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mardi 8 septembre 2026

Visa pour l'image - Des fillettes vendues en mariage pour survivre : la photographe Elise Blanchard documente l’envers du dérèglement climatique en Afghanistan

Des fillettes vendues en mariage 

pour survivre : 

la photographe Elise Blanchard 

documente l’envers 

du dérèglement climatique 

en Afghanistan

  • par

  • En Afghanistan, la sécheresse affame des familles qui vendent leurs filles en mariage pour survivre. Au cœur de la violence des mariages d’enfants, Elise Blanchard raconte la complexité d’un pays où les fillettes subissent de plein fouet la misère économique et climatique. Son exposition est présentée à Perpignan dans le cadre du festival Visa pour l’Image.
     

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    En s’installant en Afghanistan en 2021, Elise Blanchard découvre l’impact de la sécheresse sur le pays. Alors qu’elle se rend dans un camp de réfugiés, la majorité d’entre eux lui explique avoir quitté leur domicile suite à la sécheresse qui a sévi à partir de 2018. « Je m’attendais à ce qu’on me parle de la guerre, mais non, c’était la pauvreté, la sécheresse. Alors c’est un sujet que je me suis promis de faire en profondeur. »

    Des nourrissons vendus en mariage

    Elle découvre que les fillettes sont parmi les premières victimes. Vendues en mariage pour permettre aux familles de survivre. Dans la province de Badghis où 95 % de la population dépend directement des cultures pluviales et de l’élevage, près de la moitié des jeunes filles sont mariées avant leurs 18 ans. Parfois fiancées à un mois, les fillettes sont vendues pour permettre aux familles de payer leur dette et de se nourrir. Une situation qui les expose à des grossesses à la puberté et souvent à des violences domestiques.

    « Je savais que ça existait. Mais ça a été particulièrement dur. J’avais couvert les violences domestiques, les frappes aériennes, la malnutrition, les morts de femmes et d’enfants par manque d’accès à une clinique ou à une sage-femme. Mais ce qui a été incroyablement difficile, c’est de voir l’impact psychologique sur ces fillettes. C’était un truc que dans leurs regards. »

    La violence de l’Afghanistan vue de l’intérieur : « J’ai voulu montrer sa complexité »

    « L’Afghanistan, c’est plein de douleurs pour les femmes et les filles », explique Elise Blanchard après y avoir vécu sept ans. « C’était ma maison. » Alors comment se positionner, entre un pays que l’on souhaite comprendre, et un régime taliban violent ? « J’ai voulu mettre en avant des sujets qui n’étaient pas forcément couverts, montrer la complexité de l’Afghanistan. En sachant que je ne comprendrais jamais tout. Mais j’ai voulu amener de la nuance, montrer tous les oxymores, toutes les contradictions qui composent le pays. » Une ambivalence qui traverse son livre Dans la maison d’un taliban, où elle fait le récit du quotidien qu’elle a partagé avec une famille talibane.


    Voir derrière la photo de mariage

    Pour cela, il est essentiel selon elle de raconter le sort de ces enfants dans leur ensemble. Ne pas décorréler un mariage d’une situation économique et climatique. « L’idée était de montrer tout le processus dans une seule expo. Montrer la sécheresse, les fillettes, les montrer avant de partir chez leur mari. Lorsqu’elles ont encore vraiment cette innocence d’enfant. Et aussi les montrer après, quand elles y pensent. C’était réellement inclure différents lieux, les villages, les camps de déplacés, les villes… un ensemble. Pas juste un mariage. »


    De la même manière, elle insiste sur le besoin de sortir de l’image préconçue. Les hommes mariés, par exemple, ne sont pas forcément très âgés, parfois même mineurs. « Ce n’est pas dire que ce n’est pas un problème dans ce cas-là, mais c’était essayer de montrer qu’il n’y a pas un cas unique. » Plutôt que de suivre quelques familles, Elise Blanchard a d’ailleurs préféré en inclure le plus possible, pour exposer l’ampleur du phénomène dans sa diversité.

    Les récits intimes d’une histoire commune

    Au cœur de la série de photos, les fillettes. Des regards qui retiennent l’attention au milieu des images de paysages asséchés. « C’était rentrer dans leur intimité, les voir dans leur vie de tous les jours. Ce sont des filles qui jouent, qui ont des vies, qui vont étudier le Coran. J’ai passé beaucoup de temps avec elle. Et c’est comme ça qu’on voit l’impact psychologique. »


    Les photos se gardent de pointer du doigt les parents, à qui Elise Blanchard accorde aussi une place. « Une mère me disait : ‘Comment est-ce que vous pensez qu’une mère puisse vouloir faire ça ? Une autre m’a dit : ‘J’aurais préféré la voir mourir que de l’imaginer vivre avec ce vieil homme.’ » Le souvenir aussi d’un père qui lui montrait les photos de ses filles vendues en mariage à 7 et 9 ans.

    « Il n’avait pas l’argent pour aller les voir, et il s’est mis à pleurer. Voir un homme afghan pleurer, ça ne m’est pas arrivé beaucoup. Et il me disait : ‘J’ai dû sacrifier une de mes filles pour sauver le reste de la famille.’ »

    Avec sa série, Elise Blanchard place le dérèglement climatique au cœur de Visa pour l’Image à travers des photographies où l’humain occupe l’objectif. Elle démontre plus que jamais comment les femmes et les enfants sont en première ligne.

    La série « Afghanistan, les fillettes vendues pour survivre aux sécheresses » est à voir au Couvent des Minimes jusqu’au 13 septembre.


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    Source : https://madeinperpignan.com/fillettes-vendues-mariage-secheresse-elise-blanchard-afghanistan/

    samedi 6 septembre 2025

    Exploités pour leur bile, les ours-lune de Corée sont désormais protégés


    Exploités pour leur bile, 

    les ours-lune de Corée 

    sont désormais protégés

     

    23 septembre 2025

     

    Auparavant exploité pour sa bile, cet ours-lune est l'un des 13 ours du sanctuaire de Hwacheon, l’un des rares lieux en Corée du Sud qui cherchent à offrir une seconde vie aux animaux rescapés.

     

    Patates douces et feuilles de chou : dans un sanctuaire de Corée du Sud, 13 ours-lune, autrefois exploités pour leur foie ou leur bile, sont chouchoutés. L’an prochain, élever et tuer ces ours sera interdit dans le pays.

