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jeudi 16 avril 2026

3 - "Collectivement on est soulagés" : les anti-5G qui ont incendié des antennes aux Cars en 2021 évitent la prison ferme

"Collectivement on est soulagés"

: les anti-5G qui ont incendié 

des antennes aux Cars 

en 2021 évitent la prison ferme

 
Zacharie Gaborit
S

Environ 25 personnes membres du collectif de soutien dit du "15 juin" ont assisté au délibéré, en présence des deux militants jugés. © Radio France - Zacharie Gaborit


C'est l'épilogue d'un long parcours judiciaire. Les militants anti-5G accusés d'avoir incendié plusieurs antennes aux Cars en 2021, et des camionnettes Enedis en 2020, n'ont finalement été condamnés qu'à deux et trois ans de sursis en correctionnelle.

Ils avaient été jugés il y a quinze jours. Deux militants anti-5G ont été condamnés ce vendredi 3 avril au tribunal judiciaire de Limoges pour l'incendie de véhicules Enedis en 2020, ainsi que de plusieurs antennes aux Cars en 2021. La première a été condamnée à 2 ans avec sursis simple, le second 3 ans aussi avec sursis simple.

"C'est encore moins que ce qu'on pensait"

"On se doutait qu'en général le tribunal va moins loin que les réquisitions du parquet, explique Alain Dobigny, porte-parole du collectif de soutien dit du "15 juin", mais on avait ressenti à l'audience que le mode de défense qu'avaient adopté les prévenus avec leurs avocats, c'est-à-dire les considérer comme des lanceurs d'alerte, et appuyer cela sur des données de scientifiques de spécialistes, ça avait eu une bonne écoute de la part du tribunal, donc on sentait qu'il y aurait moins que ce qu'avait demandé la procureure, mais c'est encore moins que ce qu'on pensait, on pensait qu'il y aurait peut-être quand même une peine légère en ferme, avec bracelet, il n'y a pas. Entièrement sursis simple, c'est parfait."

Une bonne nouvelle "pour la planète et les sociétés humaines"

Au-delà de ce qui est interprété comme une reconnaissance de la dureté d'un contrôle judiciaire de 5 ans, Antoine, autre membre du collectif, se satisfait "qu'un tribunal commence à considérer enfin la gravité qu'il y a derrière tout ce déferlement numérique, cette multiplication de machines, ce déploiement qui se fait sans concertation du public, ça peut sembler une bonne nouvelle, pas seulement pour les prévenus, mais pour la planète et pour les sociétés humaines aussi."

Les dommages et intérêts fixés début septembre prochain

Les deux prévenus ont été relaxés pour les tags lors de l'action à Enedis en 2020. Et la militante est aussi personnellement relaxée dans l'affaire des camions Eurovia incendiés à Limoges en 2015. Ils ont interdiction d'entrer en contact pendant trois ans, et interdiction du port d'arme pendant cinq ans. En revanche l'interdiction de paraître à Limoges n'a pas été retenue. Une audience civile se tiendra le 2 septembre pour décider d'éventuelles réparations financières pour Enedis, Bouygues et Orange, constituées parties civiles.


Source : https://www.francebleu.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-limousin/collectivement-on-est-soulages-les-anti-5g-qui-ont-incendie-des-antennes-aux-cars-en-2021-evitent-la-prison-ferme-1643417 


mardi 14 avril 2026

2 - Procès des inculpé·es du 15 juin 2021 à Limoges

Procès des inculpé·es 

du 15 juin 2021 à Limoges

  


Les 19 et 20 mars 2026 à Limoges, deux personnes étaient convoquées devant la justice, à la suite d’une enquête de plusieurs mois menée « avec les moyens de l’antiterrorisme » et d’un contrôle judiciaire de près de cinq ans, pour répondre d’accusations de « dégradations de biens par des moyens dangereux pour les personnes » et d’« association de malfaiteurs ». Les faits incriminés étaient des sabotages par incendie (véhicules et antennes-relais) réalisés en opposition au déploiement du compteur Linky et de la 5G, en février 2020 et janvier 2021. Les personnes convoquées risquaient 10 ans de prison et des centaines de milliers d’euros d’amendes. Le comité de soutien et les inculpé·es ont fait de ce procès une tribune contre le numérique, qui a réuni plusieurs centaines de personnes.

Préambule : une grande tournée de soutien qui a touché des centaines de personnes

Depuis l’interpellation en 2021, le comité de soutien a évolué de la défense de camarades vers la critique des technologies imposées. Il s’est beaucoup activé ces derniers mois avec une quinzaine d’actions de solidarité dans diverses villes et villages, des Pyrénées Orientales à Amiens et de Bordeaux à Grenoble. Les événements ont pris des formes diverses suivant les capacités des groupes locaux organisateurs. Deux réseaux ont favorisé l’organisation : les groupes critiques des technologies imposées (Écran Total, Stop Micro, Stop 5G…) et les chorales révolutionnaires. En fonction des lieux, des groupes très divers ont pu s’associer à ces soirées : OCL, FA, CNT, Union Étudiante, Amnesty International, comités anti répression, groupes antimilitaristes (CRAAM) ou écologistes de terrain…

La forme de ces évènements a pu aller d’une simple rencontre-débat avec une douzaine de personnes à des événements regroupant plus de 200 personnes. Plusieurs cantines solidaires se sont mobilisées. Des projections de films : Woman at war, If a tree falls et des animations musicales très diversifiées ont rameuté du monde.

Tout cela a permis de faire connaître cette affaire, rassembler des fonds pour aider à financer la défense, informer et échanger sur les technologies imposées ainsi que sur les moyens utilisés pour la répression. Cela a remonté le moral des accusé·es et favorisé la mobilisation du 18 au 21 mars.

Mobilisation pendant le procès

Environ 200 personnes ont participé à ces journées. La salle d’audience, de capacité limitée, n’a pas permis que toutes assistent à un moment du procès. Les places debout étaient préemptées par les forces de police, en effectifs croissants la seconde journée. L’organisation locale a permis l’hébergement des personnes venues de loin, la tenue d’un rassemblement avec banderoles et petits stands en face de la cité judiciaire, l’accueil de rencontres et de discussions en trois lieux. Le regroupement de deux cantines solidaires a permis de restaurer tout le monde.

Plusieurs temps forts ont eu lieu en parallèle du procès : rencontres avec les membres du comité de soutien et des chercheurs critiques dès le 18 au soir ; conférence-débat de Jean-Michel Hupé (organisée par le cercle Gramsci sous le titre : « Greenblacklash, quand reculs écologiques et démocratiques vont de pair ») le 19 au soir ; temps d’information à chaque étape du procès ; échanges le 20 au soir sur les attentes à l’issue du procès ; rencontre le samedi sur les perspectives des luttes contre le numérique.

Ouverture du procès 

Après une première présentation à la barre des personnes poursuivies (Anne et Fernando), la présidente du tribunal a rappelé les faits à partir de l’enquête policière et judiciaire. Un rappel effectué de façon correcte, notant les éléments menant aux accusé·es, mais relevant aussi les impasses de certaines pistes : ADN ou traces de semelles inconnus...

