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dimanche 30 novembre 2025

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vendredi 28 novembre 2025

Jeudi 4 décembre à 19h au Castillet Perpignan - Projection-débat du film "Transmettre"

Pour info, il y a cette soirée au Castillet à Perpignan avec le film 'Transmettre', suivi d'un débat.
 

Synopsis

Au cœur d’une vallée vosgienne d’Alsace, la ferme du Runtzenbach incarne un modèle d’agriculture paysanne, biologique et citoyenne. Ce refuge face au monde consumériste est l'œuvre de Monique et Francis Schirck. Elle leur aura apporté, mais aussi beaucoup pris, parfois jusqu’au plus profond de leur chair. De cette vie de labeur, un équilibre, fragile, est enfin trouvé. Mais Francis a 67 ans : l’heure de la retraite a sonné.Il faut donc “transmettre” pour éviter que la ferme et ses valeurs ne disparaissent.

Leur fille unique ne sera pas agricultrice. Alors, à qui “transmettre” ? Comment s’assurer que le combat d’une vie perdure ? Du désarroi des agriculteurs face au modèle classique de transmission jusqu’à la mise en perspective d’un avenir possible, nous allons suivre sur plusieurs mois, de l’intérieur, l’évolution de la question complexe de la transmission. Une histoire singulière et universelle à la fois. Un moment crucial où se construisent les systèmes agricoles de demain, et avec lui, notre vision du monde.




 

 

jeudi 27 novembre 2025

Perpignan : la gauche cherche encore son unité face à Louis Aliot


Perpignan : 

la gauche cherche encore 

son unité 

face à Louis Aliot

 



À moins de quatre mois du dépôt officiel des listes, la gauche perpignanaise n’a toujours pas trouvé la formule gagnante pour affronter le maire sortant, Louis Aliot (RN). Trois candidats se sont déjà déclarés, chacun affirmant vouloir rassembler, mais sur des bases différentes. Tous partagent l’objectif de mettre fin à la présence de l'extrême droite à la mairie de Perpignan.

Depuis près de vingt ans, la gauche perpignanaise avance en ordre dispersé. 

En 2008, trois listes (celles de Michaël Cufi, Jacqueline Amiel-Donat et Jean Codognès) se partageaient les voix. Seule Jacqueline Amiel-Donat avait alors accédé au second tour, lors d’une triangulaire. C’est la dernière fois qu’un candidat de gauche a participé au second tour. 

En 2014, la division s’est accentuée avec cinq listes (Philippe Simon, Stéphanie Font, Liberto Plana, Axel Belliard et Jacques Cresta). Ce dernier s’était finalement retiré au second tour au profit de Jean-Paul Alduy pour faire barrage à l’extrême droite. 

Depuis, la gauche n’est plus représentée au conseil municipal. 

En 2020, trois listes à gauche (Pascal Advenars, Caroline Forgues et Agnès Langevine) n’avaient pas réussi à créer la dynamique nécessaire. 

Faute d’alliance durable, Perpignan est devenue la seule grande ville française dirigée par l’extrême droite. Encore aujourd’hui, la gauche peine à s’unir et à convaincre dans la capitale catalane. 

Si les discussions se poursuivent, rien n’est encore acté entre les différentes sensibilités. 

Mathias Blanc, à la tête du mouvement « Perpignan Autrement », se veut le porte-voix d’une dynamique citoyenne. Né du constat qu’aucun parti ne pouvait rassembler à lui seul, son collectif regroupe plusieurs formations, PS, PC, PRG, Génération Écologie ou encore L’Après, ainsi que les militants de Place Publique et revendique une démarche participative. « Nous avons dépassé les clivages habituels, explique-t-il. Nous restons ouverts au dialogue, notamment avec Agnès Langevine. Il ne faut pas qu’il y ait trois listes à gauche. » Pour lui, la proximité, l’efficacité et l’intégrité doivent guider la future action municipale. 
Parmi ses premières mesures annoncées : une baisse de la rémunération du maire, une réorientation des missions de la police municipale vers plus de présence de terrain et une expérimentation de la gratuité des transports publics.