    Province de Gangwon (Corée du Sud), reportage

    Depuis Séoul, il faut trois heures de voiture pour rejoindre le sanctuaire reculé de Hwacheon, dans la province de Gangwon, au nord de la capitale. Sur la route, sinueuse, des véhicules militaires nous dépassent et des panneaux en forme de tête de mort invitent à faire demi-tour : nous approchons de la frontière avec la Corée du Nord. L’ancienne ferme est située à la lisière de la forêt. C’est un terrain de 30 000 m2 au total, dont une petite parcelle servait jusqu’en 2021 à l’exploitation d’ours noirs d’Asie (Ursus thibetanus).

    Selon la médecine traditionnelle asiatique, la bile de ces bêtes — qu’on appelle aussi ours-lune à cause de la tache sur leur poitrail — possèderait des vertus exceptionnelles : elle permettrait de traiter les maladies du foie et de stimuler la vitalité. Traqués à cause de ces croyances, les ours-lune sont capturés puis élevés en cage, et tués, ou ponctionnés plusieurs fois par jour pour certains, de ce précieux liquide. Cette pratique deviendra néanmoins illégale à partir du 1er janvier 2026.

    Les soigneuses apportent de la nourriture enrichie. Après des années de carences en captivité, les ours ont besoin de mets adaptés. © Olorin Maquindus / Reporterre

     À Hwacheon, bien qu’ils soient toujours enfermés dans leur cage d’une vingtaine de mètres carrés, treize ours y sont en sécurité, et choyés par l’équipe du Project Moon Bear. Cinq femmes s’en occupent à temps plein, par shift de trois. L’ONG, créée par le directeur Choi Taegyu, 44 ans, qui donne aussi des cours d’études des animaux et de la société à l’université, entend redonner aux mammifères un quotidien décent : « La société coréenne les a contraints à la vie en captivité, et a utilisé leur corps. Nous avons presque provoqué leur extinction dans la péninsule. »

     

    Les ours-lune évoluent dans un enclos sécurisé du sanctuaire. Sauvés d’une ferme à bile, ils gardent les stigmates de la captivité et nécessitent encore une surveillance rapprochée. © Olorin Maquindus / Reporterre

    Repas de patates douces

    Accroupies dehors près d’une cuve, Jiyae et Siyeon s’appliquent à laver des feuilles de chou. C’est l’heure du repas. Les autres soigneuses découpent des sacs en kraft et y fourrent des morceaux de courges, carottes et patates douces, avant d’arroser le tout. Une odeur caractéristique emplit l’air humide de la forêt. « C’est de l’huile de sésame, pour stimuler leur odorat, indique Kang Jiyoon. Tout ce qu’on leur propose est tourné vers cet objectif : travailler leurs sens et leur mobilité. »

    Pour ce faire, les sacs en papier sont accrochés en hauteur, et les aliments dissimulés. Avant de s’introduire dans les cages, soit deux rangées de couloirs parallèles, il faut user de stratagèmes pour attirer les ours dans la partie la plus reculée, qui se ferme par un panneau activable à distance.

    « Chaque ours a son caractère »

    « J’ouvre ! » prévient une soigneuse, d’un ton ferme et solennel. Une fois que les autres membres ont acquiescé — question de sécurité — la cage est ouverte dans un grincement métallique. Et la nourriture disposée dans chaque cage. À la fin de ce rituel, elles assistent ensemble au repas des ours, sourire aux lèvres. Chacune a son petit favori : « Mon préféré, c’est Pusil, dit Kang Jiyoon. Il est si drôle. Chaque ours a son caractère, sa façon de manger… »

    À côté des cages, un terrain bordé de hautes barrières, avec ponts en bois, hamacs et balançoires — et bientôt un bassin de 7 m2 — sert de cour aux mammifères. Les amener est fastidieux. Les ours étant, à un âge avancé, des animaux particulièrement indépendants, il faut les introduire dans l’enclos chacun son tour. Certes, certains d’entre eux s’entendent bien, comme Soyo et Deoki, qui ont toujours vécu proches l’une de l’autre. Les soigneuses procèdent régulièrement à des « rencontres » pour les habituer à la présence des uns et des autres.

    Il est illégal d’extraire de la bile d’ours encore vivants en Corée du Sud. Il est cependant légal d’abattre les animaux, une fois qu’ils ont 10 ans, pour leur vésicule biliaire entière afin qu’elle soit utilisée en médecine traditionnelle asiatique. © Olorin Maquindus / Reporterre
     

    Aujourd’hui, c’est au tour de Juyoung et Uturi. Les deux ours s’ignorent dans un premier temps, chacun occupé à dévorer son repas. Quelques grognements de satisfaction plus tard, ils s’approchent l’un de l’autre, et se reniflent. « Cela fait quatre ans qu’ils socialisent », glisse Choi Taegyu.

    Graves séquelles et pratiques cruelles

    La captivité et la maltraitance dont les ours ont été victimes ont laissé des marques. Certains sont agressifs envers les humains. Un autre garde une blessure à la tête qui se met à saigner de temps en temps. « Il manque un orteil à la patte avant droite d’Uturi, et les autres ont été fracturés. Petit, un ours adulte l’a attrapé, et il s’est coincé dans une barrière en voulant s’échapper. Mais comme le fermier ne voulait pas dépenser d’argent en soins, il n’a rien fait », se désole Kang Jiyoon.

    Le Project Moon Bear, la Korea Animal Rights Advocates et la Korean Animals Welfare Association (Kawa) se sont battus pendant des années pour les sauver des pratiques cruelles d’exploitation : « En 2020, j’ai personnellement assisté à l’abattage d’un ours d’élevage. L’éleveur, qui n’avait pas de licence vétérinaire, lui a injecté un relaxant musculaire. Cela provoque un arrêt cardiaque. Une fois que l’ours a cessé de bouger, il lui a tranché la gorge alors qu’il était encore en vie », témoigne, au bord des larmes, Chae Iltaek, directeur du bureau des affaires stratégiques de la Kawa, depuis son bureau à Séoul.