La présidente a lu l’intégralité du communiqué de revendication de l’incendie d’antennes (que l’on peut encore retrouver sur le site Internet la Bogue : https://labogue.info/spip.php?article908). À propos des enregistrements de conversations téléphoniques, les avocats soulignaient qu’ils n’ont pas obtenu d’avoir accès à l’ensemble des enregistrements. La juge précisait que les enquêteurs ont relevé quelques bribes de conversation pouvant paraître suspectes, mais que cela n’était pas très probant et ne constituait qu’une très petite partie des enregistrements. L’avocate d’Anne a souligné qu’une conversation citée n’avait rien à voir avec l’affaire. La juge a acquiescé. Les avocats ont fait d’autres remarques du même ordre, dont la juge a convenu. Elle a également souligné que l’expertise graphologique demandée pour l’écriture des tags n’avait rien donné : ils ne peuvent être attribués aux prévenus. Anne serait mise en cause pour une affaire plus ancienne d’incendie de véhicules de chantiers en 2015-2016. Un non-lieu avait été prononcé en décembre 2019, faute d’identification des responsables, mais son ADN, prélevé à l’occasion des arrestations du 15 juin, semblait similaire à une trace retrouvée sur les lieux. Sur interrogation de la présidente, Fernando a maintenu qu’il n’avait pas commis les faits mais soutenait les lanceurs d’alerte qui font ce type d’action. Anne maintenait ses aveux extorqués en GAV mais annonçait ne parler désormais que de ce qui la concerne.

Les témoins

Les avocats de la défense, Chloé Chalot et Henri Braun, ont proposé huit témoins de qualité pour parler du contexte de l’affaire. 

Victor Cachard, auteur d’une Histoire du sabotage en deux volumes (éditions Libre), a expliqué comment le sabotage était apparu historiquement comme remède à l’action violente contre les personnes et essayant d’être plus efficace que les « bras croisés ». Le sabotage est une pratique pivot entre violence et non-violence. Cette pratique a été utilisée dans le cadre des luttes syndicales à partir de la fin du XIXe siècle. Les avocat·es (Enedis, Bouygues et Orange) des parties civiles se sont élevé·es contre cette présentation, assimilant les destructions matérielles à de la violence.

Célia Izoard, philosophe et journaliste, est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le numérique (dont le dernier s’intitule La ruée minière au XXIe siècle) et traductrice de la dernière version de 1984 de Georges Orwell. Elle a dénoncé dans son intervention les effets nocifs pour la planète du déploiement de la 5G, l’exploitation minière avec les crimes et les guerres qu’elle entraîne, le gaspillage de la mise en place des Linky, et les mensonges sur l’obligation de pose du compteur.

Jean-Michel Hupé, chercheur en neurosciences durant 25 ans, s’est tourné ensuite vers la sociologie et a cofondé l’Atelier d’écologie politique de Toulouse (ATECOPOL). Il a rappelé tous les effets nocifs de l’IA, de la 5G et des ondes. Il soutient la nécessité de la désobéissance civile, voire du sabotage. La présidente et la procureure se sont posé des questions sur la possibilité d’invoquer « l’état de nécessité » pour justifier les actions de sabotage. Son intervention a été très attaquée par les avocats d’Enedis et de Bouygues.

Nicolas Bérard, journaliste à L’Âge de faire et auteur d’ouvrages sur le Linky, la 5G et le numérique, a expliqué les effets délétères de ces objets numériques sur le sommeil, la sédentarité, l’isolement, la santé mentale des jeunes. La présidente confirmait avoir suivi avec attention une émission sur la santé mentale des jeunes filles. Nicolas Bérard a regretté l’absence de prise en compte des mobilisations citoyennes.

Karima Mersad, enseignante chercheuse à Paris I en neurobiologie et en psychologie cognitive, a témoigné de la façon dont elle s’est rendue compte de l’apparition de symptômes perturbants pour elle (maux de tête, troubles du sommeil…). Elle a expliqué comment, de façon scientifique, elle avait étudié son environnement et progressivement compris qu’elle était victime des ondes électro-magnétiques. Elle a témoigné des difficultés vécues par les personnes électro-hypersensibles.

Matthieu Amiech, éditeur (éditions la Lenteur), auteur (Peut-on s’opposer à l’informatisation de nos vies ?) et contributeur régulier à la revue en ligne Terrestres : il a cité Fairtiq, une application proposée en région Occitanie qui est la seule manière d’avoir accès aux réductions sur les transports, mais exige l’utilisation d’un smartphone et de la géolocalisation. Il précisait que l’enregistrement de la plupart des trajets des citoyens était une des critiques faites au régime soviétique, alors que lorsque c’est Carole Delga (présidente de la région Occitanie) qui la met en place, il n’y pas de souci... Puis il citait le « portefeuille d’identité numérique » qui est une promesse de réunir toutes les cartes dans la même application… permettant de fait la privation de droits de manière automatique, donc le délitement complet des libertés civiles. Il donnait enfin des exemples de privations de droits sur la base de communications numériques, de messages, de relevés par des objets connectés.

Sandrine Larizza, salariée de France Travail au sein des services d’indemnisation des demandeurs d’emploi, a témoigné de la déshumanisation des relations avec les usagers en raison de la numérisation des services et du développement de l’IA. Elle a rappelé que selon le Défenseur des droits, une personne sur deux est en difficulté par rapport à l’accès aux services numériques.

Romain Couillet est un professeur des universités, spécialiste reconnu internationalement de mathématiques appliquées dans le traitement numérique des télécommunications. Depuis 10 ans, il a pris conscience de la nocivité du développement du numérique pour les humains et la planète. Il a choisi d’arrêter ses recherches pour se consacrer aux réflexions sur les différents niveaux de refus du numérique. Il milite aussi à Stop Micro à Grenoble. Romain Couillet assimile les industriels et les chercheurs qui justifient le développement de l’IA à ceux qui niaient les dangers du tabac ou de l’amiante. Il se situe dans la filiation d’Alexander Grothendieck qui a cessé ses travaux en raison de leur usage militaire.

Romain Couillet terminera son propos, la voix tremblante d’émotion, par l’évocation des résistant·es d’hier traité·es de terroristes qui sont aujourd’hui au Panthéon, et fera le parallèle avec ces lanceurs d’alertes jugés pour avoir essayé d’empêcher la course folle vers la destruction générale, en espérant qu’il y aura un avenir pour que dans 50 ans on puisse les réhabiliter pour ce qu’ils sont : des héros !

Émotion dans tout le tribunal, quelques mouchoirs sortent des poches. La présidente semblera ébranlée. La procureure, de son côté, se fendra d’un rappel à l’ordre à son encontre : nous sommes dans l’enceinte d’un tribunal, et les propos de ce dernier témoin, assimilables à la justification et la promotion du sabotage, sont passibles de poursuites.
Le tribunal était très attentif lors de ces exposés, concerné, conscient peut-être de la véracité de ces propos. La présidente semblait bienveillante à l’égard des prévenu·es et du public nombreux qui se trouvait dans la salle mais encore plus nombreux à l’extérieur.

