Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

jeudi 31 août 2017

Ligue des Droits de l'Homme - Programme 2017 "Décoloniser nos imaginaires" Perpignan


Ces rencontres ont lieu chaque année, autour des problématiques de "colonisations":
historiques, géographiques, économiques, culturelles ....

Vendredi 29 Septembre au cinéma Castillet Centre ville
 
"Ce passé qui ne passe pas"

À 19h : Ciné débat sur les transferts d'enfants de la Réunion vers la métropole entre les années 60 et 80 par le gouvernement français

Film "Rassinne Monmon Papa", de Michaël Gence, en présence du réalisateur

Samedi 30 Septembre

"Comment sortir du productivisme et du consumérisme."

Avec la présence de Paul Ariès, journaliste et politologue
 
À 15h, au Palais des Rois de Majorque, dans la salle du bas de la cour d'honneur, conférence débat de Paul Ariès, spécialiste de la décroissance et de l'écologie politique, rédacteur en chef de la revue "les Z'indigné/es"

A partir de 17h, au cinéma Castillet Centre ville
  • Film d'animation "le garçon et le monde"
  • Buffet convivial dans le hall du cinéma (19h)
  • Film "Captain Fantastic", suivi d'un débat avec Paul Ariès (20h)



mercredi 30 août 2017

Jeudi 31 août - "A regarder vivre les hommes..." spectacle poético-musical à l'Alchimie (Prades 66500)


Les Jeudis de l’ Alchimie présentent pour le jeudi 31 août à l’ Alchimie

          un spectacle poético-musical, autour des crêpes et des tasses de thé

    à partir de 18h30, par petites touches, avant et après le repas

                 par le duo poétzic

                                                        textes écrits et dits par Jo Falieu        

accompagnés à la guitare et à l’accordéon

par Florent Bertomieu
         

" A regarder vivre les hommes.... par le duo Poétzic

Le thème choisi est un clin d'œil à ce texte d'Aragon repris par Léo Ferré: "Est-ce ainsi que les hommes vivent ?".

La question d'Aragon (poète du XX°) bien sûr n'est pas une vraie question ; elle est stupeur, rébellion contre cette acceptation de la condition humaine, cette farouche insistance à ne pas considérer l'autre comme un être humain, à le manipuler, à l'embrigader, à l'aliéner dans son corps et dans sa conscience..

Un cri de révolte vissé à ce défilé de guerres et de génocides qui ont illustré ce "Grand XX°", et qui hante déjà notre avenir pour ce qui se prépare à l'horizon du XXI°.

Une Histoire redoutable s'annonce, qui ne doit pas nous laisser vaincus.

Un constat, un déchirement, mais aussi une accusation,

un appel à s'engager à vivre n’ otre-ment et surtout un espoir.

A regarder vivre ainsi les hommes on aimerait les voir s'insurger !
A chacun son nomadisme en rupture d’icônes !

Les thèmes musicaux de Florent s'insinuent en contre-points pour sourire aux étoiles lorsque celles-ci sont vraiment trop racornies

Un petit air de fête pour continuer à aimer quand même la vie.


mardi 29 août 2017

Consommer local chez Biocoop


Le local chez Biocoop





« Consommer local », c’est bon pour :


- aider les producteurs bio de la région, leur assurer une rémunération directe et ainsi favoriser une démarche de commerce solidaire Nord-Nord.
- favoriser les rencontres avec les producteurs : manger un produit local, c’est rencontrer quelqu’un de sa région !
- diminuer l’empreinte écologique des produits : moins de transport, c’est moins d’émission de gaz à effet de serre…

Par exemple :
  • Un yaourt à la fraise conventionnel peut parcourir près de 9 000 km avant d’atteindre votre réfrigérateur ! Ce chiffre cumule le trajet effectué par chacun des ingrédients (lait, fruits, ferments, emballage, transport…).
  • Un litre de jus d’orange conventionnel est parfois produit à plus de 12 000 km de sa destination finale (c’est le cas pour 80 % des jus consommés par les Européens).
  • Un fruit importé par avion hors saison consomme 10 à 20 fois plus de pétrole pour son transport que le même fruit de saison issu d’une production locale.
  • Une bouteille d’eau minérale parcourt en France 300 kilomètres en moyenne pour atteindre votre verre. Autant d’émissions de gaz à effet de serre économisées avec l’eau du robinet.
Objectif « Local » chez Biocoop !
Chez Biocoop, les avocats d’Afrique du Sud ou les kiwis de Nouvelle-Zélande : ON N’EN VEUT PAS !
Question de cohérence écologique.

La charte du réseau Biocoop donne la priorité aux approvisionnements locaux et de saison. Objectifs : développer la production locale, respecter les cycles de production, limiter les transports et l’impact sur l’environnement.

Ainsi, chaque Biocoop travaille en direct avec des producteurs ou des transformateurs installés à moins de 150 km routiers du point de vente. C’est parfois jusqu’à 70 fournisseurs locaux qui sont sollicités !

Pour les produits non disponibles localement, le magasin Biocoop se fournit auprès des professionnels du réseau qui favorisent également les produits locaux :
  • Pour les fruits et légumes, la priorité est donnée aux produits d’origine française ou à défaut d’Europe du Sud. Seuls les fruits et légumes non cultivés en Europe sont importés (bananes, ananas…).
  • Des produits développés par Biocoop et ses partenaires à travers des filières solidaires Nord/Nord. Il s’agit des produits à marque Ensemble.

  • Pas de produits importés transportés par avion.
Pistez les produits locaux dans votre biocoop !
Les Biocoop donnent priorité à l’approvisionnement en produits locaux certifiés biologiques.
  • Un produit agricole produit à 150 km routiers maximum du magasin.
  • Un produit fabriqué dans une entreprise située à 150 km routiers maximum du magasin.
Les produits locaux vendus dans les biocoops répondent aux exigences de référencement de Biocoop (certifiés bio ou en conversion, respect des saisons, priorité au commerce équitable, arômes certifiés biologiques…).

Ces produits sont signalés en magasin par des stop-rayons facilement repérables, ouvrez l’œil !



Rencontre avec les producteurs :
Pour mieux connaître les produits et savoir qui se cache derrière, quoi de mieux que de rencontrer en direct leurs fabricants ?

Lieu d’échange et d’informations, votre biocoop organise peut-être des animations, des rencontres ou des soirées-débats en présence des producteurs de la région : renseignez-vous !


Source : http://biocoop.fr/La-bio/la-bio-selon-biocoop/le-local-chez-biocoop

lundi 28 août 2017

Des millions d’hectares de forêt amazonienne ouverts à l’exploitation minière

Des millions d’hectares 

de forêt amazonienne 

ouverts à l’exploitation minière



Le président brésilien a décidé d’abroger le statut de réserve naturelle de cette zone située dans les Etats du Para et de l’Amapa, dans le nord du Brésil.


 Le Monde.fr avec AFP | 24.08.2017


Quatre millions d’hectares de forêt amazonienne pourront désormais être exploités par des entreprises minières. Le président brésilien, Michel Temer, a décidé d’abroger le statut de réserve naturelle, accordé à ces terres en 1984 sous la dictature militaire.


Un décret en ce sens a été publié mercredi 23 août au Journal officiel. Le texte stipule néanmoins que cela « ne remet pas en cause l’application de la loi concernant la protection de la flore et des territoires autochtones ».

En avril, un document officiel du ministère des mines et de l’énergie faisait valoir que la dissolution de la réserve « permettrait d’exploiter le potentiel minier de la région » en l’ouvrant au privé – jusqu’alors seules les compagnies publiques étaient autorisées à y opérer.

Accélération de la déforestation


Plusieurs organisations non gouvernementales, à l’instar du Fonds mondial pour la nature (WWF), ont exprimé leur préoccupation au sujet de cette zone située dans les Etats du Para et de l’Amapa, dans le nord du Brésil, où vivent de nombreuses tribus indiennes. Les autorités locales assurent que ce changement de statut avait été placé sous contrôle d’organismes de protection de l’environnement.



 
Mais le gouvernement Temer a été régulièrement accusé par des ONG de brader la forêt amazonienne sous pression du puissant lobby de l’agrobusiness et des intérêts des compagnies minières.

En juin, lors d’une visite du président à Oslo, la Norvège, principal bailleur de fonds pour la protection de la forêt amazonienne, a prévenu que ses paiements au Brésil seraient divisés par deux en 2017 du fait de l’accélération de la déforestation.


Source : http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2017/08/24/des-millions-d-hectares-de-foret-amazonienne-ouverts-a-l-exploitation-miniere_5175783_1652692.html#DtTM0CBIQiycK1p5.99
 

dimanche 27 août 2017

Ces jours-ci à l'Alchimie, Prades (66500)

CHER(E)S ADHERENT(E)S

Voici venu le temps de ré adhérer à votre association chérie !