    Les soigneuses surveillent en temps réel les ours-lune. © Olorin Maquindus / Reporterre

    « Les experts affirment que, comme le produit ne fait que paralyser les muscles, l’animal peut encore ressentir de la douleur pendant l’agonie. Non seulement il s’agit d’une méthode d’abattage inhumaine, mais les autres ours sont contraints d’assister au massacre de leurs congénères. Or, cela constitue une violation de la loi en vigueur sur la protection des animaux. Pire encore, on prélève la bile des ours vivants, et jusqu’à très récemment, certaines personnes continuaient à le faire malgré l’illégalité de la pratique. »

    Taegyu Choi, responsable du projet Moon Bear du sanctuaire de Hwacheon. © Olorin Maquindus / Reporterre

    Les acheteurs font sécher la bile, et la font bouillir. D’après Chae Iltaek, dans le passé, certaines personnes consommaient même directement le foie cru. Selon la Kawa, le prix d’un foie d’ours peut atteindre 18 000 euros.

    250 ours toujours captifs

    Accroupie au milieu des plantes devant une charmante maison à quelques pas des cages d’ours, Kim Haesu [*], 65 ans, jardine. Elle se déplace lentement, et accepte d’accueillir Reporterre pour parler du passé de son mari, et de son beau-père, tous deux éleveurs d’ours. Le dernier a commencé la traite d’ours dans les années 1980, et comme le profit se fait sur le long terme, la famille a dû prendre en charge cet héritage. Mais en 2021, l’époux de Haesu est tombé malade. Le couple s’est alors tourné vers Choi Taegyu, qui visitait régulièrement la ferme pour enquêter sur les conditions de vie des ours.

    Depuis, l’équipe du Project Moon Bear loue leur terrain et prend soin des mammifères — une partie était déjà sur place, une autre a été achetée à d’autres éleveurs. Reconnaissante, et très émue, Kim Haesu assure : « Je suis terriblement désolée pour ces ours. Je plains ceux qui ne peuvent toujours pas être relâchés. Chacun d’entre eux est une âme, un être vivant. Je pense que le gouvernement et tous les fermiers devraient se sentir désolés. »

    Dans le pays, il reste 250 ours en captivité dans 16 fermes, d’après Project Moon Bear. Deux sanctuaires publics sont en construction, mais selon les ONG, ils ne pourront en accueillir au total que 120. Quatre associations, dont Project Moon Bear, ont réussi à acheter douze bêtes à des éleveurs : une victoire car la plupart d’entre eux réclament le double que ce que peuvent débourser les ONG.

    Il reste 250 ours dans des fermes en Corée du Sud (contre 1 400 lorsque l’industrie était à son apogée). © Olorin Maquindus / Reporterre

    « Il y a un risque que les fermiers abattent leur ours avant la fin de l’année, pour vendre, légalement, leur foie, confirme Choi Taegyu, l’air soucieux. C’est d’ailleurs ce que certains menacent ouvertement de faire, pour nous pousser à acheter leurs animaux au prix réclamé. »

    Si certains militants souhaitent et espèrent encore que le gouvernement prenne en charge l’achat des ours aux fermiers, d’autres n’attendent rien des autorités.

    Sollicité, le ministère de l’Environnement argue que « l’acquisition [des ours] par l’État est difficile ». Quant à ceux qui ne pourront être transférés dans les deux sanctuaires publics en construction, « ils seront pris en charge dans [de] nouvelles structures privées. À partir de 2026, des programmes de soutien seront mis en œuvre afin de créer [...] des zoos ou des refuges. » Encore faut-il que les ours ne soient pas abattus avant le 1er janvier...

     

    Notes

    [*Le prénom a été modifié.

     

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    Source :  https://reporterre.net/Exploites-pour-leur-bile-les-ours-lune-de-Coree-du-Sud-sont-desormais-proteges?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

    mardi 19 août 2025

    Méga-barrage au Tibet : un rêve de grandeur pour la Chine, un cauchemar pour l’Inde et le Bangladesh

    Méga-barrage au Tibet : 

    un rêve de grandeur 

    pour la Chine, 

    un cauchemar pour l’Inde 

    et le Bangladesh


    La Chine a annoncé le week-end dernier le début des travaux de construction d'un barrage géant sur le fleuve Yarlung Tsangpo, au Tibet. Censé devenir le plus grand du monde, le projet inquiète l’Inde et le Bangladesh qui craignent que la Chine instrumentalise ainsi l’accès à l’eau de ce fleuve, vital pour les deux pays.

    La Chine a déjà construit plusieurs barrages hydrauliques au Tibet, comme celui-ci près de Shannan, et Pékin vient de lancer le chantier du plus grand barrage au monde dans cette région autonome. © Go Nakamura, Reuters

    La Chine a débuté, samedi 19 juillet, son “projet du siècle” au Tibet. C’est avec emphase que Li Qiang, le Premier ministre chinois, a lancé officiellement le gigantesque chantier d’un nouveau barrage hydraulique appelé à devenir le plus grand du monde. Et peut-être aussi le plus controversé… du moins aux yeux d'autres pays de la région comme l’Inde ou le Bangladesh.

    Situé sur le fleuve Yarlung Tsangpo - le plus long du plateau tibétain qui, une fois sorti du territoire chinois, traverse l'Inde et le Bangladesh (où il change de nom) -, ce projet prévoit la création de cinq centrales hydrauliques en cascade et d’un gigantesque barrage dans la région du Medog dont la construction devrait être achevé d'ici environ 10 ans.


    Barrage le plus grand et le plus cher du monde

    Le tout devrait faire pâlir de jalousie le barrage des Trois Gorges, sur le fleuve Yangtsé, actuellement le plus grand du monde. Le nouveau mastodonte hydraulique chinois doit à terme générer 300 milliards de kilowatts/heure par an soit environ trois fois plus que celui des Trois Gorges. C’est autant que la totalité de l’électricité fournie par le parc nucléaire français en 2023.

    Ce nouveau complexe hydraulique devrait coûter au moins 155 milliards d’euros, ce qui en ferait également le projet de barrage le plus cher de toute l’histoire.

    Cette folie des grandeurs est dans les cartons depuis 2020 et le gouvernement chinois en a validé définitivement le principe en décembre 2024. Le méga-barrage s’inscrit officiellement dans la transition énergétique. “La Chine essaie de sortir de sa dépendance au charbon depuis au moins trois décennies. Pékin tient vraiment à apparaître comme ce champion de l’énergie verte, et ce barrage est un élément très important aux yeux des autorités pour y arriver”, explique Marc Lanteigne, sinologue à l'université arctique de Norvège.

    Parmi toutes les énergies renouvelables, Pékin a beaucoup misé sur l’hydraulique. Les chiffres officiels ont de quoi donner le vertige : la Chine affirme avoir construit 94 000 barrages.

    Problème : il n’y a plus beaucoup de place en Chine continentale pour en construire de nouveaux. En revanche, plus à l'ouest, “le Tibet, qui a toujours intéressé la Chine pour ses ressources naturelles, offre de vastes possibilités pour ajouter des barrages”, explique Marc Lanteigne. Seul 1 % des ressources hydrauliques de cette région autonome a été exploitée, estime Think China, un site de Singapour spécialisé dans le décryptage de l’actualité chinoise.

    “Pour Pékin, c’est l’équivalent de la muraille de Chine au XXIe siècle”

    Si Pékin veut davantage de barrages, ce n’est pas seulement pour l’énergie. C’est aussi une histoire d’eau. “Cela leur permet de faire d’une pierre deux coups : ils accumulent de l’énergie pour accompagner leur croissance économique et les barrages leur donnent accès à de l’eau, dont la Chine peut manquer surtout dans les régions de l’est qui sont naturellement plus arides”, affirme Antonina Luszczykiewicz-Mendis, spécialiste des relations sino-indiennes associée à l’université d’Oxford.

    Transformer le Tibet en haut lieu de l’énergie hydraulique “participe aussi à la stratégie poursuivie par la Chine depuis les années 1990 visant à mieux connecter l’ouest de la Chine au reste du pays afin de mieux intégrer ces territoires et neutraliser les tendances séparatistes, comme au Tibet [annexé de facto par la Chine en 1950]”, estime Marc Lanteigne.

    Une sinisation à marche forcée et à coup de grands chantiers. “Davantage de Han [l’ethnie majoritaire en Chine, NLDR] vont venir, des entreprises vont s’installer pour profiter de l’activité économique. C’est une manière pour Pékin d’accroître sa main mise sur cette région politiquement et économiquement”, note Antonina Luszczykiewicz-Mendis.

    Pour Xi Jinping “c’est aussi un moyen de laisser sa trace comme leader nationaliste, à l’instar de Mao, avec une grande construction”, estime Ashok Swain, spécialiste des questions de conflits et de paix à l’université d’Uppsala et titulaire de la Chaire Unesco sur la coopération internationale dans le domaine de l'eau.

    Difficile, en effet, d’ignorer la dimension symbolique et politique de ce chantier XXL. “Lorsque Li Qiang évoque le ‘projet du siècle’, c’est aussi pour faire de ce barrage la ‘muraille de Chine du XXIe siècle’ ou encore une prouesse équivalente à l’exploration de la face cachée de la Lune”, affirme Antonina Luszczykiewicz-Mendis. Pour elle, la construction de ce barrage “équivaut pour la Chine à dire qu’elle est une superpuissance technologique”.

    Séisme naturel et géopolitique

    Mais c’est aussi un pari très risqué pour Pékin. D’abord parce que le site de ce futur complexe hydraulique se situe dans une zone très sismique, ce qui fait de ce chantier “l’un des plus dangereux du monde”, affirme le site Engineering News-Record.

    Ensuite, parce que ces gigantesques structures engendrent toujours des déplacements de populations et du mécontentement. “Le barrage des Trois Gorges avait peut-être créé un million d’emplois, mais il avait aussi faire perdre à un million de Chinois leur maison”, souligne Antonina Luszczykiewicz-Mendis. Il y a moins de monde dans cette région du Tibet, “mais il existe des sites religieux qui risquent d’être détruits, ce qui aggraverait les tensions avec la population locale”, précise Marc Lanteigne.

    Surtout, l’Inde et le Bangladesh voient ce projet d’un très mauvais œil. “En Inde, tout le monde est convaincu que la Chine instrumentalise toutes ses ressources, que ce soit ses terres rares ou ses prêts financiers. Alors les Indiens redoutent que les Chinois se servent de ce barrage sur le fleuve au Tibet comme d’une arme”, souligne Harsh V Pant, spécialiste de la politique étrangère indienne et vice-président à l’Observer Research Foundation, un cercle de réflexion à New Delhi.

    Le fleuve Yarlung Tsangpo, qui devient le Brahmapoutre en Inde et le Jamuna au Bangladesh, est vital pour ces deux pays, car “il sert à l’irrigation et l’agriculture et c’est une source directe d’eau pour une partie de la population dans ces deux pays”, souligne Ashok Swain.

    La crainte est que la Chine décide de se servir de ce barrage comme d’un robinet pour réduire le flot du fleuve ou au contraire en augmenter subitement le débit… ce qui serait particulièrement dommageable en période de crue et de mousson, assurent les experts interrogés par France 24.

    Pour l’Inde et le Bangladesh, ce barrage deviendrait une épée de Damoclès. “C’est une bombe à retardement”, a averti Pema Khandu, le chef du gouvernement régional de l’État du nord-est de l’Inde de l’Arunachal Pradesh par lequel passe le Brahmapoutre. Dans un contexte de relations déjà difficiles entre les deux puissances asiatiques, “ce barrage pourrait devenir une arme très dangereuse contre l’Inde en cas d’escalade des tensions”, résume Ashok Swain.

    Washington ne s'y est d’ailleurs pas trompé. Dans son document sur la “Stratégie des États-Unis pour l’Indo-Pacifique”, l'administration américaine “lorsqu’elle évoque les deux principaux défis continentaux pour le XXIe siècle, il ne parle ni de Taiwan ni du nucléaire nord-coréen mais des tensions à la frontière indo-chinoise et de la question de l’accès à l’eau dans cette région”, souligne Antonina Luszczykiewicz-Mendis.

    Surtout que la Chine peut faire à peu près ce qu’elle veut. “Elle n’a aucun accord de partage des eaux avec un pays de la région”, souligne Harsh V Pant. Pour cet expert, dans ce contexte, l’Inde pourrait avoir intérêt à s’associer avec le Bangladesh afin de faire pression sur la Chine. Ashok Swain estime même que la meilleure parade serait une sorte d’association entre l’Inde, le Bangladesh, le Bhoutan et le Népal pour pousser à une meilleure coopération avec la Chine sur les questions d’accès à l’eau. Ce projet de barrage le plus grand du monde est donc tout sauf un long fleuve tranquille.