Interrogatoire des prévenu·es

Fernando et son avocat contestent le caractère probant de l’ADN. L’avocate d’Enedis mobilise à son compte un extrait de l’enquête sociale, où l’enquêtrice a rapporté que Fernando disait « assumer ses actes ». La présidente précise que l’enquête sociale s’étant tenue en dehors de la présence d’un avocat, elle ne pourra la prendre en compte. Parmi les documents retenus pour incriminer Fernando figure une brochure en espagnol comprenant le terme « Las bombas » dans le titre. Celui-ci, d’un air malicieux, invite alors l’interprète à expliquer à la cour ce que signifie ce terme en espagnol : ce dernier confirmera qu’il s’agit d’un traité sur les chaudières et le matériel de plomberie. Ce ne sera pas la seule des facéties de Fernando à la barre, qui n’hésitera pas, à plusieurs reprises, à se tourner vers les avocat·es des parties civiles pour leur mettre sous le nez le caractère criminel des entreprises pour lesquels ils travaillent.

Anne fait une déclaration préalable très courageuse et émouvante, contredisant le portrait que les enquêteurs ont fait d’elle. Elle n’est pas une terroriste, juste une personne très proche de la nature, catastrophée par la situation actuelle de destruction de la planète et ayant voulu lancer une alerte. Sur l’interrogation de la présidente par rapport à la mise en danger d’autrui, elle précise que les dispositifs artisanaux utilisés n’étaient pas explosifs et qu’il n’y avait personne sur les sites. L’avocate d’Enedis explique qu’il y avait un employé sur le site, qui aurait pu être victime et a été traumatisé. L’avocate d’Anne relève qu’il n’a pas été auditionné et qu’il n’y a aucune pièce attestant de cet éventuel traumatisme. Cet employé était dans un bunker à l’autre bout de ce site assez vaste et n’a même pas vu l’incendie.

Avocat·es des parties civiles
Il y avait trois parties civiles : Enedis, Orange et Bouygues. L’avocate d’Enedis a été la plus virulente dans sa plaidoirie finale, comme elle l’avait montré dans ses questions. Elle insiste sur la violence des accusé·es, l’idéologie « antitout », l’ultragauche… Elle va jusqu’à mettre en cause la personne ayant bénéficié d’un non-lieu et une de celles ayant été mises hors de cause à l’issue de sa garde à vue. Elle traite les experts de « pseudo-scientifico-politico-sachants ». Henri Braun l’interrompt pour souligner que ces termes peuvent entraîner une procédure de diffamation publique. Pour réparation, elle évoque une somme globale d’environ 400 000 euros, avouant que le calcul et les justificatifs ne sont pas prêts, ce qui étonne les juges.

L’avocate d’Orange ne s’est pas exprimée pendant les débats, et fait une plaidoirie finale assez courte et plutôt ennuyeuse. Pour elle, l’état de nécessité ne peut être invoqué et la violence peut bien s’appliquer à ces faits. Elle souhaite que les prévenu·es soient reconnu·es coupables et versent 1 000 € à titre d’image et réputation, plus de 76 000€ de préjudice matériel, expliquant qu’il n’y a pas eu de déclaration à l’assurance car le montant de la franchise était supérieur au montant des dégâts, mais que même si l’assurance avait été mobilisée, la jurisprudence prévoit quand même un remboursement. Elle demande également 2 000 € de frais de représentation en justice.

L’avocat de Bouygues reprend quasiment les mêmes arguments que sa consœur d’Enedis avec un peu moins de virulence dans ses propos. Reconnaissant une impossibilité de chiffrer les dommages matériels, Bouygues demande 1 euro symbolique. Il réclame 5 000 € de préjudice moral et 5 000 € de frais de représentation en justice.

Réquisitoire de la procureure

Globalement, la procureure a tenu son rôle sans montrer une agressivité ou une sévérité excessive, précisant même dès le départ qu’elle ne s’engagera pas sur le terrain politique et s’en tiendra aux faits. Elle propose de retenir la culpabilité des deux accusé·es ainsi que l’association de malfaiteurs, mais demande la relaxe pour les tags. Elle justifie les peines demandées par le coût social des actions et le fait qu’elle n’est pas sûre que les accusé·es aient changé sur le fond, tout en les modérant en raison de l’absence de condamnation antérieure. Elle demande 4 ans de prison dont 2 avec sursis pour Fernando, 5 ans de prison dont 3 avec sursis pour Anne, et laisse aux juges la possibilité d’aménagement sur la partie ferme. Dans la mesure où un tel aménagement signifie la possibilité d’un bracelet électronique, on comprend là que les prévenu·es n’iront sans doute pas en prison, même si cette demande est complétée par du sursis : sur les conditions de celui-ci, elle demande le respect du remboursement des parties civiles, l’interdiction de manifester et celle de détenir une arme et enfin l’interdiction de se rendre sur les communes de Les Cars et Limoges. Sachant que les peines de prison encourues auraient pu aller jusqu’à 10 ans ferme et que le parquet est souvent jusqu’au-boutiste dans ce genre d’affaire, ce réquisitoire peut être considéré comme relativement modéré.

Plaidoirie de Chloé Chalot

En préambule, l’avocate d’Anne explique qu’elle n’appellera pas sa cliente par son nom de famille mais par son prénom, parce qu’au fil des années elle a appris à la connaître et l’apprécier. Elle souligne la longueur et la sévérité du contrôle judiciaire qui l’a privée pendant un an et demi de relations avec sa compagne. Elle souhaite que les peines qui pourraient être prononcées tiennent compte de ce qu’elle a déjà subi. Elle relève l’incohérence qu’il y a à demander à Anne de n’utiliser que des moyens légaux pour exprimer ses idées et de lui retirer le droit de manifester. L’avocate répète qu’Anne n’est pas violente et qu’il s’agit de destruction de biens, pas de violence. En raison de preuves insuffisantes, elle demande de ne pas retenir l’affaire des engins de chantier. En raison de la situation sociale et familiale d’Anne, Chloé Chalot demande que la peine prononcée soit entièrement avec sursis, qu’il n’y ait pas d’interdiction de manifester, ni de venir à Limoges où résident sa mère et son frère.

Plaidoirie de Henri Braun

L’avocat de Fernando, plus disert et plus lyrique que sa consœur, alterne les moments purement juridiques avec des évocations historiques, des thèmes politiques et la démolition de certains arguments des parties civiles. Il affirme que les industriels mettent aussi en danger les personnes, et que les moyens numériques de surveillance peuvent conduire au techno-fascisme. Il rappelle plusieurs affaires judiciaires où l’ADN a conduit vers une personne n’étant pas coupable. Il cite le docteur Olivier Pascal (expert judiciaire qui a introduit en France l’utilisation de l’ADN) et produit une attestation de sa part : au vu du dossier, le docteur Pascal explique que les traces relevées sont trop minimes pour être probantes. De plus, le premier prélèvement a été réalisé sans autorisation du parquet et doit être annulé. Enfin, il fait un historique de « l’état de nécessité » pour démontrer que cette notion pourrait très bien s’appliquer dans ce procès. Il demande la relaxe de Fernando.