De trois à deux listes ?

Troisième au premier tour des élections de 2020, Agnès Langevine, investie par le bureau national de Place Publique, persiste et signe. Elle entend « mettre fin au mandat de Louis Aliot », dont elle juge le bilan « égal à zéro ». Pour elle, la victoire passe par « une union la plus large possible, du PS jusqu’au centre ». Elle se dit toutefois opposée à une alliance avec LFI, qu’elle accuse de privilégier une stratégie nationale. « Je suis pour qu’il n’y ait qu’une seule liste, affirme-t-elle, mais enfiler les logos ne suffit pas. Il faut une équipe qui incarne Perpignan et qui parle aux abstentionnistes. » 

De son côté, Mickaël Idrac conduit la liste « Perpignan, Changez d’air ! », issue du mouvement LFI et alliée à Génération·s et aux écologistes. Il se positionne comme « l’antithèse de Louis Aliot » et revendique un programme de rupture : « Cette ville est en train de sombrer, il faut tourner la page. » S’il reproche aux socialistes et aux communistes de « rejouer le Perpignan d’avant », il explique tout de même les avoir sollicités sans retour de leur part. Il mise sur le renouvellement et la participation citoyenne : « Tous les habitants qui veulent porter une politique de rupture peuvent rejoindre notre liste. » Son programme s’articule autour de quatre axes: pouvoir d’achat, transition écologique, apaisement de la ville et démocratie participative.

Tous ont jusqu’au 26 février pour déposer leur liste. Si les discussions entre Agnès Langevine et Mathias Blanc semblent encore possibles, un rapprochement avec Mickaël Idrac semble d’ores et déjà exclu. Une situation qui pourrait profiter à Louis Aliot. Reste à savoir si les appels à l’union se traduiront en actes avant l’échéance. À Perpignan, la gauche n’a pas dit son dernier mot, mais le temps presse.

Agnès Langevine « Place publique »
Mathias Blanc « Perpignan Autrement »

Mickaël Idrac « Perpignan, Changez d’air ! »  



Source :
  https://www.lasemaineduroussillon.com/societe/perpignan-la-gauche-cherche-encore-son-unite-face-a-louis-aliot-42791/?fbclid=IwY2xjawOPENhleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEebE5mNVK6AKC4iHNXq_Ovy9iYmZ-PSi9Rrn4mLsm1Y8MOUkzvIJHhWOgzxkI_aem_6xi6nM-t3UL2qNp5MFCT6A 

Soudan - Revendiquer la liberté dans la révolution comme dans la guerre

Revendiquer la liberté 

dans la révolution 

comme dans la guerre

 


Une introduction à la lutte du Groupe Anarchiste du Soudan

 9 novembre 2025 

Depuis plusieurs années, nous coopérons avec Sudfa Media pour partager des informations sur la révolution et la contre-révolution au Soudan. Alors que les Forces de Soutien Rapide multiplient les massacres, les camarades de la Black Rose/Rosa Negra Anarchist Federation aux Etats-Unis, qui s’organisent depuis longtemps en solidarité avec le mouvements anarchiste soudanais, proposent de revenir sur l’histoire et le rôle de ce mouvement au coeur du processus révolutionnaire.

Sur le site de Sudfa Media et sur leurs réseaux sociaux, vous pourrez trouver de nombreuses informations et analyses critiques sur les récents massacres opérés par les FSR, sur les puissances étrangères qui les arment, les financent et les soutiennent. Vous trouverez aussi de nombreuses informations sur les mulitples formes d’auto-organisation dans la résistance populaire soudanaise.


En 2024, le Comité des relations internationales de Black Rose/Rosa Negra a commencé à travailler en étroite collaboration avec des révolutionnaires anarchistes au Soudan. Cette relation a donné lieu à des échanges d’idées, de conseils pratiques et de soutien.

Au début de l’année 2025, Black Rose/Rosa Negra a organisé une campagne visant à collecter 20 000 dollars américains pour nos camarades soudanais, qui ont depuis utilisé cette somme pour acheter une presse à imprimer.