Comme l'an passé le montant de l'adhésion est de 5 euros minimum pour une année.

Les bulletins sont à votre disposition au café.... et ce jusqu'au 31 octobre !

En attendant
Voilà la programmation des évènements à venir et réguliers de votre café

Jeudi 31 Août

A partir de 18h30

« Les jeudis de l'Alchimie »

présentent
un spectacle poético-musical
par le duo POETZIC
Textes écrits et dits par Jo Falieu
accompagnés à la guitare et à l'accordéon
par Florent Berthomieu


Samedi 2 septembre

19H30

APERO BLUES
Avec Dr ZENON ET DARITZ HAI

Le duo propose un blues roots et métissé avec des compositions originales qui mêlent voix, guitare électrique, violon, contrebasse et percussions...

Vous pouvez écouter Dr Zenon sur Bandcamp


... et comme chaque semaine

MERCREDI

A 15H00

QI GONG
Avec Vero
 


JEUDI

DE 17H30 A 19H30
L'AMAP DE LA KAJETTE BIO !

Venez chercher vos légumes ! Réservez votre kajette au :
06 41 12 47 51 et demandez Marie !

12,50 euros la kajette de légumes (2 personnes pour 1 semaine)
Engagement pour 1 an

Un p'tit creux ? Pas de souci ! Vero est là et propose ses galettes bio à partir de 18h et jusqu'à 21h !


LES DIMANCHES APRES MIDI SONT EN PAUSE JUSQU'EN SEPTEMBRE !





3 rue de l'Hospice à Prades
07 83 36 77 31

Le restaurant

LUNDI ET MERCREDI

De 11h à 15h

MARDI ET SAMEDI
De 9h à 15h

JEUDI
De 18h à 21h

Le bar-salon de thé

DIMANCHE
De 16h à 20h30

vendredi 25 août 2017

En Occitanie, le long casse-tête pour accueillir les réfugiés

 

  • par Reportage réalisé par Idhir Baha
  • Le 12 août 2017 à 10h46

[DOSSIER] En Occitanie, 

le long casse-tête 

pour accueillir les réfugiés 


Demandeurs d’asile. Logements, accueils, préfectures : un pêle-mêle et des systèmes D.

Fin 2016. La jungle de Calais est démantelée. Ses réfugiés répartis dans les bus, direction les régions de France. Le gouvernement, en pleine transition entre celui de M. Valls et celui de M. Cazeneuve, annonce ses objectifs afin que ces relocalisations, ressemblent d'avantage à des relogements réussis. Avril 2017. Le «camp exemplaire» de Grande-Synthe est incendié. Il faut agir, et vite.

Juillet 2017. Emmanuel Macron ne veut plus « d’ici la fin de l’année, avoir des hommes et des femmes (demandeurs d'asile), dans les rues et dans les bois ». Rare est la communication des préfectures sur le sujet, mais d'après les études de la Cimade, en juillet 2017, la région totalisait 800 places en CAO. La priorité des organismes telles l'Acal et Adoma, est de trouver des hébergements. Un travail considérable: une fois l'attestation de demande d'asile remise, le compte à rebours s’enclenche pour libérer la place aux nouveaux réfugiés, descendant souvent de Calais et Paris. Les places sont chères. Aujourd'hui, l'offre reste en deçà de la demande.

Où en sont les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) d’Occitanie, censés s’occuper et loger les réfugiés ? La gestion de ces centres est déléguée à des associations conventionnées. Telles Coalia, Adoma, Cosi, qui sont les plus connues. L’association catalane d’actions et de liaisons (Acal) de Perpignan, s’y est aussi engagée il y a deux ans. Un cas d’école Dès octobre 2015, l’Acal a accompagné l’ouverture de quatre CAO dans les Pyrénées-Orientales, et en novembre 2016, un CAO pour mineurs isolés (CAOMI), dans un camping VVF de Ste-Marie la Mer. « La démarche pour gérer les flux de réfugiés après Calais était politiquement intéressante », confie Laurent Alaton, sous-préfet de Prades (P-O), chargé de l’accueil des migrants. Pourtant, quatre mois plus tard, face aux obligations de la saison estivale, le CAOMI est fermé. « C’était une décision préfectorale de loger ces 80 mineurs isolés dans le village vacances. Un moyen d’éviter des dépenses, puisque l’électricité n’était pas payée par exemple », commente un adjoint communal. Par la suite, seule une quinzaine d’entre eux ont pu bénéficier d’un possible regroupement familiale en Angleterre. Les autres de ces jeunes ont été relogés dans les CAO de la région, à Montpellier, Nîmes, Vernet-les-Bains (P-O), ou encore St-Paul de Fenouillet (P-O). Pour pallier cette situation ambiguë, des chambres d’hôtels ont été réquisitionnées en plus à Perpignan, par l’Aide Sociale à l’Enfance, soulageant l’Acal.

  • Un bilan partagé

Le cas Ste-Marie la Mer est loin d’ être singulier, et montre l’ampleur de cette urgence sociale. En avril 2017, le petit village de Campôme (P-O), a ouvert un CAO pour accueillir des réfugiés de Grande-Synthe, après une première fermeture en 2016. Durant un mois, les réfugiés ont été instalés dans un centre de vacance de type similaire, et de même, il est fermé. Deux CAO sont créés dans la foulée, à Rivesaltes et Cabestany, et ont pu recevoir les réfugiés de Campôme. Une belle réaction. Pourtant, aucune autorité préfectorale n’a voulu s’exprimer d’avantage, malheureux. « Un manque de transparence dans la procédure », dénonce Pierre Grenier, délégué de la Cimade Occitanie, un organisme qui « défend les droits des personnes réfugiées ». « Ils ont peu d’informations sur la destination. L’intégration est rare, et le financement n’est pas suffisant pour des actions supplémentaires». Même ressenti chez Jacques Ollion, directeur de la Cimade de Perpignan: « Nous n’avons pas accès aux CAO du département, seule une poignée de nos bénévoles y sont acceptés. Nous avions proposé un accompagnement et des activités quotidiennes, en plus d’une assistance face aux cas de la procédure Dublin (procédure européenne qui oblige le pays d’accueil, à renvoyer le réfugié vers le premier pays européen par lequel il est passé). Beaucoup de leurs résidents viennent chez nous prendre des cours de français d’ailleurs », détaille-t-il. « À Calais, on les rassurait. On leur disait que s’ils montaient dans les bus, ils auraient l’attestation de demande d’asile, et la procédure Dublin serait oubliée ». Chose assumée.

En tout cas dans le département catalan, où une grande majorité a bénéficié de l’aide administrative de l’Acal. Cette majorité a reçu l’attestation, avant la délivrance d’une carte de séjour.

  • « À deux travailleurs sociaux c’est impossible »

« Ce n’est pas le seul côté positif de l’Acal », souligne une bénévole indépendante, « elle les loge, leur trouve des solutions pour se nourrir, et fait les démarches à l’Ofii (Office Français Immigration Intégration), pour qu’ils suivent des cours de français après avoir reçu l’attestation ». Cependant, elle rejoint Pierre Grenier et Jacques Ollion, quant à « une véritable intégration. Faute de moyen, l’Acal ne dispense pas de cours de français pour ceux en attente du statut (après avoir reçu l’attestation), ni de loisirs, de rencontres, de sorties au quotidien. Qui sont au mieux, laissés à notre charge. Même avec la meilleure des volontés, à deux travailleurs sociaux par centre, c’est impossible ».

  • « Dieu merci ça va, j’ai une place »





« Dieu merci ça va. J’ai une place », se félicite Adam Omar Adam. Ce soudanais, passé par la Libye et l’Italie avant la jungle de Calais, loge aujourd’hui dans un CAO de l’opérateur ADOMA, à La Vache (Toulouse). « Le centre me paie la carte de métro. Il m’assiste un peu pour l’administratif et m’oriente vers le Secours Populaire. Un jour j’ai été vraiment choqué. Des amis afghans ont été attaqués, le CAO n’a pas su quoi faire », confie-t-il. « C’était agréable. On peut se poser », partage Meron, un Érythréen de 22 ans resté sept mois dans le CAO de l’Acal, à St-Paul de Fenouillet (P-O). Meron a suivi le même parcours de migration qu’Adam. «Très difficile», le regard empli de douleur.

« Il y avait deux bénévoles dans le CAO. Je suivais quatre fois par semaine des cours de français à la Cimade de Perpignan. Quand l’Acal m’a eu l’attestation de demande d’asile, elle m’a trouvé des cours à l’Ofii (Office Français Immigration Intégration). Mais ça signifiait pour moi de devoir quitter le CAO ». Aujourd’hui, Meron vit dans une famille d’accueil à côté de Perpignan, qu’il peut aider financièrement grâce à sa bourse de réfugié. « En septembre je rentre en Bac pro électricien. Je suis confiant, j’ai eu mon diplôme en Érythrée », sourire aux lèvres et sa carte de séjour à la main. À l’image de son très bon français, Meron est un exemple d’intégration réussie.