Remarques complémentaires
Comme on pouvait s’y attendre (en particulier de la part d’une avocate d’Enedis qui travaille pour le cabinet Montbrial, réputé pour ses prises de positions violemment antigauchistes), les avocat·es des parties civiles n’ont pas manqué quelques coups bas gratuits, entre la mobilisation d’un vocabulaire issu des pires factions du ministère de l’Intérieur et les moqueries ou provocations à peine masquées envers certains témoins. Ils ne nous auront pas non plus épargné quelques formules issues souvent d’un monde disparu malgré leur apparente jeunesse (il s’agissait, pour l’avocat de Bouygues, de « remettre l’église au centre du village »), mais tout cela avec peu de panache et en commettant des erreurs que les avocat·es de la défense n’ont pas manqué de relever avec fermeté et humour.

Ainsi, quand une avocate nous donne la définition de la violence extraite du Larousse, Me Braun aura pu se régaler d’un : « Chère consœur un avocat consulte le code pénal et non le Larousse pour définir les mots ». Ce à quoi Me Chalot ajoutera qu’à sa connaissance, et contrairement à la violence contre les personnes, « il n’existe pas de famille des antennes ». Me Chalot et Mee Braun ont fait, chacun dans son style, des plaidoiries magistrales, intelligentes, drôles, percutantes, réjouissantes et très convaincantes dans une grande fidélité à l’esprit de leur client·e et dans la continuité des « conférences » des témoins (au sujet desquelles même Le Populaire se sera senti obligé de titrer : « Déferlement d’experts contre le déferlement numérique »).

Le maintien pendant deux jours d’un rassemblement face à la cité judiciaire, avec de nombreuses banderoles, a donné une grande visibilité au procès et aux questions politiques qui y furent traitées, donnant l’impression qu’on pouvait enfin enfoncer un coin dans l’inquestionnable catastrophe que représente le déferlement numérique.

Visibilité et espoirs

La presse régionale (journal, télé et radio) s’est fortement mobilisée et a réalisé des rappels préalables de l’affaire puis des comptes-rendus quotidiens tout à fait corrects et faisant place à l’expression du comité de soutien. D’autres médias étaient présents tels que Reporterre, L’Âge de faire, Radio Zinzine, et l’Empaillé.

Il y a eu des remerciements, des accolades chaleureuses, des larmes aux yeux, des sourires éclatants et une grande respiration collective. On retiendra de ce procès ce partage assez dingue d’émotions, de conscience commune qu’il se passait quelque chose de fort dont on se souviendrait longtemps et qui donnait envie de rester ensemble pour construire vraiment quelque chose de grand.

On s’est senti·es bien ensemble, nourri·es de toute cette intelligence collective et malgré la fatigue, il a été difficile de rentrer chez soi. On s’est bien sûr promis de se retrouver pour d’autres moments forts, joyeux, festifs ou difficiles. Les liens sont là, essentiels, qui durent, qui nous tiennent chauds et nous renforcent pour affronter ce monde dystopique.

Il est toujours difficile d’évaluer le résultat à venir d’un jugement, mais le comité de soutien a des raisons d’espérer une issue assez positive. La présidente du tribunal a été très attentive aux arguments évoqués par les témoins et les défenseurs. Le réquisitoire n’a pas été excessif et les avocat·es des parties civiles se sont déconsidéré·es par leurs excès. Le prononcé du délibéré aura lieu le 3 avril. On peut espérer que les peines seront inférieures à celles demandées, et que certaines peines secondaires seront supprimées.

En attendant que passent un jour à la barre, ou devant la cour du peuple et de leurs victimes, les véritables criminels…

Épilogue (provisoire ?)

La présidente : bien, les débats sont maintenant terminés, les prévenu·es ont-illes quelque chose à ajouter ?
Fernando : je voudrais dire une dernière chose. On a beaucoup dit qu’on faisait un procès politique. Mais pour moi c’est n’est pas un procès politique. Quels qu’en soient les auteurs, ce n’était pas un acte de sabotage, mais un acte d’amour. Pour que les enfants puissent vivre dans un monde habitable. Mes enfants. (Il montre du nez les avocats des parties civiles) : leurs enfants. (Il se tourne vers la salle) : vos enfants.
La séance est levée.


Compte-rendu rédigé à quatre mains,
sur la base d’un article à paraître dans la revue Courant Alternatif,
avec des dessins de Sauge

Source : https://labogue.info/spip.php?article2460 

vendredi 2 décembre 2022

Le scandale invisible des ondes électromagnétiques


TOUS IRRADIÉS : 

le scandale invisible des ondes électromagnétiques

 

Nous sommes tous irradiés par les ondes électromagnétiques artificielles de nos téléphones, antennes relais, bornes wifi et autres compteurs intelligents, et nous sommes déjà en train de le payer. Les personnes électrohypersensibles (EHS), scientifiques, politiques, avocats et militants tirent la sonnette d’alarme, en vain. Enquête sur ce qui s’apparente à un scandale invisible.

Xavier, attaché-case à la main, costume trois pièces et cravate, est haut fonctionnaire. Il travaille près de la tour Eiffel avec deux portables dans la poche. Il a des projets plein la tête mais un jour, son corps dit stop.

Dans sa vie antérieure, Magalie menait une existence à cent à l’heure dans le marketing à Paris. D’un coup, impossible de dormir. Sa voisine lui informe que rien n’a changé, sauf le compteur Linky qui vient d’être installé chez elle. Magalie déplace son matelas dans la cuisine mais cela ne suffit pas. Rapidement, elle ne tolère plus le téléphone portable, le wifi… Elle doit fuir la capitale.

Enzo est chercheur à Grenoble. Il trouve un bel appartement au septième étage avec une vue imprenable sur les Alpes. Il a acheté ce bien pour ça. Il n’avait pas fait attention à l’antenne sur le toit de l’immeuble d’en face dont le sommet arrive pile au niveau de sa terrasse. Il faut dire qu’elles sont camouflées. Il profitait des rayons du soleil mais aussi des radiations de l’antenne jusqu’à ce que son corps ne lâche.

Virginie donne des cours de poterie. Elle se sent fatiguée ces derniers temps. Elle passe un appel avec son portable. Son oreille chauffe. Le lendemain, elle a des vertiges. Rapidement, sa vie en société devient impossible.


Magalie, Enzo, Virginie et Xavier sont tous électrohypersensibles (EHS). Ils le sont devenus. Tous ont un parcours et un profil différents, mais ils ont basculé dans une vie parallèle. Devenus hypersensibles aux ondes électromagnétiques artificielles, ils ont dû fuir du jour au lendemain à la recherche d’un coin à l’abri du fléau qui les affecte. Fini l’attaché-case, place aux nuits seuls dans la forêt. Une vie professionnelle à l’arrêt, une sphère familiale détruite, une vie sociale éclatée avec une étiquette de « perturbé » à gérer. L’électrohypersensibilité n’est toujours pas reconnue et pour les EHS la question qui les hante est : « Que voulez-vous faire de nous ? »

Pour survivre, les EHS cherchent des zones blanches que le gouvernement a décidé de supprimer dans le cadre du New Deal, pour réduire la fracture numérique. Pourtant 5% de la population française, soit environ 3,3 millions de personnes, souffrent, à des degrés variables, de sensibilité exacerbée aux ondes électromagnétiques, selon les dernières estimations réalisées par l’ANSES en 2018.