Dans cet article, rédigé avec l’aide de nos camarades soudanais, nous retraçons l’histoire de la création de l’organisation désormais connue sous le nom de Groupe Anarchiste du Soudan - GAS (Anarchist Group in Sudan - AGS)

By Morgan P.

La révolution soudanaise a été l’un des grands soulèvements révolutionnaires du XXIe siècle. Comme trop souvent, elle a été étouffée dans le sang et la dictature, du moins pour l’instant. Mais comme toutes les grandes révolutions, en son cœur s’est forgé de nouvelles idéologies et de nouvelles tendances politiques importantes.

Si l’anarchisme n’est pas nouveau en Afrique, comme dans beaucoup d’autres régions du monde, il a récemment eu du mal à dépasser le stade de tradition intellectuelle ou de mode de vie pour devenir un mouvement vivant avec des recommandations stratégiques substantielles. En s’investissant pleinement dans les mouvements sociaux qui ont conduit à la révolution soudanaise tout en développant leur propre organisation politique formelle, les anarchistes au Soudan ont pu mettre en place une pratique révolutionnaire qui a une réelle signification pour la lutte des classes dans leur pays. Bien que leurs conditions soient très différentes des nôtres ici aux États-Unis, nous pouvons néanmoins tirer de précieuses leçons de leurs expériences, tant dans le processus révolutionnaire que dans la situation actuelle de survie sous la guerre civile et la répression intense.

Avant le déclenchement des manifestations de masse dans les rues en décembre 2018, le Soudan connaissait déjà une opposition latente à la dictature d’Omar el-Béchir et aux conditions économiques écrasantes auxquelles le peuple était confronté sous son règne. Et cette atmosphère de révoltes successives des étudiant·es et des travailleur·euses a encouragé la jeunesse, les militant·es et étudiant·es à explorer et approfondir des idéologies qui les aideraient à surmonter les nombreux obstacles auxquels ils étaient confrontés. C’est à cette période que certains des membres fondateurs du Groupe Anarchiste du Soudan (AGS) ont découvert l’anarchisme et ont fondé une organisation en avril 2017, sous la forme d’un petit groupe de cinq camarades.

Le GAS était au départ une petite organisation étudiante qui a commencé par axer ses efforts sur la création d’une base dans les universités soudanaises. Ils s’organisaient clandestinement et se concentraient sur les campus plus petits et plus périphériques, où le regard de l’État n’était pas aussi intense. Dans le contexte de l’opposition soudanaise, la clandestinité était une pratique courante. Le GAS elle-même évitait stratégiquement toute confrontation directe avec le pouvoir, ses membres préférant s’immerger dans les espaces de lutte populaire, en particulier les syndicats étudiants. La portée du groupe s’est élargie à mesure qu’il entrait en contact avec de plus en plus de jeunes militant·es à la recherche d’alternatives aux idéologies politiques dépassées et obsolètes d’hier.

Au fur et à mesure de sa croissance, l’organisation a attiré des professionnels tels que des avocat·es et des ingénieur·es, qui, par l’intermédiaire de l’Association des Professionnels Soudanais, constituaient une organisation de premier plan représentant une classe sociale spécifique à l’origine de la révolution. Le GAS a commencé à mettre davantage l’accent sur le recrutement, s’est étendu à de nombreuses universités et a acquis une certaine influence au sein de la coalition des syndicats étudiants. Au fur et à mesure de sa croissance, elle a utilisé le nom « Fédération Anarchiste du Soudan », sous lequel plusieurs de ses déclarations apparaissent en ligne, mais a fini par utiliser le terme « groupe » plutôt que « fédération », car elle fonctionnait comme une organisation unitaire unique.

La création et la croissance initiale du GAS ont coïncidé avec l’explosion de la révolution soudanaise en décembre 2018. La révolution était menée par des mouvements sociaux populaires tels que les syndicats de travailleurs, les syndicats étudiants, les organisations de femmes et les comités de résistance de quartier. 

Des manifestant·es célèbrent la chute du gouvernement du président Omar el-Béchir en 2019.

