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vendredi 29 novembre 2024

Samedi 7 décembre - Les 30 ans de la Laïcité en Conflent - l'ALEC

 


Les Amis de la Laïcité en Conflent vous invitent à leur anniversaire !
Au programme : un débat sur la laïcité et la liberté, d'expression ! mais aussi, une expo, des lectures, un spectacle, un concert et bien sûr des livres !!

 

dimanche 25 décembre 2022

 La laïcité : un principe fondamental de la République pour tou-te-s les élu-e-s de la République



 La laïcité : 

un principe fondamental 

de la République 

pour tou-te-s les élu-e-s 

de la République


Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme


Un bruit court depuis quelques jours : la LDH voudrait supprimer les crèches. Le programme serait vaste et bien au-delà de ses capacités ; il serait surtout contraire à ce qu’elle est et défend.


Ce que voudrait la LDH c’est que les préfets des départements concernés fassent respecter les lois de la République. Car c’est face à leur carence, contrairement à ce qui s’est passé notamment l’année précédente, qu’elle a décidé de saisir les tribunaux administratifs.


La LDH ne veut rien interdire ; en l'espèce, ce serait contraire à la liberté de croyance qu’elle défend depuis ses origines. La LDH souhaite seulement que les crèches ne soient pas installées dans les bâtiments publics et en particulier dans les hôtels de ville (maison de tous les citoyens et citoyennes).


L’incompréhension qui semble de mise chez certains commentateurs ne peut être due qu’à une méconnaissance des principes mêmes de la laïcité telle que définie par la loi de 1905.


Rappelons donc que le principe de séparation de l’Etat et des cultes, énoncé à l’article 2* de cette loi, impose à l’Etat et aux collectivités publiques la neutralité vis-à-vis de toutes les religions. Et de cette séparation découle l’article 28 de la même loi, par lequel les signes ou emblèmes religieux n’ont pas leur place dans les bâtiments publics**. Ces principes sont toujours d’actualité et s’appliquent à toutes les religions, y compris la religion catholique et ceux qui s’en réclament.


Depuis quelques années, certains maires, qui semblent privilégier leur idéologie au détriment des principes républicains, décident d’installer des crèches de Noël dans leur mairie en toute connaissance de l’interdiction. En effet, la plupart d’entre eux ont déjà été condamnés ces dernières années par les tribunaux administratifs, saisis alors par les préfets, mais ils récidivent en mettant en avant les « origines chrétiennes de la France ».

 Or, et ce n’est sans doute pas un hasard, les mêmes n’hésitent pas à invoquer les principes républicains et la laïcité sous une forme détournée pour pénaliser nos concitoyen-ne-s musulman-e-s, par exemple en refusant des repas sans viande de porc dans les cantines de leurs villes.


En 2016, la jurisprudence du Conseil d’Etat a précisé les circonstances dans lesquelles des crèches peuvent être ou non interdites. Il a indiqué qu'il fallait tenir compte du contexte (absence de prosélytisme), des conditions particulières de l’installation, de l'existence ou de l'absence d'usages locaux et du lieu de l'installation.


Les actions de la LDH ne visent donc qu’à faire respecter les lois de la République et c’est d’ailleurs sur ce fondement que les juridictions administratives lui ont donné raison.


Alors non, la LDH ne veut pas interdire les crèches ; elle refuse simplement de laisser faire celles et ceux qui instrumentalisent ce symbole religieux de façon politique dans des bâtiments publics.


La laïcité doit être appliquée par tou-te-s les élu-e-s de la République en respectant toutes les religions de la même façon et non en en privilégiant certaines au détriment d’autres. La laïcité est un principe républicain fondamental qui permet à toutes et tous de vivre ensemble sans discrimination. Il serait bon de s’en souvenir.


Paris, le 22 décembre 2022


* - Article 2 de la loi de 1905 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »


** - « Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. »

 

Source : https://www.ldh-france.org/la-laicite-un-principe-fondamental-de-la-republique-pour-tou-te-s-les-elu-e-s/

vendredi 16 décembre 2022

Écoles américaines : Dieu fait la classe

Écoles américaines : 


 Dieu fait la classe     


 

 











De la Caroline du Nord à l’Arizona, en passant par New York et le Colorado, Charlie est allé voir à quoi ressemble le système éducatif américain, aussi hétérogène que peuvent l’être les 50 États fédérés. En cause, une sacro-sainte liberté de décider des programmes scolaires au niveau le plus local, ouvrant un boulevard aux religions et à leurs croyances farfelues.
 

 
C’est une première du genre. Le 12 octobre 2022, l’État de New York exhorte une école hassidique privée pour garçons de Brooklyn à modifier ses programmes, afin de fournir aux élèves un minimum de compétences éducatives. Selon le New York Times, 100 % des élèves de l’établissement, adepte d’un courant mystique fondamentaliste du judaïsme, ont échoué à un examen standardisé de mathématiques, de lecture et d’écriture. Une seconde enquête faisait la lumière sur une utilisation massive de l’argent public par les écoles hassidiques de la région ces dernières années, à travers divers programmes de lutte contre la pauvreté. Cette affaire illustre à elle seule la plupart des dysfonctionnements du système éducatif américain, miné par une décentralisation à l’extrême dans les choix pédagogiques et par une influence inouïe des religions dans la sphère politique. Pour s’en rendre compte, nul besoin d’ouvrir les portes d’une école intégriste.
 
Si, à Washington, le département de l’Éducation finance une partie des écoles publiques, qui composent 70 % du paysage éducatif américain, les États fédérés se chargent de définir les programmes scolaires dans les (très) grandes largeurs. « La déclinaison de ces exigences souvent abstraites dans les programmes et manuels scolaires reste à la discrétion des school districts [« circonscriptions scolaires », ndlr], dont le nombre diffère drastiquement d’un État à l’autre », explique Glenn Branch, directeur adjoint du National Center for Science Education, chargé d’encourager les professeurs à enseigner la théorie de l’évolution en biologie. Ainsi, pour le même profil démographique, l’Ohio comptabilise plus de 600 school districts, quand la Floride en compte seulement une soixantaine. Tout au bout de la chaîne de la décentralisation, chaque école décide de la manière d’appliquer les programmes, à travers son propre conseil d’administration (school board).

