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jeudi 9 juillet 2026

CANADAIRS : pourquoi la France n’en disposera que de 12 cet été ?

CANADAIRS : 

pourquoi la France 

n’en disposera que de 12 

cet été ?

 


 

 

Le Canadair, souvent surnommé la Rolls Royce des avions de lutte contre les incendies, est un appareil unique. Il a la capacité de se recharger en eau en seulement 12 secondes en amerrissant. Malgré son efficacité, la France, qui devrait en posséder 16 pour faire face aux feux, n’en compte que 12. Alors que la saison critique des feux approche, pourquoi est-il si compliqué d’en acquérir de nouveaux ?

L’été 2022 a marqué un tournant, avec plus de 70 000 hectares de forêt partis en fumée, principalement en Gironde. Ces feux, attisés par la sécheresse, ont mis en lumière les limites de la flotte aérienne française. Un rapport parlementaire a d’ailleurs souligné une « crise majeure » concernant les moyens aériens de la sécurité civile, estimant que la flotte actuelle n’est plus adaptée aux besoins croissants, exacerbés par le réchauffement climatique.

La France s’appuie sur une flotte aérienne de 60 appareils, incluant avions et hélicoptères. Parmi eux, 12 Canadairs (CL415) constituent le cœur de l’action contre les feux majeurs. Cependant, ces appareils ont en moyenne 30 ans, un âge avancé pour ce type d’avion. L’exposition aux flammes et à la corrosion, due à l’eau de mer, accélère leur usure et augmente les besoins en maintenance. Il n’est pas rare que des problèmes techniques clouent plus de 50 % de la flotte au sol, les rendant indisponibles lors des périodes critiques.

En 2022, le président Macron avait promis un investissement massif pour remplacer les 12 Canadairs existants et porter leur nombre à 16 d’ici la fin du quinquennat. Trois ans plus tard, la situation est différente. Les avions actuels ont été modernisés : un « lifting » coûtant entre 10 et 15 millions d’euros par appareil, une somme bien inférieure aux quelque 60 millions nécessaires pour un nouvel avion. Seuls deux nouveaux Canadairs ont été commandés et l’acquisition de deux autres a été suspendue suite à une réduction budgétaire. Pour l’été 2025, 11 des 12 Canadairs étaient opérationnels. Cependant, selon les experts, il en faudrait idéalement 16 compte tenu de la forte sollicitation de ces appareils.

Un autre obstacle majeur est le monopole de la production. Le Canadair, conçu dans les années 60 par la firme canadienne Canadair, est l’un des seuls avions amphibies capable de réaliser des missions de largage d’eau sur de longues périodes sans atterrissage. Sa production a repris grâce à une commande groupée de 22 avions par six pays européens, permettant à l’entreprise De Havilland Canada (qui a racheté Canadair) de relancer la ligne de production arrêtée depuis 10 ans. Les délais sont donc considérables, les deux appareils commandés par la France ne devant arriver qu’en 2028. Cette commande, d’un coût de 182 millions d’euros, est financée à moitié par l’Union européenne et à moitié par la France.

Ces longs délais ont incité la France à privilégier la rénovation de sa flotte existante. De plus, la demande croissante d’autres pays, notamment en Amérique du Nord, également touchés par des feux intenses, pourrait accaparer la production. Heureusement, la France ne compte pas uniquement sur les Canadairs. D’autres moyens aériens sont mobilisés. Il y a les avions multirôles Dash. Ils peuvent larguer 10 tonnes d’eau, mais doivent atterrir pour se recharger. Trois appareils Beechcraft sont utilisés pour la surveillance et le transport. Il y a aussi une flotte d’hélicoptère. La flotte actuelle de 37 hélicoptères sera renouvelée et augmentée à 40 d’ici 2029. La France loue également des appareils et bénéficie d’un dispositif de coopération européen renforcé, avec une trentaine d’avions et hélicoptères mutualisés.

Face à ces défis, l’industrie française développe des alternatives. L’entreprise Hynaero travaille sur un concurrent du Canadair, plus rapide et avec une capacité de largage de 10 tonnes, soutenu par Airbus et financé par France 2030 : la Frégate F100. Les premiers appareils sont attendus pour 2031. D’autres entreprises explorent la transformation d’avions de ligne en bombardiers d’eau, et des drones sont également testés pour le transport de poches d’eau. L’objectif est clair : réduire la dépendance de la France et de l’Europe vis-à-vis d’un fournisseur unique. À côté de ce programme, deux autres projets français se développent. D’une part, le FF72 de Positive Aviation. Il s’agit d’un bombardier d’eau amphibie “écopeur” dérivé de l’ATR 72-600, qui vise une capacité d’emport de 8 000 litres avec un remplissage annoncé en 12 secondes. Le calendrier industriel prévoit un démonstrateur en vol dès 2026 pour une entrée en service fin 2028. D’autre part, le Forest Keeper choisit une approche terrestre autour de la conversion d’un ATR 72 avec un remplissage via les pélicandrome. Kepplair met en avant une mise en service possible des premiers appareils avant l’été 2027.