Les comités de résistance méritent une attention particulière. À l’instar des comités de coordination locaux de la révolution syrienne de 2011, les comités de résistance soudanais sont essentiellement de petits groupes de voisins qui s’organisent de manière autonome pour participer aux manifestations et au processus révolutionnaire. En se mettant en réseau avec des centaines d’autres comités locaux, ils ont formé le tissu du mouvement visant à renverser al-Bashir. Nous les considérons comme un exemple classique du pouvoir populaire en action, où des voisins affrontent le pouvoir étatique tout en commençant à prendre le contrôle de leur propre quartier et à créer les structures organisationnelles d’autogestion qui pourraient remplacer l’État.

Le GAS a activement travaillé au sein des comités de résistance et des organisations étudiantes pendant les premiers mois de la révolution, tout en restant dans la clandestinité. Les militants ont pu défendre des positions anarchistes et influencer l’orientation des groupes sans s’afficher publiquement comme anarchistes. En participant à cette vague massive d’auto-organisation associée à des affrontements de rue de grande ampleur, l’anarchisme est passé d’une idée à une pratique stratégique vécue. Ils considéraient l’anarchisme comme un moyen pragmatique de s’impliquer dans la lutte sociale tout en combattant toutes les forces autoritaires qui oppriment le peuple soudanais, qu’elles soient tribales, culturelles, militaires ou religieuses — une lutte globale contre tout cela et pour la liberté et les droits individuels.

« Les stratégies proposées par les anarchistes au Soudan sont sans précédent dans la manière d’aborder cette crise sociale complexe. Le principe consistant à rejeter même les petites autorités locales, telles que la domination tribale et le racisme fondé sur l’ethnicité, est au cœur du démantèlement des structures de pouvoir dans la société soudanaise. Cela a des effets psychologiques sur les individus et des conséquences sociales qui peuvent les amener à entrer en confrontation directe avec les autorités établies. Cependant, nous croyons que la liberté est indivisible et que chaque individu mérite d’être libre, même en dehors du pouvoir institutionnel, y compris le pouvoir sur son propre comportement. L’autorité est un comportement social enraciné dans le désir de l’individu de monopoliser la violence et de priver les autres de leur liberté. »

— Membre de le GAS lors d’un dialogue avec des membres du Black Rose/Rosa Negra, septembre 2025

Au sein des comités de résistance, le GAS coordonnait les activités anarchistes afin d’orienter les comités vers une direction plus anti-autoritaire. Les comités de résistance étaient à bien des égards une expression organique de la société soudanaise existante — les éléments fondamentaux de solidarité et d’entraide qui ont été nécessaires pour survivre dans un pays où le gouvernement ne fournit rien pour la survie de la population. Même si cette situation a permis au Groupe Anarchiste du Soudan de gagner de la force, cela signifiait également qu’il y avait beaucoup de travail à faire pour construire un pouvoir populaire organisé avec la vision nécessaire pour défier l’État. Le GAS s’est efforcé, par exemple, d’élargir la nature de nombreux comités, - qui étaient des groupes plus limités avec des membres sélectionnés et un président, un vice-président, etc. -, pour les ouvrir à tou·tes les habitant·es du quartier afin qu’iels puissent s’y joindre et y participer.

Des manifestants affrontent les forces de sécurité après le coup d’État militaire initié par le général Abdel Fattah al-Burhan en 2021.
 

Parallèlement au travail d’organisation pratique, le GAS a lancé la mise en place de « cercles de réflexion » pour discuter des idées anarchistes et s’est efforcée de rendre les textes anarchistes disponibles en arabe. Elle a utilisé les modestes cotisations de ses membres pour imprimer des brochures anarchistes et organiser des événements universitaires.