 

À Phoenix, en Arizona, « les manuels scolaires de nos écoles publiques ne contiennent par exemple aucun élément sur la riche histoire des Amérindiens », raconte Scott Jacobson, directeur exécutif au sein d’un organisme à but non lucratif dédié à l’éducation à la santé publique. Un comble pour l’un des États les plus représentés par la première population d’Amérique, théâtre jusque dans les années 1950 d’effroyables pensionnats pour autochtones, dans lesquels étaient amenés de force les jeunes Amérindiens pour les assimiler à la culture chrétienne des colons.
Cette disparité à peine croyable à l’intérieur même des États ­engendre une compétition féroce entre établissements scolaires et entretient le business juteux d’organismes privés chargés d’évaluer leur qualité. En Caroline du Nord, dans une petite ville de 35 000 habitants, les employés municipaux nous présentent l’excellent niveau des écoles du coin comme des VRP vendraient des bouteilles de Coca-Cola. « Que des professeurs extraordinaires fassent cours à des élèves issus d’un milieu défavorisé n’est pas du tout pris en compte dans le système de notation », finissent-ils par concéder.
 
Sans surprise, les écoles privées ont le champ encore plus libre, tandis que les charter schools, écoles principalement financées sur fonds publics mais gérées comme des établissements privés, ont le vent en poupe. Nées de la promesse d’utiliser plus efficacement l’argent du contribuable, leur nombre est en constante augmentation, malgré des polémiques sur leur tendance à ne sélectionner que des bons élèves afin de dégager d’importants bénéfices.
 
L’école à la maison enregistre, quant à elle, la progression la plus nette ces dernières années et concerne désormais près de 7 % des élèves. Nichée dans les montagnes du Colorado, une mère de famille l’admet : « Il n’y a quasiment aucun contrôle sur l’éducation que je donne à mes deux filles à la maison, mis à part un test standardisé qu’elles doivent passer en ligne chaque année. »
 
Sur le papier, les écoles publiques américaines sont laïques : on n’y enseigne pas la religion, et les professeurs n’y font pas de prosélytisme. Sur le papier seulement. Joanne Maguire, professeure et responsable du département d’études religieuses à l’université de Caroline du Nord, à Charlotte, estime qu’environ « deux tiers de [ses] étudiants sont sceptiques vis-à-vis des sciences de l’évolution ». De New York à Phoenix, en passant par Denver, ce chiffre n’étonne personne. Et pour cause : 70 % des Américains croient en Dieu, 63 % sont chrétiens, et plus de la moitié des adultes rejettent l’évolution, la plupart au profit du créationnisme. Comment en sont-ils arrivés là ? « Les créationnistes ont usé de stratégies pour contourner le premier amendement, qui assure une stricte séparation entre l’Église et l’État, raconte Glenn Branch, évoquant certaines affaires remontées au niveau de la Cour suprême. Ils ont commencé par utiliser le terme « théorie » pour relativiser les sciences de l’évolution, qui sont évoquées de manière expéditive dans certains manuels scolaires. Certains se focalisent sur une vision macroscopique de l’évolution au sein d’une même espèce. D’autres encore parlent de « dessein intelligent », sans évoquer explicitement l’existence de Dieu. » Pour eux, les hommes et la nature pourraient tout aussi bien être l’oeuvre des extraterrestres.
 
Dans un pays où l’expression religieuse est autorisée partout, y compris au plus haut niveau de l’État, les conséquences sont implacables : « De nombreux professeurs préfèrent éviter d’enseigner l’évolution plutôt que d’entrer en conflit avec les convictions religieuses des parents d’élèves », se désespère Joanne Maguire. Dans ce contexte, la liberté de conscience, celle de croire ou de ne pas croire, relève avant tout de la théorie. « Lorsqu’il était petit, mon fils a un jour fièrement dit à ses camarades qu’il était athée : il a très vite été victime de harcèlement », poursuit la professeure d’université, bondissant de sa chaise lorsqu’on lui raconte que le modèle américain attire de plus en plus la jeune génération française. « Aux États-Unis, ne pas croire en Dieu est surtout perçu comme un manque de ­morale. » D’autres professeurs adoptent une stratégie purement bureaucratique, acceptant de suivre les recommandations des États, tout en laissant ostensiblement aux élèves le choix de rejeter les théories scientifiques.
 
À Phoenix, « la séparation entre l’Église et l’État a disparu, estime Scott Jacobson. Par exemple, les mormons ont tranquillement et résolument infiltré les conseils d’administration des écoles publiques. Ainsi, tous les jours, pendant une heure, les élèves mormons quittent leurs camarades au beau milieu des cours pour aller recevoir l’éducation religieuse dans un autre bâti­ment. Cela dure depuis des décennies et entraîne une séparation entre les élèves. » Dans les écoles privées ou à domicile, « vous pouvez passer tout votre cursus scolaire dans votre bulle religieuse à apprendre le créationnisme, mais à un moment donné, vous allez devoir vous confronter au monde laïque, surtout lorsque vous souhaitez accéder aux études supérieures », raconte Glenn Branch. Pour combler ces immenses lacunes, « les élèves issus de milieux favorisés bachotent et se font aider par des professeurs privés afin de passer le fameux SAT Reasoning Test, un ­examen standardisé au niveau national et utilisé pour l’admis­sion à l’université », explique Dustin Ngo, ancien étudiant à l’université Yale.
 
