Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
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Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

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dimanche 14 septembre 2025

Photos de Marinaleda

Cet été, une amie du Conflent est allée à Marinaleda.
Voilà quelques unes de ses photos 

Au bar, la bière est à 1 euro



Maisons à 15 euros par mois





Palestine Libre devant l'église



 

C'est quoi Marinaleda ?


Vous en saurez davantage ici


https://lemurparle.blogspot.com/search/label/marinaledahttps://lemurparle.blogspot.com/search/label/marinaleda


lundi 17 septembre 2018

Marinaleda, un village 100% autogéré - Tout Compte Fait





Aujourd'hui deux vidéos sur Marinaleda, village au sud de l'Espagne où est expérimenté une autre façon de vivre...


 
Ajoutée le 19 févr. 2016

Fondée en 1979, Marinaleda est un village andalou où les habitants maintiennent un système politique, social et économique qui place le citoyen au cœur des décisions.

Cette expérience est basée sur des règles de vie simples : un toit, un emploi, un salaire unique et un repas pour tous.

Les utopistes -Tout Compte Fait :
Intégrale : https://youtu.be/Eq8gUby_YVc http://bit.ly/TCF_Utopistes

Tout Compte Fait, présenté par Julian Bugier tous les samedis à 14h00, décode les rouages de la révolution de l'économie solidaire et raconte les histoires de ces Français qui achètent différemment et des ces entrepreneurs du changement. Plus d'infos sur https://www.france2.fr/toutcomptefait

Source : https://www.youtube.com/watch?v=ItuwPglY4JM

Marinaleda - Les insoumis




Marinaleda.

Une petite ville de 2.700 habitants, au cœur de l’Andalousie, dans le sud de l’Espagne.

Ici, il n’y a pas de policiers.

Pas de voleurs.

Ici, il y a moins de chômage qu’ailleurs, et on partage le travail.

Ici, on paie son loyer 15 euros par mois.

Ici, le maire et ses adjoints ne sont pas rémunérés, et ce sont les habitants qui commandent.

Vous n’y croyez pas ?

Alors venez voir.

On vous emmène là où les habitants ont osé l’impensable, là où les rêves deviennent réalité.

Réalisation : Yannick Bovy - Mars 2015 - 26 mn.



Source : https://www.youtube.com/watch?time_continue=21&v=S5Wqtzjyvs8
 

dimanche 15 janvier 2017

ALERTE : URGENCE MARINALEDA

ALERTE : 

URGENCE MARINALEDA



Lundi, 9 Janvier, 2017 - 15:53

Marinaleda, village andalou en autogestion, est quasiment la seule expérience de ce type en Europe. Et ça marche !

Il aura fallu plus de 10 ans d’occupation de terres, de répression, de violences du pouvoir, de privations, pour que les « sans-terre » de Marinaleda arrachent 1 200 hectares au duc de l’Infantado, ami du roi père, et grand propriétaire dont les domaines s’étendent à l’infini.

Depuis, Marinaleda a créé un mode de fonctionnement non capitaliste : égalité des salaires, auto-construction (15€ par mois à la charge des familles), services à la population gratuits, pas de chômage, décisions prises en assemblées générales de la population (40 à 50 par an).

La communauté s’est dotée d’une usine coopérative : fabrication d’huile d’olive. 
L’expérience peut devenir contagieuse... Son maire, J. M. Gordillo, réélu depuis 30 ans, a été victime d’agressions, de tentatives d’assassinat. L’existence même de Marinaleda insupporte la droite et ici le Parti socialiste Espagnol (PSOE) qui dirige le gouvernement autonome andalou. La présidente de la Junta, Susana Díaz vise le leadership national du parti. Le PSOE souhaite en finir avec cet havre de « socialisme ».

La Junta a mis en demeure la communauté d’acheter les terres, qui avaient été conquises de haute lutte contre le duc. Pour le maire et les habitants de Marinaleda, pas question d’acheter la terre. Ils la travaillent en usufruit. En partagent les fruits. Et puis la terre n’est pas un bien marchand, m’a dit, il y a quelques minutes le charismatique maire. En fait, le gouvernement socialiste andalou, en attaquant Marinaleda, veut renflouer ses caisses, et surtout liquider cette « utopie concrète ».

Tous solidaires et vigilants !

Nous sommes tous Marinaleda.

Signez la pétition qui circule. Elle est incomplète, mais a le mérite d’alerter.

mardi 29 décembre 2015

Marinaleda, un village en utopie




Diffusé sur France 2 le samedi 23 mars 2013 à 13:15 - Durée : 39 min.

Ce deuxième volet de la série "Carnet d'utopies" nous emmène en Espagne, à Marinaleda, petit village d'Andalousie qui développe depuis des années un système social et politique à contre-courant du modèle prédominant.
Un document signé Michel Mompontet, Antoine Morel et Mathilde Rougeron.