     

    Source : https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20250724-mega-barrage-au-tibet-hydraulie-energie-chine-trois-gorges-menace-inde-bangladesh-medog-record

    mercredi 8 janvier 2025

    Chine : le blogueur Liu Hanbin détenu depuis un mois pour avoir révélé un scandale d’accaparement de terres

    Chine : 

    le blogueur Liu Hanbin 

    détenu depuis un mois 

    pour avoir révélé 

    un scandale 

    d’accaparement de terres


    Reporters sans frontières (RSF) appelle le régime chinois à libérer immédiatement Liu Hanbin, un blogueur détenu depuis un mois après qu’il a publié des informations sur une mobilisation de paysans contre une confiscation de terres. Il est le 125e journaliste détenu par Pékin.

    Ce 27 décembre 2024, cela fait déjà un mois que le blogueur chinois Liu Hanbin, également connu sous le nom de plume de Wen Yi Fan, est en détention. Il a été arrêté par la police de Hohhot, une ville de Mongolie-intérieure, région du nord de la Chine, et est actuellement détenu au centre de détention n°1 de cette ville.

    Le blogueur de 52 ans est accusé d’avoir “provoqué des querelles et des troubles”, un crime passible d'une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison, après avoir publié une vidéo sur le réseau social chinois WeChat dans laquelle il évoquait les manifestations d'agriculteurs contre la confiscation de leur terres par des fonctionnaires locaux. Le 6 décembre, la police a rejeté sa demande de libération sous caution estimant que l’affaire était “importante et complexe”. Le blogueur s'est également vu refuser l'accès à son avocat.

    “Liu Hanbin a agi dans l’intérêt public en mettant en lumière des faits d'accaparement de terres. Sa détention est injustifiable, et l’empêcher de communiquer avec son avocat est d’autant plus inacceptable. Nous appelons la communauté internationale à exercer une pression accrue sur les autorités chinoises pour obtenir sa libération et celle des 124 autres journalistes et défenseurs de la liberté de la presse emprisonnés dans le pays.

    Cédric Alviani
    Directeur du bureau Asie-Pacifique de RSF

    Liu Hanbin est un blogueur populaire en Mongolie-intérieure pour ses reportages sur l’actualité régionale qu'il partage sur son compte WeChat. Ses vidéos récentes portent notamment sur l'extraction illégale de sable ou des cas d’abus commis par les autorités locales, à l’image d’un cas récent de violences policières contre un adolescent.

    En Chine, les journalistes indépendants ou les lanceurs d’alerte qui s’attaquent à des sujets sensibles s’exposent régulièrement à des accusations de “provocation de querelles et de troubles”. La journaliste Zhang Zhan, condamnée en 2020 à quatre ans de prison pour avoir couvert l’épidémie de Covid-19, en est un exemple emblématique. Libérée en mai 2024, elle est aujourd’hui de nouveau détenue sous le même chef d’accusation, cette fois-ci après avoir diffusé sur les médias sociaux des informations sur le harcèlement d'activistes en Chine.

    Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, Xi Jinping a restauré une culture médiatique digne de l'ère maoïste, où chercher ou transmettre librement l’information est devenu un crime. Le rapport Le grand bond en arrière du journalisme en Chine publié en décembre 2021, RSF révélait déjà les efforts du régime pour contrôler l’information et les médias tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. 

    Classée 172e sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2024 établi par RSF, la Chine est la plus grande prison au monde pour les journalistes et les défenseurs de la liberté de la presse, avec au moins 125 d’entre eux actuellement emprisonnés.

    jeudi 26 décembre 2024

    "C'est une catastrophe humaine qui nous attend" : des ONG alertent sur le vertigineux projet de construction de barrages par la Chine au Tibet.

     

    "C'est une catastrophe humaine 

    qui nous attend" : 

    des ONG alertent 

    sur le vertigineux projet 

    de construction de barrages 

    par la Chine au Tibet 


    Plusieurs associations dénoncent notamment l'impact environnemental de ce projet, qui permettrait selon elles à Pékin de s'approprier les ressources naturelles du Tibet.

     
    Article rédigé par Nathanaël Charbonnier
    Radio France
    Publié

     

    Le chantier chinois du barrage hydroélectrique de Yanggu, sur le plateau tibétain, le 14 décembre 2023. (STRINGER / CNSPHOTO)

     Le rapport qui est rendu public jeudi 5 décembre, sur l’impact catastrophique des travaux gigantesques de la Chine au Tibet, a demandé quatre ans de travail à l'ONG International Campaign for Tibet (ICT), soutenue notamment par l’acteur américain Richard Gere. Il en ressort que la Chine s’est lancée dans la construction d'au moins 193 barrages au Tibet, avec les conséquences que l’on peut imaginer en matière d’environnement, de culture et de droits de l'homme.

    Une fois achevées, ces infrastructures permettront à Pékin de s'approprier les ressources en eau de toute l'Asie du Sud-Est. Pour la première fois, un seul pays, la Chine, pourrait affecter les réserves naturelles de près de deux milliards de personnes et s'approprier les matières premières de l'ensemble du Tibet, renchérit Vincent Metten, membre d'ICT. "Il y a une frénésie et un accaparement des ressources naturelles du Tibet, que ce soit les ressources minières, il y a du lithium, de l'uranium, du cuivre, du cobalt, et maintenant, il y a évidemment l'eau", déplore-t-il.

    "C'est une surexploitation sans limites des ressources naturelles du Tibet à des fins surtout commerciales et mercantiles."

    Vincent Metten, membre de la Campagne internationale pour le Tibet

    Certains des 193 barrages recensés sont ou seront des monstres, explique la chercheuse tibétaine Dechen Palmo, qui travaille sur le sujet depuis quatre ans. "Un des barrages va être trois fois plus grand que le plus grand barrage connu au monde, observe-t-elle. Et il sera en service dans les cinq ans à venir. C'est inimaginable ce qu'il se passe au Tibet et personne n'y prête attention, parce que la Chine cache ces informations. Cela nous a demandé beaucoup de travail pour découvrir ces 193 barrages."

    Des conséquences sur les pays limitrophes

    Une fois en service, les barrages produiront 270 gigawatts d'énergie : c'est autant que la production allemande. Sauf qu'au Tibet, il n'y a pas 80 millions d'habitants, mais seulement six millions. Cela aura surtout une incidence considérable pour les pays limitrophes qui dépendent de cette eau tibétaine, alerte la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, du groupe France-Tibet. "C'est l'enjeu de ce plateau pour les pays limitrophes et l'eau. Ils vont devenir quoi, les pays en dessous ? s'étrangle cette élue. Si on ne travaille pas sur un partage de l'eau, c'est une catastrophe humaine qui nous attend. C'est pour ça que je voulais faire ce colloque, pour montrer au monde que le plateau tibétain concerne les Tibétains, mais il y a aussi l'avenir du monde à travers ce plateau." 

    On estime à 750 000 le nombre de personnes qui seront déplacées ou expulsées au Tibet à cause de ces barrages.

     

     

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    Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/c-est-une-catastrophe-humaine-qui-nous-attend-des-ong-alertent-sur-le-vertigineux-projet-de-construction-de-barrages-par-la-chine-au-tibet_6938084.html#xtor=CS2-765-%5Bshare%5D-

    mercredi 18 décembre 2024

    200 km pour retrouver sa belle.

    Lu dans l'infolettre de Reporterre


    200 km pour retrouver sa belle


    (Illustration hors article)

     

    Dans une étude publiée dans la revue Wildlife Management fin novembre et repérée par le New York Times, des scientifiques racontent comment un tigre de Sibérie a parcouru 200 km pour retrouver une tigresse. 

    Les deux individus avaient été recueillis bébés dans la région de Sikhote-Aline, à l'extrême est de la Russie, près de la frontière avec la Chine, puis élevés ensemble pendant un an et demi. 

    Ils avaient ensuite été relâchés à 190 km l’un de l’autre, pour favoriser la répartition de l'espèce. 

    Plus d'un an plus tard, le mâle, dénommé Boris, a rejoint Sveltaya et celle-ci a donné naissance à sa première portée, six mois plus tard. 

    Une bonne nouvelle pour l'espèce qui compte autour de 600 tigres de Sibérie en Russie.

    lundi 11 décembre 2023

    COP28 : pourquoi le Bhoutan redoute « un tsunami dans le ciel »

    COP28 : 

    pourquoi le Bhoutan redoute 

    « un tsunami dans le ciel »

     

    Niché entre 1 500 et 3 000 mètres d’altitude à l’est de la chaîne montagneuse de l’Himalaya, le Bouthan est une enclave aux paysages extrêmement variés, entre forêts, vallées vertes et plusieurs centaines de glaciers. Karma Toeb est glaciologiste, chef du département de la cryosphère au Centre national d’hydrologie et de météorologie. Il travaille depuis vingt ans à réduire les risques de ruptures des lacs glaciaires. Nous l'avons rencontré au pavillon de son pays, à l'Expo city de Dubaï.

    Publié le :

     

    Karma Toeb, glaciologiste bhoutanais, au pavillon de son pays à la COP28. © Géraud Bosman-Delzons/RFI

     

    Par : Géraud Bosman-Delzons 

     

    De notre envoyé spécial à Dubaï, 

    Le Bhoutan a été le premier pays dit négatif en carbone au monde. Qu’est-ce que cela veut dire ?

    Plus de 60% de la superficie du Bhoutan est couverte de forêts. Celles-ci absorbent et séquestrent le carbone de l’atmosphère. Leur capacité de séquestration est supérieure à ce que nous émettons en gaz à effets de serre. Et le couvert forestier continue de s’étendre car notre Constitution impose ce minimum de 60% de notre territoire.

    Nous sommes fiers car seulement il n’y a que le Suriname qui a achevé sa neutralité carbone, et le Bhoutan est le premier à avoir un bilan négatif, comme nous l’avions annoncé à la COP15 [en 2009]. On espère maintenant que les grands pays vont nous suivre.

    Quelle est la situation climatique au Bhoutan, notamment celle des glaciers ?

    Il y a environ 700 glaciers au Bhoutan. Tous sont en voie de récession. Ils perdent énormément de masse chaque année : 16 mètres par an pour les plus petits, et 30 à 35 mètres pour les vrais gros glaciers.

    Cette glace qui fond fait monter le niveau des lacs glaciaires, qui grossissent de plus en plus. Il y a 517 lacs de ce type au Bhoutan. Dix-sept sont classés comme potentiellement dangereux, et quatre ou cinq sont critiques. Ce sont des énormes lacs d’une profondeur supérieure à 100 mètres, retenue par des moraines [barrages naturels]. Nous craignons la rupture de ces moraines qui engendrerait un Glof (pour Glacier Lake Outburst Floods), une « vidange brutale d’un lac glaciaire », ce que nous appelons un « tsunami du ciel », avec d’énormes inondations. Nous surveillons particulièrement les lacs Thorthomi et Raphstreng, à Lunana, au nord du Bhoutan. Ils ne sont séparés que d’une fine moraine qui contient des noyaux de glace. Le lac Thorthomi se situe au-dessus du Raphstreng.

    Quelles seraient les conséquences d’une telle explosion ?

    D’abord, nous sommes sûrs que cela arrivera, mais nous ne savons pas quand. Les glaciers s’agrandissent et la pression hydrostatique contre la moraine augmente. Les études menées dans les années 80 et 90 prévoyaient que cela pourrait arriver à partir de 2010.

    Si cette moraine venait à casser, 53 millions de mètres cubes se déverseraient dans la vallée. Environ 1 000 personnes pourraient être sur le passage où 70% des villages se situent, car ce sont les seuls endroits fertiles pour cultiver. Les communautés les plus proches du lac ne sont qu’à 3 ou 4 km, donc elles n’auraient peut-être que 15 minutes à peine pour fuir et 5 à 6h pour celles situées à 100 km en contrebas. C’est un problème pris très au sérieux au Bhoutan.

     

    Le lac Raphstreng, à Lunana, est situé en contrebas du Thorthomi (à droite, en dehors de la photo). Une rupture de la fine moraine entre les deux serait une catastophe, alerte Karma Toeb. © Flickr

     

    Quelles sont les solutions envisagées ?

