Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Affichage des articles dont le libellé est huile de palme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est huile de palme. Afficher tous les articles

vendredi 12 août 2022

François Sarano : « L’emballement autour du béluga était indécent »


François Sarano : 

« L’emballement 

autour du béluga 

était indécent »

 

 

11 août 2022

 

Des vétérinaires s'occupent du béluga échoué dans la Seine, le 9 août 2022.

Le béluga perdu dans la Seine a suscité un émoi « indécent », dénonce l’océanographe François Sarano. Pour lui, la mort de milliers d’autres cétacés et animaux chaque année reste invisibilisée et déresponsabilisée.

 

Océanographe, François Sarano a navigué treize années à bord de la Calypso, accompagnant le commandant Cousteau dans ses plus folles expéditions. Il est un plongeur hors pair, spécialiste des cétacés.


Reporterre — Le béluga égaré depuis plus d’une semaine dans la Seine est mort le 10 août. Quel est votre sentiment face à l’emballement médiatique qu’a suscité cette histoire ?

François Sarano — C’est indécent. J’ai le sentiment qu’on amuse les gens. Je ne dis pas que le sort de ce béluga n’était pas important, mais il est complètement disproportionné. Depuis cinquante ans, les associations essaient d’attirer l’attention sur les dégâts considérables que nous provoquons dans les écosystèmes. Chaque jour, nous sommes responsables de la mort de centaines de cétacés et autres animaux marins et terrestres. Si les personnes s’apitoyant sur le sort de ce béluga renonçaient à manger du Nutella, elles épargneraient la vie de dizaines d’orangs-outans à qui l’on détruit les forêts pour cultiver l’huile de palme. Et lorsqu’elles mangent un hamburger, pensent-elles aux centaines d’hectares de déforestation provoqués en Amazonie ? Soyons sérieux une seconde.

Si tout d’un coup, ce béluga avait été un facteur déclenchant nous permettant de réaliser que notre consommation irresponsable tue chaque seconde des animaux... alors formidable ! Mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas. S’il avait finalement été remis dans un aquarium ou à la mer, tout le monde aurait applaudi. Nous détruisons la planète au quotidien et, tout d’un coup, on trouve cela dramatique.

Sans parler des moyens qui ont été déployés pour tenter de sauver l’animal. On a mobilisé le ban et l’arrière-ban, pendant qu’à nos portes, en Méditerranée, des centaines de nos frères humains se noient. On refuse de les accueillir, des associations comme SOS Méditerranée peinent à se faire entendre... Toute cette disproportion m’écœure.


Le mystère de son intrusion dans la Seine reste entier. Aux yeux de la présidente de Sea Shepherd France, Lamya Essemlali, il a pu être désorienté par la pollution sonore du chantier éolien au large de Dieppe. Que pensez-vous de cette hypothèse ?

Elle a raison d’évoquer les pollutions sonores. Seulement, le béluga ne s’était pas perdu à Dieppe. Il était déjà paumé avant d’arriver en Écosse. Cette espèce vit habituellement dans les régions arctiques et subantarctiques. De nombreux clans sont présents dans l’estuaire du Saint-Laurent, au Canada, ou encore au nord du Groenland. Ils s’aventurent très rarement plus au Sud, le long des côtes américaines, et encore moins ici, le long des côtes françaises ou dans la Seine. C’était tout à fait anormal.


Comment expliquer qu’il se soit retrouvé là, à plusieurs milliers de kilomètres des siens ?

Les animaux migrateurs, dont le béluga, se servent beaucoup de leur sens du magnétisme pour s’orienter. Or, depuis une décennie, le pôle Nord magnétique migre de 50 kilomètres vers l’Est chaque année. Un déplacement très rapide, lié au mouvement interne du magma. Il y a quelque temps encore, il se trouvait côté canadien, et le voilà désormais en Sibérie. Les animaux s’orientant grâce à ce pôle peuvent alors être désorientés de quelques degrés. Une petite différence qui, sur des milliers de kilomètres, les conduira irrémédiablement vers une autre région du monde, car les animaux ne reviennent jamais en arrière. S’ils se trompent de route, ils tentent de trouver une solution vers l’avant... au risque de se perdre.

Le magnétisme terrestre peut aussi être modifié localement par les remontées de magma. La récente prééruption d’un volcan en Islande a potentiellement induit en erreur ce béluga qui passait dans les environs. Ce n’est qu’une hypothèse, mais elle est sérieuse. Les ornithologues en savent quelque chose, cela arrive très fréquemment chez les oiseaux.

Béluga dans un aquarium. [Pxhere/CC0->https://pxhere.com/fr/photo/672234]

 

Par ailleurs, il peut y avoir eu des exercices militaires dont nous ignorons la teneur, dans la région canadienne ou la région arctique. Les sonars des sous-marins, et surtout ceux des chasseurs de sous-marins, sont extrêmement puissants et perturbants pour tous les cétacés. Toutes les 30 secondes, ils sont harcelés par une sorte d’alarme, équivalente à celle d’une maison, juste à côté de leurs oreilles. C’est hallucinant.


La modification des courants marins, liée au réchauffement climatique, peut-elle aussi être à l’origine de la déroute du béluga ?

Oui. Dans les régions polaires, sous la glace, l’eau est extrêmement froide et salée, ce qui la rend lourde. Elle coule donc vers le fond marin, ce qui induit tout un mouvement des eaux de surface vers le Nord pour compenser ce manque. Sauf qu’avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, ce phénomène se fait plus rare et les courants marins sont modifiés. Ajoutez à cela les changements de densité de l’eau, et les cétacés, qui s’appuient sur la saveur et les mouvements de l’eau pour se déplacer, se retrouvent désorientés.

Il y a aujourd’hui toutes sortes de bouleversements, à la fois liés à des causes magnétiques, purement internes à la Terre, et à des perturbations humaines. Et n’oublions pas une autre hypothèse : ce béluga était peut-être simplement à la recherche de nourriture, parce que nos chalutiers géants ont dépeuplé les mers et continuent à ravager des zones, où un certain nombre de ces animaux vont mourir.


Une baleine grise de l’océan Pacifique observée en Méditerranée en mai 2021, une orque aperçue dans la Seine en mai dernier.... Ces anomalies seront-elles plus fréquentes ?

