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lundi 24 août 2026

PFAS, « chaleur fatale »... Un projet de data centers destinés à l’IA révolte des riverains


PFAS, « chaleur fatale »... 

Un projet de data centers destinés 

à l’IA révolte des riverains

21 août 2026



Dans l’Oise, la tension monte autour d’un projet de deux data centers dédiés à l’IA. Des riverains refusent de voir s’installer dans leur campagne ces « radiateurs géants », dont le dossier comprend de nombreuses « ambiguïtés », « incohérences » et « insuffisances ».

Rantigny (Oise), reportage

La salle communale était comble et l’ambiance pour le moins agitée, le 19 août à Rantigny, dans l’Oise. Près de 300 personnes sont venues des villages alentour pour participer à la réunion de clôture de l’enquête publique sur un projet de deux data centers. Pour la plupart, les participants sont clairement opposés à ce projet d’hyperscalers dédiés à l’intelligence artificielle (IA), qui pourraient être les premiers autorisés à s’implanter dans les Hauts-de-France.

Lire aussi : Data centers : une carte exclusive des sites en projet

Les deux centres de données, dont la mise en service est annoncée pour 2029, consommeraient 2,6 térawattheures (TWh) d’électricité par an. C’est plus de quatre fois la consommation des dix communes du Liancourtois, où ils doivent s’implanter. Les bâtiments seraient construits sur une zone de 33 hectares, dont près de 22 hectares de parcelles agricoles, où 35 espèces protégées ont été recensées, selon les documents de description du projet. La construction d’un troisième data center est prévue par la suite. Le tout, pour un investissement annoncé de plus de 4 milliards d’euros.

« On n’en veut pas de vos data centers »

À peine les porteurs du projet prennent le micro que l’indignation se fait entendre dans le public : « On n’en veut pas de vos data centers », s’exclame l’un des participants, applaudi par une grande partie de l’audience. Au fil de la discussion, les esprits s’échauffent. « Je demande à ce que ce soit un échange courtois », réclame le commissaire enquêteur. Il intervient à plusieurs reprises pour demander au public de « se calmer », voire de « se taire », en menaçant d’interrompre la réunion.

« On a investi pour acheter une maison à la campagne, ce n’est pas pour y voir arriver un data center ! »

Le représentant du porteur du projet, Fayçal Id El Cadi, tente de convaincre l’audience en défendant un enjeu de « souveraineté numérique » et de compétitivité dans la « course » à l’IA. « Si ce projet ne se fait pas ici, en France, où l’énergie est décarbonée, il se fera en Allemagne et le prix écologique sera désastreux », argue-t-il. Il tente ensuite de rassurer, en présentant les changements apportés au dossier du projet, avec des études complémentaires, notamment sur le bruit généré par les data centers.

Face aux inquiétudes sur l’usage de l’eau, il rappelle que les data centers fonctionneront avec un système de refroidissement par l’air en circuit fermé, et annonce une réduction de la consommation en eau de 13 394 à 11 466 m3 par an, « liée aux usages domestiques et à l’humidification des salles de serveurs ».

Enfin, il affirme avoir pris « un engagement auprès de la maire et des autorités environnementales » de ne pas développer la troisième phase du projet. Celle-ci prévoit d’étendre le site et de développer de nouveaux centres de données au plus près du village de Neuilly-sous-Clermont, dont le conseil municipal s’est prononcé contre le projet.

« Est-ce que vous voudriez vivre, vous, avec vos enfants, à côté d’un data center ? »

Tous ces arguments sont loin de convaincre les riverains présents. Ils s’inquiètent de voir débarquer le « radiateur géant » d’une multinationale du numérique dans leur paisible campagne, et réclament « un référendum local ». L’un craint des perturbations sur ses ruches, ainsi que pour les espèces sauvages qui peuplent le secteur. Une autre, la visibilité des bâtiments et de leurs cheminées de 30 mètres de haut, depuis les villages et leurs monuments historiques.

« Ça va être juste à côté de chez moi, là où je vais courir, où j’emmène mes enfants faire du vélo. On a investi des milliers d’euros pour acheter une maison à la campagne, ce n’est pas pour y voir arriver un data center ! s’exclame Nicolas, habitant de Neuilly-sous-Clermont. Est-ce que vous voudriez vivre, vous, avec vos enfants, à côté d’un data center à moins de 500 mètres ? » « On habite un petit village avec des vaches, de la forêt, des chemins de randonnée, des zones humides, des terres agricoles… Dans le contexte du réchauffement climatique, c’est ça qu’il faut préserver », ajoute Laura, habitante de Cambronne-lès-Clermont.

Dans ces villages proches des data centers projetés, l’opposition est grandissante. Une seule voix enthousiaste se fait entendre au cours de la réunion. Celle de Nathan, 18 ans, qui se réjouit des 100 à 150 emplois directs annoncés sur le site. « Il n’y a pas de débouchés dans l’informatique dans le coin. L’entreprise va verser des impôts aux collectivités et le data center va redonner de la vie à l’Oise », estime l’étudiant en informatique.

Mystère autour du client final des data centers

« Qu’est-ce qui se passera quand Microsoft sera arrivé ? Quel sera notre poids dans les décisions ? » interroge une participante à la réunion publique. « On propose de mettre en place un comité de suivi du site avec le public », rétorque Fayçal Id El Cadi. Peine perdue. La confiance est rompue, d’autant que les opposants ont le sentiment d’être confrontés à une grande « opacité ».

Le client final des data centers n’a toujours pas été annoncé. « On nous demande de nous prononcer sur un projet dont on ne connaît pas l’exploitant, c’est aberrant », regrette Diane d’Harcourt, vice-présidente de l’Association de défense des intérêts de Neuilly-sous-Clermont et des communes alentour.

De son côté, Fayçal Id El Cadi nous indique avoir « signé un contrat de confidentialité avec l’opérateur ». La rumeur court qu’il s’agirait de Microsoft, puisque le projet fait écho à l’annonce de la présidence de la République, en mai 2024, d’un investissement par Microsoft de l’ordre de 4 milliards d’euros en France dans le domaine de l’intelligence artificielle. Interrogé par mail, Microsoft France n’a pas répondu aux questions de Reporterre.