  • Des citoyens qui se bougent

Pour pallier la morosité de certains CAO, et surtout leurs manques de moyens, des associations citoyennes s’organisent. La page Facebook « WELCOME TO MIGRANTS IN PO », est l’initiative d’une Perpignanaise d’octobre dernier. Elle recense des volontaires, et les met en relation avec des CAO demandeurs, pour l’accueil de réfugiés. Le parrainage est privilégié, mais l’aide peut être de toute forme. Le réseau des étudiants toulousains en solidarité aux exilés et réfugiés (Retser 31), est un bel exemple d’initiative citoyenne. « C’est lors du démantèlement de la jungle de Calais que nous nous sommes mobilisés, à notre échelle. Le but est de créer du lien, entre réfugiés et étudiants, pour lutter contre l’isolement social de ces personnes ». Le RETSER 31, très actif dans la ville rose, compte plus de 120 bénévoles étudiants, qui organisent cours de français, collectes, soutiens administratifs et activités sportives et culturelles. L’association toulousaine est aussi à l’initiative de sensibilisation sur la question, via ses nombreux partenariats, comme Amnesty International et Médecins sans frontières.

Source : http://www.lindependant.fr/2017/08/12/dossier-en-occitanie-le-long-casse-tete-pour-accueillir-les-refugies,3041453.php#EPR-2-[Newsletter]-20170813-[les_+_commentes]


jeudi 24 août 2017

Portes ouvertes dimanche 27 août 2017 à la Ferme d'Escoums


Portes ouvertes 2017 

à la Ferme d'Escoums 


le dimanche 27 août 2017 à 10:00


Comme l'année dernière, au lendemain de nos assemblées générales, les 180 coopératrices et coopérateurs des SCIC Ferme d'Escoums et Escoums Solaire vous invitent à une journée Portes Ouvertes sur le chantier des Embriagues et à la ferme d'Escoums.

L'occasion de mieux appréhender notre démarche, mieux comprendre les enjeux et les finalités de l'opération en cours, les perspectives pour la suite, poser toutes vos questions, ... pourquoi pas nous rejoindre.

Cette année, notre partenaire, le Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes s'associe à l'évènement.

 

 

10 h à 12 h 30 : Le photovoltaïque, comment ça "marche" ?


Ou comment passer du soleil sur nos toitures à de l'électricité dans nos prises ?
Très accessible aux néophytes.
Présentation des processus physico-chimiques et des techniques de fabrication des matériels, par Frédéric Van Den Besselaer.
Frédéric, passionné de solaire photovoltaïque, interviendra à titre personnel.
Il a été ingénieur dans l'industrie de fabrication des onduleurs, technico-commercial chez Sunpower France (notre fournisseur de panneaux). Actuellement chez Total, il s'occupe en interne de former à travers le monde des développeurs de centrales photovoltaïques ... puisque Total prévoit d'installer des panneaux photovoltaïques sur ses bâtiments, à commencer par ses stations services !
Oui, oui, vous avez bien lu, chez Total ... la transition énergétique ne souffre aucun sectarisme ! Et, pour rappel, Sunpower est une filiale de Total et a racheté en 2011 l'usine Tenesol à Toulouse, d'où sont sortis nos panneaux.
D'avance merci à Frédéric pour son engagement personnel.

16 h à 18 h 30 : La transition écologique, renouveau pour l'agriculture ?


Ou comment se passer du pétrole et de l'uranium en douceur ?
Quelles implications pour nos agriculteurs et notre alimentation ?
A cette occasion, nous présenterons les scénarios négaWatt 2050 et Afterres 2050.
Alexia Chappond présentera les activités d'Enercoop, Alenka Doulain et Erwan Boumard celles d'Energie Partagée.
Large temps pour répondre aux questions et échanger.
Merci beaucoup à Alexia, administratrice d'Enercoop Languedoc Roussillon, à Alenka, animatrice du réseau ECLR et administratrice d'Energie Partagée Association et à Erwan, directeur d'Energie Partagée Investissement, de venir jusqu'à nous.

10 h à 22 h : Visites des bâtiments et des installations photovoltaïques


Guillaume Husson, le paysan-éleveur à qui les coopératives vont louer l'intérieur des bâtiments à partir de cet automne pourra également répondre à toutes vos questions portant sur son activité, élevage bio de vaches gasconnes et production de bois de chauffage.

Midi et soir, sur place, repas préparés par les coopérateurs


avec dégustation de viande bio produite sur la ferme, mention Nature et Progrès et marquée "Valeurs Parc naturel régional".


Suivre les panneaux "FERME d'ESCOUMS", jaune sur fond bois, depuis le village de Nyer.
4 km de route goudronné et chemin très carrossable en voiture.
Parking à l'arrivée.

Adresse : Les Embriagues - 66360 NYER

Source : http://fermedescoums.fr/evenement/portes-ouvertes-2017-a-la-ferme-d-escoums

mercredi 23 août 2017

Programme de l'Entonnoir à Prades : Amap, jongle, bibliothèque Omnibus, qi gong

Cette semaine à l'Atelier de l'Entonnoir
















 
18h30 : La bibliothèque de l'OMNIBUS est ouverte
         
Si tu veux des conseils de lectures ou choisir toi-même ton livre, c'est le créneau !

Livre à consulter sur place ou à emporter pour les adhérents de l'Entonnoir.








mardi 22 août 2017

Quand l’écologie populaire permet de lutter contre la désespérance sociale et la criminalité


Quand l’écologie populaire 

permet de lutter 

contre la désespérance sociale 

et la criminalité



par , Nathalie Crubézy





Dans les quartiers nord de Marseille, marqués par le chômage massif et la violence, une initiative pourrait bien améliorer un peu la vie des habitants. La cité de Font-Vert, enclavée géographiquement et sinistrée socialement, expérimente des jardins en pied d’immeubles, cultivés par les habitants. Une initiative qui recrée du lien, retisse des solidarités, génère des économies et permet de récupérer des espaces publics jusque-là abandonnés à la violence des trafiquants et aux représailles de la police. Reportage.

Les cris d’alerte des guetteurs résonnent entre les barres d’immeubles, signe qu’une patrouille de police approche de la cité. Max et Fathi s’en moquent. Les affres du trafic de drogue ne viendront pas troubler leur convivial barbecue. Au pied de la « zone K », un ensemble d’immeubles d’une dizaine d’étages de la cité de Font-Vert à Marseille, ils se sont constitués leur « petit coin de paradis », un « maquis de la résistance » pour combattre la désespérance sociale, l’isolement de la cité, la violence des trafiquants et des descentes de police.

Ce « petit coin de paradis » est un jardin potager, tout en longueur, bordant la ligne TGV. Quand il ne conduit pas, en tant qu’intérimaire, un engin sur l’un des nombreux chantiers de la cité phocéenne, Max en prend soin, chaque jour à 5 h du matin, le midi et le soir. Un jardin officieux au début, jusqu’à ce que l’initiative essaime tout autour de la cité. Au pied de la zone K, une quarantaine de parcelles sont désormais cultivées par les habitants et commencent à leur changer la vie.





La cité de Font-Vert est l’une des plus enclavées des quartiers nord de Marseille. À l’Ouest, l’infranchissable ligne à grande vitesse menant à la gare Saint-Charles. À l’Est, celle des trains régionaux, puis une caserne de CRS. Au Nord, un fleuve de voitures coule sur la quatre-voies actuellement en rénovation. « Quand on dit Font-Vert, on ne pense pas aux jardins », soupire Max. La zone est davantage connue pour être l’un des hauts lieux du trafic de drogue. « Narco-banditisme », « règlements de compte », « zone de non droit », énumère la presse au fil des faits divers, avec leur lot de meurtres, d’exécutions à la kalachnikov et de saisies de stupéfiants.

La moitié des habitants sous le seuil de pauvreté


Dans le quartier « prioritaire » où habitent les 460 familles de Font-Vert, les indicateurs sociaux sont tous au rouge : 55% de la population vit sous le seuil de pauvreté (contre 14% en France) ; deux adultes sur trois sont sans emploi ; le revenu médian avoisine 6500 euros, quatre fois moins que la moyenne nationale [1]. Enclavée géographiquement, sinistrée socialement, la cité promet un avenir sombre aux moins de 14 ans qui y vivent – un habitant sur quatre – malgré le soleil méditerranéen. « Quand les jeunes réussissent à l’école, ils ont ensuite beaucoup de mal à trouver des stages. Le quartier est très marqué par la précarité », souligne Marcelo Chaparro, directeur de la Maison des familles et des associations, le centre social situé à quelques centaines de mètres des jardins, de l’autre côté des rails. Ces contextes difficiles, il les connaît bien, venant de Vaulx-en-Velin, en banlieue lyonnaise.