Difficile de compter sur la sphère politique pour faire bouger les choses, elle est elle-même largement infiltrée par les groupes d’influence religieux. D’autant que « les politiques ont bien du mal à se présenter devant les électeurs sans étiquette religieuse », estime Joanne Maguire. On se souvient des théories du complot ­autour de la prétendue affiliation à l’islam de Barack ­Obama, ou des clins d’oeil lourdingues de Donald Trump vers la commu­nauté catholique. À New York, le maire, Eric Adams, a gagné les élections en 2021 avec l’appui d’une grande partie des juifs orthodoxes. En pleine campagne, le candidat démocrate s’était dit « impressionné » par la qualité des cours donnés dans une école hassidique de Brooklyn. « Nous devons nous battre pour changer la façon dont nous évaluons les écoles et comprenons l’importance de la culture et de la religion à l’école. » La boucle est bouclée. ●
Edgar Lalande

 

Source : https://charliehebdo.fr/2022/12/international/ecoles-americaines-dieu-fait-classe/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NEWSLETTER%20QUOTIDIENNE%20-%20LARTICLE%20OFFERT%20-%20011222%20-%20NON%20ABONNES&utm_medium=email

lundi 26 octobre 2020

Liberté d'expression à l'école : "Pour mes élèves, Charlie Hebdo, c'est l'extrême droite"

 

Illustration : une manifestante brandit la une de Charlie Hebdo à la manifestation en hommage à Samuel Paty, à Paris, le 18 octobre 2020.
Estelle Ruiz / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

 

Paroles de profs

 

Liberté d'expression à l'école : 

"Pour mes élèves, 

Charlie Hebdo, 

c'est l'extrême droite"

 

Par et

Publié le

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L’assassinat du professeur Samuel Paty bouleverse le corps enseignant. Après le sentiment de révolte, il y a cette peur de se frotter aux sujets interdits : religion, caricatures et liberté d’expression.

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Gaël J., s’excuse, il ne « devrai[t] pas ». Il ne devrait pas utiliser ce vocabulaire martial. C’est évident, un enseignant ne devrait pas dire ça, surtout pas en début de carrière. Professeur d’histoire et géographie dans un collège de l’académie d’Amiens (Somme), ce trentenaire en reconversion s’excuse. Une, deux, trois fois. Puis lâche ces mots offensifs : « La mort de Samuel Paty, collègue de 47 ans, c’est une perte en première ligne, au front. Subitement, on comprend qu’on fait un métier dangereux. Avant-hier, je n’y pensais pas, et aujourd’hui, ça me saute à la figure : nous sommes des cibles potentielles. »

Au fond de lui, il le savait sans vraiment le formaliser. Simplement, ce drame le ramène brusquement à sa mission, à son quotidien, et à ces cours parfois piégeux, pollués bien souvent par les outrances. Le terrain le plus miné ? Les heures d’éducation morale et civique dont les professeurs d’histoire et géographie ont la charge, celles-ci mêmes qui ont valu à Samuel Paty une condamnation à mort.

Un élève : "Si on dépasse les limites, il y aura des attentats"

Parmi les thèmes à aborder par les professeurs avec les classes de quatrième : la liberté d’expression. Il raconte : « Naïvement, l’année dernière, pour mon tout premier cours sur ce sujet, j’ai décidé de mettre les pieds dans le plat et abordé le sujet des caricatures de Mahomet. Malheureusement, ça ne s’est pas vraiment passé comme je l’imaginais. » Lui espérait les voir débattre, discuter, échanger, s’ouvrir à d’autres opinions, « penser les libertés au pluriel ». Avant de tomber de très haut. « Quel que soit le profil des élèves, il y a tout de suite eu un consensus pour dire qu’on ne peut pas toucher aux religions. Ça m’a frappé. À partir de là, on se dit qu’il y a du boulot… »

Le professeur décide alors de constituer différents petits groupes qui devront, au terme de cette séquence de quatre heures, proposer un exposé oral sur un sujet de leur choix. L’un d’eux choisit les attentats de 2015. « Ils se sont portés là-dessus parce que ça les a marqués, ils étaient de très jeunes adolescents au moment des faits. »

Lorsqu’ils se présentent au tableau, le professeur ne connaît pas le contenu de l’exposé. Il sait simplement que les discussions ont été riches et le travail plutôt studieux. Une élève prend la parole, autour le silence se fait : « Depuis plusieurs années, la liberté d’expression est menacée parce que certains journalistes manquent de respect aux religions et ne prennent pas en compte les lois… Si on dépasse les limites, il y aura des attentats. » Dans la salle, tous acquiescent. Au milieu, le professeur est dépité. « On avait pourtant fait un large rappel de ce que permettait la loi, jure-t-il. Pour eux, la loi, c’est quelque chose d’abstrait. Ils ne se basent pas sur des textes, mais sur leur distinction personnelle du bien et du mal. »

"Face à une vidéo de drapeaux français brûlés au Pakistan, la plupart des élèves ont applaudi."

Jordi Sutra, enseignant de la même matière dans un collège du Val-de-Marne qu’il décrit comme « sensible », fait lui aussi un récit particulièrement terrifiant de ces cours où certains élèves vont jusqu’à « défendre les terroristes », parfois même dès la classe de sixième. Depuis qu’il est en poste, il utilise les caricatures de Mahomet comme support pour illustrer la question de la liberté de la presse. « Au fil des années, j’ai vu la situation se dégrader », confie-t-il. Jusqu’à entendre des élèves lui promettre de possibles « problèmes » à venir s’il s’obstine à brandir certains dessins. « Il y a parfois des débats stimulants, mais la déconstruction des représentations est un travail de plus en plus difficile à mener. »

Ce constat, Jean-Baptiste Jorda le fait également. Professeur de français en lycée professionnel dans le département de la Seine-Saint-Denis, il est tenu de construire des séquences autour de l’information. Libre à lui de choisir l’objet d’étude de son choix. Cette année, il a proposé à ses élèves de seconde de se pencher sur les journaux satiriques et leur liberté éditoriale. Pour éviter que les séances dérapent, le professeur a fait le choix de ne pas montrer les caricatures mais plutôt de les décrire avec des mots. Dont cette fameuse une de Charlie Hebdo montrant Mahomet en pleurs, dépité d’être « aimé par des cons ». « Ils ont explosé, se souvient-il. Ils ont immédiatement insulté le journal, certains ont même expliqué vouloir que le blasphème soit interdit par la loi… Et quand je tentais de leur opposer des arguments, ils essayaient de me faire dire certaines choses pour me piéger. Je ne maîtrisais plus rien. » Pour les ramener à la raison et engager une autre discussion, le professeur Jorda dégaine une vidéo de drapeaux français brûlés au Pakistan en septembre 2020 en réaction à la republication des caricatures par l’hebdomadaire, pour leur montrer « où l’intolérance peut mener ». « Je pensais les faire réfléchir, mais la plupart des élèves se sont levés et ont applaudi. » Stupeur.