Les Hauts-de-France se rêvent en « vallée européenne de l’IA »

Toujours est-il que les Hauts-de-France ambitionnent de devenir une « vallée européenne de l’IA ». Lors du sommet Choose France de juin, la région était d’ailleurs la principale bénéficiaire des 93 milliards d’euros d’investissements annoncés à l’échelle nationale pour des projets de data centers.

Un autre projet de data center a récemment été dévoilé dans l’Oise, près de Compiègne. L’entrepreneur est le même que celui de Rantigny : Mustapha Kherief, spécialisé dans la logistique et la réhabilitation de friches. Président de la société PKM Logistique et de la SAS Rantigny Data Center, c’est un proche de Philippe Marini, maire de Compiègne et président de l’Agglomération de Compiègne. Il est aussi un soutien affiché de Nous France, le mouvement politique fondé par Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France.

Le projet de Mustapha Kherief à Rantigny a été retenu comme « projet d’envergure régionale », ce qui lui permettra de bénéficier d’une enveloppe d’artificialisation des sols. Sera-t-il également reconnu « d’intérêt national majeur » ? « C’est en cours de discussion avec les services de l’État », répond Christophe Dietrich, vice-président de la Communauté de communes du Liancourtois.

S’il obtient ce statut, auquel il est éligible depuis le vote de la loi de Simplification en avril, le projet de Rantigny bénéficiera de procédures accélérées et d’une présomption de raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM), permettant de déroger plus facilement à l’interdiction de destruction des habitats d’espèces protégées.

Des avis sévères des autorités environnementales

Le référent du projet, Fayçal Id El Cadi, ressort de la réunion publique « vidé » : « Je ne m’attendais pas à autant de contestation. C’est un projet qui est voué à s’améliorer dans le temps, on prend des engagements et on fait tout ce qu’on peut pour en limiter l’impact environnemental », assure-t-il.

Si le porteur du projet est prêt à tant de « concessions », ce n’est pas seulement en raison de l’opposition grandissante des riverains. C’est aussi, et surtout, du fait des avis pour le moins sévères qu’il a reçus des autorités chargées d’évaluer son dossier.

La direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de l’Oise et la mission régionale d’autorité environnementale (Mrae) des Hauts-de-France ont ainsi relevé un certain nombre « d’ambiguïtés », « d’incohérences » et « d’insuffisances ». Par exemple, « le dossier ne fait pas état de la présence de PFAS dans les fluides frigorigènes utilisés pour le refroidissement des installations », souligne la Mrae.

« Ambiguïtés », « incohérences » et « insuffisances »

Pour fonctionner en circuit fermé, les futurs data centers devront en effet refroidir leurs équipements avec des groupes froids contenant des fluides frigorifiques, en particulier de l’hydrofluoroléfine (R1234ze). Plus de 77 tonnes de ces fluides réfrigérants seront nécessaires. Or, ils appartiennent à la famille des PFAS qui s’accumulent dans l’environnement et dans nos corps, et se dégradent en acide trifluoroacétique (TFA), le plus petit des « polluants éternels ». Le dossier du projet estime que 5 % de ces fluides pourraient fuiter en dehors de l’installation. Un taux « non négligeable » aux yeux de l’Autorité environnementale, puisque près de 4 tonnes de ces fluides seraient ainsi émises annuellement dans l’atmosphère.

L’autre point qui préoccupe les opposants au projet est la récupération de la « chaleur fatale », issue des systèmes de refroidissement des salles informatiques et qui représente un immense gâchis d’énergie. « On travaille avec des agriculteurs sur un projet exploratoire pour développer plus de 20 000 m2 de serres agricoles », indique Faycal Id El Cadi. Une possibilité jugée « très hypothétique » par la Mrae, d’autant « qu’une telle solution n’aurait pas vocation à récupérer la chaleur fatale toute l’année, et en particulier pendant les périodes chaudes où la production de chaleur fatale est maximale et où les serres n’ont vraisemblablement pas besoin de chaleur ».

Confrontée à ces zones de flou autour du projet, l’association départementale du Regroupement des organismes de sauvegarde de l’Oise (Roso) a demandé une prolongation de l’enquête publique de quinze jours.


Source : https://reporterre.net/Dans-l-Oise-l-opposition-grandit-contre-un-projet-de-data-centers-On-a-investi-dans-une?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

mercredi 12 août 2026

"On joue avec le feu" : pourquoi ce chantier de construction d'une réserve d'eau artificielle en altitude divise tout un territoire et oppose les habitants de la vallée

"On joue avec le feu" : 

pourquoi ce chantier de construction 

d'une réserve d'eau artificielle 

en altitude 

divise tout un territoire 

et oppose les habitants de la vallée

 

Aux Angles, dans les Pyrénées-Orientales, cet été, le chantier d'un bassin de 113 000 m3 cristallise les tensions entre les défenseurs de l'environnement et la municipalité. 2026. © France 3 Occitanie

 

Lucas Rodriguez

 

Les pelleteuses tournent à plein régime à 2 300 mètres d'altitude, au sommet de la station des Angles, dans les Pyrénées-Orientales. Le creusement d'une vaste retenue collinaire destinée, entre autres, à la production de neige artificielle cristallise les tensions. Entre survie de l'économie et urgence climatique en pleine sécheresse estivale, le projet divise.

C’est un immense trou creusé au cœur du parc naturel régional des Pyrénées catalanes qui fait polémique. À 2 300 mètres d’altitude, le sommet de la station de ski des Angles s'est transformé cet été en un vaste chantier de terrassement.

L’objectif de la municipalité, qui a investi 4,1 millions d’euros, est de bâtir un bassin étanche de 2,2 hectares, capable de stocker 113 000 mètres cubes d’eau pompés dans les ruisseaux en contrebas, pour sécuriser l’enneigement artificiel dès l'hiver prochain. Mais dans un département frappé par une sécheresse historique, soumis à de lourdes restrictions d'eau depuis la mi-juillet et meurtri par les récents incendies de Trévillach et Thuès-Entre-Valls, le maintien de ce chantier relève de l'aberration pour les associations de défense de l'environnement.