Les jardins constituent désormais une véritable bouffée d’oxygène. « Là ce sont des pois chiches et de l’ail rose. Là, un essai de betteraves ; ici, des oignons », décrit Ahmed, l’un des jardiniers amateurs. Chacun y va de ses expériences potagères sur l’une des 40 parcelles, d’environ 30 m2 chacune, accordées aux locataires de la cité. « Et toi tu commences quand ? », lance Ahmed à un voisin. « J’essaie déjà de planter le persil ! ». Plus loin un autre habitant salue d’un « ça va grand chef ? » « papy Ali » venu inspecter ses pousses. Plus haut, de nouvelles parcelles viennent d’être mises en culture : fèves, menthe, patates, artichauts ou maïs émergent de terre, entre rails et béton. Une première tentative d’installer une ruche pour fournir du miel aux habitants a pour l’instant échoué. Un peu plus bas, un poulailler collectif distrait les enfants. Une femme et sa fille échangent des graines avec un voisin. « Ce sont des graines de tomates d’Algérie. Mon frère est paysan là-bas. J’y suis partie en vacances et pendant mon absence rien n’avait été touché », s’étonne-t-elle.

« Quand je suis arrivé ici, les gens ne se disaient même pas bonjour »


« Au début, les gens n’y croyaient pas. Aujourd’hui cela crée du lien social, une cohésion. Les gens descendent le soir boire le thé à la menthe », sourit Ahmed. « Quand je suis arrivé ici, les gens ne se disaient même pas bonjour. Depuis que ce jardin existe, ils ont changé », renchérit Max. Quelques jardins ouvriers clandestins avaient déjà été cultivés auparavant, de l’autre côté des voies. Mais les vastes terrains qui entourent la cité sont progressivement devenus un « no man’s land » urbain où plus personne n’osait se promener. Le trafic de drogue en avait pris le contrôle. « Dans les bâtiments où les ventes ont lieu, il faut montrer patte blanche. Les résidents se font contrôler pour entrer et sortir. Ils ne peuvent pas inviter d’amis ni se faire livrer », décrit Marcelo Chaparro. « Les gens vivent dans la crainte, pour eux et leurs adolescents, de peur qu’ils se fassent recruter. En quelques années, six jeunes de Font-Vert ont été tués dans la cité, avec parfois leurs cadavres laissés dans la rue. Et il n’y a eu aucune cellule de crise psychologique, ni d’aide aux familles. »





Les jardins redonnent vie à cet environnement hostile. Max en a été l’un des pionniers. « C’est dommage qu’on ne puisse pas manger du bio m’a lancé un jour mon épouse », se souvient-il. Il s’attaque alors à un petit carré de friche dont personne ne sait si elle appartient à l’office HLM ou à la SNCF, et se met à planter. « Mon grand-père m’a tout appris pendant les vacances en Algérie, ça c’est une richesse ! » Autour, les carcasses de voitures et de scooters brulés jonchent ce qui reste de pelouses ou d’esplanades. « Rien qu’ici, j’ai ramassé 14 carcasses de scooters ! ». Pendant que ce premier jardin clandestin prend racine, un autre événement fondateur se produit : une visite à Détroit, aux États-Unis, où l’agriculture urbaine fleurit sur les ruines de la crise économique et sociale, va largement inspirer l’équipe du centre social du quartier (lire aussi notre reportage). Pourquoi ne pas récupérer ces espaces publics délabrés pour en faire des potagers familiaux ?

« Tout ce qui est produit chimique, on n’en veut pas »


En 2013, un premier jardin pédagogique, utilisé par les enfants de l’école voisine, est aménagé par des bénévoles du centre social devant la mosquée. Les jardinières sont en pierre, pas en bois. « On fait tout en pierre. Le bois, c’est comme à Harlem, les guetteurs le prennent pour le brûler et se réchauffer en hiver », explique Fathi Chaker, l’un des jardiniers du centre social. Les habitants intéressés s’inscrivent sur une liste pour cultiver l’une des futures parcelles prévues. Mais le sort d’une aire de jeu voisine, délabrée et l’abandon durable dont souffre la cité, laissent la majorité sceptique. D’autant que les tractations avec le bailleur social et la mairie de Marseille – qui refuse de céder les terrains qui lui appartiennent – s’éternisent. Le centre social et le petit groupe d’habitants portant le projet tiennent bon. Ils vont décrocher un financement – 120 000 euros – des collectivités locales, du bailleur et de la Caisse des allocations familiales [2] Avec l’appui d’un ingénieur de l’Université de Provence, Maurice Monnier, d’une paysagiste et d’une petite entreprise d’élagage locale, ils vont réussir à mener leur projet à terme.






Les terrains sont peu à peu viabilisés, non sans quelques surprises. « Lors du premier chantier, nous sommes tombés sur une planque de drogue en creusant. À part ça, nous n’avons pas eu vraiment de problèmes », raconte Marcelo. En juin 2015, les premiers jardins sont inaugurés. Chaque famille, locataire de la cité, qui souhaite en avoir l’usage doit signer un bail avec l’office HLM et s’acquitter d’une cotisation annuelle de 20 euros pour payer l’eau, fournie par une fontaine collective. « Si une parcelle n’est pas entretenue pendant trois mois, elle est retirée à la famille qui en a l’usage », explique Céline Ciupa, responsable du secteur enfance et famille au sein du centre social. Les usagers des jardins se réunissent en assemblée générale trimestrielle. Les semences sont achetées à l’association Kokopelli. « Tout ce qui est produit chimique, on n’en veut pas. Ici on veut de l’authentique », sourit Max. Un calendrier des meilleures saisons pour planter est cloué sur le local en bois édifié pour ranger les outils. Les dégradations ont été rares. « On s’attendait à plus de problèmes de voisinage », confie la salariée de la maison des associations.

« Les gens ont retrouvé une estime de soi »


Un an plus tard, le bilan paraît très positif. « Cela a créé un vivre ensemble réel. Les gens ont retrouvé une estime de soi. Et cela a apaisé le climat avec les réseaux de trafiquants. Ce n’est plus un endroit où on peut faire tout et n’importe quoi », analyse Marcelo Chaparro. Des échanges entre jardins urbains s’organisent. Les habitants du sud de Marseille – des quartiers « riches » – ont été surpris de découvrir l’ampleur des potagers de Font-Vert, « la plus grande parcelle familiale en pied d’immeubles de France », se réjouit-on. Les jardins contribuent aussi à alléger un peu les modestes budgets des ménages. Un ancien garagiste vient ainsi de récolter 15 kg de fèves. À 2,5 euros le kilo en grande surface, l’économie n’est pas anodine pour ces familles dont beaucoup perçoivent les minimas sociaux. « En été, plus besoin d’acheter des légumes ! », se réjouit Max. « Nous ne pouvons plus seulement faire du lien social, il faut penser les aspects économiques », souhaite Marcelo. Un projet de coopérative d’agriculture urbaine est sur les rails, pour que les familles puissent en tirer quelques revenus, via les réseaux d’économie solidaire.

Reste un problème : apaiser également les relations avec la police. Le 24 février dernier, Fathi Chaker, le jardinier du centre social, s’est fait tabasser par des agents de la Brigade anti-criminalité. Il travaille alors dans l’un des jardins grillagés quand il aperçoit un individu caché dans un grand bac, à l’intérieur. « Je l’ai pris pour un toxico ». Il l’interpelle et lui demande de partir. L’homme est en fait un policier en civil en planque. Il appelle ses coéquipiers. Un attroupement se forme. « Ils insultaient tout le monde, même les mamies », témoigne le jardinier, qui écope d’un coup de poing, est plaqué au sol et embarqué au commissariat pour une garde à vue de 12h. Lui et son employeur, le centre social, ont porté plainte. L’affaire est en cours. « Ils font des descentes, insultent les habitants et frappent des jeunes. Mais quand on les appelle pour un problème, ils ne viennent pas. Cela laisse penser que parce qu’on est pauvre, on n’a pas les mêmes droits que tous les Français », s’agace Marcelo.

Sur le barbecue de Max, merguez et chipolatas sont bientôt cuites. Le rosé de Provence scintille sous le soleil. Il envisage d’installer des panneaux solaires sur son cabanon. Un TGV passe, dominé par la cité voisine, de l’autre côté des voies, dont les appartements ont vue directe sur les jardins . « Les habitants d’en face m’ont dit « tu as changé le monde ». On va déjà changer Font-Vert, le monde on verra après », rigole-t-il. Une coccinelle se pose sur une pousse. « C’est bon signe ! »

Texte : Ivan du Roy

Photos : Nathalie Crubézy / Collectif à-vif(s)

Photos, dans l’ordre d’apparition :
- Les jardins familiaux de Font Vert
- Max dans son « coin de paradis »
- Un quartier enclavé entre TGV, voie ferrée régionale et route nationale
- Ahmed, jardinier locataire
- Échange de semences et de jeunes pousses
- Entraide et travaux collectifs
- Travaux de viabilisation et inauguration (juin 2015)


Cet article a été réalisé dans le cadre du projet Médias de proximité, soutenu par le Drac Île-de-France.