Je ne peux pas répondre. Cela reviendrait à se demander si, au lendemain de deux accidents consécutifs d’avion, un troisième allait se produire. Dans toutes les espèces de cétacés, certains individus plus indépendants que les autres partent parfois en exploration. Chez les dauphins, on appelle ça les ambassadeurs. Ils sont en quelque sorte des Marco Polo de leur espèce.

De tout temps, la colonisation du monde par les animaux est en partie passée par là. Les animaux s’installent dans de nouvelles régions, fondent de nouvelles colonies et deviennent parfois de nouvelles espèces. Il s’agit soit d’individus rejetés par leur famille, soit d’individus s’isolant eux-mêmes, en quête d’indépendance.

Seulement, lors de leurs déplacements retour, il arrive qu’ils soient induits en erreur si les conditions du milieu ont changé. Cela conduit alors à des échecs, au même titre que les explorations humaines desquelles certains ne sont jamais revenus, faute d’avoir accosté dans des contrées hospitalières.

_________________________


… nous avons un petit service à vous demander. Chaque mois, plus d’un million de personnes font confiance au travail des journalistes de Reporterre pour se tenir informées sur l’urgence écologique. Plus de 27 000 de ces lectrices et lecteurs financent le journal par des dons. Ce soutien permet à Reporterre de rester en accès libre, sans aucune publicité, et totalement indépendant. Contrairement à de nombreux autres médias, Reporterre n’a pas d’actionnaires ni de propriétaire milliardaire. Le journal, à but non lucratif, est libre de toute influence commerciale ou politique.

Nous avons la conviction que le ravage écologique est l’enjeu principal de ce siècle. À ce titre, il nous semble que ce sujet doit être mis en avant chaque jour dans le débat public. Les articles, reportages et enquêtes que vous pouvez lire sur le site sont vitaux pour la démocratie, pour la prise de conscience écologique, et pour exiger mieux de nos dirigeants.

Tous nos articles sont en accès libre, pour tous. Nous le faisons parce que nous croyons en l’égalité de l’accès à l’information. Ainsi, davantage de personnes peuvent suivre l’actualité de l’écologie, comprendre l’impact du désastre en cours sur la population, et agir. Tout le monde peut bénéficier d’un accès à des informations de qualité, quelle que soit sa capacité à payer pour cela.

S’il y a bien un moment pour nous soutenir, c’est maintenant. Chaque contribution, grande ou petite, renforce notre capacité à porter l’écologie au cœur de l’agenda médiatique et politique, et assure notre avenir. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Si vous le pouvez, soutenez le journal avec un don mensuel. Merci.

Soutenir Reporterre

 ______________________________


Source : https://reporterre.net/Francois-Sarano-L-emballement-autour-du-beluga-etait-indecent?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

samedi 28 décembre 2019

En catimini, le gouvernement réintroduit un cadeau fiscal à l’huile de palme

En catimini, 

le gouvernement réintroduit 

un cadeau fiscal 

à l’huile de palme 


Par

Selon un document obtenu par Mediapart, la direction générale des douanes et droits indirects a rédigé une note qui maintient l’exonération fiscale pour un sous-produit de l’huile de palme, malgré la suppression du principe de cet avantage par les parlementaires.

 

Au nom de la loi, les produits à base d’huile de palme ne peuvent plus bénéficier d’exonération fiscale en France, à partir du 1er janvier 2020. Mais au nom des intérêts du groupe pétrolier Total, le gouvernement est en train de rouvrir grand la porte à l’utilisation de cette matière première particulièrement nocive pour les écosystèmes. L’extraction d’huile de palme est une cause majeure de déforestation et de dérèglement climatique.

Il y a un an, un amendement à la loi de finances 2019 a exclu les biocarburants « à base d’huile de palme » de la liste ouvrant droit à un taux réduit de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) – appelée à être remplacée par une taxe incitative relative à l’incorporation de biocarburants (TIRIB).

« L’huile de palme ne sera jamais durable. On transporte par tanker des centaines de milliers de tonnes d’huile de palme depuis l’Asie du Sud-Est vers les pays d’Europe. En termes de coût carbone, c’est une horreur », expliquait alors le rapporteur de l’amendement, le député Modem Bruno Millienne. Le texte a été voté contre l’avis du gouvernement.

L’usage et la vente d’huile de palme ne sont pas interdits en France. Mais l’intérêt économique de les utiliser a été fortement diminué par cette modification fiscale. Cela tombe mal pour Total qui a ouvert en juillet 2019 une « bioraffinerie » dans les Bouches-du-Rhône, la plateforme de La Mède. Le groupe souhaite y produire 500 000 tonnes par an de biodiesel à partir d’huiles végétales (colza, tournesol mais aussi palme) pour 60 à 70 %, et à partir de retraitement de déchets et résidus (entre 30 et 40 %). Le pétrolier s’est engagé à traiter chaque année au maximum 300 000 tonnes d’huile de palme, ce qui représenterait moins de la moitié du volume des matières premières utilisées sur le site.

Depuis le vote de l’amendement sur l’exonération fiscale de l’huile de palme en décembre 2018, Total n’a cessé d’attaquer cette mesure : deux saisines du Conseil constitutionnel – toutes deux perdues –, nombreuses déclarations de son PDG Patrick Pouyanné affirmant que « la survie économique » de sa raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône) est menacée par la fin de l’avantage fiscal, tentative d’amendement dans la loi de finances 2020 pour reporter à 2026 la fin du cadeau fiscal.

C’est dans ce contexte mouvementé que la direction générale des douanes et droits indirects a rédigé dans le plus grand secret une note qui maintient l’exonération fiscale pour un sous-produit de l’huile de palme, les « acides gras de palme » (« PFAD » selon leur sigle anglophone). Dans ce document daté du 19 décembre 2019 que Mediapart s’est procuré via l'association Canopée-Forêts vivantes, le ministère de l’action et des comptes publics décide que « les biocarburants produits à partir de PFAD ne seront pas exclus du mécanisme de la TIRIB à compter du 1er janvier 2020 : ces biocarburants ne peuvent, en effet, pas être considérés comme des produits à base d’huile de palme ».

 

Note de la direction générale des douanes sur la fiscalité des biocarburants en 2020.

Autrement dit, les acides gras de palme doivent continuer à bénéficier de l’avantage fiscal mis en place au milieu des années 2000 pour inciter les opérateurs à incorporer de l’éthanol et du biodiesel aux carburants vendus sur le territoire. 

 

Extrait de la note de la direction générale des douanes, 19 décembre 2019.

Pourtant, en fin d’après-midi de cette même journée du 19 décembre, alors que la note de la direction des douanes était déjà rédigée, le cabinet de la ministre de la transition écologique Élisabeth Borne expliquait par écrit à Mediapart et l’AFP qu’« il n’y aura pas de décision en catimini sur les critères de durabilité des PFAD ». Et qu’« une concertation large et transparente se tiendra début janvier avec les acteurs économiques comme avec les associations environnementales ».

À la question de Mediapart, « le gouvernement ouvre-t-il la porte à l’utilisation des PFAD par la raffinerie de Total La Mède ? », le ministère de la transition écologique a répondu : « Non, le gouvernement souhaite d’abord qu’une concertation se tienne début janvier. » Il était pourtant en train de se passer exactement le contraire de ce qu’essayait de nous faire croire la communication gouvernementale.

« Pire pour le climat que le diesel fossile »


En quoi les PFAD posent-ils problème ? Ils « sont étroitement liés à la production d’huile de palme brute, explique Sylvain Angerand, coordinateur de campagne de Canopée-Forêts vivantes, une association de défense de la forêt. Techniquement, il ne s’agit pas d’un « déchet » mais d’un « co-produit ». Encore plus concrètement, il explique sur le site de l’ONG qu’« une fois récoltés, les fruits du palmier à huile se dégradent rapidement : au bout de quelques heures, si les grappes ne sont pas transportées et transformées en raffinerie, une grande partie de l’huile extraite n’est plus utilisable pour l’alimentation. Cette partie est constituée d’acides gras libres qui sont séparés de l’huile de palme brute par distillation lors de l’extraction : ce sont les PFAD (Palm Fatty Acid Distillate) ».

Laura Buffet, directrice énergie de l’ONG Transport & Environment, basée à Bruxelles, ajoute que le PFAD est déjà utilisé pour différentes applications industrielles (oléochimie, savon, cosmétique, aliments pour animaux notamment) et valorisé presque complètement sur ce marché florissant. « Si le PFAD se retrouve utilisé dans les biocarburants, les industries qui s’en servent actuellement vont devoir se tourner vers d’autres sources pour s’approvisionner – principalement de l’huile de palme brute. » Selon l’estimation du cabinet d’expertise Cerulogy, utiliser 1 tonne de PFAD pourrait augmenter la demande en huile de palme brute de 0,64. « En prenant en compte ces impacts, il est probable que le biodiesel produit à partir du PFAD soit pire pour le climat que le diesel fossile. »

Au niveau international, les alertes se multiplient au sujet de ces acides gras de palme. En 2013, l’International Council on Clean Transportation, une ONG d’expert·e·s spécialisée dans les transports décarbonés, a mis en garde contre le soutien au PFAD dans les carburants aux États-Unis dans le cadre de commentaires publics sur les règles américaines concernant les agrocarburants, précise Transport & Environment. L’Allemagne, la Norvège, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont décidé de ne pas classer les PFAD comme des résidus, ce qui leur aurait permis de bénéficier d’un avantage fiscal, poursuit l’experte.

Au niveau européen, les PFAD ne figurent pas dans la liste officielle – dite « Annexe IX » – qui énumère les matières premières éligibles à la classification de biocarburants « avancés », étiquette qui fournit elle aussi un bénéfice économique aux opérateurs économiques. Une position partagée par la France dans sa stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée pour la période 2018-2030.

La raffinerie de Total à La Mède (Bouches-du-Rhône) devenue en juillet 2019 «bioraffinerie» © Reuters

Et pourtant, la position du gouvernement, telle que présentée jeudi après-midi par le ministère de la transition écologique, est de dire que les PFAD « ne sont pas de l’huile de palme, mais des résidus acides produits lors du raffinage de l’huile de palme brute pour produire de l’huile de palme alimentaire ». Pour Sylvain Angerand, « la loi de 2018 supprime l’avantage fiscal des produits à base d’huile de palme. Les PFAD sont à base d’huile de palme. Donc maintenir leur avantage fiscal est illégal ».


Alors pourquoi le gouvernement se lance-t-il dans cette entreprise ? « Le droit européen les reconnaît comme des résidus », explique d’abord le cabinet d’Élisabeth Borne. Ce qui n'est pas le cas. « Les producteurs n’ont aucun intérêt à en produire davantage. » Cette affirmation se discute aussi, le prix de l’huile de palme et du PFAD semblant fortement lié. « Ces produits rentrent dans le cadre de la part de 25 % de l’approvisionnement de la bioraffinerie Total de La Mède issue de l’économie circulaire. » L’exécutif reconnaît ainsi ouvertement son objectif de servir les intérêts du groupe pétrolier. Et qu’à ce titre, il est manifestement prêt à déroger à la loi plutôt que de s’y tenir au nom de la défense de l’intérêt général.

Interrogé par Mediapart, le groupe Total se garde bien de dire si les PFAD sont à leurs yeux de l'huile de palme, ou pas. Mais explique au sujet de l'usine Le Mède que: « Le PFAD rentre dans la catégorie des huiles résiduelles acides , il est une ressource essentielle pour permettre à la bioraffinerie de Total à La Mède de développer l’utilisation de ressources issus de déchets ou de résidus (une obligation fixée par l’Arrêté préfectoral du 16 mai 2018). Du fait de son acidité et des risques de corrosion associés, le PFAD ne peut être traité qu’en quantité très limitée par notre bioraffinerie de La Mède. » 

Au vu de l’émoi suscité dans les cabinets ministériels par ce sujet depuis 48 heures, il semble que ni le ministère de l’écologie, ni Matignon ne soient à la manœuvre. Les liens entre Emmanuel Macron et Patrick Pouyanné sont directs et anciens. En juin 2017, le PDG de Total déclarait que l’élection du nouveau président était « un saut dans la modernité » (à partir de 6 min 07 dans ce lien). « Total a perdu au Conseil constitutionnel et n’a pas réussi à convaincre les députés, réagit Sylvain Angerand pour l’association Canopée-Forêts vivantes. Plutôt que d’accepter les règles de la démocratie, le gouvernement cède à son lobbying éhonté. Nous, nous ne céderons pas et nous irons en justice si le gouvernement s’entête. »


Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr
 

Cet article a été modifié le 20 décembre vers 20 heures pour intégrer une réaction du groupe Total.

Source : https://www.mediapart.fr/journal/france/201219/en-catimini-le-gouvernement-reintroduit-un-cadeau-fiscal-l-huile-de-palme

dimanche 12 août 2018

J'AI VU LE SCANDALE DE L'HUILE DE PALME



 Source : https://www.youtube.com/watch?v=rSm9Mw_VIb4



“J’ai vu le scandale 

de l’huile de palme”, 

une vidéo militante 

(et alarmante) 

du Grand JD






J’ai vu le scandale de l’huile de palme, du Grand JD.
Captures d'écran


 Le Grand JD, Youtubeur hyperactif, s’est associé au journaliste de la RTS Bernard Genier pour dénoncer la culture intensive de l’huile de palme à Bornéo, responsable de la plus grave déforestation de la planète. En quelques jours, leur film a récolté près d’1,5 million de vues sur la plateforme.


 Des araignées géantes, des aborigènes, une jungle impénétrable, des sarbacanes aux fléchettes empoisonnées. Un avant-goût du nouvel Indiana Jones ? Pas encore, mais le cocktail réussi d’une longue vidéo alarmante (24 minutes) de Julien Donzé, alias Le Grand JD, Youtubeur hyperactif aux deux cents vidéos et 1,8 million d’abonnés. J’ai vu le scandale de l’huile de palme, mise en ligne le 25 mars dernier, a déjà récolté près d’1,5 million de vues. Et, ce n’est pas volé. Julien et le journaliste suisse Bernard Genier y dénoncent à leur manière le cas le plus grave de déforestation de la planète : sur la partie malaisienne de l’île de Bornéo, il ne reste plus que 5 % de la forêt vierge tropicale. En cause, les compagnies forestières qui depuis vingt ans rasent en masse des arbres au bois précieux, les vendent et les remplacent par des palmiers à huile peu coûteux, mais hautement lucratif.

De touchants barrages en bois contre les bulldozers



Au cœur de cet écosystème en déliquescence, le youtubeur et le journaliste s’immergent dans le quotidien des Penan, un peuple nomade autochtone dont la survie est menacée par la disparition de la forêt. Normalement omniprésente, la figure du youtubeur s’efface pour recueillir leurs précieux témoignages. Le documentaire met ainsi en lumière leur connaissance aiguisée de la nature, source de nourriture et d’un nombre impressionnant de médicaments comme de puissants poisons naturels capables de tuer un homme en quelques minutes. « La forêt c’est notre supermarché », résume l’un d’entre eux avec un langage emprunté aux occidentaux. Pourtant, face aux immenses trous des bulldozers, la protestation des Penan se traduit de manière pacifique par de fragiles et touchants barrages en bois, rempart dérisoire face à la prédation dont ils sont les victimes. 

Dix-sept ans après le documentaire Alerte à la forêt de Bornéo de Bernard Genier, la vidéo prend des allures de film militant capable de susciter une prise de conscience écologique parmi un public plus jeune. Il mêle avec brio les codes du documentaire télé et du blog de voyage incarné : des plans aériens, des explications efficaces et des batailles contre des sangsues.

Le binôme n’en est pas à son coup d’essai, il avait déjà enquêté sur la fonte des glaces au Canada, et intrigué plus d’un million d’internautes avec la websérie Alerte bleue diffusée par la Radio Télévision Suisse (RTS).



Source : https://www.telerama.fr/television/a-voir-sur-youtube,-jai-vu-le-scandale-de-lhuile-de-palme-video-militante-%28et-alarmante%29-du-grand-jd,n5559941.php


vendredi 15 juin 2018

La “bioraffinerie” de la Mède pourrait importer jusqu’à deux fois plus d’huile de palme qu’annoncé par Total


La “bioraffinerie” de la Mède 

pourrait importer 

jusqu’à deux fois plus 

d’huile de palme 

qu’annoncé par Total


Montreuil, 4 juin 2018 – Alors que Total affirme que l’importation d’huile de palme pour la “bioraffinerie” de La Mède sera limitée à 300 000 tonnes par an [1], les Amis de la Terre estiment que l’autorisation délivrée par le gouvernement permet en réalité à Total d’en importer le double et sans aucune garantie sérieuse pour en limiter l’impact environnemental.



Contrairement aux affirmations de Total, la “bioraffinerie” de la Mède pourrait fonctionner pratiquement à 100% avec de l’huile de palme. Une surface de forêt tropicale équivalente à plus de 5 fois la surface de la ville de Marseille pourrait être détruite pour planter les palmiers à huile nécessaire à l’approvisionnement de cette “bioraffinerie” [2].

En effet, les Amis de la Terre constatent que l’auto-limitation à 300 000 tonnes d’huile de palme brute annoncée par Total est absente de l’autorisation officielle, ce qui permet à Total d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huiles végétales brutes sans autre précision.

Ensuite, Total essaye de faire passer de l’huile de palme de qualité secondaire (PAFD, Palm Fatty Acid Distillates) comme un produit résiduel à caractère de déchet alors que le Ministère de l’Écologie a reconnu que son impact était le même que l’huile de palme brute [3]. Total prévoit initialement d’importer 100 000 tonnes de PAFD mais pourrait en importer bien davantage (jusqu’à 250 000 tonnes) si l’entreprise était contrainte d’importer moins d’huile de palme brute.

De plus, Total prévoit d’utiliser 100 000 tonnes d’huiles usagées.... soit le gisement maximum disponible en France, déjà utilisé pour moitié par d’autres opérateurs. Total devra donc importer des « huiles usagées » alors que les certificats censés encadrer ce type d’huile sont fortement suspectés par la Cour des Comptes Européennes de permettre d’importer frauduleusement des quantités massives d’huile de palme [4]. Par ailleurs, le gouvernement prétend avoir imposé des normes environnementales permettant de garantir l’absence de déforestation. Or, Total met en avant la certification RSPO dont les exigences sont inférieures à celles imposées par les critères de durabilité européen car elle n’interdit pas la destruction des forêts sur sols tourbeux ou les forêts dites « secondaires » [5].

Alors que la loi prévoit « un plan détaillé d’approvisionnement pour les 3 premières années de fonctionnement », Total ne respecte donc pas l’exigence minimum de transparence qu’un tel projet implique. Une exigence qui avait également été rappelée par le Commissaire Enquêteur lors de l’enquête publique [6].

Pour Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour les Amis de la Terre France : “A l’irresponsabilité, Total ajoute l’impunité en refusant de rendre public son plan d’approvisionnement et la liste de ses fournisseurs. Nous allons donc maintenant déposer un recours contre l’autorisation d’exploitation délivrée à Total”.


En savoir +


[1] https://www.total.com/fr/medias/actualite/communiques/total-sengage-pour-une-diversification-responsable-des-approvisionnements-de-sa-bio-raffinerie-de-la

[2] En considérant un approvisionnement en huile de palme sous toutes ses forme de 500 000 tonnes (fourchette basse), une productivité moyenne de 3,8 tonnes par hectare pour une plantation de palmier à huile, la surface de plantation correspondante est de 1315 km2 soit 5,4 fois la superficie de Marseille (240 km2).

[3] “Les PFAD sont issus de la production d’huile de palme. Ils sont considérés comme des biocarburants de première génération, leur origine étant une matière première en concurrence alimentaire”. Email de la Direction Energie Climat aux Amis de la Terre France, le 20/04/2018. Ce produit est en effet exclu des matières à caractère de déchet ou résidu, listées dans l’annexe II de l’arrêté modifié du 21 mars 2014 portant sur les biocarburants https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000028795147

[4] “The auditors flag serious gaps in the certification processes that encourage or facilitate fraud. It records concerns about ‘fake waste’ and the risk of fraud where virgin vegetable oil is passed off as used cooking oil (UCO)” https://www.euractiv.com/section/science-policymaking/opinion/auditors-report-on-biofuels-calls-for-return-to-common-sense/

[5] Voir le dossier des Amis de la Terre : www.fermonslesvannes.org European Court of auditors : "We conclude that, because of weaknesses in the Commission’s recognition procedure and in the subsequent supervision of voluntary schemes, the EU certification system for the sustainability of biofuels is not fully reliable." https://www.eca.europa.eu/en/Pages/DocItem.aspx?did=37264

[6] (p58) « le pétitionnaire doit s’engager sur le circuit d’approvisionnement et le détailler à tous les niveaux (organisme, fournisseurs potentiels, logistiques, etc.) » « le pétitionnaire doit fournir si besoin des précisions sur le plan d’approvisionnement des huiles végétales et usagées. Cette évaluation doit concourir à évaluer les impacts indirects ; » Ce plan détaillé est prévu à l’annexe IV de l’arrêté modifié du 21 mars 2014 portant sur les biocarburants https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000028795147


Source : http://www.amisdelaterre.org/La-bioraffinerie-de-la-Mede-pourrait-importer-jusqu-a-deux-fois-plus-d-huile-de.html

Pour vendre des Rafale à la Malaisie, la France autorise l’huile de palme dans le carburant


Pour vendre des Rafale 

à la Malaisie, 

la France autorise 

l’huile de palme dans le carburant


 17 mai 2018 / Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre)





À Bruxelles, le gouvernement français s’oppose à l’interdiction de l’importation d’huile de palme. En France, il autorise la « bioraffinerie » de Total à La Mède, qui va augmenter de moitié les importations de cette huile aux conséquences désastreuses sur les forêts tropicales et le climat mondial.

  • Actualisation - Lundi 11 juin 2018 - Comme elle l’avait annoncée la semaine dernière, la FNSEA a commencé ce lundi 11 juin matin le blocage de plusieurs raffineries à travers la France, pour protester contre la décision du gouvernement d’autoriser l’importation massive d’huile de palme par Total pour sa raffinerie de La Mède.


  • Marseille (Bouches-du-Rhône), correspondance

Feu vert pour la « bioraffinerie » Total de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. C’est ce qu’a décidé la préfecture avec l’assentiment du ministère de la Transition écologique et solidaire, ce mercredi 16 mai. La production de 500.000 tonnes de « biodiesel » devrait donc démarrer à l’été. Pourtant, le projet, parce qu’il va induire une importation massive d’huile de palme, suscite de sérieuses inquiétudes à cause de ses conséquences sur la déforestation des forêts tropicales. Pourtant, le ministre Nicolas Hulot s’était prononcé à l’été 2017, lors de la présentation de son plan climat, pour la fin des importations de produits agricoles ou forestiers contribuant à la déforestation des « trois plus grandes forêts tropicales du monde ». « La déforestation est responsable de 10 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales », avait-il alors considéré.

L’huile de palme, un produit miracle pour les industriels : peu cher et facile à transformer. Source de graves atteintes à l’environnement, il perd de plus en plus de crédibilité auprès des consommateurs.

Ainsi, son utilisation dans l’agroalimentaire chute (- 1,1 million de tonnes de 2010 à 2014). Mais son intégration dans les agrocarburants ne cesse d’augmenter, de 8 % à 45 %. En France, 75 % de l’huile de palme consommée l’est sous forme de carburant. L’Indonésie et la Malaisie sont les principaux producteurs d’huile de palme. Dans ces pays, une déforestation massive conduit au remplacement de la forêt tropicale par des plantations de palmiers à huile. Des plantations prennent également place sur les tourbières, des écosystèmes d’une grande biodiversité et qu’il est nécessaire de sauvegarder face à l’enjeu climatique car ils captent une grande part du carbone qui ne finit pas en gaz à effet de serre.

« Un chèque en blanc pour Total »


Le site industriel des Bouches-du-Rhône fera « bondir les importations françaises d’huile de palme de 64 % », avertissaient Greenpeace et Les Amis de la Terre, le 19 avril. Le plan d’approvisionnement annuel, que se sont procuré les ONG, prévoyait 100.000 tonnes d’huiles alimentaires usagées et de graisses animales pour 450.000 tonnes par an d’huile de palme importées. Auxquelles s’ajoutent 100.000 tonnes de distillat d’acide gras de palme, un résidu de production de l’huile de palme, qui sera également importé. « À titre de comparaison, environ 136.000 tonnes d’huile de palme alimentaire sont consommées chaque année en France », précisent les ONG. Après « un dialogue positif avec le ministère de la Transition écologique et solidaire », Total a annoncé ce 16 mai, par voie de communiqué, limiter l’approvisionnement « en huile de palme brute à un volume inférieur à 50 % des volumes de matières premières qui seront traitées sur le site, soit, au plus, 300.000 tonnes par an ».



La raffinerie de Total de La Mède, à Châteauneuf-les-Martigues.


« Ce qui est colossal », rétorque Sylvain Angerand, des Amis de la Terre, dans un communiqué. Il a par ailleurs calculé que Total évacue de son annonce les distillats de palme. Le pétrolier « deviendrait le premier importateur français d’huile de palme », disent Les Amis de la Terre, avant de considérer qu’aucune certification — contrairement à ce qu’affirme le ministère — « ne peut garantir que ce projet n’entraînera pas de déforestation, comme l’a reconnu la Cour des comptes européenne », dans un audit de 2016. « Il y a d’autant plus de risques que Total refuse de rendre public son plan d’approvisionnement, notamment sa liste de fournisseurs », expose enfin l’association. « Cette autorisation est très peu contraignante, c’est un chèque en blanc », dit à Reporterre Sébastien Cros, de la CGT du site de La Mède. Le syndicat agit depuis deux ans, main dans la main avec les écologistes. Avec la mutation, le site va perdre la moitié de ses 500 emplois informe le syndicaliste. « La décision d’Hulot ne fait que valider une délocalisation sociale et environnementale », juge-t-il.


L’Union européenne pourrait interdire toute utilisation de l’huile de palme dans les carburants


Ce mercredi 16 mai, Nicolas Hulot a répondu à une question sur le projet de La Mède dans la matinale de BFM et RMC. « Je leur demande, j’ai eu [le PDG de Total, Patrick] Pouyanné, de réduire au maximum l’utilisation d’huile de palme […] et d’essayer d’année en année de réduire la part d’huile de palme et d’augmenter la part d’huiles usagées. Je ne peux pas leur demander, alors qu’ils ont fait ces efforts et ces investissements, de renoncer », a-t-il fait valoir. « Mais on ne peut pas avoir tout du jour au lendemain. La tendance, irréversible, de s’affranchir des huiles de palme et d’éviter la déforestation importée, celle-là, on ne reviendra pas en arrière. À terme, l’Europe prendra évidemment ses responsabilités… dans les années qui viennent », a prophétisé ensuite Nicolas Hulot.

En vertu des objectifs de la COP21 sur les émissions de gaz à effet de serre, l’Union européenne pourrait interdire toute utilisation de l’huile de palme dans les carburants. Le sujet fait débat dans le cadre des négociations de la directive sur les énergies renouvelables qui se mènent d’ici à l’été. Le Parlement européen s’est prononcé en janvier pour une interdiction de l’utilisation de l’huile de palme dans les agrocarburants. La négociation sur l’ensemble de la directive est désormais en phase de « trilogue », c’est-à-dire en débat entre le Conseil, la Commission et le Parlement européens.

Le chantage aux avions Rafale de la Malaisie


La question de l’huile de palme pourrait être sur la table des discussions lors du prochain round de ce jeudi 17 mai. Parmi les membres du Conseil européen, la France est opposée à l’interdiction de l’huile de palme pour les carburants. « L’amendement adopté par le Parlement [européen] ne saurait être soutenu par les autorités françaises dans la mesure où il discrimine l’huile de palme », résume une lettre de Matignon au secrétariat général du Conseil européen, que Le Canard enchaîné s’est procurée. Si les importations venaient à se tarir, la Malaisie menace de ne pas acheter 18 avions Rafale, comme l’indiquait L’Usine nouvelle en mars au profit d’un concurrent britannique. De fait, il y avait divergence entre Nicolas Hulot et Florence Parly, la ministre de la Défense. Les considérations commerciales semblent l’avoir emporté sur les considérations écologiques.

Deux avions de chasse Rafale sur le pont du « Charles-de-Gaulle ».

Dans le cadre des négociations européennes sur la directive énergies renouvelables, il est probable que ce soit la Commission qui tranchera.

Contactés, ni la préfecture des Bouches-du-Rhône, ni le ministère de Transition écologique et solidaire, ni Total n’ont répondu aux questions de Reporterre dans les temps impartis à la rédaction de cet article.


 -----------------------------------------------------------------------------

Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.
Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.
Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.
Soutenir Reporterre
 
 -------------------------------------------------

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.


Lire aussi : Total veut faire du biocarburant en important massivement de l’huile de palme

Source : Pierre Isnard-Dupuy pour Reporterre
Photos :
. chapô : Les fruits du palmier à huile. Wikimedia (African Hope/CC BY-SA 4.0)
. carte : Openstreetmap
. raffinerie : © mairie de Châteauneuf-les-Martigues
. Rafale : Wikipedia (Pascal Subtil/CC BY-SA 2.0)


Source : https://reporterre.net/Pour-vendre-des-Rafale-a-la-Malaisie-la-France-autorise-l-huile-de-palme-dans

jeudi 31 mai 2018

Feu vert à Total sur l'huile de palme : le triste renoncement de Hulot



Feu vert à Total 

sur l'huile de palme : 

le triste renoncement de Hulot

 

Tant pis pour la planète : pour faire plaisir à Total, mais aussi à la Malaisie et l'Indonésie, le ministre  autorise l'importation de 300.000 tonnes par an de ce produit décrié.


Il est certes devenu un peu trop facile d’ironiser sur le chapelet de couleuvres qu’avale depuis un an Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique. Mais celle-ci est trop grosse pour la laisser passer, c’est un boa. Mercredi, avec le feu vert du ministre, la préfecture des Bouches-du-Rhône a autorisé le groupe Total à exploiter une bioraffinerie sur son site de Mède, près de l’étang de Berre.

Dès cet été, Total importera au moins 300.000 tonnes d’huile de palme par an, ce qui représente une augmentation des importations françaises de ce produit de 36%.

En juillet 2017, en présentant son plan climat,  Nicolas Hulot proposait de "fermer la fenêtre d’opportunité qui permet d’incorporer de l’huile de palme dans les carburants". Mais dès sa nomination, le ministre a vite dû faire machine arrière.



Une déforestation monstrueuse

 

L’huile de palme a beaucoup de qualités : elle est facile à cultiver, et donc peu coûteuse ; c’est un produit très stable, qui résiste à la chaleur et à l’oxydation ; elle est facile à "travailler" dans un processus industriel. Mais comme on le sait, c’est une horreur. Pas tant pour la santé, bien que ses graisses saturées ne soient pas la panacée. Pour l’extraire, on se livre en Indonésie et en Malaisie (90% de la production) à une déforestation monstrueuse, afin de planter des palmiers à huile.