 

https://www.google.com/maps/@42.5432639,1.728287,9z?hl=fr&entry=ttu&g_ep=EgoyMDI2MDgwNS4xIKXMDSoASAFQAw%3D%3D

"Massacre environnemental" pour les uns

Pour les détracteurs du projet, cette retenue d'eau symbolise une fuite en avant intenable. "On est en train de détruire le sommet d’une montagne à coups de bulldozer", s'indigne David Berrué, militant pour Les Écologistes, très actif lors des mobilisations. Il pointe du doigt une "course techno solutionniste" qui refuse de penser l'après-ski, alors que la couche de neige à 1 800 mètres d'altitude devrait fondre de 60 % d'ici 2050. Pire, selon lui, capter cette ressource vitale met en péril l'écosystème local.

En diminuant le débit des ruisseaux, des zones humides vont disparaître. Alors que le Capcir connaît des records de températures, on joue bel et bien avec le feu.

David Berrué - Militant "Les Écologistes"

Le constat est partagé par Marc Maillet, président de l'association Frene 66, qui dénonce un saccage sur un site classé Natura 2000, abritant des espèces protégées comme le grand tétras. "C’est un massacre, une destruction invraisemblable d’un paysage remarquable", explique-t-il, fustigeant l'absence de véritable étude d'impact précise, remplacée par de simples études environnementales.

Il rappelle également que la forêt domaniale de Barrès bénéficie d'un statut de protection ancestral via les "usages de Barcelone", dénonçant une "privatisation camouflée" de la montagne au profit de l'industrie de la neige.

 

"Maintien de la vie rurale" pour les autres

Face à cette levée de boucliers, la direction de la station défend bec et ongles un aménagement pensé, selon elle, pour l'avenir de la vallée. Jérôme Meunier, directeur de la station des Angles, réfute fermement la vision d'une "mégabassine" dédiée au seul profit des skieurs.

L'enjeu, c'est avant tout un projet de développement durable et la survie du territoire.

         Jérôme Meunier - Directeur de la station des Angles

Selon la direction, cette eau aura de multiples vocations pour anticiper les bouleversements climatiques. Comme réserve d'eau potable potentielle pour le siècle à venir, abreuvage pour les groupements pastoraux locaux en été, production d'énergie verte grâce au fonctionnement couplé avec d'autres lacs, et réserve stratégique saluée par les pompiers du SDIS en cas de feux de forêt.

Jérôme Meunier insiste sur les trois années de travail avec des écologues, qui auraient d'ailleurs permis de "découvrir et protéger des espèces rares".

Au-delà de la bataille des chiffres et des normes, c'est le maintien de la vie rurale en haute altitude qui cristallise les débats.

"Derrière cette économie, il y a des cabinets médicaux, une école, des pharmacies, de la culture", martèle le directeur, rappelant que la station a sauvé le village de l'exode rural dans les années 1960. Un argument de l'emploi jugé "hypocrite" par les écologistes, qui réclament désormais que l'argent public subventionne directement la rénovation thermique, l'entretien des forêts ou les services à la personne, actant définitivement la fin du "tout ski".

  

Source : https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/pyrenees-orientales/perpignan/on-joue-avec-le-feu-pourquoi-ce-chantier-de-construction-d-une-reserve-d-eau-artificielle-en-altitude-divise-tout-un-territoire-et-oppose-les-habitants-de-la-vallee-3396310.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#Echobox=1785818470 

mercredi 15 juillet 2026

Près de 8,4 millions d’euros engloutis pour un barrage jamais rempli : la justice vient d’ordonner sa destruction totale aux frais du département du Tarn

 

Source : DR

 

Près de 8,4 millions 

d’euros engloutis 

pour un barrage jamais rempli : 

la justice vient d’ordonner 

sa destruction totale 

aux frais du département du Tarn

  Dans ce bilan merci de ne pas oublier de mentionner la mort de Rémi Fraisse, pas seulement en toute fin d'article

 Trois hectares de forêt rasés, une digue à moitié construite, une zone humide éventrée : voilà ce qu’il restait du projet de barrage de Sivens quand la justice a fini par trancher. 
Le tribunal administratif de Toulouse a annulé les autorisations qui permettaient au chantier d’exister, condamnant de fait le département du Tarn à démolir ce qu’il avait entrepris et à remettre en état les lieux, aux frais de la collectivité. Un projet censé sécuriser l’irrigation d’une vingtaine d’exploitations agricoles s’est ainsi transformé en gouffre financier et en symbole national de l’aménagement du territoire raté.

À retenir

  • Un tribunal administratif annule rétroactivement tout fondement légal du projet de barrage
  • Les experts eux-mêmes jugeaient le projet surdimensionné et disproportionné aux besoins réels
  • La démolition et restauration coûteront plus cher que ne l’aurait coûté l’abandon initial du chantier

Un chantier lancé malgré tous les signaux d’alerte

Le projet portait sur la construction d’un barrage-réservoir sur le Tescou, un petit affluent du Tarn, près du lieu-dit du Testet. Ce projet aurait créé un lac de barrage permettant la constitution d’une réserve d’eau d’un volume de 1,5 million de m3 utilisable notamment pour l’irrigation de terres agricoles et le contrôle de l’étiage du Tescou. Sur le papier, l’ouvrage devait profiter à une trentaine d’agriculteurs pratiquant la culture du maïs. Dans les faits, les experts mandatés par l’État eux-mêmes doutaient de la pertinence du projet.

Le rapport d’expertise commandé après le début du chantier ne mâchait pas ses mots. Les experts jugeaient le projet surdimensionné, estimaient que l’étude d’impact avait été « de qualité très moyenne » et déploraient que le choix d’un barrage en travers de la vallée ait été privilégié « sans réelle analyse des solutions alternatives possibles ». Et le chiffrage financier interpellait déjà à l’époque : « Ceci est d’autant plus regrettable que le coût d’investissement (8,4 millions d’euros hors taxe, Ndlr) rapporté au volume stocké est élevé », notaient les deux ingénieurs, qui estimaient également que 40 exploitants bénéficieraient du barrage, alors que le Conseil général en annonçait le double.