Alors que l'Espagne bat des records de chômage et d'expulsions, à Marinaleda, le chômage est à moins de 5% et tous les habitants sont propriétaires de leur logement contre un remboursement de quinze euros par mois. A la tête de ce village d'irréductibles, un maire qui est en train de devenir un exemple de rébellion pour des milliers d'Espagnols.

Reportage : Marinaleda, un village en utopie

Il était une fois l’humble village de Marinaleda, à 30km de Séville en Espagne. Un beau matin de 1979, tout le village se mit en marche pour occuper le lac d’une riche famille locale. Face à cette famille qui possédait toutes les terres alentours, soit 12 000 hectares, les habitants ne possédaient rien. Pour demander le simple droit de puiser de l’eau dans le lac, ceux-ci ont occupé les lieux pendant 10 ans, face à un propriétaire tenace et aux forces policières. Pourtant après 10 ans de lutte, ce riche propriétaire finit par céder 10% de terre. Ces 10% ont changé le destin de 3000 personnes…
France 2 signe ici un nouvel épisode de « Carnets d’utopies » une série de reportages qui emmène un journaliste à la rencontre de populations, en France et en Europe, qui ont décidé d’agir face à la crise et aux inégalités, et de reprendre leur vie en main en créant leur propre utopie. (voici le premier épisode)
Alors que l’Espagne bat des records de chômage et d’expulsions, qu’y a t-il de spécial à Marinaleda ?
  • Un salaire identique pour tout le monde
  • Pas de propriété privée, pas de chef
  • Moins de 5% de chômage
  • Pas de dette
  • 100% des habitants avec un toit
  • Des maisons auto-construites par les habitants. Chacun est invité, avec ses compétences, à participer à la construction collaborative d’une maison pour de nouveaux arrivants.
  • Un loyer à 15€ pour 90m² avec petit jardin et garage
  • Une crèche pour les enfants à 12€ par mois, repas compris
  • Un accès Internet gratuit pour toute la ville
  • Une assemblée populaire réunie 70 fois par an, pendant laquelle tous les habitants, des enfants aux seniors, sont appelés à débattre et venir décider en temps réel du bien-fondé de toutes les dépenses publiques, au vote à main levée. Révolutionnaire ? Pas tant que ça pour des assemblées qui existaient déjà ici au 14ème siècle. Sans compter l’exemple démocratique de l’antique ville d’Athènes.
Et pour financer cette utopie, la ville a su exploiter un trésor local : l’huile d’olive. De la production à la distribution, les habitants maîtrisent toute la chaîne. 400 artisans de la terre pour l’oliveraie et 250 employés pour l’usine de fabrication; employés qui au même titre que le responsable analphabète de l’usine, participent tous aux décisions de manière égalitaire. Tout est auto-géré, sans propriétaire ni chef, si ce n’est l’ensemble des habitants.
Si vous souhaitez changer de point de vue sur la société et vous ouvrir aux potentiels du collectif humain, posez-vous 20 minutes et laissez-vous simplement guider par l’énergie de Juan Manuel Sánchez Gordillo, le maire de cette ville utopique, qui à la question  » Mais comment avez-vous fait pour être réélu maire 7 fois ? » répond ainsi : « Je crois que le secret c’est d’être le premier à l’heure des sacrifices et de la lutte, et le dernier à l’heure des bénéfices«.

Source : http://www.lesjoyeux.org/cinema-vendr...

Et aussi sur France-inter une émission de Daniel Mermet en juin 2011 :
http://www.youtube.com/watch?v=r8Jcmh...
"Pas de chômeurs, pas de promoteurs. Collectivisation des terres et des moyens de production. Et la démocratie, la vraie, la directe ! C'est tout ce dont nous parlons depuis fort longtemps. C'est ce dont parlent également les Indignés espagnols. Il y a un endroit où cela fonctionne depuis 1978. C'est le village de Marinaleda."
Un reportage avec Antoine Chao - www.la-bas.org

"Marinaleda, un village en utopie", le film de Sophie Bolze
http://rebellyon.info/Projection-du-f...

Le site de Marinaleda. (En espagnol) :
http://www.marinaleda.com/inicio.htm/

La chaine Youtube de Marinaleda :
http://www.youtube.com/profile?user=M...

Marinaleda. El sueno de la tierra :
http://www.youtube.com/watch?v=ybzS5v...

Le site officiel de Marinaleda (espagnol) :
http://www.marinaleda.com

Marinaleda : A Terra de Todos - The Land of Utopia - english subtitles
http://www.youtube.com/watch?v=8rlqT4...

