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lundi 12 janvier 2026

Abandon des poursuites contre le journal L’Empaillé à Perpignan : « Le droit est un rempart contre les procédures abusives des mairies RN »

Abandon des poursuites 

contre le journal L’Empaillé 

à Perpignan : 

« Le droit est un rempart 

contre les procédures abusives 

des mairies RN »

 

  • par
  • Ce 8 janvier, devant les juges perpignanais, l’avocat de Philippe Rouch, directeur de la police municipale (PM) et celui du journal L’Empaillé ont chacun plaidé la cause de leur client dans cette affaire de droit de la presse. D’un côté, le directeur de la PM considérant que le mot « caïd » employé dans un article du journal était une « injure publique », de l’autre, le directeur de la publication qui avait publié en octobre 2023, l’article « Purge sur la ville ». Après une première plaidoirie, le tribunal s’est retiré près d’une trentaine de minutes pour finalement prononcer la « nullité des poursuites ».

    Devant le tribunal, plusieurs dizaines de personnes s’étaient rassemblées pour soutenir les trois journalistes venus défendre leur travail. « Nous nous retrouvons aujourd’hui devant le tribunal de Perpignan pour défendre la presse libre. L’Empaillé, notre journal, est attaqué en justice », ont expliqué les journalistes. De leur côté, les manifestants scandaient des slogans hostiles à Louis Aliot, maire RN de Perpignan et des chants de solidarité à l’égard du journal.

    « Une victoire pour tous les journalistes »

    Une fois l’audience démarrée, les débats ont porté sur les aspects techniques du dossier. Car si en droit, le dossier est complexe sur le fond, il a été jugé sur un élément de forme. Techniquement, c’est l’absence de notification par le juge d’instruction au prévenu de sa faculté « à garder le silence » qui « lui a nécessairement occasionné un grief », précise le juge pour justifier sa décision. De fait, la procédure est close et le journal peut poursuivre son travail.

    À l’issue du procès, l’avocat du journal, Octave Nitkowski, précise que « l’intégralité de la procédure a été annulée parce que les droits de la défense n’ont pas été respectés dès le début du dossier. Monsieur Grysole est définitivement innocenté dans cette procédure qui représentait une entrave à sa liberté d’expression. »

    Selon Octave Nitkowski, il s’agit « non seulement d’une victoire pour la liberté d’expression, mais aussi pour les droits de la défense de tous les journalistes. »

    Le tribunal n’a pas jugé si le mot « caïd » pouvait être qualifié d’injure

    Durant la suspension d’audience, l’avocat de Philippe Rouch et ancien bâtonnier, Raymond Escalé, s’est rapproché des journalistes présents dans la salle pour justifier la procédure contre le mot caïd. « Philippe Rouch est un fonctionnaire, ce n’est pas un homme politique qui accepte le jeu des médias ». Quand bien même, il livrait il y a quelques jours une longue interview vidéo pour le site Omerta. En clair, selon son avocat, le directeur de la police se serait senti insulté par l’utilisation du mot caïd, allant même jusqu’à demander 5 000 euros de dommages et intérêt.


    Pour le directeur de la publication et journaliste de L’Empaillé, Simon Grysole, le verdict laisse un sentiment de frustration. « C’est le principe des procédures baillons, c’est fait pour ne pas parler du fond. J’avais préparé une déclaration que j’aurais aimé lire sur cette politique d’extrême droite menée ici et qui est dangereuse. C’est là-dessus qu’on a enquêté et c’est ce qu’on combat en tant que journal militant. On ne se le cache pas. C’est vrai que c’est un peu frustrant mais ça reste une victoire ».

    L’avocat de la défense a enfoncé le clou en déclarant que « le droit est un rempart contre l’instrumentalisation qui en est faite par les mairies RN. »

     

     Source : https://madeinperpignan.com/perpignan-abandon-poursuites-contre-le-journal-lempaille-le-droit-est-un-rempart-contre-les-procedures-abusives-des-mairies-rn/

    dimanche 11 janvier 2026

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    samedi 10 janvier 2026

    Les mégafermes à saumons, ou quand les « industriels se prennent pour des dieux »

    Les mégafermes à saumons, 

    ou quand les « industriels 

    se prennent pour des dieux »

     

    2 janvier 2026


    En Gironde, une multinationale veut construire la 1ère usine d’élevage de saumons.

     Des immenses cuves, de l’eau en circuit fermé : en Gironde, une multinationale veut construire la première usine d’élevage de saumons. « En voulant recréer l’océan, les industriels se prennent pour des dieux », souffle un associatif.

