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samedi 30 mai 2026

Les 10 bonnes nouvelles de la semaine - Association Routes Vivantes, policiers et Brésil


Association Routes Vivantes, 

policiers et Brésil : 

les 10 bonnes nouvelles 

de la semaine

 


Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? 

Voici 10 bonnes nouvelles 

à ne surtout pas manquer cette semaine. 

 

1. Animaux écrasés sur les routes : création de l’association Routes vivantes

Une association nommée Routes vivantes a été créée pour réduire la mortalité des animaux sauvages due aux collisions routières. Elle cherche à sensibiliser les automobilistes et à travailler avec les collectivités pour améliorer les passages à faune et mieux intégrer la biodiversité dans l’aménagement des infrastructures routières. (Le Zéphyr)

 

2. Des policiers appellent à désobéir aux ordres contre la liberté de la presse

Une association de policiers, PRC, dénonce les violences et entraves subies par les journalistes lors de manifestations. Elle appelle à sanctionner les comportements abusifs et invite même les policiers à refuser certains ordres jugés contraires à la liberté de la presse, tout en critiquant la concentration des médias. (Blast)

 

3.Vallée de l’Arve : des habitants participent à la recherche sur les pollutions

Dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie), lune des zones les plus polluées de France, des habitants participent à un institut écocitoyen qui associe citoyens, scientifiques, élus et acteurs locaux. Ensemble, ils définissent les thèmes de recherche en santé-environnement (qualité de l’air, de l’eau, des sols, impacts sur la santé) afin de produire des études utiles aux décisions publiques et mieux comprendre les effets des pollutions locales. (Vert)

 

4. Dans un village de la Meuse, les habitants décident directement des projets locaux

À Ménil-la-Horgne, une assemblée citoyenne permet aux habitants de voter directement sur les projets du village (équipements, services, énergie). Le maire et le conseil municipal mettent ensuite en œuvre les décisions prises collectivement. Le dispositif renforce la participation et la cohésion locale, même s’il ne fait pas l’unanimité parmi les habitants.(Reporterre)

 

5. Au Brésil, réforme fiscale pour alléger la classe moyenne et taxer davantage les riches

Le gouvernement brésilien a adopté une réforme de l’impôt sur le revenu qui relève le seuil d’exonération, permettant à des millions de ménages de la classe moyenne de ne plus payer d’impôt. En parallèle, la contribution des plus riches est augmentée via la taxation des dividendes et un impôt minimum sur les très hauts revenus. (La Relève et la Peste)

 

6. Sanctuaire pour éléphants au Portugal : une alternative à la captivité en Europe

Un sanctuaire pour éléphants ouvre dans le sud du Portugal, dans la région de l’Alentejo. Il doit accueillir des animaux issus de cirques et de zoos européens, dont Julie, dernière éléphante de cirque du Portugal, et Kariba, une éléphante vivant seule dans un zoo en Belgique. (The Guardian)

 

7. Un nouveau scanner pour détecter l’endométriose

Des chercheurs d’Oxford testent un nouveau type de scanner combiné à un traceur pour détecter plus tôt l’endométriose. L’objectif est de réduire les années d’attente avant diagnostic, souvent très longues avec les méthodes actuelles. Les premiers résultats sont encourageants mais doivent être confirmés par des études plus larges. (BBC)

 

8. Victoire juridique contre la vénerie sous terre des blaireaux dans le Tarn-et-Garonne

Le tribunal administratif de Toulouse a annulé un arrêté préfectoral autorisant la chasse des blaireaux en période complémentaire dans le Tarn-et-Garonne. La décision juge cette pratique illégale, notamment car elle pouvait toucher des jeunes blaireaux encore dépendants dans les terriers. Les associations de protection de la nature obtiennent ainsi une victoire après plusieurs années de recours.(ASPAS)

 

9. Un modèle de placenta artificiel pour mieux tester les médicaments pendant la grossesse

Des chercheurs de l’Université de Berne ont développé un modèle de placenta artificiel en laboratoire pour étudier comment les médicaments passent de la mère au fœtus. L’objectif est de mieux évaluer les risques, car les effets sur les femmes enceintes sont souvent mal connus et difficiles à tester. Ce système pourrait aussi réduire le recours aux tests sur les animaux. (Swisscom / blue News)

 

10. À Varsovie, des canards prioritaires sur la route au printemps

À Varsovie, en Pologne, des bénévoles et la police interrompent temporairement la circulation chaque printemps pour permettre à des canards sauvages de traverser une route en toute sécurité. Ces opérations protègent notamment les jeunes harles bièvres lors de leur déplacement vers la rivière Vistule. (France 24)

– Mauricette Baelen

vendredi 17 octobre 2025

NOUVELLE ACTION DES FAUCHEUSES FAUCHEURS VOLONTAIRES D’OGM, du COMITE de COORDINATION LIMAGNE LIMAGRAIN, des SOULEVEMENTS DE LA TERRE

 


Limagne, le 13/10/2025 

COMMUNIQUE DE PRESSE

NOUVELLE ACTION DES FAUCHEUSES FAUCHEURS VOLONTAIRES D’OGM, du COMITE de COORDINATION LIMAGNE LIMAGRAIN, des SOULEVEMENTS DE LA TERRE

 

Pour dénoncer l’exploitation techno-industrielle du vivant


En ce printemps 2025, des sur-semis de maïs avec des semences paysannes issues de pollinisation libre, maïs dit population, ont été effectués dans différentes parcelles de maïs semences de gros exploitants agricoles sous contrat Limagrain, qui font partie des « futurs » bénéficiaires des giga-bassines projetées vers Billom.

Nous dénonçons le principe des semences hybrides ou OGM, qui obligent les agriculteurs à se fournir chaque année en semences auprès des grands groupes comme Limagrain, qui porte le lobbying pour une déréglementation des semences OGM obtenues par les NTG (Nouvelles Techniques Génomiques), au niveau national et européen.


De plus, la volonté de Limagrain de développer le maïs semence, avec obligation d’irrigation, a pour conséquence la promotion d’immenses réserves d’eau : giga-bassines, barrages, pompages, forages, qui favorise encore plus la pénurie et les restrictions d'eau pour les populations, le vivant et les petit(e)s paysan(ne)s au bénéfice de quelques-uns, par exemple 36 exploitants agricoles de l'ASL les Turlurons à Billom.


Nous dénonçons l’appropriation du vivant, l'accaparement de l'eau, la privatisation par les droits de propriété intellectuelle (DPI) sur les semences hybrides ou génétiquement modifiées alors que les graines, qui sont des germes de vie, doivent rester un commun.


En sélectionnant un nombre réduit de variétés homogènes, la politique de Limagrain appauvrit la diversité génétique et met en péril l'alimentation saine de l'humanité.


Nous souhaitons sortir rapidement de ce modèle agricole productiviste et intensif qui rapporte des profits colossaux aux multinationales de semences, de pesticides, d'OGM,... et aux gros exploitants agricoles déjà honteusement bénéficiaires d'une grosse partie des subventions.


Les fausses solutions technologiques nous détournent d'une agriculture paysanne respectueuse des ressources naturelles, des animaux et de la santé de la population. Elles accaparent l’argent public et elles nous sont imposées sans concertation citoyenne, comme récemment la loi Duplomb.


Oui aux semences paysannes qui laissent la liberté aux agriculteurs de produire, renouveler et échanger leurs propres semences adaptées aux conditions écologiques locales.


Oui aux subventions pour aider les paysannes et paysans pour un revenu digne de leur travail, pour développer l’agriculture biologique, pour restaurer la nature, le vivant...


L’agriculture paysanne est la seule voie capable de répondre de manière cohérente et systémique aux enjeux alimentaires, environnementaux et sociaux.