Source : https://www.youtube.com/watch?v=UkLbnLpHl-8

mercredi 28 octobre 2015

Marinaleda et ses 3000 insoumis



Marinaleda. Une petite ville de 3 000 habitants, au cœur de l’Andalousie, dans le sud de l’Espagne. Ici, il n’y a pas de policiers, pas de voleurs, ni de sans abris. Ici, il y a moins de chômage qu’ailleurs, et on partage le travail. Ici, on paie son loyer 15 euros par mois. Ici, le maire et ses adjoints ne sont pas rémunérés, et ce sont les habitants qui commandent.
Marinaleda développe depuis les premières élections libres de 1979 un système social et politique à contre-courant du modèle prédominant. En 1991, ses habitants ont obtenu du gouvernement régional par des actions incessantes 1 200 hectares qu’ils exploitent aujourd’hui en coopérative. Cette coopérative intègre ses propres unités de transformation et commercialise sa production.
Marinaleda
Marinaleda est née dans les années 1970. A l’époque, l’Espagne connaît une double crise : politique, avec la mort du dictateur Franco, et économique. Le village andalou est durement frappé : 60% de chômage et la famine prennent à la gorge cette communauté agricole sans terre. A l’époque, les champs alentours appartiennent à des familles aristocratiques richissimes, qui préfèrent investir dans des plantations que l’on peut automatiser (comme le blé qui nécessite des machines pour la récolte), plutôt que des cultures qui nécessitent la main de l’homme. Trois décennies plus tard, les champs de blé sont devenus des champs d’artichauts et de tomates, et tous les habitants du village ont un travail et un toit.
Aux premières élections communales après la dictature franquiste, en 1979, le Syndicat des ouvriers agricoles, récemment créé, remporte les élections communales avec 9 conseillers sur 11. Juan Manuel Sanchez Gordillo est élu bourgmestre. Le modèle économique est alors décidé collectivement.
marinaleda city
Depuis, dans le village de Marinaleda, tout le monde gagne le même salaire, qu’on travaille au champ, à l’usine ou dans les bureaux, soit environ 1 200 euros par mois. De quoi bien vivre, puisque tous les services et le logement sont gratuits, ou presque. Les loyers sont en effet de 15 euros par mois pour une maison de 90 mètres carrés. Le droit au logement est garanti : la municipalité fournit le terrain et la personne qui souhaite s’installer est aidée pour construire elle-même sa maison.
Les maisons sont construites sur des terrains municipaux. Celui qui fait la demande s’engage à construire sa propre maison, mais il est aidé par un chef de chantier et un architecte rémunérés par la mairie. Un accord avec le gouvernement régional d’Andalousie permet de fournir les matériaux. En deux ou trois ans les travaux sont terminés, la maison appartient à celui qui l’a bâtie, et il n’a plus qu’à payer 15 euros par mois.
L’accès à la santé, à l’éducation et aux activités culturelles est gratuit ou presque, ainsi que les services comme la garderie et Marinaleda a une taxation parmi les plus faibles d’Andalousie. Le travail, la culture, l’éducation et la santé sont considérées comme un droit. Une place à la crèche avec tous les repas compris coûte 12 euros par mois. La piscine municipale est à 1 euro par mois.
Le système est simple : les habitants ont créé une coopérative qui ne redistribue pas les bénéfices, mais réinvestis pour créer du travail. Le salaire de tous les travailleurs, quel que soit le poste qu’ils occupent est de 47 euros par jour, six jours par semaine, à raison de six heures de travail quotidien.
marinaleda workers
« Nous avons appris que ce n’était pas suffisant de définir ce qu’est une utopie, ni même de se battre contre les forces réactionnaires, raconte Sánchez Gordillo, toujours maire du village depuis 1979, dans une interview accordée au journal El Pais en 1985, et cité dans le livre de Dan Hancox. Il faut construire ici et maintenant, brique par brique, patiemment mais sûrement, jusqu’à ce que nos vieux rêves deviennent réalité : qu’il y ait du pain pour tous, la liberté pour tous les citoyens, la culture, et être capable de lire avec respect le mot “paix”. Nous croyons sincèrement qu’il n’y a pas de futur qui ne soit construit sans le présent ».
Une philosophie qui a mené ce maire communiste non-encarté à soutenir toutes les initiatives de résistance à la crise économique. En août 2012, Sánchez Gardillo a ainsi lancé des occupations de terres militaires, la saisie d’un château, et a entrepris une marche de trois semaines dans le sud espagnol pour inciter les autres maires à ne pas payer leurs dettes municipales.
A l’heure où la crise entraîne l’expulsion de 40 familles andalouses par jour, le modèle communiste de Marinaleda commence à faire des petits. Ainsi du village de Somonte, une coopérative fondée en 2013 sur le même modèle que Marinaleda. Mais ici, ils ne sont que deux douzaines à exploiter 400 hectares de terre. Probablement l’un des rares endroits, sinon le seul, qui réclame de la main d’œuvre en Espagne. Sur les murs, des portraits de Malcolm X ou Zapata, et ce slogan : “Andalous, n’émigrez pas, battez-vous !”.
Reportage de 26 minutes Marinaleda – Les insoumis réalisé par Yannick Bovy en mars 2015.




“Il nous a fallu trente ans pour en arriver là. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que ce sont nos solutions qui marchent. La spéculation immobilière, elle, ne pouvait rien donner de bon. C’est la cupidité qui a plongé le monde dans la crise. Les gens sont surpris lorsqu’ils voient qu’ici il n’y a presque pas de chômeurs et que tout le monde a sa propre maison. Mais c’est pourtant ça qui est normal. Ce qui n’a pas de sens, c’est ce qui se fait ailleurs. Et qu’on ne vienne pas me dire que notre expérience n’est pas transposable : n’importe quelle ville peut faire la même chose si elle le souhaite.”