 

 

 

 

 

 

Notes

[1Voir les statistiques sociales du « Quartier Prioritaire Bon Secours Les Rosiers Marine Bleue Grand Saint Barthélémy Saint Jérôme » et de ses 25 000 habitants.

[222% par le bailleur social (Logirem), 21% par la ville de Marseille (Les Républicains), 20% par le Conseil régional (alors à majorité de gauche), 20% par le Conseil général (PS) et 17% par la Caisse des allocations familiales.



Source :  https://www.bastamag.net/Quand-l-ecologie-populaire-permet-de-lutter-contre-la-desesperance-sociale-et

lundi 21 août 2017

Les blessures ouvertes du Rif

On a reçu ça : 

"Un texte que je trouve de haut niveau sur cette histoire du Rif marocain qui vont fournir entre autres les soldats de Franco comme de l'armée de Delattre de Tassigny, à priori (je n'ai pas vérifié !)

Et tout ça, c'est le lieu constant d'une résistance à Mohamed VI
Bref, je vous invite à lire ce texte !

S."


Les blessures ouvertes du Rif


  • 7 août 2017
Hisham Aidi, professeur à Columbia University (School of International and Public Affairs) revient sur l'histoire du Rif depuis les années 20, et de sa famille, pour éclairer les enjeux des affrontements actuels.


Des couvre-feux, des barrages routiers, des points de contrôle sur les autoroutes menant à Al Hoceima au nord-est du Maroc, des quartiers entourés de camions militaires, la police qui s’en prend physiquement aux manifestants, des arrestations massives, des militants enlevés dans les rues : depuis le 26 mai – le premier jour du Ramadan – la ville d'Al Hoceima a été le théâtre d’un chaos continu, qui a atteint son paroxysme lors d’une journée d'affrontements sanglants le 26 juin dernier, que l'on appelle désormais l'Eid noir de 2017. Les tensions sont vives dans le Rif avec d’intenses manifestations depuis octobre 2016 suite au décès aux mains de la police d’un jeune vendeur de poissons, écrasé dans un compacteur de déchets alors qu’il tentait de récupérer ses marchandises confisquées. Une sorte de trêve a depuis été négociée à la mi-mai lorsqu’une délégation ministérielle s’est rendue dans la ville d'Al Hoceima en promettant divers projets de développement.

Or le 26 mai, date à laquelle Abdelkrim Al Khattabi – fondateur de la République du Rif – s'était rendu aux Français en 1926, est tombé cette année un vendredi. En début de matinée, des milliers de jeunes se sont rassemblés dans les villes du nord-est du Maroc, brandissant des drapeaux de la république et des pancartes affichant le portrait d'Abdelkrim. Anticipant les problèmes à la veille du Ramadan, le gouvernement de Rabat avait transmis aux imams de la région du Rif le même sermon préventif et quiétiste du vendredi. Lorsque Nasser Zafzafi, impétueux et éloquent leader des manifestants, est entré dans la mosquée principale d'Al Hoceima, l'imam était déjà à la moitié de son sermon intitulé « La sécurité est une bénédiction », mettant en garde les jeunes marocains contre l’appel à la protestation diffusé sur le net et dénonçant les manifestants comme des fauteurs de troubles. Au moment où l'imam marqua une pause, Zafzafi prit la parole, l’accusant de charlatan parrainé par le régime. « Qu'est-ce que fitna peut bien signifier quand nos jeunes ont peu à manger ? » « À qui appartiennent les mosquées ? À Dieu ou au gouvernement ? »

L'imam n'a jamais pu terminer son khutba. Zafzafi a fait son propre sermon face à une foule rassemblée à l'extérieur de la mosquée. Des affrontements de rue ont éclaté entre les manifestants et les forces de sécurité, alors que ces dernières tentaient d'arrêter Zafzafi et son entourage pour « entrave… à la liberté de culte ». Les protestations et les sit-in se sont rapidement répandus dans le nord et dans les principales villes du centre du Maroc. Des milliers de personnes ont traversé le pays en chantant: « Reste en paix, Abdelkrim, nous continuerons ta lutte ! » Le lundi matin suivant, le ministère de l'Intérieur a annoncé que Zafzafi et des dizaines de militants, artistes et journalistes avaient été arrêtés.

Il y a à peine une décennie, une pareille tournure d'événements - des milliers de manifestants à l'échelle nationale brandissant des drapeaux pan-berbères et clamant «Vive le Rif !» - aurait été difficile à imaginer. Depuis l'avènement de l'islam et la première vague de migration arabe au VIIIe siècle, le Maroc est un melting pot entre Berbères et Arabes, tribus arabes adoptant des langues berbères (Tamazight) et Berbères devenant arabisés. Bien que les données officielles du recensement ne soient pas disponibles, les chercheurs estiment que 45 à 50% de la population marocaine parle aujourd'hui une variante du berbère en première ou en deuxième langue. Les communautés de langue berbère sont concentrées dans le nord-est du Rif, l'Atlas central et les régions sud du Sous, parlant Tarifit, Tamazight et Soussi. Mais en raison de l'emplacement géostratégique du Rif et de son passé colonial distinctif, le Nord a, depuis que le Maroc a gagné son indépendance en 1956, une relation antagoniste avec le gouvernement marocain plus que toute autre région amazigh (ou berbère). De 1923 à 1926, le Rif fut brièvement un état indépendant : la République du Rif a été le premier et unique Etat berbère indépendant dans l'histoire moderne, gouverné par Abdelkrim Al Khattabi, avant de tomber sous la domination coloniale espagnole. Et contrairement aux Français qui ont mobilisé dans leurs territoires nord-africains le nationalisme berbère contre le nationalisme musulman arabe, la politique espagnole dans le nord du Maroc a cherché jusque dans les années 1950 à contrer le nationalisme berbère avec le panarabisme et l'islam, en envoyant des élites locales pour étudier au Caire, éveillant ainsi un long soupçon que les dirigeants de Rif constitueraient une cinquième colonne Nasseriste. Après l'indépendance, des décennies de répression et d'abandon économique ont contribué à renforcer le nationalisme du Nord et cristalliser ainsi le souvenir de la République du Rif. Le Rif - la « question berbère » plus largement - reste une question urgente pour la politique marocaine et un défi pour le régime marocain.

Ma grand-mère, Yema, comme nous l'appelons (« mère » dans la langue Tarifit du nord du Maroc), a vu le jour en même temps que la République du Rif. Son père, M'Hamed et sa mère, Tahera, sont tous deux nés à la fin des années 1800 à Ajdir, un village situé au sud de la ville portuaire d'Al Hoceima. Les deux étaient membres de la tribu Aït Ouriaghel, qui a produit Abdelkrim, le fondateur de la République du Rif, et M'Hamed se confiait régulièrement au leader Rifain. Dans leur jeunesse, mes arrière-grands-parents décampaient périodiquement d'Ajdir à Tanger (300 kilomètres à l'ouest), lorsque des violences éclataient entre tribus ou face aux intrusions espagnoles, et revenaient sitôt que la situation se calmait. Ma grand-mère est donc née dans la kasbah de Tanger en 1922. Sa mère était arrivée à Tanger en 1910, fuyant les troupes espagnoles en maraude. Mais lorsqu’Abdelkrim déclara la république indépendante en 1923, Tahera et sa fille de 9 mois sont retournées au Rif.

Les Espagnols ont été présents dans le nord du Maroc depuis la conquête de Melilla en 1497. Les Rifains s'étaient élevés contre la domination espagnole en 1893 et ​​1909, sans grand succès. C’est alors qu’Abdelkrim fit irruption. Descendant d'un proéminent juriste rifain, maîtrisant l’espagnol, l’arabe et le Tarifit, Abdelkrim travaillait comme journaliste pour « La Telegrama del Rif » à Melilla lorsqu’il décida de mobiliser sa tribu Aït Ouriaghel dans une révolte contre les Espagnols.

Le 22 juillet 1921, lors d’une bataille épique, les combattants d'Abdelkrim ont infligé une défaite cinglante aux forces du roi Alfonso XIII, tuant 13 000 soldats espagnols et regagnant le nord-est de l'Espagne. La bataille d'Annoual restera gravée dans les annales de l'histoire militaire comme un succès étonnant, marquant la naissance de la guérilla moderne. Che Guevara et Mao Zedong saluèrent Abdelkrim en tant que révolutionnaire du Tiers Monde, et on dit même que la défaite de Ho Chi Minh en 1954 contre Dien Bien Phu aurait été inspirée par Annoual.