Or, qui dit déforestation dit massacre des derniers orang-outans et des gibbons, destruction de la biodiversité, brûlis extrêmement polluants, expropriations de villages… Mais aussi aggravation du réchauffement climatique. Car, comme le rappelait Nicolas Hulot avant qu’il ne soit ministre, "la déforestation est responsable de 10% des émissions de gaz à effet de serre mondiales". Selon une étude commandée en 2016 par la Commission européenne, l'huile de palme est trois fois plus néfaste, en terme d'effets de serre, que les énergies fossiles.

Les proportions de cette industrie de l’huile de palme sont gigantesques. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter quelques grammes au Nutella : l’huile de palme représente un quart de toute l’huile produite dans le monde. Des chips à la mayonnaise, cette graisse végétale est présente dans 80% des produits alimentaires industrialisés et 20% des produits de beauté. Elle sert principalement à l’industrie du carburant : en France, 75% de l’huile de palme importée termine dans les réservoirs de véhicules.

La décision de Nicolas Hulot apparaît donc comme incompréhensible. Elle est contraire aux intérêts des producteurs français de colza. Elle est contraire aux intérêts de la planète -  et il n’y a pas de "planète B", pour paraphraser Emmanuel Macron qui jure avoir fait de la lutte contre le réchauffement climatique sa priorité. Elle est contraire à l’avis du Parlement européen qui, en janvier,  a voté la suppression de l’utilisation d’huile de palme dans les carburants d’ici 2021. Enfin elle est contraire à ce que le ministre lui-même pense au plus profond de lui-même. Interrogé sur BFMTV-RMC, il a tenté de se justifier en expliquant que c’était transitoire, qu’il avait négocié avec Patrick Pouyané, le patron de Total, pour que la part d’huile de palme soit limitée et réduite chaque année au profit des huiles usagées… Mais pas de quoi calmer les organisations écologiques.

Faire plaisir à Total, à l'Indonésie et à la Malaisie


Pourquoi cette décision ? Deux explications. La première est un lobbying efficace de Total, qui cherche à sauver le site de Mède. Patrick Pouyané, le patron, est est un fan d’Emmanuel Macron : il a beau avoir été directeur du cabinet de François Fillon, il a soutenu l’adversaire de ce dernier pendant sa campagne et il ne tarit pas d’éloges pour ce président qui, dit-il, fait faire à la France "un saut vers la modernité". Macron, de son côté, considère Total comme un des groupes les plus stratégiques de la France.

Seconde explication, plus cynique encore : la France vend des armes et des avions vers l’Indonésie et la Malaisie. Et ces pays menacent de ne plus acheter ces engins si Paris nuisait à leurs exportations. Pour torpiller un projet français de taxe sur les huiles de palme, l’Indonésie, en 2016, avait menacé de ne pas commander des Airbus A400M de transport militaire. Et selon l’"Usine nouvelle", la Malaisie fait aujourd’hui de même : elle menace de ne plus acheter 18 Rafale en discussion.

Après le vote du Parlement européen en faveur de l’interdiction de l’huile de palme dans les carburants, en janvier, la France avait déjà  fait savoir qu’elle s’y opposerait. Elle confirme aujourd’hui son orientation très peu "Make the Planet Great again", pour reprendre le slogan ambitieux d’Emmanuel Macron. La "fenêtre d’opportunité" qu’évoquait en 2017 Nicolas Hulot reste, hélas, grande ouverte et ses gonds bien huilés.

Pascal Riché

Source : https://www.nouvelobs.com/edito/20180517.OBS6826/feu-vert-a-total-sur-l-huile-de-palme-le-triste-renoncement-de-hulot.html

lundi 21 mai 2018

La France fait le choix de l’huile de palme malgré l’interdiction du Parlement européen

La France fait le choix 

de l’huile de palme 

malgré l’interdiction 

du Parlement européen








Alors que le Parlement européen a voté l’interdiction des importations d’huile de palme en 2021, la France a donné son feu vert à une bioraffinerie de Total, suscitant de violentes réactions.

Le ministère de la Transition écologique s’est fendu d’un long communiqué pour expliquer les motifs de cette autorisation qui va clairement à l’encontre du bon sens écologique : la raffinerie va importer des huiles de soja et de palme, principalement produits en Amérique du Sud et en Asie, au prix d’une déforestation massive et pour un gain écologique discutable : le bilan carbone de ce type de biocarburant est lourd si l’on prend en compte l’impact dévastateur de la déforestation sur les émissions de CO2 mondiales.

Certes, la « bioraffinerie »  de Total produira des biocarburants de seconde génération, avec la technologie HVO Hydrogenated Vegetal Oil, qui peut fonctionner avec tout type d’huile. Mais les huiles recyclées, et surtout leur collecte, revient plus cher que l’huile de palme dont le rendement est par ailleurs plus élevé.

Certification 

Le gouvernement français se targue d’avoir remporté une victoire dans la négociation avec Total, « qui a accepté de réduire significativement les quantités d’huile de palme utilisées et de prendre des engagements très précis sur la certification de leur origine et de leur mode de production ».

Mais en pratique, les contraintes sont maigres : « l’Etat a fixé, à Total, comme objectif d’utiliser au moins 25 % de matières premières issues du recyclage des huiles » assure le ministère de la transition écologique, sans préciser l’échéance de cet objectif, qui reste un vœu pieux. Le gouvernement évoque aussi objectif pour Total de réduire « autant que possible » l’approvisionnement en huiles végétales brutes.

Mais pour l’heure, la raffinerie est autorisée à utiliser 300.000 tonnes d’huile de palme par an, un montant énorme : il s’agit de 10 % de la consommation totale d’huile de palme en Europe pour les biocarburants en 2016.

« Le gouvernement n’a pu imposer aucune contrainte à Total » résume Clément Sénéchal, chargé de campagne Forêts chez Greenpeace, qui rappelle que les agrocarburants produits à partir d’huile de palme émettent trois fois plus de CO2 que les carburants fossiles, comme l’évaluait cette étude d’Ecofys que l’impact du changement d’affectation des terres.

De son côté, Total affirme dans son communiqué « avoir pris note de l’émotion suscitée par les informations erronées selon lesquelles l’huile de palme brute représenterait jusqu’à 450.000 tonnes par an » et souligne s’être engagé à limiter cet approvisionnement à 300.000 tonnes.

« L’autorisation du gouvernement français de la raffinerie de Total conduira à une énorme augmentation des importations de biocarburants pour l’huile de palme, où 75 % des importations d’huile de palme sont déjà utilisées dans le secteur du transport » dénonce de son côté Laura Buffet, responsable des biocarburants à l’ONG Transport et Environnement.

Côté agriculteurs français, ce choix de favoriser l’huile de palme face au colza est jugé incompréhensible, alors que la France est un gros producteur de colza.

« Pour l’agriculture française, c’est une véritable gifle », a assuré Arnaud Rousseau, président de la FOP (producteurs d’oléoprotéagineux), à l’AFP.

Sabotage

La décision a aussi été condamnée par les eurodéputés, dont Yannick Jadot (Vert), qui s’est étonné d’entendre le ministre de l’écologie justifier le sabotage par le gouvernement français d’une victoire des écologistes au Parlement européen, avec la fin en Europe de l’huile de palme dans les agrocarburants.


Pour lire cet article cliquer ici : 


Avant le vote, le gouvernement français avait alerté les eurodéputés, vraisemblablement sous la pression de Total, s’inquiétant du fait qu’une interdiction d’huile de palme serait attaquée à l’OMC.

Le vote du Parlement européen se heurte certes au refus des chefs d’Etat de valider le projet. Il souligne néanmoins une prise de conscience majeure du sujet par les élus européens, que la France semble mépriser.

Un mépris paradoxal, puisque dans le même temps, l’Hexagone prétend promouvoir la lutte contre le changement climatique en soutenant du moins en parole l’accord de Paris.

« Si le président Macron est sérieux à propos de son engagement pour l’accord de Paris, il ne devrait pas soutenir le recours aux biocarburants faits à partir d’huile de palme, qui est trois fois pire que le diesel pour le climat » conclut Laura Buffet.

 Source : https://www.euractiv.fr/section/agriculture-alimentation/news/la-france-fait-le-choix-de-lhuile-de-palme-malgre-linterdiction-du-parlement-europeen/

dimanche 16 juillet 2017

Sète : le port bloqué par une opération anti-OGM + Dossier de presse Necrocarburants


Sète : le port bloqué 

par une opération anti-OGM



 Les Faucheurs volontaires dénoncent l'importation de colza transgénique - 
 10 juillet 2017. / © Nicolas Chatail / France 3 Occitanie

Le port de commerce de Sète a été bloqué tôt ce lundi matin par des militants dénonçant l'importation de colza génétiquement modifié.

---------------------------------------------------------

Par R. D. (avec AFP)   

Les Faucheurs volontaires, collectif de militants anti-OGM, ont investi le port de commerce de Sète tôt ce lundi 10 juillet au matin.

Ils étaient plus d’une cinquantaine. L’objectif de leur rassemblement : bloquer l’accès à un port "OGM". "Port fermé, pollution en cours" pouvait-on lire sur une grande banderole accrochée à un portail.


 "Zone polluée", dénoncent les manifestants - 10/07/2017 / 
© Nicolas Chatail / France 3 Occitanie

Ce n’est pas la première fois que le port de Sète est dans la ligne de mire du collectif. Des actions y ont déjà conduites en avril 2010 et en mars 2016.

Le reportage de Daniel de Barros et Nicolas Chatail : 
 
Sète : le port bloqué par une opération anti-OGM
Les Faucheurs volontaires demandent un moratoire sur l'importation du colza génétiquement modifié. - France 3 Occitanie - D. de Barros / N. Chatail 
 Voir la vidéo ici :
http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/sete/sete-port-bloque-operation-anti-ogm-1295213.html


 Les militants dénoncent notamment les importations de colza génétiquement modifié par la société agro-alimentaire SAIPOL.

 Les militants étaient plus d'une cinquantaine, venus de différents départements. - 10/07/2017 / © Nicolas Chatail / France 3 Occitanie


Venu du Brésil et d’Argentine, ce colza est utilisé pour fabriquer du biodiesel comme le Diester produit par le groupe SAIPOL. Les militants préfèrent eux le terme de "nécrocarburant".

Activité "marginale et ponctuelle"


Dans un communiqué, la direction de l’usine a rapidement condamné une action "pénalisant un site principalement dédié à la valorisation des productions françaises non-OGM". Elle précise que le site de Sète transforme essentiellement des graines de colza issues de l’agriculture française, non-OGM et à destination du marché français. La transformation de graines OGM importées n’est qu’une activité "marginale et ponctuelle".

Evacuation


En fin de matinée, les Faucheurs volontaires ont été évacués du site par les forces de l'ordre. Pas tout à fait dans le calme :

Blocage du port de Sète : évacuation des manifestants
Les militants anti-OGM ont été évacués par les forces de l'ordre - 
France 3 Occitanie - D. de Barros / N. Chatail  
 Voir la vidéo ici :  



Opération de militants anti-OGM 

devant le port de Sète


Par Romain Berchet et Gaëlle Schüller, France Bleu Hérault et France Bleu lundi 10 juillet 2017 à 10:43 



 Les militants anti-OGM devant l'entrée est du port de Sète © Radio France - Gaëlle Schuller


Une petite centaine de militants anti-OGM venus de toute la France bloquent ce lundi matin l'entrée Est du port de Sète (Hérault). Ils dénoncent les importations de colza OGM du Brésil et d'Argentine par la société agro-alimentaire SAIPOL. 

Opération de militants anti-OGM au port de Sète. Environ 80 personnes du Collectif des faucheurs volontaires ont bloqué l'entrée Est ce lundi matin.

Ils accusent la société agro-alimentaire SAIPOL d'importer du colza traesgénique depuis le Brésil et l'Argentine. L'entreprise est spécialisée dans la transformation d'oléagineux en huile, en carburant et en alimentation animale.

Dans un communiqué, la société condamne le blocage "qui pénalise et stigmatise une filière agricole et industrielle locale." SAIPOL rappelle que le site sétois "transforme essentiellement des graines de colza issues de l’agriculture française, non-OGM."

L'entreprise emploie 87 salariés sur son site à Sète.



 Opération de militants anti-OGM devant le port de Sète © Radio France - Gaëlle Schuller

 Les faucheurs volontaires ont accepté de lever leur blocus de leur propre gré en début d'après-midi. Ils ont obtenu un rendez-vous ce mercredi matin avec Jean-Claude Gayssot, le président du Port de Sète