 21.000 tonnes à 35.000 tonnes.


Les propositions de la Fnaut


La création des cars SLO est irréversible, mais on peut rendre son bilan financier et environnemental plus acceptable. Il faut tout d’abord que les autocaristes, comme les transporteurs routiers de fret et les automobilistes, paient l’usage des routes (hors autoroutes concédées) et les émissions de CO2 par une redevance kilométrique : le train paie bien des péages pour circuler sur les voies ferrées.

Quant à la SNCF, elle peut résister à la concurrence des cars SLO en desservant l’ensemble du territoire au lieu de concentrer son offre sur les grands axes radiaux. La SNCF aurait par ailleurs intérêt à suivre l’exemple méconnu de la Renfe, son homologue espagnole, qui a consisté, en 2013, en une réduction générale du prix du billet de l’ordre de 11 % : le gain de clientèle a compensé la perte de recette par voyage.

[1Les diagrammes sont extraits d’une expertise de Bruno Cordier — cabinet Adetec — réalisée à la demande de la Fnaut.


Lire aussi : Soyons sérieux, François de Rugy, le train est beaucoup plus écologique que le car
 

Source : Courriel à Reporterre
Photo :
. chapô : un bus Ouibus en août 2017, à Paris. Flickr (patrick janicek/CC BY 2.0)
Diagrammes : © Bruno Cordier (cabinet Adetec), à la demande de la Fnaut
- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.



Documents disponibles

  Etude FNAUT sur les cars dits Macron-mars 2019


Source : https://reporterre.net/Les-cars-Macron-Un-bilan-financier-et-environnemental-negatif