    Il y a eu un projet pour baisser le niveau de cinq mètres. Cela a duré cinq ans, de 2009 à 2012. Près de 17 millions de mètres cubes d’eau ont été évacuées artificiellement. C’était assez risqué, car dans cette zone, le relief est composé de glace, donc aucune tractopelle, aucune machine n’a été utilisée. On a mobilisé 300 personnes pour creuser un canal d’évacuation naturel. Nous sommes maintenant en 2023, ces lacs n’ont pas cédé. C’est peut-être grâce à nos travaux d’adaptation.

    Un autre outil, c’est la cartographie des risques de Glof établie pour les pouvoir locaux et régionaux. Enfin, nous développons des systèmes d’alerte précoce. Si quelque chose d’anormal se passe là-haut, les capteurs nous transmettrons les informations et nous pourrons avertir les populations dans la vallée d’évacuer.

    Comment avez-vous travaillé pour comprendre cela ?

    C’est essentiellement du travail de recueil de données sur le terrain, sur les glaciers Thana, Gangju La et Shodug. On fait des mesures de bilan de masse pour évaluer l’épaisseur de glace perdue ou gagnée par an. On regarde aussi de combien de mètres le front du glacier recule, à quelle vitesse. Idem pour les lacs : on mesure leur élargissement, leur profondeur et l’état des moraines.

     

    Comprendre les mesures de glaciers : Martial Bouvier, de La Poste à la surveillance d’un glacier

     

    Et puis les Bhoutanais sont dépendants de ces glaciers pour s’approvisionner en eau douce...

    Oui, et pas seulement pour boire et se laver, mais pour l’agriculture, l’électricité…

    Quel regard portez-vous sur ces négociations ? Trouvez-vous que les États ont pris la mesure de l’urgence ?

    C’est la première fois qu’un bilan mondial est réalisé. Le problème des montagnes sera mentionné dans la déclaration sur le Bilan mondial. Ce sera un document très important pour nous. Nous travaillons aussi à obtenir la mention de la nécessité d’un dialogue international sur les montagnes.

    Si vos priorités ne se retrouvent pas dans ce texte, les impacts du changement climatique dans votre environnement ne seront pas pris en compte au niveau international. C’est donc indispensable pour sécuriser notre protection et notre adaptation, pour laquelle nous sommes particulièrement inquiets.

    Je crois que les États ont pris la mesure de l’urgence. Ils négocient nuit et jour pour trouver un compromis et ils sont 200. La première étape, c’est l’accord sur le papier. Mais c’est vrai que les gens attendent de voir des actions concrètent mise en œuvre.

     

    Source : https://www.rfi.fr/fr/environnement/20231209-cop28-pourquoi-le-bhoutan-redoute-un-tsunami-dans-le-ciel?fbclid=IwAR2Rc_AdHVJ8DbP7jp1h3WW6u3TxlCPQ4tdd1bxZ8ehp_dLTAysAfWj4hII

    dimanche 13 août 2023

    Le charbon, champion du monde de l’énergie et du mensonge

     


    Le charbon, 

    champion du monde 

    de l’énergie 

    et du mensonge

    Le charbon habite le si vaste pays du mensonge. Officiellement, on rasera gratis demain, car on aura éliminé le charbon – gros émetteur de gaz à effet de serre -, par des énergies dites renouvelables. Mais c’est pipeau. En 2022, la puissance installée de toutes les centrales à charbon de la planète a augmenté de 19,5 GW. Elle aurait dû baisser, puisque des centrales à charbon ont été arrêtées – pour un total de 26 GW -, mais dans le même temps, de nombreuses installations ont été ouvertes, pour une puissance installée de 45,5 GW. 59% des centrales nouvelles se trouvent en Chine (1).

    La Chine, qui prétend tout ce que les niais – et les corrompus – veulent croire, est une spécialiste de la désinformation, qui a très grossièrement truandé ses chiffres publics. On apprenait ainsi, le 4 novembre 2015, que la consommation de charbon était supérieure de 17% depuis des années à ce qui était annoncé. Pour la seule année 2012, 600 millions de tonnes avaient été dissimulées. Seules les dictatures accomplies sont capables de tels exploits.

    L’Inde, au-delà de grandes différences, est sur une pente comparable. Sa production a augmenté de 6,3% en 2021 – 805 millions de tonnes -, et même de 11% en 2022, correspondant à 893 millions de tonnes. On devrait atteindre dans deux ans le milliard. Mais ça ne suffit pas, tant la demande est grande. En 2022, la consommation a été de 1,027 milliard de tonnes, obligeant le pays à importer massivement cette arme de destruction massive du climat. Dans ces conditions, qu’attendre ? En 2022, selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation mondiale a encore augmenté de 1,2%, dépassant les huit milliards de tonnes.

    Malgré les falbalas des tentures officielles et des Sommets de la Terre, le charbon reste, et de loin, le plus grand producteur d’électricité dans le monde. Ne pas oublier que l’électricité n’est pas un minerai ou un puits dans lequel plonger son tuyau. Pour en obtenir, il faut d’abord cramer une énergie dite primaire. Dont le gaz, le pétrole, l’hydro-électricité, l’uranium, etc. Mais le charbon, en 2022, est le champion incontesté, avec 35,9 % du total.

    C’est un peu fâcheux, car selon Global Energy Monitor, un Observatoire américain, « le rythme mondial des arrêts de centrales devrait être quatre fois et demi plus rapide, afin de mettre le monde sur la bonne voie pour éliminer le recours au charbon dans le secteur électrique d’ici 2040, comme requis pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat ».

    Il est assez douteux que cela s’arrange, car la situation fait penser aux fameuses boucles de rétroaction climatiques. On explique par un exemple : le dérèglement climatique a tendance à faire fondre le permafrost, ce sol gelé des immensités arctiques et sibériennes. Le permafrost relâche ainsi des gaz à effet de serre, dont le terrible méthane. Ce qui augmente le dérèglement global, qui accélère la fonte du permafrost, qui etc. Cette rétroaction dite « positive » – eh oui – est un emballement.

    Or on le sait, la crise climatique provoque des phénomènes extrêmes, dont des sécheresses sans précédent. Comme en Chine l’été passé, où l’hydro-électricité – le tiers de la production mondiale -, s’est effondrée, obligeant à massivement augmenter la consommation de charbon. À une échelle moindre, l’Europe a fait pareil à cause de la guerre en Ukraine et des craintes sur l’approvisionnement en gaz.