Les EHS donnent l’alerte, mais sommes-nous tous concernés ? Des chercheurs alertent, certains politiques relaient, la Justice condamne et rien ne se passe. Des études scientifiques ignorées, une recherche qui tourne au ralenti, un lobby puissant qui utilise la stratégie du doute comme précédemment pour l’amiante ou le tabac, des normes inadaptées et que nos téléphones portables ne respectent même pas. Chaque pièce du puzzle permet de mettre en lumière un problème sanitaire de grande ampleur. En route sur les traces de ce scandale invisible.

Enquête complète à découvrir dans le numéro 1 de La Brèche !

 

Source : https://journal-labreche.fr/?p=238&fbclid=IwAR2KX4x4IapM0lho2Hl-BuCQl564Owjmi3ozPuvRzqTLNJgJ2QXunlxgVmA

jeudi 27 octobre 2022

Nous n’avons pas besoin d’ouvrir des mines en Europe

 

Nous n’avons pas besoin 

d’ouvrir des mines 

en Europe

 

 

La mine de cuivre et molybdène de Kajaran, en Arménie.

 

25 octobre 2022 


L’Union européenne voit dans la production domestique de métaux précieux un impératif stratégique. Pour notre chroniqueuse, il s’agit d’une fuite en avant vaine et polluante d’un monde qui refuse toute alternative.

Le récent discours prononcé à Prague par le vice-président de la Commission européenne chargé de la prospective vaut le détour. Écoutons-le, ne serait-ce que parce qu’il cite Margaret Thatcher, ce qui n’est jamais bon signe. « Il n’y a pas d’alternative », a ainsi martelé Maroš Šefčovič le 12 septembre lors de la conférence européenne sur la sécurité des matières premières : il faut de toute urgence ouvrir des mines en Europe. Pourquoi ? « Pour construire l’économie décarbonée et numérique à laquelle nous aspirons tous », et pour assurer nos « capacités de défense militaire ».

L’Europe devrait sécuriser son « autonomie stratégique » face aux monopoles chinois sur les métaux et à une production minière russe en pleine expansion du fait de son influence grandissante en Afrique. Pour ce faire, la Commission prépare un projet de loi sur les métaux critiques. Mais il faudra convaincre les populations d’accepter ce boom minier européen sur leurs territoires. Comme l’a expliqué le vice-président, le sujet est « socialement sensible » et nécessite « un nouveau contrat social autour des matières premières ».

La mine de lithium du Salar de Uyuni, en Bolivie. L’Europe n’en produit quasiment pas, malgré les gisements existants et une demande en forte augmentation. BY-SA 2.0 / Coordenação-Geral de Observação da Terra/INPE / Flickr via Wikimedia Commons

« Un nouveau contrat social autour des matières premières », voilà qui paraît hautement nécessaire, en effet. Car les projets industriels dans lesquels nous ont embarqué nos dirigeants reposent tous sur une multiplication fulgurante de la demande en métaux. La production en masse de véhicules électriques personnels, par exemple. Une équipe de recherche du National Science Museum a calculé que pour convertir à l’électrique tout le parc de véhicules de l’Angleterre, il faudrait l’équivalent de deux fois la production mondiale actuelle de cobalt, les trois quarts de la production mondiale de lithium, et la moitié de la production mondiale de cuivre.

Impasses

Les écoliers pourraient résoudre le problème suivant : « À partir de ces chiffres, indiquez combien de fois la production mondiale de cobalt, de lithium et de cuivre sera nécessaire pour produire suffisamment de batteries pour l’ensemble du parc de véhicules européen ? Sachant que le parc de véhicules européen ne représente qu’un tantième du parc mondial, ce projet est-il viable ? » Non, répondraient probablement les écoliers, il faudrait plutôt renoncer à une grande partie de nos véhicules pour lutter contre le réchauffement climatique.

On aboutit à ce même genre d’impasse si l’on prétend extraire des métaux pour obtenir suffisamment d’énergies renouvelables, non pas pour faire tourner nos dix ampoules, le frigo et la pompe du jardin, mais pour produire en masse de l’hydrogène vert pour alimenter des usines d’engrais, des cimenteries et des millions de camions de livraison. Non pas pour éclairer l’école et faire tourner l’hôpital, mais pour faire fonctionner la 5G et produire des milliards d’objets connectés.

Ce à quoi nous aspirons tous ?

Car, selon Maroš Šefčovič, il faudrait accepter ce boom minier européen pour construire « l’économie numérique à laquelle nous aspirons tous ». De fait, le secteur numérique est celui qui consomme la plus grande variété de métaux, dont les terres rares et autres métaux de spécialité utilisés pour doper les propriétés des appareils. Les équipements électriques et électroniques engloutissent chaque année trois millions de tonnes de cuivre et la moitié de l’argent métal produit dans le monde. La moitié de la production mondiale de tantale est utilisée pour produire des condensateurs, la fibre optique nécessite près d’un tiers de la production mondiale de germanium, etc.

L’économie numérique «  à laquelle nous aspirons tous » ? Il paraît urgent au contraire de se demander qui aspire à quoi. Car à l’évidence, ce ne sont pas les serveurs de Wikipédia qui font exploser la demande en énergie et en métaux du numérique. En revanche, le pilotage de la santé, de l’éducation ou de l’aide sociale par l’intelligence artificielle répond-il à une aspiration profonde ? Les parents ont-ils demandé à lutter chaque jour contre l’emprise de la vidéo en ligne et d’Instagram pour éduquer leurs enfants ? Combien de data centers, de milliers de serveurs et de tonnes de métaux supplémentaires seront nécessaires pour qu’on puisse accéder aux frissons du porno sur le métavers ? La Déclaration de Versailles adoptée par les chefs d’État européens en mars 2022 place d’ores et déjà la future 6G au rang des « technologies-clés ». Est-ce vraiment « ce à quoi nous aspirons tous », alors que la Convention citoyenne pour le climat avait exigé en vain un moratoire sur la 5G ?

Paysages creusés et camions de déchets : les ravages concrets de l’industrie minière. CC BY-SA 3.0 / Sara Anjargolian / Wikimedia Commons

Enfin, pour le vice-président de la Commission européenne, il faut créer des mines pour produire l’armement nécessaire au « maintien du statut géopolitique de l’Union européenne ». Autrement dit, il faudrait disposer de métaux stratégiques pour que Safran puisse produire ses drones tactiques, ses systèmes de visée et ses interfaces homme-machine. Pour que Thalès puisse développer son cloud de défense et ses systèmes de reconnaissance biométriques.

