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jeudi 4 juin 2026

La sexualité animale est bien plus diverse que nous ne voulons le savoir

La sexualité animale 

est bien plus diverse 

que nous ne voulons le savoir

 

31 mai 2026

 

Nous sommes loin des images bateaux réduisant la sexualité animale non humaine à une opération rapide pour assurer la reproduction.

Lions mâles qui s’accouplent, boîtes de nuit pour oiseaux... Le désir chez les animaux est infiniment riche et varié, comme le montre notre sélection culturelle.

La sexualité animale ? Vous avez sûrement appris à l’imaginer rapide, plutôt dominatrice, et relevant d’une activité pulsionnelle réflexe. Détrompez-vous. Les trois œuvres présentées ici en attestent : la sexualité des 11 millions d’espèces animales évoluant sur terre, dans l’eau ou dans l’air serait d’un foisonnement et, souvent, d’une tendresse incroyables.

Une fois la reproduction assurée, la plupart des espèces auraient leurs pratiques avec un, une, deux ou plusieurs autres, de sexe identique ou opposé (homosexualité ou bisexualité), avec des sextoys (certains singes et furets utiliseraient des galets parfaitement lisses)...

Conçu comme un voyage guidé par quelques scientifiques, dont un biologiste marin et un historien des sciences, ainsi que quelques personnalités du monde de la culture, telle la directrice du musée du Vagin, à Londres, le documentaire anglais Animaux : le sexe en toute liberté expose cette diversité sans fausse pudeur, ni esprit de gaudriole. Vous y verrez des images qui sonnent juste, comme celles de ces deux manchots gays de l’océan austral, qui vivent ensemble tranquillement dans une colonie après avoir élevé un petit, ou celles de ces bienheureux macaques plongés dans des sources d’eau chaude japonaises — des femelles lesbiennes ?

Nous sommes loin des images bateaux réduisant la sexualité animale non humaine à une opération rapide pour assurer la reproduction. Regardez ces deux hippocampes enlacés par la queue et dansant au gré du courant, ou ces lions se faire de tendres câlins après s’être montés mutuellement, si peu soucieux d’incarner l’image du mâle fier et dominateur chère aux masculinistes. Ont-ils quoi que ce soit de fruste ? Ne sont-elles pas plutôt poignantes ces jungles bruissantes de cris d’appels d’animaux dont le temps est compté ? « Pour la plupart des animaux, le temps pour le plaisir charnel et la reproduction est très réduit », souligne un des participants au film.

La sexualité animale est donc bien queer [1], comme le souligne le sous-titre. « Ça dérange certains d’entendre que le mouflon canadien est gay ou que des manchots mâles élèvent des petits ensemble, regrette Amy Parish, primatologue. C’est dur pour les scientifiques, dont les travaux sont moqués, ostracisés, invisibilisés… »

« Ça dérange certains d’entendre que le mouflon canadien est gay »

Ce documentaire dénonce les a priori puritains de la science, notamment darwinienne, et invite à la tolérance des non-humains. Après tout, les bonobos, ces grands singes connus pour fricoter à qui mieux-mieux, ne sont-ils pas parmi les animaux les moins belliqueux qui soient ? « Je ne sais pas si on peut en tirer des leçons, conclut l’écrivain étasunien Bradley Trevor Greive. Mais on ferait peut-être bien de prendre notre pied plus souvent. »

 

Animaux : Le sexe en toute liberté — Un règne animal queer, documentaire d’Herbert Ostwald, 2023, 53 min, 13 mars 2025, disponible jusqu’au 30/06/2028..
 
Cliquer sur ce lien pour voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=HScxNoIQTVs

 

Elle est sexologue, il est naturaliste, et ils ont écrit ensemble Bêtes de sexe — La diversité amoureuse des humains et autres animaux. En neuf chapitres, ponctués de dessins suggestifs et de citations qui le sont tout autant (dommage que les femmes soient peu représentées), ils font des allers-retours entre mondes humain et non humain pour comparer les parts physiologique et culturelle de la sexualité.