    Si on veut passer, malgré tout, un bon moment, on peut écouter (2) l’historien Jean-Baptiste Fressoz nous raconter à quel point la « transition énergétique » est un mythe. C’est lumineux. Il montre que dans l’histoire de l’énergie, on ne fait jamais qu’empiler les offres les unes sur les autres. Ainsi du bois-énergie, qui n’a pas été remplacé par le charbon. Ainsi du charbon, qui n’a pas été remplacé par le pétrole. Ainsi du pétrole ou du gaz, dont la consommation mondiale n’a jamais été aussi forte, malgré le solaire et le vent. Ainsi de ce nucléaire dont nous sommes si fiers, et qui ne change rien à l’augmentation sans fin de supposés besoins énergétiques.

    (1) https://www.connaissancedesenergies.org/centrales-charbon-un-parc-mondial-qui-se-moque-de-lagenda-climatique-230406

    (2) https://www.youtube.com/watch?v=YbebLbnGyoU

     

    Source : http://fabrice-nicolino.com/?p=5692

    mardi 1 août 2023

    Répression au Tibet : « En matière d’information, ce territoire est un véritable trou noir »

     

    Répression au Tibet : 

    « En matière d’information, 

    ce territoire 

    est un véritable trou noir »

     

    Dans un rapport publié le 27 juillet, le think tank RAND Europe documente une augmentation de l’activité des prisons à haute sécurité de la région autonome chinoise à l’aide notamment d’images satellites. Explications de l’une de ses responsables, Ruth Harris.

     

    La prison chinoise de Drapchi, à Lhassa, au Tibet. (Robert van den Berge/Getty Images)

     

    par Samuel Ravier-Regnat 

    publié le 29 juillet 2023

    Envahie par l’armée chinoise dans les années 1950, la région autonome du Tibet est, depuis, le théâtre d’une répression brutale, notamment à l’encontre des tenants de croyances et traditions bouddhistes et de tous ceux qui contestent sa domination. Mais les informations en provenance de ce territoire montagneux et militarisé sont très rares. Dans un rapport publié ce jeudi 27 juillet, le think tank RAND Europe propose une manière de contourner le déficit d’accès au terrain : l’utilisation d’images satellites aériennes et de données sur l’éclairage nocturne pour étudier l’activité des centres de détention et des prisons du Tibet. Explications avec Ruth Harris, directrice défense et sécurité de l’organisation, qui souhaite que le rapport pousse d’autres acteurs à «investir le terrain de l’enquête numérique pour documenter les violations des droits humains» dans la région autonome.

    Pourquoi avoir opté pour une telle méthode ?

    C’est une manière de surmonter les difficultés d’accès à l’information. En matière d’information, la région autonome du Tibet est un véritable trou noir, beaucoup plus que le Xinjiang, par exemple, où la répression contre les Ouïghours est assez fortement documentée. Cela est dû à une forme de désensibilisation à la cause tibétaine, mais aussi au fait que l’accès au territoire est extrêmement limité par les autorités chinoises. C’est particulièrement le cas depuis 2019. Auparavant, l’accès était plus facile et notre rapport repose aussi sur l’analyse d’ONG qui ont pu travailler sur le sujet quand c’était encore possible. Mais pour obtenir des informations nouvelles et fiables, nous avons utilisé cette méthode de mesure de l’éclairage nocturne, déjà testée dans d’autres régions inaccessibles comme le Xinjiang ou la Syrie. C’est une méthode qui existe depuis une dizaine d’années. Bien sûr, elle présente des limites : elle ne permet pas de savoir pourquoi les gens sont détenus, ni dans quelles conditions ils sont incarcérés. Elle donne des indications sur l’intensité de l’éclairage nocturne dans les prisons tibétaines, et par voie de conséquence sur le niveau d’activité de ces sites.

    Quels résultats avez-vous obtenus ?

    Le rapport porte sur l’observation de 79 prisons et centres de détention, soit tous les sites dont nous avions connaissance quand l’accès à l’information était encore possible. Presque tous ont été construits avant 2011 et la plupart sont des centres de détention de faible sécurité. Au niveau global, il semble que la taille et le niveau d’activité des prisons tibétaines sont relativement constants au cours de la dernière décennie. Cependant, si l’on opère une sorte de zoom, on découvre que depuis 2019 l’éclairage nocturne augmente dans ce que nous savons être des établissements de haute sécurité, là où les détenus restent le plus longtemps et où sont incarcérés ceux dont Pékin juge qu’ils sont les plus à même de nuire au régime. Cela révèle une possible évolution vers des incarcérations plus longues des opposants tibétains. Ces conclusions renvoient à celles que nous avions publiées en 2021 concernant la région du Xinjiang, où l’activité des prisons de haute sécurité a également augmenté ces dernières années.

    Que savons-nous de l’utilisation par le régime de ces prisons de haute sécurité au Tibet ? Qui y est incarcéré et pourquoi ?

    Jusqu’au début des années 2000, les personnes poursuivies par les autorités étaient surtout celles qui suivaient les enseignements du dalaï-lama. Dans les années 2000 et notamment après le soulèvement de 2008, le régime chinois a mis en place une politique sécuritaire de prévention dont le but est de contrôler l’ensemble de la population, au-delà des seuls opposants politiques. Il utilise pour ce faire des méthodes de contrôle social telles que la censure ou le placement forcé d’enfants dans des internats pour les éloigner de leurs parents. Notre travail montre que dans le même temps, les formes de répression draconiennes contre les opposants politiques persistent dans les établissements de haute sécurité, dont l’activité augmente. Mais nous savons toujours très peu de choses sur ce qui se passe au Tibet. Notre étude peut apporter une pierre à l’édifice, mais nous espérons que d’autres acteurs, qu’il s’agisse d’Etats ou d’organisations de la société civile, investissent le terrain de l’enquête numérique pour documenter les violations des droits humains dans ce territoire.

     

    Source : https://www.liberation.fr/international/asie-pacifique/repression-au-tibet-en-matiere-dinformation-ce-territoire-est-un-veritable-trou-noir-20230729_GT5WVFR2DVGO7G2FVUPYB3PYWE/?fbclid=IwAR3YWCY0fZE_PGfin30atSOm9psE_Sx5MNHg0kdvhhaX0OhEru5pI2MKd5c