Les conséquences écologiques, elles, ne se sont pas fait attendre. Depuis le début du défrichement sur le site d’une superficie totale de 34 hectares, les opposants ont mené toutes sortes d’opérations pour tenter d’empêcher la destruction d’une zone humide de 13 hectares. Peine perdue : le décapage du sol a déjà condamné définitivement la zone humide qui abritait plusieurs dizaines d’espèces protégées. Un membre du collectif d’opposants résumait la situation avec une formule qui a marqué les esprits : « Elle est détruite à 90% (…) Jamais, elle ne reviendra à l’état initial ».

La justice tranche : tout était illégal

Il aura fallu attendre juillet 2016 pour que le couperet tombe vraiment. Le tribunal administratif de Toulouse a annulé trois arrêtés fondateurs du premier projet de barrage de Sivens, une victoire juridique de taille qui remettait en cause sur le fond l’utilité du projet de retenue d’eau. Trois décisions, trois coups portés au même dossier : le tribunal a annulé la déclaration d’utilité publique (DUP), l’autorisation de défrichement et la dérogation à la loi sur les espèces protégées, alors que la zone humide de Sivens en comportait une centaine.

Le rapporteur public n’a pas mâché ses mots sur le bilan de l’opération. Il avait estimé qu’il y avait un « bilan négatif compte tenu du caractère excessif du barrage au regard des besoins, de l’atteinte à l’environnement et du coût ». Sur la question des espèces protégées, la sanction a été tout aussi nette : « le projet ne répond pas à des raisons impératives d’intérêt majeur compte tenu de ses dimensions et des mesures compensatoires inadéquates ». Détail qui a son importance pour la suite : les juges ont choisi l’annulation pure et simple des trois arrêtés, et non leur simple abrogation, une nuance juridique qui efface rétroactivement toute base légale au projet, aussi bien pour l’ouvrage existant que pour toute tentative de le faire renaître au même endroit.

Grand perdant de ce jugement : le département du Tarn, maître d’ouvrage. Le Conseil général du Tarn se retrouvait sans aucune base légale pour planifier un projet à Sivens, alors qu’un nouveau barrage redimensionné et déplacé nécessiterait une nouvelle déclaration d’utilité publique et une nouvelle enquête publique. Autant dire repartir de zéro, après avoir déjà englouti des millions dans des travaux devenus, du jour au lendemain, purement et simplement illégaux.

Démolir, indemniser, restaurer : la double peine du département

Une annulation de ce type n’est jamais qu’une formalité juridique. Elle emporte une obligation concrète : remettre les lieux en l’état, c’est-à-dire démolir ce qui a été bâti sans droit et restaurer la zone humide détruite. Un jugement ultérieur du tribunal administratif de Toulouse a d’ailleurs rappelé cette obligation de l’État à « prescrire les mesures de remise en état du site de Sivens » et à appliquer les mesures de police relatives aux opérations de défrichements.

Sur le plan financier, l’addition a été douloureuse pour les finances départementales. Au-delà des 8,4 millions d’euros déjà investis dans un ouvrage jamais mis en eau, un protocole d’accord a organisé le règlement du contentieux : l’accord transactionnel portait sur une compensation de 3,4 millions d’euros de l’État au Département sur l’abandon du projet, soit 2,1 millions pour les dépenses en pure perte et 1,3 million pour réhabiliter la zone humide. Les travaux de démolition et de restauration ont fini par démarrer avec plus d’un an et demi de retard : le 21 août 2017 démarrent les travaux de réhabilitation du site, avec pour objectif de restituer au site son état initial avant travaux, notamment en remettant en place la terre déplacée.

Curieusement, ce délai n’a pas été jugé fautif par les tribunaux, contrairement à d’autres manquements de l’État sur ce dossier. Un jugement a précisé que l’État, y compris dans un protocole d’accord transactionnel conclu avec le département du Tarn, avait mis du temps à s’occuper des mesures compensatoires consécutives à la destruction des zones humides, mais qu’un tel délai n’était pas fautif pour le juge administratif. En revanche, sur le défrichement lancé avant toute autorisation légale, l’addition judiciaire a été plus salée : l’État a été condamné à verser une indemnité de 10 000 euros pour chacune des deux associations requérantes.

Ce dossier a également coûté une vie humaine : celle de Rémi Fraisse, jeune naturaliste de 21 ans tué en marge des manifestations d’opposition à l’automne 2014, un drame qui a précipité l’abandon du projet initial et accéléré la prise de conscience politique sur le dimensionnement réel des besoins agricoles locaux. Aujourd’hui encore, la vallée du Tescou reste citée en exemple dans les débats sur les retenues d’eau et les mégabassines, preuve qu’un chantier mal ficelé peut coûter bien plus cher à démolir qu’à ne jamais avoir été construit.

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mercredi 1 juillet 2026

"De l'eau pour la vie, pas pour le ski" : les opposants au lac artificiel du Roc d'Aude ont donné de la voix aux Angles

 

"De l'eau pour la vie, 

pas pour le ski" : 

les opposants au lac artificiel 

du Roc d'Aude 

ont donné de la voix aux Angles

 

Des manifestants opposés au lac artificiel du roc d'Aude © Radio France - Tanguy Bocconi

Tanguy Bocconi
Publié le

Plus de 250 personnes ont manifesté ce dimanche 28 juin au pied du terminal des télécabines des Angles contre un projet de lac artificiel à 5,5 millions d'euros qui va stocker 113.000 mètres cubes d'eau au sommet du Roc d'Aude. Un désastre écologique totalement inutile selon ses détracteurs.

