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jeudi 10 septembre 2026

Les 10 bonnes nouvelles - Banc d’allaitement, dépollution des sols et retour du kākāpō


Banc d’allaitement, 

dépollution des sols 

et retour du kākāpō : 

Top 10 bonnes nouvelles


Pour contrer la morosité des actus, 

voici 10 bonnes nouvelles 

à ne pas manquer !

1. Des lycéens fabriquent un banc d’allaitement pour l’espace public

À Avion, des élèves du lycée Auguste-Béhal de Lens ont conçu et fabriqué un banc d’allaitement installé au parc de la Glissoire, offrant aux parents un espace calme et intime pour allaiter ou donner le biberon. Un second banc est prévu, dans une démarche visant à favoriser l’allaitement dans l’espace public. (La Voix du Nord)

2. Une cour d’appel confirme la protection fédérale des zones humides de Floride

La justice américaine a confirmé que l’État ne pouvait pas gérer seul certains permis de destruction des zones humides sans respecter les obligations de la législation sur les espèces menacées. Les autorisations resteront donc soumises au cadre fédéral, qui prévoit davantage de contrôle public et de consultation des nations autochtones. (Earthjustice)

3. À Dives-sur-Mer, la lutte contre la spéculation immobilière s’organise

À Dives-sur-Mer, où les résidences secondaires représentent près de la moitié des logements, la commune développe des BRS, logements sociaux, préemptions et taxes sur les résidences secondaires et logements vacants pour maintenir des habitant·es à l’année. Le dispositif BRS permet notamment à un trentenaire d’acheter son appartement 155 000 €, soit presque deux fois moins cher que les logements voisins. (Grand Format)

4. Une décision judiciaire renforce les droits des peuples autochtones face au projet de pipeline Line 5

La Cour suprême du Michigan a annulé le permis de construction du tunnel destiné à faire passer l’oléoduc Line 5 sous le détroit de Mackinac. La décision intervient après les recours de plusieurs nations autochtones et de collectifs écologistes opposés aux risques pour les eaux des Grands Lacs. (Earthjustice)

5. Des vêtithèques pour lutter contre la fast fashion

À Genève, l’association Vet’Lok permet aux familles d’emprunter des vêtements pour enfants plutôt que de les acheter, favorisant réemploi, partage et réduction des achats neufs. Le modèle, encore marginal, existe aussi en France et pourrait réduire la surconsommation textile. (la Brèche)

6. Des plantes peuvent contribuer à dépolluer les sols contaminés au cadmium

Certaines plantes, comme le tabouret des bois, le saule ou l’arabette de Haller, accumulent naturellement le cadmium et d’autres métaux lourds, ouvrant des pistes pour dépolluer les sols. La laitue est particulièrement efficace en laboratoire, mais son usage alimentaire pose problème puisqu’elle concentre aussi le cadmium présent dans les sols. (La Relève et la Peste)

7. Nantes transforme deux cours d’immeubles en jungle urbaine

À Nantes, l’artiste Evor a transformé progressivement deux cours d’immeubles en une jungle de 600 m² et des milliers de plantes, offrant un îlot de fraîcheur en plein centre-ville. Désormais intégrée au parcours du Voyage à Nantes, elle est accessible au public depuis un belvédère aménagé par la Ville. (Marcelle)

8. Après un été brûlant, la mobilisation écologiste se renforce

Face aux canicules, sécheresses et incendies de l’été, les associations écologistes constatent une hausse de la mobilisation citoyenne. Une dizaine de manifestations sont prévues en septembre, avec des convergences inédites entre syndicats, associations sociales et écologistes, tandis que les collectifs entendent maintenir la pression sur les enjeux climatiques à l’approche de la présidentielle de 2027. (Vert)

9. Le kākāpō dépasse les 300 individus pour la première fois depuis 75 ans

En Nouvelle-Zélande, la population du kākāpō, perroquet nocturne incapable de voler, atteint 325 individus, après une saison de reproduction exceptionnelle marquée par 90 nouveaux poussins. L’espèce, tombée à seulement 51 individus en 1995, bénéficie depuis de décennies d’un programme de conservation intensif combinant suivi scientifique, gestion des prédateurs et aide à la reproduction. (Le Cercle)

10. En Sardaigne, la mobilisation fait reculer un projet de « glamping » de luxe

En Sardaigne, la mobilisation de collectifs citoyens et environnementaux a conduit les autorités à révoquer les autorisations d’un projet de complexe touristique de luxe à Cala Finanza, qui bénéficiait d’un régime dérogatoire aux règles environnementales et paysagères. La décision bloque pour l’instant la construction du site, même si le promoteur a engagé un recours. (EuroNews)

Mara Pron


Photo de couverture : Kakapo – Dianne Mason / WikimediaCommons

vendredi 4 septembre 2026

Stop Pesticides - Mobilisation internationale le 3 octobre 2026 à Saint‑Pierre‑la‑Garenne (Eure)

Stop Pesticides

Mobilisation internationale 

le 3 octobre 2026 

à Saint‑Pierre‑la‑Garenne (Eure)



Les pesticides tuent, de plus en plus et depuis bien trop longtemps ! Le 3 octobre 2026, nous, paysan·nes, travailleurs et travailleuses agricoles, personnes malades et habitant·es de territoires contaminés convergeront vers le site de Syngenta à Saint-Pierre-la-Garenne, dans l’Eure. Nous y appelons à une manifestation massive pour dénoncer les ravages de l’industrie agrochimique et obtenir la mise à l’arrêt de ce site majeur, emblématique de l’impunité dont bénéficient les multinationales qui nous empoisonnent. Simultanément, des mobilisations auront lieu sur plusieurs autres continents pour dire « Pesticides, Syngenta, ni ici ni ailleurs ! » 




Le Teaser de la mobilisation en vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=SRCp1qZ00ME

Notre campagne contre la production de pesticides

Les pesticides tuent, de plus en plus et depuis bien trop longtemps, en premier lieu les travailleurs et travailleuses agricoles. Les quelques multinationales qui en tirent profit intoxiquent toujours plus les terres et les populations. Depuis des années, nous accumulons pourtant les preuves, les alertes et les combats : dossiers de reconnaissance de maladies professionnelles, recours juridiques, enquêtes de terrain, rassemblements devant des points de captage d’eau pollués, manifestations, accompagnement des personnes contaminées... Pourtant, nous ne sommes toujours pas entendu.es. Alors que les scandales sanitaires à ce sujet se multiplient, les pouvoirs publics et les instances européennes continuent de favoriser un modèle agricole soumis aux pesticides et de légiférer en ce sens. Ils installent ainsi une insécurité chimique sur la population entière, C’est pourquoi nous avons engagé une campagne d’actions pour désarmer les infrastructures de production des pesticides sur nos territoires et promouvoir une autre agriculture. 

Pourquoi arrêter ce site ?

Un site qui contamine durablement

Le site de Saint-Pierre-la-Garenne illustre concrètement les dégâts de ce système. Depuis des décennies, Syngenta y produit de nombreux pesticides dangereux. Les nappes phréatiques voisines sont fortement polluées, et des arrêtés préfectoraux interdisent régulièrement aux riverain.es d’utiliser l’eau de leurs puits pour arroser leurs cultures. Dans les environs, les pathologies, notamment certains cancers, sont en constante augmentation. Le territoire lui-même en subit les conséquences durables.

La santé des salarié.es menacée

Cette pollution s’accompagne de conditions de travail indignes. Sur les 150 salarié·es du site, plus de la moitié sont en procès avec leur employeur au sujet des primes de douche, que l’entreprise refuse de verser. Or le Code du travail impose à l’employeur de mettre à disposition des douches et des installations sanitaires adaptées dans les établissements où sont réalisés certains travaux insalubres et salissants. Ces obligations prennent un sens particulier lorsque les travailleur·euses manipulent chaque jour des substances chimiques toxiques et que des maladies professionnelles associées sont reconnues sur le site.

Un système derrière ce site


Interdits ici, les produits sont vendus ailleurs

L’usine s’inscrit aussi dans une économie d’exportation des poisons. Jusqu’en 2023, elle produisait encore des substances actives de pesticides interdites en Europe, que ce soit pour leur usage agricole, leur production, leur stockage ou leur circulation. Ces produits étaient ensuite envoyés vers d’autres continents, avec des conséquences sociales et environnementales dramatiques. Des pratiques comparables se poursuivent dans d’autres sites industriels proches, notamment chez BASF à Saint-Aubin-lès-Elbeuf. Ce commerce des toxiques repose sur une logique de double standard et de colonialisme chimique que nous refusons : ce qui est interdit ici ne doit pas être imposé ailleurs.

À moins de deux kilomètres se trouve également le site de Nufarm, autre acteur majeur de l’agrochimie, qui produit notamment de l’imidaclopride, du glyphosate ou de la butraline. Jusqu’en 2025 au moins, l’entreprise a exporté en Afrique de l'Ouest et sans accord des pays importateurs d’importants volumes de prochloraz, un fongicide retiré du marché français en 2021 en raison de ses effets sur les cancers hépatiques et sur l’environnement. Malgré ces faits, aucune sanction n’a été prise par les services de l’État.

La captation des semences 

Le site de Saint-Pierre-la-Garenne abrite notamment le Centre d’Étude Technique d’Application des Produits de Protection des Semences (CETAPPS), où d’importants volumes de semences propriétaires sont enrobés chimiquement avant leur diffusion. La production industrielle des pesticides est intrinsèquement liée à celle du contrôle des semences, et donc à la perte d’autonomie des paysan·nes. Nous refusons que les semences soient brevetées et génétiquement modifiées par ces firmes alors que nous les sélectionnons depuis des générations pour préserver une biodiversité cultivée indispensable à la souveraineté alimentaire.

Un secteur organisé en oligopole

Syngenta, aux côtés de BASF, Bayer-Monsanto et Corteva, domine un secteur organisé en oligopole. Depuis son rachat en 2017 par le conglomérat public chinois ChemChina, l’entreprise occupe une place centrale dans le marché mondial des pesticides et des semences. Ce pouvoir économique s’appuie sur une forte concentration industrielle et sur le soutien de grands actionnaires comme BlackRock, Vanguard, State Street, Capital Group et Fidelity. Ce système fragilise l’agriculture paysanne et entretient une dépendance structurelle aux intrants chimiques, au prix de la maladie des populations et de la disparition progressive des paysan·nes.

Le chantage à l’emploi

Lorsque ces enjeux sont soulevés, les entreprises agitent souvent le chantage à l’emploi et la menace de délocalisation. Nous répondons clairement à cet argument. Nous défendons des reconversions industrielles utiles aux salarié·es comme aux paysan·nes, mais nous ne voulons de ces productions ni ici ni ailleurs. Les mobilisations prévues dans d’autres pays le 3 octobre exprimeront elles aussi cette exigence commune et cette solidarité internationale.

Ce que nous demandons 

Un seul chemin est possible : la transformation du modèle agricole. Nous voulons cultiver, nourrir et vivre de notre travail sans nous empoisonner. Nous refusons que nos terres soient accaparées et leur fertilité brisée par les multinationales de l’agro-industrie. Nous nous opposons à ce que les semences paysannes soient brevetées et que la biodiversité cultivée soit réduite à une marchandise.Les alternatives agroécologiques aux pesticides existent, et leur généralisation suppose de lever les freins économiques et politiques qui maintiennent la dépendance à l’agrochimie. Nous devons sortir du système libéral qui tire les prix vers le bas et impose à une majorité de paysan.nes l’utilisation massive de pesticides utilisés comme moyens de survie à court terme sur le marché international. Les coûts cachés des pesticides en France (soutien financier public, coûts environnementaux, coûts sanitaires), estimés à 18 milliards d’euros par an, devraient au contraire être consacrés à la transformation du modèle agricole.

Changer la donne par l’action collective ! Réunies nos colères sont puissantes.

Le 3 octobre 2026 à Saint-pierre-la-Garenne, nous viendrons de Normandie, de partout en France et au-delà pour marquer notre détermination à en finir avec les industriels des pesticides. Pour mettre un terme à l'insécurité chimique, l'expression de la colère citoyenne est essentielle. Nous exigerons que soient établies les responsabilités dans la contamination de l’eau, des sols et des corps, que cessent les productions les plus toxiques, que les salarié·es soient justement indemnisé.es et soutenu.es dans la reconversion de ces secteurs. L’omerta tout comme les crimes de Syngenta doivent cesser !

MANIF’ et FÊTE : Parce que face aux industrie de la mort, nous partageons une immense envie de vivre, notre mobilisation débordera de sons et de couleurs. Une grande fête paysanne aura lieu le samedi soir à l'issue de la manifestation 

ACCUEIL : Il sera possible de camper, dans des endroits dédiés, la veille et le soir même de la manifestation - 

SOIRÉE D'INFOS, BUS, COVOITURAGE : Des  soirées d'information afin de se regrouper localement pour la mobilisation, ainsi que des bus s’organisent depuis diverses villes en France. Si vous souhaitez organiser une soirée de mobilisation dans votre ville ou village nous pouvons vous envoyer un kit de présentation. 

À l'appel de la Confédération paysanne, Cancer Colère, le CSVPO (collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest), les Soulèvements de la terre.

Avec le soutien d'organisations syndicales, paysannes, décoloniales, écologistes, culturelles...

Pour plus d'infos : stop-syngenta3oct.com

Contact : stop-pesticides3oct@riseup.net

  


 

Les 10 exigences concrètes 

de notre campagne d'action 

pour sortir des pesticides 

et défendre une agriculture paysanne

Nous demandons :

1. L'accompagnement des fermes vers une transition agroécologique. Les politiques publiques et notamment la PAC 2028-2034 doivent soutenir des pratiques agricoles respectueuses de la santé, des sols et de la biodiversité et aider à l'emploi. Aucun fonds public ne doit aller à une agriculture mortifère ;

2. L'instauration de prix minimum garantis qui visent à interdire l'achat des produits agricoles par les distributeurs alimentaires en dessous du prix de revient qui comprend les charges, la rémunération du travail et la protection sociale ;

3. l'application de la décision rendue le 3 septembre 2025 par la cour administrative d'appel de Paris imposant la réévaluation des procédures d'homologation des pesticides du fait de leur impact environnemental et sanitaire désastreux ;

4. l'interdiction effective des substances cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques et des perturbateurs endocriniens ;

5. l'abandon des projet de loi Duplomb 2, du projet de directive omnibus et la mise à distance du lobby agrochimique vis à vis des espaces de décisions des politiques publiques ;

6. la reconnaissance élargie des maladies professionnelles et des réparations pour les travailleurs et travailleuses agricoles malades de l'utilisation des pesticides ;

7. la garantie d’une protection sociale pleine et entière pour tous les salarié·es de l’agrochimie, victimes ou exposé·es aux risques de leur activité et des mesures protectrice d'accompagnement à la reconversion de leurs secteurs d'activités ;  

8. l'arrêt de l'exportation de pesticides interdits en Europe sur d'autres continents, des réparations pour les victimes du chlordécone dans les Antilles, le paraquat en Guyane, ou le malathion en Te Ao Maohi - Polynésie, dépollution et la restitution des terres spoliées par l'empire constitué par le groupe Bernard Hayot (GBH) ;

9. le refus des nouveaux OGM issus des Nouvelles Techniques Génomiques (NGT) et des variétés de semence brevetées qui engendrent une privatisation du vivant au dépend de l'agriculture paysanne et de l'autonomie alimentaire des populations ;

10. la protection immédiate de tous les points de captage et cours d'eau, ainsi que la dépollution des sols et des milieux naturels ; 

Source : https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/stop-pesticides-mobilisation-internationale-le-3-octobre-2026

mardi 11 août 2026

Son fils est né avec une malformation : une mère en colère contre les pesticides et leurs « lobbyistes sans scrupules »

Son fils est né avec une malformation : 

une mère en colère contre les pesticides 

et leurs « lobbyistes sans scrupules »

 

7 août 2026

 

Le fils de Florence Jamault, maraîchère bio, est né avec une malformation potentiellement liée à une exposition aux pesticides avant la conception.

Les parents d’un garçon né avec une malformation potentiellement liée aux pesticides se livrent à une double bataille : dénoncer le pouvoir de l’agrochimie, notamment au Parlement européen, et chez eux, en vivant de leur culture bio.

Corbie (Somme), reportage

Florence Jamault est du genre à se trouver chanceuse, quelles que soient les situations. Ce, même si son fils est né à Amiens (Somme) il y a dix-sept ans avec une malformation au niveau du pénis, potentiellement liée à une exposition aux pesticides avant la conception. « Je nous estime heureux qu’il n’ait pas de cancer comme tant d’autres à cause des produits de l’agrochimie. Nous n’avons pas eu à traverser le calvaire des chimios », confie-t-elle depuis le campement de fortune familial estival. Il est installé à Corbie sur l’exploitation maraîchère bio qu’elle a montée en 2020 avec son compagnon, Julien Pillon.

« Notre salle de bain naturelle ! » s’exclame-t-elle en cette caniculaire journée de juillet en désignant l’Ancre. La rivière rejoint la Somme qui mène à Amiens, 20 km plus loin. Tout autour, des champs géants de blé, de maïs, d’orge et de betteraves à perte de vue. Quelques canards de Barbarie font office de comité d’accueil à l’entrée de la surface agricole, à côté des toilettes sèches.

« Depuis tout petit, je suis en contact avec les pesticides, je les reconnais à l’odeur »

Pas d’accès à l’eau ni à l’électricité dans le mobile home et la caravane où ils dorment pendant les vacances scolaires. Histoire d’allonger, encore, les longues journées à bichonner les pousses de haricots qui montent en torsade et autres fleurs de courgettes qui annoncent de belles cueillettes dans trois longues serres surchauffées par le soleil ardent de cet été… Et toutes les autres cultures, légumières, mais aussi céréalières, étalées sur 1,5 hectare.

Avant ça, Florence Jamault, lunettes aux montures fines argentées, comme quelques mèches de sa chevelure brune, travaillait dans la culture. « J’ai juste ajouté “agri” devant », rit la quadra. Lui était professeur des écoles. Auparavant, il avait passé un bac pro vigne et vin. Leur reconversion n’a rien du hasard.

À la naissance de leur fils, «  les soignants ont demandé le métier de nos parents… Nos deux pères étaient agriculteurs en conventionnel, cela ne les a pas étonnés  », se remémore Florence Jamault. © Stéphane Dubromel / Reporterre

Peu de temps avant la naissance de leur fils, qui n’était pas présent lors de notre entretien, Julien Pillon a été salarié agricole pendant un an, pour prêter main-forte à son père, aujourd’hui âgé de 75 ans, céréalier dans la Somme… et grand consommateur de pesticides, comme la majorité de sa génération. Ses champs de colza et de betteraves étaient pulvérisés à foison.

« Depuis tout petit, je suis en contact avec les pesticides, je les reconnais à l’odeur. J’ai utilisé le pulvérisateur à main, avec le liquide qui coule dans le dos. Cette exposition a pu jouer dans la malformation. C’est dur de se le dire », livre Julien Pillon, 46 ans, bras taillés à force de désherber.

La maladie des garçons qui se font pipi sur les pieds

Le 11 avril 2009, dans les cinq minutes qui suivent la naissance de leur fils, la nouvelle tombe. Elle porte un nom barbare, l’hypospadias, « aussi appelée la maladie des garçons qui se font pipi sur les pieds car sans opération, le jet n’est pas bien orienté », décrit simplement Florence Jamault.

« Tout de suite, les soignants ont demandé le métier de nos parents… Nos deux pères étaient agriculteurs en conventionnel, cela ne les a pas étonnés », se remémore la maraîchère biologique, malgré tout guillerette dans sa combishort noire aux motifs de pâquerettes, « assortis aux ongles noirs », plaisante-t-elle, les mains dans la terre et les chaussures de randonnée aux pieds.

Florence Jamault et son fils ont décidé d’aller témoigner au Parlement européen, fin juin. © Stéphane Dubromel / Reporterre

Enfant, son fils a été opéré à deux reprises, la circoncision a réglé le problème. Le couple a quand même tenu à signaler son histoire au service « pesticides et pathologies pédiatriques » du CHU d’Amiens.

Les spécialistes concluent : « Devant les expositions professionnelles indirectes probables du père de l’enfant durant la période préconceptionnelle, il nous apparaît légitime de recommander aux parents de réaliser une demande d’indemnisation auprès du Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides. » Pour compléter le dossier, il manque la visite de l’exploitation du père de Julien, sujet délicat à aborder. « Je ne lui en veux pas, il était dans le système », assure le maraîcher au regard noisette affirmé.

Julien Pillon et Florence Jamault sur leur exploitation maraîchère bio installée à Corbie. © Stéphane Dubromel / Reporterre

« Ils n’écoutent plus les ONG, ni les scientifiques »

« Mon gamin va bien, d’autres parents dont les enfants souffrent de leucémie auraient davantage besoin de dédommagements. Mais pour faire reconnaître le statut de victime et essayer de faire avancer les choses, il faut réaliser une demande, alors on le fait. Les pesticides sont pulvérisés partout dans les champs. Les voisins jouent dans les jardins alentour avec leurs enfants. Certains en deviennent malades et ne peuvent même pas faire reconnaître leur statut de victime », déplore-t-elle.

Le fonds prend en charge les victimes professionnelles du secteur agricole ainsi que leurs enfants exposés aux pesticides pendant la période prénatale, mais pas les simples riverains. C’est pour une meilleure reconnaissance des maladies environnementales que Florence Jamault et son fils ont décidé d’aller témoigner au Parlement européen, fin juin. Comme deux autres parents dont les enfants luttent contre le cancer, ils ont accepté l’invitation des Amis de la Terre à le faire.

«  Mon témoignage de maman d’un enfant né avec une malformation a plus d’écho que celui de maraîchère bio  », considère Florence Jamault. © Stéphane Dubromel / Reporterre
 

« On n’écoute plus les ONG ni les scientifiques, pour preuve, la loi Duplomb… Je me suis dit qu’on allait tenter de tirer une petite larme à certains politiques pour changer leur façon de voir et de voter », lâche-t-elle. Elle pense notamment au projet Omnibus X sur la sécurité des aliments, en ce moment en débat à Bruxelles et qui prévoit d’allonger la durée d’autorisation des pesticides, même toxiques. « Mon témoignage de maman d’un enfant né avec une malformation a plus d’écho que celui de maraîchère bio », considère Florence Jamault.

Trois jours à découvrir les arcanes du quartier européen « avec des lobbyistes qui discutent ouvertement avec des politiques aux yeux de tous, sans scrupules, lors de rencontres informelles, des sortes de Happy hour sur le gazon devant le Parlement », décrit-elle.

Horrifiée par l’influence de l’industrie agrochimique

Avec son fils, ils ont raconté leur vécu à une dizaine d’eurodéputés de tous bords. « L’un d’entre eux m’a dit qu’on avait le choix entre nourrir la population avec un risque de la rendre malade ou bien cultiver uniquement en bio mais sans que ce soit suffisant pour alimenter tout le monde, c’est aberrant », dénonce celle qui, avec son compagnon, s’acharne tous les jours à prouver que le modèle du biologique est viable, même si moins rentable.

Elle a été horrifiée par l’influence du discours de l’industrie agrochimique. Elle se serait crue dans le film Goliath, qui raconte le combat d’une autre femme contre des fabricants de pesticides. « Je suis en colère contre ces industriels qui vendent à la fois des produits qui nous rendent malades et des remèdes, c’est très malin », ironise-t-elle.

Lire aussi : « C’est du cynisme à l’état pur » : Bayer vend des produits cancérogènes... et des médicaments anticancéreux

Jamais elle ne pointe du doigt les agriculteurs conventionnels « qui ont un sentiment de culpabilité alors qu’ils sont les premières victimes du système, beaucoup développent des maladies professionnelles ». Elle a de bonnes relations avec ses voisins qui le sont. Même si elle s’estime heureuse que son potager soit abrité par de grands arbres qui font un minimum barrage aux produits pulvérisés.

Pour installer ses cultures, le couple a repris le terrain de chasse du propriétaire d’une ancienne usine. La vente à la ferme du vendredi après-midi a lieu dans un des bâtiments administratifs en brique rouge. Avant de planter, elle a d’abord fait tester le sol pour s’assurer qu’il n’était pas pollué en métaux lourds. « Quand une femme enceinte vient m’acheter mes produits, je veux être sûre de lui vendre des légumes sains », commente-t-elle.

Florence Jamault : «  Quand une femme enceinte vient m’acheter mes produits, je veux être sûre de lui vendre des légumes sains.  » © Stéphane Dubromel / Reporterre

Son compagnon vante le courage de Florence, d’aller dénoncer jusqu’à Bruxelles le modèle dominant, ce « sujet tabou », « si ça peut aider à donner du crédit à l’agriculture biologique »... Et elle celui de Julien, tant physique que mental, à s’évertuer treize heures par jour à prouver qu’un modèle sans produit est possible. Ils ont fini par investir dans une machine pour planter leurs 15 000 poireaux. Les années précédentes, c’était à la main.

Quand le quotidien dans les rangs de légumes se fait trop dur, elle pense à son frère, mort d’un cancer il y a une quinzaine d’années, à sa meilleure amie qui a vaincu le sien et elle se dit, encore une fois, qu’elle est chanceuse. Le soir même, elle se rendra à l’enterrement d’un ami du coin, lui aussi victime d’un cancer.

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Source : https://reporterre.net/Son-fils-est-ne-avec-une-malformation-une-mere-en-colere-contre-les-pesticides-et-leurs

 

vendredi 24 juillet 2026

La fin d'un mondial de la honte

 

La fin d'un mondial de la honte

 

Enfin on respire ! Pas seulement parce que la météo s'est enfin radoucie en métropole, mais aussi parce que la coupe du monde de foot est enfin terminée. Un mondial qui a donné lieu à un festival de récupérations politiques et autres sorties racistes. Mais pour une fois, l'histoire s'est plutôt bien terminée. En tout cas aussi bien que peut finir une compétition où les nationalismes s'affrontent symboliquement à travers 22 types en short courant derrière un ballon et où les responsables du désastre écologique peuvent faire de la pub en mondiovision.
 
Un mondial de foot est toujours un espace politique et diplomatique, et pour une fois c'est la France qui représentait le camp antiraciste aux yeux de la planète, déclenchant l'hypocrisie la plus totale de nos gouvernants. Et dans le camp suprémaciste, le Paraguay et l'Argentine, sur fond de collusion avec des pouvoirs fascistes, de scandales d'arbitrage et de mise en scène trumpiste. Le scénario semblait presque écrit d'avance : la victoire de l'Argentine, championne américaine de l'anti-jeu, devait signer la victoire de la race blanche face aux nations européennes grand remplacées.
 
Et finalement, au terme d'une finale humiliante, c'est l'Espagne qui s'impose. Une monarchie gouvernée par la gauche molle, mais qui soutien à la Palestine, ne s'enfonce pas dans les polémiques racistes et tient tête à Trump sur la scène internationale. On prend, même si on aimerait voir la Catalogne ou le Pays Basque indépendants et qu'il reste encore quelques franquistes à parader dans les rues.
 
Mention spéciale pour le tweet programmé de Javier Milei, qui annonçait un jour férié national pour fêter la victoire. Savoir que ce truand ne pourra pas tirer d'avantage politique du football nous fait au moins un peu plaisir.
 
Vive le sport, à bas sa marchandisation !

jeudi 23 juillet 2026

Incendies : quel est ce produit rouge largué sur les forêts ?

Incendies : 

quel est ce produit rouge 

largué sur les forêts ? 

Dash Q400-MRE à Bouleternère, dans les Pyrénées-Orientales, le 6 juillet 2026.

 Par Scandola Graziani
17 juillet 2026 

Pour freiner les feux de forêt, les pompiers français utilisent du « retardant », un produit rouge vif. Des scientifiques cherchent une alternative car il peut entraîner une fertilisation excessive des rivières et contenir des métaux lourds.

Un puissant jet rouge vif jaillissant d’un camion-citerne, un autre se déversant depuis le ventre d’un avion Dash… Pour maîtriser l’incendie en forêt de Fontainebleau, au sud-est de Paris, les pompiers ont épandu des litres de « retardant ». Cette substance colorée freine la progression du feu et protège la végétation, en la rendant moins inflammable.

Sa couleur rouge provient usuellement de l’oxyde de fer, un pigment d’origine naturelle, qui permet aux pompiers de savoir quelle zone ils ont déjà aspergée. Sur une vidéo du journal Le Parisien, on peut voir comment se déroule le largage, avec la mention « produit chimique non dangereux » à côté. Cette mixture rougeoyante est-elle vraiment sans risque pour l’environnement ?

En France, les pompiers utilisent du Fire-Trol-931, le cousin du Phos-Chek, massivement utilisé contre les incendies aux États-Unis. Il est produit par la même entreprise étasunienne, « Perimeter Solutions », nous informe la chimiste Lola Zavattoni, jointe par Reporterre. Doctorante sur les retardants à faible impact environnemental, elle participe à un programme national de recherche (ANR PREFIBIO) pour développer des solutions anti-incendie avec une entreprise française (Bioex).

Pas d’effet négatif sur la végétation

À l’instar du Phos-Chek, le Fire-Trol est formulé à base de phosphate d’ammonium, une substance que l’on trouve habituellement dans la composition des engrais agricoles. La conséquence : « En cas de ruissellement ou de largage accidentel près d’une zone humide, sa présence dans les cours d’eau peut avoir un effet eutrophisant », explique Jean-Valère Lorenzetti, un post-doctorant qui participe également à ce programme de recherche. Soit un enrichissement excessif de l’eau par des nutriments, ce qui entraîne une prolifération des microalgues et des cyanobactéries au détriment des poissons et des écosystèmes aquatiques, montre une étude étasunienne de 2023.

Normalement, il s’agit d’une pollution « ponctuelle », mais dans certains cas, le produit peut s’infiltrer dans le sol, et polluer la nappe phréatique : « Ça dépend de la composition du sol, qui favorise ou non l’infiltration », précise Lola Zavattoni.

Si le produit peut temporairement polluer l’eau, il n’aurait en revanche pas d’effet négatif à long terme sur la végétation. « Le retardant peut provisoirement gêner la pousse des plantes à cause de son effet occultant, qui va bloquer la photosynthèse. Mais comme c’est un fertilisant, on remarque souvent un effet rebond avec une croissance rapide dans les années qui suivent », décrit Jean-Valère Lorenzetti.

Cependant, des études menées outre-Atlantique soulèvent un autre risque de pollution lié à la présence, dans ces retardants, de métaux lourds comme du cadmium, du chrome, de l’arsenic et de l’antimoine.