Juan Manuel Sánchez Gordillo
Juan Manuel Sanchez Gordillo
Plus d’infos en espagnol sur le site de Marinaleda.
Sources :
Source : https://bonnesnouvellesinfo.wordpress.com/2015/09/18/marinaleda-et-ses-3-000-insoumis/

lundi 4 mars 2013

Somonte : la Terre Est à Vous Reprenez-La !

En Andalousie, Marinaleda fait des petits : à 50 kilomètres se trouve la ferme de Somonte, 400 hectares, occupée par des ouvriers agricoles qui veulent y développer une agriculture biologique et paysanne, exempte d'OGM et de pesticides. 


http://www.bastamag.net/article2955.html



FACE AU NÉO-FÉODALISME

Andalousie : des centaines d’ouvriers se réapproprient des terres livrées à la spéculation


PAR PHILIPPE BAQUÉ (28 FÉVRIER 2013)

Au sud de l’Espagne, des ouvriers agricoles occupent une ferme de 400 hectares, menacée par la spéculation. Ils contestent une répartition féodale des terres, réservées aux grands propriétaires. Et développent une agriculture biologique et paysanne, qui nourrira bientôt des milliers de personnes. Reportage en Andalousie, dans la ferme de Somonte, devenu le symbole d’une lutte populaire contre les inégalités et pour la souveraineté alimentaire. « Land and freedom », version 2013.


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« Quand nous sommes arrivés à Somonte pour occuper les terres, c’était un matin très tôt, au lever du soleil, se souvient Javier Ballestero, ouvrier agricole andalou. J’ai été surpris par le silence. Il n’y avait pas d’oiseaux sur ces terres ! Pas de vie ! Rien ! » C’était il y a presque un an, le 4 mars 2012. Cinq cents journaliers agricoles, des habitants des villages voisins et des citoyens solidaires venus de toute la région ont commencé à occuper la « finca » (ferme en espagnol) de Somonte. Le lendemain, la propriété, qui appartient au gouvernement autonome régional, devait être vendue aux enchères, très certainement à l’un des puissants propriétaires terriens de la zone, qui l’aurait achetée à un prix avantageux.

Le SOC-SAT [1], syndicat d’ouvriers agricoles qui a organisé l’occupation, est habitué aux luttes foncières. C’est lui qui a mené tous les combats historiques des journaliers andalous depuis les années 70. Mais les occupations de terre ne datent pas d’aujourd’hui. En 1936, elles s’étaient multipliées. Javier évoque la répression féroce qui s’en suivit lors de la victoire des franquistes. Un puissant propriétaire terrien fit exécuter 350 journaliers à Palma del Rio, le village voisin de Somonte. La plupart des terres qui jouxtent la « finca » appartiennent aux descendants de cet homme.

« La terre est à vous. Reprenez-la ! »

En ce matin hivernal, une trentaine de personnes se pressent autour d’un brasero, installé devant la petite cuisine de la « finca ». Deux hommes réparent un vieux tracteur Fiat sur lequel est fiché un drapeau andalou portant le sigle SOC-SAT. Quand le tracteur finit par démarrer, des responsables du lieu répartissent les tâches entre les occupants et les visiteurs solidaires, selon les décisions prises la veille au soir en assemblée générale. Un groupe ira désherber le champ d’oignons dont les plants viennent d’être mis en terre. Un autre ramassera les piments, les Piquillo, la variété locale, rouge sang, qui seront ensuite mis à sécher en grappes. Le troisième groupe préparera le repas collectif de la mi-journée.

Une dizaine de militants portugais d’extrême gauche, en visite, et quelques militants français et espagnols, de passage ou séjournant à Somonte, se dirigent vers le hangar où est entreposé le matériel agricole. Peint sur le bâtiment, un slogan rappelle les enjeux de l’occupation : « Andalous, n’émigrez pas. Combattez ! La terre est à vous. Reprenez là ! » Au passage, les travailleurs matinaux croisent une patrouille de la Guardia civil, qui vient relever, comme tous les jours, les numéros des plaques d’immatriculation des voitures stationnées sur le parking de la ferme. A voix basse, les moqueries fusent. Lesguardias demeurent indifférents. Ils ne descendent jamais de leur véhicule. Ils notent et repartent.

Développer une agriculture biologique paysanne

Près du hangar, sous les regards complices de Malcolm-X, Zapata et Geronimo, immortalisés par un artiste sur un mur, Javier et son collègue Pepe distribuent sarcles et bêches, puis accompagnent les militants jusqu’au champ d’oignons. Les allées sont interminables. Briefés par les deux hommes, les militants se courbent et s’accroupissent. Les herbes résistent, déchirent les doigts. Une main arrache par inadvertance un plant d’oignon. Un pied en écrase un autre. Difficile de s’improviser paysan. Ceux qui ont l’habitude avancent en ligne. Les autres tentent de s’appliquer, s’assoient, redressent leur dos ... Les conversations vont bon train. Les chants révolutionnaires s’élèvent, repris en chœur.


Peu à peu, la brume se lève. Apparait en contre-bas la plaine du fleuve Guadalquivir, qui s’étend à perte de vue dans cette partie de la province de Cordoue. Une terre rase, ondulante, sans un arbre, sans une haie. Cette même terre épuisée, sur laquelle poussera en été, sous la chaleur ardente, blés ou tournesols. Les journaliers qui occupent les quatre cents hectares de Somonte ont décidé d’abandonner ces pratiques agricoles intensives. « Depuis que nous sommes ici, les oiseaux sont revenus et la vie aussi, confie Javier. L’homme appartient à la terre. Nous devons la respecter et veiller sur elle. C’est pour cela que nous allons faire ici de l’agriculture biologique paysanne. » Pour développer une agriculture en rupture avec le modèle dominant, les journaliers andalous font appel à leur sensibilité et à leur mémoire, ravivée par leurs parents ou leurs grands-parents.

Contre une répartition « féodale » des terres

Comme la plupart des 25 occupants permanents de la finca, Lola Alvarez se définit comme « journalière agricole, depuis toujours », et fière de l’être. Elle rappelle que les premiers pieds de tomates plantés dans le jardin de Somonte proviennent de semences très anciennes apportées par son père de 84 ans.
« Dès que nous avons occupé Somonte, beaucoup de personnes âgées sont venues nous apporter des semences de piments, d’oignons, de laitues ... Toutes les semences traditionnelles qu’elles avaient héritées de leurs parents et qu’elle avaient conservées et protégées précieusement année après année. » Les occupants ont aussi reçu des graines du réseau andalou Semences et de la coopérative française Longo Maï. Somonte sera libre de semences transgéniques et de pesticides. « Nous sommes fatigués de voir ceux qui spéculent avec la terre spéculer aussi avec les produits chimiques, avec les semences et avec l’eau. Il va être difficile de mettre les 400 hectares en agriculture biologique mais nous allons le faire », explique simplement Lola.
Les occupants ont aussi décidé d’en finir avec l’injuste et scandaleuse répartition féodale des terres en Espagne qui fait que la duchesse d’Alba possède encore 30 000 hectares de terres et le duc del Infantado, 17 000. Plus de 60 % des terres les plus riches du pays sont entre les mains d’une poignée de puissantes familles, qui spéculent avec elles et perçoivent la majorité des aides agricoles [2]. « La terre n’appartient à personne. Elle n’est pas une marchandise, s’insurge Lola. Elle doit être entre les mains de celles et de ceux qui la travaillent. Nous l’occupons pour nourrir nos familles et vivre dignement. »


Javier Ballestero, né dans une famille paysanne anarchiste, se réclame encore de cette tradition. « Les moyens de production doivent être au service du peuple. Pour cultiver sainement, nous n’avons pas besoin d’un patron qui nous exploite et nous vole. Nous voulons décider nous-mêmes de notre avenir. »
Dans les années 80, pour initier une réforme agraire, le gouvernement autonome andalou (dirigé par le Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE) avait acheté plusieurs dizaines de milliers d’hectares aux grands propriétaires terriens. Il les avait grassement payés, pour qu’il n’y ait pas trop de mécontents. Mais n’avait pas redistribué les terres. L’objectif étant surtout de désamorcer un vaste mouvement d’occupations de terres organisé par le SOC qui réclamait alors des expropriations sans indemnisation.

Droit d’usage

Une partie de ces terres sont alors louées à des coopératives de petits paysans. Mais la grande majorité d’entre elles demeurent sous la responsabilité de l’Institut andalou de la Réforme agraire (IARA), et sont consacrées soit à des cultures intensives, soit à de vagues projets destinés à la recherche, pourvoyeurs d’importantes subventions européennes. Quelques hectares de la finca Somonte servaient ainsi de champs d’expérimentation à des cultures destinées à la production d’agro-carburants. Aujourd’hui, les socialistes dirigent toujours le gouvernement autonome. Comme les caisses sont vides, 22 000 hectares de terres appartenant à l’IARA ont été mis en vente aux enchères en 2011. Plus de la moitié ont été vendus.

« Le SOC a mené des occupations très dures dans les années 80. Elles ont notamment abouti à la création de la coopérative El Humoso, dans le village de Marinaleda, sur 1 200 hectares expropriés à la duchesse d’Alba », commente Lola Alvarez.« Depuis des années, nous ne menions plus que des occupations symboliques pour tenter d’infléchir la politique du gouvernement. Mais quand nous avons vu que les terres gérées par le gouvernement andalou allaient revenir entre les mains des spéculateurs, nous avons décidé de reprendre les occupations effectives. » Depuis l’occupation, la vente des terres a été suspendue. Mais les occupants ne souhaitent pas devenir propriétaires de Somonte. Il réclament un simple droit d’usage. Rappelant que depuis 20 ans, ces 400 hectares n’ont nourri personne.

Somonte, symbole d’une lutte populaire

L’Andalousie connaît actuellement un taux de chômage record de 34 % pouvant aller jusqu’à 63 % chez les jeunes de moins de 25 ans [3]. De nombreux Andalous, partis travailler comme ouvriers du bâtiment dans d’autres régions d’Espagne, reviennent aujourd’hui chez eux et proposent leur force de travail sur un marché agricole andalou déjà saturé et en crise. Avec la mécanisation à outrance et les mauvaises récoltes des oranges et des olives, il est désormais impossible aux 400 000 ouvriers agricoles de la région de réunir les 35 journées de travail annuelles nécessaires pour bénéficier d’une allocation mensuelle de 400 euros.

Fin 2012, le parlement andalou a demandé que le nombre de journées de travail exigé soit diminué. En vain. Cette crise sociale n’alarme pas les grands propriétaires terriens qui profitent de la situation pour mettre en concurrence les journaliers andalous avec la main d’œuvre immigrée, bien moins payée. Le SOC-SAT réunit des ouvriers agricoles de tous les horizons et organise régulièrement des grèves pour défendre leurs droits. Il dénonce aussi les injustices sociales, en organisant dans des supermarchés des opérations de récupération de produits alimentaires de base, distribués ensuite à des cantines de quartiers pauvres.


Durant l’été 2012, des marches ouvrières ont parcouru toutes les provinces andalouses pour dénoncer les mesures d’austérité. Une grande ferme appartenant à l’armée, laissée à l’abandon, a été brièvement occupée. Ce contexte social et politique tendu, et toutes ces luttes, font aujourd’hui de Somonte un symbole très populaire de la capacité des ouvriers à prendre en main leur destin. L’alimentation est au cœur des luttes.

Nourrir des milliers de familles de la région

Peu à peu, avec le soutien des anciens, d’ingénieurs agronomes, d’organisations locales et de réseaux de solidarité internationaux, le projet agricole de Somonte prend corps. Trois hectares de légumes ont déjà été mis en culture pour l’autoconsommation, la vente sur les marchés locaux ou dans une coopérative de consommateurs de Cordoue. Plusieurs dizaines d’hectares vont être consacrés à des cultures maraîchères. Quarante hectares seront réservés à de grandes cultures en rotation avec notamment du blé biologique. Les occupants de Somonte envisagent de planter près de 1 500 arbres de variétés locales, de développer des vergers d’abricotiers, de cerisiers, d’amandiers, de créer une oliveraie, d’entretenir des haies.
En décembre 2012, près de 700 arbres sont plantés le long du domaine. Une eau saine sera récupérée grâce à des retenues, des puits et à une protection des petits cours d’eau existants. Les occupants veulent réunir rapidement un troupeau d’au moins 300 brebis. Une grande partie de la production agricole de la finca sera transformée sur place dans des ateliers. Le projet agro-écologique et social de Somonte, organisé sous forme de coopérative de travailleurs, pourra donner du travail à plusieurs centaines de personnes et permettre à des milliers de familles de la région de se nourrir.

Occuper les terres, les logements et les banques

La situation de Somonte est aujourd’hui suspendue à la situation politique en Andalousie. Le nouveau parlement autonome élu début 2012 est majoritairement à gauche. Cela n’a pas empêché le Parti socialiste de faire expulser les occupants de Somonte, le 26 avril 2012, le jour même où il signait un accord avec la Gauche Unie. Le 27 avril au matin, la finca était de nouveau occupée. Aucune menace d’expulsion n’a été formulée depuis, mais les négociations sont au point mort.
« S’ils nous expulsent 20 fois, nous occuperons 21 fois ! », ironise Lola. « Nous n’avons pas le choix. Le gouvernement ne sait pas comment réagir. Et nous, pendant ce temps, nous montrons qu’une autre voie est possible. Nous disons qu’il faut occuper les terres pour avoir un travail et pour vivre. Mais il faut aussi occuper les logements pour donner un toit aux familles. Et il faut occuper les banques pour dénoncer les aides financières que nos gouvernements leur apportent tout en faisant payer les plus pauvres. Il faut occuper ! Voilà la solution. »

Texte et photos : Philippe Baqué


Notes

[1] Le SOC-SAT est l’ancien Syndicat des ouvriers agricoles (SOC). En 2007, il a été rebaptisé, syndicat des travailleurs andalous (SAT).
[2] Voir « Andalousie : la terre contre la crise », Jean Duflot, Archipel, journal du Forum civique européen de juin 2012.
[3] Voir « Un Robin des bois en Andalousie », Sandrine Morel, Le Monde, le 29 août 2012.

mercredi 3 octobre 2012

Tordères : commune autogérée, mode d'emploi

http://www.article11.info/?Torderes-commune-autogeree-mode-d

Un article très intéressant en vue des prochaines élections municipales et concernant tous nos petits villages du Conflent et d'ailleurs.
Lire les commentaires qui font suite à l'article avec entre autres une réaction de Maya, maire de Tordères, à l'article.