Variété et extravagance des organes reproducteurs et sensoriels, des pratiques sexuelles, place du cerveau dans la jouissance, manières de draguer (des effluves aphrodisiaques aux performances dans les leks — sortes de boîtes de nuit pour oiseaux), préjugés misogynes, etc. Plus on en apprend, et plus la sexualité se révèle au croisement d’autres dimensions, pouvoir, évolution du vivant, religions. Avec la bipédie, c’est la morale qui caractérise le plus les humains, expliquait Marc Giraud sur Radio France en 2023, lors de la présentation du livre. D’où la difficulté à considérer objectivement les autres espèces.

Il y parlait aussi notamment de la manière dont les mésanges, comme d’autres femelles, font croître la beauté du monde en incitant les mâles à se surpasser. « Des études génétiques ont montré que, dans un même nid, les poussins étaient rarement du même père. Quand elle couve, la femelle écoute le chant des mâles, et s’il y en a un qui lui plaît bien, un p’tit coup derrière les buissons, et voilà la variété génétique assurée — et la santé de certains de ses petits si l’un des mâles était défaillant. »

 

Bêtes de sexe — La diversité amoureuse des humains et des autres animaux, illustrations de Marc Giraud, Delachaux et Niestlé, octobre 2023, 190 pages, 22,90 euros.

Avec Le Désir animal, de l’éthologue Michel Kreutzer, nous franchissons encore un pas dans la compréhension de la sexualité animale non humaine. Cet universitaire de Paris-Nanterre, passionné de psychologie comparée entre humains et animaux, élargit en effet la réflexion en l’incluant dans une réflexion globale sur le désir animal. La lecture est plaisante, malgré un grand nombre de références, mais « il en faut pour s’aventurer sur ces terres encore peu arpentées », souligne l’éthologue et directrice de la collection où est publié cet essai, Jessica Serra, en postface.

En six chapitres thématiques, Michel Kreutzer explore donc la façon dont les animaux investissent le plaisir de vivre aussi à travers le jeu, le rire, le goût, la tendresse, la sensibilité à la beauté, la curiosité à l’égard de leur environnement… Il nous parle de ces oiseaux qui raffinent leur chant en permanence, de ces courses effrénées dans lesquelles se lancent chiens et chats, de ces kilomètres que font les grands singes pour trouver les saveurs qu’ils préfèrent, ou de ceux et celles qui se laissent dépérir à la mort d’une compagne, d’un compagnon.

Et tout en déployant ces exemples, il expose, citations à l’appui, la manière dont la philosophie et la science ont nié, dès l’Antiquité — et nient encore, sous l’influence de la pensée utilitariste —, cette vitalité désirante, réduisant les « bêtes » à des machines ne répondant qu’à des pulsions primaires, dictées par l’instinct.

Au final, on pense bien sûr à ces vies confinées, en cage ou en aquarium, de tant d’animaux… Est-ce pour éviter trop d’empathie, justement, que les pouvoirs et savoirs occidentaux ont tracé entre les non-humains et nous une frontière infranchissable ? Ou pour mieux contrôler notre vitalité humaine, en disqualifiant celle des non-humains ? Alors que l’amenuisement de la biodiversité devient une menace, explorer les arrière-cours culturelles de notre civilisation, comme nous y invite cet aventurier contemporain, est des plus stimulants. Sans réaliser d’où nous venons, pourrons-nous « apprendre à habiter le monde avec [les non-humains], non en maîtres, mais en compagnons de traversée », comme le dit si bien Jessica Serra ?

 

Le Désir animal, de Michel Kreutzer, Belin, coll. « Mondes animaux », dirigée par Jessica Serra, mars 2026, 212 pages, 20 euros.

 

Notes

[1Comme le définit l’association Outrans, «  c’est un terme parapluie qui englobe toutes les identités de genre ou orientations sexuelles et romantiques qui diffèrent de la norme cisgenre et hétéro. Il s’agissait à l’origine d’une insulte, que la communauté LGBTQIA+ s’est réappropriée  ».

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Source : https://reporterre.net/La-sexualite-animale-est-bien-plus-diverse-que-nous-ne-voulons-le-savoir?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne 

mercredi 3 juin 2026

Les 10 bonnes nouvelles de la semaine - Tamoul, reconnaissance faciale et lynx

Tamoul, reconnaissance faciale et lynx : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

 

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? 

Voici 10 bonnes nouvelles 

à ne surtout pas manquer. 