    Élèvera-t-on bientôt en France des saumons en cuves, comme on élève des poulets hors-sol ? C’est en tout cas le souhait de Pure Salmon, firme aquacole basée à Abou Dabi (Émirats arabes unis). D’ici 2030, la multinationale prévoit de mettre en fonctionnement la première usine d’élevage de saumons « en recirculation » de France, au Verdon-sur-Mer, près de Bordeaux. Présenté comme un moyen « d’assurer la souveraineté alimentaire » du pays en « réso[lvant] les problèmes liés à l’élevage en mer », ce projet, actuellement en phase d’enquête publique, est critiqué par bon nombre d’associations écologistes et d’élus, qui décrient une technologie risquée, énergivore et polluante.

    Le projet Pure Salmon s’inscrit dans un contexte d’explosion de la demande de saumon d’élevage. En à peine vingt ans, le marché a triplé. 3 millions de tonnes — soit environ 600 millions d’individus — sont aujourd’hui abattus chaque année, contre 1 million au début du siècle. La France compte parmi les principaux responsables de ce phénomène. Chaque année, ses habitants engouffrent en moyenne 4,2 kilos de saumon, faisant du pays le premier consommateur d’Europe, et le quatrième au monde. 

    Les plans de la société Pure Salmon, à Verdon-sur-Mer en Gironde. Capture d’écran / vidéo Pure Salmon

    99,9 % des saumons que nous mangeons sont importés. La France manque en effet de plans d’eau suffisamment froids pour que l’on puisse y élever des saumons dans des cages marines, semblables à celles qui pullulent dans les fjords de Norvège et d’Écosse. C’est dans cette brèche que les tenants des cages terrestres, ou « systèmes aquacoles en recirculation » (RAS, pour « recirculating aquaculture systems », dans le jargon de l’industrie) souhaitent s’engouffrer. Pure Salmon vise une production de 10 000 tonnes de poisson par an, soit 5 % de la consommation de saumons des Français — et l’équivalent des débarquements des 844 marins pêcheurs de la Côte basque et des Landes.

    Un environnement « totalement biosécurisé »

    Ces systèmes sont également, pour les industriels, une manière « d’échapper aux critiques formulées contre l’aquaculture depuis quelques décennies », pointe le journaliste Maxime Carsel, auteur du livre-enquête Un poison nommé saumon, publié en octobre aux éditions du Rocher. La face sombre de l’élevage en milieu marin est de mieux en mieux documentée : rejets dans la nature de produits chimiques, propagation de maladies, risque d’hybridation avec les poissons sauvages… Les firmes comme Pure Salmon — qui n’a pas répondu à nos propositions d’échange — vantent, à l’inverse, une production locale, dans un environnement « totalement biosécurisé », « sans antibiotique », « sans OGM », ni « aucun impact négatif » sur les écosystèmes.

    Une présentation que Maxime Carsel taxe de greenwashing : « L’élevage terrestre, c’est la solution du désespoir. » Pour se figurer ces usines, il faut imaginer « d’énormes hangars réfrigérés à la température norvégienne, c’est-à-dire 15 °C », décrit-il. À l’heure actuelle, plusieurs dizaines d’élevages de ce type sont en développement à travers le monde, recense la base de données « Pink Bombs ». Seule une poignée sont déjà opérationnels. 

    Les saumons sauvages remontent les rivières de juillet à novembre. Ici, en Écosse, en novembre 2025. © Jeff J Mitchell/Getty Images

    Les saumons, poissons migrateurs « ciselés pour parcourir des dizaines de milliers de kilomètres dans leur vie », y sont entassés dans des sortes de grandes cuves en métal. La densité, garante de la rentabilité de ces élevages, est extrême : jusqu’à 80 kilos de poisson par mètre cube (trois fois plus que dans les cages marines). Ce qui correspond à l’équivalent d’un quart de baignoire par individu.

    L’eau circule dans les cuves en circuit semi-fermé : une fois souillée par les déjections des poissons, elle est filtrée et soumise à une batterie de traitements, puis réinjectée dans le système. Pure Salmon se targue de faire « recirculer » 99 % de l’eau qu’ils utilisent. Le reliquat est rejeté dans la nature.

    Des morts en masse au moindre bug

    Cet arsenal très sophistiqué est, assez logiquement, très énergivore. La demande en énergie des élevages de saumon terrestres est trois fois plus importante que celle des élevages marins, note une étude scientifique publiée en 2024 dans Reviews in fisheries science and aquaculture. La consommation électrique annuelle de Pure Salmon serait de l’ordre de 70 GWh — ce qui correspond aux besoins d’environ 32 000 Français.

    La complexité de ces élevages les rend particulièrement vulnérables, arguent les associations écologistes. Au moindre grain de sable dans la machine, à la moindre défaillance technique, tout peut s’effondrer. « Les industriels se prennent pour des dieux en essayant de recréer l’océan. Mais il suffit d’un bug pour que des centaines de milliers de poissons meurent en quelques minutes », signale Maxime de Lisle, cofondateur de l’association Seastemik.