C'est sous un soleil de plomb que les opposants à la retenue d'eau du Roc d'Aude se sont mobilisés ce dimanche 28 juin au pied de la gare des télécabines de la station des Angles, à l'appel d'une vingtaine d'associations dont "Bien vivre en Pyrénées catalanes", "En commun 66", Alternatiba, Frene 66, la LPO, le GOR, ou Moutain Wilderness qui ont enchaîné les prises de parole pendant plus de deux heures dans une ambiance pacifique mais combative, sans bloquer la circulation ni le fonctionnement de la station.

La chaleur, étouffante, n'a pas découragé les quelques 250 personnes venues contester ce projet de lac artificiel à 5,5 millions d'euros porté par la mairie des Angles et qui doit permettre de stocker jusqu'à 113.000 mètres cubes d'eau, l'équivalent de 45 piscines olympiques, à plus de 2.000m d'altitude.

Si ses opposants dénoncent "un projet inutile et destructeur pour alimenter les canons à neige de la station de ski des Angles", la mairie répond qu'il profitera aussi aux pompiers et aux éleveurs.

"Une vision à très très court terme"

Des arguments qui n'ont visiblement pas convaincu les manifestants comme Nicolas, qui n'a pas hésité à faire le déplacement depuis Perpignan : "C'est une honte ce qui se passe. On démolit une montagne à 2.400 mètres d'altitude pour faire une retenue d'eau, uniquement pour la station de ski, au lieu de chercher un autre modèle économique plus viable que le tout-tourisme... C'est vraiment une vision à très très court terme."

Dans la foule, il y a aussi des locaux comme Johan, 18 ans, qui s'interroge sur le coût du chantier: "J'aurais préféré que les cinq millions d'euros soient plutôt mis dans des moyens pour pouvoir loger les saisonniers, puisqu'il n'y a plus de logements pour nous du fait des locations à outrance des plateformes telles que Airbnb. La mairie essaye d'agiter les peurs en disant que s'il n'y a pas ce projet, il n'y aura plus d'emplois, mais il n'y a pas eu de concertation des habitants, il n'y a pas eu d'enquête publique. Ça a été fait un peu dans la discrétion, en silence."

Un avis partagé par Christian Blanc, l'ancien maire des Angles, qui réfute l'argument d'une réserve en eau utile pour les éleveurs ou la lutte contre les incendies : "C'est même dangereux pour l'élevage, parce que le Roc d'Aude est ceinturé de ruisseaux et les troupeaux en fortes chaleurs ne sont pas sur le sommet, ils descendent en forêt. Aujourd'hui, alimenter des troupeaux avec des abreuvoirs issus d'une bassine avec un fond en bâche PVC, c'est le meilleur moyen d'aller déclencher un problème sanitaire. C'est un habillage qui a été trouvé pour essayer de justifier ce projet, mais qui est ridicule."

"Quant au prétexte de la lutte contre les incendies, vous parlez à un ancien pompier et en tant que maire, pendant 25 ans, j'ai suivi tous les grands feux du pays, poursuit Christian Blanc. Aujourd'hui, tous les grands feux ont été combattus par les Canadair, qui sont autorisés à se poser à un kilomètre de la station versant sud, au lac de Matemale et au lac des Bouillouses. Et ensuite, il y a tout un chapelet de lacs autour du roc d'Aude, lac d'Aude de la Balmette des Boutassous qui peuvent permettre d'avoir un pompage ponctuel. Donc là aussi, là, l'argument pompier, il est risible. Ce sont tout simplement de faux arguments pour essayer de justifier l'injustifiable."

"Un projet de méga bassine au coût d'une destruction irréversible"

De son côté Philippe Assens, membre fondateur de l'association En Commun 66, tient à préciser les choses et fait œuvre de pédagogie : " Il y a une chose très importante à faire comprendre, c'est que nous, nous sommes pour les retenues collinaires, mais les vraies, celles en fond de vallée glacière, alimentées par les eaux de ruissellement sur des fonds argileux. Or là, ce n'est pas une retenue collinaire, puisqu'elle est creusée en haut d'une montagne, dans la roche, avec une bâche, et que l'eau est prélevée dans une nappe. Parce qu'une nappe et une rivière, c'est la même chose. Donc, il faut bien comprendre que dans le cas du Roc d'Aude, il s'agit bien d'un projet de méga bassine au coût d'une destruction irréversible d'un sommet de montagne, alors qu'on aurait pu faire une chose intelligente en fond de vallée. Ce n'est pas de la faute des gens des Angles, c'est de la faute du préfet qui aurait dû faire une étude d'impact. Eux ont pris un cabinet. Mais la différence avec une étude d'impact, c'est qu'il y a les personnes publiques associées, le Département, l'Etat, la communauté de communes, le PNR et là, personne n'a été sollicité."

Dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, la mairie des Angles rappelle pour sa part "que la commune a gagné au tribunal administratif contre le recours suspension, preuve que le projet répond parfaitement à toutes les exigences environnementales et réglementaires exigées en la matière" et souligne que le projet "fera l’objet d’un suivi environnemental et écologique après sa réalisation."

Reste qu'au sommet du Roc d'Aude les tractopelles sont en action depuis des semaines et le chantier bien avancé, malgré un recours en référé contre le permis d'aménager et un pourvoi déposé devant le Conseil d'État qui n'a pas encore rendu sa décision.

A écouter dans l'article

 


 

Source : https://www.ici.fr/occitanie/pyrenees-orientales-66/les-angles/de-l-eau-pour-la-vie-pas-pour-le-ski-les-opposants-au-lac-artificiel-du-roc-d-aude-ont-donne-de-la-voix-aux-angles-1288075 

vendredi 26 juin 2026

Téléphérique, lac artificiel : « La montagne ne doit pas devenir un parc d’attraction »

Téléphérique, lac artificiel : 

« La montagne 

ne doit pas devenir 

un parc d’attraction »

 

25 juin 2026

 

À la station-village des Angles, au cœur du parc naturel régional des Pyrénées catalanes, les tractopelles sont déjà à l’œuvre.

Une manifestation est prévue le 28 juin dans les Pyrénées-Orientales contre la construction d’un lac artificiel à 2 300 m d’altitude. Ce projet participe à une économie de la montagne en bout de course, dénonce un opposant dans cette tribune.

David Berrué est militant écologiste dans les Pyrénées-Orientales.



En Pyrénées catalanes, une course contre la montre s’est engagée pour sauver l’économie du ski des effets du dérèglement climatique. Du côté de Camprodon, c’est la construction d’un téléphérique « quatre saisons » qui doit mener la station de Vallter à retrouver une rentabilité que la seule période hivernale ne garantit plus. Aux Angles, c’est celle d’un lac artificiel destiné à sécuriser la production de neige de culture pour les trois prochaines décennies.

Deux chantiers réalisés au nom du maintien de l’emploi montagnard. Mais également justifiés par leurs bienfaits supposés en faveur de l’environnement, de la biodiversité, de la résilience des territoires. Le monde à l’envers. Et, pour les collectifs et associations écologistes, une guerre des récits de chaque instant.

Démolition au bulldozer

Le téléphérique de Vallter est un cas d’école. Cette infrastructure prévoit l’acheminement de 2 000 personnes par heure, 16 000 par jour, à une altitude de 2 500 m. Beau panorama, offre de restauration et aménagements ludiques — les inévitables luges sur rail, tyrolienne géante, pistes de descente en kart ou à vélo — doivent y séduire une clientèle espérée nombreuse, tout au long de l’année.

Se pose, bien sûr, le problème de l’érosion des crêtes. Celui du piétinement, massif, de pelouses d’altitude évidemment vulnérables. Celui de la divagation, redoutée par les naturalistes, du public au sein de parcs et de réserves naturelles protégées — et jusqu’ici notamment protégées du fait de leur difficulté d’accès. N’est-ce pas un moindre prix à payer, veulent croire les partisans du projet, au regard des parkings qui seront relocalisés un peu plus bas dans la vallée, des remontées mécaniques obsolètes bientôt démontées et des quelques espaces ainsi renaturalisés ?

Même logique aux Angles, où, pour le moment, la démolition au bulldozer du sommet de la station, entre mont Llaret et roc d’Aude, fait certes assez mauvais genre. Mais sinon. Mais après. Cette retenue collinaire une fois creusée, étanchéifiée, clôturée, qui pour regretter une steppe d’altitude peuplée de cailloux, de quelques blocs lichéneux et de sapinettes éparses balayées par un vent glacial, tenace, pénible ? Qui pour ne pas voir l’intérêt, après prélèvement dans des ruisseaux en aval, de ces 113 000 m3 d’eau tout à coup disponibles, à 2 300 m d’altitude, sur près de 3 hectares et par 7 mètres de fond ?

Lire aussi : La guerre de l’eau, un conflit explosif dans les Pyrénées-Orientales

Les arguments de la commune ont la solidité de l’évidence. Avec ce lac, une dizaine de nuits suffisamment fraîches suffiront, en début de saison, pour enneiger la station. L’été, les tuyaux et conduites forcées alimentant les canons par gravité serviront à produire de l’électricité renouvelable. Le cycle de l’eau ? Renforcé, amélioré, optimisé. La neige de culture, produite en hiver, fond en effet au printemps. Ne va-t-elle pas humidifier les sols de façon plus efficace et plus délicate que lorsqu’il pleut et que tout ruisselle, bêtement, et d’un seul coup, vers la mer ?

Enfin, cette bassine est un point d’eau où, pronostique la mairie, pourront s’abreuver des espèces en voie de disparition — grands tétras, perdrix grises — et la sécurité civile puiser en cas d’incendie. Comme si les lacs de Matemale et des Bouillouses, situés juste à côté, ne faisaient pas déjà très bien l’affaire.

L’enthousiasme est si grand que l’on se demande comment n’avoir pas vu plus tôt l’intérêt d’une telle bassine… et de ses nombreux services écosystémiques associés. Mystère. Mais raison pour laquelle, sans doute, la commune a décidé d’aller vite et a d’ailleurs obtenu de ne réaliser ni étude d’impact, ni enquête publique. Avec la complicité de la préfecture et de l’Office national des forêts. En communion avec un cortège réjoui d’élus et de socio-professionnels. À rebours, évidemment, des écologistes et des quelques habitants du coin adeptes d’une montagne préservée des logiques marchandes.

« La seule perspective demeure la transformation de la montagne en parc d’attraction standardisé »

Pour ces derniers, c’est la consternation. Un coup dur de plus. Parce que l’on ne puise pas dans les rivières sans conséquences. Parce que les « excédents » qu’il est question de capter alimentent des tourbières dont le rôle est crucial pour l’environnement et dont la disparition ne sera jamais compensée. Parce qu’aussi la question de l’emploi a bon dos : s’il est des économies à soutenir et dans lesquelles investir, pourquoi ne pas subventionner des emplois dans l’agriculture, dans l’entretien des forêts, dans la rénovation thermique des logements, dans la santé, liste non exhaustive, plutôt que dans le maintien sous perfusion d’une activité de loisir en sursis ?

Lire aussi : Bassines et retenues d’eau : quel est le problème ?

Avec l’augmentation des températures, la baisse inexorable du nombre de journées-skieurs [1], on aurait pu penser que l’économie des sports d’hiver organiserait un repli stratégique, diminuerait la voilure poc a poc [peu à peu], anticiperait la transition vers un modèle qui ne soit pas sa continuation par d’autres moyens, ainsi que l’illustre la ruée sur l’aménagisme quatre saisons actuellement observable. Il n’en est rien. La seule perspective demeure la transformation de la montagne en parc d’attraction standardisé, naturellement climatisé et financièrement profitable à certains.

Il est pourtant d’autres pistes et d’autres voix possibles. Pour les faire entendre, une manifestation est programmée, dimanche 28 juin, à 11 heures, aux Angles, à l’initiative de collectifs et d’associations mobilisés, depuis plus d’un an, sur le terrain et sur le plan juridique. Pour dire non à l’artificialisation de la montagne. Pour rappeler que l’eau est rare, précieuse. Que notre monde est fragile. Qu’il nous faudrait en prendre soin. Que la montagne est en première ligne et qu’à ce rythme, +4 °C, c’est pour demain — soit des températures auxquelles la production de neige artificielle, au demeurant, n’est plus envisageable.

 

Notes

[1Selon Le Dauphiné libéré, «  il s’agit de la moyenne de tous les forfaits vendus (séjour, année, quotidien) ramenée au nombre de passages journaliers  ».

Précisions

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
-  Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

 Source : https://reporterre.net/Prenons-soin-de-notre-montagne-disons-non-a-son-artificialisation

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Contre cette méga-bassine dont les impacts sur l'environnement sont d'ores et déjà délétères, collectifs citoyens et associations écologistes appellent à une manifestation, ce
dimanche 28 juin à 11h, aux Angles, au niveau des télécabines.

Pour venir :

Le bus 560 de la compagnie LIO est possible :
il part de la gare de Prades à 9h19 (changement à Mont Louis)
        de la cité de Villefranche à 9h25 (idem)

 2 autre rendez-vous possibles pour du covoiturage :
- Au niveau de la maison bleue à 9h45
- An niveau du parking en terre de Villefranche à 9h50

Et aussi 


A Prades, rdv covoit' 9h30, allée de la Plaine Saint-Martin, parking piscine municipale.

jeudi 25 juin 2026

Dimanche 28 juin - Appel à manifester contre la retenue d'eau des Angles - Covoiturage

Saint Jean, ce mardi, à Villefranche, la flamme est arrivée depuis le Canigou. 

Nous sommes la montagne qui se défend !

 




Le bus 560 de la compagnie LIO est possible :
il part de la gare de Prades à 9h19 (changement à Mont Louis)
        de la cité de Villefranche à 9h25 (idem)

 2 autre rendez-vous possibles pour du covoiturage :
- Au niveau de la maison bleue à 9h45
- An niveau du parking en terre de Villefranche à 9h50

Venez nombreux et nombreuses.

mardi 23 juin 2026

Stop à la mégabassine du Roc d'Aude ! - Manifestation dimanche 28 juin 11h Les Angles - Rendez-vous covoiturage

Le bus 560 de la compagnie LIO est possible :
il part de la gare de Prades à 9h19 (changement à Mont Louis)
        de la cité de Villefranche à 9h25 (idem)

 2 autres rendez-vous possibles pour du covoiturage :
- Au niveau de la maison bleue à 9h45
- An niveau du parking en terre de Villefranche à 9h50

Venez nombreux et nombreuses

 
"La commune des Angles a entrepris le creusement d'un lac d'altitude, entre Mont Llaret et Roc d'Aude, destiné à la production de neige de culture. Sans étude d'impact. Sans enquête publique. Dans une logique de fait accompli lamentable.

Contre cette méga-bassine dont les impacts sur l'environnement sont d'ores et déjà délétères, collectifs citoyens et associations écologistes appellent à une manifestation, ce dimanche 28 juin à 11h, aux Angles, au niveau des télécabines.

Pour dire non à cette nouvelle atteinte à la nature. Pour stopper cette folie. Pour exiger du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, dont la charte interdit la consommation de nouveaux espaces par les domaines skiables, le respect des valeurs qu'il s'est lui-même donné."




A Prades, 
rdv covoit' 9h30, 
allée de la Plaine Saint-Martin, 
parking piscine municipale.



Mountain Wilderness
Bien vivre aux Angles
Bien vivre en Pyrénées catalanes
FRENE 66
Association Charles Flahault
Ligue de Protection des Oiseaux (LPO)
Groupe Ornithologique du Roussillon
Fédération Aude Claire
GPRENC (Grup Pirinenc Excursionista Nord Català)
Société mycologique et botanique de Catalogne Nord (SMBCN)
Association pour la protection du patrimoine artistique et historique du Roussillon (ASPAHR)
ASPAS Association de protection des animaux sauvages
Comité de conservation de la nature des Pyrénées-Orientales - Banyuls-sur-Mer
En commun 66
Alternatiba 66
Collectif els Brulls
Le jardin des herbes folles
Les Petits ruisseaux
Viure


vendredi 19 juin 2026

Cette station des Pyrénées-Orientales creuse un lac pour les canons à neige : les associations s’indignent


Cette station 

des Pyrénées-Orientales 

creuse un lac 

pour les canons à neige : 

les associations s’indignent

 

14 juin 2026
Philippe Becker

 

Photo de une © Michel Roussel


À un peu plus de trois kilomètres au-dessus du village des Angles, au niveau du Roc d’Aude, les pelleteuses s’activent. Les travaux pour une retenue d’eau de 113 000 m2 sur ce sommet ont démarré. Le futur bassin doit alimenter de manière plus efficace les canons à neige en hiver. Pour les opposants, c’est une méga-bassine d’altitude qui dénature le site au profit d’un loisir voué à disparaître. Une manifestation sur place est prévue le 28 juin.

Ce sont deux visions de la montagne qui s’affrontent. L’économie et l’emploi en soutenant la neige artificielle malgré le changement climatique, ou la sanctuarisation de l’environnement. « Cette retenue est tout à fait légale » assure le maire des Angles Michel Poudade, contacté par Made in Perpignan. Il évoque l’ensemble des autorisations obtenues mais aussi le recours en référé des associations contre le projet, qui a été retoqué.

Le lac artificiel est creusé sur la crête. Profond d’environ sept mètres, il s’étendra sur trois hectares, pour une emprise totale du site de six hectares. Les terres appartenaient à l’ONF. Pour les obtenir, la mairie a dû en échange donner 18 hectares de terrains communaux à l’Etat, sur le secteur des « Rocatells », ce qui inquiète les chasseurs qui souhaitent y conserver leurs habitudes. « Les plans de chasses seront maintenus » assure Michel Poudade. L’ensemble du projet, comprenant la retenue, les conduites et les systèmes de contrôle, reviendrait selon l’édile à 4,5 millions d’euros, payés par les revenus de la station. « Il n’y a pas un sou d’argent public là-dedans. »

« Tout ce que je pourrai faire pour maintenir cette activité et cette économie, je le ferai »

Michel Poudade assume la finalité. « Le premier objectif, il faut être très clair, est de préserver notre économie. » L’idée est d’avoir un stockage supplémentaire pour fabriquer davantage de neige de culture en moins de jours, plutôt que de devoir attendre le renouvellement des bassins existants. En clair, enneiger tout le domaine en 50 heures de froid seulement et passer de 1800 m3 à 2800 m3 d’eau par heure. L’eau sera pompée en surface, dans les cours d’eau qui alimentent la Balmette, et remontée jusqu’au bassin sans dépasser selon le maire les maximums prélevables déjà autorisés depuis 2008, soit 300 000 m3. 