Une étude étasunienne publiée en 2024 montre que certains retardants, y compris le Phos-Check, contiennent des seuils de métaux lourds 4 à 2 880 fois supérieurs aux limites réglementaires pour l’eau potable, et potentiellement supérieurs aux seuils de toxicité pour la vie aquatique.

À la suite des incendies qui avaient ravagé la Californie en 2025, le média d’investigation indépendant LAist avait également mené une enquête pour étudier les concentrations en métaux lourds dans des échantillons de Phos-Chek. Leurs analyses confirmaient la présence de métaux lourds à des taux variables en fonction des prélèvements, sans que cela ne représente de réelle menace pour la santé humaine. En revanche, l’accumulation de ces métaux cancérigènes et reprotoxiques dans l’environnement pourrait, à terme, avoir un effet sur la biodiversité, s’inquiètait le média californien.

Un produit très encadré en France

Comment expliquer la présence de ces métaux lourds dans les retardants anti-incendie ? « Cela pourrait venir des minerais d’où provient le phosphate d’ammonium, qui sont souvent riches en métaux [1] ou des inhibiteurs de corrosion qui sont ajoutés dans la formulation pour protéger les équipements », avance Maude Jimenez, enseignante-chercheuse en chimie à l’université de Lille, et directrice de thèse de Lola Zavattoni.

La chercheuse précise toutefois ne pas avoir entendu parler d’un tel problème de métaux lourds dans le Fire-Trol, utilisé en France : « Ce produit a été testé et validé par le Centre d’essais et de recherche qui fait beaucoup de tests, notamment sur la germination des plantes… C’est vraiment très encadré. »

Les trois scientifiques rencontrés par Reporterre s’accordent d’ailleurs tous pour dire que : « Les émissions issues de la combustion des incendies sont bien plus dangereuses, cancérigènes et délétères pour l’environnement que la pollution liée au produit retardant. Il n’y a pas photo. »

Pour autant, dans un souci d’écologie et de souveraineté, il et elles continuent à chercher des alternatives plus écologiques et plus locales au Fire-Troll étasunien. « Au sein du projet Prefibio, on travaille avec des écotoxicologues et on teste des produits biosourcés à base de protéines végétales. Pour cela, on utilise des déchets ou des produits secondaires de l’industrie agroalimentaire », explique Lola Zavattoni, qui n’a pas encore le droit de révéler la formulation de son produit.

Notes

[1Il s’agit d’une hypothèse similaire à celle expliquant la présence de cadmium dans les engrais azotés.

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Source : https://reporterre.net/Incendies-quel-est-ce-produit-rouge-largue-sur-les-forets 

jeudi 2 juillet 2026

Nouveaux pesticides interdits chez BASF

Nouveaux pesticides interdits 

chez BASF

 

NOUVELLE INSPECTION CITOYENNE 

SUR LE SITE CHIMIQUE DE BASF À GENAY (69)


EN TOUTE IMPUNITE, 

BASF CONTINUE A PRODUIRE DES PESTICIDES 

INTERDITS EN FRANCE

 

Communiqué de presse – 30 juin 2026

 




1) CMR : Cancérigène, Mutagène er Reprotoxique

 

Source : https://faucheurs-volontaires.fr/nouveaux-pesticides-interdits-chez-basf.htm 

lundi 22 juin 2026

MALVÉSI : rencontre avec l’auteur Sébastien Navarro le samedi 27/06 à 11h00 à Fillols


 

Le Foyer laïque de Fillols 
vous invite à la présentation 
du livre-enquête
 

MALVÉSI 

de Sébastien Navarro

le SAMEDI 27 JUIN

11h00 - salle des fêtes

L’auteur Sébastien Navarro, que nous avons déjà reçu pour ses deux précédents livres (Panchot, Péage Sud), présentera son dernier ouvrage tout frais paru, Malvési, dont voici en quelque sorte l’accroche :

 

Depuis qu’une usine raffine l’uranium pour les centrales nucléaires françaises sur les hauteurs de Narbonne, au milieu des coteaux des Corbières, tout a comme un goût de zone industrielle.

 Pour les habitants, le vin, la côte touristique et la mer bleue ne peuvent pas faire oublier Malvesi, surtout quand les eaux radioactives se déversent dans le canal. 

Notre enquêteur, tel un personnage de Kafka qui tente de percer les secrets du château, questionne les villageois pour comprendre ce qu’il se trame là-haut. 

S’il n’a apparemment pas le profil pour s’attaquer au Moloch, ce gars un peu perdu – ni scientifique ni militant chevronné – nous dévoile pourtant le monde du nucléaire.

(Les éditions du bout de la ville / avril 2026)