"Pour eux, Charlie, c’est l’extrême droite"

Après cette séance, le professeur s’est longtemps interrogé sur l’utilité de sa démarche sans vraiment trouver de réponses. Parler de liberté d’expression à des élèves sûrs de leur position et parfois menaçants, c’est « une perte de temps » en plus de présenter un « danger » pour sa personne ? « Après ce qui est arrivé à Conflans-Sainte-Honorine, je n’ai pas dormi de la nuit, explique-t-il. Ça a réveillé certaines inquiétudes. »

Quoi qu’il en soit, il ne parvient toujours pas à expliquer ce dialogue fermé. Il identifie simplement quelques symptômes. « Leur grand argument, c’est le prétendu double standard qu’ils présentent en comparant des choses incomparables, détaille-t-il. Par exemple, ils ne comprennent pas que la critique du prophète des musulmans puisse être autorisée alors que douter de la Shoah ne l’est pas… Pour beaucoup, Charlie est le symbole de ce qu’ils voient comme une persécution des musulmans et qu’ils nomment “islamophobie”. » Il précise : « Ils ont une vision politique très confuse. Pour eux, Charlie, c’est l’extrême droite. Alors, pour lutter contre eux, tous les moyens sont légitimes. L’insulte comme la violence. Les reprendre sur cette question-là, c’est se ranger du côté des “racistes”. »

"À croire que nous sommes en poste davantage pour préserver les élèves du discours républicain plutôt que pour leur exposer."

Agnès, 42 ans, professeur d’histoire et géographie dans la région de Toulouse, abonde : « Tous les combats de Charlie sont assimilés à l’extrême droite… Dont un en particulier : la laïcité. » La faute, selon elle, à certains discours médiatiques, notamment à gauche, et qui circulent sur les réseaux sociaux par fragments. « La laïcité, comme l’ensemble des principes républicains, devrait être exposée et définie clairement par l’ensemble du personnel enseignant. Nous devrions déclarer une mobilisation générale avec du temps et des moyens dédiés. Mais aujourd’hui, sur cette question, nous sommes clairement désarmés. Nous partons au combat à poil ! » En cause, le manque de préparation à ces sujets au moment de leur formation à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspe). Gaël reprend : « On nous dit seulement que ce sont des questions “socialement vives” et à aborder avec précaution. Moi, j’attendais plutôt qu’on nous donne concrètement des clés pour répondre aux questions d’élèves sur des sujets inflammables avec des publics potentiellement éruptifs. »

Une attente que partage sa collègue Agnès : « C’est à croire que nous sommes en poste davantage pour préserver les élèves du discours républicain plutôt que pour leur exposer. » Le rapport rédigé par l’inspection générale de l’Éducation nationale et publié ce mardi 13 octobre faisant le point sur « l’application du principe de laïcité dans les établissements scolaires publics » pointe justement cet aspect-là. Conséquence logique, selon le document, « le principe de laïcité, la connaissance de ses racines historiques et juridiques et de sa signification, ainsi que ses règles d’application et sa portée restaient très lacunaires chez beaucoup d’enseignants ». Les quatre inspecteurs d’académie qui tiennent la plume ajoutent : « Pour un certain nombre d’enseignants, la conception de la laïcité et de son sens [est] davantage affaire de positionnement personnel, idéologique et politique, que de droit. »

Entre insultes à la République et propos homophobes

Une vision des choses partagées par Jean-Baptiste Jorda : « Beaucoup de collègues tentent de nous dissuader d’aborder ces questions. Quelques fois par frilosité, d’autres fois par idéologie. C’est le cas notamment chez certains syndicalistes, auprès desquels nous sommes censés trouver un soutien, un appui… Quand vous rapportez à votre syndicat que votre classe était au bord de l’émeute, entre insultes à la République et propos homophobes, et qu’on vous répond que vous n’auriez pas dû offenser leur croyance, que voulez-vous faire ? Nous ne sommes pas tous des héros. Alors, on abandonne. » Tous n’abandonnent pas.

D’autres, comme Samuel Paty, tentent de jouer leur rôle malgré le manque de soutien et les pressions. Ils organisent des conférences, des débats, des expositions autour des valeurs républicaines et de la modeste place que doit occuper la religion dans l’espace public. « La mort de l’un des nôtres nous prouve bien que nous sommes toujours des hussards, note Ahmed, professeur d’histoire dans le Val-d’Oise. Sous la IIIe République, les instituteurs avaient pour mission de protéger l’école de la superstition, de l’Église. Nous en sommes toujours là aujourd’hui ! »

"Nous ne sommes pas rassurés par notre hiérarchie si prompte à nous sanctionner."

Emmanuelle de Riberolles, professeure de français dans un collège de Picardie, souscrit à cette vision. « Ce rôle, on ne le tient plus, cela fait beaucoup trop d’années que l’on se soumet à toutes les croyances, déplore-t-elle. Pendant le ramadan, on ne fait plus l’appel, le vendredi, c’est du poisson à la cantine… Comment ne pas croire, ensuite, que la religion est au-dessus de tout et que la loi, c’est elle qui la fait ? »

Ce drame a réveillé une révolte, une rage pure à l’encontre de toutes les lâchetés portées par « ceux qui ne veulent pas voir » et qui poussent l’école à reculer, au quotidien, face aux croyances. Cette fièvre les pousse dans le dos. Tous ou presque nous le disent : à la rentrée, ils se saisiront des caricatures de Mahomet en classe pour les brandir et « résister ». Ils sont nombreux à vouloir nous l’affirmer haut et fort, à visage découvert, comme un acte militant. C’est oublier que, parfois, la fièvre redescend bien vite.

« La peur est très forte depuis vendredi, et nous ne sommes pas rassurés, que ce soit par l’atmosphère ambiante ou par notre hiérarchie si prompte à nous sanctionner. Si vous pouvez ne pas citer mon nom, finalement… », nous intime une professeure interrogée quelques heures auparavant. « Si l’ensemble de la communauté éducative s’engage, nous pouvons combattre sans crainte, souligne Gaël J. Mais aujourd’hui, quand on s’inscrit dans cette démarche, on est seuls. On pose nous-mêmes une cible sur notre dos. » Il souffle, harassé : « On ne devrait pas partir au combat nu et avec un couteau suisse. Les bonnes intentions ne peuvent pas tout. » Gaël ne devrait pas dire ça, mais il le dit. Pour quelle réaction collective ?

