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mercredi 26 août 2026

Les 10 bonnes nouvelles de la semaine - Réseaux sociaux, séniors, auto-construction :

 


Réseaux sociaux, séniors, 

auto-construction : 

les 10 bonnes nouvelles 

de la semaine

 

  

Pour contrer le blues du dimanche soir (ou plutôt des lundis capitalistes), voici 10 bonnes nouvelles de la semaine !

 

1. Réseaux sociaux : la loi interdisant l’accès aux moins de 15 ans, censurée par le Conseil constitutionnel

La loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été censurée par le Conseil constitutionnel, qui a jugé l’atteinte aux libertés disproportionnée. Ils ont notamment critiqué son périmètre trop large, l’absence de prise en compte de l’autorité parentale et les risques liés à la vérification d’âge. Le gouvernement prévoit un nouveau texte d’ici au printemps 2027. (le Monde)

2. Les Insatiables redonnent l’appétit à des séniors

La dénutrition toucherait un million de personnes de plus de 65 ans en France et peut entraîner perte d’énergie, amaigrissement et problèmes de santé. Pour la prévenir, l’association Les Insatiables organise notamment des ateliers et concours culinaires en Ehpad, qui permettent de sensibiliser les seniors à l’importance de bien manger tout en favorisant le plaisir, l’autonomie et le lien social. (Marcelle Média)

3. En Ariège, elles construisent leur maison en bois, terre et paille

En Ariège, Jocelyne et Dominique ont construit leur maison avec du bois, de la terre et de la paille, des matériaux bruts ou peu transformés. Dix ans après, la maison de 54 m² n’a pas bougé, grâce notamment à une conception protégeant la terre de l’humidité. Construite en chantier participatif, elle leur a coûté 50 000 euros au total. (Reporterre)

4. Quimper : échanges culturels entre jeunes breton·nes et palestinien·nes

Des collégien·nes breton·nes ont accueilli huit jeunes Palestinien·nes du camp de Balata, en Cisjordanie, pour une tournée mêlant danses, visites et rencontres. À travers le Dabke et plus globalement la culture locale, ces échanges ont permis de mettre en lumière les traditions communes, créer des liens entre les deux jeunesses et d’offrir aux jeunes Palestinien·nes une parenthèse de liberté et de sérénité. (La Relève et la Peste)

5. Un vaccin personnalisé montre des résultats prometteurs contre le mélanome

Un vaccin personnalisé à ARN messager développé par Moderna et Merck a donné des résultats positifs en phase 3 chez plus de 1 100 patients atteints d’un mélanome avancé. Associé à une immunothérapie, il a amélioré significativement la survie sans récidive par rapport au traitement seul. Les laboratoires doivent désormais présenter les résultats détaillés et demander son autorisation. (20minutes)

6. Dans le sud-ouest de l’Angleterre, la martre des pins se reproduit avec succès

La réintroduction de la martre des pins porte ses premiers fruits dans le sud-ouest de l’Angleterre : des caméras ont filmé quatre petits à Exmoor et deux à Dartmoor, après le relâcher de 34 individus depuis 2024. Ces naissances constituent les premières preuves de reproduction depuis le lancement du programme visant à restaurer l’espèce, disparue localement depuis plus d’un siècle. (Devon Wildlife Trust)

 

7. La nigelle des champs réapparaît en Sarthe après 150 ans d’absence

Après 150 ans d’absence, la nigelle des champs a été retrouvée en Sarthe, où sa dernière observation remontait à 1879. Classée en danger critique d’extinction, cette petite fleur a réapparu sur une parcelle où des pratiques agricoles favorables permettent aussi à d’autres fleurs des moissons de se développer. (Reporterre)
 

10. Une loutre réapparaît à New York après plus d’un siècle d’absence

Après plus d’un siècle d’absence, une loutre d’Amérique a été photographiée dans la Bronx River, à New York. Son retour témoigne de la restauration progressive de cette rivière, autrefois fortement polluée, grâce à des décennies d’efforts pour améliorer la qualité de l’eau et les habitats. (The Guardian)
 
Mara Pron


Photo de couverture : Ryan Reynoso / Unspalsh

Source : https://mrmondialisation.org/reseaux-sociaux-seniors-autoconstruction-10-bonnes-nouvelles-semaine/ 

mardi 19 août 2025

Méga-barrage au Tibet : un rêve de grandeur pour la Chine, un cauchemar pour l’Inde et le Bangladesh

Méga-barrage au Tibet : 

un rêve de grandeur 

pour la Chine, 

un cauchemar pour l’Inde 

et le Bangladesh


La Chine a annoncé le week-end dernier le début des travaux de construction d'un barrage géant sur le fleuve Yarlung Tsangpo, au Tibet. Censé devenir le plus grand du monde, le projet inquiète l’Inde et le Bangladesh qui craignent que la Chine instrumentalise ainsi l’accès à l’eau de ce fleuve, vital pour les deux pays.

La Chine a déjà construit plusieurs barrages hydrauliques au Tibet, comme celui-ci près de Shannan, et Pékin vient de lancer le chantier du plus grand barrage au monde dans cette région autonome. © Go Nakamura, Reuters

La Chine a débuté, samedi 19 juillet, son “projet du siècle” au Tibet. C’est avec emphase que Li Qiang, le Premier ministre chinois, a lancé officiellement le gigantesque chantier d’un nouveau barrage hydraulique appelé à devenir le plus grand du monde. Et peut-être aussi le plus controversé… du moins aux yeux d'autres pays de la région comme l’Inde ou le Bangladesh.

Situé sur le fleuve Yarlung Tsangpo - le plus long du plateau tibétain qui, une fois sorti du territoire chinois, traverse l'Inde et le Bangladesh (où il change de nom) -, ce projet prévoit la création de cinq centrales hydrauliques en cascade et d’un gigantesque barrage dans la région du Medog dont la construction devrait être achevé d'ici environ 10 ans.


Barrage le plus grand et le plus cher du monde

Le tout devrait faire pâlir de jalousie le barrage des Trois Gorges, sur le fleuve Yangtsé, actuellement le plus grand du monde. Le nouveau mastodonte hydraulique chinois doit à terme générer 300 milliards de kilowatts/heure par an soit environ trois fois plus que celui des Trois Gorges. C’est autant que la totalité de l’électricité fournie par le parc nucléaire français en 2023.

Ce nouveau complexe hydraulique devrait coûter au moins 155 milliards d’euros, ce qui en ferait également le projet de barrage le plus cher de toute l’histoire.

Cette folie des grandeurs est dans les cartons depuis 2020 et le gouvernement chinois en a validé définitivement le principe en décembre 2024. Le méga-barrage s’inscrit officiellement dans la transition énergétique. “La Chine essaie de sortir de sa dépendance au charbon depuis au moins trois décennies. Pékin tient vraiment à apparaître comme ce champion de l’énergie verte, et ce barrage est un élément très important aux yeux des autorités pour y arriver”, explique Marc Lanteigne, sinologue à l'université arctique de Norvège.

Parmi toutes les énergies renouvelables, Pékin a beaucoup misé sur l’hydraulique. Les chiffres officiels ont de quoi donner le vertige : la Chine affirme avoir construit 94 000 barrages.

Problème : il n’y a plus beaucoup de place en Chine continentale pour en construire de nouveaux. En revanche, plus à l'ouest, “le Tibet, qui a toujours intéressé la Chine pour ses ressources naturelles, offre de vastes possibilités pour ajouter des barrages”, explique Marc Lanteigne. Seul 1 % des ressources hydrauliques de cette région autonome a été exploitée, estime Think China, un site de Singapour spécialisé dans le décryptage de l’actualité chinoise.

“Pour Pékin, c’est l’équivalent de la muraille de Chine au XXIe siècle”

Si Pékin veut davantage de barrages, ce n’est pas seulement pour l’énergie. C’est aussi une histoire d’eau. “Cela leur permet de faire d’une pierre deux coups : ils accumulent de l’énergie pour accompagner leur croissance économique et les barrages leur donnent accès à de l’eau, dont la Chine peut manquer surtout dans les régions de l’est qui sont naturellement plus arides”, affirme Antonina Luszczykiewicz-Mendis, spécialiste des relations sino-indiennes associée à l’université d’Oxford.

Transformer le Tibet en haut lieu de l’énergie hydraulique “participe aussi à la stratégie poursuivie par la Chine depuis les années 1990 visant à mieux connecter l’ouest de la Chine au reste du pays afin de mieux intégrer ces territoires et neutraliser les tendances séparatistes, comme au Tibet [annexé de facto par la Chine en 1950]”, estime Marc Lanteigne.

Une sinisation à marche forcée et à coup de grands chantiers. “Davantage de Han [l’ethnie majoritaire en Chine, NLDR] vont venir, des entreprises vont s’installer pour profiter de l’activité économique. C’est une manière pour Pékin d’accroître sa main mise sur cette région politiquement et économiquement”, note Antonina Luszczykiewicz-Mendis.

Pour Xi Jinping “c’est aussi un moyen de laisser sa trace comme leader nationaliste, à l’instar de Mao, avec une grande construction”, estime Ashok Swain, spécialiste des questions de conflits et de paix à l’université d’Uppsala et titulaire de la Chaire Unesco sur la coopération internationale dans le domaine de l'eau.

Difficile, en effet, d’ignorer la dimension symbolique et politique de ce chantier XXL. “Lorsque Li Qiang évoque le ‘projet du siècle’, c’est aussi pour faire de ce barrage la ‘muraille de Chine du XXIe siècle’ ou encore une prouesse équivalente à l’exploration de la face cachée de la Lune”, affirme Antonina Luszczykiewicz-Mendis. Pour elle, la construction de ce barrage “équivaut pour la Chine à dire qu’elle est une superpuissance technologique”.

Séisme naturel et géopolitique

Mais c’est aussi un pari très risqué pour Pékin. D’abord parce que le site de ce futur complexe hydraulique se situe dans une zone très sismique, ce qui fait de ce chantier “l’un des plus dangereux du monde”, affirme le site Engineering News-Record.

Ensuite, parce que ces gigantesques structures engendrent toujours des déplacements de populations et du mécontentement. “Le barrage des Trois Gorges avait peut-être créé un million d’emplois, mais il avait aussi faire perdre à un million de Chinois leur maison”, souligne Antonina Luszczykiewicz-Mendis. Il y a moins de monde dans cette région du Tibet, “mais il existe des sites religieux qui risquent d’être détruits, ce qui aggraverait les tensions avec la population locale”, précise Marc Lanteigne.

Surtout, l’Inde et le Bangladesh voient ce projet d’un très mauvais œil. “En Inde, tout le monde est convaincu que la Chine instrumentalise toutes ses ressources, que ce soit ses terres rares ou ses prêts financiers. Alors les Indiens redoutent que les Chinois se servent de ce barrage sur le fleuve au Tibet comme d’une arme”, souligne Harsh V Pant, spécialiste de la politique étrangère indienne et vice-président à l’Observer Research Foundation, un cercle de réflexion à New Delhi.

Le fleuve Yarlung Tsangpo, qui devient le Brahmapoutre en Inde et le Jamuna au Bangladesh, est vital pour ces deux pays, car “il sert à l’irrigation et l’agriculture et c’est une source directe d’eau pour une partie de la population dans ces deux pays”, souligne Ashok Swain.

La crainte est que la Chine décide de se servir de ce barrage comme d’un robinet pour réduire le flot du fleuve ou au contraire en augmenter subitement le débit… ce qui serait particulièrement dommageable en période de crue et de mousson, assurent les experts interrogés par France 24.

Pour l’Inde et le Bangladesh, ce barrage deviendrait une épée de Damoclès. “C’est une bombe à retardement”, a averti Pema Khandu, le chef du gouvernement régional de l’État du nord-est de l’Inde de l’Arunachal Pradesh par lequel passe le Brahmapoutre. Dans un contexte de relations déjà difficiles entre les deux puissances asiatiques, “ce barrage pourrait devenir une arme très dangereuse contre l’Inde en cas d’escalade des tensions”, résume Ashok Swain.

Washington ne s'y est d’ailleurs pas trompé. Dans son document sur la “Stratégie des États-Unis pour l’Indo-Pacifique”, l'administration américaine “lorsqu’elle évoque les deux principaux défis continentaux pour le XXIe siècle, il ne parle ni de Taiwan ni du nucléaire nord-coréen mais des tensions à la frontière indo-chinoise et de la question de l’accès à l’eau dans cette région”, souligne Antonina Luszczykiewicz-Mendis.

Surtout que la Chine peut faire à peu près ce qu’elle veut. “Elle n’a aucun accord de partage des eaux avec un pays de la région”, souligne Harsh V Pant. Pour cet expert, dans ce contexte, l’Inde pourrait avoir intérêt à s’associer avec le Bangladesh afin de faire pression sur la Chine. Ashok Swain estime même que la meilleure parade serait une sorte d’association entre l’Inde, le Bangladesh, le Bhoutan et le Népal pour pousser à une meilleure coopération avec la Chine sur les questions d’accès à l’eau. Ce projet de barrage le plus grand du monde est donc tout sauf un long fleuve tranquille.

 

Source : https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20250724-mega-barrage-au-tibet-hydraulie-energie-chine-trois-gorges-menace-inde-bangladesh-medog-record

dimanche 23 mars 2025

Indépendantes et écolos, ces femmes construisent leur propre maison

Indépendantes et écolos, 

ces femmes construisent 

leur propre maison

 

26 mars 2022

 

Nathalie, fondatrice de Tinyland, devant sa tiny house qu'elle a construite..

Les maisons mobiles fleurissent dans la Drôme grâce aux femmes. Dans un hangar près de Valence, elles construisent leur propre habitat sur roues, motivées par des envies d’indépendance et écologiques.

Valence (Drôme), reportage

Haut de un mètre, un poing levé en ferraille colorée est disposé devant un portail. Derrière ce symbole de la lutte et de l’engagement, l’inscription « tiny » sur une petite pancarte indique la direction d’un jardin fleuri. Le printemps pointe le bout de son nez. Nathalie aussi, souriante, sur la terrasse attenante à sa maison miniature et mobile. C’est ici, à quelques kilomètres de Valence, que la fondatrice et coprésidente de l’association Tinyland compte organiser prochainement des formations destinées à toutes celles et ceux qui voudraient se lancer dans l’autoconstruction de tiny house, ces maisons légères et sur roues qui ont le vent en poupe en France depuis quelques années. Et dans son association, sur les huit constructeurs actuellement aidés bénévolement, la moitié sont des femmes.

Dans le hangar de Tinyland, l’une scie, celle-là coupe du bois, d’autres amènent des planches. Toutes ont pour but de faire elles-mêmes leur propre maison mobile. Solène, 27 ans, débute à peine les travaux. « Même s’il y a la fin du pétrole, j’aurai un toit sur la tête, dit-elle entre deux séances de taille de bois. Je vis actuellement dans un logement peu confortable. Si je mettais de l’argent dans de la pierre, je mettrais plus de temps à avoir un lit douillet. Et je me dis que si je me sépare de mon copain, j’aurais toujours un logement. »

Solène (à d.) et Agathe échangent leurs savoirs-faire. Avant de se lancer, Solène a participé au chantier d’Agathe. Maintenant que la tiny house de cette dernière est finie, c’est à son tour d’aider son amie dans la conception de sa future maison sur roues. © Estelle Pereira / Reporterre

Si les métiers de la construction sont très largement masculins, le milieu de l’autoconstruction est un domaine plus ouvert aux femmes. Isolation, fenêtres, toitures, ergonomie... tout, absolument tout, est ici conçu de A à Z par ces non professionnelles, pour un prix moyen de la maison finie allant de 20 000 à 30 000 euros. « L’association se veut accessible à tous les gens à petit budget qui ont de l’optimisme, de la motivation, raconte Nathalie, la fondatrice du lieu. Grâce au partage de savoirs, à l’entraide, à l’intelligence collective, on leur dit : “Venez fabriquer votre tiny avec nous.” »

C’est après avoir quitté son CDI et avoir travaillé en bénévole en Arménie, lors d’un service volontaire européen, qu’elle a pris la décision de construire sa première tiny house, avec son compagnon de l’époque. Après leur séparation, elle s’est retrouvée sans logement. Hébergée à droite et à gauche par des amis, elle a alors organisé le chantier d’une deuxième tiny house, la sienne cette fois, dans un hangar prêté par un ami charpentier. Ce fut le premier chantier participatif d’une longue série : plus d’une vingtaine de ces habitations ont été autoconstruites depuis.


Nathalie, fondatrice et coprésidente de Tinyland, devant sa tiny house autoconstruite. Elle est aujourd’hui formatrice pour Solution ERA dans la construction de mini maisons. Depuis six ans, elle mène un véritable travail de lobbying afin de démonter les clichés autour de l’habitat léger auprès des mairies. © Estelle Pereira / Reporterre

« Si je peux faire ça, je peux entreprendre tout ce que je veux ! »

L’autoconstruction, une façon pour les femmes de reprendre la maîtrise de leur vie ? Si la méthode ne règle pas le problème de fond sur l’inégalité dans l’accès à la propriété, elle permet, selon Bérangère, l’une des constructrices, de lever bien des barrières psychologiques. Elle en prend pour preuve ce qu’elle a vécu.

Au départ, elle ne se sentait pas capable de construire en autonomie sa maison. Passer par un chantier participatif était rassurant. Huit femmes ont répondu à l’appel lancé via la plateforme d’entraide Twiza. Avec la rémunération de deux conseillers techniques pour la conception, le projet devait être plié en quatre mois. Au bout de huit jours, le premier confinement a contrecarré ses plans. « J’ai dû terminer la maison pratiquement toute seule, conclut-elle. Même si j’ai eu des coups de main, je restais la cheffe de mon chantier. Ça a été une leçon de vie pendant treize mois. Quand j’ai fini la tiny house, je me suis dit : “Si je peux faire ça, je peux entreprendre tout ce que je veux !” »


Bérangère a construit seule sa maison. Selon elle, la construction permet aux femmes de se rendre compte que réaliser un projet n’a pas de genre. © Estelle Pereira / Reporterre

En réalisant à quel point l’expérience avait pu être émancipatrice pour les huit bénévoles, elle a réfléchi à l’organisation de chantiers participatifs entièrement féminins qui auraient une vocation thérapeutique.

« Elles se sont rendu compte, tout comme moi, que si on leur explique comment fonctionnent les machines, elles sont aussi capables que les hommes. À trois ou quatre, on peut lever ensemble le mur d’une maison. C’est pour cela que j’ai envie de faire des chantiers participatifs pour les femmes. Pas tellement pour qu’elles construisent leur maison ensuite, mais parce que si tu parviens à péter ce mur-là, celui où tu te dis que le chantier ce n’est pas fait pour toi, alors tu peux te lancer dans n’importe quel projet dans ta vie. »


Bérangère, dans sa tiny house construite seule. © Estelle Pereira / Reporterre

Un logement à soi, accessible rapidement

En cette période d’incertitude liée à la crise sanitaire et à la guerre contre l’Ukraine, la nécessité de diminuer sa consommation est partagée par l’ensemble des personnes passées par le hangar. Avec, en moyenne, moins de 100 euros de charges par mois, autoconstruire son habitat sobre et peu énergivore est un moyen de gagner en autonomie et en liberté. D’autant que le dernier rapport de la Fondation pour le Logement des Défavorisés (ex Abbé Pierre) sur l’état du logement en France est catégorique sur l’augmentation des prix des logements dits « classiques » : +154 % en vingt ans. De quoi accroître les inégalités entre celles et ceux qui héritent d’un logement, ou qui ont les moyens d’emprunter, et les autres.


Solène (à d.) et Agathe échangent leur savoir-faire pour construire la maison de Solène. © Estelle Pereira / Reporterre

« Tu ne vis pas de la même façon quand tu as le confort de ta lignée et que tu sais que tu auras un logement quoi qu’il arrive. Du coup, tu te retrousses les manches pour être indépendante », commente Nathalie, qui n’attend aucun héritage.

Et quand bien même elle en aurait eu un, les sociologues Céline Bessière et Sibylle Gollac ont prouvé, après plus de quinze ans d’études sur la cellule familiale, que les femmes étaient les plus souvent lésées sur les questions d’héritage. Beaucoup moins questionnée et médiatisée que la hausse des inégalités de patrimoine entre ménages, la croissance de l’écart de richesse entre les hommes et les femmes est pourtant régulière. Il est passé de 9 % en 1998, à 16 % en 2015, selon les deux autrices.


Louison construit sa tiny house avec son compagnon «  pour mettre en cohérence son mode de vie avec ses convictions écologiques  ». © Estelle Pereira / Reporterre

Vivre dans une maison légère, dont l’installation est tout de même suspendue à l’ouverture d’esprit des mairies, est « une liberté », selon Nathalie. C’est une maison à elles, qui ne les réduit pas à leur genre de femme, comme peuvent le faire une maison ou un appartement classiques. « Je peux me consacrer à des activités artistiques ou culturelles qui ont un sens pour moi », répond immédiatement Nathalie. Quant à Agathe, 25 ans, qui vient de finir son chantier, elle estime qu’elle peut désormais prendre plus de risques en travaillant à son compte, mais aussi « avoir plus de temps pour avoir un enfant, parce que mon compagnon et moi-même aurons moins besoin de travailler. Vivre en tiny nous offre ce bien-être ».

Moins de biens, plus de liens

Autre volonté partagée par ces femmes : mettre en adéquation leurs valeurs écologiques avec leur mode de vie. Avant de fabriquer sur mesure leur future maison, les autoconstructeurs sont obligés de passer en revue leurs besoins réels. Autrement dit, un gros tri s’impose. « Vivre en tiny, ça te pousse à te restreindre et ce n’est pas une mauvaise chose. La remorque est là pour te dire que si tu as un trop gros logement, tu vas trop consommer, tu vas être très énergivore », raconte Agathe. C’est l’objectif premier, ne pas dépasser le poids réglementaire, soit 3,5 tonnes pour pouvoir la bouger à l’envi.


Chez Tinyland, l’entraide entre les constructeurs fait partie prenante de la philosophie de l’association, dont l’objectif premier est de fédérer et de favoriser le partage des savoirs autour la construction d’habitats écologiques. © Estelle Pereira / Reporterre

Diplômée de l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble, Agathe est une vraie passionnée de la construction miniature. Elle a voulu montrer dans son mémoire de fin d’études que les habitats légers avaient une architecture qui pouvait répondre, dans certaines conditions, aux défis de la transition écologique. Plus philosophiquement, elle a fait ressortir que posséder moins pouvait aussi être source de bonheur pour les habitants.

« Des professeurs avaient du mal à comprendre la qualité de vie dans ces maisons, pour eux le confort se résume à l’espace dont on dispose. Pour certains, c’était une précarité du logement. Mais tout le monde n’a pas envie d’habiter dans une maison pavillonnaire de style américain. Le rêve américain n’est pas celui de tout le monde », précise-t-elle.


Dans le hangar de l’association, Agathe construit sa tiny house. © Estelle Pereira / Reporterre

Construire une maison écologique, c’est aussi se rendre compte de l’impact de celle-ci sur l’environnement. « La tiny house est reliée à la nature. Elle suppose de réfléchir à tous nos rejets. J’ai par exemple arrêté la contraception hormonale, car je sais que les hormones ont des effets sur l’eau et les poissons », raconte Nathalie. Les toilettes sèches sont la norme chez les « tinyistes ». Les déjections humaines, comme celles des animaux, reviennent à la terre via le compost ou la phytoépuration, l’épuration par les plantes.

Dans l’entrepôt où fourmille la créativité, où chaque maison est unique, l’écologie n’est pas discutée, c’est même une base idéologique partagée. Ce qui l’est plus, insiste Solène, « c’est comment se joue la mixité, comment se répartissent les tâches dans un couple, comment on prend des décisions, etc. » La bienveillance et l’entraide sont fondamentales pour ces défenseuses de l’habitat alternatif. C’est ce qui a permis à Nathalie de « se reconstruire » en même temps qu’elle a façonné sa maison. À Agathe de retrouver « la cabane de son enfance » et de choisir son métier : conceptrice et constructrice de tiny houses. À Bérangère, animatrice en communication non violente, d’animer des groupes de parole pour femmes dans sa tiny.







Source : https://reporterre.net/Independantes-et-ecolos-ces-femmes-construisent-leur-propre-maison

jeudi 13 mars 2025

Arrêt de l’A69 : s’épargner l’ubuesque cycle de vie d’une autoroute

Manifestation contre l'A69 en juin 2024 © Zeina Kovacs







Arrêt de l’A69 : 

s’épargner l’ubuesque 

cycle de vie d’une autoroute

 6 mars 2025
Nelo Magalhães

Ne pas terminer une autoroute, c’est éviter les émissions du trafic qu’elle supporterait sur un temps très long. Mais aussi l’entretien permanent des chaussées et des ponts, l’ouverture et l’extension de nouvelles carrières, de centrales à béton et à bitume, la gestion des masses immenses de déchets... et la lourde question de son démantèlement futur. Le gain de l’arrêt du chantier est considérable. Aucune loi de l’histoire n'impose l’accumulation infinie d’infrastructures. 


La décision du tribunal administratif de Toulouse d’annuler les autorisations environnementales de l’autoroute A69 a mis le chantier à l’arrêt, suscitant moult indignations auprès des partisans de cette infrastructure.

Parmi les arguments avancés, celui que la construction est achevée aux deux tiers revient fréquemment : par conséquent il serait « ubuesque » (selon le ministre des Transports) de ne pas finir l’ouvrage. Après tout, on pourrait admettre que les importants dommages environnementaux de cette autoroute, bien documentés, sont déjà là et accepter l’irréversibilité du processus. L’histoire environnementale des grandes infrastructures conteste fondamentalement ce récit.

Le cycle de vie d’une infrastructure, quelle qu’elle soit, ne suit pas une loi technique, par exemple propre aux matériaux qui la constituent. Il est de bout en bout politique, attaché à l’usage que des forces sociales entendent lui assigner. De plus, il dépasse largement la période de construction : une fois mise en service, l’infrastructure est sans cesse étendue, approfondie, rigidifiée et maintenue… jusqu’à l’étape du démantèlement. Illustrons ces aspects avec le cas de l’autoroute.

Sa définition reflète des choix de mobilité bien particuliers. Il s’agit d’une voie « réservée à la circulation mécanisée libérée de tout accès direct des riverains ainsi que de toute intersection à niveau avec d’autres circulations ». Exiger la fluidité, c’est imposer une infrastructure inaccessible aux habitants la bordant, aux usagers non-motorisés, et imposer la construction d’imposants échangeurs et raccordements lors de croisements avec d’autres routes, voies ferrées ou canaux.

L’autre élément clé tient à l’exigence d’une « vitesse de base élevée » (110 à 140 km/h selon les pays). Ce choix a des effets majeurs sur le tracé autoroutier : la pente doit être faible, les courbes assez longues et les largeurs des voies importantes pour des questions de sécurité. Comme le territoire n’est pas du tout adapté à ces exigences, le travail de transformation des reliefs et des sols par les terrassements est immense : en France, en moyenne 100 mètres cubes de terre sont déplacés par mètre linéaire.

Une fois construite, l’autoroute est loin d’être figée. Les premiers projets autoroutiers l’anticipent généralement en imposant un important terre-plein entre les voies dans la perspective d’en ajouter de nouvelles. Or le trafic ne disparaît pas mais augmente avec les nouvelles constructions (phénomène dit du trafic induit) : on élargit ainsi la 2x2 à 2x3 puis 2x4 voies. Pour rouler à une vitesse élevée dans des conditions de sécurité jugées admissibles, les chaussées sont plus larges qu’auparavant (3,5 m contre 2,5 m). L’emprise moyenne d’une autoroute est donc de 10 hectares par kilomètre. Le dernier choix politique essentiel concerne la circulation de camions toujours plus lourds.

Comme les ports ou aéroports, l’autoroute est dimensionnée pour le véhicule le plus volumineux. Les ingénieurs, comme les administrations et les politiciens, le savent depuis les années 1950 : un camion représente des millions de voitures, car l’impact sur la chaussée est exponentiel au poids (le road damage calculator réalise les calculs en ligne). Le choix du libre-échange par l’Union européenne, qui autorise et encourage le passage de camions toujours plus lourds, a des effets matériels considérables : épaisseur, rigidité des sous-couches, traitement du sol et du sous-sol consolidés avec de la chaux et du ciment.

La libre circulation des marchandises, au cœur de sa constitution, repose toujours plus sur le fret routier, avec aujourd’hui des méga-camions de 60 tonnes. L’épaisseur des routes a ainsi décuplé au XXe siècle, passant de 10 cm à plus de 130 cm.

Manifestation contre l'A69 en juin 2024 © Zeina Kovacs

Ce choix explique à lui seul l’importance de l’entretien et de la maintenance des routes, troisième phase politique de leur vie : ces opérations ne sont pas redevables d’une loi technique, mais bien du fret routier, qui a été multiplié par six en soixante ans. Ainsi, on constate déjà des déformations importantes en 1981 sur les voies lentes d’une section de l’autoroute A1 (Paris-Lille), ouverte en 1968.

À l’époque, elle avait déjà supporté 56 millions de véhicules dont 21 % de poids lourds : elle reçoit aujourd’hui 100 000 véhicules par jour dont 25 à 35 % de semi-remorques bien plus lourds qu’à l’époque. Si les ingénieurs jugent que la durée de vie d’une chaussée autoroutière est d’une vingtaine d’années, ce pronostic sera nettement réduit avec une intense circulation de camions. Le raisonnement est identique pour les 12 000 ponts autoroutiers en France, dont 7 % menaceraient de s’effondrer d’après un rapport du Sénat. S’il faut en moyenne 30 tonnes de sable et de gravier par mètre linéaire pour construire une autoroute, cette infrastructure en consomme bien plus au cours du temps. L’extraction de ces matières, de très loin la plus importante du pays, est aujourd’hui destinée à plus de 80 % aux travaux publics, et en particulier l’entretien des routes. C’est un véritable cercle vicieux, qui se poursuit tant que cet usage-là de l’infrastructure prédomine.

Ne pas terminer une autoroute, c’est non seulement éviter les émissions du trafic qu’elle supporterait sur un temps très long, mais également l’entretien permanent des chaussées et des ponts pour la circulation des poids lourds. C’est éviter l’ouverture et l’extension de nouvelles carrières, de centrales à béton et à bitume, et la gestion des masses immenses de déchets. C’est s’épargner la lourde question de son démantèlement futur. Le gain de l’arrêt du chantier de l’A69 est donc considérable. Avec la votation suisse de novembre, qui a mis un coup d’arrêt à l’extension des autoroutes du pays, cet épisode vient également rappeler qu’il n’y a pas de loi de l’histoire qui impose l’accumulation infinie d’infrastructures. Parfois elles ne s’étendent plus, et parfois elles ne sont même plus construites.


Source : https://blogs.mediapart.fr/nelo/blog/060325/arret-de-l-a69-s-epargner-l-ubuesque-cycle-de-vie-d-une-autoroute-0?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTAAAR1ulntAdcBty7S1odPuzVyjbz2El-u554naalTgKoaBV64JW6b67e4COd8_aem_NFoEzviGgZSVIlh7yn869w

jeudi 26 décembre 2024

"C'est une catastrophe humaine qui nous attend" : des ONG alertent sur le vertigineux projet de construction de barrages par la Chine au Tibet.

 

"C'est une catastrophe humaine 

qui nous attend" : 

des ONG alertent 

sur le vertigineux projet 

de construction de barrages 

par la Chine au Tibet 


Plusieurs associations dénoncent notamment l'impact environnemental de ce projet, qui permettrait selon elles à Pékin de s'approprier les ressources naturelles du Tibet.

 
Article rédigé par Nathanaël Charbonnier
Radio France
Publié

 

Le chantier chinois du barrage hydroélectrique de Yanggu, sur le plateau tibétain, le 14 décembre 2023. (STRINGER / CNSPHOTO)

 Le rapport qui est rendu public jeudi 5 décembre, sur l’impact catastrophique des travaux gigantesques de la Chine au Tibet, a demandé quatre ans de travail à l'ONG International Campaign for Tibet (ICT), soutenue notamment par l’acteur américain Richard Gere. Il en ressort que la Chine s’est lancée dans la construction d'au moins 193 barrages au Tibet, avec les conséquences que l’on peut imaginer en matière d’environnement, de culture et de droits de l'homme.

Une fois achevées, ces infrastructures permettront à Pékin de s'approprier les ressources en eau de toute l'Asie du Sud-Est. Pour la première fois, un seul pays, la Chine, pourrait affecter les réserves naturelles de près de deux milliards de personnes et s'approprier les matières premières de l'ensemble du Tibet, renchérit Vincent Metten, membre d'ICT. "Il y a une frénésie et un accaparement des ressources naturelles du Tibet, que ce soit les ressources minières, il y a du lithium, de l'uranium, du cuivre, du cobalt, et maintenant, il y a évidemment l'eau", déplore-t-il.

"C'est une surexploitation sans limites des ressources naturelles du Tibet à des fins surtout commerciales et mercantiles."

Vincent Metten, membre de la Campagne internationale pour le Tibet

Certains des 193 barrages recensés sont ou seront des monstres, explique la chercheuse tibétaine Dechen Palmo, qui travaille sur le sujet depuis quatre ans. "Un des barrages va être trois fois plus grand que le plus grand barrage connu au monde, observe-t-elle. Et il sera en service dans les cinq ans à venir. C'est inimaginable ce qu'il se passe au Tibet et personne n'y prête attention, parce que la Chine cache ces informations. Cela nous a demandé beaucoup de travail pour découvrir ces 193 barrages."

Des conséquences sur les pays limitrophes

Une fois en service, les barrages produiront 270 gigawatts d'énergie : c'est autant que la production allemande. Sauf qu'au Tibet, il n'y a pas 80 millions d'habitants, mais seulement six millions. Cela aura surtout une incidence considérable pour les pays limitrophes qui dépendent de cette eau tibétaine, alerte la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, du groupe France-Tibet. "C'est l'enjeu de ce plateau pour les pays limitrophes et l'eau. Ils vont devenir quoi, les pays en dessous ? s'étrangle cette élue. Si on ne travaille pas sur un partage de l'eau, c'est une catastrophe humaine qui nous attend. C'est pour ça que je voulais faire ce colloque, pour montrer au monde que le plateau tibétain concerne les Tibétains, mais il y a aussi l'avenir du monde à travers ce plateau." 

On estime à 750 000 le nombre de personnes qui seront déplacées ou expulsées au Tibet à cause de ces barrages.

 

 

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Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/c-est-une-catastrophe-humaine-qui-nous-attend-des-ong-alertent-sur-le-vertigineux-projet-de-construction-de-barrages-par-la-chine-au-tibet_6938084.html#xtor=CS2-765-%5Bshare%5D-

jeudi 25 juillet 2024

Procès gagné : les cabanes des Sources du Lavandou sont enfin libres

Procès gagné : les cabanes des Sources du Lavandou sont enfin libres

Ces cabanes démontables et biodégradables sont très discrètes. Construites en foin et en terre, elles n’ont jamais rien coûté. François et ses amis récupéraient un peu de bâche aux agriculteurs locaux pour faire l’étanchéité.

 

Texte : Laurie Debove
Photographie : Myriam Boyé
 

24 juillet 2024

 


C’est un soulagement énorme pour François et Anne. La justice a tranché : les cabanes du Lavandou, dans lesquelles ils vivent depuis bien longtemps, ont le droit de perdurer ! Une belle victoire pour ces cabanes compostables et les défenseurs de l’habitat léger.
 