Alors que les mouvements sociaux soudanais ont réussi à renverser al-Bashir en avril, l’armée a pris le contrôle du gouvernement et la lutte s’est intensifiée. Le 3 juin 2019, les forces gouvernementales ont massacré un sit-in à Khartoum, faisant plus de 100 morts et violant plus de 70 personnes. Ce n’était que le plus grand des nombreux massacres commis pendant cette période, au cours de laquelle de nombreux manifestants et camarades ont été assassinés par les forces de l’État. Les travailleur·euses ont réagi au massacre du 3 juin à Khartoum par une grève générale qui a paralysé le pays et amené les dirigeants militaires à la table des négociations. C’est dans ce contexte, alors que le pays était au bord du gouffre et que les comités de résistance prenaient le contrôle du territoire, que le GAS s’est présentée pour la première fois au public lors d’une grande marche à Khartoum le 30 juin.

Comme on pouvait s’y attendre, ils ont dû faire face à une vive réaction après s’être déclarés publiquement comme une organisation anarchiste. Mais comme ils s’étaient intégrés dans les syndicats étudiants et les comités de résistance, et s’étaient fait connaître auprès de leurs camarades étudiants et voisins comme des compagnons engagés aux idées sensées, ils ont pu recruter de nombreux nouveaux membres. De nombreux jeunes, déçus par les faux choix proposés par les soi-disant dirigeants – y compris les communistes étatiques de la « libération nationale » qui avaient soutenu la dictature – ont été attirés par la position de principe des anarchistes en faveur de la liberté.

Cependant, l’anarchisme au Soudan n’a pas pu se développer librement pendant longtemps. Le soulèvement populaire a remporté une victoire historique en renversant la dictature militaire en juillet 2019, avec la mise en place d’un gouvernement civilo-militaire de transition issu d’un compromis. Mais il s’agissait d’une solution intrinsèquement instable, et l’armée et les « Forces de Soutien Rapide » (FSR) ont mené ensemble une contre-révolution en octobre 2021 qui a entraîné le retour d’une dictature sévère. [1] Cette solution était elle aussi instable, et les FSR et les Forces armées soudanaises (SAF) se sont affrontées dans une lutte pour le pouvoir et ont déclenché une guerre civile en avril 2023. Les tragédies qui se sont abattues sur le pays depuis lors sont trop profondes et trop nombreuses pour être détaillées dans le présent compte rendu.

Membres lourdement armés des Forces de Soutien Rapide (FSR)

La guerre civile, qui trouve ses racines profondes à la fois dans l’héritage du colonialisme britannique et dans l’histoire locale de domination, est également une guerre pour la survie des populations noires contre une tentative de génocide. Les pouvoirs en place au Soudan, en particulier la FSR, sont des suprémacistes arabes qui cherchent à dominer et à purifier ethniquement les groupes ethniques soudanais à la peau plus foncée de leurs terres. Nos camarades rapportent que l’esclavage est pratiqué à l’encontre des personnes noires au Soudan, et ils considèrent donc la lutte actuelle comme un combat pour la libération de l’autoritarisme racial.

Alors que le mouvement révolutionnaire poursuivait sa lutte acharnée contre le retour du pouvoir militaire, cette période a vu de nombreux martyrs tomber, notamment des camarades anarchistes tels qu’Omar Habbash, médecin à Al Fashir, Sara, militante de premier plan à Khartoum, et d’autres encore. Où qu’ils se trouvent, les camarades sont constamment menacés d’emprisonnement, et généralement, celui-ci mène assez vite à la mort dans le courant du mois qui suit l’arrestation. Face à ces pertes, le GAS s’engage à poursuivre sa lutte avec abnégation et détermination. Face à l’élargissement du conflit armé, les camarades anarchistes ont adopté deux approches générales : se battre aux côtés des milices de résistance indépendantes qui tentent de défendre la population contre les ravages des FSR et des forces armées soudanaises, ou s’efforcer d’éviter les affrontements armés en diffusant des idées et en s’organisant à la base pour développer le mouvement. Le GAS soutient actuellement ces deux approches stratégiques.