Contact : https://faucheurs-volontaires.fr


Limagrain et le maïs hybride

Une multinationale sans limite

Derrière sa façade de coopérative agricole auvergnate, Limagrain est aujourd’hui une multinationale avec une stratégie industrielle mondiale. Soucieuse de protéger ses parts de marché plus que l’intérêt des paysans, cette entreprise renforce son emprise sur les pratiques agricoles par un système de semences hybrides qui ne peuvent être ressemées et des cahiers des charges très stricts imposés à ses membres. Elle défend une agriculture chimique sur-informatisée et robotisée, fortement engagée dans la recherche et l’usage des OGM et des biotechnologies. Exerçant un puissant lobbying sur les instances politiques françaises et européennes pour obtenir que les OGM issus des nouvelles techniques génétiques ne soient plus reconnus OGM, elle annonce la culture des premières variétés de blé et de maïs génétiquement modifiées, obtenues par des NTG (Nouvelles techniques Génomiques), dès 2029, en France. 

Limagrain et les hybrides industriels

Limagrain est le 5eme exportateur mondial de semences. La majorité des semences de maïs que Limagrain cultive et commercialise sont des hybrides. Le maïs hybride, cultivé en France dès les années 50, permet à Limagrain d’avoir le monopole de la reproduction de cette plante en maintenant les agriculteurs captifs. En effet ce maïs récolté, s’il est ressemé, est impropre à la commercialisation ayant perdu ses caractères de distinction, d’homogénéité et de stabilité imposés par le marché agricole dominant. Pour rester dans ce marché, totalement dépendant des exigences des industries de l'agro-alimentaire et des carburants, la majorité des agriculteurs rachètent chaque année ces semences hybrides. Ces dernières sont toujours liées à l'usage intensif d’engrais chimiques et de traitements avec des pesticides de synthèse dont les conséquences sanitaires et environnementales graves ne peuvent être ignorées. L'empoisonnement commence par l’enrobage systématique des semences par ces poisons.

Le maïs

Le maïs, représente 11 % de la surface agricole en France, et sert principalement à l’alimentation animale. Il est aussi cultivé pour plusieurs industries comme celles de l’amidon, des plastiques ou des agro-carburants entraînant le pillage des terres nourricières et de l’eau, pour toujours plus d’élevage industriel, de circulation automobile, d’emballages et de consommation illimitée de marchandises.
 

Monopoliser les terres et l'eau

En France, le maïs est la culture la plus consommatrice en eau et représente 32% des surfaces irriguées. Les projets de retenues ou de bassines qui privatisent l’eau au profit de quelques agriculteurs (Sivens, Sainte Soline, Limagne ...) sont dans la suite logique du développement de grandes monocultures qui monopolisent les terres, font disparaître les arbres et les haies et ont rendu les sols stériles et incapables de retenir l'eau. Produisant des plantes sans résistance et capacité d'adaptation, cette agriculture doit multiplier l'usage de pesticides de synthèse et d'engrais chimiques. En Limagne, les deux projets de méga-bassines ayant pour but de pomper plus de 2 millions de m3 chaque année dans l'Allier au profit de 36 agriculteurs coopérateurs de Limagrain, sont aujourd'hui à l'arrêt, après une forte mobilisation de la société civile.

 S’approprier 8 000 ans de sélection paysanne

Les plantes cultivées aujourd’hui sont le fruit de 8 000 ans de sélection, d’amélioration, d’échanges libres entre les paysan.nes et entre les peuples et c’est ce que cherchent à s’approprier, ou détruire, les industriels. L’agro-industrie est la cause principale de la disparition de la biodiversité cultivée ou sauvage, de l'appauvrissement des terres. Mais aujourd'hui il est encore possible d’arrêter la trajectoire de cette entreprise de destruction massive qu'est l'agriculture industrielle. En effet, plus de la moitié de l’alimentation dans le monde est toujours produite par des petites fermes vivrières et par une agriculture biologique et paysanne toujours en évolution.


Des semences issues de cette expérience paysanne : les variétés de semences pop

Les variétés populations sont composées d’individus tous différents présentant une grande variabilité (à l’opposé des hybrides F1) mais génétiquement proches et exprimant des caractères communs. Toutes les plantes à l’intérieur d’une variété population se combinent entre elles par pollinisation libre et croisée entraînant une grande diversité génétique. Sélectionnées dans leur champ par les paysan.nes et ressemées librement, elles présentent une plus grande souplesse d’adaptation leur permettant d’évoluer selon les conditions de
cultures, la diversité des caractéristiques du sol, des autres êtres vivants et des pressions environnementales et climatiques

Aujourd’hui, le nombre d’initiatives, autour du maïs population est croissant notamment pour une grande majorité d’éleveurs.ses recherchant l’autonomie de leur troupeau. Ces initiatives sont toujours le fruit d’échanges, d’entraide et de recherche collective entre paysans.nes. 

Le principal obstacle à la domination capitaliste du monde : le vivant !


Pour le capitalisme, le vivant est un obstacle majeur : il se reproduit gratuitement, sans brevet. Tout être vivant est singulier, unique, évolutif alors que le capitalisme a besoin de marchandises uniformes et stables, de « clones ». 
En mars 2025, le directeur général de Limagrain, Sébastien Chauffaut, déclare : « les semences incarnent un levier stratégique majeur. Elles ne se limitent pas à un rôle productif mais s’inscrivent dans une logique de pouvoir et d’influence. » (Inf'Ogm 06/05/2025). En effet, ceux qui dirigeront et posséderont toute la chaîne de l'alimentation, imposant une nourriture standard mondialisée et souvent toxique, domineront les corps et les esprits. L'agriculture industrielle n'est, cependant, qu'une partie du projet de remplacement du vivant par un monde artificiel régit par une accumulation de solutions techno-industrielles que sont les réseaux numériques, les biotechnologies, les neuro-sciences, l'intelligence artificielle... Et derrière les promesses de libérer l'homme de la vulnérabilité qui constitue son humanité, comme le propose l'idéologie transhumaniste, ce sont les puissances de l'argent, des multinationales industrielles qui tissent une gigantesque toile d’intérêts économiques.


Autonomie paysanne et droit des peuples à défendre et développer librement leurs cultures alimentaires

 Les Faucheurs.ses, avec d'autres, défendent l'idée que les semences paysannes doivent reprendre le pas sur les semences hybrides industrielles. Ils affirment leur soutien à la recherche de moyens collectifs pour freiner, remplacer au plus vite cette machine de destruction massive qu’est l’agro-industrie partout dans le monde qui détruit les systèmes alimentaires et les économies locales, chasse les paysan·nes et les peuples autochtones de leurs territoires et les contraint à migrer loin de chez eux.

Avec ses racines profondes dans les savoirs souvent ancestraux, avec sa capacité à faire évoluer et adapter ses cultures, l'agroécologie paysanne offre à l’humanité une voie à suivre — une voie qui nous reconnecte à la terre et aux cycles de la vie. Cette voie est riche d'échange, de solidarité et d'entraide entre les individus et les peuples.

 
Vive les semences paysannes !


Collectif des Faucheurs Volontaires, octobre 2025 

Contact : collectif@faucheurs-volontaires.fr 

lundi 19 mai 2025

Nouveaux OGM : fausses promesses, vrais risques et précipitation coupable

Nouveaux OGM : 

fausses promesses, 

vrais risques et 

précipitation coupable


Manifestation de la Confédération paysanne contre l'utilisation des OGM, à Paris, le 13 décembre 2023.
© Emmanuel Dunand / AFP

Ce 6 mai, la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil de l’UE se réunissent pour examiner un projet de règlement qui exempterait la quasi-totalité des nouveaux OGM des règles qui les encadrent. Alors que l’étape finale des négociations commence, des organisations françaises alertent contre les dangers d’un tel texte pour l’agriculture et l’alimentation.

Collectif  • 5 mai 2025

 

Le projet de règlement sur les plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NTG), appelées nouveaux OGM, exempte – sans raison valable – la quasi-totalité de ces derniers des règles qui encadrent aujourd’hui les OGM (1) dans l’Union européenne. L’étape finale des négociations débute le 6 mai alors qu’il n’y a aucune urgence à valider un compromis bancal et risqué. 

1 Les OGM sont des organismes (bactériens, végétaux ou animaux) « dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement », selon la directive européenne 2001/18/CE.

Nous, associations et organisations représentant des citoyens, paysans et acteurs du secteur agricole et alimentaire français, alertons depuis des années sur les conséquences graves et irréversibles de ce texte pour les agriculteurs et agricultrices, les semenciers, les opérateurs des filières sans OGM dont la filière biologique, les consommateurs et consommatrices, et l’environnement.