ARTICLE11

VENDREDI 14 SEPTEMBRE 2012

Entretiens


posté à 21h05, par Marion Dumand

12 commentaires



TORDÈRES : COMMUNE 

AUTOGÉRÉE, MODE D’EMPLOI

Avec 180 habitants, le petit village de Tordères dans les Pyrénées Orientales s’est fait connaître pour son fonctionnement municipal inhabituel : le pouvoir y est aux villageois, et la démocratie, participative. Une expérience d’auto-gestion discrète mais bien rodée. Interview de la mairesse porte-voix, Maya Lesné.


Tordères est connu pour sa démocratie participative. Comment le projet et l’équipe municipale se sont-ils constitués ?
Aux dernières élections, le maire sortant en avait ras la casquette, et le précédent (qui était resté 14 ans à la mairie), plutôt procédurier et bétonneur, voulait y retourner. On a alors organisé une grande réunion publique, ouverte à tous, même aux enfants et aux ados. On n’a pas réfléchi à qui était de droite, qui était de gauche, même s’il faut bien avouer que la majorité du village vote à gauche. Nous voulions d’abord décider ensemble de ce que nous souhaitions défendre et ensuite déterminer qui serait candidat, disposé à défendre le bien commun et pas ses propres intérêts.
Très vite, des idées essentielles se sont imposées, quant à la constitution de la liste et au fonctionnement de l’équipe municipale :
1. Que la population soit toujours impliquée dans les décisions du conseil municipal.
2. Que la liste ne soit pas exclusivement composée de notables ni de retraités (qui ont souvent soit le temps, soit l’argent – voire les deux), mais de « gens normaux » : hommes et femmes à parts égales, de tous âges, sans exclure les chômeurs, les précaires ni les personnes arrivant de l’étranger.
Comment se sont déroulées les élections ?
Des 20 personnes retenues, seules 11 se sont finalement présentées, afin de pouvoir faire face à la liste adverse malgré le panachage électoral. Nous avons obtenu 86 voix contre 20. Au final, la moyenne d’âge se situe autour de la quarantaine, ce qui n’est pas sans poser problème : beaucoup ont des activités, une famille, alors que la participation au Conseil prend du temps et de l’énergie. J’ai été désignée comme mairesse, tout simplement parce que j’étais au chômage à l’époque et que j’avais donc plus de temps. Il faut aussi dire que je suis assez grande gueule... L’important étant que ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous.
Quelles priorités pour le village ?
« On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste…  » C’est l’esprit de notre programme. Plus concrètement, nous avons défini quatre axes primordiaux :
1. Maintenir l’école coûte que coûte. C’est la condition sine qua non pour que le village vive (le quart de la population a moins de 18 ans !), même si ça représente la moitié du budget.
2. Maintenir les emplois municipaux, également coûte que coûte (secrétaire de mairie et employé polyvalent).
3. Entreprendre une grande réflexion sur l’urbanisme, pour réagir à la forte pression foncière venant de Perpignan. En incluant la protection des zones agricoles et naturelles.
4. Continuer à bien vivre ensemble.
Comment les habitants participent-ils à la prise de décision ?
Pour le premier conseil municipal, nous avons envoyé une lettre aux habitants : tous pouvaient s’inscrire dans les commissions municipales et extra-municipales de leur choix. Finalement, parce que c’était trop restrictif et figé, nous avons encore plus ouvert : tous les habitants du village, enfants et adultes confondus, peuvent à tout moment participer à n’importe quelle commission.
Il existe 5 commissions municipales : Travaux, Environnement et Agriculture, Finances, Affaires sociales, Urbanisme. Certaines d’entre elles sont extra-municipales, dont « Tordères en fête », tout à fait intergénérationnelle : de 4 à 90 ans...
Les commissions ont-elles un rôle réel ?
Oui, les trois quarts des décisions fondamentales se prennent là, dans les commissions, qui se tiennent plus ou moins fréquemment. Les décisions ne sont pas actées si la participation est trop faible (en deçà de 5). Dans ce cas, elles sont mises en attente. « Ça ne vous intéresse plus, alors on en reparlera quand nous serons à nouveau mobilisés.  » Il n’est pas question de décider à la place de tous. Si l’on nous dit : « C’est aux élus de faire le boulot !  », je réponds : «  C’est mieux qu’on s’y mette tous ! » Il est plus sain de prendre une décision à plusieurs, même si c’est plus long, même si le préfet nous engueule à cause des délais. Et puis, il faut bien avouer que cette façon de faire heurte les habitudes des habitants !
Comment s’articulent commissions et conseil municipal ?
Prenons l’exemple de la Commission Travaux, qui remporte un franc succès. Les habitants se réunissent par rue, ou par « quartier ». C’est à eux de lister les problèmes qu’ils rencontrent et d’envisager les solutions (par exemple, mettre du goudron ou de la terre battue…).