Jean-François Bourgain, le 18/02/2026, pour AeroMorning

 

Source :  https://aeromorning.com/canadairs-pourquoi-la-france-nen-disposera-que-de-12-cet-ete/


mercredi 17 juin 2026

Loi Fast-Fashion : deux ans de blocage et l'urgence

 

Mai 2026 Biocontact n°378
                                                                
                                                      

samedi 16 mai 2026

Pétition et concert de solidarité avec les grévistes des cliniques Elsan à Médipôle et Saint-Pierre

Pétition et concert de solidarité 

avec les grévistes des cliniques Elsan 

à Médipôle et Saint-Pierre

 

Pétition de soutien

 https://c.org/BW2j4QtSKz 

 


 

Pétition de soutien

 https://c.org/BW2j4QtSKz 





SOUTENONS LES PERSONNELS EN GREVE 
DES CLINIQUES DU GROUPE ELSAN

POUR DES CONDITIONS DE TRAVAIL ET DES SALAIRES 
A LA HAUTEUR DE L’INVESTISSEMENT DES SOIGNANTS

POUR UN SYSTEME DE SANTE 
A LA HAUTEUR DES BESOINS DE LA POPULATION  


Depuis plusieurs semaines, les personnels des cliniques du groupe Elsan à Perpignan sont en grève pour exprimer leur mécontentement face à la détérioration de leurs conditions de travail et de leurs salaires et pour l’amélioration de la prise en charge des patient·es. Ces professionnels de santé, qui œuvrent quotidiennement pour le bien-être des patient·es, se battent pour obtenir des conditions de travail dignes, une rémunération juste, et une reconnaissance à la hauteur de leur engagement.   

Malgré leur rôle fondamental, les personnels de santé porté·es en héroïnes et héros de la santé pendant le covid, vivent un quotidien de plus en plus difficile. Le système de santé est sous pression avec des ressources limitées et une demande croissante. Les personnels sont confrontés à des horaires épuisants, à un manque de personnel chronique, à un manque de matériel et à des salaires qui ne reflètent ni leur dévouement ni leur expertise. 

Le groupe Elsan, gestionnaire de ces cliniques, est le premier groupe de santé privé de France, et rachète de nombreuses cliniques. Son seul objectif : tirer le maximum de profit. Licenciement, restructurations, plan d’économie, baisse des budgets, tout est bon pour redistribuer d’énormes dividendes à ses actionnaires sur le dos de ses salarié·s et de la sécurité sociale. Pour l’année 2025, en dépit d’importants versements de dividendes aux actionnaires, la participation aux bénéfices de la clinique pour les employés a été réduite à 0.

Les patient·es, les citoyen·nes appellent la direction du groupe Elsan à entendre les revendications légitimes de ses employé·es et à entamer un dialogue constructif pour satisfaire les revendications des personnels. Cela inclut une révision des conditions de travail, une augmentation des salaires, un 13ème mois, et une amélioration des ressources disponibles pour le personnel soignant.   

Nous, patient·es, citoyen·nes, soutenons nos soignants qui revendiquent un système de santé à la hauteur des besoins de la population, des salaires et des conditions de travail à la hauteur de leur investissement quotidien au service de notre santé.   

Rejoignons ce mouvement de solidarité, signons cette pétition pour renforcer notre soutien après plus de 15 jours de grève et participons à la caisse de solidarité pour soutenir les grévistes.

 

Pétition de soutien

 https://c.org/BW2j4QtSKz 


vendredi 1 mai 2026

Le bonheur de faire péter tout ça


Le bonheur de faire péter tout ça !

Le

           Théophile Alexandre Steinlen, 1894

C’est le jour d’en prendre de la graine. Il y a 140 ans, à Chicago, des travailleurs perdaient la vie pour la gagner. Pour gagner un triangle rouge. Un côté pour les huit heures de travail, un côté pour les huit heures de sommeil, un côté pour les huit heures pour la vie. Une révolution. Ceux qui leur faisaient tirer dessus étaient de la même espèce que ceux d’aujourd’hui. Nous les avons fait reculer, mais ils reviennent toujours, déguisés autrement, ils arrivent par derrière, mêmes chiens de garde, même sourire de serpent, même sac de farine pour nous rouler dedans.

La fête des travailleurs, Pétain en avait fait la Fête du travail, il avait enlevé le rouge de l’églantine qu’on marie au muguet. Églantine ou aubépine ? C’était un débat quand j’étais gamin dans notre banlieue rouge. Mais il fallait toujours un petit ruban rouge avec ton muguet pour emmerder Pétain et sa descendance.

La fleur rouge, c’était aussi à la mémoire de Maria Blondeau, tuée dans la manif du 1er mai 1891 à Fourmies avec son compagnon Kléber Giloteaux, les « fiancés du 1er mai » morts parmi les neufs morts et les 35 blessés, le tableau de chasse des vaches d’en face. Retailleau, Macron , Attal, ou Hollande, ils sont toujours là. Là-bas c’est Trump, Hegseth, Elon Musk, etc. Et partout dans le monde, règne leur Internationale à eux.

