Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Attractivité, centre-ville, commerce, social : les candidats aux
élections municipales ont exposé ce mardi leur vision pour Prades (Pyrénées-Orientales).
Qui pour reprendre
l’héritage de Jean Castex à Prades ? Réélu largement en 2020 avant
d’être nommé Premier ministre, l’ancien maire avait passé la main à son
premier adjoint, Yves Delcor, qui ne se représente pas. À un an des
municipales, la succession est ouverte dans la sous-préfecture des
Pyrénées-Orientales.
Ils sont quatre candidats déclarés à briguer la mairie de la capitale du Conflent. Trois ont accepté l’invitation d’ICI Roussillon
pour débattre devant les caméras de leurs projets pour la ville :
attractivité, dynamisation du centre-ville, revitalisation du commerce
et lutte contre la pauvreté.
Parmi eux, David Berrué,
49 ans, professionnel du tourisme sportif. Militant écologiste et
ancien candidat aux législatives pour le Nouveau Front populaire, il est
le seul à afficher clairement une couleur politique avec la liste
"Changer d’Air avec le Printemps de Prades", issue de l’union de la
gauche et des écologistes.
Face à lui, Aude Vivès,
41 ans, avocate. Conseillère municipale d’opposition depuis 2020 et
vice-présidente du Conseil départemental en charge du tourisme, elle
conduit une liste sans étiquette, "Pour les Pradéens". Elle est la première femme à briguer le fauteuil de maire de Prades.
Troisième invité du débat : Julien Audier-Soria,
34 ans, avocat. Conseiller municipal à Villefranche-de-Conflent, il se
présente pour la première fois à Prades à la tête de la liste sans
étiquette "Prades, ensemble, demain", soutenue par Jean Castex et
composée notamment de sept élus sortants.
Un quatrième candidat, Gabriel Manas,
n’a pas répondu aux sollicitations d’ICI Roussillon. Il conduit une
liste sans étiquette mais se revendique de la droite patriotique.
La Coordination rurale se revendique apolitique,
sur le papier seulement. Dans les faits, plusieurs cadres du syndicat
agricole sont proches de l’extrême droite et d’autres nourrissent leur
radicalité sur les réseaux sociaux. Focus sur quatre d’entre eux.
Apolitique, le syndicat agricole de la Coordination rurale? C’est ce que défendent ses cadres auprès de StreetPress et de Reporterre.
Pourtant, sur leurs réseaux sociaux ou en privé, les mêmes font étalage
de leur sympathie pour les élus d’extrême droite ou partagent les
propos de militants identitaires. De quoi flouter la frontière entre le
syndicat agricole, le parti lepéniste et les franges violentes de
l’extrême droite radicale.
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À un an de l’élection présidentielle et moins de deux mois
des municipales, alors que la France risque de voir le Rassemblement
national arriver au pouvoir, la presse indépendante doit unir ses forces
et chercher des complémentarités. Depuis des années, Reporterre est reconnu pour son travail essentiel sur l’écologie tandis que StreetPress enquête sans cesse sur les différentes formes d’extrême droite dans la rue ou à l’Assemblée.
Nos deux médias se sont intéressés à la crise de la
dermatose nodulaire et aux manifestations des agriculteurs contre le
gouvernement qui en sont nées. Durant cette période, les frontières se
sont brouillées entre la Coordination rurale et des groupes ou figures
d’extrême droite. C’est pour documenter cette situation que nous avons
décidé de mutualiser nos forces et de nous associer dans un partenariat
éditorial de plusieurs enquêtes consacrées à la Coordination rurale.
Président de la Coordination rurale (CR)
des Hauts-de-France, Patrick Legras est sur tous les fronts des
manifestations agricoles. Un jour, il est sur l’autoroute A1 à ouvrir
les camions pour vérifier l’origine de leurs marchandises, un soir, à la
centrale Lidl de Cambrai pour passer au crible les denrées stockées. Le
syndicaliste est tout aussi actif sur X (anciennement Twitter), où il
pourfend l’accord du Mercosur, la gestion de la dermatose nodulaire par le gouvernement, la FNSEA… Et y laisse échapper ses tendances climatosceptiques et favorables à l’extrême droite.
À la tête d’une exploitation de pommes de terre, betteraves et
céréales d’une centaine d’hectares à Beauval, près d’Amiens (Somme), le
sexagénaire assume son côté «provoc». «Quand on fait du syndicalisme, on va plus loin qu’on ne le devrait parce que ne pas aller assez loin a pu coûter une vie»,
justifie-t-il, racontant être entré à la Coordination rurale après le
suicide de deux proches agriculteurs, dont l’un était son salarié.
Nommé porte-parole de la Coordination rurale il y a trois ans, il
assure la présidence du syndicat dans les Hauts-de-France depuis quinze
mois. Aujourd’hui, il souhaite «fédérer,
avant toutes ces élections municipales, législatives et présidentielle,
pour dire qu’on est fier de notre souveraineté, de notre alimentation.
Et c’est pour ça qu’on est taxé d’extrême droite sur les plateaux».
Pas que. Car l’homme fort de la CR du Nord relaie régulièrement les publications des élus du Rassemblement national (RN)
sur son compte X. On y retrouve les lamentations de Jordan Bardella sur
l’interdiction de la vente des véhicules thermiques en 2035, une vidéo
de l’eurodéputé RN membre de la Commission agriculture Gilles Pennelle, les interventions des députés RN Jean-Philippe Tanguy, Franck Allisio, Hélène Laporte… Et même un communiqué du RN des Hauts-de-France signé par le député RN et vice-président de l’Assemblée, Sébastien Chenu.
«Je partage des idées qui me plaisent. Je ne vais pas regarder si elles viennent du RN ou des Patriotes»
Interrogé sur ces publications, Patrick Legras botte en touche : «Je partage des idées qui me plaisent. Je ne vais pas regarder si elles viennent du RN ou des Patriotes.» Lui assure discuter avec tous les partis : «J’ai
vu François Ruffin, Aurélie Trouvé, on s’est déjà pris la tête avec
Laurent Wauquiez. J’échange avec les gens qui ont le pouvoir de faire
changer la politique française et européenne.»
Patrick Legras partageant un post de Gilles Pennelle, eurodéputé RN membre de la Commission agriculture. Capture d’écran / X
Patrick Legras partage régulièrement sur ses réseaux sociaux les contenus des médias au service de l’extrême droite comme Frontières, Valeurs actuelles, Omerta,
Radio Courtoisie, Tocsin et CNews, et n’hésite pas à participer à ces
trois derniers. Le syndicaliste republie également les interventions de
figures de la mouvance : Philippe de Villiers sur l’antenne de Bolloré,
les vidéos de Pierre-Guillaume Mercadal.
Il lui arrive par ailleurs de trouver «chouette» une publication de l’influenceur identitaire Damien Rieu, qui incite les «salafistes» à investir dans l’immobilier saoudien. «Quand une chose est bonne, je ne vais pas voir ce qui se cache derrière, justifie-t-il. Ça peut m’être préjudiciable, mais je m’en fous. Je ne me présenterai pas en mairie ou aux législatives.»
Vous êtes témoin de faits ou d’agissements qui méritent l’attention du grand public ? Contactez Reporterre de manière sécurisée.
Par téléphone, il modère sa position. «L’évolution
climatique existe, mais on est plus dans l’augmentation des excès de
chaud et d’humidité que sur une catastrophe à la Pannier-Runacher
[ex-ministre de la Transition écologique]. On nous gonfle avec le climat
et le bilan carbone, alors qu’on accepte les yeux fermés que
75 millions d’hectares sont déboisés au Brésil pour importer des
produits qui ont un très mauvais bilan carbone.»
Le représentant syndical se moque régulièrement sur X de l’agroclimatologue Serge Zaka qu’il qualifie de «vendeur d’alertes».
Le chercheur l’a bloqué, dénonçant être victime de harcèlement de la
part de l’agriculteur. Serge Zaka, connu pour son chapeau de cow-boy en
toutes circonstances, est par ailleurs placé sous protection policière
suite aux menaces qu’il a reçues en ligne. «Si on ne supporte pas l’ironie quand on a son look, on ne doit pas se mettre en avant», assume Patrick Legras.
Pierre-Guillaume Mercadal, médiatique porte-parole du Tarn
Cheville plus médiatique qu’ouvrière de la Coordination rurale,
Pierre-Guillaume Mercadal est en première ligne de toutes les actions de
son syndicat où on peut trouver une caméra.
Cet éleveur de cochons du Tarn-et-Garonne a été recruté par la CR après s’être fait connaître avec «l’affaire Mercadal».
Une histoire qui l’a opposé au maire de sa commune Montjoi qu’il a
harcelé dans de nombreuses vidéos. Il s’est notamment filmé en train de
déposer un cochon mort sur le bureau de l’élu. Avec l’influenceur
d’extrême droite Papacito, il a comparé l’édile à une «fouine franc-maçonne protégée par la République». Dans une vidéo dite «humoristique»
de Papacito, ils ont ensuite mis en scène la chasse d’une fouine,
incarnée par un homme, qui est poursuivie, capturée, sodomisée puis
abandonnée.
Le harcèlement intense dont le maire et un journaliste ont été victimes a valu à Pierre-Guillaume Mercadal un an de prison avec sursis en juillet 2024. Il a fait appel de cette décision. À nos confrères de Franceinfo, il a déclaré en janvier qu’il referait la vidéo avec Papacito «sans aucune hésitation».
Liens avec Papacito et Éric Zemmour
Outre Papacito, Pierre-Guillaume Mercadal a fait venir plusieurs
figures d’extrême droite sur sa ferme, ainsi que dans les mobilisations
de la CR dans le Tarn-et-Garonne, dont Éric
Zemmour. En 2024, il a rejoint le syndicat et est devenu l’une de ses
têtes d’affiche, en première ligne des conflits médiatisés comme au
Salon de l’agriculture ou lors des mobilisations d’agriculteurs des fins
d’année 2024 et 2025. Il multiplie les vidéos sur ses réseaux sociaux
lors des mobilisations de la CR, affirmant qu’il «ne discutera pas, si il faut être violents, on sera violents». «La loi, ça n’a plus d’importance», a-t-il déclaré au micro de Franceinfo pour justifier ses appels à la violence.
En décembre 2025, Mercadal a démissionné de son poste de secrétaire
général de la Coordination rurale dans le Tarn-et-Garonne, mais reste
toujours dans le champ médiatique. Son binôme local avec le coprésident
départemental Christian Schievene a amené plusieurs adhérents à rendre
leur bonnet jaune. À StreetPress, l’un d’eux a estimé que le tandem politisait «outrageusement [leur] combat» et a condamné «une démarche antisystème qui s’exerce sur le dos des paysans».
«Si il faut être violents, on sera violents»
En plus de son amitié avec Papacito, l’éleveur a un autre lien intime
avec l’extrême droite radicale : il est marié à Claire Bizien,
chanteuse connue sous l’alias Epona, ancienne égérie du très pétainiste
Parti de la France. Sur la chaîne YouTube du mouvement, elle animait les
interviews «Faf and Curious» et posait la question : «Mussolini ou Hitler?» Si Pierre-Guillaume Mercadal a déjà argué auprès de StreetPress que sa compagne «n’est pas néonazie mais pratique l’humour noir»,
elle a toutefois été visée en 2023 par une plainte de l’Observatoire
juif de France pour antisémitisme, négationnisme et appel au meurtre. Le
parquet de Paris indique qu’elle a finalement été classée sans suite en
juin 2024. [1]
Contacté, Pierre-Guillaume Mercadal n’a pas répondu en détail à nos
questions et a surtout nié son positionnement à l’extrême droite. Il a
indiqué que la plainte visant son épouse serait fausse. «Je n’ai jamais soutenu le moindre parti politique et invité LFI et le PC à nous rencontrer», a-t-il déclaré.
Richard Roudier, cadre identitaire dans le Gard
Face à Pierre-Guillaume Mercadal et ses vidéos sur les réseaux
sociaux, Richard Roudier passe davantage sous les radars. Il a pourtant
un passif politique conséquent et des responsabilités dans un mouvement
violent. Ce septuagénaire identitaire est souvent cité dans la presse
quand il faut évoquer les liens entre la Coordination rurale et
l’extrême droite : il était après tout le chef de la branche gardoise au
début des années 2010 jusqu’en avril 2014.
Richard Roudier n’a jamais cessé d’y être actif et considéré. La preuve, StreetPress l’a retrouvé en tête de liste aux élections des chambres d’agriculture de 2019 et 2025 pour la catégorie 4, celle des «anciens exploitants et assimilés».
En 2023, sa femme Maryvonne Roudier était d’ailleurs la trésorière du
syndicat dans le Gard. Contacté, il n’a pas répondu à nos
sollicitations.
Cet amoureux de la nature revendique avoir dans leur château perdu dans les Cévennes une exploitation «bio»,
où tout est labouré à la traction animale. Même les guides touristiques
se font avoir et recommandent les chambres d’hôtes des maraîchers
Richard et Maryvonne Roudier, une «terre au compost d’idées riches nourries par des produits généreux et un amour du métier agricole».
«Une réputation de psychopathe»
Derrière sa moustache qui le ferait sortir d’un roman de Marcel
Pagnol, Richard Roudier est surtout depuis longtemps un compagnon de
route de l’extrême droite la plus radicale. Séduit dès son plus jeune
âge par le poujadisme, le natif de Béziers est passé par le groupe
néofasciste Europe Action. Adepte des coups de chaîne de vélo lors des
affrontements contre des militants d’extrême gauche en mai 68, il se
vante, dans sa biographie publiée en 2013, d’y avoir gagné «une réputation de psychopathe».
En 2017, Richard Roudier mène l’expédition d’une dizaine de militants
qui saccagent les locaux d’une association d’accueil des mineurs isolés
étrangers — il a été relaxé
par la justice. En 2023, il a été à des rassemblements d’extrême droite
virulents qui mêlaient partis politiques et radicaux contre les centres
pour demandeurs d’asile de Callac ou de Saint-Brevin-les-Pins.
Richard Roudier venu parler des identitaires sur TV Libertés, en mars 2020.
Capture d’écran / YouTube / TVL
Ce cadre identitaire a participé à de nombreux mouvements zid (le
surnom des identitaires) avant de lancer le sien en 2011 : la Ligue du
Midi, dont le slogan «maîtres chez nous» n’a rien à envier au «laissez-nous bosser» de la CR.
Promoteur d’un certain agrarisme identitaire, Richard Roudier s’est
toujours vanté d’avoir orienté la mouvance vers le régionalisme. Si la
Ligue du Midi est un «groupuscule local qui pratique davantage la boxe que la joute intellectuelle», selon le politologue Jean-Yves Camus, «Richard Roudier n’est pas quelqu’un sans culture et sans intérêt». «Il s’intéresse beaucoup à la préservation du patrimoine et à l’agriculture biologique.»
Soutenu sans faille par la CR, comme en
2015 quand il est en conflit avec la Mutualité sociale agricole, il a en
même temps côtoyé et rassemblé durant toutes ces années des figures de
l’extrême droite parlementaire, type Jean-Marie Le Pen et Robert Ménard.
Lors de l’élection présidentielle de 2022, il s’engage à fond derrière
Éric Zemmour, participe à des réunions publiques de Reconquête!
dans le Gard et dirige le service d’ordre lors de la venue du candidat.
Toujours dans l’optique que la mouvance identitaire accède au pouvoir,
comme il l’a déclaré dans une interview donnée à TV Libertés, une chaîne d’extrême droite : «Si on ne veut pas l’atteindre, ça ne sert à rien, il vaut mieux aller faire du jardinage.»
Benjamin Bajada, coprésident de la CR héraultaise
«Et les Arabes qui tuent des familles françaises? Qu’est-ce que vous en faites?»
lance Benjamin Bajada, coprésident de la Coordination rurale de
l’Hérault, en direction des forces de sécurité déployées le 13 décembre
2024 lors du blocage d’une route à Villeneuve-lès-Béziers.
À l’époque, la scène, immortalisée par une vidéo, avait fait le tour
des réseaux sociaux. À tel point que le syndicaliste enregistre une
seconde vidéo dans la foulée, publiée sur X, afin de présenter des
excuses. Arguant qu’il avait lâché ces propos «sur le coup de la colère» et qu’il ne parlait «pas des Maghrébins en général», mais stigmatisait plutôt «des racailles» de «toute origine». «J’ai des amis maghrébins, alors je suis loin d’être raciste», ose-t-il.
«J’ai des amis maghrébins, alors je suis loin d’être raciste»
Sollicité, le syndicaliste assume toujours ses propos : «Je
n’aurais pas dû faire de généralités, mais il y a en France un deux
poids deux mesures que je ne comprends pas. Pourquoi y a-t-il aucun flic
dans les cités et des dizaines dans les mobilisations d’agriculteurs?»
Coprésident de la Coordination rurale de l’Hérault depuis moins d’un
an, Benjamin Bajada a rejoint le syndicat, qui défend une vision
identitaire des paysans, lors des mobilisations agricoles de janvier
2024.
«Je retrouve bien ici les
fondamentaux de la Coordination rurale, je ne compte plus le nombre de
fois où j’ai entendu, durant des mobilisations, des représentants tenir
ce type de propos racistes, ce qui est pour nous une ligne rouge», insiste Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne de l’Hérault, syndicat agricole classé à gauche.
Benjamin Bajada, coprésident de la Coordination rurale de l’Hérault, le 27 novembre 2024.
Capture d’écran / Facebook / Coordination rurale
Dans la droite lignée des actions coup-de-poing menées par la
Coordination rurale contre les associations environnementales, Benjamin
Bajada a déjà participé à des dégradations. Le 31 mars 2025, il est
arrêté et auditionné par la police pour avoir tagué le siège de l’Office
français de la biodiversité et pour avoir lancé de la farine sur leurs
bureaux situés à Pérols, Grabels et Bédarieux. À l’époque, le préfet de
l’Hérault porte plainte, ainsi que le maire de Bédarieux. Contacté sur
les suites données, le procureur de Montpellier n’a pas répondu. «Ça a été classé sans suite, indique Benjamin Bajada, tout en assumant : On a juste déversé un peu de farine.»
Dans la nuit du 19 au 20 janvier, entouré d’une cinquantaine
d’agriculteurs, il est entré dans l’entrepôt logistique Système U de
Vendargues. «Sur place [...], les individus ont procédé à des dégradations en jetant par terre des produits frais et surgelés, rapporte la préfecture de l’Hérault. Des palettes de produits étrangers ont été renversées. Des bouteilles de vin ont également été brisées.» Interrogé par Streetpress et Reporterre, le syndicaliste rétorque : «3 000 litres de vin pour une vie humaine, j’m’en fous complément.»
Politiquement, l’agriculteur entretient une proximité avec les représentants de l’extrême droite locale. «À titre personnel»,
précise-t-il, il soutient régulièrement les actions des membres de
Demain Clermont, la liste conduite par Richard Vinuesa à l’élection
municipale de mars. Ex-candidat Reconquête! aux législatives de 2022, celui-ci espère aujourd’hui devenir maire de Clermont-l’Hérault grâce à une liste de «droite pure» affiliée au RN.
«C’est vrai que je m’entends bien avec certains députés RN, ce sont des gens qui sont à mon écoute»
Les députées lepénistes de l’Hérault Manon Bouquin et Stéphanie Galzy étaient conviées à l’assemblée générale de la CR en avril 2025. «Nous avons invité des députés de tous bords politiques, mais ce sont les seules qui ont fait le déplacement», explique Benjamin Bajada, qui précise que la Coordination rurale, en tant que syndicat, est «apolitique». «C’est vrai que je m’entends bien avec certains députés RN, ce sont des gens qui sont à mon écoute», admet-il toutefois.
« Roger Holeindre était un homme exceptionnel », écrit Benjamin Bajada dans ce post Facebook.
Capture d’écran / Facebook
Le 24 janvier, il partage sur sa page Facebook la vidéo d’un discours du cofondateur du Front national, Roger Holeindre. Titrée «Roger Holeindre était un homme exceptionnel», la publication rend hommage à cet ancien membre du mouvement terroriste d’extrême droite OAS, l’Organisation de l’armée secrète.
D’après nos informations, Benjamin Bajada, en faveur d’un Frexit «comme ce qu’ont fait les Anglais», a pourtant perçu 6 725,95 euros d’aides environnementales issues de la Politique agricole commune en 2024.
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Notes
[1] Mise
à jour du 4 février 2026 à 13 h 30 — Ajout du classement sans suite de
la plainte de l’Observatoire juif de France contre Claire Bizien.
Parmi
les nombreux projets industriels qui menacent la forêt pyrénéenne, il
en est un qui se distingue par sa démesure et son absurdité : le projet
E-CHO, porté par la start-up Elyse Energy.
C'est
à Lacq, près de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques (64), que ce projet
de complexe industriel porteur de 800 emplois visant à produire des
carburants décarbonés notamment pour le transport aérien (e-biokérosène)
et maritime (e-méthanol) est à l'étude. Son coût est estimé à 2
milliards d'euros. Outre une consommation énergétique et un besoin en
eau considérables, E-CHO nécessitera un volume de bois colossal : 500
000 tonnes chaque année, soit environ 2 millions d'arbres coupés.
Lacq,
cela semble loin : 100 kms de Lannemezan, 210 kms de Toulouse, 140 kms
de Auch, 215 kms de Foix, 210 kms d'Agen. Ce qu'il s'y passe peut nous
paraître bien trop éloigné pour s'en préoccuper. Pourtant, le "lointain"
E-CHO impactera toute la chaîne pyrénéenne et au-delà : la zone
d'exploitation forestière envisagée s'étendra jusqu'à 400 kms autour de
Lacq.
En
dehors des Pyrénées-Atlantiques, Elyse Energy et les pouvoirs publics
n'ont fait aucune communication à propos de ce projet pharaonique. Les
citoyen.ne.s seront mis devant le fait accompli. Devons-nous laisser
faire ?
Par Jacques Descargues, ancien secrétaire de l'ONF (Office Nationale des Forêts).
Avec l'aimable autorisation de Mediabask, le média indépendant de référence du Pays Basque.
À
l’initiative de l’entreprise Elyse Energie, un très ambitieux - et
séduisant - projet industriel de décarbonation a été initié dans les
Pyrénées-Atlantiques, sur le site industriel de Lacq. Concrètement, le
projet a pour finalité de produire des énergies bas carbone pour le
transport maritime et l’aviation. La concertation préalable concernant
le projet E-cho vient de se terminer. Une enquête publique sera lancée
courant 2025. La concrétisation industrielle serait pour 2027. Le coût
du projet est estimé à 2 milliards d’euros hors taxes.
La
concertation préalable, pilotée par la Commission nationale du débat
public (CNDP) a bien présenté les technologies à mobiliser ainsi que la
répartition et les fonctions des trois entités industrielles mais elle
n’a toujours pas répondu à deux questions essentielles : l’eau et la
biomasse indispensables à la production de ces nouvelles sources
d’énergie sont-elles, ou non, disponibles sur le territoire ? Car pour
produire ces nouvelles énergies sur le site industriel de Lacq, encore
faudrait-il disposer des grands volumes d’eau et de biomasse
indispensables au processus industriel. Le dossier du projet précise
qu’il faut annuellement disposer d’une ressource en eau évaluée à 7,7
millions de m3 et d’une ressource en biomasse évaluée à 500 000 tonnes.
Si ces ressources se révélaient indisponibles, la pertinence et la
crédibilité du projet seraient à remettre en cause.
À
ce jour, la concertation préalable n’a pas permis d’obtenir de réponses
claires. Concernant l’eau qui serait prélevée dans le Gave de Pau, le
projet compte sur des économies à réaliser sur les consommations
actuelles de l’agriculture, de l’eau potable et de l’eau consommée par
l’industrie. C’est un vaste programme, un pari ? Et ce n’est pas gagné
d’avance. Nous attendons donc que le projet E-cho présente des scénarios
crédibles. Surtout dans le contexte de l’aggravation des crises
climatiques.
Concernant
la biomasse, la situation est encore plus confuse. Le dossier de
concertation, les fiches thématiques, les premières réponses esquissées
ne permettent pas de comprendre où et comment le projet va pouvoir,
durablement, trouver un tel volume de biomasse. Ou plutôt, on comprend
bien que le projet compte sur la soit-disant disponibilité en biomasse
forestière provenant des forêts du massif aquitain et pyrénéen, voire
des forêts d’Occitanie ou même de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Or
les récentes études publiées en 2023 sur la situation des forêts
françaises confirment que celles-ci sont entrées dans une période de
crise grave. C’est un véritable renversement de tendance qui est en
cours sous l’effet délétère du changement climatique. Dans un premier
temps, au siècle précédent, les forêts ont bénéficié de l’excès de
carbone dans l’atmosphère pour accroître leur productivité. Elles ont
par exemple augmenté de 50% leur stock de bois en 30 ans tout en
permettant un accroissement des prélèvements. Puis, depuis une dizaine
d’années, ce processus de croissance s’est ralenti à cause du
réchauffement climatique.
L’inventaire
national forestier de l’Institut national de l’information géographique
et forestière (IGN), dans son rapport 2023, souligne que depuis dix
ans, la croissance de la production de bois diminue. La mortalité des
arbres a augmenté de 80 %, les surfaces impactées par les épidémies et
les dépérissements sont aujourd’hui équivalentes aux surfaces touchées
par les incendies en 35 ans. Il précise que le volume de CO2 fixé par
les forêts diminue fortement, il est passé de 83 millions de tonnes en
2018 à 50 millions en 2022 (-40 % en cinq ans).
L’inquiétude
des scientifiques sur ce renversement de tendance a conduit l’Académie
des sciences à produire un rapport de synthèse spécifique qui confirme
ces évolutions et souligne qu’il est maintenant certain que le
changement climatique sera responsable d’une baisse de la séquestration
du carbone par les forêts. Selon l’Académie, la stratégie bas carbone de
l’État doit donc être révisée. Il faut dorénavant privilégier le
stockage du carbone dans les produits hors forêt plutôt que dans la
forêt elle-même. Le mythique puits de carbone forestier est donc en
train de disparaître. L’Académie des sciences conclut (entre autres)
concernant le bois-énergie : “En cela, l’augmentation de la récolte de
bois pour l’énergie issue de la biomasse ligneuse primaire, dans les
dix années à venir, pose question”. Elle préconise également une
“adaptation de la pratique des coupes rases”.
Quant
aux gestionnaires de l’Office national des forêts (ONF), ils constatent
que “près de 25 % des forêts publiques sont déjà dégradées à cause des
conséquences du réchauffement climatique” et que la tâche qui les attend
“peut sembler vertigineuse” pour faire face à ces évolutions.
Dans
ce contexte, est-il pertinent de penser que la ressource forestière
locale sera au rendez-vous du projet E-cho ? La situation des forêts en
Aquitaine et dans les Pyrénées serait-elle différente de la situation
inquiétante de la forêt française ? On attend avec impatience les
éléments concrets de réponse qui résulteront des études en cours, hélas
toujours non disponibles.
Et
d’ores et déjà, la multiplication des projets de bois-énergie provoque
des tensions entre usagers. En zone rurale, où le bois de chauffage est
largement utilisé, les prix explosent, les projets de petites
chaufferies collectives communales deviennent impossibles. Est-il
socialement juste de faire supporter aux ruraux une baisse de leur
pouvoir d’achat et l’accès à leurs ressources naturelles, eau et
biomasse, pour satisfaire les besoins en énergie du transport maritime
et du transport aérien ?
À
ce stade, des informations disponibles et de nos réflexions, ce projet
ambitieux et séduisant de production d’énergie bas carbone sur notre
territoire pourrait n’être qu’un mirage. Et nous craignons, s’il se
réalisait, qu’il devienne un triste éléphant blanc.
Biocarburants : une mauvaise solution pour décarboner l'aviation
Le
secteur aérien vit un boom sans précédent. Les ventes d’appareils ont
battu des records ces dernières années et le trafic mondial devrait
doubler d'ici à 2050. Pour l'heure, les avions de ligne émettent déjà
chaque année autant de CO2 qu’un pays comme l’Allemagne. Une pollution
insoutenable pour la planète. La solution : décarboner l'aviation en
produisant du biokérosène. Le terme SAF (Sustainable Aviation Fuel, ou
carburant d’aviation durable) est sur toutes les lèvres des acteurs du
marché de l’aéronautique. Derrière ce sigle se cachent des biocarburants
basés sur la biomasse, une énergie considérée comme « renouvelable »
dans l’union européenne. Ils combinent le bois à l’hydrogène afin de
produire du biokérosène. Mais les biocarburants sont une mauvaise
solution pour décarboner l’aviation.
par le collectif Forêts Vivantes Pyrénées
Le
secteur aérien fonde sa stratégie de décarbonation en partie sur les
biocarburants et les utilise pour justifier la poursuite de sa
croissance. Dans le cadre de son plan de décarbonation, qui vise la
neutralité carbone en 2050, les émissions de CO2 de l’aviation ne
commenceraient à véritablement décroître qu’à partir de 2035. Selon les
projections de l’ONU, pour maintenir le réchauffement sous le seuil de
1,5 °C, il faudrait atteindre une réduction de 55 % d’ici 2030. Alors
que les objectifs pour 2030 et 2050 sont indissociables, le secteur
aérien ne s’engage que sur le plus éloigné car il se refuse à réduire
son trafic dès maintenant, pourtant le seul moyen d’atteindre l’objectif
de 2030. Bien au contraire, l’industrie souhaite continuer sa
croissance, avec un doublement de la flotte mondiale d’ici 2050 (de 23
000 avions aujourd’hui à 43 000).
Tout
récemment deux rapports commandités par l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol
montrent qu’une réduction d’au moins 30 % des émissions de CO2 est
nécessaire d’ici 2030 (par rapport à 2019) pour que l’aéroport soit sur
une trajectoire 1,5°C, même en considérant que le secteur aérien aurait
droit à une part de budget carbone plus importante que les autres du
fait de sa difficulté à décarboner. Cela implique de réduire plus ou
moins fortement le nombre de vols, selon la proportion de
long-courriers, qui émettent le plus de CO2.
Pour
le réseau international Rester sur Terre, « la seule solution pour
réduire rapidement les émissions de CO2, c’est de réduire le trafic. »
L'organisation explique que les carburants d’aviation dits « durables »,
dont les biocarburants, arriveront trop tard, car on ne pourra pas en
mettre plus que quelques pour cent dans les avions en 2030, alors que
c’est maintenant qu’il faudrait mettre le paquet sur la décarbonation.
Ils seront d’autre part en quantité très insuffisante, car ils reposent
sur des ressources convoitées par d’autres secteurs répondant à des
besoins plus essentiels de la société et les utilisant de manière plus
efficace pour contrer le réchauffement climatique. La montée en
puissance de la production d’électricité renouvelable, déjà ambitieuse,
ne pourra satisfaire toutes les demandes, et la biomasse, fragilisée par
le changement climatique, peine déjà à fournir ses clients
traditionnels. Le transport aérien doit donc être limité à ses usages
essentiels, au moins tant que les ressources renouvelables restent
insuffisantes.
Les
Français y sont prêts : selon un sondage réalisé pour BFMTV, « 59 % se
disent prêts à encore moins prendre l’avion afin que la France fasse des
économies d’énergie et 20% assurent qu’ils le font déjà. »
En
outre, l’impact climatique des avions ne se limite pas au CO2. Les
cirrus induits par les traînées de condensation ainsi que les dérivés
des NOx ont un impact deux fois plus important que le CO2, impact que
les carburants d’aviation soi-disant durables ne réduisent que très
partiellement.
Selon une enquête en cours de l’ONG internationale Biofuelwatch, le projet E-CHO présente un haut risque industriel, car «
chacune de ces usines nécessiterait la mise en place de technologies
dont le développement n’est pas encore abouti, où que ce soit dans le
monde », à savoir :
L’électrolyse de l’hydrogène1 est
une technologie à forte consommation d’énergie qui a été testée avec
succès, mais pas encore à l’échelle proposée par E-CHO. Aucun
électrolyseur de cette taille n’a été mis en service. Le plus gros
existant actuellement, qui vient d’être mis en service en Chine, ne fait
que 240 MW.
Toutes
les tentatives passées visant à produire des carburants liquides pour
le transport, y compris des carburants d’aviation, à partir de bois ont
échoué ;
Bien
que la technologie de fabrication de l’e-méthanol ait été éprouvée,
l’e-méthanol n’a jusqu’à présent été produit à grande échelle nulle part
dans le monde, le coût de l’hydrogène et du dioxyde de carbone
constituant les principaux obstacles.
Aucune
installation de cette ampleur n’existe actuellement et aucune
installation de moindre envergure à base de biomasse forestière n’est
parvenue à un stade industriel fonctionnant sur la durée.
Pire,
le procédé de fabrication de kérosène à partir de biomasse forestière
lui-même pose problème. La corrosion et l’encrassement lors de la
gazéfaction et la liquéfaction sont tels qu’il n’y a pas de solution
technique pour faire fonctionner le processus en continu actuellement.
Auditionné
par le Sénat en avril 2023, le PDG de TotalÉnergies, Patrick Pouyanné,
dit à propos des biocarburants de deuxième génération : «
on ne sait pas fabriquer du 2G à base de déchets forestiers ou
végétaux, aujourd’hui à échelle industrielle (…) On a mis beaucoup
d’argent, avec Shell et les autres. Mais on arrive sur des filières de
biotechnologie. Cela marche en labo, en pilote, mais cela ne marche pas à
l’échelle industrielle. » Point de vue corroboré par l’ONG
Biofuelwatch, qui constate qu’un projet utilisant la même technologie
que BioTJet, le projet de Red Rocks Biofuels aux États-Unis, a échoué
après avoir englouti 75 millions $ de subvention du gouvernement et 300
millions $ d’un prêt garanti par l’État de l’Oregon.
Élyse
Energy ne peut ignorer ces échecs, ce qui n’a pas empêché la jeune
start-up de bénéficier déjà de 7,9 millions d’euros de subventions
publiques et de solliciter en tout 2 milliards d’Euros
d’investissements. La CNDP cite le Cahier d’acteur déposé par Rester sur
Terre le 17 janvier 2024 : «
Nous mettons donc en garde l’État et les collectivités locales qui
pourraient être tentées de soutenir le projet E-CHO : non seulement le
bio-kérosène de 2e génération constitue une mauvaise solution contre le
réchauffement climatique, mais ses chances de succès sont faibles. »
Si
le complexe industriel d’E-CHO devait voir le jour, il représente
également des risques considérables pour la population locale, ce qui
suscite de nombreuses inquiétudes reprises dans le bilan de la CNDP. On
peut noter un risque de pollution de l’air, qui sera certainement
aggravé par les transports du bois (15000 camions par an). Les émissions
de GES générées par le transport de la biomasse seront importantes,
surtout si, selon les aires d’approvisionnement, le transport doit se
faire sur de plus longues distances (éventuellement même par bateaux).
Le méthanol est un gaz hautement toxique, avec des risques pour la santé
des riverains de Lacq, où il existe déjà une surmortalité par maladies
respiratoires et cardiovasculaire. Une étude participative de Santé
Publique France est en cours.
Les Shifters de Pau notent aussi les risques suivants :
Les
fuites d’hydrogène, gaz très difficile à étancher. L’hydrogène qui
n’est pas un gaz à effet de serre, mais détruit les radicaux OH de
l’atmosphère ce qui favorise l’effet de serre (ce nouveau sujet de
recherche commence à être documenté).
Les fuites ou rejets de CO2.
Toutes
les pollutions inhérentes aux opérations de raffinages et de transports
de carburants, fuites et rejets à l’atmosphère, torchage et events
“froids”.
Les manipulations de produits chimiques en particuliers ceux du traitement de l’eau utilisée par les électrolyseurs.
Les
rayonnements électromagnétiques résultants des très fortes intensités
de courants dans les électrolyseurs, 2 à 5 millions d’Ampères.
C’est-à-dire l’utilisation de l’électricité pour diviser des molécules d’eau
Menace pour la biodiversité
L’impact
du projet E-CHO sur la biodiversité n’a été pour le moment étudié que
pour le seul site de Lacq, sans tenir compte des conséquences de
l’approvisionnement en bois et en eau sur la biodiversité de la forêt et
des milieux aquatiques.
Or,
le Gave de Pau et ses abords bénéficient de la plus haute protection
environnementale, depuis la création, le 10 octobre 2014, d’un Site
Natura 2000 dont l’objectif était de protéger une biodiversité
exceptionnelle. Comme nous le disions dans notre contribution au cahier
d’acteurs de la concertation publique : «
81% du territoire du Gave de Pau est composé d’une grande diversité
d’écosystèmes : plus de 4000 hectares de forêts alluviales et mixtes,
205 types d’habitats naturels ou semi-naturels dont 99 types d’habitats
d’intérêt communautaire. Parmi ces derniers, 18 types sont des habitats
naturels prioritaires. La liste est impressionnante : végétation
arborescente, prairies, pelouses, marais, eaux dormantes, plantes
amphibies ou poussant près de zones humides. Tous ces biotopes
accueillent de nombreuses espèces protégées et menacées (tourterelle des
bois, lamproies, saumons, aloses, chabots, moules, écrevisses à patte
blanche, libellules..). »
Il
est évident qu’un prélèvement annuel de 6,8 millions de m3 dans ce gave
représente un risque de désolation des milieux aquatiques, déjà
lourdement impactés par le réchauffement. Si l’on ajoute à cela le fait
que les eaux de refroidissement rejetées pourraient atteindre des
températures allant jusqu’à 30°C et transporter des polluants, il paraît
clair que le projet aura des conséquences néfastes pour la biodiversité
aquatique. Les alevins et les salmonidés sont particulièrement
vulnérables, car ils dépendent d’eaux froides pour leur survie.
Les
algues aussi se multiplient dans des eaux chaudes, stagnantes, avec un
taux d’azote élevé, ce que l’on peut observer de plus en plus
fréquemment sur les rives des gaves pyrénéens l’été, période d’étiage et
de recours aux fertilisants azotés. Les conséquences sur tous les
milieux, y compris côtiers, sont importantes. L’agence Adour Garonne
avait étudié dès 1994 la prolifération des algues vertes, dont on
connaît l’impact désastreux sur le tourisme, dans le bassin d’Arcachon1. Déjà a cette époque, l’agence tirait la sonnette d’alarme : «
Le fait le plus marquant en matière d’évolution du milieu au cours de
ces 20 dernières années est, sans aucun doute, l’augmentation de la
concentration en nitrate des masses d’eau internes du Bassin,
directement liée à l’accroissement des apports d’azote d’origine
agricole dans les cours d’eau.» Elle notait le lien entre déforestation et augmentation de l’azote dans les cours d’eau : «
L’évolution de l’occupation du sol (notamment l’extension d’une
agriculture de type intensif aux dépens de la forêt) a eu pour
conséquence directe une aggravation des phénomènes de lessivage, en
particulier de l’azote. »
On
le sait, tous ces phénomènes se sont accélérés depuis, avec de
nouvelles algues toxiques ayant fait leur apparition sur les cotes
basques. E-CHO est susceptible d’y contribuer par les prélèvements dans
le gave de Pau et par la diminution des surfaces forestières. Les
récoltes de biomasse, dont une partie en coupe rase, risquent
d’accroître les problèmes d’érosion des sols et donc d’aggravation de
l’intensité des crues, en affaiblissant le rôle fondamental des forêts
dans la régulation du cycle de l’eau. De plus, le tassement des sols,
provoqué par la récolte industrielle et l’absence de couverture végétale
des terrains en pente provoquent un effet « chasse d’eau » : lors de
pluies abondantes, le terreau fertile de surface est emporté dans les
rivières dont le lit est de moins en moins profond. Les inondations
deviennent plus fréquentes avec des conséquences désastreuses pour
l’environnement et l’homme.
Cette
malforestation a évidemment également des effets néfastes sur la
biodiversité des forêts. La pratique des coupes rases consiste à
défricher entièrement les terrains forestiers, déracinant tous les
végétaux, ramassés par de lourds engins qui tassent le sol. Le terrain,
vidé de sa faune et de sa flore, est ensuite retourné pour planter des
alignements d’essences à pousse rapide, plus rentables que la forêt de
feuillus abattue. Ces plantations attirent moins de faune (oiseaux et
pollinisateurs), d’autant qu’elles sont plus vulnérables aux maladies et
donc parfois traitées avec des produits phytosanitaires. L’écosystème
qui disparaît est remplacé par une exploitation industrielle,
majoritairement de résineux, captant moins de CO2 et beaucoup plus
vulnérables aux incendies, qui libèrent du CO2 dans l’atmosphère. Il en
est de même pour l’exploitation abusive des haies en milieu agricole,
qui entraîne la disparition de la trame verte dont dépendent les
pollinisateurs et les oiseaux insectivores pour leurs déplacements, ce
qui affecte négativement la fertilité et les rendements agricoles.
Pour
alimenter le procédé d’électrolyse nécessaire à la production de 72 000
tonnes d’hydrogène, le projet E-CHO sera très gourmand en eau : un débit
collecté dans le gave de Pau de 6,8 Millions de m3/an et un débit
rejeté 3,3 Millions de m3, soit un prélèvement net de 3,5 Millions de
m3/an. De plus, l’électrolyseur prévu a une puissance de 520 MW, alors
que les électrolyseurs de 100 MW ou 200 MW actuellement en phase d’essai
ailleurs consomment d’ores et déjà davantage que la consommation
annuelle annoncée.
Les
prélèvements pour l’ensemble du site de Lacq étaient de 11 millions de
m3 en 2022 et l’Agence Adour Garonne a autorisé un prélèvement total
(Gave et eau potable) de seulement 14,8 millions en mai 2023 : «
Les 7 millions de m3 du projet en devenir vont nécessiter des efforts
de réduction majorés par rapport à la situation initiale (à priori
2016-2020) même si les prélèvements industriels ont certes largement
diminué depuis 2003 ». Elyse a donc demandé une autorisation de prélèvements supplémentaires, sans même envisager une économie circulaire de l’eau: « N’aurait-on pas pu réutiliser des eaux déjà utilisées par d’autres industriels pour limiter les prélèvements sur le milieu ? », s’interroge l’Agence Adour Garonne.
Car,
fait sans précédent, dans sa contribution au cahier d’acteurs, l’agence
gouvernementale elle-même pointe les défaillances du projet dans une
contribution au cahier d’acteurs, où elle rappelle que la consommation
annuelle annoncée représente celle de 80 000 habitants, soit celle d’une
ville de la taille de Pau. Alors que d’autres industries locales
doivent diminuer les leurs et qu’il y a des restrictions de plus en plus
fréquentes pour les particuliers et les agriculteurs en période de
sécheresse, il n’y a pas dans le projet E-CHO de mise en comptabilité du
plan de sobriété nationale, qui prévoit une baisse globale des
prélèvements en France de 10 % d’ici 2030.
L’agence
Adour Garonne s’interroge donc aussi sur la compatibilité de ce projet
avec le Plan de sobriété national qui va être décliné localement dès
cette année. «
C’est un projet qui n’est pas neutre, alors que l’enjeu est de trouver
comment économiser 37 millions de m3 par an à l’horizon 2030 sur le
bassin de l’Adour, ces millions de m3 consommés par le projet d’Elyse
Energy vont nécessiter des efforts de réductions majorés. (…) À chaque
fois qu’on réfléchit à la mise en place d’un projet, il est important
aujourd’hui de se poser toutes ces questions pour que chaque goutte
d’eau que l’on prélève soit utilisée au maximum et au mieux. »
Enfin,
Elyse ne prend en compte ni les périodes d’étiage ni les variations de
débit du Gave et se base sur un débit constant qui serait équivalent à
celui de 2000 ! Or, dans les Pyrénées, une aggravation de la sévérité
des étiages et une tendance à la baisse de la moyenne annuelle de débit
des gaves ont été enregistrées sur 40 ans. Aux dérèglements du cycle de
l’eau en lien avec les activités humaines s’ajoutent la disparition très
rapide de tous les glaciers pyrénéens et l’observation alarmante du
tarissement de nombreuses sources d’altitude. L’étude transfrontalière
PIRAGUA,1 publiée tout récemment, prédit une baisse de 15% du débit des rivières dans les Pyrénées d’ici 2040.
Les
conflits d’usage vont donc se multiplier, conflits majeurs puisqu’il
faut de l’eau potable pour la population et de l’eau d’irrigation pour
les agriculteurs qui doivent subvenir aux besoins alimentaires de cette
population. L’étude Adour 2050 est arrivée à des conclusions alarmantes
en ce qui concerne la ressource en eau de la région : «
Le déficit des bassins versants va se creuser si les besoins en eau
restent constants, surtout pendant la période d’étiage, car les apports
naturels seront moins importants. L’augmentation des débits de début de
printemps ne pourra pas compenser la baisse des débits en été même si le
surplus d’eau printanier est stocké. »2
L’Accord
de Paris engage les gouvernements à essayer de maintenir le
réchauffement climatique en deçà de 1,5°C à l’horizon de 2050, faute de
quoi nous déclencherons des catastrophes climatiques irréversibles et
les conséquences de la crise climatique s’aggraveront pour les
populations (réchauffement, aléas climatiques violents, catastrophes
naturelles…). Mais cela sera impossible à réaliser sans une élimination
rapide de la combustion des combustibles fossiles et sans l’élimination
d’une plus grande quantité de CO2 de l’atmosphère. Il n’existe qu’un
seul moyen éprouvé d’éliminer le CO2 de l’atmosphère : permettre aux
écosystèmes naturels – y compris les sols sains – de s’épanouir et de se
régénérer. La forêt étant, avec les océans, le seul écosystème capable
de stocker du CO2 en grande quantité, il faut impérativement protéger sa
capacité à capter du CO2 et éviter à tout prix de la surexploiter. Les
coupes rases, qui défrichent entièrement les parcelles, sont en
particulier à proscrire. Elles détruisent encore plus de végétaux
capables de capter du CO2, elles tassent le sol forestier, ce qui
compromet sa fonction de séquestration. Face au réchauffement
climatique, l’Académie des sciences recommande donc des prélèvements
minimaux en sylviculture douce à couvert continu. « Hors sinistres et
dépérissement, il apparaît indispensable d’éviter les coupes rases
autant que possible, en raison de leurs impacts écologiques, paysagers
et climatiques trop importants. » 1
Une
utilisation excessive de la biomasse forestière, loin d’être à bas
carbone, est en réalité à très haut carbone ajouté dans l’atmosphère, du
fait d’une diminution du puits de carbone. Moins le CO2 est séquestré
par les plantes (actuellement 30 % de tout le CO2 émis par l’homme),
plus il s’accumulera dans l’atmosphère. Pour une entreprise forestière,
une récolte annuelle qui ne dépasse pas en volume l’équivalent de la
croissance annuelle des arbres apparaît comme « durable ». Mais pour le
climat, cela signifie que les arbres abattus ne séquestreront plus du
tout de CO2. Si les forêts sont remplacées par des plantations de
nouveaux arbres, ces derniers mettront 80/100/150 ans à reconstituer
leur stock de carbone.
De
plus, le retournement de tendance de la croissance biologique des
arbres, l’explosion de la mortalité, et l’augmentation des prélèvements
de bois, sont à l’origine de la chute de 50 % du puits de carbone,
constatée à ce jour. Et ce n’est qu’un début. L’usage des biocarburants,
comme des fertilisants carbonés, accélère l’arrivée d’un puits de
carbone négatif pour les forêts françaises. Bientôt elles ne seront plus
en capacité de stocker le CO2 en excédant dans l’atmosphère. Elles
seront, au contraire, émettrices nette de carbone. Donc, au lieu de
participer à la lutte contre le réchauffement climatique, les nouvelles
activités industrielles utilisant la biomasse forestière y
contribueront. Tout cela remet en cause la comptabilité carbone à
l’échelle de la France, selon laquelle la diminution du puits de carbone
consécutive à une récolte forestière est considérée comme
automatiquement compensée par une absorption, comptabilité que le projet
E-CHO a évidemment adoptée et qui n’a aucun sens physique. La
régénération forestière permettant l’absorption n’est pas instantanée.
Selon
la Sepanso 64, la diminution du puits de carbone consécutive aux
récoltes prévues par E-CHO est considérable. Pour mesurer le coût
carbone réel d’une récolte, on doit comparer la situation après une
récolte à la situation qui aurait prévalu en l’absence de récolte. La
différence entre les stocks de carbone du système forêt dans les deux
situations sur une période de temps donnée, en tenant compte de la
croissance de nouvelle matière ligneuse, constitue le coût carbone d’une
récolte sur cette durée. Dans le cas du projet E-CHO, on peut estimer
l’ordre de grandeur du coût carbone consécutif à une récolte annuelle de
300 000 t de bois sec de 2030 à 2050 ainsi que le coût carbone total
associé aux récoltes annuelles successives de 2030 à 2050 (2030 année
vraisemblable de mise en service à plein régime de la production de
kérosène). On obtient ainsi une valeur annuelle moyenne de coût carbone
dans la fourchette 300 000 t à 700 000 t de CO2 selon que la coupe est
suivie ou non d’un travail du sol. Cette quantité de carbone sera
réémise dans l’atmosphère pendant le processus de production du kérosène
et son utilisation dans le transport aérien. En d’autres termes
utiliser 300 000 t de matière ligneuse sèche annuellement pour produire
87 000 t de kérosène de 2030 à 2050 va contribuer au réchauffement
climatique à hauteur en moyenne de 10 millions de t de CO2 sur cette
période de temps.
De
plus, lorsqu’on abat, comme le ferait E-CHO et BIOCHAR, des milliers
d’hectares d’arbres année après année, on perd aussi les nombreux autres
services que rend la forêt : limitation de la sécheresse ; réduction de
l’érosion des sols ; effet éponge limitant les inondations et effet
bénéfique sur les températures, comme le montre une récente étude aux
États-Unis. ↩︎
Une ressource forestière limitée
"Si
vous regardez la biomasse réclamée par le secteur aérien, pour
remplacer le kérosène par des carburants dits d'origine durable, rien
que pour le secteur aérien il faudrait plus que la récolte commerciale
de bois en France. Rien que pour le secteur aérien et rien que pour les
avions qui décollent d'un aéroport français."
Pour l'association Canopée Forêts Vivantes : "Sous
couvert de décarbonation, la ‘stratégie’ gouvernementale de fuite en
avant industrielle nous conduit directement dans le mur, avec une
demande en bois qui excède largement les capacités des forêts locales."
La
forêt française est entrée dans une situation de crise potentielle.
Après une hausse très importante de la surface forestière et de la
production de bois au 20ième siècle, en ce début du 21ième siècle, il y a
depuis plus de 10 ans un renversement de tendance. L’accroissement
biologique des arbres baisse (-4%/an) et on constate aussi une très
forte mortalité des arbres (+100 % en 10 ans) due au changement
climatique (crises sanitaires forestières, sécheresses, prolifération de
bioagresseurs, etc.). Dans le même temps les besoins en matière
première bois de la filière traditionnelle ne cessent d’augmenter (bois
d’œuvre, d’industrie, bioénergie, carton, bois de chauffage).1
Dans un communiqué publié le 12 octobre 2023 2,
l’Inventaire Forestier National dresse un bilan alarmant des dix
dernières années : « Les conséquences du changement climatique se lisent
sur la santé des forêts françaises, avec notamment une très forte
augmentation de la mortalité des arbres : 7,4 millions de mètres cube par
an (Mm3/an) entre 2005 et 2013 à 13,1 Mm3/an entre 2013 et 2021. En
outre, la surface forestière touchée actuellement par le dépérissement
est équivalente au cumul des surfaces touchées par les incendies de ces
35 dernières années. » L’IFN souligne par ailleurs « qu’un
ralentissement global de la croissance des arbres a été observé et
chiffré à 4%/an… Ainsi le puits de carbone s’est établi à 40 millions de
tonnes de CO2/an en moyenne sur 2012/2021 diminuant d’un tiers en une
décennie. »
Le
projet E-CHO de Lacq nécessitera des prélèvements importants de
biomasse forestière, en moyenne de 500 000 tonnes de biomasse forestière
par an, pendant 5 ans, puis 150 000 tonnes par an les années suivantes.
Sur 15 ans, le volume des bois consommé représenterait la totalité de la
biomasse forestière des 20 000 ha du massif forestier d’Iraty. Le plan
précis d’approvisionnement de ces besoins en bois n’ayant pas été rendu
public, aucun territoire n’est à l’abri d’importantes coupes d’arbres. A
cela viendraient s’ajouter 135 000 tonnes de bois/an pour la production
de 20 000 tonnes de biochar à Garlin, si le projet porté par Miraïa
devait y voir le jour.
La
forêt de nos régions n’est pas en mesure de fournir une telle quantité
de biomasse forestière, et la ressource est souvent surévaluée car,
d’une part le volume moyen de bois à l’hectare reste un des plus faibles en France (100 à 150 m3/ha), et d’autre part, les parcelles en montagne
ne sont pas toujours exploitables. Des conflits d’usage sont
inévitables. Ils pourraient provoquer une déstabilisation du secteur
actuel de la filière bois en Nouvelle Aquitaine. Car ces projets
industriels viendraient en concurrence avec les besoins des acteurs
industriels de la filière bois. Ceux-ci doivent répondre à une demande
en forte croissance des besoins, en particulier pour la construction en
bois, la rénovation des bâtiments mais aussi la production de carton qui
doit se substituer au plastique. Cette demande en croissance a déjà
entraîné une augmentation de 9 % du taux de récolte de bois sur les 7
dernières années. L’étude de l’Interprofession France Forêt Bois
réalisée par le cabinet Carbone 4 souligne que la forêt française,
confrontée au changement climatique, ne pourra pas satisfaire demain
toutes les demandes des industries du bois. Des arbitrages devront être
faits en privilégiant les utilisations durables du matériau bois et les
besoins en énergie de ces entreprises.
Les
besoins en biomasse des usines biochar et de production de «
e-bio-kérosène » viendraient aussi en concurrence avec les besoins des
populations rurales qui utilisent le bois pour le chauffage (petites
chaufferies locales et bois de chauffage individuel). Ces populations
comptent aussi sur le développement du tourisme de nature qui serait
compromis par la dégradation des paysages. Les conséquences de ces
coupes de bois supplémentaires porteraient en effet atteinte au
patrimoine forestier qui ne saurait se limiter à la production de bois
(dégradation de la biodiversité, des paysages et du rôle de plus en plus
important de la forêt dans la régulation du climat). Dans son rapport
sur la situation de la forêt française paru en juin 2023 l’Académie des
sciences mettait en garde : « Le bois devient une ressource dont les
usages doivent être rationalisés…. En cela, l’augmentation de la récolte
de bois pour l’énergie issue de la biomasse ligneuse primaire dans les
dix années à venir pose question. En effet, ce bois contribue à
augmenter les émissions de CO2 sur un laps de temps pendant lequel
celles-ci ne seront pas compensées par une séquestration équivalente. »
La
ressource forestière n’est pas inépuisable, son renouvellement infini
est un mythe. Depuis une dizaine d’années, comme le mesure donc l’IGN,
la croissance de la production faiblit (-4 % /an depuis 7 ans), les
maladies frappent les forêts, les incendies causent de très graves
dégâts et la mortalité des arbres augmente (multipliée par deux en 10
ans). Certains massifs, notamment dans le Nord-est, présentent déjà des
niveaux de mortalité et de prélèvements supérieurs à la production
biologique et ont donc un puits de carbone négatif. D’autres forêts ont
même perdu de leur potentiel, comme celle des Landes, la plus touchée
par les tempêtes et les incendies.3 En
aucun cas, nos forêts du Sud-ouest ne peuvent faire l’objet de
prélèvements plus importants si l’on veut préserver le puits de carbone
et surtout le patrimoine commun que représentent nos forêts.
La
forêt étant, avec les océans, le seul écosystème capable de stocker du
CO2, il faut impérativement protéger la capacité de nos forêts à capter
du CO2 et éviter à tout prix de les surexploiter. Les coupes rases, qui
défrichent entièrement les parcelles, sont en particulier à proscrire.
Elles détruisent encore plus de végétaux capables de capter du CO2,
elles tassent le sol forestier, ce qui compromet sa fonction de
séquestration. Et surtout elles libèrent le carbone stocké dans les
arbres qui mettront 80/100/150 ans à reconstituer leur stock de carbone.
Face au réchauffement climatique, l’Académie des sciences recommande
des prélèvements minimaux en sylviculture douce à couvert continu. «
Hors sinistres et dépérissement, il apparaît indispensable d’éviter les
coupes rases autant que possible, en raison de leurs impacts
écologiques, paysagers et climatiques trop importants. »
De
plus, lorsqu’on abat, comme le feraient E-CHO et BIOCHAR, des milliers
d’hectares d’arbres année après année, on perd aussi les nombreux
services que rend la forêt, services que des nouvelles plantations ne
sont pas en mesure de rendre avant plusieurs décennies : amélioration de
la quantité d’eau disponible et de sa qualité, donc limitation de la
sécheresse ; réduction de l’érosion des sols et de l’effet éponge
limitant les inondations ; microclimats préservant et optimisant la
productivité agricole ; protection de la biodiversité ; sources de
revenus et de loisirs pour les habitants ; effet bénéfique sur les
températures et le ralentissement du réchauffement, comme le montre une
récente étude aux États-Unis.