Image de synthèse de la future retenue © Mairie des Angles

Au-delà de la question du volume, il s’agit pour Michel Poudade d’économiser l’électricité des quatre surpresseurs qui amènent la pression de 40 bars nécessaire aux canons. Le lac artificiel, situé sur un point haut, offrira la pression naturelle du gravitaire. « On va économiser 150 000 euros d’électricité par an. » Il insiste sur l’importance de l’activité ski et le faible taux de chômage, qu’il annonce à 2 %, sur les Angles. « Je suis très fier qu’une commune de 680 habitants puisse proposer 1200 à 1400 emplois en saison hivernale. Tout ce que je pourrai faire pour maintenir cette activité et cette économie, je le ferai. »

L’ancien maire Christian Blanc, battu en 2014, fulmine. « C’est un projet complètement fou. C’est la destruction d’une montagne au coeur d’un parc naturel régional, ça ne s’est jamais vu. »

Pour Christian Blanc, si les petites retenues sont courantes sur les stations de ski, creuser une crête est une toute autre affaire. Pour lui, il aurait été préférable de pomper dans le lac de Matemale et ses 20 millions de m3 d’eau. « Au lieu d’aller puiser dans un barrage qui existe déjà au pied du village, on va construire une retenue à 2300 mètres d’altitude, avec des clôtures autour. » Michel Poudade rétorque que pomper à Matemale serait impensable en raison des pressions nécessaires quand on puise plus bas.

« On continue la transformation progressive du village des Angles en parc d’attractions »

Christian Blanc évoque aussi le changement climatique avec des autorisations de prélèvement anciennes qui ne seraient plus dimensionnées à un futur plus sec et à un étalement urbain qui se poursuit. « Il y a encore des projets de lotissements en cours. On construit des luges sur des rails. On continue la transformation progressive du village des Angles en parc d’attractions. » Une quinzaine d’associations sont vent debout contre le projet, parmi lesquelles Frene 66, Bien vivre aux Angles, la Confédération Paysanne 66, Alternatiba 66 ou encore Cerca nature. Une pétition a réuni plus de 6000 signatures.

Laurine Nogues, membre de Cerca nature, naturaliste et habitant sur la montagne, s’inquiète. « Je suis maman d’une petite fille de trois ans et je suis inquiète des conséquences de décisions motivées par le profit à court terme. Je trouve regrettable de sacrifier une partie de nos trésors de biodiversité au nom du capitalisme et de certaines activités humaines. »

Pour l’association Frene 66, le Roc d’Aude est favorable à la perdrix et au Grand Tétras, espèces en déclin. Plusieurs opposants supposent un lien avec le coq qui a récemment percuté un câble de téléski, dérangé selon eux par les engins. Michel Roussel est le président de l’association Bien Vivre aux Angles. Pour lui, les trois hectares de bassin sont un « coup de poignard dans la nature » qui entraîneront une surface d’évaporation supplémentaire sur une eau précieuse. « Est-ce qu’il faut n’avoir que l’objectif de faire du chiffre, d’amener du monde ? Les gens viennent consommer la montagne, le ski, n’acceptent pas un retard, une piste moins bien damée etc. C’est tapis rouge pour eux, on fait des infrastructures pour faire chauffer les cartes bleues, en croisant les doigts pour que ça tienne le plus longtemps possible. »

© Michel Roussel
© Michel Roussel
 

Le militant s’inquiète aussi du risque de catastrophe, en prenant l’exemple d’une bassine à Courchevel qui a réchauffé les sols glacés et a entraîné des mouvements de terrain. « On aura 113 000 tonnes d’eau là-haut. Qu’est-ce que ça donnera s’il y a une fissure, un petit tremblement de terre ? »

« On ne parle pas d’une tour Eiffel, on parle d’un lac »

Pour Michel Poudade, les impératifs environnementaux seront respectés. « En termes de paysage, l’eau ne dégrade rien. On ne parle pas d’une tour Eiffel, on parle d’un lac. Je ne comprends pas ces attaques. Je me demande si, avec ces associations, on aurait fait le lac de Matemale. » Il évoque un talus autour du lac avec la terre végétale récupérée lors des travaux, et sur lesquels seront replantées des espèces locales.

S’agissant du profit à court terme, il s’inscrit en faux. Michel Poudade envisage en effet un revenu sur le village grâce à de l’hydroélectricité. L’idée, dans un second temps, sera en effet de faire remonter l’eau depuis les retenues plus basses, aux heures où l’électricité est moins chère, puis de la faire descendre sur les 400 mètres de dénivelé et passer à travers des turbines quand la revente devient intéressante.

« Si dans 30 ans le ski s’arrête, la commune sera contente d’avoir un retour financier de 400 000 ou 500 000 euros pour développer son activité quatre saisons. »

© Mairie des Angles

Ce système en circuit fermé est appelé « STEP » pour station de transfert par énergie. Enfin le maire des Angles évoque des utilisations secondaires de la retenue, comme l’alimentation d’abreuvoirs pour l’élevage ou celle des bouches d’incendie du domaine. Pour cela il restera toujours un minimum de 15 000 ou 20 000 m3 sur la retenue.

Les travaux avancent en vue d’une mise en service pour l’hiver prochain. Suite à leur premier recours retoqué, les associations espèrent néanmoins être entendues devant le Conseil d’Etat.


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Source : https://madeinperpignan.com/retenue-angles-canons-neige-pyrenees-orientales-polemique/