Mais pas question de plier. Déprimer c’est collaborer, c’est se coucher avant que les violeurs n’entrent dans la pièce.

On ne perd pas toujours, on n’a pas toujours perdu. Le 1er Mai raconte aussi les victoires et les progrès.

Résistance, ni martyre ni musée, résistance !

Le 1er mai, c’est le jour d’en prendre de la graine.

Daniel Mermet

P.S. Voilà un superbe Premier mai avec des tubes et des perles à reprendre en chœur !

programmation musicale : 

Jacqueline Danno
, Il est cinq heures
Champi avec les chœurs des grévistes de la Nouveauté,
Chanson de grève
Compagnie Jolie Môme, Son bleu
Pete Seeger, Eight-Hour Day
Denis Cacheux : Le Grand métingue du Métropolitain
Chicho Sanchez Ferlosio, Libertad A Durruti
Marty, L’impôt sur les feignants
Gaston Ouvrard, L’Internationalisation
Mireille et Jean Sablon, Fermé jusqu’à lundi

 

lundi 6 avril 2026

« J’ai eu le sentiment d’être mise à nu » : dans le Finistère, une paysanne renonce à son RSA pour préserver sa santé mentale

 

« J’ai eu le sentiment 

d’être mise à nu » : 

dans le Finistère, 

une paysanne renonce à son RSA 

pour préserver sa santé mentale

 

Après la mise en place d’un « plan RSA » controversé, le président du conseil départemental du Finistère est cité à comparaître ce 30 mars pour « harcèlement moral institutionnel » devant le tribunal de Brest. Une allocataire témoigne.

par Tiphaine Guéret

 

 Paysanne et bénéficiaire du RSA, Gaëlle a été confrontée à un contrôle de la part du département du Finistère, dans le cadre d’un « plan RSA » décrié. ©Tiphaine Guéret

Entourée de treize hectares de terres, la petite ferme se niche en contrebas d’un sommet des montagnes Noires, qui surplombe la rade de Brest, dans le Finistère. C’est là que vit Gaëlle, avec son fils, son compagnon et ses chèvres, dont elle transforme le lait en fromage qu’elle vend sur les marchés ou sur les étals de magasins bio.

Attablée dans la pièce principale, ses deux chiennes à ses pieds, Gaëlle fait défiler les messages sur l’écran de son téléphone portable. Elle s’arrête sur l’un d’eux : « Je me réveille en pleine nuit en pleurs. La situation est juste insupportable », lit-elle à voix haute. Ces mots sont destinés à son assistante sociale. Gaëlle les lui a envoyés en novembre dernier après avoir ouvert un énième courrier cacheté du conseil départemental, la menaçant de suspendre ses droits au revenu de solidarité active, son RSA.

Le contrôle dont Gaëlle fait alors l’objet s’inscrit dans le contexte du « plan d’action RSA » engagé depuis 2022 par le président du conseil départemental, Maël de Calan (divers droite), qui a permis au Finistère d’enregistrer une baisse spectaculaire du nombre de bénéficiaires du minima social : en quatre ans, ils ont diminué de près d’un quart.

« Harcèlement moral institutionnel »

D’après la collectivité, cette baisse serait, pour une large part, le résultat de retours à l’emploi. Mais des allocataires livrent une tout autre version : mis bout à bout, leurs témoignages suggèrent une politique délibérée de contrôles abusifs, visant à l’augmentation des suspensions de droits, des radiations et du non-recours. Parmi les concernées, des chômeurses, mais aussi des artisanes ou des paysanes, qui, à l’image de Gaëlle, n’ont pas « retrouvé un emploi », mais se sont précarisées plus encore.

Dernièrement, certaines de ces personnes se sont organisées pour dénoncer cette politique : le 3 mars, la CGT et six allocataires parties civiles ont adressé une citation à comparaître pour « harcèlement moral institutionnel » à Maël de Calan et au directeur chargé de l’économie, de l’insertion et du logement au département, Romain Chantelot. Contacté par Basta! le service presse du département n’a pas répondu à nos questions, mais auprès de Mediapart, Maël de Calan récuse tout harcèlement et dénonce des « attaques abusives ». Ce lundi 30 mars, les deux hommes ou leurs conseils sont attendus au tribunal correctionnel de Brest, où sera fixée la date de l’audience sur le fond.

Justifier d’un cadeau d’anniversaire pour son fils

Pour l’heure, dix-huit témoignages ont été versés au dossier, parmi lesquels celui de Gaëlle, qui s’ajoutent à ceux des six parties civiles. Tous font état de contrôles particulièrement tatillons, où chaque entrée et sortie d’argent est scrutée à l’euro près. Une allocataire s’est ainsi vu tenue de justifier de remboursements de proches après des courses en commun ; une autre, d’avoir centralisé une cagnotte pour un anniversaire. Une troisième se serait entendu dire par un contrôleur que la dispense d’engager une action juridique à l’encontre de son ex-compagnon pour le paiement de la pension alimentaire de leur fils pouvait être révoquée à tout moment – le RSA, « c’est de l’argent public, […] ce n’est pas au département de payer [...]. C’est au père de votre enfant de subvenir à ses besoins. »

« Je pourrais me reconnaître dans chacun d’eux », soupire Gaëlle, le visage fermé. Pour elle, les ennuis ont commencé au printemps dernier. Au mois de mai 2025, elle reçoit un premier courrier qui l’informe qu’elle fait l’objet d’un contrôle et lui intime, sous peine de suspension de son RSA, de fournir « quatre mois de relevés bancaires ». « De bonne volonté », la paysanne s’exécute. Elle imprime un à un les éléments demandés, et les renvoie en version papier, comme indiqué.

Deux mois passent. Arrive un second courrier qui la somme cette fois de justifier d’un nombre conséquent d’opérations. Certaines soulèvent pourtant a priori peu de questions, comme la part de RSA couple qu’elle reverse à son conjoint actuel, cette prestation conjugalisée étant versée par la mutualité sociale agricole (MSA) sur le compte de Gaëlle. D’autres, plus ponctuelles, sont néanmoins limpides : parmi les mouvements bancaires qui alertent la collectivité, figure un virement de 200 euros, effectué par les parents de la paysanne et… « intitulé “Bon anniversaire”, suivi du prénom de mon fils, précise Gaëlle. C’est ridicule », cingle-t-elle.

« Soit tu dors pas la nuit, soit tu plantes ta boîte »

Pour chaque opération, elle doit fournir une explication sur papier libre, justificatifs à l’appui, notamment l’acte de naissance de son fils, mais aussi une attestation de ses parents pour le cadeau d’anniversaire de l’enfant, assortie de la photocopie de leurs deux pièces d’identité. Une attestation, émanant de la banque et garantissant qu’aucune opération n’a été effectuée sur un compte est aussi attendue, poursuit Gaëlle. Problème : l’établissement bancaire ne fournit pas ce type de document. En pleine période de production, la paysanne perd une semaine à batailler au téléphone pour que la banque fasse une exception ; à rassembler les preuves de sa bonne foi.

Le dossier bouclé, elle le renvoie à l’administration. Gaëlle confie : « J’ai eu le sentiment d’être mise à nu. Et pendant ce temps, qui s’occupe de tes chèvres ? Soit tu dors pas la nuit pour constituer le dossier, soit tu plantes ta boîte. »

La réponse du département intervient trois mois plus tard : le contrôle est étendu aux 20 mois précédents. En question : de nouveaux éléments concernant la dissolution du groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) que Gaëlle avait monté avec son ex-compagnon, et dont le compte a été clôturé. « On entre dans la quatrième dimension, s’anime Gaëlle. À ce moment-là, pour moi, le terme de harcèlement commence à prendre tout son sens. »

Gaëlle n’est pas la seule victime de cette inflation des demandes du département, qui exige des pièces de plus en plus nombreuses et complexes. « En plaçant délibérément les allocataires dans une situation de quasi-impossibilité matérielle de répondre aux demandes formulées dans les délais imposés, le département organise de manière habituelle la survenance de décisions de suspension du RSA, lesquelles ne sanctionnent pas une carence de l’allocataire, mais l’échec programmé d’une procédure excessivement contraignante », peut-on lire dans la citation à comparaître.

« Ils sont payés pour ça, ils trouveront forcément une erreur »

Face à ce « rouleau compresseur administratif », Gaëlle finit par craquer. Elle consulte son médecin, qui lui prescrit des antidépresseurs et un arrêt de travail. « Tout bascule, tu mets le doigt dans un engrenage. Je me suis dit : c’est à celui qui lâche le premier. Eux, ils sont payés pour ça, ils trouveront forcément une erreur. »

Pour la paysanne, le troisième courrier agit comme un déclic. À son assistante sociale, Gaëlle écrit : « Je ne répondrai pas à ce courrier. […] Je ne fais pas l’aumône, je suis juste ce qu’on peut appeler une travailleuse pauvre. » De fait, elle travaille à temps « plus que plein », tient sa comptabilité, fait des choix prudents. Simplement, les choses se sont « gâtées » quand elle s’est séparée du père de son fils, à qui elle a dû rembourser ses parts du Gaec en plus d’essuyer une sécheresse. « Je me suis retrouvée avec un emprunt sur dix ans et une trésorerie à zéro », retrace-t-elle.

C’est sur les conseils de son assistante sociale que Gaëlle s’est résolue à demander le RSA. Depuis, pour la paysanne, l’allocation permettait de tenir en attendant des jours meilleurs – qu’elle espère toujours voir venir avec la fin prochaine d’un prêt et l’augmentation progressive de sa production.
 