1. Le Gouvernement transnational tamoul tente d’exister sans territoire

Dix-sept ans après la fin de la guerre au Sri Lanka, le Gouvernement transnational du Tamil Eelam (TGTE) continue de représenter politiquement la diaspora tamoule depuis l’exil. Dotée d’un Parlement et d’institutions propres, cette structure milite pour l’autodétermination des Tamouls et une reconnaissance internationale des violences de 2009 comme un génocide. (Histoires Crépues)

 

2. Un guide juridique pour se défendre face à la reconnaissance faciale policière

Après une enquête révélant l’usage illégal de la reconnaissance faciale par la police française, Disclose et La Quadrature du Net ont publié un guide gratuit pour aider citoyen·nes et associations à connaître leurs droits. L’objectif : fournir des outils concrets face aux contrôles abusifs et à la surveillance policière. (Rembobine)

 

3. Quatre jeunes lynx relâchés dans les forêts du Jura

Quatre jeunes lynx recueillis en détresse par le Centre Athénas ont été relâchés dans le Jura après plusieurs mois de soins. Équipés de colliers GPS, ils feront l’objet d’un suivi étroit, alors que les collisions routières et le braconnage restent les principales menaces pour cette espèce protégée. (France 3 Régions)

 

4. Le gouvernement britannique refuse de nouveaux permis pétroliers en mer du Nord

Le gouvernement britannique a réaffirmé son refus d’accorder de nouvelles licences d’exploitation pétrolière et gazière en mer du Nord. Londres défend une stratégie tournée vers les énergies renouvelables et le nucléaire, malgré les critiques des conservateurs et des partisans d’une relance de l’exploration fossile. (Holyrood)

 

5. L’Assemblée vote contre l’importation de produits traités avec des pesticides interdits en France

Des députés RN, LFI et écologistes ont adopté un amendement interdisant l’importation de produits alimentaires traités avec des pesticides bannis en France. Le gouvernement s’y oppose, estimant que cette mesure contrevient au droit européen malgré les révélations récentes sur la présence de substances interdites dans des produits importés. (Le Monde)

6. Des éoliennes peintes comme des guêpes pourraient réduire les collisions avec les oiseaux

Une étude finlandaise montre que des motifs rouge, jaune et noir inspirés des guêpes poussent les oiseaux à éviter davantage les éoliennes. Les chercheurs estiment que ces couleurs d’avertissement, déjà utilisées dans la nature, pourraient limiter les collisions mortelles avec les pales. (Earth.com)

 

7. Un dépistage gratuit du cancer du poumon lancé dans cinq régions

Un programme pilote de dépistage du cancer du poumon va proposer des scanners gratuits à 20 000 fumeurs et ex-fumeurs âgés de 50 à 74 ans dans cinq régions françaises. L’objectif est de détecter plus tôt cette maladie, responsable de plus de 30 000 morts par an en France. (Le Monde)

 

8. Une espèce de renard sauvée de l’extinction sur une île californienne

Le renard de l’île de Santa Catalina, presque disparu après une épidémie ayant décimé 90 % de sa population en 1999, connaît aujourd’hui l’un des rétablissements les plus rapides d’une espèce menacée. Vaccination, élevage et suivi vétérinaire ont permis à cette espèce endémique de survivre, même si elle reste vulnérable aux maladies et aux activités humaines. (Good Good Good)

 

9. Six solutions low-tech pour rafraîchir les écoles pendant les canicules

Face aux fortes chaleurs, un chercheur propose des solutions simples et peu coûteuses pour adapter rapidement les écoles : volets extérieurs, ombrage, aération nocturne, brasseurs d’air ou encore repas froids. Ces mesures pourraient améliorer fortement le confort des élèves sans recourir massivement à la climatisation. (Vert)

 

10. À Greystones, bannir les smartphones a réduit l’anxiété des enfants

Dans cette ville irlandaise, des parents et écoles ont décidé collectivement de ne pas donner de smartphones aux moins de 13 ans. Depuis, les enfants dorment mieux, jouent davantage dehors et montrent moins de stress lié aux réseaux sociaux, selon les enseignants et familles impliqués dans l’initiative. (La Relève et la Peste)

* Image de couverture : unsplash

 

Source : https://mrmondialisation.org/tamoul-reconnaissance-faciale-et-lynx-les-10-bonnes-nouvelles-de-la-semaine/ 

mardi 2 juin 2026

« Je sais que je suis sans doute condamné à mort »

Journal de bord de Gaza 130

« Je sais que je suis sans doute 

condamné à mort »

 

Gaza-ville, le 15 mai 2026. Les premiers secours et les habitants se rassemblent sur le site d’un bombardement israélien visant l’appartement résidentiel de la famille d’Ezzedine Al-Haddad et son véhicule. Cette attaque a fait 7 morts et près de 50 blessés. OMAR AL-QATTAA / AFP

Mercredi 20 mai 2026.

Le 15 mai, les Israéliens ont assassiné Ezzedine Al-Haddad,

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il dénonce la stratégie de l’armée israélienne consistant à bombarder des immeubles résidentiels pour assassiner une personne, maximisant ainsi le nombre de victimes civiles, ainsi que sa normalisation dans les esprits occidentaux ; il confie également la culpabilité qui le ronge de savoir qu’en tant que journaliste, il est une cible et que sa famille pourrait être tuée avec lui.  

 

Mercredi 20 mai 2026.

Le 15 mai, les Israéliens ont assassiné Ezzedine Al-Haddad, commandant des Brigades Ezzedine Al-Qassam, la branche armée du Hamas. Ils ont bombardé un immeuble résidentiel de cinq étages, puis, pour être sûrs de l’avoir atteint, la voiture qu’il utilisait. Comme d’habitude, j’ai relayé cette information sur les différents canaux de discussion. Le lendemain, une amie journaliste m’appelle et me demande des précisions : « Habitait-il dans cet immeuble ? » Je lui réponds qu’apparemment, il n’y habitait plus pour des raisons de sécurité, mais qu’il était venu rendre visite à sa femme et à ses enfants. Cette journaliste — une amie chère — me répond : « Est-ce bien normal qu’il ait pris ce risque ? Il a choisi d’être un combattant, mais il sait qu’en se rendant dans un lieu où résident des civils, y compris sa famille, il peut causer la mort de dizaines de personnes. » Je lui ai répondu : « C’était un être humain comme tous les autres, qui voulait voir sa famille. »

L’attitude de mon amie journaliste m’a fait comprendre à quel point les Israéliens ont réussi à « cuire les cerveaux », comme on dit chez nous. Ils sont arrivés à faire croire que détruire un immeuble entier pour tuer un combattant, c’est normal. Et que ce qui n’est pas normal, c’est qu’un combattant du Hamas, ou même un membre de la branche politique du Hamas, ou quelqu’un de la résistance, ait envie de rendre visite à sa femme et à ses enfants qui lui manquent. Tuer 200 personnes parce qu’il y a un homme du Hamas dans le bâtiment, c’est « compréhensible » ? Que cet homme du Hamas habite dans un immeuble résidentiel, ou y vienne simplement en visite, c’est cela qui est incompréhensible ? 

L’armée d’occupation dispose d’une technologie qui lui permet de « viser » une aiguille dans une botte de foin. Ils l’ont déjà utilisée, visant parfois une seule personne parmi des centaines d’autres. Nous sommes ce qu’il reste d’une population de 2,3 millions de personnes à vivre comme des lapins dans une cage qui couvre 40 % de la bande de Gaza, observés vingt-quatre heures sur vingt-quatre par la plus grande machine d’espionnage du monde, fonctionnant à l’aide de l’intelligence artificielle, avec des drones, des satellites d’espionnage, des systèmes d’écoute, de la reconnaissance vocale et faciale même de loin — une technologie en avance de dix ans sur le reste du monde. En 2011, j’avais interviewé un collaborateur arrêté par le Hamas. Il était chargé d’espionner les jeunes du Fatah dans les universités. Le service de renseignement israélien lui avait confié une montre qui filmait et qui enregistrait, bien avant que ce genre d’appareils ne soit disponible dans le commerce.

