Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Ils ne paient pas d’impôts, mais ils achètent les médias, les lois, et même l’avenir de la planète. Monique Pinçon-Charlot, sociologue des riches, démasque l’oligarchie française : une caste qui s’enferme dans ses ghettos dorés, manipule la démocratie, et accélère le chaos climatique.
« Le capitalisme est à bout de souffle, et nous avec », lance-t-elle, impitoyable. Des cercles secrets aux fraudes fiscales géantes, des présidents milliardaires à la mainmise sur Paris, elle révèle comment une poignée d’hommes et de femmes a confisqué le pouvoir, l’espace, et jusqu’à l’air que nous respirons.
📢 Debout, micro ouvert, Au Poste retourne le réel. Pour défendre les libertés et nourrir le débat à gauche. Média 100% live et libre, créé par l'écrivain réalisateur David Dufresne.
Sans montage, ni formatage, ni proprio milliardaire.
La sociologue explique que le concept de séparatisme s’impose
aujourd’hui car « nos recherches sur le séparatisme des riches dans
l’espace urbain n’ont pas pris une ride » et que ce terme éclaire mieux
la rupture civique opérée par les élites. « Ils ne contribuent pas à la
solidarité nationale »
Elle décrit le passage d’une classe dominante à une structure plus
fermée encore, affirmant que « ce n’est même plus une classe dominante,
c’est une oligarchie », caractérisée par la captation des titres de
propriété et du pouvoir politique. « C’est une petite caste qui
s’approprie toutes les richesses »
Le séparatisme est aussi spatial : ghettos du Gotha, cercles fermés,
quartiers protégés, où l’entre-soi devient une arme sociale durable.
« Tout change pour que rien ne change »
Elle montre que les riches pensent de manière relationnelle, à
l’inverse des classes populaires fragmentées, ce qui leur permet de
coordonner intérêts économiques, politiques et culturels. « Ils sont
toujours en train de mettre les choses en relation »
La guerre de classe est explicitement assumée par les dominants,
rappelant une phrase fondatrice pour ses travaux. « La guerre de classe
existe et ce sont les riches qui la mènent »
Monique Pinçon-Charlot insiste sur la reproduction sociale intégrale,
combinant capital économique, social, culturel et symbolique. « On ne
peut pas rester riche tout seul »
Elle analyse la mainmise des milliardaires sur les médias comme un
substitut au parti unique. « Ils ont remplacé le parti unique par la
pensée unique »
L’extrême droite apparaît comme une alliée structurelle des intérêts
oligarchiques, hier comme aujourd’hui. « La collaboration avec l’extrême
droite est ancienne »
Sur l’écologie, elle établit une responsabilité directe des plus
riches dans le chaos climatique. « Les 10 % les plus riches sont
responsables de près de la moitié des émissions »
Enfin, elle remet en cause l’état réel de la démocratie contemporaine. « Nous ne sommes plus en démocratie »
Porte
se propose comme un exutoire au centre de la piste, une torche prête à
s'enflammer, un brasier couvant dont l'allumette et la paille se confondent.
A l’hiver 2022, avec la flambée du coût de l’électricité, des
milliers de communes n’avaient pas hésité à éteindre la lumière. Et pour
cause : 40% de l’énergie consommée
par une commune part dans l’éclairage public. Trois ans plus tard et à
l’approche des municipales, la donne est en train de changer : des
mairies (Limoges, Angoulême, Talence, Agen, Rouen, Sedan ou encore Bordeaux)
sont revenues depuis un ou deux ans – totalement ou partiellement – sur
l’extinction des lampadaires publics et des candidat(e)s de droite et
de gauche se positionnent pour rétablir l’éclairage.
Deux arguments sont mobilisés pour expliquer ce revirement : la sécurité et le passage aux éclairages LED. Un rapide détour par Google actu
sur le sujet et vous verrez que cela concerne des centaines de villes
et villages. Alors, faut-il rallumer ou tout éteindre ? Êtes-vous pour
ou contre des rues éclairées ? Les LED vont-elles nous sauver ?
N’aurait-on pas oublié la biodiversité ? Éléments de réponse sur un
sujet plus complexe qu’il n’y paraît..
Y a-t-il un lien entre sécurité et éclairage de nuit ?