Les brevets revendiqués par les multinationales de l’agro-industrie auront des impacts sur l’ensemble de la chaîne agricole.

Nos interrogations et inquiétudes n’ont à ce jour reçu aucune réponse satisfaisante de la part du gouvernement français et des institutions européennes. Les enjeux sont pourtant nombreux et décisifs : impact des brevets sur la filière agricole et la souveraineté alimentaire, évaluation des risques, retrait des produits en cas de dommages sanitaires ou environnementaux, répartition des responsabilités et coûts liés à ces retraits, droit à l’information et liberté de choix pour les citoyens et citoyennes, droit de produire sans OGM, protection des filières sans OGM et biologiques… pour n’en citer qu’une poignée.

Sur le même sujet : Dossier : OMG, ils reviennent !

Malgré nos alertes répétées, la France a voté en faveur d’une proposition de règlement, le 14 mars dernier, qui ne résout aucun des ces problèmes. Ces considérations techniques tronquées cachent un choix éminemment économique, et un choix de société : confier le contrôle de toute la chaîne alimentaire aux brevets d’une poignée de multinationales « biotech » au détriment des paysans, des semenciers traditionnels, des consommateurs et de l’environnement. Alors que de nombreux agriculteurs et citoyens s’y opposent et que leur avis n’est pas pris en compte, nous rappelons au gouvernement et aux institutions européennes que leur décision engage leur pleine responsabilité dans la mise à mal de l’agriculture française et européenne.

Brevets : agriculteurs et semenciers en danger, menace pour la souveraineté alimentaire

La question épineuse des brevets constitue un point central des négociations, et aucune réponse suffisante n’y a été apportée. Or, les brevets revendiqués par les multinationales de l’agro-industrie auront des impacts significatifs sur l’ensemble des acteurs de la chaîne agricole.

Sur le même sujet : Nouveaux OGM : c’est toujours non !

Alors que les végétaux obtenus par les NTG sont – abusivement – déclarés semblables à ceux qui pourraient être obtenus naturellement ou aux plantes issues de sélection traditionnelle non brevetables, ils sont en effet brevetés. Et en l’absence d’obligation de publication des méthodes de détection et d’identification de ces nouveaux OGM brevetés, comme l’exige pourtant la directive 2001/18, ils contamineront la filière agroalimentaire et lui feront courir des risques majeurs :

– L’impact sur l’intégrité des filières sans OGM et biologique qui ne pourront plus garantir l’absence d’OGM ;

– L’extension de la portée des brevets aux semences paysannes ou conventionnelles contaminées par un gène breveté par un procédé NTG ou contenant naturellement un gène abusivement déclaré semblable à ce gène breveté ;

– L’incertitude juridique pour les agriculteurs, sélectionneurs, transformateurs, et distributeurs qui n’auront aucun moyen de savoir s’ils ont utilisé ou commercialisé des gènes brevetés pouvant entraîner des poursuites judiciaires et menaçant la poursuite de leur activité ;

– La perte de diversité dans l’offre alimentaire proposée aux citoyens, et la fin de leur liberté de choix du fait de l’absence d’étiquetage ;

– La réduction de la biodiversité cultivée et les déséquilibres écologiques liés à la dissémination incontrôlée de ces “nouveaux” OGM dans l’environnement ;


– La perte de souveraineté alimentaire via le renforcement de l’emprise déjà étouffante des multinationales sur nos systèmes agroalimentaires.

À en croire les firmes, les NTG produiraient des plantes « durables ». Ces allégations sont fallacieuses.

Malgré cela, l’UE accélère le pas pour faire adopter ce règlement, et cette précipitation coupable se fait au nom de fausses promesses que les nouveaux OGM ne pourront pas plus tenir que leurs prédécesseurs.

Nouveaux OGM, anciennes promesses non tenues

À en croire les firmes, les NTG produiraient des plantes « durables ». Ces allégations sont fallacieuses. La capacité des NTG à obtenir de telles plantes n’est qu’une promesse : associées à une agriculture industrielle, elles contribueront à amplifier les crises agricole et écologique actuelles.

Surtout, aucune plante ne peut être durable en tant que telle. Seule la globalité d’un système agricole peut présenter une certaine durabilité, reposant sur des facteurs diversifiés sur lesquels les manipulations génétiques n’ont aucune prise : pratiques agricoles, conditions climatiques locales, qualité du sol, présence de pollinisateurs, biodiversité…

En revanche, nous bénéficions d’un recul de 30 ans sur les fausses promesses de l’industrie concernant les premiers OGM : 99 % d’entre eux ont été créés pour résister – de moins en moins d’ailleurs – à des herbicides et donc en utiliser de plus en plus, ou produire des insecticides. C’est la preuve qu’ils ne sont pas durables. D’ailleurs, une part non négligeable des rares plantes issues des NTG commercialisées ou arrivant prochainement sur le marché sont tolérantes à un herbicide.

Sur le même sujet : Micro-organismes, macro-problèmes

S’il est assez évident de savoir qui va bénéficier de l’adoption de ce règlement, d’autres questions méritent d’être posées. Qui paiera ? Qui assumera les conséquences sociales, économiques et environnementales ? Ce ne sera ni la Commission européenne, ni les entreprises qui commercialisent ces produits, mais bien les paysans, les petits semenciers, les consommateurs, les contribuables et l’environnement.

Le trilogue – étape finale des négociations – s’apprête à commencer le 6 mai 2025. Tant que les risques évoqués n’auront pas été traités, nous demanderons aux institutions européennes de maintenir les dispositifs indispensables à la protection des agriculteurs, filières, citoyens et de l’environnement : évaluation des risques au préalable, traçabilité et étiquetage jusqu’au consommateur, obligation de publier les méthodes de détection et d’identification, clause de sauvegarde, suivi post-commercialisation.


Signataires

  • Agir pour l’environnement : Marie-Jeanne Husset, Présidente
  • Alternatiba Rennes : Lucie Morel, Membre
  • Amis de la Terre France : Christian Berdot, Responsable campagne OGM
  • Aspro Pnpp : J-François Lyphout, Président
  • Bio Consom’acteurs : Julien Kien, Président
  • Collectif Objectif Zéro OGM : Philippe Mouchette, Porte-parole
  • Collectif Vigilance OGM et Pesticides 16 : Patrick Rivolet, Porte-parole
  • Confédération paysanne : Laurence Marandola, Porte-parole
  • CSFV49 : Pierre Josse, Co-responsable
  • Demeter France : Pierre Mainaud, Président
  • Fédération Nature & Progrès : Bruno Viennois, Porte-parole
  • Foll’avoine : Mireille Lambertin, Présidente
  • France Nature Environnement : Antoine Gatet, Président
  • Générations Futures : Nadine Lauverjat, Déléguée Générale
  • IFOAM-France : Jacques Caplat, Président
  • Mouvement de l’Agriculture Biodynamique (MBAD) : Patrick Lespagnol, Président
  • OGM Dangers : Olivier Leduc, Porte-parole
  • Objectif Zéro OGM (OZO) : Philippe Mouchette, membre du Conseil d’administration
  • POLLINIS : Nicolas Laarman, Délégué général
  • Réseau Semences Paysannes : Nicolas Supiot, co-président et référent OGM
  • Synabio : Didier Perréol, Président


    Source : https://www.politis.fr/articles/2025/05/nouveaux-ogm-fausses-promesses-vrais-risques-et-precipitation-coupable/

samedi 22 mars 2025

UE : les 27 favorables à une règlementation plus souple pour les nouvelles techniques génomiques


UE : les 27 favorables 

à une règlementation 

plus souple 

pour les nouvelles 

techniques génomiques

 

Agence France-Presse

 

Les pays de l’Union européenne ont donné leur feu vert vendredi à un allègement des restrictions qui pèsent sur certaines espèces végétales génétiquement modifiées grâce aux nouvelles techniques génomiques, une décision approuvée par les organisations agricoles et décriée par les ONG environnementales.

Les représentants des 27 pays membres de l’UE ont approuvé, avec quelques modifications, une proposition de la Commission européenne visant à autoriser une utilisation plus large des variétés végétales obtenues grâce au recours aux nouvelles techniques génomiques (NTG ou NGT selon l’acronyme anglais).

« La proposition vise à stimuler l’innovation et la durabilité dans le secteur agroalimentaire, tout en contribuant à la sécurité alimentaire et en réduisant la dépendance (aux facteurs) extérieurs », a déclaré dans un communiqué le Conseil de l’UE, instance qui représente les Vingt-Sept.

Le Conseil devra à présent mener des négociations sur le texte final avec le Parlement européen, les aspects les plus problématiques étant l’étiquetage des produits et les brevets sur les végétaux NTG.

Un assouplissement des règlementations relatives aux organismes génétiquement modifiés (OGM) en faveur des NTG avait été proposé en 2023 par la Commission européenne.

Les partisans des NTG arguent que certaines d’entre elles ne font qu’accélérer les transformations génétiques qui auraient pu survenir naturellement ou par le moyen de croisements pratiqués traditionnellement dans l’agriculture.

- « Menace » ou avancée « décisive » -

La Commission a fait valoir que les NTG pourraient permettre d’obtenir des variétés qui nécessitent moins de pesticides, moins gourmandes en eau et mieux adaptées au changement climatique.

En 2024, le texte avait été approuvé par le Parlement européen, qui a voté en faveur de la création de deux catégories de végétaux NTG.

Dans la première catégorie, des variétés issues de nouvelles techniques génomiques seraient considérées comme « équivalentes » aux variétés conventionnelles sous réserve d’un nombre limité de modifications génétiques. A la clé, un accès rapide au marché sans évaluation préalable.

Les autres variétés (« catégorie 2 ») resteraient soumises au régime encadrant les OGM (longue procédure d’autorisation, études d’impact, obligations en matière de traçabilité et d’étiquetage...).

Les Etats membres se sont mis d’accord vendredi sur le fond de la proposition, en adoptant des amendements.

Ces amendements autorisent les Etats membres à interdire la culture de végétaux NTG 2 sur leur territoire, et prévoient la création d’un groupe d’experts chargés d’évaluer l’impact des brevets.

La proposition a été adoptée de justesse, selon des diplomates.

Elle a été critiquée par des organisations de défense de l’environnement, selon lesquelles une déréglementation favoriserait les grosses entreprises semencières en ignorant les dangers potentiels pour l’environnement.

« Les gouvernements de l’UE ont voté en faveur des profits d’une poignée de grosses entreprises, au lieu de protéger le droit des agriculteurs et des consommateurs à la transparence et à la sécurité », a déclaré Mute Schimpf, de l’ONG Les Amis de la Terre Europe.

L’association Pollinis dénonce de son côté une « menace » contre la biodiversité ainsi qu’une « incertitude juridique croissante » pour les agriculteurs et sélectionneurs « à cause des brevets déposés sur les plantes issues des NTG ou les procédés techniques ».

Au contraire, le Copa-Cogeca, qui regroupe les principaux syndicats agricoles et coopératives européens, a salué une initiative « décisive », qui « pourrait revitaliser la production européenne de semences » et permettre à terme d’accéder à des variétés plus résistantes à la sécheresse et aux maladies, tout en améliorant les rendements ».

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Mediapart n’a pas participé à la rédaction de cette dépêche, qui fait partie du flux automatisé de l’Agence France-Presse (AFP).

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jeudi 20 mars 2025

Nouveaux OGM : l’accord du Conseil de l’UE menace l’agriculture et la biodiversité

Nouveaux OGM : 

l’accord du Conseil 

de l’UE menace l’agriculture 

et la biodiversité

 

14 mars 2025 

 

Ce vendredi 14 mars, le Conseil de l’Union européenne a voté en faveur de la déréglementation des plantes issues des nouvelles techniques génomiques, exonérant la majorité des nouveaux OGM de toute évaluation des risques. POLLINIS dénonce cette décision qui menace grandement l’avenir de l’agriculture européenne, ainsi que la position du gouvernement français, qui a choisi d’ignorer les alertes répétées de la société civile, des agriculteurs, et des scientifiques, et de condamner à l’échec la nécessaire transformation de notre modèle agricole.

 

Le Conseil de l’Union européenne a voté aujourd’hui en faveur de la déréglementation des nouveaux OGM, et ce malgré les failles majeures du compromis de la Pologne. Cette proposition vise à exonérer – sans raison valable – les plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NTG) de toute obligation d’évaluation des risques, de traçabilité et d’étiquetage, sans prévoir de clause de sauvegarde. 

« L’adoption de ce texte par le Conseil de l’Union européenne trahit l’aveuglement de nombreux États membres, dont la France. Le gouvernement français a aujourd’hui choisi d’ignorer les alertes répétées de la société civile, des agriculteurs, et de scientifiques dont celles et ceux de son agence sanitaire. Son vote acte aujourd’hui pleinement sa responsabilité dans la mise à mal de l’agriculture française et européenne et de la biodiversité, ainsi que dans le renforcement de l’emprise de quelques multinationales sur notre système agricole et alimentaire  », dénonce Charlotte Labauge, chargée de campagnes à POLLINIS. 

Le nouveau texte de la Pologne ne répond en effet toujours pas aux enjeux cruciaux posés par la déréglementation des nouveaux OGM, comme :

  • Les risques que les plantes issues des NTG pourraient faire peser sur l’environnement, étant donné que l’écrasante majorité d’entre elles seraient exemptées d’évaluation des risques ;
  • Le manque de fondement scientifique de la proposition de la Commission européenne, pourtant dénoncé par l’Agence sanitaire française dans un rapport de décembre 2023 ;
  • La mise en péril des alternatives agricoles sans OGM, dont l’agriculture biologique et l’agroécologie, en raison de l’inévitable contamination génétique ;
  • Les risques pour les agriculteurs et les sélectionneurs, qui vivront dans une incertitude juridique croissante à cause des brevets déposés sur les plantes issues des NTG ou les procédés techniques, et qui pourraient à terme perdre leur activité à cause de potentielles poursuites judiciaires ;
  • Le droit à l’information et la liberté des consommateurs de choisir de ne pas consommer d’OGM puisqu’il n’y aura aucun dispositif de traçabilité et d’étiquetage ; 
  • L’emprise croissante des multinationales de l’agro-industrie sur notre système agro-alimentaire et les menaces qu’elles font peser sur notre souveraineté.

Enfin, les pistes évoquées par la Pologne au sujet des brevets – raison pour laquelle le pays s’opposait auparavant à l’adoption du texte – ne sont ni satisfaisantes, ni suffisantes. Les mesures pour améliorer la transparence et l’accès à l’information suivraient une approche déclarative ou facultative, et les données transmises ne feraient l’objet d’aucune vérification. 

Ces informations ne suffiront pas à protéger les agriculteurs et les sélectionneurs, dont l’activité pourrait être menacée. Ils pourraient par exemple faire l’objet de poursuites judiciaires pour contrefaçon en cas de contamination génétique, ou si leurs cultures présentent des caractéristiques similaires à des caractères dépendants d’un brevet, mais ayant été obtenues indépendamment. En l’absence d’obligation de publier les méthodes de détection et d’identification des plantes issues des NTG, ils ne disposeront d’aucun moyen pour se défendre. 

« Partout en France et en Europe, des agriculteurs prouvent que des alternatives sans OGM ni pesticides fonctionnent. Ce sont ces modèles qu’il faut aujourd’hui soutenir pour réussir la nécessaire transformation de notre modèle agricole, et protéger la biodiversité et les pollinisateurs essentiels aux écosystèmes dont nous dépendons. L’adoption de ce texte au Conseil de l’Union européenne ne fait que renforcer l’impasse agricole que plusieurs décennies d’industrialisation forcée ont créé », déclare Charlotte Labauge.  

Mais tout n’est pas fini, et la société civile – dont POLLINIS – continuera à faire valoir son opposition pour obtenir le rejet de cette proposition de règlement. Ces végétaux sont des OGM et doivent être réglementés comme tels, en respectant le cadre fourni par la directive 2001/18 : évaluation des risques avant la mise sur le marché, traçabilité et étiquetage jusqu’au consommateur, obligation de publier les méthodes de détection et d’identification, suivi post-commercialisation, et clause de sauvegarde.

 

Source : https://www.pollinis.org/publications/nouveaux-ogm-laccord-du-conseil-de-lue-menace-lagriculture-et-la-biodiversite/

jeudi 17 octobre 2024

Plongée dans la boîte noire de la propagande mondiale en faveur des pesticides


Pourquoi le journaliste 

Patrick Cohen 

est-il pro-pesticides ?

 

 28 septembre 2024

Je n’aime pas le journaliste Patrick Cohen. Je ne le déteste pas, je ne l’aime pas. En septembre 2019, je suis passé dans une émission de télé apparemment très populaire, « C à vous ». Apparemment, car je n’ai pas la télé. Cohen en est un des chroniqueurs attitrés. Je venais parler de mon dernier livre, Le crime est presque parfait , dans lequel je décrivais les dangers d’une nouvelle classe de pesticides, les SDHI. Mon travail était appuyé, pour ne pas dire validé par des travaux scientifiques de haute volée, notamment ceux de Pierre Rustin, chercheur de renommée internationale.

Le principe de ces émissions de promotion est immuable. On vient vendre sa petite marchandise, un(e) journaliste pose des questions plus ou moins avisées, et l’on rentre à la maison. J’exècre cet exercice, depuis toujours. Mais ce jour-là fut différent, car l’on m’avait tendu un guet-apens. Cohen, en tout cas, qui est je le rappelle concentré à 100% – disons 99% – sur la politique politicienne. Il a l’air d’aimer cela.

Je commençai à parler de mon livre et c’est alors que, lisant des pages devant lui, il m’attaqua de front. Si cela avait porté sur mon travail, j’en aurais été satisfait. Très. Car j’aime le débat et même la polémique. Mais tel n’était pas le cas. Cohen n’avait bien entendu rien lu de mon livre, dont il n’a que faire. Il cherchait à me discréditer. À me disqualifier. Et il parla des pesticides en général, qui selon lui, n’étaient nullement un danger. Il défendait le glyphosate, les néonicotinoïdes, estimant que les paysans seraient morts depuis longtemps s’ils étaient aussi dangereux que le prétendent les écologistes de mon espèce.

J’en fus déstabilisé. Pour la raison de fond qu’un plateau télé, en direct, est un dispositif scénique sur lequel un invité comme moi n’a aucune prise. Les chroniqueurs maîtrisent le temps comme l’espace, et en la circonstance, j’étais obligé de répondre en accusé à des « infos » – le guillemet s’impose – que lisait doctement Cohen, l’un des rois de l’émission. D’où venaient-elles ? Quelles étaient-elles ? Je n’en savais rien. J’avais droit à une petite poignée de minutes dont j’avais déjà épuisé l’essentiel, et il m’aurait fallu une demi-heure pour démonter la pauvre argumentation de mon assaillant. Car elle était consternante, bien sûr. Que sait un Cohen d’un sujet que je suis avec constance depuis près de trente ans ? Auquel j’ai consacré plusieurs livres ? Il en sait si peu que cela l’intéresse moins que la coupe de cheveux du nouveau Premier ministre. Alors ?

La situation était si inhabituelle que la présentatrice de l’émission, la très connue Anne-Cécile Lemoine, a couru derrière moi alors que j’avais déjà quitté le studio. Elle avait l’air mal. Elle s’est excusée pour ce qui venait de se passer, et comme je la sentais sincère, j’ai préféré laisser tomber. Je lui ai dit que cela n’avait pas d’importance. D’un côté, c’est vrai, l’incident était dérisoire. Mais de l’autre, il signifiait bel et bien quelque chose.

Pour finir, je vais faire très attention, car la loi sur la diffamation l’exige. Et c’est d’ailleurs très bien à mes yeux. Vous lirez ci-dessous un article dérobé au journal Le Monde de ce jour. Je le sais, ça ne se fait pas, et le plus généralement, je ne le fais pas. Si je fais exception, c’est parce qu’il décrit avec force détails un système mondial de désinformation au profit de l’industrie des pesticides. Mondial, donc français. Vous verrez, si vous lisez, l’ampleur stupéfiante des manipulations. Des journalistes acceptent, consciemment ou pas, de relayer la pure propagande de l’agrochimie. Avec un peu d’habitude, il n’est pas si difficile de retrouver les traces de cette opération géante dans le champ public, en France ou ailleurs.

Patrick Cohen en est-il ? Je n’en sais strictement rien, et c’est sincère. Je ne veux pas même insinuer que c’est le cas. Je crois même qu’il peut être sincère, comme ces crétins de climatosceptiques qui, depuis des décennies, adorent montrer leur indépendance d’esprit en enfourchant les billevesées de l’industrie pétrolière. Que ne ferait-on pour se faire remarquer ?

Oui, Cohen est peut-être sincère. Et oui, peut-être n’a-t-il rien à voir avec cette si sombre affaire. Le fait est, en tout cas, qu’il reprend des « arguments » industriels mille fois controuvés. Qui lui fournit les fiches qu’il utilise si complaisamment à l’antenne ?

Et je me pose les mêmes questions au sujet d’au moins deux journalistes. L’une qui travaille dans un quotidien, l’autre dans un hebdomadaire qui a longtemps laissé Claude Allègre y déverser ses impostures climatiques. Derechef, elles sont peut-être sincères. Derechef, qui fournit le matériau ?

________

 

Plongée dans la boîte noire 

de la propagande mondiale 

en faveur des pesticides

 

Par Stéphane Foucart, Elena DeBre et Margot Gibbs (Lighthouse Reports) 

28 septembre 2024

Enquête « Bonus Eventus files » (2/3). 

Créée par l’ancien directeur de la communication de Monsanto, Jay Byrne, la plate-forme privée Bonus Eventus fournit à ses membres, recrutés par cooptation, une vaste base d’arguments favorables à l’agrochimie destinés à influencer le débat public, révèlent « Le Monde » et un collectif de médias.

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https://tinyurl.com/yenff7sj

Ce n’est pas tous les jours qu’une bonne idée surgit. Le 11 mars 2010 au matin, Jay Byrne envoie un courriel à l’un de ses contacts réguliers, Bruce Chassy, professeur de nutrition à l’université de l’Illinois et grand défenseur des biotechnologies. Ancien directeur de la communication de Monsanto et patron d’une petite société de relations publiques dénommée « v-Fluence », M. Byrne présente à son correspondant un « bien meilleur concept » que les idées qui circulent alors pour défendre, dans le débat public, les intérêts de l’agro-industrie.

« Je suis en train de dresser une liste “d’opportunités”, avec des cibles comme Vandana Shiva [militante écologiste indienne], Andrew Kimbrell [avocat et militant pour une alimentation saine] et Ronnie Cummins [défenseur de l’agriculture biologique], écrit M. Byrne. Et des organisations comme Greenpeace, le Sierra Club [association de défense de l’environnement] (…), ou des contenus comme Food, Inc. [documentaire critique sur l’agro-industrie], Le Monde selon Monsanto [livre, La Découverte, en 2008, et film de la journaliste Marie-Monique Robin], In Defense of Food [livre de Michael Pollan, non traduit]. » M. Byrne souhaite, explique-t-il en substance, remettre en selle un vieux projet qu’il avait élaboré pour Monsanto. Un système « qui répertorie tous les sujets d’attaques contre les biotechnologies agricoles, les auteurs de ces attaques et les éléments de réponse disponibles ». « Toutes ces personnes, organisations, éléments de contenu et domaines thématiques, cela vaut de l’argent pour toute une série de sociétés bien loties », se félicite par avance M. Byrne.

Obtenu grâce à la loi américaine sur l’accès à l’information (Freedom of Information Act), ce courriel de 2010 est la première trace écrite connue d’un projet de plate-forme en ligne destinée à influencer le débat public sur les pesticides et les organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle a été baptisée « Bonus Eventus », personnification divine de l’agriculture chez les Romains, et dont la traduction est peu ou prou « issue favorable ». Dans ses échanges avec ses clients, v-Fluence fait aujourd’hui miroiter l’accès à cette « base de données  exclusive », bâtie autour d’un « réseau social privé » rassemblant des centaines d’experts, de consultants, de cadres de l’industrie chimique, tous acquis à la cause des pesticides et des biotechnologies. Et tous profitant ainsi d’un accès à une vaste base documentaire, avec fiches détaillées sur les personnalités « critiques », et fiches thématiques garnies d’éléments de langage préfabriqués.

Minimiser les dégâts des intrants de synthèse

Des documents internes de la plate-forme, obtenus par le média d’investigation Lighthouse Reports, partagés avec Le Monde et d’autres médias internationaux, dévoilent pour la première fois les coulisses de ce réseau qui cible ses adversaires, produit et diffuse des arguments minimisant les dégâts des intrants de synthèse sur la santé et l’environnement, et met en doute le consensus scientifique sur le caractère non durable du modèle agricole dominant. La campagne est mondiale et la France, grâce à quelques titres de presse et une poignée de consultants et blogueurs, n’est pas épargnée.

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N’y entre pas qui veut : le ticket s’obtient par cooptation. Interrogé, Jay Byrne explique que « l’accès est donné sur recommandation ou invitation d’autres membres du réseau ». Selon les documents consultés par Le Monde, environ un millier de personnes ont obtenu l’accès à la plate-forme. Parmi eux, sans surprise, des cadres de Syngenta, Bayer, BASF, Corteva et du syndicat des fabricants de pesticides, CropLife. Mais aussi une trentaine de fonctionnaires en poste au ministère américain de l’agriculture (US Department of Agriculture, USDA) ou au département d’Etat (l’équivalent du ministère des affaires étrangères).

Lire l’enquête (en 2020): Article réservé à nos abonnés Pesticides interdits : révélations sur l’intense lobbying des industriels jusqu’au sommet de l’Etat

Parfois au plus haut niveau, comme en témoigne la présence de Kip Tom, représentant des Etats-Unis à l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) entre 2019 et 2021. Interrogé, M. Tom répond qu’il n’est « ni membre ni affilié » à Bonus Eventus. Les documents consultés par Le Monde indiquent toutefois que son profil a été complété et mis à jour sur la plate-forme.

Un registre de plus de cinq cents fiches

Une part importante des inscrits sont consultants, blogueurs, experts, journalistes, etc. Parmi eux se trouvent des personnalités occupant ou ayant occupé des positions influentes dans des groupes d’experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES, le GIEC de la biodiversité), à la tête du service australien d’homologation des pesticides, au ministère de l’agriculture du Kenya ou au sein du service national de biosécurité de ce même pays, à l’Autorité européenne de sécurité des aliments, etc. Plus de soixante nationalités sont représentées. On trouve des Américains (450), des Canadiens (43), des Kényans (43), des Suisses (29), des Britanniques (29), des Allemands (20), des Français (16) et bien d’autres.

La plupart des titulaires d’un compte que Lighthouse Reports, Le Monde et leurs partenaires ont interrogés assurent n’avoir aucun lien avec Bonus Eventus ou v-Fluence, et ne pas être membres d’un quelconque « réseau social privé ». La grande majorité disent s’être simplement inscrits à un service de revue de presse et assurent ne pas participer aux activités de ce réseau, ne pas consulter sa base documentaire mise à disposition des inscrits, etc. Bonus Eventus ne produit pas seulement du doute sur la réalité des effets des pesticides pour la santé et l’environnement : le réseau entretient aussi le flou sur son étendue réelle, en mêlant dans son registre des membres actifs et de simples abonnés à ses newsletters.

Beaucoup d’inscrits disent ainsi ignorer que Bonus Eventus dispose d’un registre de plus de cinq cents fiches sur des personnalités critiques de l’agriculture intensive (scientifiques, militants écologistes, experts des Nations unies, journalistes, etc.) – fiches qui agrègent pour chacun d’eux des rumeurs malveillantes, des informations professionnelles ou privées, parfois intimes, généralement de nature à leur nuire ou à leur porter préjudice.

Fournir des éléments de langage

Des fiches thématiques sont également mises à disposition, souvent afin de fournir des éléments de langage ou des arguments en réponse à des critiques : « nouvelles innovations en sélection des plantes », « pesticides : sûrs, nécessaires, universels », « question du glyphosate dans le lait maternel », « technologie de traitement de semences », etc. Certaines fiches apportent des réponses à des objections d’une tout autre nature : « OGM et judaïsme », « OGM et Eglise catholique » (huit pages d’interprétation de la Genèse et de plusieurs encycliques, pour conclure qu’« en général, il est accepté que la science des OGM est théologiquement justifiée »).

Par exemple, la fiche « population mondiale d’abeilles » indique que le déclin de ces pollinisateurs est largement dramatisé. « Les populations globales d’abeilles, en particulier d’abeilles domestiques, sont-elles en catastrophique déclin comme cela est souvent dit par les médias et des groupes d’intérêt ?, lit-on dans cette fiche. Les données de sources gouvernementales qui font autorité suggèrent que c’est peut-être exagéré, sinon faux. » Suivent les statistiques du nombre de colonies déclarées par les apiculteurs dans plusieurs pays, indiquant une hausse du nombre de ruches.

« Le nombre de colonies d’abeilles domestiques déclarées ne dit rien de l’état de santé des abeilles, décrypte l’apidologue Gérard Arnold (CNRS). Il est facile aux apiculteurs de multiplier les colonies, mais cela ne renseigne pas sur leur force, leur taux de survie, leur capacité à produire du miel. D’ailleurs, lorsque la production de miel est mauvaise, l’apiculteur peut être tenté, par la suite, d’augmenter le nombre de ses colonies pour compenser. »

Détailler les sources de financement

Informations compromettantes visant les personnalités critiques, argumentaires et éléments de langage prêts à l’emploi pour ferrailler sur les réseaux sociaux… l’arsenal mis à disposition de ses membres par Bonus Eventus ne s’arrête pas là. D’autres fiches – plus de trois mille – concernent des organisations non gouvernementales, des organismes de recherche publics, des fondations, des associations professionnelles, etc. Elles en détaillent les sources de financement, les personnalités-clés, les prises de position et les polémiques associées. On y trouve les plus célèbres, comme Greenpeace ou le Sierra Club – dont parlait déjà Jay Byrne dans son courriel de mars 2010 –, mais aussi des associations écologistes de taille bien plus modeste, comme la française Générations futures.

La presse n’y échappe pas. Le média d’investigation Lighthouse Reports, associé au Monde dans cette enquête et qui a noué des partenariats avec plus de 170 médias dans le monde entier, est par exemple lui aussi épinglé. Sa fiche le dépeint comme orienté, soupçonné de faire le jeu de la Russie, etc. Un élément de son financement est particulièrement mis en majesté, souligné dans les premières lignes de sa fiche : l’un des donateurs de Lighthouse Reports, l’Oak Foundation, finance également l’AgroEcology Fund, un fonds de soutien à des projets agroécologiques. Un lien présenté comme problématique, mais qui perd de son importance lorsqu’on sait que Lighthouse Reports est financé par 21 organisations différentes, l’Oak Foundation n’étant que l’une d’elles. Et que cette même Oak Foundation finance aussi des centaines de projets en lien avec le logement, les droits humains, le statut des femmes, l’éducation, etc.

Ce petit détail illustre le fonctionnement de Bonus Eventus, comme « ferme de contenus » et chambre d’écho, destinée à produire, répercuter et amplifier les mêmes éléments de langage. Dans sa réponse écrite au consortium pour cette enquête, Jay Byrne proteste sans surprise contre le fait que Lighthouse Reports « opère avec le soutien financier d’un donateur de l’AgroEcology Fund, l’Oak Foundation ».

Répondant aux questions du Monde sur ses liens éventuels avec Bonus Eventus, une journaliste française assure qu’elle n’en a pas, mais précise :
« La campagne à laquelle votre projet d’article participe est financée par un donateur de l’AgroEcology Fund, un lobby consacré à la promotion des pratiques et des politiques agroécologiques. » Et quelques jours avant la publication de notre enquête, un blogueur inscrit sur Bonus Eventus, qui n’avait pas été contacté, publiait un billet dénonçant « les sommes non divulguées versées à Lighthouse Reports par de sombres groupes d’intérêt conseillés par des donateurs et cachés derrière des fonds tels que l’Oak Foundation ». Trois interlocuteurs, un même argument.