« Au moins, je protège ma santé mentale »

D’ici là, elle a fait le calcul. 500 euros de RSA pour deux chaque mois, ça fait 250 euros chacun. S’ils lui sont « sucrés » faute de réponse de sa part, elle les trouvera ailleurs ou elle fera sans. Tant pis si elle doit travailler plus encore ; se serrer davantage la ceinture. « Au moins, je protège ma santé mentale », tranche-t-elle. La toiture fuit mais la réfection attendra ; les vacances avec son fils aussi.

Prendre ce risque est une décision coûteuse, mais Gaëlle pondère : « J’ai un potager, je produis du lait, du fromage, je fais du troc sur les marchés, je sais qu’on aura à manger et que ce n’est pas le cas de tous ceux qui se sont retrouvés dans cette situation. »

Le couperet est finalement tombé début mars : quatre mois de suspension, avant, sans doute, la radiation.

« Faire artificiellement baisser les chiffres »

Combien sont-ils à avoir jeté l’éponge comme Gaëlle ? Difficile à dire, beaucoup ayant refusé de témoigner par peur des conséquences, assure-t-elle.

Reste que « cette politique systématique n’est pas l’expression d’un simple contrôle de la compatibilité de la situation de l’allocataire avec son droit à bénéficier du RSA, peut-on lire dans la citation à comparaître adressée à Maël de Calan et Romain Chantelot. Elle caractérise une volonté claire de harceler les allocataires afin que ces derniers finissent par renoncer au bénéfice du RSA, permettant ainsi au département du Finistère de faire artificiellement baisser les chiffres afférents au nombre d’allocataires. »

Gaëlle espère que la justice tranchera en leur faveur, pour que cesse ce qu’elle considère comme « l’instrumentalisation d’un droit ». En attendant, la paysanne a à faire. Suivie de près par Okla et Oma, ses deux chiennes, elle nous raccompagne dans la cour de la ferme. Les chèvres ont mis bas il y a peu, et les petits ont faim.

 

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Boîte noire

Mise à jour le 31 mars 2026 : Le tribunal correctionnel de Brest examinera en juin les arguments de six allocataires du RSA et de la CGT qui ont cité à comparaître le président du département du Finistère et un de ses cadres pour « harcèlement moral institutionnel », rapporte l’AFP. L’avocate du département, Stéphanie Zaks, a dénoncé un « procès clairement politique ». Depuis le lancement de la citation à comparaître début mars, « on a reçu 47 témoignages nouveaux », qui s’ajoutent à la vingtaine versée au dossier a indiqué Ludovic Morin, secrétaire général de la CGT du Finistère.

 

 

 

Source : https://basta.media/Sentiment-d-etre-mise-a-nue-dans-le-finistere-une-paysanne-renonce-RSA-pour-preserver-sa-sante-mentale?fbclid=IwY2xjawQ4r5BleHRuA2FlbQIxMABicmlkETBRTjdYT1FLZ0tQUmplakNSc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHk1t0BPjGA2U1bN8Bbe_rb6JkV8qoGTGx4583uAck9PMoGoKbWfnjhyL45zK_aem_JWX-Iht1Gw1yRib26q3rcw

jeudi 19 février 2026

Loutres, Mexique et martinets : les 10 bonnes nouvelles de la semaine


Loutres, Mexique et martinets : 

les 10 bonnes nouvelles de la semaine



lundi 9 février 2026

De fil en fil, l’Ariège reconstruit sa filière locale de laine

De fil en fil, 

l’Ariège reconstruit 

sa filière locale de laine

 

15 mars 2025

 

La renaissance de la filière laine en Ariège.

Dans les années 1980, la filière laine a périclité en France. En Ariège, des initiatives, portées par des éleveurs, ont retissé le secteur en privilégiant la mutualisation et la solidarité entre ses acteurs.

Ariège, reportage

Au bord de la route qui mène au hameau de la Jalousie, dans le nord de l’Ariège, un troupeau de tarasconnaises paît paisiblement. Reconnaissables à leurs cornes enroulées, ces brebis locales, qui vivent au rythme des transhumances, seront tondues au printemps et leur laine sera stockée à quelques centaines de mètres de là. « En Ariège, la laine pousse dans les champs, s’amuse Olivia Bertrand, loin de l’industrie textile mondialisée basée sur la pétrochimie et les OGM. »

Tisserande de formation, cette trentenaire a lancé Laines paysannes en 2016 avec son compagnon Paul de Latour, éleveur de brebis. Au sein de cette association devenue coopérative sous le statut de société coopérative d’intérêt collectif (Scic), le couple et les neuf salariés transforment et valorisent la laine. Celle tondue sur place, mais aussi celle récoltée en se déplaçant de ferme en ferme dans la région, « un territoire avec une grande tradition de pastoralisme  », souligne la tisserande.

Des brebis paissent au port de Salau, dans l’Ariège. Flickr / CC / PierreG_09

Après la tonte, la laine est triée à la main, lavée, filée, tissée, tricotée... Autant d’étapes réalisées soit sur place soit dans des filatures et ateliers «  à 400 kilomètres maximum de chez nous », précise Olivia Bertrand. En mettant en lien des acteurs locaux et en commercialisant le fruit de leur travail, la coopérative s’est donné pour mission de ressusciter une filière laine dans la région.

4 % de la laine valorisée

La tâche n’a rien d’évident. À l’échelle nationale, le secteur a périclité dès les années 1980, entraînant dans sa chute toute l’industrie liée à la transformation de cette fibre. Aujourd’hui, sur 10 000 tonnes de laine brute française produite par an, 4 % seulement sont valorisées dans l’Hexagone et une grande partie est envoyée en Chine… pour revenir parfois en Europe sous forme de pelotes ou de vêtements bon marché. En quelques décennies, la laine a ainsi perdu toute sa valeur : les grossistes l’achètent aux éleveurs entre 5 et 40 centimes le kilo.  

En France, les moutons sont donc principalement élevés pour leur viande. La tonte n’en est pas moins indispensable : sans elle, les animaux souffriraient de parasitisme ou de la chaleur. Elle coûte 2 à 3 euros par bête et se fait à perte. Faute de débouchés rémunérateurs, les stocks s’entassent dans les hangars des fermes françaises. Certains éleveurs en viennent même à la jeter ou à la brûler, d’autres l’utilisent comme engrais. 

Lire aussi : La laine française termine au fumier

Chez Laines paysannes, c’est tout le contraire : à contre-courant de la fast-fashion, la laine locale est transformée en vêtements, accessoires ou tapis qui ont vocation à durer. Par amour du produit, pour lutter contre le gâchis massif d’une ressource aux multiples vertus, mais aussi par conviction. En favorisant un nouveau débouché pour l’élevage de montagne, la coopérative promeut l’émergence d’une « économie agricole familiale et vivrière ».  

La petite structure est en passe de relever son défi. « 10 à 12 tonnes de laine brute par an sont valorisées par Laines paysannes », souligne Olivia Bertrand. 25 fermes adhèrent à la coopérative qui leur achète la laine à 1,20 euro le kilo, pour couvrir symboliquement le prix de la tonte. « On n’a pas vocation à valoriser toute la laine d’Ariège [environ 60 tonnes produites par an sur le département], dit Olivia Bertrand, mais notre modèle est reproductible. » En opposition au modèle capitaliste des  start-up, la structure crée un écosystème vertueux, écologique, mais aussi un « lien social rural » entre éleveurs et acteurs de la filière.

« Nous sommes au début de la reconstruction de la filière »

À une quarantaine de kilomètres de là, à Camarade, petit hameau du nord de l’Ariège, les chèvres angoras de Pauline Fis et Loïc Pélissier passent leurs journées dans le sous-bois de la ferme Mohair Pyrénées. Le couple est un maillon d’une autre branche de la filière laine : le mohair, connu pour sa douceur, sa solidité et ses vertus isolantes. Les chèvres, dont les bouclettes typiques commencent à se dessiner, passeront leur vie à la ferme jusqu’à leur mort. « Après la tonte hivernale ou estivale, le mohair est trié en lots selon sa qualité », explique l’éleveuse.  

Les chèvres angoras, dont les bouclettes typiques commencent à se dessiner, passeront leur vie à la ferme jusqu’à leur mort. Flickr / CC / myri_bonnie 

Avec seulement 9 500 kilos de laine brute par an, la production de mohair est plus discrète que celle de la laine de mouton. Mais elle connaît les mêmes problématiques. La disparition des manufactures, et avec elle la perte de compétences et de matériel, fragilise les petits acteurs, obligés de trouver des solutions pour leur survie. « Nous faisons partie d’une société d’intérêt collectif agricole (Sica), basée à Castres dans le Tarn, qui regroupe une centaine d’éleveurs, dit Pauline Fis. Cela nous permet de mutualiser les étapes de fabrication, et la Sica a racheté de vieilles machines des années 1960, qui en général partent dans les pays de l’Est. »

Et de préciser : « Nous avons embauché une tisserande, car le dernier tisserand de Mohair que l’on connaissait partait à la retraite et aucune manufacture ne voulait s’occuper de notre laine. » Lavage, filage, tissage, tricotage, le parcours de la laine made in France est long et coûteux. De l’autre côté du département, Laines paysannes a internalisé le tissage de ses tapis ainsi que la confection de vêtements pour faire face à l’inflation des prix en ateliers. Pour Olivia Bertrand, l’enjeu, « c’est la réappropriation des outils de production et l’autonomie ».

Une feuille de route présentée à l’Assemblée nationale

Soucieuse d’accompagner le mouvement, la région Occitanie tente d’identifier les besoins du secteur. « On va développer une plateforme de tri d’ici à quelques mois. C’est un projet structurant », dit Mélanie Tisné-Versailles, conseillère régionale. Le projet est porté par cinq acteurs de la filière, basés en Occitanie, souhaitant mutualiser l’étape de la collecte. « Nous sommes au début de la reconstruction de la filière », s’enthousiasme l’élue. 

Lire aussi : À 22 ans, elle a repris la ferme de son père... à sa façon

Le conseil régional a d’ailleurs adopté, en 2021, un contrat pour les filières textiles, laines et cuir sur cinq ans avec un budget de 19 millions d’euros. Au niveau national, le collectif Tricolor essaie de redonner une dimension nationale à la relance de la filière. Pascal Gautrand, son délégué, est convaincu qu’il faut changer d’échelle et milite pour que « tous les maillons de la chaîne soient ensemble ».

Mais y parvenir suppose des soutiens structurels. C’est pourquoi une feuille de route a été présentée au ministère de l’Agriculture en mai dernier. Elle synthétise 65 contributions des acteurs des filières.

La traçabilité, un argument de vente

Depuis ses bureaux ariégeois, Laines paysannes s’emploie à rendre la laine tendance, en soignant ses produits autant que sa communication. Sur leur boutique en ligne, les marchés ou magasins éphémères, les clients peuvent s’offrir une paire de baskets en laine à 180 euros, un pull pour 120 à 200 euros, ou un tapis tissé main à 3 000 euros. Les prix s’expliquent par le coût de fabrication et la volonté d’une rémunération juste des éleveurs et artisans. 

« C’est un acte militant d’acheter nos produits », soulignent Pauline Fis et Loïc Pélissier, conscients que le prix peut être un frein. Pourtant, pour les deux structures, la clientèle locale répond présente. La traçabilité est un argument de vente et « la laine est un formidable outil pédagogique pour expliquer la réalité du travail des éleveurs », dit Olivia Bertrand.

Sous le hangar de Laines paysannes, de gros ballots de laine sont stockés en attendant de poursuivre le chemin de la transformation. Ils sont étiquetés selon leur provenance, la race de brebis, leur couleur naturelle. Un travail de fourmi dans une filière en pleine renaissance, selon Olivia Bertrand : « Fabriquer un pull en laine d’ici, c’est une innovation territoriale. »

 

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Source : https://reporterre.net/De-fil-en-fil-l-Ariege-reconstruit-sa-filiere-locale-de-laine

samedi 7 février 2026

« Ce sont nos dividendes » : cette usine de laine a été reprise par ses salariés


« Ce sont nos dividendes » : 

cette usine de laine 

a été reprise par ses salariés

 

 

Nathalie inspecte les pelotes de laine prêtes à partir dans les cartons.

La filature de laine Bergère de France a été reprise en Scop par ses travailleuses et travailleurs en octobre 2024. Collectivement, ils et elles réinventent leur activité, en la rendant plus durable et en s’en partageant les fruits.

Bar-le-Duc (Meuse), reportage

À Bar-le-Duc, dans la Meuse, les ouvrières de Bergère de France sont aussi actionnaires. Aux portes de la ville, on ne peut pas louper l’une des dernières filatures de laine du pays. C’est une institution depuis 1946. Mais l’usine meusienne, qui a compté jusqu’à 800 personnes à la grande époque, a bien failli disparaître en 2024.

Après sa liquidation pour des raisons économiques, l’entreprise a été reprise en octobre 2024 en Société coopérative de production (Scop) par 56 salariés-associés. Un projet encouragé par le nouveau PDG, Jean-Michel Nicolas. « On a dû repartir de zéro, renégocier tous les contrats et se battre au tribunal de commerce, raconte-t-il. Tout le monde a mis la main à la pâte, avec au bout, une belle aventure humaine. » Elle cherche désormais un équilibre financier.

Aujourd’hui, les ouvriers de l’usine sont polyvalents et occupent les tâches qu’ils souhaitent. © Clément Villaume/Reporterre

La visite de l’usine commence. Par une porte dérobée, on arrive directement à l’atelier. « C’est ma maison ici », s’amuse Fabien Joannes, 49 ans, dans la boîte depuis 1997. Ce « petit jeune de Bergère » a tout connu ici. Il est responsable de la maintenance de ce site de 6 hectares.

Même s’il a été parmi les premiers à lancer la Scop, Fabien Joannes n’est pas « en costard-cravate, mais en tenue comme [s]es gars ». « Plutôt que de voir un concurrent ou un fonds d’investissement décider de notre sort, on a préféré se démener », dit-il.

Les ballots de laine, venus d’Uruguay (l’acrylique provient du Portugal), sont d’abord teintés et essorés. La matière est ensuite filée, puis assemblée pour créer un fil de laine, puis des pelotes. Plus loin, des salariés préparent les commandes pour les clients.

Les employés ont investi une partie de leur prime de licenciement pour intégrer la Scop. © Clément Villaume / Reporterre

La marque de laine Phildar avait aussi une proposition de rachat de l’usine, « mais ils ne voulaient garder que le service création et le nom. Ils auraient tout fait faire à l’étranger et on se serait retrouvés sur le carreau, dit le responsable de maintenance. Et bon courage pour réintégrer une autre boîte dans le coin. Par ici, ça n’embauche pas, c’est sinistré ».

Pour intégrer la Scop, les employés ont dû investir 15 % de leur prime de licenciement. Même quelques-uns, à un an de la retraite, ont pris des parts dans l’entreprise.

« Que l’on soit ouvrier, contremaître ou cadre, on aura tous le même dividende à la fin »

Si l’entreprise se porte bien, peu importe le montant de départ engagé, chacun profite des bénéfices équitablement. « Que l’on soit ouvrier, contremaître ou cadre, on aura tous le même dividende à la fin de l’année », s’enthousiasme Fabien Joannes.

L’ambiance est au travail ce mois de février, où les demandes en pelotes de laine atteignent leur apogée. « On ne tricote pas en maillot de bain sur la plage, le tricot, c’est un sport d’hiver », s’amuse le quadragénaire.

Dans cette usine vieillissante, il faut chauffer au moins à 23 °C et produire à 60 % d’humidité dans l’air — une météo digne des tropiques — pour éviter que le fil de laine casse. Jour et nuit, les génératrices tournent dans un boucan assourdissant.

Les équipes travaillent dans une atmosphère tropicale pour éviter que les fils de laine cassent. © Clément Villaume/Reporterre

Les factures d’énergie sont énormes : 1,7 million d’euros de gaz et d’électricité par an. « On consomme 7,5 mégawatts annuels. C’est colossal », dit Jean-Michel Nicolas, le PDG. « Et c’est pire quand il fait froid, ajoute son collègue Fabien Joannes. On a décidé de ne plus produire de laine en hiver [dès l’hiver prochain] pour faire des économies. »

Il faudra alors s’organiser autrement : programmer les collections de tricot assez en avance pour fabriquer seulement les pelotes de laine entre mars et septembre. Sur ces 38 000 m2 de bâtiments, la production a aussi été recentrée pour ne chauffer qu’un seul endroit.

« Les autres bâtiments pourraient servir à d’autres entreprises de logistique pour aussi réduire leur empreinte carbone, dit Jean-Michel Nicolas. Avec toutes ces décisions, on est déjà à moitié moins de consommation. »

La réorganisation des tâches depuis la reprise de l’usine a permis de drastiquement réduire sa consommation. © Clément Villaume / Reporterre

Depuis la reprise en coopérative, les ouvriers sont complètement polyvalents. De l’assemblage de la laine à l’envoi des colis, en passant par la fabrication des catalogues et la confection des pelotes, ils touchent à tout.

« Avant, c’était chacun sa place sur la chaîne, on ne bougeait pas de sa machine, dit Fabien Joannes. Aujourd’hui, je m’occupe des espaces verts, mais je parle aussi à la Région pour trouver des financements. »

« C’est plus convivial, on est moins grognons »

Un peu plus loin, Nathalie inspecte les pelotes de laine prêtes à partir dans les cartons. « La qualité n’est pas encore parfaite, on peut faire mieux », lance-t-elle à son PDG. Et son confrère, François, contremaître à l’usine, d’abonder : « C’est sûr que ça donne envie de se bouger. On veut que notre boîte vive. C’est notre usine, c’est nos dividendes. »

La convivialité du nouveau caractère coopératif a motivé certains employés à rester.© Clément Villaume / Reporterre

Même son de cloche du côté de Philippe Marmottin, 56 ans, qui s’occupe de la comptabilité de l’entreprise : « Au départ, je n’étais pas certain d’y aller, j’étais fatigué des deux dernières années. Mais j’ai un esprit coopératif. Aujourd’hui c’est plus convivial, on est moins grognons. »

Il reste néanmoins du pain sur la planche. À titre d’exemple, tous ont été repris avec les mêmes contrats qu’avant la cessation d’entreprise et les écarts de salaires entre eux restent à discuter.

Février est un mois d’intense production pour les salariés.© Bergère de France

Chez Bergère de France, on est dans les derniers à revendiquer des pelotes françaises et un savoir-faire unique. « Ici, tout le monde connaît l’entreprise », dit Florence Thiriot, l’ancienne gérante de la mercerie Aux Articles de Paris, à Bar-le-Duc.

« On espère que ça va durer, je croise les doigts pour eux, poursuit-elle. Mais il n’y a pas de raison, la laine est redevenue complètement tendance. Tricoter, c’est avoir un pull chaud et unique, qui sort de l’ordinaire. Mais c’est surtout un acte durable et écoresponsable », à rebours de la fast-fashion et de ses conséquences désastreuses pour l’emploi textile en France.

Une ancienne salariée de Bergère, Céline, devrait bientôt reprendre sa boutique pour commercialiser la marque iconique. « Bien sûr que ça va continuer. Avec les Scop, les gens vont reprendre leur destin en main, s’enthousiasme Fabien Joannes. Quand je parle aux gens d’ici, ils nous disent : sauver une boîte comme ça, chapeau bas ! Mais ce n’est pas impossible. La preuve, on le fait ! »


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Source : https://reporterre.net/Ce-sont-nos-dividendes-cette-usine-de-laine-a-ete-reprise-par-ses-salaries