    « Les industriels se prennent pour des dieux »

    En mars 2021, la défaillance d’un filtre au sein de l’élevage terrestre Atlantic Sapphire, à Miami aux États-Unis, a causé la mort d’environ « 500 tonnes » de saumons, soit l’équivalent d’un demi-million d’individus de 1 kilo. En 2023, une panne de courant a coupé l’approvisionnement en oxygène de la ferme-usine Pisciculture Acadienne, au Canada. Près de 100 000 ombles chevaliers (soit 95 % de l’élevage) sont décédés. Rebelote au Japon, en mai 2025, dans une usine Proximar Seafood : 170 000 saumons ont été asphyxiés à cause d’un problème de pompe. « Ce sont des systèmes très sensibles », analyse Maxime Carsel. Seastemik a recensé dix-sept cas de mortalités massives dans des élevages aquacoles terrestres au cours des cinq dernières années.

    Des saumons nourris avec du poisson pêché en Afrique

    « Il s’agit évidemment d’un problème majeur pour le bien-être animal, pointe Amelia Cookson, experte de l’aquaculture industrielle au sein de l’ONG Foodrise. C’est également un énorme gaspillage des ressources nécessaires à la production de ce saumon, et notamment des poissons sauvages pêchés dans l’océan pour les nourrir. »

    Les saumons sont des poissons carnivores. Afin de leur fournir les protéines nécessaires à leur développement, les industriels ont recours en partie à de la farine et de l’huile de poissons « fourrage » — sprat, anchois, harengs, maquereaux… — ou à du soja. La pêche des premiers contribue à la surpêche, et prive les pays du Sud global de leurs ressources alimentaires ; le second contribue à la déforestation. D’après un récent rapport de Foodrise, l’élevage de saumons norvégien a subtilisé, en 2020, l’équivalent de l’approvisionnement en poissons de 2,5 à 4 millions de personnes d’Afrique de l’Ouest, où a notamment lieu cette pêche dite « minotière ».

    Lire aussi : Notre appétit pour le saumon d’élevage affame des populations littorales dans le monde

    Sur son site, Pure Salmon assure vouloir s’approvisionner de manière « responsable » auprès du géant de l’alimentation pour saumons Skretting. Cette multinationale norvégienne a déclaré vouloir, d’ici fin 2025, travailler exclusivement avec des pêcheries certifiées durables ou des « projets d’amélioration de la pêche » (des initiatives d’accompagnement des pêcheries pilotées par le label MSC). D’après des documents internes analysés par le média britannique DeSmog, en 2023, 23 % de leurs ingrédients ne provenaient pas de ces deux catégories, et 33 % uniquement étaient issus de « parures » de poissons, c’est-à-dire de parties non consommables par les humains.

    Quid des excréments des poissons ?

    Se pose également la question du rejet des eaux usées de ces élevages, chargées en azote et en phosphore issus des fèces des poissons. Les effluents de Pure Salmon s’élèveraient à 6 500 mètres cubes par jour, et seraient déversés dans le parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, zone classée et protégée. FranceAgriMer estime que leur traitement nécessiterait une station d’épuration dimensionnée pour 60 000 à 100 000 habitants — l’équivalent de la population de La Rochelle.

    Pure Salmon assure « anticip[er] l’évolution de la réglementation des normes en traitant l’azote et le phosphore », et vouloir dénitrifier ses rejets à hauteur de 97 %, « alors qu’il n’y a aucune obligation en ce sens ». Ces éléments ne rassurent pas les opposants au projet, selon qui ces rejets pourraient nuire au tourisme, à la pêche artisanale et à la conchyliculture, trois secteurs économiques très dépendants de la qualité de l’eau. La culture d’huîtres, en particulier, est déjà régulièrement victime du débordement de nos eaux usées, qui introduisent dans l’eau des norovirus contaminant les huîtres, puis les humains.

    Une centaine de députés contre

    « En augmentant pollution et risques de contamination », Pure Salmon pourrait « sérieusement nuire à l’image de toute la production ostréicole française », soutiennent 103 députés issus de tous les groupes politiques — à l’exception du Rassemblement national — dans une proposition de loi déposée en mars, et défendant un moratoire de dix ans sur les projets d’usines de saumon en circuit fermé.

    Localement, les avis des élus divergent davantage. Attirée par la promesse de création de 250 emplois, la Communauté de communes Médoc Atlantique a annoncé soutenir le projet, début décembre ; dans la foulée, les quinze maires du Pays royannais — de l’autre côté de la rive — ont fait part de leurs « préoccupations » environnementales au commissaire de l’enquête publique, chargé de recueillir les avis des citoyens. À son terme, le 19 janvier, le préfet donnera — ou non — son aval à la multinationale. Plus de 3 300 avis négatifs ont déjà été déposés, se réjouit Seastemik.

    Source : https://reporterre.net/Les-megafermes-a-saumons-ou-quand-les-industriels-se-prennent-pour-des-dieux?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne