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jeudi 3 septembre 2026

Face à leur maire d’extrême droite, des habitants se mobilisent pour garder leurs jardins familiaux après les incendies

 

Face à leur maire 

d’extrême droite, 

des habitants se mobilisent 

pour garder 

leurs jardins familiaux 

après les incendies


« Fermeture des jardins. Agression d’une dame par un élu. Mépris ». Dans les Pyrénées-Orientales, une lutte pour le maintien de jardins familiaux met en difficulté le maire d’extrême droite. 

Guillaume Bernard

Hayat sur sa parcelle potagère calcinée, à Ille-sur-Têt. ©Guillaume Bernard

Les jardins ouvriers et familiaux de la commune d’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales) vont-ils survivre à la mairie d’extrême droite ? Ce 27 août 2026, ils sont près de 150 à s’être rassemblés devant la « Catalane », la salle polyvalente de la petite commune de 5500 habitants, pour exiger la réouverture de ces jardins. « On défend la possibilité pour les habitants qui n’ont pas forcément de gros revenus ou de terrains de continuer à produire leur propre nourriture localement », explique Romain, militant au sein du collectif Jeunesses populaires du Conflent, actif dans ce territoire dominé par le mont Canigou.

Jusqu’à cet été, dix-neuf parcelles de 200 à 300 mètres carrés chacune étaient mises à disposition par la commune pour servir de potagers et être cultivées par plusieurs familles. Mais le 5 juillet, un mégafeu né dans une commune plus au nord parcourt 4000 hectares et embrase la quasi-totalité des jardins. « Cela a été un choc, je cultive mon potager depuis treize ans, avec mes parents », déplore Hayat, 49 ans. Cette mère seule s’occupe à plein temps de ses quatre enfants, dont deux sont handicapés. « Ce jardin, ça n’est pas seulement des souvenirs de famille, c’est un vrai revenu. J’y fais pousser presque tous mes légumes. Je n’ai pas la place pour faire ça chez moi », explique-t-elle.

« Ceinture de protection » contre les incendies

Alors que les jardiniers espèrent retourner dans leurs potagers, le nouveau maire, Alain Fabresse (UDR, le parti d’Éric Ciotti, allié au RN), élu quelques mois plus tôt, estime, dans un communiqué du 28 juillet, que les jardins « ont contribué à favoriser la propagation du feu en direction des premières habitations ». Il annonce son projet de les raser pour instaurer une « zone tampon » entre les espaces naturels et les habitations. Dans la foulée, il interdit par arrêté l’accès aux jardins, invoquant « des risques de blessure par objet tranchant ».

Ses arguments peinent à convaincre les premiers concernés. « Les jardins étaient bien entretenus, arrosés, verts, ils protégeaient des flammes. En revanche, les habitations qu’il y a derrière avaient des broussailles qui ont pris feu », soutient Hayat. « Il y a déjà un grand terrain vide derrière le jardin qui peut servir de zone tampon. Il n’y a pas besoin de raser les jardins pour faire cette ceinture », estime Romain. « Tout ça, c’est un prétexte pour qu’on s’en aille », tranche Hayat. Les défenseurs des jardins attaquent donc l’arrêté au tribunal administratif et organisent une première manifestation devant l’Hôtel de ville le 4 août, rassemblant 80 personnes.

Un mois plus tard, une pétition contre la fermeture des jardins dépasse les 1600 signatures, et le second rassemblement du 27 août réunit deux fois plus de monde.

Hayat cultivait sa parcelle dans les jardins familiaux depuis 13 ans, avant les incendies.
©Guillaume Bernard

Face à la mobilisation, c’est silence radio côté mairie. Le conseil municipal, qui aurait dû se tenir ce 27 août, est reporté sans explication. Sollicité par Basta!, le maire n’a pas non plus répondu. « Ce que fait l’extrême droite dans ma commune m’inquiète. On a l’impression que notre maire prend ses décisions seul. Ce qu’il se passe avec les jardins familiaux en est vraiment l’exemple », constate Sandrine, une habitante mobilisée contre la fermeture des jardins.

Ancien attaché territorial à la mairie de Perpignan (RN) et artiste-peintre à ses heures, Alain Fabresse a remporté les élections municipales en profitant d’une triangulaire, avec la présence de deux listes « divers gauche » au second tour. Il a ainsi pu s’imposer dans ce bourg populaire où vit une importante communauté musulmane.

Racisme et violence

Les opposants à la destruction perçoivent le comportement du maire comme une volonté de se débarrasser de jardins « mal vus » par la municipalité. « Il faut voir comment certains habitants parlent des jardiniers en des termes peu élogieux et des jardins comme “des dépotoirs”. Il y a un fond de racisme et de mépris social. Et en se débarrassant des jardins, on se débarrasse aussi d’une population jugée “indésirable” », analyse Florence*, habitante de la commune impliquée dans la politique locale et qui souhaite rester anonyme. « On nous a dit que ces jardins étaient des bidonvilles, c’est n’importe quoi. Les gens n’aiment pas les poules ? » poursuit Hayat.

Une affiche à été placardée sur le marché d’Ille-sur-Têt pour appeler au rassemblement.
©Guillaume Bernard

 

Le ton monte et une femme venue aider les jardiniers, accuse l’élu de l’avoir frappée par-derrière, dans la nuque. « J’ai eu deux jours d’ITT et j’ai dû porter une minerve », rapporte-t-elle. Elle dépose plainte dès le lendemain et les jardiniers et leurs soutiens demandent dès lors la démission de cet élu.

Ils impriment des tracts titrés : « Fermeture des jardins. Agression d’une dame par un élu. Mépris pour les Illois ». Ils sont diffusés au marché, scotchés sur les murs de la commune. La confédération paysanne des Pyrénées-Orientales rejoint le mouvement. « L’extrême droite s’en prend toujours aux mêmes. On sera toujours du côté de ceux qui produisent de la nourriture en local », annonce un de ses porte-parole sur les réseaux sociaux. Côté mairie, là encore, c’est le silence.

Ils impriment des tracts titrés : « Fermeture des jardins. Agression d’une dame par un élu. Mépris pour les Illois ». Ils sont diffusés au marché, scotchés sur les murs de la commune. La confédération paysanne des Pyrénées-Orientales rejoint le mouvement. « L’extrême droite s’en prend toujours aux mêmes. On sera toujours du côté de ceux qui produisent de la nourriture en local », annonce un de ses porte-parole sur les réseaux sociaux. Côté mairie, là encore, c’est le silence.

Résistance locale

« La victoire est possible », veulent croire Romain et les Jeunesses populaires du Conflent, dans un communiqué qui suit la manifestation du 27 août. Ce groupe a été formé lors de la campagne législative de juin 2024, notamment pour soutenir la candidate locale du Nouveau Front populaire. En vain : les quatre circonscriptions du département sont tombées dans les mains du Rassemblement national. Mais le collectif a maintenu son existence et modifié son activité.

« On a organisé des manifestations à Prades [sous-préfecture des Pyrénées-Orientales, ndlr] pour soutenir la Palestine ou encore pour la Marche des fiertés. Prades est une commune où il y a encore un tissu militant et associatif fort. On n’est pas en territoire hostile, raconte Romain. Ille-sur-Têt, c’est différent, c’est la mairie d’extrême droite la plus proche, il y a moins de militants. Mais ce qu’on voit avec la lutte pour les jardins familiaux, c’est qu’il y a là aussi des gens qui veulent résister », poursuit le trentenaire. La mobilisation suffira-t-elle pour faire plier Alain Fabresse ? « Nous avons confiance en [les Illois] pour se rassembler à chaque conseil municipal et exiger du maire un retour sur sa décision », déclare le communiqué du collectif. En attendant, l’édile d’extrême droite a décidé de ne plus s’exprimer publiquement sur le sujet.

Pendant ce temps, la vie reprend dans les jardins. Hayat est passée voir ce qu’il restait de son potager et a même ramassé quelques aubergines épargnées par le feu. « Il y a déjà quelques arbres qui ont commencé à repousser », sourit-elle.

*Prénom modifié


Nous rentrons dans une période cruciale...

L’extrême droite pourrait remporter les prochaines élections présidentielles dans un an et arriver au pouvoir pour la première fois depuis le régime de Vichy.

Mais rien n’est joué. Cette catastrophe peut encore être évitée.

C’est pourquoi Basta! va redoubler d’effort dans les mois à venir :

  • En documentant le travail des forces de l’ordre grâce à une base de données interactive, pour alerter sur les dangers d’un élargissement de l’arbitraire policier promu par le RN au travers de la « présomption de légitime défense »
  • En enquêtant sur les soutiens internationaux du RN, tant dans les milieux économiques que religieux, politiques, qu’intellectuels.
  • En exposant les contradictions d’un parti prétendument « du côté des classes populaires » mais qui se range le plus souvent du côté des puissants.
  • En faisant briller le travail de cette presse libre qui « tient les digues » grâce à notre Portail des médias indépendants.

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Source : https://basta.media/des-habitants-Ille-sur-Tet-defendent-jardins-ouvriers-et-potagers-face-au-maire-extreme-droite