 Les Israéliens peuvent viser un seul homme avec un drone ou un missile, mais ils ne le font pas toujours. De temps en temps, ils attendent qu’un lapin sorte de son terrier et rejoigne sa famille pour le tuer, et tous ses proches avec lui. Ils ont tué des centaines de personnes en bombardant un quartier entier sous le prétexte d’éliminer Abou Obeïda, le porte-parole de la branche armée du Hamas, alors qu’ils savaient très bien qu’il n’était pas là. Ils ont détruit des écoles entières en prétendant y éliminer un seul membre du Hamas qui s’y cachait peut-être. Tout le monde a vu les images des enfants déchiquetés, des civils massacrés.

Tout cela sans beaucoup de réactions dans le monde. Les Israéliens ont réussi à faire admette au monde entier que résistance = Hamas = terrorisme. Et que s’ils tuent des dizaines de personnes, c’est la faute du Hamas. Quand les Israéliens suivent un homme du Hamas sur leurs écrans, pourquoi attendent-ils qu’il entre dans son immeuble familial pour l’éliminer ? Il fallait être en colère contre l’Israélien qui a tué tout le monde. Il fallait se demander pourquoi les Israéliens tuent des dizaines de gens et non une seule personne. Ils ont réussi à implanter dans les cerveaux que le Hamas est comme une grande armée. Mais Gaza, ce n’est pas un pays. Ce n’est pas l’Ukraine ou la Russie. Il n’y a pas de casernes ni de bases militaires. Les combattants vivent parmi les civils parce qu’ils font partie de la société. Le Hamas, c’est peut-être ton frère, ton cousin, ton fils, ton ami.

Pour les Occidentaux, la notion de terrorisme est à géométrie variable. Quand les Ukrainiens envoient des drones en Russie, ils savent qu’ils vont aussi tuer des civils. Mais pour l’Ouest, c’est acceptable, parce que les Ukrainiens résistent à l’occupation russe. Nous, lorsque nous mourons dans une frappe israélienne, c’est de notre faute : il y avait peut-être un terroriste parmi nous. Le droit international a toujours une géographie et une couleur de peau. Il ne s’applique pas à notre cas. Que cette inversion des rôles s’invite aussi dans la tête d’une journaliste étrangère, cela me désole. Pis, je me suis senti touché personnellement. La conversation s’est poursuivie :

« — Tu sais très bien que moi aussi, en tant que journaliste, je suis une cible. Et malgré cela, j’habite avec ma femme et mes enfants. Alors, selon toi, je suis coupable de vivre avec eux ?
— Non, on ne peut pas comparer. Combattant et journaliste, ce n’est pas la même chose.
— Mais si, pour les Israéliens, c’est la même chose. »

Les Israéliens visent les journalises. Plus de 220 d’entre eux ont été tués à Gaza depuis le début de la guerre, souvent dans l’exercice de leur métier, selon l’ONG Reporters sans frontières. Je sais que mon travail, comme celui de mes confrères à Gaza fait mal aux Israéliens et à ceux qui relaient leur propagande en France ou ailleurs. Parce que je fais apparaître la réalité et que je suis suivi par beaucoup de gens. Je sais très bien que je risque d’être visé. Je sais que je suis sans doute condamné à mort. Cette conversation m’a fait réfléchir. Je vais vous parler de mon combat intérieur pour la première fois. Jusqu’ici, je ne voulais pas l’évoquer, mais aujourd’hui, c’est l’occasion de le faire.

Quand tu sais que tu es condamné à mort, tu te demandes s’il faut mourir seul ou avec ta famille. Est-ce que je dois m’éloigner de Ramzi, de Walid et de Sabah ? Est-ce que je dois travailler loin de chez moi, et ne les voir qu’une fois par semaine ou par mois ? J’éprouve parfois un sentiment de culpabilité à cause de ce qu’il risque d’arriver à ma famille, et aussi à cause de notre situation actuelle. J’ai pris la décision de ne pas quitter Gaza, alors que j’en avais la possibilité. Je l’ai toujours, mais je reste, c’est ma façon de résister. Et c’est ça le problème : au lieu de faire porter la responsabilité à l’occupation, on la reporte sur nous-mêmes. Nous devrions faire attention, ne pas vivre avec nos familles, ne pas être avec nos enfants, parce que les Israéliens ne font pas la distinction.