Le plus petit contenu critique compte

La dissémination de ce type d’information est minutieusement surveillée. Parmi les documents internes de Bonus Eventus consultés par Le Monde, une page recense des milliers de contenus en ligne divers, le plus ancien remontant à 2013. Chaque jour, une douzaine d’articles sont recensés, publiés sur une multitude de supports très divers, de la chaîne YouTube confidentielle aux pages « débats » de journaux internationaux.

Jay Byrne l’a théorisé de longue date : judicieusement placé, le plus petit contenu critique compte. Même les commentaires déposés par les lecteurs sur les espaces de discussion des sites de presse ont leur importance. En 2002, comme l’ont montré des correspondances rendues publiques par la justice, alors qu’il conseille la firme Syngenta dans la défense de son herbicide phare, l’atrazine, M. Byrne présente à son client sa « meilleure approche pour atténuer les retombées négatives de l’article attendu du New York Times sur l’atrazine ». Entre autres tactiques, il faut « encourager l’utilisation des opportunités de commenter l’article sur Nytimes.com ». « Il serait extrêmement bénéfique d’être les premiers à publier des commentaires » sous l’article en question, précise M. Byrne.

Lire aussi la tribune : Article réservé à nos abonnés « Le marché des pesticides dangereux est hautement rentable pour les firmes chimiques européennes »

Fidèle à cette ligne, Bonus Eventus indexe tout. Une partie des contenus recensés sont étiquetés « favorable » et disposent d’un tag supplémentaire, « crédit BE [Bonus Eventus] », suggérant que v-Fluence s’attribue le crédit de leur production ou de leur publication. Interrogé sur le sens à donner à cette mention, M. Byrne élude. « Nous avons des dizaines de catégories et des centaines de balises de codage pour organiser et distribuer le contenu, explique-t-il. Aucune de ces catégories n’exprime ou ne représente une quelconque relation ou influence sur les auteurs de contenu et les publications, ainsi que sur notre organisation ou nos clients. »

Campagne de dénigrement

Toutefois, la grande majorité de ces milliers de contenus étiquetés « crédit BE » relève de commentaires, de billets de blogs, de tribunes ou d’entretiens accordés à la presse, produits ou coproduits par des personnalités inscrites sur Bonus Eventus. On y distingue les angles d’attaque favoris de l’industrie des pesticides : une grande partie de ces contenus ciblent spécifiquement le Centre international de recherche sur le cancer, bête noire des géants de l’agrochimie.

Depuis 2015, cette agence de l’OMS, très attachée à son indépendance à l’égard des pouvoirs économiques, est la cible d’une campagne de dénigrement d’une virulence inédite, notamment pour avoir classé « cancérogène probable » le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé. Le Monde est également fréquemment mentionné : près d’une centaine de contenus référencés « crédit BE » s’en prennent à des articles ou à des journalistes du Monde.

(Re)lire notre enquête : Article réservé à nos abonnés « Monsanto papers » : la guerre du géant des pesticides contre la science

Parmi ces contenus « crédit BE », de nombreux ont été publiés par des auteurs ou des médias français. Le plus prolifique est un agronome à la retraite, André Heitz, qui tient un blog sous le pseudonyme « Wackes Seppi ». Il est l’auteur de plusieurs centaines de billets colligés par Bonus Eventus. Dans ses textes, « Seppi » s’en prend volontiers aux chercheurs travaillant sur les effets délétères des pesticides ou sur les conséquences indésirables de la transgenèse, ou aux journalistes qui relaient leurs résultats. Le ton y est vif : M. Heitz a été condamné en 2019 pour des faits d’injures publiques et de diffamation à l’encontre du journaliste Paul Moreira. Interrogé, l’agronome blogueur dit ne pas être membre du réseau piloté par v-Fluence, et assure avoir été simplement « invité à [s]’inscrire sur une liste d’informations ». Il ajoute ne percevoir aucune rémunération de quiconque pour ses billets.

D’autres sites comme Agriculture et Environnement ou European Scientist, tenus par des consultants, arrivent ensuite, avec chacun une centaine de contenus référencés « crédit BE ». Inscrits au registre de Bonus Eventus, leurs responsables respectifs, Gil Rivière-Wekstein et Jean-Paul Oury, assurent aussi n’avoir aucun lien d’aucune sorte avec le réseau piloté par v-Fluence. Interrogé, M. Rivière-Wekstein dit « revendiquer le titre de journaliste » eu égard à son activité éditoriale : « Plus de 1 300 articles, dont plus de deux cents éditoriaux », « cinq livres d’enquêtes journalistiques et plus d’une centaine de vidéos de décryptage et d’interviews ».

Lire aussi l’archive de 2017 : Article réservé à nos abonnés « Monsanto papers », désinformation organisée autour du glyphosate

En 2009, toutefois, l’avocat de M. Rivière-Wekstein avait plaidé devant la cour d’appel d’Angers que son client – poursuivi pour diffamation publique par Jean-Marc Bonmatin, un chercheur du CNRS spécialiste d’abeilles et de pesticides – s’exprimait « dans un cadre militant » et qu’« il ne pouvait lui être opposé les conditions fixées pour un journaliste professionnel chargé d’informer le public », selon l’arrêt de la cour. M. Rivière-Wekstein a finalement été condamné.

Activité éditoriale diffuse

De son côté, le site European Scientist a été épinglé, après des révélations de l’hebdomadaire Fakir, pour avoir publié des textes rédigés à la demande d’entreprises et proposés à la publication par des agences de communication, sous la signature de tierces parties ou des identités d’emprunt. « C’est une pratique transparente et répandue, répond M. Oury. Des agences parisiennes m’ont proposé des textes que je retiens (ou pas) sur le fondement de leur qualité éditoriale, sans argument d’autorité. »

Parmi les textes publiés sur ce site et référencés en catégorie « crédit BE », plus d’une dizaine sont signés par Philippe Stoop, consultant pour de grandes sociétés agro-industrielles, et… lui aussi inscrit sur Bonus Eventus. M. Stoop précise qu’il a souscrit un abonnement à la plate-forme en 2017 pour un service de revue de presse et qu’il ne participe à aucune activité particulière du réseau. Il ajoute : « Bonus Eventus ne m’informe pas quand mes publications y sont citées ou traduites, et ne m’a jamais rémunéré, ni suggéré un thème d’article. »

L’efficacité de cette activité éditoriale diffuse est difficile à saisir, mais elle est réelle. En avril, par exemple, la Société française du cancer a, selon nos informations, renoncé à endosser une tribune soumise au Monde sur les liens entre pesticides et cancer, après que certains de ses membres ont fait circuler en interne des billets de MM. Heitz et Stoop comme éléments de relativisation des risques réels présentés par ces substances.

Aucun journaliste français ne semble inscrit à Bonus Eventus. Mais le tableau des articles étiquetés « crédit BE » mentionne plusieurs titres de presse (Le Figaro, Les Echos, La Tribune, Valeurs actuelles, etc.) ayant publié quelques entretiens ou tribunes, dans la plupart des cas signés par des personnalités elles-mêmes inscrites sur Bonus Eventus. Seules exceptions : Le Point et L’Opinion, dont respectivement une douzaine et une quarantaine de papiers référencés « crédit BE » par la plate-forme de v-Fluence sont signés par des journalistes. Interrogées, les deux autrices de ces articles disent ne pas connaître cette plate-forme et n’avoir par conséquent aucun lien avec elle. Cette enquête a été menée conjointement avec Lighthouse Reports, The Guardian, The New Lede, The New Humanitarian, The Wire, The Continent, Africa Uncensored et ABC News Australia.

 

Source : https://fabrice-nicolino.com/?p=6043



jeudi 11 juillet 2024

Destruction d’un essai en champ de riz OGM en Italie

 

Destruction d’un essai 

en champ 

de riz OGM en Italie

 

Par Christophe NOISETTE
Publié le 09/07/2024 

 

 Le 21 juin 2024, une parcelle de riz génétiquement modifié a été détruite sur la commune de Mezzana Bigli, dans la province de Pavie (Italie). Ce riz, appelé « RIS8imo », a été modifié par de nouvelles techniques de modification génétique, l’outil moléculaire Crispr en l’occurrence. La destruction n’a pas été revendiquée.