Selon le dirigeant européen, il en va de la sécurité des peuples européens. Mais on pourrait considérer à l’inverse que cette course à l’armement, qui alimente la ruée minière, menace profondément notre sécurité. Pourquoi ? D’une part, parce que la production de ces armes répond avant tout à des objectifs économiques : elles sont exportées dans le monde entier et outillent nombre de dictatures. D’autre part, parce que la course aux métaux est en train de devenir l’une des principales cause des guerres.

Consommation massive d’eau

Les projets industriels que toutes les grandes puissances mondiales déclinent à l’identique créent une tension grandissante : il n’y aura jamais assez de mines et de métaux pour que la Chine, les États-Unis, l’Europe et la Russie puissent produire chacune leur parc de véhicules électriques, leur infrastructure de big data, leurs constellations de satellites et leur armement, même en systématisant le recyclage, même en ouvrant des mines en Europe et partout ailleurs dans le monde.

Enfin, parce que les teneurs des mines actuelles sont devenues si faibles que le traitement des métaux nécessite des quantités d’eau considérables : une grande mine de cuivre peut en consommer 40 millions de mètres cubes à l’année. Or 70 % des mines des six plus grandes entreprises mondiales sont situées dans des zones qui manquent d’eau. La demande en métaux va donc se heurter à des tensions croissantes, y compris en Europe. Dans dix ans, comment alimentera-t-on malgré la sécheresse les mines de cuivre du Sud de l’Espagne ou du Portugal ?

Des voitures autonomes et le fatras de composants électroniques qui les accompagne, est-ce vraiment ce à quoi nous aspirons ? Unsplash /Bram Van Oost

Le « nouveau contrat social autour des matières premières » que préparent les dirigeants européens pour accélérer les projets miniers ressemble donc à un conditionnement des opinions publiques que l’on prétend soumettre à des intérêts supérieurs artificiels. Le discours de Šefčovič illustre cette tentative de faire de la course aux métaux en Europe une nécessité impérieuse justifiée par la lutte contre le réchauffement climatique, la numérisation et la sécurité. Mais dans les trois cas, ce sont les intérêts des industries européennes qui sont défendus.

Ces intérêts ne justifient ni le saccage des territoires européens par les sites miniers, ni le saccage des pays producteurs du Sud. Car dans tous les cas, la demande en métaux est telle qu’elle implique une extraction européenne et mondiale, et non une relocalisation des sites. Ainsi la Commission et la Banque mondiale encouragent-elles des partenariats internationaux autant que des projets continentaux.

N’y a-t-il pas d’alternative ? Doit-on construire des mines pour alimenter les gigafactories de Volkswagen, la Tesla de tonton, les data center des « États-plateformes » et les drones de la gendarmerie ? L’objet de la politique est justement de réintroduire des alternatives là où on prétend qu’il n’y en a pas, de réinjecter de l’analyse et du débat dans ces faux impératifs. Si les Européens veulent se confronter à leur dette environnementale à l’égard du reste du monde, ils et elles doivent dénoncer les projets industriels de leurs classes dirigeantes et de leurs entreprises, dont les besoins en métaux contribuent au déclenchement de cette ruée minière mondiale.

 

Source : https://reporterre.net/Nous-n-avons-pas-besoin-d-ouvrir-des-mines-en-Europe?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

jeudi 3 mars 2022

« Nous allons continuer à appeler au boycott de la 5G »

« Nous allons continuer 

à appeler au boycott de la 5G »

 

21 février 2022

 

Une antenne-relais.

 

Il est peu probable que le déploiement de la 5G entraîne de nouveaux risques pour la santé, conclut l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Cette conclusion est prématurée, estime Stephen Kerchove, d’Agir pour l’environnement, qui détaille ses craintes pour Reporterre.

L’Anses persiste et signe. L’agence nationale de sécurité sanitaire et alimentaire a publié le 17 février une version actualisée de son expertise sur les effets potentiels de la 5G. Résultat : Il est « peu probable » que le déploiement de cette technologie entraîne de nouveaux risques pour la santé. Des conclusions qui se veulent rassurantes et qui sont similaires au rapport présenté en avril 2021. Mais ces nouveaux éléments n’ont pas convaincu certaines associations comme Priartem et Agir pour l’environnement. Reporterre fait le point avec Stephen Kerckhove, le délégué général de cette dernière.

Stephen Kerchove. DR



Reporterre : Que pensez-vous de la version actualisée de l’expertise de l’Anses sur les effets potentiels de la 5G ?

Stephen Kerckhove : L’Anses se base sur cinq études scientifiques qui, selon nous, ne sont pas suffisantes. L’agence devrait plutôt dire qu’on n’a pas assez de recul pour savoir, plutôt que d’affirmer qu’il n’y pas d’effets. On reste assez étonnés par le fait qu’une agence sanitaire puisse émettre une recommandation rassurante à partir d’études qui se comptent sur les doigts d’une main. C’est trop lapidaire. On est agacés par cette mésinterprétation du principe de précaution car nous sommes dans une situation d’incertitude. Nous pensons qu’on n’a pas assez cherché les effets par manque de temps. Car nous sommes confrontés à une course de vitesse perdue d’avance face à l’innovation technologique.



Pourquoi l’Anses n’a-t-elle pas changé ses conclusions malgré les 200 commentaires sur leur première étude ?

L’essentiel de leur analyse repose sur le fait que le niveau d’exposition à la 5G serait similaire à celui de la 4G. Ce qui est faux car dans un rapport de l’Anfr, daté du 14 décembre 2021, les résultats sur les sites 5G de la bande de 3,5 GHz montrent une augmentation moyenne de 16 % de l’exposition. Ces résultats suggèrent une augmentation à terme de l’ordre de 20 % de l’exposition globale. L’Anses estime que le niveau d’exposition aux champs électromagnétiques est actuellement très faible. Donc s’il y a une hausse, elle ne dépassera pas le niveau réglementaire actuel, ce qui ne serait pas si grave. Pourtant, nous constatons que le niveau d’exposition aux ondes est déjà perturbant, notamment pour les personnes électrosensibles. Partir du principe qu’une hausse de 30 % serait négligeable est une assertion qu’on ne partage pas.



Que comptez-vous faire à présent ?

Nous allons continuer à sensibiliser et appeler au boycott de la 5G. Dans son dernier relevé, l’Arcep montre qu’il y a 1,6 million d’utilisateurs pour la 5G contre 67,2 millions pour la 4G. Quelle réussite ! On nous a sommé d’aller vite car nous étions des Amish et que nous allions passer à côté de la révolution technologique. Or, les consommateurs ne se sont pas jetés sur la 5G. Les constructeurs attendent sans doute la « killer app », c’est-à-dire l’application qui va enfin faire bondir les ventes. Mais en attendant, lorsqu’on leur demande à quoi va servir la 5G, ils ne savent pas quoi dire et répondent qu’avec un peu de chance, un jour on trouvera.