La répression de l’habitat léger

Le 4 juillet, le tribunal correctionnel de Brive a tranché : les Cabanes des Sources du Lavandou ont bien le droit d’exister ! Depuis 2018, le maire de la commune avait pris en grippe ces cabanes, inquiet de voir de nouveaux habitants y apprendre l’auto-construction et la vie en habitat léger.

Pourtant, François était connu de longue date dans le village pour l’occupation originale qu’il avait fait de ce terrain agricole dont il est propriétaire. Après un premier projet de maraîchage dans les années 90, François s’est intéressé à l’autonomie au fur et à mesure de ses pérégrinations, notamment après une expérience de vie dans la communauté de Beneficio, en Andalousie.

« J’ai commencé par créer une petite cabane dans laquelle j’ai vécu seul pendant 10 ans. Pour la construire, j’ai dû oublier tous les outils techniques élaborés que la société nous proposait pour ne faire qu’avec mes mains. Dans le silence et dans la paix, avec le muscle, le cœur et les poumons, en toute légèreté et discrétion, plusieurs cabanes se sont construites ainsi pour accueillir des gens issus du Rainbow Gathering, une communauté hippie. C’est pour ça que c’était vraiment surprenant que le maire s’en prenne à nous 15 ans après. J’avais plutôt bonne réputation sur la commune pour donner des coups de main aux paysans » raconte François pour La Relève et La Peste

           François dans sa cabane – Crédit : Myriam Boyé

Entre 2018 et 2021, les habitants du Lavandou ont pourtant subi une pression terrible de la part des autorités : armada de gendarmes, hélicos survolant son terrain, dénonciation, annonces médiatiques du maire disant qu’ils allaient se faire expulser… Puis, un temps d’accalmie a eu lieu, jusqu’au procès. Pour Jonathan Attias, ancien habitant du lieu, cette poursuite en justice serait corrélée avec la « charte anti-cabanisation » lancée par le préfet de Corrèze en octobre 2023.

« On a seulement eu 1 mois pour se préparer. On sentait la volonté politique d’aller très vite dans l’affaire. Heureusement, l’avocat Paul Jouty a fait un travail formidable, raconte le co-créateur de la Désobéissance Fertile pour La Relève et La Peste. François n’a pas été jugé sur le fond mais sur la forme. Aujourd’hui, les tribunaux sont complètement dépolitilisés. Là, on parle d’un petit gars qui doit faire face à des pressions financières et policières pour l’empêcher de vivre paisiblement dans la forêt. Non seulement ils ont déployé ces moyens-là mais ils ont perdu. Cette affaire en dit long sur deux visions du monde qui vivent en parallèle et ne se mélangent pas. Savoir que François va pouvoir continuer à poursuivre son rêve, c’est hyper précieux. »

Pour défendre le droit à l’habitat léger, Jonathan et sa compagne Caroline ont créé la Désobéissance Fertile, «un mouvement dont la volonté absolue est de préserver les êtres vivants ». La Désobéissance Fertile a ainsi accompagné François dans la protection de son lieu enchanteur.

 Lire aussi : La désobéissance fertile : vivre en symbiose avec la Nature

Une victoire de cabanes

François a été considéré comme non-coupable, car juridiquement les faits dont il était prévenu étaient considérés comme prescrits. Cela faisait plus de six ans que ses cabanes sont construites.

« La prescription c’est le fait qu’on considère que juger et punir quelqu’un pour quelque chose qui est trop ancien fait plus de mal que l’infraction elle-même. En regardant le dossier, la présidente elle-même a relevé que la procédure avait été menée en dépit du bon sens. Ils ont fait les choses de manière bizarre, normalement le maire aurait dû dresser un PV pour démontrer les infractions mais il était absent de la procédure et n’a été transmis par la mairie que la veille de l’audience. A mon sens ils n’apportaient pas la preuve que les cabanes étaient suffisamment grandes pour être soumises à l’obligation de déclaration de construction » explique l’avocat Paul Jouty pour La Relève et La Peste

Ces cabanes démontables et biodégradables sont très discrètes. Construites en foin et en terre, elles n’ont jamais rien coûté. François et ses amis récupéraient un peu de bâche aux agriculteurs locaux pour faire l’étanchéité.

« Cela a simplement demandé beaucoup de main d’œuvre et de plaisir. C’est à la fois une simplicité et un confort de vie. On sort de la cabane, le paradis est devant nous, sur le perron. Une ambiance et une atmosphère paisible est là. On sait qu’on a seulement le paysage à s’occuper, en plantant des arbres comme des vergers ou des parcelles forestières, confie François pour La Relève et La Peste.

Dans la nature presque sauvage, j’y trouve ma santé et mon bonheur. C’est un lieu de création et de réjouissance, la nature n’est plus hostile ni hermétique, elle est source d’une grande famille d’arbres, de plantes, de connaissances, de choses familières et de présence aimante »  

Si la décision du procès ne fera pas jurisprudence, elle est quand même une source d’espoir pour celles et ceux qui aspirent à vivre sobrement. 

Ses « cabanoiseaux », comme les appelle François, ont encore de beaux jours devant elles.

Laurie Debove

 

Source : https://lareleveetlapeste.fr/proces-gagne-les-cabanes-des-sources-du-lavandou-sont-enfin-libres/