 

 

En Italie, le gouvernement et les médias tentent, comme partout, de changer de sémantique pour faire oublier l’acronyme OGM. Ces nouvelles techniques de modification génétique y sont appelées des « Techniques d’évolution assistée (Tea) ». Cette expression n’est ni scientifique, ni juridique, pas plus que ne l’est celle actuellement promue par la Commission européenne de « Nouvelles techniques génomiques (NTG) ». Le but de la modification génétique – qui a permis la délétion de trois séquences génétiques différentes – était de rendre ce riz plus résistant à un champignon pathogène, Pyricularia oryzae1. Les travaux sur ce riz OGM ont commencé en 2017, en collaboration entre des chercheurs de l’Université de Milan (Italie), du Sainsbury Laboratory (Royaume-Uni), et du Max-Planck-Institut für Biologie (Allemagne). Cette recherche est en partie financé par la Fondation Bussolera Branca, connue pour son soutien aux OGM depuis longtemps2.

L’essai en champ, mené par l’Université de Milan3, a été mis en place le 13 mai 2024, sur 28 m2, rompant ainsi avec « 24 années d’application stricte du principe de précaution », comme le souligne l’association rurale italienne (Associazione Rurale Italiana, ARI). Cette association italienne, membre de la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC), promeut et défend l’agriculture paysanne, agroécologique et solidaire et la souveraineté alimentaire. L’ARI nous précise : « afin d’exprimer notre opinion politique sur l’acte de destruction des plantes OGM, nous attendons la revendication et les motivations des auteurs de l’acte, car on ne peut rien dire d’autre sans de telles déclarations ». D’ailleurs, l’association italienne Crocevia s’étonne d’une telle destruction. Elle nous précise : « l’action est très contre-productive dans ce moment puisqu’il y avait des critiques sur les résultats attendus de la modification, que la campagne citoyenne contre l’amendement « sécheresse » était en pleine essor et rencontrait un accueil positif ».

Pour autant, ces organisations ont souhaité communiquer après avoir appris la destruction. Pour Crocevia, cet essai, outre les risques qu’il fait peser à l’environnement et à la biodiversité, pourrait nuire à l’image « d’un grand pays agricole sans OGM, qui dépense tellement pour soutenir l’image de qualité de notre secteur agroalimentaire, tant à l’étranger qu’en Italie ». Elle continue en dénonçant le fait que cet essai a été implanté sans « aucune discussion publique, aucune campagne d’information, aucune évaluation sérieuse des risques pour notre système agricole ou des dommages potentiels à l’image et à l’économie du secteur agricole de qualité italien ». La chercheuse en charge de l’essai, en revanche, évoque dans plusieurs articles que son équipe a toujours « maintenu le dialogue ouvert »1.

Au-delà de ces dénonciations politiques, l’ARI a pu constater, sur le terrain, quelques jours après l’ensemencement de l’essai, « plusieurs violations des règles données par l’Ispra (Istituto Superiore per la Protezione e la Ricerca Ambientale) : la clôture autour de la parcelle de riz GM n’était pas un obstacle à l’entrée de petits, voire moins petits, animaux (il comporte en effet des trous de comporte des trous de 50 x 50 mm) ». Par ailleurs, pour Antonio Onorati, de Crocevia, cet essai est illégal car « dans l’autorisation demandée, ils parlent d’ un riz TEA (NGT1) mais la liste « NGT1 » n’existe pas puisque le nouveau règlement n’a été encore approuvé ».

Ces règles de l’Ispra ne sont en fait que des indications. L’ARI rappelle qu’en Italie, comme partout en Europe, les OGM réglementés, peu importe la technique, sont soumis à la directive 2001/18. En effet, actuellement, aucune nouvelle réglementation n’a été approuvée concernant les produits OGM/NTG. Cependant, le Parlement italien avait adopté, en janvier 2024, un amendement qui exonère les essais en champ de plantes issues de la « mutagénèse dirigée ou cisgénèse » de certains requis, comme l’évaluation de leur impact sur l’agriculture. Cet amendement a été initialement pensé par rapport à la lutte contre le changement climatique. Son article 9-Bis – ajouté à la loi « Dispositions urgentes pour lutter contre la pénurie d’eau et pour moderniser et adapter les infrastructures hydrauliques. (23G00047) »postule que les « les organismes produits au moyen de techniques d’édition du génome par mutagénèse dirigée ou cisgénèse » permettraient « de réagir de manière appropriée à des conditions de pénurie d’eau et en présence de stress environnementaux et biotiques d’une intensité particulière ». Pour faciliter la mise en place d’essais en champ, l’amendement prévoit qu’une disposition de la loi italienne de 2003 (article 8, paragraphe 2, point c) ne s’applique plus5. Il s’agit de l’obligation de réaliser, avant tout essai, une « évaluation des risques pour la biodiversité agricole, les systèmes agricoles et la chaîne agroalimentaire ». Cette disposition est une particularité italienne.

Plusieurs autres essais expérimentaux en champs avec des OGM issus de nouvelles techniques sont prévus en Italie, notamment du raisin modifié pour être plus résistant au mildiou (délétion de gène) et une tomate génétiquement modifiée pour « résister » à l’orobanche. Pour cela, les chercheurs ambitionnent de réduire le taux de strigolactone (une hormone végétale) émise par les racines de tomate. Mais cette hormone est essentielle pour aider à la mycorhization et les champignons symbiotiques du sol à reconnaître la plante voisine et à tisser des relations mutualistes avec elle, lui fournissant des nutriments du sol.

Ces dossiers, issus de la base de données de l’Union européenne, ne figurent par sur le site du ministère italien à l’Environnement, comme cela devrait l’être obligatoirement. Or, nous précise Francesco Panié, de Crocevia, l’essai de tomate aurait dû être implanté le 13 mai. Il considère qu’il y a ici un manque notoire de transparence, voire possiblement une certaine illégalité.

La chercheuse en charge de l’essai de riz OGM souhaite qu’à l’avenir, afin d’éviter que les essais ne soient détruits, les sites d‘implantation puissent être gardés secrets, plutôt que d’exiger qu’ils soient répertoriés dans une base de données publique6, ou de demander à la police de les protéger.

Notes

1Gennaro Tomma, « Landmark gene-edited rice crop destroyed in Italy », Science, 25 juin 2024.

2Cette fondation a par exemple financé un des rapports de l’Isaaa, en 2012 :
Isaaa, « Outlook for biotech crop adoption indicates continued global growth », 7 février 2012.
D’autre part, un article, rédigé principalement par des chercheurs de l’Université de Milan, a parmi ses signataires Roberto Gerbino et Fabio Pierotti Cei, qui travaillent pour cette fondation dans le domaine de Le Fracce (Pavie), où l’essai a été implanté.

3 L’essai est mené par Vittoria Brambilla et Fabio Fornara, de l’Université d’État de Milan, dans le but d’aider à réduire l’utilisation des fongicides, en vue d’une agriculture durable et de qualité. Ils ont tous les deux co-signé des articles avec Wim Soppe, de l’entreprise semencière Rijk Zwaan. Cette dernière est par ailleurs connue pour avoir revendiqué des brevets pouvant couvrir des variétés mises au point pas ses concurrents Gauthier Semences et Franck Morton. Voir :
Denis Meshaka, « Des brevets menacent concrètement deux obtenteurs », Inf’OGM, 12 mars 2024.

5 Presidenza del Consiglio dei Ministri, « DECRETO LEGISLATIVO 8 luglio 2003, n. 224 – Attuazione della direttiva 2001/18/CE concernente l’emissione deliberata nell’ambiente di organismi geneticamente modificati », 13 juin 2023.

6 Ministero dell’Ambiente e della Sicurezza Energetica, « Registro pubblico relativo alla localizzazione di emissioni di OGM nell’ambiente ai fini sperimentali », 8 juillet 2003.

 

Source : https://infogm.org/destruction-dun-essai-en-champ-de-riz-ogm-en-italie/