En février 1923, Abdelkrim déclara la République du Rif (Jumhuriyat al-Rif), un état berbère avec sa capitale à Ajdir, s'étendant de la périphérie de Tanger jusqu'à la banlieue de Melilla. Yema et Tahera sont alors retournées à Ajdir. Les femmes chantaient et ululaient tandis que les prisonniers espagnols défilaient dans les rues. Le drapeau rouge et blanc rifain flottait au-dessus des bâtiments. Les bienfaiteurs sont allés voir Abdelkrim à l’« Oficina », son nouveau quartier général. Les femmes qui l'ont rencontré disaient de lui qu'il avait un regard bienveillant et de belles mains douces. Le père de Yema, de lien de parenté avec le président, a ramené sa famille à Ajdir afin de témoigner de l'histoire. Les 500 000 locuteurs Tarifit  du nord du Maroc, longtemps tournés en dérision par les Européens et les Arabes qui les considéraient comme sauvages et barbares (le mot Berbère est dérivé du grec « bárbaros », et du mot arabe « barabira » signifiant entre autre « barbare »), avaient désormais leur propre pays, avec une armée et même une monnaie (le Rifain). Inspiré par Ataturk de Turquie, Abdelkrim consolida les diverses tribus du Rif en une nation, en créant un système routier reliant les différentes régions, une bureaucratie avec un système fiscal à trois volets ainsi qu’une assemblée nationale. Il aurait dicté de mémoire une Constitution de 40 articles à ses scribes. Selon nos aînés, après la bataille d'Annoual, le Rif était le seul coin du monde musulman qui n'était pas sous domination coloniale.

Abdelkrim était très populaire dans tout le monde arabe et au-delà, jusqu’à Delhi. Les musulmans étaient fascinés par ce guerrier endurci, qui parlait de solidarité pan-islamique et dont l’ascendance remonte à Omar ibn Kattab, compagnon de haut rang du Prophète. La gauche européenne, charmée par ce maître hispanophone qui a refusé de conquérir Melilla, et qui a déclaré être « anti-impérialiste et non anti-espagnol ». Abdelkrim a même captivé le public américain ; le révolutionnaire en turban fut élu « homme de l'année » par le Time magazine en 1925. Pourtant, malgré tous ses appels aux principes wilsoniens, Abdelkrim n’a pas su obtenir le soutien du président Coolidge. Les grandes puissances n’ont pas reconnu la République du Rif. L'administrateur colonial français du Maroc, Henri Pétain, craignait que la République indépendante du Rif ne se développe davantage vers le sud et menace le Maroc français, où régnait un sultan marionnette. Aussi, en 1925, la France et l'Espagne ont uni leurs forces contre la république nouveau-née. C'est alors que M'Hamed a envoyé à nouveau sa femme et sa fille dans la zone internationale de Tanger.

Voici comment Yema racontait l'histoire : c'était le printemps 1925, la neige fondait des branches des cèdres et les avions espagnols et français parcouraient les nuages ​​au-dessus du mont Annoual lorsque ma grand-mère et Tahera ont fait le voyage d'Ajdir à la ville portuaire d'Al Hoceima et embarqué à bord d'un navire pour Tanger. (M'hamed, alors messager d'Abdelkrim, est resté pour aider son président qui essayait d'unir les diverses tribus du Rif contre les Espagnols).

Le roi Alfonso XIII donna l’instruction à ses chefs militaires - dont un jeune colonel nommé Francisco Franco - d’utiliser du poison et du gaz innervant. L’objectif, selon le monarque, était clair : « l'extermination, comme celle des bêtes malveillantes, des Beni Urriaghels et des tribus les plus proches d'Abdel Karim ». Les Rifains étaient largement en infériorité numérique et dépourvus de moyens et en mai 1926 Abdelkrim s’est donc rendu aux Français. « Je me rends », aurait-il dit, « afin que mon peuple puisse continuer d'exister ». Yema, alors âgée de trois ans et sa mère étaient installées en toute sécurité dans la kasbah de Tanger entourées d'autres membres de la tribu Ouriaghel, quand la nouvelle de la capitulation d'Abdelkrim et de la mort de son père lui est parvenue. Les Français exilèrent le chef et sa famille sur l'île de la Réunion dans l'océan Indien, mais il finit par s'installer au Caire, où il mourut en 1963. Deux cousins ​​de Yema furent également envoyés à la Réunion. Franco continua quant à lui à consolider sa main-mise sur le nord du Maroc, puis recruta des milliers de jeunes Rifains pour combattre les républicains lors de la guerre civile espagnole.

De mon enfance dans les années 1980, je me souviens de ma grand-mère et de ses compères racontant des histoires sur l'exil d'Abdelkrim : quel cousin avait été envoyé à la Réunion, qui s’était installé au Caire, qui avait fini à Madrid ou à Barcelone, ou encore ce moment, à Ajdir, où Tahera avait tiré un coup fusil sur un intrus d'un clan rival, le frappant à la jambe. Puis, les plus jeunes parmi le groupe de femmes se levaient et se prêtaient au jeu des imitations : des imitations cinglantes de la religieuse espagnole qui leur enseignait l'espagnol quand elles étaient enfants, de la jeune mariée sournoise dont le derrière semblait ressortir autant que celui de sa mère et ainsi de suite. Ma grand-mère sortait alors le « bendir », un tambour rond, et menait la danse, laissant le bout de ses doigts se promener sur la percussion ; les autres se joignaient au rythme en frappant des mains. Puis le volume diminuait, et soit elle ou Khadouj (en Tarifit, les noms arabes reçoivent le préfixe affectueux « oush / ouj »: Khadija devient ainsi Khadouj, ou Amina devient Minoush) entamait un « mawal » (chant). Yema chantait magnifiquement bien les airs féminins des montagnes de Djbala et du Rif. L'une de ses chansons préférées, à propos de la guerre et de l'amour non-partagé, commence par la poudre à canon qui explose sur les collines de Chefchaoun, où les Rifains ont combattu les Espagnols. Un des couplets dit : « Je pleure pour les morts, car les blessés peuvent guérir ».

Les hommes aînés, dont beaucoup avaient passé leur enfance dans le Rif, se remémoraient aussi la guerre : les petites canettes de ce qui ressemblait à du lait condensé qui tombaient des avions, crachant une fumée qui pouvait rapidement aveugler ; le chant de leur enfance « Enfants de Dieu, cachez-vous dans les grottes, le poison de l'ennemi est à nouveau dans l’air ». Lorsque la famille élargie se rassemblait à l’occasion de la fête d’Eid, mon grand-oncle nous prenait à l'écart pour nous enseigner le Tarifit. Nous étions confus par cette langue étrangère, que seuls les plus de 60 ans semblaient comprendre, avec ses étranges sons non-arabes : « yetawen » (yeux), « mezoghen » (oreilles), « aghium » (pain), « meghnan » (têtu) et « aghiul » (idiot). Mais le milieu de la mémoire des femmes, que j’ai pu explorer jusqu'à l'âge de 13 ans, avec sa musique et son humour, était plus coloré et moins vantard. (S’il arrivait qu’une de ses filles prépare un mauvais thé, Yema disait « cela a le goût de ce qu’ils ont fait boire à mon père », une référence qui ne m'est devenue compréhensible que plus tard, lorsque nous avions appris que son père avait été empoisonné par un adversaire politique au moment où la République a périclité dans les luttes intestines tribales.

Un portrait en noir et blanc accroché dans la salle de séjour de mes grands-parents montre Yema dans son adolescence, vers 1938 : les cils relevés avec du kohl, les cheveux noirs tressés en deux longues tresses et des mèches courtes sur les côtés, avec un tatouage semblable à un mille-pieds - la  marque de l'Aït Ouriaghel, la plus grande tribu du Rif - qui descend le long de son menton. À l'époque, les filles du Rif portaient leurs cheveux tressés avec de courtes mèches de côté. Yema n'est jamais allée à l'école. Après la mort de son père au début des années 1930, elle devait aider Tahera à s'occuper des trois jeunes garçons. Elle concoctait des plats rifains pour eux : majaha, turda et zambo. Les garçons avaient des têtes rasées, à l'exception d'une fine tresse qui descendait dans leurs dos, qu'ils devaient couper s'ils voulaient fréquenter l'école Alfonso XIII. Dans Aïn Hayani, le petit village près de la plage de Merqala, Yema a rencontré mon grand-père Hamadi (qu’on appelait Vava, « père » en Tarifit), aussi issu de la tribu Ouriaghli, arrivé très jeune à Tanger en 1922.