Un cerveau normal sait reconnaitre le bien et le mal, il sait faire la différence entre résistance et occupation. Mais l’occupant a réussi à inverser la réalité. Même chez une journaliste qui connaît le terrain. Je l’avais déjà constaté pendant la guerre israélienne contre Gaza de 2014, quand l’armée israélienne bombardait des bâtiments d’habitation entiers. La première question que posaient les journalistes, pas toujours connaisseurs de la situation, c’était « Y avait-il un membre du Hamas dans l’immeuble ? » Comme si c’était acceptable de tuer des dizaines de personnes pour en éliminer une seule.

Les Israéliens ont réussi à se créer un statut d’intouchables auprès d’un grand nombre de gouvernements occidentaux et de médias, pour qui la réponse se résume en une phrase : « Israël a le droit de se défendre ». Mais pas nous. Si vous vous défendez, dit Israël, on tue votre famille, on tue tout le monde. Si un journaliste parle, on le tue avec sa famille. L’occupé doit être une victime gentille. Si quelqu’un résiste, on va tuer toute sa famille. Si quelqu’un parle, on va tuer toute sa famille. Si quelqu’un témoigne, on va tuer toute sa famille. Et cela devient normal.

Je sais que Sabah va lire cet article, comme elle a lu les précédents, grâce à des traducteurs en ligne. Quand je la regarde, quand je regarde Walid et Ramzi, je me dis : « Est-ce que je serai fautif s’il leur arrive quelque chose ? » Comme si c’était à cause de moi, et non à cause de l’occupation. On en est arrivés à créer un champ de bataille à l’intérieur de chacun d’entre nous, et aussi dans notre société. Parfois, des voisins me disent : « Rami, ne gare pas ta voiture ici », ou bien « Rami, tu es journaliste, ça peut être dangereux ». Ils le disent sur le ton de la plaisanterie, mais je sais qu’ils le pensent vraiment. Et je ne peux pas m’empêcher de penser : le jour où je vais être visé, est-ce qu’il y aura des dizaines de morts avec moi ? Est-ce que les gens m’en voudront ? Est-ce qu’ils vont dire : « Il était journaliste, il savait qu’il était une cible, il aurait dû partir d’ici » ?

C’est cela, ma bataille intérieure. C’est cela qui me fait mal : auparavant, un combattant, un résistant à l’occupation sous quelque forme que ce soit, était un héros. On le protégeait, on le cachait. Aujourd’hui, les Israéliens arrivent à nous écarter de tous ceux qui s’opposent, et qui sont devenus des cibles : les résistants, les infirmiers, les secouristes, les journalistes, les intellectuels, les professeurs.

Et retrouver cette inversion des valeurs chez une amie, une journaliste, fait mal. Alors il faut le répéter : la résistance militaire est légitime. Résister avec un stylo, un carnet ou une caméra, c’est légitime. Jeter des pierres, c’est légitime. L’occupation entraine la résistance. Tout le monde donne des armes et de l’argent à l’Ukraine. Mais quand il s’agit de la Palestine, le Mal devient le Bien et le Bien devient le Mal.

Je peux mourir à n’importe quel moment, je peux perdre ma famille à n’importe quel moment, parce que j’ai choisi de résister avec mon stylo, avec ma caméra, avec mon téléphone. Même si les forces médiatiques et militaires israéliennes inversent les rôles.

 

Source : https://orientxxi.info/En-tant-que-journaliste-je-suis-une-cible 

lundi 1 juin 2026

Chasse : Sept miradors détruits à Villey-le-Sec, la tension monte sur le terrain

 

Chasse : 

Sept miradors détruits 

à Villey-le-Sec, 

la tension monte sur le terrain

Une nouvelle action de sabotage a visé sept miradors de chasse à Villey-le-Sec 

Miradors détruits dans une forêt par des militants anti-chasse

24 mai 2026

La fronde anti-chasse prend une tournure de plus en plus concrète et stratégique en Europe. Récemment, ce sont sept miradors de chasse qui ont été mis à bas à Villey-le-Sec. Entre ras-le-bol citoyen et actions nocturnes ultra-rapides, la résistance face aux chasseurs s'organise avec une efficacité redoutable, laissant le monde cynégétique totalement démuni.

Une nuit d’action radicale à Villey-le-Sec

Le monde de la chasse est en émoi dans la région de Villey-le-Sec. En l'espace d'une seule nuit, sept miradors de chasse ont été méthodiquement détruits, coupés à la base et rendus totalement inutilisables. Une plainte a immédiatement été déposée par les associations de chasse locales, mais le message envoyé est clair : la forêt n'appartient plus impunément aux fusils.