Alors que le pays est déchiré par une guerre de proxy menée par des puissances étrangères telles que les Émirats arabes unis et l’Égypte, déterminées à exploiter ses ressources naturelles, et que sept factions militaires différentes sèment la terreur parmi la population soudanaise, le GAS a néanmoins survécu. Ses membres ont été dispersés, devenant des réfugiés internes et parfois externes, mais ils ont réussi à rester en contact et à se coordonner. Dans la mesure du possible, ils aident à gérer des cuisines communautaires, ils aident les réfugié·es à se mettre en sécurité, ils fournissent des soins médicaux, ils soutiennent les milices de résistance et ils continuent à faire de la propagande anarchiste chaque fois que cela est possible.

Black Rose / Rosa Negra coordonne la solidarité avec le GAS en collaboration avec nos organisations camarades de la Coordination internationale pour l’anarchisme organisé (ICOA), en particulier Die Plattform en Allemagne et l’Union communiste libertaire en France. Parallèlement à des initiatives de moindre envergure, une campagne publique de collecte de fonds a permis de récolter plus de 20 000 dollars américains afin d’aider le GAS à acheter une presse industrielle qui servira à la fois à diffuser la propagande anarchiste et à assurer son autonomie financière. Bien que la presse n’ait pas encore été mise en service à plein régime en raison des lignes de front en constante évolution et des vagues de répression, elle symbolise la détermination du GAS à poursuivre la lutte anarchiste révolutionnaire, une nécessité pratique même au milieu de l’une des pires catastrophes humanitaires de la planète.

Image de la presse à imprimer achetée par le GAS grâce aux fonds récoltés par la campagne de solidarité Black Rose/Rosa Negra.

Les anarchistes soudanais·es estiment que la solidarité internationale sera essentielle pour mettre fin au conflit, en particulier en ciblant les puissances qui alimentent la guerre civile :

Pour lutter contre l’intervention étrangère dans la guerre au Soudan, il faut un soulèvement mondial des réseaux de lutte afin de dénoncer les entités qui profitent du sang des peuples, non seulement au Soudan, mais dans toute la région. Idéalement, les populations des pays de la région devraient s’opposer à leurs gouvernements pour mettre fin au bain de sang qui se fait en échange de l’accumulation de richesses. Chacun peut contribuer à dénoncer ces crimes de guerre dans son propre pays et sensibiliser la population sur le fait que la guerre au Soudan peut cesser si le soutien extérieur qui la rend possible prend fin, et que la paix s’ensuivra.

— Membre de le GAS lors d’un dialogue avec des membres du Black Rose/Rosa Negra, septembre 2025

L’objectif politique immédiat du GAS est désormais de mettre fin à la guerre et aux massacres commis par les FSR et l’armée. À plus long terme, elle continue de lutter pour surmonter les divisions tribales et ethniques exacerbées par le colonialisme raciste afin de mener à bien la révolution sociale et de créer une société socialiste et féministe autogérée au Soudan et dans toute l’Afrique.

En tant que révolutionnaires au cœur de l’impérialisme, nos vies sont très éloignées de celles de nos camarades au Soudan. Néanmoins, nous avons beaucoup à apprendre de leur expérience : s’insérer dans un mouvement de masse, transformer l’anarchisme en une pratique vivante qui a du sens pour la vie des travailleurs, agir collectivement en tant que force politique pour influencer l’orientation de la lutte du mouvement, et leur détermination à poursuivre la lutte anarchiste même dans les conditions les plus difficiles. Le soutien à nos camarades au Soudan est important pour tous ceux d’entre nous qui souhaitent voir l’anarchisme renaître en tant que véritable force de libération mondiale.

 

[1Les Forces de Soutien Rapide (FSR) ont été créées en tant que groupe paramilitaire composé principalement de membres de la tribu des Janjawids. Auparavant, elles agissaient comme une force auxiliaire de l’État soudanais et étaient utilisées par la junte militaire qui a pris le pouvoir en 2019 pour réprimer violemment les manifestations populaires. Depuis 2023, elles sont en conflit armé avec les Forces armées soudanaises (SAF).

Source : https://enquetecritique.org/projets/auto-defense-auto-education-auto-organisation/processus-revolutionnaire-au-soudan/article/revendiquer-la-liberte-dans-la-revolution-comme-dans-la-guerre