 

Source : https://www.marianne.net/societe/education/liberte-dexpression-a-lecole-pour-mes-eleves-charlie-hebdo-cest-lextreme-droite

samedi 23 février 2019

Des drapeaux dans la classe : une atteinte à la neutralité


Des drapeaux dans la classe : 

une atteinte à la neutralité


 Posté le 17 février 2019 par ÉricZ, Nestor Romero



Un vague député de droite vient de proposer un amendement à la loi dite « L’école de la confiance » qui imposerait d’orner toutes les classes de ce pays d’un drapeau tricolore accompagné du drapeau européen et du refrain de l’hymne national. Amendement que le ministre s’est empressé d’adopter.

Cet acte déplorable constitue, ni plus ni moins, qu’un outrage à l’exigence de neutralité de l’État inscrite dans la loi elle-même et la négation de l’esprit de tolérance qui doit présider aux relations humaines en démocratie et particulièrement à l’école.

En effet voici ce que l’on peut lire sur les sites du ministère de l’Éducation nationale :

Le principe de neutralité du service public est le corollaire du principe d’égalité devant la loi consacré par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen […]. Le service public doit, par conséquent être assuré avec neutralité, c’est-à-dire sans considération des opinions politiques, religieuses ou philosophiques des fonctionnaires ou des usagers. (Les principes généraux de l’éducation – éduscol, site officiel du ministère).

Ou encore, sur education.gouv.fr :

L’enseignement public est neutre : la neutralité philosophique et politique s’impose aux enseignants et aux élèves…

Et enfin, dans la Charte de la laïcité à l’école :

Les personnels ont un devoir strict de neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leur fonction.

La question vient alors d’elle même : installer des drapeaux dans les classes (ou, du reste, au fronton des écoles) et obliger les enfants à chanter un hymne est-ce exprimer une opinion politique ou philosophique ? La réponse également vient immédiatement : évidemment ! L’opinion ainsi exprimée tient en un mot : patrie.

Et le député en question n’hésite pas à formuler et à développer cette opinion devant les caméras par ces mots terribles et affligeants : « on doit apprendre aux enfants à aimer la patrie ».

Ce qui n’est rien d’autre que l’expression d’un opinion philosophico-politique.

Car, en effet, si je dis : la notion de patrie est une absurdité car nul ne choisit de naître ici plutôt que là, car nul acte volontaire, nulle détermination de ma part ne préside à ma naissance, si en outre j’invoque les mânes de Montaigne disant :

« On demandait à Socrate d’où il était, il ne répondait pas d’Athènes mais du monde. Lui qui avait son imagination plus pleine et plus étendue embrassait l’univers comme sa ville, jetait ses connaissances, sa société et ses affections à tout le genre humain, non pas comme nous qui ne regardons que sous nous. » (Essais, Livre I, chap. XXVI).

Ou celles de Montesquieu affirmant :

« Je suis nécessairement homme et je ne suis français que par hasard. »

Ou encore celles de Lamartine assurant que :

« L’égoïsme et la haine ont seuls une patrie, la fraternité n’en a pas. »

Ou, enfin, celles de Jorge Luis Borges opinant que :

« Cette idée de frontières et de nations me paraît absurde. La seule chose qui peut nous sauver est d’être citoyen du monde. »


Si donc je considère tout cela, j’exprime bien une opinion que je peux résumer ainsi : la notion de patrie est une absurdité particulièrement menaçante pour le genre humain.

Mais alors l’inverse exprimé par ce député, l’amour de la patrie, mourir pour la patrie, etc. est bien, également, l’expression d’une opinion et la présence de drapeaux dans les classes est bien l’imposition permanente de cette opinion à l’esprit d’enfants au mépris de la neutralité inscrite dans la loi.

Plus gravement encore cette opinion imposée par des drapeaux dans la classe se convertit en dogme, en vérité d’État comme nous le signale le dictionnaire pédagogique de Ferdinand Buisson ouvert à l’entrée « neutralité » :

L’État enseigne sa vérité comme l’Eglise enseigne la sienne.

Car la vérité de l’État est la Patrie comme la vérité de l’Eglise est Dieu. 

Pour qui, alors, considère avec Socrate qu’il est citoyen du monde, avec Montesquieu qu’il n’est français que par hasard, avec Lamartine que la fraternité n’a pas de frontières et avec Borges que l’idée de nation et de frontières est une absurdité, l’imposition du dogme, Patrie ou Dieu, est une atteinte à la neutralité, une atteinte à la personne au sens kantien du terme exprimé dans l’une de ses formulation de l’impératif catégorique :

« Agis de manière à traiter l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne des autres, toujours en même temps comme une fin en soi et jamais simplement comme un moyen. »

Quand l’État impose le dogme de la patrie à l’humanité, qui plus est à des enfants, il ne traite pas ces derniers comme une fin en soi mais comme le moyen d’assurer sa propre pérennité et celle du fonctionnement social auquel il préside. Telle est la raison pour laquelle orner la classe de drapeaux (ou de crucifix) est une atteinte intolérable à la personne de l’enfant.

N’est-on pas alors en droit de s’interroger sur ce que serait une école sans dogme qu’il soit politique, religieux ou pédagogique, ce dernier s’exprimant sous la forme de l’immuable « je parle, tu écoutes et tu restitues ».

On trouve la réponse à si pertinente question tout au long de l’histoire de l’éducation exprimée par des pédagogues qui n’ont pas honte de ce mot et résumée magistralement dans le dictionnaire pédagogique par une apostrophe aux « libéraux » d’antan qui vaut encore pour les nôtres :

« Soyez libéral pour tout de bon : faites de la neutralité, mais vraie et complète. Soyez assez neutres pour respecter le droit de l’enfant à penser sans vous ! »

 
Nestor Romero


Source : https://www.questionsdeclasses.org/?Des-drapeaux-dans-la-classe-une-atteinte-a-la-neutralite

jeudi 8 décembre 2016

Laïcité = Liberté - Théâtre au Lido à Prades dimanche 11 décembre 17h




Bonjour,
 
La Compagnie "l'Histoire en spectacle"
donnera la représentation de

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« LAÏCITE + LIBERTE »
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dimanche 11 décembre, à 17h au cinéma Le Lido, salle Jean Cocteau.
 