Nous, au conseil municipal, on se contente de chercher le pognon et de voir si c’est jouable, en faisant faire des devis, en recueillant des avis d’experts. Ensuite, on présente ce dossier aux habitants, et c’est eux qui décident. Après tout, c’est leurs impôts, c’est à eux de trancher, et tous sont bien conscients des limites financières.
Il est souvent difficile de comprendre le fonctionnement d’un budget municipal…
Il faut reconnaître que la Commission Finances n’a aucun succès. Les gens ne se sentent pas compétents. Pourtant, comprendre le budget de la commune, et son fonctionnement, est primordial. Cette transmission de la gestion administrative et comptable de la commune à la nouvelle équipe est assurée à 80% par le ou la secrétaire de mairie, bien plus que par l’ancien maire. Sans leur compétence, nous serions démunis.
Trop souvent, à l’échelle de la commune, de la ComCom, du département, les budgets et les questions « délicates » font l’objet de réunions officieuses, où l’on débat, questionne, se met d’accord. Puis, au conseil, dans les réunions ouvertes au public, les décisions sont votées en deux minutes. Elles demeurent incompréhensibles pour les non-initiés, ce qui est à mon sens dramatique.
Il n’y a pas d’essoufflement de la participation, sur la longueur ?
Le problème de ce système est lié à l’usure de l’engagement. Une fois passée l’euphorie des débuts, la participation baisse. Il faut aller tous les jours chercher les habitants pour qu’ils participent, ce qui est plus fatigant que flatteur (même si cela témoigne aussi de la confiance faite aux membres du conseil).
Au début, certains ont également redouté « l’attaque des balançoires », c’est-à-dire la participation des plus jeunes aux décisions municipales. Ce qui a poussé ces adultes à s’engager davantage… Et c’est un sacré exercice de transmettre l’information à la fois aux adultes et aux jeunes. Mais cette transmission nous semble primordiale : il faut que les mômes s’emparent de l’histoire de leur village. Même s’ils sont, par nature, un peu conservateurs…
Est-ce compliqué d’être mairesse dans ces conditions ?
En fait, ce fonctionnement est trois fois plus fastoche pour le maire, et gratifiant. C’est vrai que tu es parfois amené à soutenir le projet des autres. Mais tu peux démissionner si ces derniers vont vraiment à l’encontre de ta façon de voir. C’est ce que je ferais si j’étais confrontée à cette situation. Un maire peut se sentir un peu seul ; il doit (ré)apprendre la discussion, la confiance, la discrétion, parce qu’il y a des moments que tu ne partages ni avec le conseil ni avec les commissions, des moments qui te plongent dans l’intimité des familles. Le premier à être appelé, en cas d’événements graves, ce n’est plus le curé, c’est le maire. On pénètre parfois un espace secret, qui doit le rester. Mais cet isolement n’est pas problématique si l’on aime le dialogue et son village.
Votre village fonctionne de façon très collective. Ce qui n’est pas d’usage à l’extérieur…
C’est là que les choses se corsent, à la préfecture, à la ComCom, dans des réunions qui prennent beaucoup de temps et d’énergie. Tu es alors vraiment seul : le fonctionnement n’est plus collectif, comme au village, mais individuel, fait de rapports de force. Quand, en plus, tu es une nana, et jeune, tu t’en ramasses plein la tronche. Dans ce cas, savoir que le village est derrière toi, que tu défends ses décisions, ça donne des forces.
Peux-tu nous donner un exemple d’un combat mené par Tordères ?
Nous avons eu un sacré bras de fer avec le préfet quant au plan de prévention des risques incendies. Tordères est en zone rouge : les assurances sont très élevées (ce qui entraîne une injuste « sélection  » sociale) et, si ta maison brûle, tu ne peux pas la reconstruire ! Sans compter que la commune était censée réaliser des travaux délirants vu son budget. À un moment, si l’État prescrit, l’État paye – ou devrait le faire ! Le préfet pensait nous mettre la pression village par village. Mais nous avons monté un collectif, d’abord au sein de la Comcom des Aspres, qui a hérité avec la Résistance d’une forte solidarité. Le collectif compte maintenant 50 mairies et fait tache d’huile dans tout le Midi. Face à ce plan décidé par un technocrate à deux balles, nous demandons une réflexion nationale.
Et qu’en est-il du projet d’éoliennes sur votre territoire ?
C’était un projet de la ComCom. Les grosses communes étaient pour… mais lorsqu’il a été question des petites communes, ça a été une autre histoire ! Nous ne sommes pas contre l’éolien ou le solaire, au contraire. Nous aurions même pu faire abstraction de la dégradation visuelle. Mais nous ne voulions pas d’un projet qui nous était imposé, en toute opacité, avec en lice des grosses boîtes comme Suez et Areva, où l’énergie produite n’était pas réinjectée dans la commune. Le bras de fer a duré deux ans, mais nous avons fini par gagner : le projet a été abandonné.
Un dernier mot ?
Il est fondamental de se donner d’autres idées, d’autres envies, d’autres manières de faire, en regardant notamment ce qui se passe à Marinaleda, un village d’Andalousie1.