Ce coup d'éclat n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans un mouvement de fond où les installations permettant de traquer le grand gibier comme l'explique notre guide complet du mirador de chassse deviennent les cibles prioritaires de ceux qui défendent la faune sauvage. Pour les militants, mettre à bas un mirador, c'est directement entraver la capacité des chasseurs à piéger les animaux en toute sécurité depuis leurs promontoires.

Militants et simples citoyens : le ras-le-bol généralisé

Ce qui inquiète particulièrement les autorités cynégétiques, c'est que ces actes ne sont plus seulement le fait de groupuscules radicaux. Aujourd'hui, de simples citoyens, des randonneurs, des amoureux de la nature et des riverains excédés par les détonations et le sentiment d'insécurité se joignent à la cause.

La cohabitation en forêt est devenue impossible. Le public ne tolère plus de voir les espaces naturels privatisés par une minorité armée. Face à l'inertie des pouvoirs publics, l'action directe apparaît pour beaucoup comme le seul rempart efficace pour protéger le vivant. Les miradors, symboles de la domination humaine et de la mise à mort programmée de la faune, tombent les uns après les autres à travers toute l'Europe, qu'il s'agisse de ruse insolite comme cette fausse annonce sur LeBonCoin ou de sabotages physiques bien réels.

Une stratégie de terrain ultra-efficace et indétectable

Bien conscients de la colère grandissante de la population, les chasseurs tentent de réagir. Ils multiplient les précautions : caméras de chasse dissimulées dans les arbres (parfois illégalement sur le domaine public), rondes de surveillance, signalements... Mais malheureusement pour eux, les militants anti-chasse ont toujours une longueur d'avance et font preuve d'une réactivité ainsi que d'une discipline impressionnantes. La méthode des "saboteurs" est parfaitement rodée et repose sur la discrétion absolue : 

  • Le repérage en plein jour : Les militants arpentent les forêts sous l'apparence de simples promeneurs ou de joggeurs. Pas de comportement suspect, pas de vêtement distinctif. Ils cartographient les installations en toute légalité.

  • L'anonymat visuel : Lors des actions, les tenues sont neutres, sombres, sans aucun logo, marque ou élément permettant une identification sur d'éventuelles caméras thermiques ou de vision nocturne.

  • La rapidité d'exécution : Le sciage des pieds d'un mirador en bois ne prend que quelques minutes à peine avec des outils adaptés et silencieux. L'action nocturne est chirurgicale : arrivée, destruction, repli. Avant même que l'alerte ne puisse être donnée, le site est désert.

Vers la fin de l'impunité pour les chasseurs ?

L'épisode de Villey-le-Sec démontre que le rapport de force est en train de changer. La peur a changé de camp. Les chasseurs, qui se considéraient autrefois comme les "gestionnaires" légitimes de la nature, se retrouvent aujourd'hui sur la défensive, obligés de barricader ou de surveiller des structures de bois qui finissent inévitablement par être ciblées.

Chaque mirador détruit, c'est une zone de répit rendue aux animaux et un pas de plus vers une nature sans violence. Un sentiment de plus en plus partagé au sein de la communauté des défenseurs des animaux.

Alors que les plaintes s'accumulent sans grand résultat vu l'absence de preuves et l'organisation sans faille des militants, une question se pose : combien de temps le lobby de la chasse pourra-t-il maintenir ses infrastructures face à une guérilla citoyenne et pacifique pour la faune, mais destructrice pour le matériel de chasse ? Une chose est sûre, sur AnimalWeb Belgique, nous continuerons de suivre de près cette transition vers une forêt partagée et respectueuse du vivant.

 


AnimalWeb Belgique : Un média 100 % indépendant dédié à la cause animale. Notre engagement ? Vous montrer la réalité du terrain, brute et sans compromis. Découvrez notre ligne éditoriale.

 


Source : https://tinyurl.com/bdff77j8

dimanche 31 mai 2026

Prades - Programme Alchimie - 🌞 ... Concert le 5.06 / nouvel atelier jeudi / à venir... Au plaisir de vous croiser par ici ou par là !

 

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