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Source : https://reporterre.net/Nous-allons-continuer-a-appeler-au-boycott-de-la-5G?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

lundi 27 décembre 2021

(3) 5G - Contre les saboteurs, l’État sort l’artillerie lourde


Contre les saboteurs, 

l’État sort l’artillerie lourde

 
17 décembre 2021

 

Incendie d'une antenne-relais près de Grenoble, le 17 mai 2020. - © MaxPPP/Photo PQR/Le Dauphiné/Denis Masliah


 

Prison ferme, surveillance, téléphones sur écoute... La répression s’accentue contre les saboteurs d’antennes relais. Pour les stopper, les autorités sont passées à la vitesse supérieure. Quitte à faire un parallèle avec le terrorisme et à museler le débat sur la 5G.

[3/3 Antennes 5G sabotées, l’enquête] Où les sabotages ont-ils eu lieu ? Quel sens politique les saboteurs donnent-ils à leur action ? L’État prend-il la menace au sérieux ? Après la carte des sabotages en France, un entretien avec trois saboteurs, retour sur la répression en cours.



Des peines de prison ferme, des gardes à vue « anti-terroristes » qui peuvent durer 96 heures, la cellule de gendarmerie Oracle spécialement dédiée aux sabotages... Les centaines d’attaques contre les infrastructures de télécommunication opérées ces dernières années donnent des sueurs froides aux autorités. Elles déploient un arsenal répressif pour y faire face. Au sommet de l’État, la menace est prise très au sérieux.

Laurent Nuñez, l’ancien bras droit de Christophe Castaner, devenu coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, en a fait l’une de ses priorités. Dès janvier 2021, il dénonçait « une succession d’actions de basse intensité » et « une montée en gamme de la violence ». Contre ces sabotages, il insistait sur « l’importance d’un échange très étroit entre services de police et de gendarmerie, services de renseignement et services judiciaires ». À plusieurs reprises, les membres du gouvernement ont dénoncé ces attaques « criminelles », qui « coupent les populations de services vitaux ». « Ces actes doivent être punis sévèrement », insistait le secrétaire d’État au numérique Cédric O.

Au total, pas moins de quatorze enquêtes judiciaires ont été menées, aboutissant à une trentaine d’interpellations. Des moyens importants ont été mis en place. Dans le Nord, deux hommes de 21 et 29 ans ont été condamnés respectivement à neuf mois et un an de prison ferme pour avoir incendié une antenne-relais à Douai. À Nancy, un jeune anarchiste a également été condamné à quatre ans de prison, dont la moitié derrière les barreaux, pour l’incendie de deux antennes. Dans le Jura, deux hommes ont aussi été condamnés à trois et quatre ans de prison ferme.

Télécharger les affaires judiciaires répertoriées par Reporterre :

  Sabotages : les affaires judiciaires. 

https://reporterre.net/IMG/pdf/sabotages_affaires_judiciaires_reporterre.pdf

 

Les peines sont lourdes, mais la plupart des affaires de sabotages restent encore irrésolues et leurs auteurs courent toujours. Pour y mettre un coup d’arrêt définitif, les autorités ont donc décidé de passer à la vitesse supérieure.

Des suspects surveillés

Depuis le mois de mars, une convention nationale a été signée entre l’État, les opérateurs et les forces de l’ordre afin de lutter contre « les actes de malveillance sur les réseaux de télécommunication ». La convention prévoit d’améliorer les échanges d’informations et de faciliter le dépôt de plainte. « L’enjeu est de pouvoir travailler en amont pour prévenir les actes de vandalisme et en aval pour relever les preuves afin de pouvoir rétablir rapidement le service », explique à Reporterre Michel Combot, directeur général de la Fédération française des télécoms.

Pour l’instant, une dizaine de départements ont mis en place cette convention (Oise, Morbihan, Meuse, Hautes-Alpes, Eure, Vaucluse, Drôme, Ille-et-Vilaine, Ardèche). Concrètement, elle prévoit d’améliorer la sûreté des installations les plus sensibles en durcissant leur accessibilité et en installant par exemple des systèmes de vidéoprotection et de Lapi (lecture automatisée des plaques d’immatriculation). Des patrouilles plus fréquentes de gendarmes sont également attendues. Mais la tâche paraît démesurée au regard du nombre et de la dispersion des antennes-relais.

 La carte des sabotages répertoriés par Reporterre :

 

 

Du côté des opérateurs de téléphonie, l’inquiétude gagne. La direction d’Orange est allée jusqu’à traquer les membres d’un groupe intranet baptisé « Je suis vert », qui avaient eu des débats internes sur les avantages et les inconvénients de la 5G. Des investigations ont été menées afin de savoir si les membres de ce groupe auraient pu avoir des liens avec les saboteurs. « Ils ont malmené nos adhérents pour savoir s’ils étaient connectés à des personnes prises en flagrant délit ou soupçonnées d’avoir détruit des infrastructures 5G », assure Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC d’Orange.

 


Les autorités misent donc, en priorité, sur la surveillance. Une nouvelle cellule d’enquête spécialisée de la gendarmerie a été créée — la cellule Oracle —, qui vise à prévenir les dégradations contre ces infrastructures. Peu de données circulent publiquement à propos de cette cellule, de ses financements et de ses moyens humains, mais en octobre 2020, Christian Rodriguez, le directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), a tout de même vanté son bilan auprès des députés. Il l’a comparé à la cellule Déméter, qui surveille les opposants à l’agriculture industrielle. Sollicitée à plusieurs reprises sur ce sujet reconnu comme « sensible », la gendarmerie n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Caméras, téléphones sur écoute, traceurs GPS...

Des articles de presse relatent toutefois déjà les premiers succès de cette cellule. À plusieurs reprises, ses membres ont pu retrouver l’ADN de certains saboteurs, des gendarmes ont également mis sous écoute de nombreux suspects.

À Besançon, dans l’affaire de Boris — un jeune homme se déclarant anarchiste et ayant incendié deux antennes-relais sur le mont Poupet —, les gendarmes auraient placé des caméras de surveillance devant son domicile et des GPS sous les voitures de ses proches. Ils auraient également pris en filature plusieurs personnes au cours de l’été 2020. Une fois Boris condamné, les militaires auraient même convoqué certains de ses amis à la gendarmerie pour récupérer les balises GPS accrochées sous leur voiture. Dans une lettre, Boris est revenu en détail sur ces éléments de l’enquête et explique les raisons politiques qui l’ont mené au sabotage. Deux mois plus tard, suite à un incendie dans sa cellule, le jeune anarchiste a été gravement brûlé et placé en coma artificiel, sous soin intensif. Il vient à peine d’en sortir, en octobre.

 

Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/Fabian Horst

 En Haute-Vienne, suite à la dégradation de l’antenne des Cars, les autorités ont aussi mis en place des moyens très importants. Des écoutes téléphoniques ont touché de nombreuses personnes de réseaux militants sur le plateau des Millevaches. Le 15 juin 2021, quatorze personnes ont été interrogées et perquisitionnées, six d’entre elles ont été placées en garde à vue. Certaines sont poursuivies pour destruction par l’effet d’une substance d’explosive d’un engin dangereux en bande organisée, destruction qui est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation et association de malfaiteurs. Les gendarmes sont remontés jusqu’à eux en écoutant les réunions d’un groupement forestier auquel les suspects participaient. Cette association rachète des parcelles de forêts pour les gérer hors des pratiques agro-industrielles. D’autres associations, comme le groupe de réflexion Gramsci à Limoges ou encore une chorale militante, ont été particulièrement surveillées.