Après la Seconde Guerre mondiale, Tanger est redevenue une zone internationale gouvernée par un comité de huit puissances occidentales et un tribunal mixte. Les Marocains étaient jusqu'en 1960 restreints aux zones indigènes : Medina, M'Salla, Dradeb et Aïn Hayani. Merqala Beach était un domaine où les Européens et les Américains interagissaient avec les indigènes. La crique était située au pied de la « montagne anglaise », nommée ainsi en raison des expatriés britanniques et américains qui y avaient vécu pendant des siècles. Au coucher du soleil, une fois les « Nazaréens » partis, Yema et ses amis, les ménagères, les vendeuses de blé et les cuisinières qui travaillaient pour les étrangers dans la colline, coinçaient le bout de leurs caftans dans leurs ceintures et plongeaient leurs jambes dans l’eau rocheuse à la recherche d’algues (un bon exfoliant pour la peau) et de pierres lisses pour les ablutions des prières. Les femmes européennes et marocaines se mélangeaient rarement, mais une femme en particulier du Café Miri, où les étrangers s’installent et fument du hachich, s'approchait régulièrement des Marocains ; une femme gaie et rouquine, mariée à un écrivain américain qu’on pouvait apercevoir pendant la journée marcher sur les falaises, un cahier à la main. « Jeannie », ainsi était nommée Jane Bowles, était intriguée par les femmes marocaines et inversement ; les femmes rifaines débattaient longuement si son surnom lui avait été donnée à cause de son amour du gin, ou parce qu'elle aurait vu le djinn. Drôle, parlant arabe et excellente mime - l’imitation est un talent très apprécié à Tanger - Jeannie est devenue proche des femmes du quartier. Souad, la belle-soeur de Yema, fut d’ailleurs engagée comme femme de ménage auprès de Paul Bowles pendant de nombreuses années.

Malgré le mythe de Tanger comme « ville de rêve », au cours de l'ère internationale, la population indigène de la ville était essentiellement apatride, confinée à des quartiers pauvres et ségrégués. Les locaux ont demandé la garantie et protection de leurs droits auprès d’une myriade de consulats dans la ville. Hamadi, mon grand-père, est devenu citoyen espagnol. Un jour, il fonda « Hispamaroc », une agence de voyage située à côté de l'Hôtel Rembrandt et en 1951 il ouvrit un restaurant, « Hamadi », qui reste le restaurant le plus ancien de Tanger. Yema, à son tour, est devenue la conciliatrice de la communauté, la messagère du pouvoir, la gestionnaire d'argent et la gardienne de notre mémoire. Elle empêchait les conflits conjugaux d'escalader et s'assurait que les enfants sans père ne connaissent jamais la faim. Son prestige a entretenu la réputation de mon grand-père et vice versa.

Après que le Maroc ait gagné son indépendance vis-à-vis de la France en 1956, il a été convenu que Tanger serait remis au gouvernement marocain - désormais sous la suzeraineté de Mohammed V - dans les prochaines années. Hamadi a rassemblé ses enfants autour du « tayfor » - la table basse à laquelle nous mangeons - et a déchiré son passeport espagnol: « Nous sommes maintenant Marocains ». La récompense arriva vite.

Les tensions couvaient dans le Rif, tandis que le parti islamique pan-arabe Istiqlal (indépendance) étendait son contrôle sur le Nord. Les dirigeants locaux ont mis en avant une série de demandes - y compris qu’Abdelkrim rentre d'exil et que la bureaucratie locale soit dotée de fonctionnaires berbères et de langue espagnole. Au Caire, Abdelkrim, entouré d'un contingent de nationalistes marocains, fonda l'Armée de Libération pour libérer le Maroc de tout contrôle espagnol et français, une organisation que l'Istiqlal et le roi considéraient comme une menace. Alors que des militants locaux rifains se faisaient arrêter et placés dans des centres de détention, Abdelkrim envoya une lettre au Premier ministre M'Barek Bekkai, lui demandant s'il dirigeait plutôt « un gouvernement ou un gang ».

Les protestations se sont révélées violentes. À la fin de 1958, la force aérienne marocaine a commencé à bombarder le Rif. En affirmant que l'intifada était coordonnée par Abdelkrim au Caire avec le soutien de Nasser - et vu le renversement récent des monarques égyptiens et irakiens - l'armée marocaine a répondu brutalement par une politique de la terre brûlée. Dirigé par le prince Hassan, les militaires ont sévi en 1959, en utilisant du napalm et mettant ainsi le feu aux maisons et champs de blé, tuant 10 000 personnes. Les photographies montrent le minuscule prince se pavanant dans les villages rasés, vêtu d’une chemise à rayures et d’une veste de velours, souriant, un fusil à l’épaule.

En 1960, le roi Mohammed se rendit au Caire pour se réconcilier avec Abdelkrim, s'adressant à lui comme à un « père » et l'invitant à rentrer au Maroc. Mais le monarque décéda peu de temps après et en arrivant au pouvoir en 1961, son fils, le roi Hassan II, s'allia aux États-Unis et se positionna contre l'Union soviétique et ses alliés arabes "radicaux" comme l'Egypte et la Syrie. Il publia une nouvelle Constitution, dont Abdelkrim a rapidement dénoncé l’absence de « contours démocratiques ». Hassan engagea également une politique consistant à isoler et à étrangler économiquement le Nord, en transférant les missions diplomatiques et les bureaux aériens de Tanger à Casablanca et Rabat et en orientant le tourisme et les investissements vers le Sud, mettant ainsi à genoux une région déjà appauvrie. Des dizaines de milliers de Rifains ont alors migré vers la Belgique, la France et la Hollande.

La peine a duré plusieurs décennies. Enfants, nous n'avions jamais compris pourquoi nous, en tant que peuple, nous avions été punis. N’était-ce précisément pas le Nord qui avait mené la lutte anti-coloniale au Maroc ? Or, les gens craignaient de parler ouvertement le Tarifit et personne n'osait nommer son fils Abdelkrim. Une nuit de janvier 1984, le roi Hassan II apparut brusquement à la télévision marocaine. Je me souviens, alors jeune garçon, de l'image en noir et blanc du souverain assis à son bureau, hargneux, agité. Le Rif s'était élevé à nouveau ; la jeunesse protestait dans plusieurs villes en raison des hausses de prix du sucre, de l'huile et de la farine. Lors d’un bref discours, le roi a lancé une série d'insultes contre les gens du Nord et, en reprenant une ancienne insulte coloniale, il a désigné les jeunes protestataires du mot « awbash » (sauvages) et a menacé de « faire sauter les maisons de leurs pères ». L’insulte « awbash » était scandée lors de rassemblements politiques et de matchs de football quand les équipes du Nord faisaient le déplacement au Sud. (Les habitants du Nord étaient également dénigrés comme étant « les enfants du roi Juan Carlos », qui ne connaissaient pas l'hymne national marocain, suite à quoi nous rétorquions en chantant une version sale de l'hymne national espagnol pour afficher notre (non)nostalgie pour la domination espagnole : « Franco, Franco, Quien tiene el culo blanco »).

En juillet 1999, Mohammed VI, fils d’Hassan, est monté sur le trône et a entamé une politique de réconciliation avec Tanger et la région du Rif. La désaffection dans le nord, autrefois espagnol, qui était alors une plaque tournante de production de cannabis et d'activités islamistes, de même que l'impasse de la question du Sahara occidental, ancien territoire espagnol, étaient toutes deux devenues un embarras pour le régime. À partir des années 1960, le régime avait mobilisé l'islamisme contre le nationalisme berbère et les mouvements de gauche, mais à la fin des années 1990, les fonctionnaires de l'État perdaient le contrôle des mouvements islamistes, qui défiaient ouvertement le trône. Le nationalisme berbère est alors devenu un moyen de contrer l'islamisme. Abderrahman Youssoufi, un important dissident rifain dont le frère avait été éliminé par Franco, a été nommé premier ministre en 1998.

Les mémoires très applaudies de Mohammed Choukri, « Le pain nu », décrivant son évasion du Rif à Tanger dans les années 1940, ont été interdites de publication en 1983 et rediffusées dès 2000. Amazigh, qui signifie « personne libre », a officiellement remplacé « Berbère » comme terme privilégié au sein du discours public. L'Institut royal de la culture amazighe a été fondé. Des livres ont commencé à apparaître sur « l'histoire taboue » du Nord et des magazines traitant des « femmes guerrières » du Rif étaient toujours plus diffusés. En janvier 2004, le régime a finalement établi une Commission de vérité et de réconciliation pour enquêter sur les violations des droits de l'homme qui se sont produites dans le nord-est ainsi que dans d'autres parties du royaume, au cours du règne de Hassan II.