Le 9 décembre 2015, en réponse aux attentats du 13 novembre à Paris, deux associations de PRADES,l'ALEC-UPC​ et Couleur Famille, réunies pour débattre de la notion de laïcité, décident d'inviter toutes les associations de Prades à participer à un rassemblement festif, au Foirail, sur le thème "qu'est-ce pour vous que vivre ensemble ?".

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Environ 300 personnes ont échangé, c'est à dire parlé, souri, mangé, avec des rires, des chants, des lectures poétiques, des groupes musicaux jusqu'aux Castellers du Conflent.

Cette année, de façon à ne pas être en reste,

l'ALEC propose de rassembler à nouveau les sensibilités différentes sur le même thème du Vivre ensemble et de la liberté en invitant une troupe de théâtre de Narbonne, la Compagnie "l'Histoire en spectacle" pour présenter "Laïcité = Liberté".

Une manière originale de se réapproprier cette notion souvent mal comprise, parfois même déformée, d'une idée de progrès social héritée de la révolution française, et qui a fait son chemin à travers divers régimes politiques, les luttes sociales qui ont émaillé tout le XIXème siècle. Ce retour sur l'histoire devrait permettre d'éliminer un certain nombre d'idées fausses sur un concept généreux et universel qui annonce déjà la nécessité de se proclamer citoyen du monde.Thème ancré dans l'Histoire et pourtant d'une brûlante actualité aujourd'hui, puisque certains acquis sociaux se trouvent menacés par la main mise de l'économique sur le politique à la faveur du phénomène de mondialisation. La perte de certaines valeurs humanistes trouve encore toutefois un rempart derrière le principe philosophique, politique et juridique de la laïcité.
 
Ce spectacle est un montage, où alternent projection DVD et évolution de comédiens sur une scène centrale. Il permet de voir défiler les figures charismatiques de notre histoire, celles qui ont fondé notre République, les Droits de l' Homme et notre sens de la citoyenneté. On voit ainsi évoluer des hommes politiques, des insurgés, des poètes, des résistants. De Voltaire jusqu'à De Gaulle, vont ainsi se succéder Voltaire, Rousseau, Hugo, Louise Michel, Jean Jaurès, Aristide Briand, Condorcet, Jean Moulin, bien d'autres...
Il permet aussi de comprendre comment le principe de laïcité a pu se maintenir et s'épanouir malgré les différentes attaques qui le menacent de disparition ou de déformation ; de comprendre aussi que cette fragilité est le prix de la recherche de paix sociale et d'évolution de la société vers un véritable vivre ensemble fondé sur les libertés de l'individu, les lois d'émancipation dont la loi de 1905 et les actes de solidarité.
 
La laïcité, vieille dame austère pour certains, devrait y retrouver ses couleurs faites d'exaltation et de confiance en l'humanité. Une touche d'espoir en perspective dans une période où l'on a un peu trop tendance à se replier sur soi et à considérer l'autre comme un obstacle à sa liberté.


Le spectacle​ est ouvert à tous et l'entrée est gratuite.

Diffusez et ​v​enez nombreux salle Cocteau dimanche pour cette fête de la Laïcité ! 
Merci...​

Renseignements J Falieu 06 28 02 68 62

                                             LAÏCITÉ = LIBERTÉ

Spectacle de théâtre sur l’histoire de la laïcité, par la compagnie L'Histoire en Spectacles , écrit et mis en scène par Yannick SEGUIER.


   Vous croiserez Voltaire, Rousseau, Condorcet, Robespierre, Olympe de Gouges, Victor Hugo, Louise Michel, Jean Jaurès, Jean Moulin ... qui défendront la justice, la séparation des églises et de L’État, la liberté de pensée, la liberté d’expression.


Vous côtoierez tous ceux qui ont combattu pour l'égalité, le progrès social, l’abolition de l’esclavage, l’éducation pour tous. 


Ce spectacle s'inscrit dans la continuité de la journée du « Vivre Ensemble » du 9 décembre 2015, qui avait réuni plus de 300 personnes.

                                         Dimanche 11 décembre 2016 à 17h
                                      Salle Jean Cocteau au Cinéma Le Lido
                                            Avenue du Général de Gaulle
                                                     66500 PRADES
                                                       Entrée libre


samedi 13 février 2016

Un texte-manifeste de l'association Femmes Contre les Intégrismes pour dénoncer la montée des fanatismes religieux et leur emprise sur le politique...

Pour les 20 ans de FCI... 


un texte-manifeste !



Depuis 20 ans, l’association Femmes Contre les Intégrismes dénonce la montée des fanatismes religieux et leur emprise sur le politique, de l’Iran aux États-Unis, des Émirats arabes à Israël, de l’Indonésie au Nigeria. Les droits des femmes sont plus que jamais bafoués au nom des religions, en France et partout dans le monde, ce qui est intolérable. C’est pourquoi FCI lance le manifeste "Pour en finir avec les intégrismes", et a sollicité symboliquement 343 femmes engagées.

MANIFESTE

POUR EN FINIR AVEC LES INTÉGRISMES


Quelles que soient leur idéologie et leurs pratiques religieuses sectaires, tous les mouvements intégristes sont gangrénés par l’ignorance, le machisme et l’obscurantisme, jusqu’au meurtre. Tous ont en commun d’asservir les femmes, de contrecarrer les évolutions sociétales, d’étouffer la liberté de conscience et d’expression. Leur volonté de domination doit cesser. Ensemble, nous allons briser le silence des millions d’hommes et de femmes qui subissent leurs diktats sexistes.
Je déclare être blessée par les propos dégradants que tiennent les intégristes sur les femmes, et avoir connaissance de multiples pressions de leur part, de menaces, de violences physiques et mentales, de viols et de massacres.
Je suis informée des conditions indignes qui sont faites à celles qui connaissent l’enfermement dans leurs corps et dans les murs des maisons, la relégation au cœur même de la société, la criminalisation des actes de la vie les plus ordinaires.
Simplement parce qu’elles sont femmes. En ce sens, je suis l’une d’elles.
En France, la laïcité, parce qu’elle sépare les lois de l'État des dogmes religieux, est un pilier des libertés individuelles et d’égalité entre les citoyen-ne-s. Ce principe, acquis de haute lutte voilà 110 ans, doit être clairement établi, et promu sur tout le territoire.
Peu importe que je sois de France ou d’ailleurs, je suis d’accord avec cette déclaration et je l’exprime librement, en toute conscience.
En tant que citoyen-ne du monde, je soutiens celles et ceux qui cherchent à faire avancer le principe de laïcité dans leurs pays respectifs, et qui partout appuient les revendications d’égalité des droits entre les femmes et les hommes.
Le dire publiquement, ensemble, est un acte politique que je revendique.

