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lundi 26 février 2018

Sncf/Route - Juste une envie de vomir





Juste une envie de vomir

On ne dira bientôt plus néo-libéralisme dans les manuels d’économie, mais tout simplement macronisme. Ce qui est en train de se passer avec l’assassinat actuel des trains français sera peut-être d’ailleurs un modèle du genre en matière de macronisme.


Macron, ministre de l’économie de François Hollande, avait déjà donné le premier coup de couteau au train en libéralisant les fumeux autocars dits Macron. Premier mensonge éhonté, cela devait créer 22.000 emplois, il semble que l’on soit loin du compte. Un an après, on était plus proche des 1.500 créations d’emplois, soit quinze fois moins que prévu (1). Et les emplois en question semblent être en voie de précarisation rapide.

Par contre, la mesure semble avoir été très efficace pour sabrer le train. Comme les entreprises de bus Macron se sont tirées la bourre sur les tarifs, évidemment beaucoup de gens ont abandonné le train.

Certains vont sans doute dire : mais le voilà l’effet magique du capitalisme, la main invisible du marché, les joies de la concurrence et au final des bus privés à 1 ou 5 euros le trajet. Eh eh, on verra bien quand il ne restera plus qu’une entreprise ou deux de transport par bus si les tarifs resteront aussi attractifs… Déjà, plusieurs entreprises ont mis la clé sous la porte, le dumping social et environnemental aboutissant comme d’habitude à une situation monopolistique.

Par ailleurs, il ne faut pas être un génie pour comprendre que remplacer des trains par des cars, c’est plus de trafic routier, plus de congestion routière, plus de pollution, plus de CO2 et plus d’accidents de la route. On appelle cela des externalités négatives et elles n’entrent justement pas dans le prix du billet à 1 ou 5 euros. Elles sont juste payées par les impôts. Horreur ! On fait du néo-libéralisme à fond la caisse, pardon du Macronisme, et on va se retrouver avec des impôts en hausse ?

A bas les privilèges !

Non, non, rassurez-vous, les impôts ne vont pas augmenter pour tout le monde, en tout cas pas pour les plus aisés. On va juste réduire encore plus les « dépenses » publiques et donc les services publics.  Vous savez, les « privilégiés ». Du moins, c’est ce que pense l’inénarrable Christophe Castaner, l’idiot utile de la Macronie, quand il déclare qu’il faut « mettre sur la table les tabous et les privilèges » (des agents de la SNCF). (2)

Peut-être fait-il allusion à la ministre des Armées, Florence Parly, qui touchait plus de 50.000 euros par mois à la SNCF durant les 6 premiers mois de 2017? (3)

Les Castaner, Parly et autres idiots de la Macronie me donnent juste envie de vomir. Les mêmes qui sont assis sur leurs privilèges d’élus et qui se servent sur la bête depuis des années font la morale aux autres. Pour eux, les infirmières aussi sans doute sont honteusement privilégiées ?

Les agents de la SNCF, et au-delà les fonctionnaires en général, sont en effet des « privilégiés ». Avec leurs stocks-options et leurs salaires de députés, ils vivent comme des pachas. Ils ont en outre la chance de travailler les week-ends et la nuit. Comble des privilèges, certains agents de la SNCF font même rouler des trains pendant les tempêtes (4) et d’autres déneigent les voies la nuit pour que les trains puissent rouler le matin. Saleté de privilégiés !



Des « privilégiés » de la SNCF en train de déneiger les voies au petit matin…
 
Ce qui est intéressant avec cette « chasse aux privilégiés », c’est qu’elle montre bien toute la bataille idéologique qui est en train de se jouer. La Macronie veut achever le système ferroviaire français et il faut donc gagner la bataille de l’opinion publique en faisant passer les agents de la SNCF pour des « privilégiés ». Venant d’un Castaner qui cumule salaires et privilèges, cela ne manque pas de sel…

Autre bataille déjà gagnée, celle des trains de nuit (5). Ces trains ont aujourd’hui été quasiment tous supprimés au nom de la « rentabilité ». Ce n’est pas « rentable », donc on supprime… C’est à porter là aussi au crédit de la Macronie. Certains l’ont peut-être déjà oublié, mais la SNCF a été un jour un « service public » dont le travail était mesuré non pas à l’aune de la « rentabilité », mais de la « sécurité » (6).




Et le but d’un service public n’est pas d’être « rentable », mais d’assurer une mission « d’intérêt général ». Selon le principe de la redistribution, il faut accepter que certaines missions d’intérêt général aient un coût pour la société que l’on se propose justement de mutualiser, comme l’école par exemple.

Un réseau de chemins de fer moderne, en bon état, bien entretenu, c’est un gain social et environnemental pour l’ensemble de la société. C’est moins de pollution, moins de trafic routier, moins d’accidents de la route, moins de CO2 pour le climat, etc.

A l’inverse, la posture idéologique de la Macronie qui consiste à dire que les trains coûtent trop cher, ne sont pas rentables et sont gérés par des « privilégiés », c’est organiser leur disparition et donc favoriser encore plus le trafic routier, la pollution, le CO2, les accidents de la route, etc.

En fait, tout ceci est assez limpide. Comme le disait Noam Chomsky, « pour privatiser un service public, commencez par arrêter de le subventionner, faites en sorte qu’il ne fonctionne plus, attendez que les gens se fâchent et enfin, donnez la gestion de ces services au secteur privé. »

Dernier acte, le rapport Spinetta

Le dernier acte est digne de Machiavel. La Macronie confie à Jean-Cyril Spinetta le 12 octobre 2017 le soin de réaliser un énième rapport sur la SNCF. Admirons déjà un premier élément : Jean-Cyril Spinetta est l’ancien président-directeur général d’Air France-KLM ! On confie donc à quelqu’un venant du transport aérien le soin de proposer les réformes « évidemment nécessaires » de la SNCF…

On se demande parfois sur quelle planète on vit. Imaginons qu’on souhaite réaliser un rapport sur l’industrie du vélo en France. Évidemment, on chargerait Carlos Ghosn, le PDG de Renault, de le réaliser…

Mais revenons à notre Jean-Cyril Spinetta, chargé le 12 octobre dernier de nous pondre un beau rapport sur la SNCF. Il lui aura fallu seulement 4 mois pour accoucher de son rapport. Le 15 février 2018 sortait en effet un magnifique rapport intitulé « L’avenir du Transport ferroviaire » (127 pages). Vous me direz, le gars est un génie (Science-po et l’ENA).

Déjà, le rapport qui s’intitule « L’avenir du Transport ferroviaire«, cela sent le sapin. En langage orwellien, cela veut dire qu’on va parler de la mort du Transport ferroviaire. C’est un peu comme quand une entreprise sort son « Plan de Sauvegarde de l’Emploi », en général cela veut dire qu’on va faire un plan de licenciements…

Donc, faire un rapport sur L’avenir du Transport ferroviaire, c’est déjà nous dire que le train n’a plus d’avenir.

Sans surprise, quand on regarde en détail les mesures proposées par Spinetta, c’est le grand Big Bang ferroviaire : transformation de la SNCF en Société Anonyme, mise en place de la concurrence, extinction programmée du statut de cheminot, suppression des « petites lignes », etc.

Vous me direz, encore un rapport qui va servir à caler les armoires. On en parle quelques jours dans les médias, puis tout redevient comme avant. Erreur, le rapport était rendu la semaine dernière ou presque et ce lundi, le gouvernement commence à recevoir le patron de la SNCF et les syndicats pour discuter de sa mise en application !

On a connu des sujets plus longs à se mettre en place, par exemple une politique cyclable française digne de ce nom. C’est bizarre, quand il faut mettre de l’argent sur la table, il n’y a plus personne. Quand il faut achever un service public, dès le lundi matin on convoque tout le monde devant les caméras…

Le plus drôle, c’est que toutes ces mesures qui vont couler définitivement la SNCF sont présentées comme des mesures pour la sauver. George Orwell n’aurait pas fait mieux :

LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE

Et le comble de l’arnaque tient dans l’histoire de la pseudo-dette de la SNCF. Brandie comme un mantra par la Macronie, la dette serait la responsable de tous les maux : « Voyez la gabegie du secteur public qui vit au-dessus de ses moyens« .

Or, cette histoire de dette est abracadabrantesque, car on applique les critères du secteur privé à ce qui était historiquement un service public. Pendant très longtemps, la SNCF a investi dans le développement et l’entretien d’un réseau ferré car l’Etat, c’est-à-dire nous, lui a demandé de le faire.

Si ce même Etat n’a pas mis en face les moyens nécessaires à cette ambition, le différentiel a été réalisé par l’emprunt. Il s’agit donc d’une dette collective portée par l’Etat au nom du service public ferroviaire et non pas de quelque chose qui illustrerait la gabegie supposée de la SNCF.

En Marche… vers la concurrence !

Les différents paquets ferroviaires européens nous obligent désormais à l’ouverture à la concurrence. Celle-ci est déjà effective dans le domaine du fret ferroviaire avec le succès que l’on sait puisque ce même fret ferroviaire n’en finit plus de plonger au bénéfice du fret routier. L’ouverture à la concurrence dans le domaine du transport de passagers nous laisse entrevoir ce qui nous attend…




De deux choses l’une. Soit on ouvre complétement à la concurrence, ce vers quoi on va, et le train dans sa configuration actuelle va disparaître. Car, dans le monde magique de la concurrence et du secteur privé, il n’y a pas de place pour les « petites lignes » déficitaires. Il n’y a de la place que pour des lignes à grande vitesse rentables entre quelques grandes métropoles. On appelle cela des « avions sur rail » destinés aux CSP+++ et nul doute que cela plaise à l’ancien président-directeur général d’Air France-KLM !

Pour le reste, on aura des trains de plus en plus chers et de moins en moins sûrs, comme en Grande-Bretagne. Et des Bus Macron bloqués au milieu de voitures en plus grand nombre.

Soit on développe un véritable service public ferroviaire qui soit une alternative performante à l’automobile. Dans ce cas, il faut accepter que ce service public ait un coût, car au final c’est bénéfique pour la société dans son ensemble: moins de pollution, moins de CO2, moins d’accidents, moins de congestion, accessibilité pour tous, etc.

Certains pensent naïvement que l’on peut mixer les deux : du secteur privé sur les lignes rentables et des subventions publiques d’intérêt général sur les « petites lignes » déficitaires. C’est le vieux laïus sur la privatisation des profits et la collectivisation des pertes. C’est surtout un non-sens, car justement un service public efficient (et non pas rentable) peut équilibrer une partie de ses comptes avec des lignes dites « rentables » en échange de l’exploitation de lignes dites « déficitaires ».

Au-delà, c’est d’une naïveté confondante, car c’est méconnaitre la tendance de fond à l’œuvre depuis les années 1980 avec la dérégulation des marchés et l’ouverture généralisée à la concurrence. L’Etat se désengage massivement de ce qui faisait l’Etat-providence d’après-guerre, car il faut bien financer les baisses d’impôts à destination des entreprises et des plus riches. Un coup on supprime quelques trains de nuit, un autre coup on supprime quelques « petites lignes par-ci par-là », au bout de 20 ans, il ne reste plus rien, si ce n’est des bus Macron bloqués dans les embouteillages.

Alors toi, l’automobiliste qui travaille dur, qui se lève tôt le matin et qui paye « toujours trop d’impôts », tu es sans doute content qu’on en finisse avec ces « privilégiés de la SNCF ». Sauf que ce ne sont pas tes impôts à toi qui vont baisser, tu n’es pas assez riche. Par contre, quand il n’y aura plus de « petites lignes de trains déficitaires », vous allez être de plus en plus nombreux en bagnole le matin sur la rocade.

Bloqués dans les embouteillages, pare-chocs contre pare-chocs, vous regarderez alors passer les TGV, comme les vaches.



(1) Un an après, les «autocars Macron» affichent un bilan en demi-teinte, Pauline Chateau, Le Figaro, 6 octobre 2016.
(2) SNCF : les cheminots, mobilisés contre le rapport Spinetta, manifesteront le 22 mars, Le Parisien, 16 février 2018.
(3) Salaire mirobolant à la SNCF ? Pour Florence Parly, circulez y’a rien à voir, Hadrien Mathoux, Marianne, 15 octobre 2017.
(4) Merci aux agents de la SNCF, Marcel Robert, 10 mars 2017.
(5) L’État supprime les trains de nuit, l’un des modes de transport les plus écolo, Nolwenn Weiler, Basta, 13 octobre 2016.
(6) Trente-six compagnies pour une ligne de chemin de fer, Julian Mischi & Valérie Solano, Le Monde Diplomatique, juin 2016.


Source : http://carfree.fr/index.php/2018/02/20/juste-une-envie-de-vomir/

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