En 2011, avec les révoltes arabes, le conflit s'est intensifié entre Imazighen et les islamistes d'Afrique du Nord. Des imams salafistes appelaient ouvertement à l'éradication des communautés non-arabes. Au Maroc, les imams des villages éloignés contraignaient les femmes à enlever leurs tatouages ​​au menton. Des fanatiques ont profané une sculpture Amazigh vieille de 8 000 ans dans les montagnes du Haut Atlas appelées « Plaque du soleil ». Les protestations ont éclaté à nouveau dans le Rif - si ce n’est que cette fois-ci, les militants locaux se lient avec leurs homologues à travers le royaume. Lors de manifestations à travers le pays, le drapeau pan-amazigh bleu, vert et jaune a été porté haut. Le palais a dévoilé de manière préventive une nouvelle constitution qui a promis la « décentralisation » et a consacré Tamazight comme « langue officielle de l'État ». En novembre 2014, le roi a déclaré avec force que les Marocains de toutes les ethnies sont égaux, « sans distinction entre Jibli, Rifains, Sahraoui et Soussi ». (Cette célébration publique de l'identité amazighe du Maroc et du « caractère africain » doit également être considérée à la lumière du récent retour du Maroc au sein de l'Union africaine et de ses efforts pour gagner en influence dans la région du Sahel et obtenir le soutien diplomatique des États subsahariens dans le conflit du Sahara occidental.)

Cette volte-face culturelle est vraiment étonnante. Aujourd’hui, on voit à travers le Maroc le script Tifinagh apparaître sur les panneaux routiers, les bannières et les bâtiments gouvernementaux. Les prénoms amazigh - Tilila, Kahina, Ayur - autrefois décriés, quand ils n’étaient tout simplement pas interdits, sont désormais à la mode parmi les Marocains de classe moyenne. (Ceux d'entre nous nés dans les années 70 et 80 ont reçu des noms égyptiens - Hisham, Rania, Amr - reflétant l'orientation de nos parents à l'époque.) Des festivals culturels amazighs sont maintenant organisés dans tout le pays. Le plus frappant, peut-être, est la résurrection d'Abdelkrim, maintenant exalté comme un héros marocain qui a combattu l'impérialisme espagnol et français. En déambulant dans les marchés de rue de Tanger, on aperçoit son visage sur des écharpes, des T-shirts et des porte-clés. Cap Radio, dans ses émissions en Tarifit, joue du « chaabi » et des chansons rap célébrant le leader. "Rif-Hop" est maintenant un genre musical en soi. Les filles d'Abdelkrim sont devenues des célébrités mineures, faisant des tournées à travers le pays pour parler d'exil et de réconciliation. Le révolutionnaire rifain devient lentement une icône culturelle, l’emblème d'un Maroc alternatif.

Et pourtant, les protestations dans le Rif continuent. Les militants qui se rassemblent régulièrement à l’« Oficina » à Ajdir - les ruines du bureau d'Abdelkrim - ont peu de patience pour les concessions culturelles et symboliques reçues jusqu'ici. Leurs revendications incluent l'abrogation d'un décret royal (dahir) de 1958 qui déclare le Rif comme zone militaire ; l'utilisation de la langue Tarifit dans l'administration locale ; une enquête sur la mort de Mouhcine Fikri, le pêcheur tué en octobre par les autorités et la mort de cinq jeunes manifestants dont les corps carbonisés ont été retrouvés dans une banque à Al Hoceima début 2011. Les investissements publics et les infrastructures figurent également sur la liste des exigences : routes et autoroutes pour sortir la région de son isolement ; universités, hôpitaux ainsi qu’un centre de traitement du cancer. (Le Rif connaît le taux de cancer le plus élevé du royaume. La raison parfois invoquée serait l'utilisation par l'Espagne de gaz moutarde en 1926.)

Toujours plus de manifestants exigent également le retour des restes d'Abdelkrim du Caire et sa commémoration en tant que personnage démocratique amazigh et non pas seulement en tant que symbole anticolonial. Au cours de la dernière année, les violences ont presque toujours éclaté alors que les manifestants tentent de planter le drapeau de la République du Rif sur un bâtiment et que la police intervienne. Si le drapeau tricolore pan-berbère peut être aperçu à travers le pays, le drapeau rifain rouge (inspiré de l’empire ottoman), avec son croissant et son étoile à six pointes, reste quant à lui un important point de discorde : le chef du parti socialiste marocain dit que le drapeau devrait être intégré à l'identité nationale ; d'autres politiciens y voient un signe de séparatisme et de républicanisme.

Mais l'image populaire du Rifain - longtemps considéré comme un mélange étrange d’origines africaines et Viking aux yeux verts, séparatiste, à peine islamique - change progressivement. Sur le plan culturel et linguistique, le Rif a depuis 1999 été largement intégré au royaume. En outre, la jeune génération de dirigeants du Rif est politiquement stratégique : plutôt que de parler en Tamazight ou en espagnol, d’évoquer les droits autochtones et les différences ethniques (comme les aînés peuvent l'avoir fait), les Hirak émettent maintenant leurs appels en arabe, demandent des droits et des services et relient leur mouvement à des luttes démocratiques dans le reste du monde arabophone. Leurs discours ont également tendance à être accompagnés de références religieuses. Tenant un Coran dans une main et flanqué du portrait d'Abdelkrim dans l’autre, Zafzafi parle des ancêtres berbères Masinissia et Jugurtha, des rois de Numidie et de la sagesse des compagnons du Prophète. En fait, c'est précisément son discours sur les mosquées où il conteste le contrôle par le gouvernement des institutions religieuses - un problème qui résonne largement - qui a provoqué l’actuelle répression. Ces prochains temps, des manifestations éclateront à Hoceima ou Nador au nord du pays et se répandront rapidement jusque dans les villes du sud, où un chant de solidarité s'élèvera « Wlad al Rif mashi awbash ! » (Les enfants du Rif ne sont pas sauvages) et « Êtes-vous un gouvernement ou un gang ? ». Le Rif constitue aujourd’hui l'épicentre et l’impulsion de la protestation politique au Maroc.

Yema n'a jamais appris à lire, ni l’arabe ni aucune autre langue. Elle aimait les émissions de télévision sur la vie océanique et était une fan de longue date de la série sous-marine de Jacques Cousteau. À l'école primaire, j’allais donc consulter les livres sur la vie marine et les lui lisais. Je lui indiquais différentes créatures et mentionnais leur nom en anglais ou en français, en lui demandant la traduction en berbère. Elle réfléchissait un instant et suggérait des mots : « gijdour », « bibet ». Je la regardais. Ses yeux verts s’illuminaient - elle inventait les mots. Qui sur terre aurait su comment dire « baleine à bosse » en berbère? Yema était tendre. Sa poche de tablier contenait un nombre infini de pièces de monnaie, de noix et de Smarties, les M&Ms britanniques. Lorsque les vents froids de l'Atlantique commençaient à souffler en novembre, elle pressait ses lèvres contre nos fronts pour voir si nous avions de la température. Mais elle avait aussi un côté dur. À Tanger, les conversations ont tendance à commencer par une houle de nostalgie : à quel point la ville se détériore, est envahie, n’est plus ce qu'elle était autrefois. Je n'ai jamais entendu Yema exprimer un soupçon de nostalgie, ni pour le Rif, ni pour la Zone Internationale, ni même pour les villas classiques italiennes sur le boulevard qui ont été rasées et remplacées par d’affreuses tours d’immeubles.

Lorsque j'étais un enfant, chaque mois de septembre, un gros sac d'amandes était livré à la maison de mes grands-parents, un souvenir de l’après-récolte de la famille d'Ajdir. Au cours des années, le sac avait progressivement diminué pour ne devenir qu’un petit paquet, mais Yema donnait encore à chacun une poignée de noix sucrées et croustillantes. Pendant des décennies, cela avait fonctionné comme un lien récurrent, voire ténu, à notre terre ancestrale. Lorsque le cœur de Yema a cessé de battre le 7 février dernier, le Rif revînt par grandes vagues. Durant les trois jours de deuil, des octogénaires aux barbes teintées au henné et des femmes aux noms comme Titem et Achoucha sont venus exprimer leurs condoléances. Ma grand-mère a été enterrée dans le cimetière de Sidi Amar surplombant la baie de Tanger. Sa pierre tombale est orientée vers le nord-est ; Gibraltar et le sud de l'Espagne se trouvent à sa gauche, les montagnes du Rif à sa droite. Une partie du dilemme identitaire Amazigh a toujours été de déterminer de quel côté s’orienter. La génération d'Abdelkrim regardait vers l'est, le Caire, puis vers la Mecque, pour le salut. Les générations suivantes se tournaient vers l'Espagne et la France, puis vers l'est à nouveau. Vers quelle direction les vivants doivent-ils se tourner ? Tant que Yema était en vie, nous n'avions pas eu à décider.

Version originale publiée dans The Nation :
 « Is Morocco Headed Toward Insurrection? »

Hisham Aidi

ha26@columbia.edu



Source : https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/070817/les-blessures-ouvertes-du-rif