Télécharger le texte du manifeste en arabe

Je signe le manifeste !

ombre
     

Les champs marqués d'une * sont requis.




Au delà de ces 343 signatures, nous comptons sur votre soutien à tous, femmes ou hommes, pour, à votre tour, signer et faire signer ce manifeste.

dimanche 24 janvier 2016

Fête de la Solidarité en Conflent juin 2016 pour continuer le "Bien vivre ensemble" du 9 décembre

On a reçu ça : 

Fête de la solidarité en Conflent
Juin 2016
pour continuer le "Bien Vivre Ensemble"

du 9 décembre


Idées pour un Faire Ensemble et un Savoir Partager


Notre première réunion pour organiser cette fête a ouvert quelques pistes et démontré la nécessité de rassembler un plus grand nombre d'individus et associations motivés pour poursuivre l'action du 9 décembre 2015. On constate que pour aller au terme de ce projet, on ne peut se contenter d'en
rêver, il faut l'anticiper, la préparer dès maintenant.
La réussite dépendra de notre capacité à nous mobiliser.

Comment justifier notre élan solidaire et participatif ? 

En passant du dire au faire.

Pour le moment se dessinent quelques pistes :

–                ne pas s'isoler dans des "stands", même s'il est nécessaire de se faire connaître, de s'afficher
–                montrer ce qu'on fait déjà chacun dans son coin, mais surtout le partager in situ ; et une chose que tout un chacun sait faire et partager : le manger ; donc cuisiner ensemble ;
 –               développer l'écoute, faire de beaux bruits, à partir de thèmes (ex. : de fer et de feixes, ou encore les néo-ruraux ;
–                choisir un lieu avec beaucoup d'espace disponible pour y réaliser des activités exigeant de la place ; ex. la boutique pour rien, ou donnerie ; les jeux coopératifs (non pas dans un esprit de compétition mais jouer ensemble
–                 suggestions de lieu : le centre­ ville ou la Plaine St Martin ;
–                 réaliser une fresque collectivement, murale ou au sol ;
–                 les actions coopératives déjà existantes, leurs acquis, leurs perspectives ;

Ordre du jour de la prochaine réunion qui aura lieu 

le 1er février à 20h30, salle Eyt

–                apporter de nouvelles idées, des projets de Faire Ensemble,
–                commencer à planifier concrètement les activités envisagées, les définir dans une perspective d'échange et de partage
–                et du point de vue du collectif, qui fait quoi?
–               penser la jonction du savoir faire et de la fête.

Et tout ça, ça commence aujourd'hui...

jeudi 21 janvier 2016

Laïcité : Manuel Valls crucifie la 'ligne Bianco'


MAUVAISE FOI

Laïcité : Manuel Valls crucifie la «ligne Bianco»

Par  et  — 19 janvier 2016 à 20:01

Manuel Valls, à Paris le 5 janvier. Photo Albert Facelly

En critiquant vivement le président de l’Observatoire de la laïcité, qu’il juge trop conciliant avec les risques de dérives communautaires, le Premier ministre a relancé lundi un débat qui enflamme l’opinion publique, notamment vis-à-vis de l’islam.

Manuel Valls veut-il rallumer la guerre des laïcités ? Jusqu’à présent, le débat entre les partisans d’une approche plus sévère de la loi de 1905 et les défenseurs du statu quo ne dépassait pas un cadre plutôt circonscrit. Mais en tenant, lundi, des propos incendiaires à l’encontre du président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, le Premier ministre a remis une pièce dans une machine hypersensible.

Qu’a dit Manuel Valls ?

Invité d’une conférence-débat des Amis du Conseil des institutions juives de France (Crif) lundi soir, le Premier ministre s’en est violemment pris aux représentants de l’Observatoire de la laïcité, un organisme installé en 2013 et présidé par le socialiste Jean-Louis Bianco. Selon lui, cette instance, trop accommodante dans sa défense de la laïcité, en «dénature la réalité». Manuel Valls est allé plus loin (lire aussi page 5), en reprochant au président de l’Observatoire d’avoir signé, le 15 novembre, un appel pour condamner le terrorisme avec des organisations qui participeraient, selon lui, d’un «climat nauséabond»en France. Il a annoncé sa volonté de «rencontrer» Bianco«le plus vite possible».
Le Premier ministre fait référence à une tribune intitulée «Nous sommes unis», publiée dans Libération deux jours après les attentats. Que peut-on y lire ? Un texte bien plus consensuel que pyromane, rédigé par des personnalités telles que l’avocat Jean-Pierre Mignard (un très proche de François Hollande), Jean-Louis Bianco ou encore Christine Lazerges, présidente de la Commission des droits de l’homme. Il se conclut ainsi : «Les terroristes nous ont adressé un message. Ils ont voulu mettre la France à genoux. Disons-leur à notre tour que nous sommes debout ! Debout et soudés, main dans la main, les uns avec les autres et jamais les uns contre les autres. Notre unité est notre bien le plus précieux.» Parmi les premiers signataires, on retrouve, entre autres, le grand rabbin de France et le président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Détail piquant, le nom de Robert Ejnes, directeur exécutif du Crif, y figure également.
A l’occasion de sa sortie polémique, Manuel Valls n’a pas cité ceux qu’il considère comme infréquentables. Contacté mardi, son cabinet n’a pas apporté plus de précisions. On peut néanmoins supposer qu’il vise cinq signataires, déjà mis à l’index dans une pétition publiée par Marianne et appelant à la démission de Jean-Louis Bianco : Yasser Louati et Samy Debbah (Collectif contre l’islamophobie en France), Radia Bakkouch (association Coexister), Nabil Ennasri (Collectif des musulmans de France) et le rappeur Médine. Tous formeraient, selon ce texte, «les représentants les plus virulents de l’islam politique».
Après avoir publié un communiqué très cassant en réponse à Valls, Bianco s’est défendu de tout dérapage, se disant même «très fier» de la tribune du 15 novembre,«indispensable et rassemblant des gens différents»«Au nom de quoi devrions-nous faire le tri entre des signataires ? Selon qu’ils plaisent ou non à Monsieur Valls ?» Yasser Louati dénonce, lui, une volonté de «monter les Français les uns contre les autres». Quant à Radia Bakkouch, elle rappelle que l’association Coexister défend la laïcité et a même été distinguée en mars 2015 par… François Hollande.

Quelles sont les forces en présence ?

En rappelant à l’ordre Bianco, Valls apporte par la même occasion son soutien à trois membres de l’Observatoire de la laïcité : Patrick Kessel, président du Comité laïcité républicaine (CLR), la sénatrice PRG Françoise Laborde et le député PS Jean Glavany. Depuis trois ans, ces derniers, dont l’assiduité aux réunions de l’Observatoire est d’ailleurs devenue épisodique, n’ont de cesse de dénoncer la «ligne» Bianco, à leurs yeux trop conciliante avec les risques de dérive communautariste. Soutenus sur les réseaux sociaux par une poignée de relais influents (les journalistes Caroline Fourest et Mohamed Sifaoui), ils éreintent régulièrement Bianco. Lequel assure, au contraire, être conforté par le soutien des «acteurs de terrain». Selon un observateur de ce petit milieu, «Jean Glavany espérait en fait beaucoup être nommé président de l’Observatoire il y a trois ans. Il ne l’a pas été, et heureusement, car il est sur une ligne très dure.» Le même trio s’en est aussi pris au rapporteur général de l’Observatoire, Nicolas Cadène, qui avait réagi le 6 janvier à une interview d’Elisabeth Badinter sur France Inter autour de la laïcité. Une prise de position «pour rappeler le droit», se défend Cadène, mais dénoncée également par Valls lors de la conférence organisée par les Amis du Crif. Lundi, le Premier ministre a expliqué «partager» la philosophie d’une «défense intransigeante de la laïcité».

Pourquoi ce schisme ?

Dès l’installation de l’Observatoire, en avril 2013, Jean-Louis Bianco a donné au Monde une interview qui allait le poursuivre, en raison de cette phrase : «La tonalité générale nous permet de dire que la France n’a pas de problème avec sa laïcité.» Aujourd’hui encore, ses opposants s’en servent pour l’accuser d’une pensée «hors sol». Car à leurs yeux, les problèmes sont évidemment nombreux, et méritent sans cesse de nouvelles révisions. En décembre, les trois opposants de l’Observatoire déploraient les conclusions faites par l’instance dans son rapport sur le fait religieux à l’université, notant que le nombre de cas de conflits religieux étant rares (130 en une année pour deux millions d’étudiants), rien ne servait de légiférer. D’autant que «le droit positif [tel qu’il existe, ndlr], bien que mal connu, permet déjà de répondre aux difficultés existantes», estimait-il. Des conclusions que n’ont pas partagées les membres Kessel, Laborde et Glavany, pour qui «il n’est pas possible de dire qu’il n’y a pas de problème de laïcité dans l’enseignement supérieur».
A l’extérieur de l’Observatoire aussi, chacun a ses combats. Ainsi, Patrick Kessel préside le Comité laïcité républicaine, une association qui s’est retrouvée au cœur d’une polémique le 26 octobre, quand, lors de la remise de son prix annuel à l’Hôtel de ville de Paris (en présence de Valls), plusieurs de ses membres ont réprimandé une journaliste franco-turque venue voilée. A leurs yeux, ce vêtement contrevenait à la laïcité… Il faut dire que le CLR cultive une certaine obsession pour le foulard islamique, qui bénéficie d’une rubrique à part entière sur son site, où l’on retrouve de nombreux articles de Causeur etMarianne, militants de la cause antivoile.
De son côté, Jean Glavany a apporté son soutien à une proposition de loi pour l’interdiction des signes religieux dans les crèches privées, tandis que la sénatrice Françoise Laborde allait plus loin en visant aussi les nounous à domicile. Cette semaine encore, à l’Assemblée nationale, les élus radicaux ont souhaité, à l’occasion de la révision constitutionnelle à venir, ajouter le mot «laïcité» à la devise républicaine.

A quand remontent ces différends ?

Au fond, dans ces débats, toute la difficulté est de répondre à une question : qu’est-ce que la laïcité ? Or elle remonte à loin. «Il y a toujours eu dans la société des oppositions au sein même du camp républicain, entre différentes conceptions», rappelle Philippe Portier, de l’Ecole pratique des hautes études de Paris. «Cette division date en fait de 1905, lors de l’adoption de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, ajoute Jean Baubérot, son prédécesseur. Une partie de la gauche a suivi à reculons Aristide Briand, rapporteur de la loi, tandis que certains ont dit qu’ils la considéraient comme une première étape vers la "laïcisation intégrale". Aujourd’hui, leurs héritiers invoquent la loi de 1905, mais leur perspective, ce sont les amendements refusés à l’époque.»
Après 1945, et pendant plusieurs décennies, la situation s’était apaisée. Mais depuis les années 80, et notamment à cause de l’affaire des lycéennes voilées de Creil (Oise) en 1989, la visibilité de l’islam a réveillé les ardeurs des défenseurs d’une laïcité stricte. De loi en loi (celles de 2004, interdisant les signes religieux ostentatoires à l’école, et 2010, visant le voile intégral), ces derniers ont focalisé leurs attaques contre l’islam radical, et par extension, le port du voile, sous toutes ses formes.
Les accusations de Manuel Valls contre Jean-Louis Bianco«inquiètent» Christine Lazerges, la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme : «On joue contre la cohésion sociale en ajoutant au débat sur la déchéance de nationalité un nouveau débat sur le sens de la laïcité. D’autant que la loi permet tout à fait de combattre celui qui troublerait l’ordre public.» 
Sylvain Mouillard Frantz Durupt
Source : http://www.liberation.fr/france/2016/01/19/laicite-manuel-valls-crucifie-la-ligne-bianco_1427597