Alors pourquoi tant de pétitions de la part d’habitant(e)s de
quartiers pour rétablir l’éclairage ? Une des explications, c’est qu’une
rue non éclairée va augmenter chez certaines personnes plus vulnérables
le sentiment d’insécurité. Quand les prix de l’énergie ont
explosé fin 2022, les édiles n’ont pas vraiment prêté attention à ce
sentiment. A l’approche des élections, ces mêmes élu(e)s s’en
inquiètent. Comment faut-il le prendre ?
Balayer d’un revers de main ce sentiment d’insécurité serait une
erreur. C’est une évidence, mais l’expérience de la rue, la nuit, n’est
pas la même pour un homme que pour une femme, pour des personnes agées
que des personnes plus jeunes ayant l’habitude de rentrer seules la
nuit. L’éclairage rassure, donne le sentiment de protéger, il rend ainsi
la ville ou le bourg plus inclusif.
Le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, a ainsi souhaité allonger la
plage horaire de l’éclairage nocturne début 2025 : « Je me suis rendu
compte que cette décision (d’éteindre) avait été très mal vécue,
notamment par beaucoup de femmes. C’était un facteur qui pouvait les
inciter à moins sortir », reconnaît-il dans Sud-Ouest. A Lyon, le candidat Jean-Michel Aulas souhaite en faire la ville la plus “women-friendly de France
d’ici à 2030”. L’une de ses mesures, un “éclairage intelligent dans
toutes les zones identifiées comme anxiogènes” pour les femmes. À
Bordeaux, Thomas Cazenave souhaite
“rallumer l’éclairage public partout et toute la nuit dans Bordeaux”
pour “renforcer la protection des Bordelaises et des Bordelais”.
Un imaginaire faussé par l’extrême droite
Mais alors, une fois qu’on a dit cela, faut-il aller vers plus
d’éclairage pour éviter le sentiment d’insécurité ? “On est contre
toutes les mesures sécuritaires, tranche Nahilé, du collectif #NousToutes,
interrogée par Bon Pote. Elles ne règlent pas le fond du problème du
tout. Le fond du problème, c’est la société patriarcale, les stéréotypes
de genre, les violences intra-familiales et le continuum des violences
de genre. Rallumer ne permettra pas de réelles améliorations pour les
femmes.” Ça a le mérite d’être clair. Ainsi, pour #NousToutes, les
arguments en faveur de plus d’éclairage la nuit, afin de protéger les
femmes, reposent sur “un imaginaire irréel : celui d’un monstre inconnu,
qui sert à faire passer des idées sécuritaires et identitaires”.
Une manipulation sur l’éclairage de nuit bien rodée
Ce phénomène se vérifie lors de chaque faits divers, où une femme est
victime d’un inconnu. Le climax étant le tapage politico-médiatique qui
a suivi le meurtre de Philippine en septembre 2024. Les représentant(e)s
de la droite et de l’extrême droite avaient alors squatté les plateaux
pendant des jours, enchaînant les surenchères xénophobes et sécuritaires
avec la complicité de certains médias.
Comme le rappelle Samuel Gontier dans Télérama
: “des médias (ont) laissé libre cours aux fantasmes racistes et aux
recettes répressives de la droite et de l’extrême droite, tel BFMTV,
accueillant successivement Matthieu Valet (RN), Sarah Knafo
(Reconquête), Marion Maréchal et Robert Ménard pour commenter
l’affaire.” Le seul angle qui vaut alors, c’est l’immigration et non le féminicide, les violences intra-familiales ou la violence de la société patriarcale.
En montrant du doigt l’étranger et la rue, l’extrême droite (et les
médias qui vont avec) omettent (à dessein) les réalités des violences
sexistes et sexuelles qui sont à chercher avant tout chez les proches,
au sein du foyer et au travail : les violences sexuelles
se déroulent dans 8% des cas dans la rue, contre 32% au domicile, les
gestes déplacés contre une femme se passent 12% dans la rue contre 23%
sur le lieu de travail, dans le cas d’un viol, 91% des femmes connaissent leur agresseur
(conjoint, ex-conjoint, collègue…). Cette stratégie électorale qui
consiste à pointer un problème minoritaire s’explique simplement pour
Nahilé : “C’est une idée préconstruite et fausse que le danger vient de
l’extérieur. Une idée véhiculée par l’extrême droite, qui met dans la
tête des femmes qu’il faut rester à la maison. Ça les exclut, alors que
c’est, majoritairement, à la maison que les femmes sont en insécurité.”
Changer les infrastructures de l’espace public pour qu’elles soient plus pensées pour les femmes, former les policiers
pour prendre correctement les dépôts de plainte de femmes agressées ou
violées, lutter contre la masculinité toxique en ligne, enseigner
davantage la sexualité et le consentement à l’école, avoir un débat sur
les conséquences du patriarcat… Voilà des mesures plus à même de réduire
les violences sexistes et sexuelles, mais qui ne se retrouve pas dans
les programmes : ”L’extrême droite n’a jamais voté aucune loi qui
protège les femmes, rappelle Nahilé. Au contraire, elle soutient des
lois qui sont en contradiction avec leur liberté et celle des minorités
de genre.”
La technologie LED est-elle la solution miracle ?
L’autre argument pour rallumer l’éclairage public pourrait être
qualifié de techno-solutionniste. “Au fur et à mesure que les quartiers
seront éclairés par des LED, on pourra rallumer de plus en plus de
quartierstémoigne Guillaume Chupin, Maire adjoint d’Angoulême, interrogé par France 3”.
En 2023, 40% des éclairages en France étaient équipés de la technologie LED selon le CEREMA
et chaque LED consommant environ quatre fois moins d’électricité que
les anciennes lampes, les édiles se disent que le problème est réglé ! A
Lyon,
la rénovation en LED, couplée à la baisse de puissance, a permis de
réduire de 50 % la consommation d’électricité, malgré une augmentation
de 16 % du nombre de points lumineux. Bingo !
Sur le papier, tout roule donc : une technologie plus efficiente
vient en remplacer une autre, moins efficace, ce qui permet de maintenir
le service en l’état, voire de l’augmenter. Tiens, c’est bizarre, ça
nous rappelle un autre concept… L’effet rebond bien
sûr : chaque fois qu’une innovation (ici les LED) permet de consommer
en utilisant moins d’énergie, nous avons tendance à augmenter notre
consommation. Un rapport du Sénat datant de 2023 le confirme : “Le
remplacement des lampes par des LED à partir des années 2000 a eu un
effet rebond sur la pollution lumineuse à travers le développement
d’éclairages dans de nouvelles zones et la multiplication des éclairages
publics et privés.” Et de préciser : “le nombre de points lumineux liés
à l’éclairage public est passé de 7,2 millions en 1990 à 11 millions
aujourd’hui, soit une augmentation de +53 %”.
Enfin, ce même rapport du Sénat précise que les LED sont
majoritairement produites en Chine avec “de l’électricité fortement
carbonée et nécessitent d’extraire des terres rares, processus très
émissif de CO2 et polluant, ce qui oblige à relativiser leur bilan
carbone”. Les émissions importées ne sont jamais bien loin d’une économie d’énergie.
La biodiversité, la grande oubliée
Ça faisait chaud au cœur. Fin 2022, lorsque des milliers de mairies
décidaient d’éteindre entièrement l’éclairage la nuit, la biodiversité
était mobilisée comme argument à côté de celui des économies. Et pour
cause : 28 % des vertébrés et 64 % des invertébrés vivent partiellement
ou exclusivement la nuit.
Selon l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et
technologiques, un tiers des insectes attirés par des sources de lumière
artificielle meurent avant le jour, soit entre 400 à 1600 insectes par
nuit et par lampadaire. 2000 milliards d’insectes seraient ainsi tués
par an en France par les éclairages publics. La baisse de l’éclairage
était une très bonne nouvelle.
Il ne doit pas y avoir beaucoup d’oiseaux et d’insectes dans ces arbres. Sources
Trois ans plus tard, plus grand monde n’évoque la biodiversité,
lorsqu’il s’agit de revenir sur l’extinction. Pourtant, il reste encore
quelques insectes. Mais l’argument sécuritaire et la baisse du prix de
l’énergie sont passés par là.
Et quel est l’impact du passage à la technologie LED ? Hé bien, elle
affecte plus d’espèces que les anciens lampadaires au sodium.
L’Association nationale pour la protection du Ciel et de l’environnement
nocturne alerte depuis 10 ans sur la méconnaissance des élu(e)s sur les ravages des LED. Même son de cloche du côté d’une étude réalisée en 2014, par la société écologique américaine, et reprise par Socialter, qui rapportait que des pièges lumineux à LED capturent 48 % d’insectes en plus que des pièges équipés de lampes à sodium.
Techno-solutionnisme et extrême droite
Ce débat montre encore une fois qu’une approche binaire ne suffit pas
et que des réponses comme “rallumons pour plus de sécurité” ou “grâce
aux LED on peut rallumer” sont beaucoup trop simplistes, voire fausses.
La concertation et le débat doivent primer avec les habitant(e)s, afin
d’exposer les études sur l’absence d’augmentation de l’insécurité une
fois les éclairages éteints, celles sur les émissions importées des LED
et sur l’augmentation de la mortalité des insectes avec leur
utilisation.
Enfin, cette question nous intéresse d’autant plus qu’elle répond à
deux dynamiques mortifères contre lesquelles nous essayons de lutter sur
Bon Pote : le techno solutionnisme et la banalisation des idées
d’extrême droite :
estimer qu’une nouvelle technologie peut résoudre des problèmes, sans réflexion sur les usages, est un leurre
proposer plus de mesures sécuritaires, sans s’occuper des violences
intra-familiales, ne restera qu’une stratégie électorale et ne résoudra
pas les violences sexistes et sexuelles
Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine.
1. Mercosur : le Parlement européen engage un bras de fer juridique contre l’accord
Le Parlement européen repousse la ratification de l’accord
UE-Mercosur et saisit la Cour de justice de l’Union européenne. Cette
démarche vise à contester la compatibilité du traité avec le droit
européen et retarde son adoption. (Toute l’Europe)
2. Fiscalité : des centaines d’ultra-riches réclament une hausse des impôts
Près de 400 millionnaires et milliardaires demandent publiquement une augmentation de la fiscalité sur les plus riches. Ils estiment que la sous-imposition actuelle favorise les inégalités et la concentration des richesses.(Journal de Montréal)
3. A69 : la justice contraint le concessionnaire à quitter des terres illégalement occupées
Atosca doit se retirer de 42 parcelles occupées sans droit sur le tracé de l’autoroute A69, dans le Tarn. Cette décision constitue une avancée juridique pour les opposants au projet.(La Relève et La Peste)
4. Indonésie : retrait de 28 permis après des inondations liées à la déforestation
Les autorités indonésiennes révoquent 28 permis accordés à des entreprises forestières. Ces retraits interviennent après de graves inondations dans des zones fortement déboisées.
(Reporterre)
5. Fermes à saumons : la contestation citoyenne progresse jusqu’à l’Assemblée
Une coalition de 27 ONG appelle à un moratoire de dix ans sur les fermes à saumons industrielles.
Elles se mobilisent sur le littoral atlantique et interpellent des
députés à Paris. Les projets d’aquaculture intensive sont directement
mis en cause.(Vert)
6. Énergie : le charbon recule en Chine et en Inde
La production d’électricité à partir du charbon diminue drastiquement en Chine et en Inde, une première depuis les années 70.Cette baisse s’inscrit dans une tendance observée sur le long terme.
(The Guardian)
7. Santé : la pollution de l’air par les microplastiques revue à la baisse
Les concentrations de microplastiques dans l’air sont inférieures aux estimations précédentes selon de nouvelles mesures. Ces données révisent à la baisse l’ampleur du phénomène étudié. (Vert)
8. Mobilités : des routes rurales transformées en itinéraires cyclables
Des collectivités transforment ou projettent de transformer des
routes secondaires peu fréquentées en itinéraires cyclables dans les
zones rurales françaises. Plusieurs expérimentations sont déjà en cours.
(Reporterre)
9. Recherche : une piste prometteuse pour ralentir Alzheimer
Des chercheurs identifient une piste thérapeutique susceptible de freiner la progression de la maladie d’Alzheimer.Les résultats reposent sur des travaux expérimentaux récents.
(Futura-Sciences)
10. Biodiversité : le kakapo se reproduit à nouveau après quatre ans
Le kakapo, perroquet en danger critique d’extinction, se
reproduit de nouveau en Nouvelle-Zélande pour la première fois depuis
quatre ans.Plusieurs naissances sont enregistrées grâce aux programmes de conservation.
(Ouest-France)
Malgré l’existence d’un fonds d’indemnisation
dédié aux victimes des pesticides, les ouvriers agricoles exposés au
chlordécone durant des décennies aux Antilles peinent toujours à se
faire reconnaître.
Guadeloupe, correspondance
Du haut de ses 60 ans, Danielle Sainte-Rose n’a rien oublié du travail harassant dans les bananeraies en Martinique : «Je
travaillais dans une exploitation au Lamentin, à Vert Pré. Elle a fermé
depuis. Ma mère y était ouvrière agricole. C’est elle qui m’a fait
entrer là-bas. Au départ, c’était un petit boulot pour gagner de
l’argent. Finalement, j’y suis restée de 1996 à 2011.»
Les journées sous le soleil plombant de l’île se ressemblent toutes.
Compter les bananes. Poser les gaines photosélectives sur le fruit.
Ajouter de l’engrais chimique. Couper les feuilles au moment de la
récolte. Le tout, sans aucune protection fournie par l’employeur.
Toutes ces années, sans qu’elle en ait conscience, Danielle Sainte-Rose a été exposée au chlordécone.
Le pesticide est utilisé aux Antilles depuis 1972 afin de lutter contre
le charançon du bananier, l’un des principaux ravageurs des bananiers.
Il faut attendre 1993 pour que la France en interdise la vente et
l’usage, après épuisement des stocks des exploitants. Les États-Unis
l’avaient pourtant déjà proscrit pour sa toxicité en 1977.
«Ça a commencé par des douleurs dans le dos»
«C’était bien du chlordécone
qui était utilisé. Je passais devant les bidons tous les jours en
allant travailler et le nom du produit était dessus. On en utilisait
encore dans les années 2000, avant que je ne parte. Parfois c’était les
ouvriers agricoles qui en répandaient dans les champs et parfois il
était directement projeté par hélicoptère, au-dessus de nos têtes, alors
que nous ramassions les bananes. Nos chapeaux en étaient recouverts. Ma
mère en ramenait même à la maison, sans savoir la dangerosité du
produit, pour le jardin», affirme l’ancienne ouvrière agricole.
« Tout le monde savait »
Depuis, la mère de la sexagénaire est morte d’un lymphome, un cancer
du sang, que Danielle Sainte-Rose lie à son exposition au chlordécone.
De son côté, elle a été diagnostiquée en 2013 d’une forme de cancer au
niveau de la moelle épinière, un myélome. «Ça
a commencé par des douleurs dans le dos. Puis dans les os. Je ne
pouvais plus me déplacer. J’ai vu plusieurs spécialistes. J’ai dû faire
une chimio et une greffe de moelle osseuse. Aujourd’hui, je suis en
rémission», explique Danielle Sainte-Rose.
Ce n’est que dix ans plus tard, lorsque le scandale du chlordécone
fait la Une des grands médias nationaux, qu’au détour d’une réunion
publique organisée par le Coaadep,
le Collectif des ouvriers agricoles et leurs ayants droit empoisonnés
par les pesticides, et en présence d’un médecin de l’Agence régionale de
santé (ARS) en Martinique qu’elle comprend que le chlordécone est responsable de sa maladie.
«L’association m’a aidée à déposer un dossier au Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP).
Il a été retenu en février 2024. Je perçois depuis une pension de 883
euros tous les mois. Cela n’enlève pas ma colère, car tout le monde
savait que c’était dangereux, à commencer par l’État, déplore celle dont le myélome a été reconnu comme maladie professionnelle. Si
l’on peut nous indemniser sur le temps de vie qu’il nous reste sur
Terre, c’est déjà ça. Mais je ne comprends pas pourquoi plus de monde
n’est pas concerné.»
Moins de 100 dossiers par an
Moins d’une centaine de dossiers en provenance de la Martinique et de
la Guadeloupe ont été déposés en 2024, et presque autant en 2023, selon
le rapport d’activité 2024 du Fonds d’indemnisation.
«Il faut rappeler qu’on part de loin, prévient Edwige Duclay, chargée de la coordination du plan chlordécone IV. Le
fonds a été mis en place en 2020 et tient compte de l’ensemble des
victimes de pesticides. Pas uniquement celles du chlordécone. Pour les
Antilles, en 2021, nous n’avions que cinq dossiers déposés. Aujourd’hui,
pour les deux territoires, entre 2021 et 2025, on dénombre 302 dossiers
déposés. 224 accords et déjà 183 personnes qui sont indemnisées.» L’indemnisation est plafonnée à 1 500 euros par mois et varie en fonction de la maladie.
Des chiffres à mettre en rapport avec les résultats de l’étude Kannari,
réalisée en 2013 par Santé publique France, la seule grande enquête sur
le sujet publiée à ce jour. Cette dernière avait alors démontré que le
pesticide était détecté dans le sang de plus de 90% de la population martiniquaise et guadeloupéenne.
«Avoir du chlordécone dans
le sang ne veut pas dire que l’on va tomber malade. On parle de
surexposition lorsque les personnes ont une chlordéconémie supérieure à
0,4 microgramme par litre (µg/L)»,
précise Edwige Duclay. Reste qu’en 2021, à l’issue d’une vaste campagne
de test, sur les quelque 40 000 chlordéconémies réalisées en Martinique
et en Guadeloupe, près de 15% d’entre elles (soit 6 000 personnes) indiquaient des seuils de contamination supérieurs à 0,4 µg/L, explique Edwige Duclay.
Depuis 2022, les ARS ont mis en place un accompagnement dédié pour celles et ceux qui seraient dans cette situation. «Des
associations comme Phyto-Victimes, présente en Martinique et en
Guadeloupe, peuvent alors aider les victimes à constituer des dossiers
pour obtenir une indemnisation», précise Edwige Duclay, qui rappelle que les enfants des travailleurs agricoles peuvent aussi formuler une demande «s’il
est démontré que les causes du décès [d’un parent] sont dues à une
maladie professionnelle liée à l’exposition prolongée à des pesticides
comme le chlordécone».
Une communication erratique
Un rappel nécessaire, tant le manque d’information est l’une des
premières raisons du faible nombre de dossiers en provenance de la
Guadeloupe et de la Martinique. Quelques flyers et affiches existent
dans les cabinets de certains médecins, notamment en Martinique, mais
rien de plus. Pas d’affichages dans les rues, ni de campagnes télé et
radio.
Les associations dénoncent aussi les conditions d’accès au fonds
d’indemnisation. Seules les personnes atteintes d’un cancer de la
prostate, de la maladie de Parkinson ou d’un lymphome non hodgkinien et
ayant travaillé dans l’agriculture aux Antilles sont en droit de
solliciter le FIVP.
«Les cancers de la prostate
reconnus comme maladie professionnelle par les caisses générales de
Sécurité sociale ne concernent que 7% des ouvriers agricoles aux Antilles. Quant aux indemnités pour les troubles neurodéveloppementaux (TND) chez l’enfant, la réparation ne concerne que ceux dont les mères étaient ouvrières agricoles. Or, 92% des femmes avec une chlordéconémie positive pendant la grossesse ont par la suite des enfants souffrant de TND. Peu d’entre elles sont des ouvrières agricoles»,
assure le docteur Josiane Jos-Pelage, présidente de l’Association
médicale de sauvegarde de l’environnement et de la santé (Amses).
«Nous sommes débordés»
De plus, la recherche n’a pas encore tout dit des maladies liées à ce
pesticide particulièrement toxique. Comme le rappelle Dominique
Théophile, sénateur guadeloupéen, lors de la présentation d’un projet de loi dont il est l’auteur visant à mieux indemniser les victimes du chlordécone, «des
études de l’Anses et de l’Inserm soulignent les effets néfastes du
chlordécone sur le système nerveux, la reproduction, le système hormonal
et le fonctionnement de certains organes».
Le texte en discussion au Sénat en avril visait à élargir le périmètre du fonds à «toute
personne souffrant d’une maladie résultant d’une exposition au
chlordécone, due aux autorisations de commercialisation et d’épandage
délivrées par la République française»,
qu’elle soit ou non ouvrière agricole. Mais la commission de
l’aménagement du territoire en a décidé autrement en rejetant la
proposition, considérant «qu’il
est nécessaire d’attendre un enrichissement éventuel des données
scientifiques pour élargir le champ des pathologies indemnisables».
Des associations comme le Coaadep tentent de trouver d’autres voies de passage. «En
mars 2025, la cour administrative d’appel de Paris a précisé que l’État
devait apporter réparation pour préjudice moral d’anxiété envers les
personnes durablement exposées à cette pollution. Nous avons pu
permettre l’indemnisation de deux ex-ouvriers agricoles de cette manière et nous comptons poursuivre en ce sens. Nous avons déjà 50 dossiers similaires que l’on va tenter de défendre», précise Yvon Sérénus, président du Coaadep.
Reste à savoir si l’indemnisation est la solution la plus adaptée. «Vu
le nombre de cas de cancers et de troubles neurodéveloppementaux aux
Antilles, le mieux aurait été une mise à disposition gratuite de tous
les moyens de rééducation, de psychomotricité, d’orthophonie ou de
psychologie, surtout pour les enfants de 3 à 4 ans, estime Josiane Jos-Pelage. Il
faut parfois attendre plus d’un an pour un rendez-vous dans un centre
d’action médicosociale. Nous sommes débordés. Combler cette carence
serait plus utile que d’offrir des rentes individuelles au cas par cas.»