Vers des peines plus lourdes ?

Pour mener les interpellations, les autorités ont mobilisé la sous-direction antiterroriste de la police nationale qui s’était déjà illustrée en Haute-Vienne lors de l’affaire Tarnac. Cette référence au terrorisme n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs mois, élus, politiques et magistrats tentent de faire le parallèle entre ces actions et « des attentats terroristes ». À chaque sabotage, le procureur de Grenoble, Éric Vaillant, tente de saisir le parquet antiterroriste de Paris. « L’article 421-1 du Code pénal qualifie de terroristes certaines infractions commises dans le but de troubler l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. J’estime que cela a pu concerner les dégradations d’antennes-relais », déclare-t-il à Reporterre. Pour l’instant, le parquet antiterroriste de Paris a décliné ses demandes. Au grand regret du procureur : « Il y a une augmentation permanente du nombre de faits attribués à la mouvance d’ultra gauche, il y a un mouvement national et il y a beaucoup de faits sur le ressort de Grenoble : cela justifierait cette qualification terroriste », affirme-t-il.

À défaut, des parlementaires envisagent de durcir les peines de prison pour mettre un coup d’arrêt définitif à ces sabotages. Actuellement, la dégradation d’une infrastructure de télécommunication est sanctionnée de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende [1]. Des sanctions sont également prévues par le Code des postes et des communications électroniques (CPCE) : 1 500 euros pour dégradation du réseau (article 65), ainsi que deux ans de prison et 3 750 euros d’amende en cas d’interruption volontaire des communications électroniques (article 66).

Une proposition de loi du groupe Les Républicains (LR) a été déposée en juin 2020 pour introduire une circonstance aggravante au délit de vandalisme, en portant à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende les sanctions encourues. Un sénateur, Patrick Chaize (LR), est particulièrement engagé dans cette bataille. Il est aussi le président de l’Avicca (Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel). Il a déposé un amendement au texte de la loi sécuritaire du gouvernement qui a été déclaré irrecevable.

 

Une antenne-relais 5G. Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/Fabian Horst

 « La faiblesse des peines encourues et de leur aménagement ne sont pas dissuasives et donc pas de nature à freiner les appels à la désobéissance civile sur les nouvelles implantations d’antennes, explique-t-il à Reporterre. Quand il y a des actes de vandalisme en dehors du droit et de la loi, il me semble normal qu’on les punisse lourdement pour dissuader. Cela me met hors de moi que le monde économique et les administrés qui n’ont rien demandé soient pris en otage par une action individuelle qui n’a pas de sens. »

Le complotisme, pour discréditer les saboteurs

La référence à l’irrationalité de ces gestes est d’ailleurs très courante. Les médias mainstream et les autorités s’engouffrent allégrement dans la piste du complotisme pour dépolitiser les raisons qui poussent des dizaines de personnes à s’attaquer aux antennes-relais. C’est un autre aspect de la répression en cours, tout est fait pour isoler et discréditer ces luttes contre la numérisation du monde.

Certains profils de saboteurs ne leur donnent pas tout à fait tort : en septembre dernier, deux moines intégristes ont été arrêtés ; à Paris un illuminé a aussi été interpellé après avoir saboté vingt-six antennes sur les toits de la capitale. Mais ces individus ne peuvent résumer à eux seuls la dynamique en cours. De nombreux sabotages sont revendiqués et réfléchis politiquement comme en témoignent plusieurs textes ici ou .

« Nous ne sommes ni des ignares ni des enfants à rééduquer »

Taxer de complotistes ses opposants est une manœuvre de communication qui permet « d’isoler l’ennemi en révolte et de dépolitiser sa lutte », estiment certains militants proches des saboteurs. « Nous ne sommes ni des ignares ni des enfants à rééduquer. Nous ne sommes pas des bouseux opposés aux lumières de nos chefs d’État, nous incarnons un pôle antagoniste aux intérêts marchands, que l’autre camp n’aura de cesse de vouloir discréditer », écrivent-ils.

Pour l’historien des sciences François Jarrige, l’utilisation du concept de complotisme sert « à faire disparaître une certaine parole populaire » : « Avant c’était plus simple, le pouvoir pouvait dénoncer l’ignorance crasse du peuple qui n’avait pas compris le sens du progrès. Aujourd’hui, on n’ose plus le dire aussi frontalement, on exprime cette idée de manière plus métaphorique, plus subtile », précise-t-il à Reporterre.

En creux, c’est le débat public qui est empêché, toute marque de soutien à l’action directe devant être poursuivie afin d’invisibiliser ces actes de sabotage. Plusieurs médias indépendants en ont fait les frais. Reporterre le racontait en mars avec l’affaire Ricochets. Ce média local passera le 25 janvier prochain au tribunal pour « apologie publique de crime ou délit ». Il avait publié un texte en solidarité avec les incendiaires d’un poste répartiteur d’Orange en périphérie de Crest, dans la Drôme. « Les auteurs du texte évoquaient les conséquences écologiques de l’économie numérique, raconte un administrateur du site. Ils parlaient des manières d’y faire face, dans une époque où nous sommes tous confinés et où l’État et les industriels avancent à marche forcée. À Ricochets, nous pensions que cet article ouvrait une discussion légitime. »

Une élue d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), Sylvie Bonaldi, a aussi fait l’expérience de cette omerta. En septembre 2020, elle avait déclaré à la presse approuver l’incendie de l’antenne-relais 5G de Contes, à proximité de Nice. Le soir même, face à la pression, Sylvie Bonaldi avait dû revenir sur ses propos et s’était déclarée contre toute forme de violence. « C’est une forme d’autocensure, reconnaît-elle aujourd’hui à Reporterre. Je voulais éviter que la polémique enfle et me retrouver ainsi sous le coup de poursuites judiciaires. L’absence de débat instaure un régime de contrôle de la parole, c’est très difficile de sortir de la doxa. » Elle nous confie cependant continuer à approuver à 100 % ces sabotages, sans pouvoir le dire partout « sous peine d’être calomniée ».

Malgré la répression juridique, le dénigrement politique et médiatique, les sabotages se poursuivent. Sur notre carte des sabotages en France, nous en avons recensé neuf en novembre dernier. Cela n’étonne pas l’historien François Jarrige : « Les enjeux climatiques et écologiques vont aider à repolitiser ces infrastructures techniques, qui depuis deux siècles, à l’ère du capitalisme industriel, n’ont cessé d’être dépolitisées. »

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C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.

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Notes

[1Selon l’article 322-1 du Code pénal.

 

Source : https://reporterre.net/Contre-les-saboteurs-l-Etat-sort-l-artillerie-lourde?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne