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Saint Jean, ce mardi, à Villefranche, la flamme est arrivée depuis le Canigou.
Nous sommes la montagne qui se défend !
Le bus 560 de la compagnie LIO est possible :
il part de la gare de Prades à 9h19 (changement à Mont Louis)
de la cité de Villefranche à 9h25 (idem)
2 autre rendez-vous possibles pour du covoiturage :
- Au niveau de la maison bleue à 9h45
- An niveau du parking en terre de Villefranche à 9h50
Venez nombreux et nombreuses.
«La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui vont causer notre perte»,
dit le militant Julien Le Guet dans ce grand entretien. Fer de lance de
la lutte contre l’accaparement de l’eau, il subit une répression
judiciaire.
Julien Le Guet est batelier dans le Marais poitevin et
porte-parole du collectif Bassines non merci. Engagé de longue date dans
la lutte pour l’eau et contre les mégabassines, il subit une répression
judiciaire et a été condamné à six mois de prison aménagée sous forme
d’assignation à résidence avec un bracelet électronique. Il a rarement
eu l’occasion de s’exprimer en longueur. Exceptionnellement, il explique
ici pourquoi les mégabassines sont nuisibles, comment le système
agro-industriel détruit l’agriculture, comment le mouvement s’est relevé
après la violence policière de Sainte-Soline et... l’avenir qu’il
espère pour le Marais poitevin. «Des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter.»
Reporterre — Pourquoi jugez-vous que les mégabassines sont une mauvaise solution au problème d’eau agricole?
Julien Le Guet —Pour répondre, il faut revenir en
arrière. Le Marais poitevin est la deuxième zone humide de France,
aménagée depuis le Moyen Âge autour d’activités pastorales et
d’activités maraîchères qui étaient compatibles avec la biodiversité.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, comme la Bretagne ou la Beauce, les
politiques d’aménagement du territoire ont simplifié les paysages,
détruisant les haies et les prairies. De ce fait, le Marais poitevin est
une zone en péril pour la biodiversité et la gestion de l’eau depuis
les années 1970, et depuis que la culture du maïs, cette plante
tropicale qui a besoin d’eau en juillet-août quand elle est rare, y a
été favorisée. Elle a tout de suite engendré une raréfaction de l’eau.
Dès la fin des années 1990, il a été démontré que l’État français ne
respectait pas ses engagements sur la préservation des zones humides et
la France a été condamnée par la Cour européenne de justice. On
découvrait que ce qui avait généré le déséquilibre était la culture du
maïs. Au lieu que l’État réfléchisse à installer une agriculture
compatible avec ces enjeux de biodiversité, il a été dans la direction
inverse : puisque le maïs consomme trop d’eau en été, on a décidé de
faire du stockage hivernal de l’eau, quand elle est abondante, pour
limiter l’impact sur les rivières et les nappes phréatiques en été.
Cela parait de bon sens quand on n’y connaît rien, non?
En fait, des nappes phréatiques pleines redonnent l’eau tout au long
de la saison sèche et les rivières continuent de couler jusqu’aux pluies
d’automne. Les nappes recèlent aussi des eaux beaucoup plus faciles à
potabiliser que l’eau de la Seine, par exemple. Et puis, les nappes
phréatiques protègent l’eau du réchauffement et de l’évaporation. Donc,
pomper l’eau de la nappe phréatique pour constituer des réserves
aériennes dans des bâches noires exposées au soleil, aux pollutions
aériennes et à la chaleur, est un non-sens : on perd beaucoup d’eau par
évaporation pendant l’été. Et au-delà de la problématique de
l’évaporation, le stockage en mégabassines accélère la dégradation de la
qualité de l’eau. Le réchauffement favorise le développement de
bactéries ou d’algues.
En quoi les mégabassines constituent-elles un accaparement de l’eau?
L’eau est un commun, qui ne devrait pas être transformé en
marchandise. En fait, quand on paye l’eau, on ne paye pas l’eau
elle-même, mais sa dépollution et sa distribution. La matière en tant
que telle appartient à tous et à toutes. L’avantage des mégabassines
pour ceux qui en bénéficient est que l’eau y est stockée en hiver. Et si
on a un été très sec durant lequel des arrêtés préfectoraux vont
limiter puis interdire l’irrigation, ceux qui ont l’eau des mégabassines
sont affranchis de cette contrainte.
«Les mégabassines créent une irrigation à deux vitesses»
Les mégabassines créent une irrigation à deux vitesses, entre les
connectés aux mégabassines qui ne sont plus concernés par les arrêtés
préfectoraux et les non connectés qui n’ont plus d’eau. D’autant que
vider les nappes phréatiques au printemps engendre une baisse de la
nappe précoce, si bien que la sécheresse fait sentir ses effets plus
tôt. La mégabassine permet de cultiver une plante tropicale sur des
territoires qui subissent maintenant des sécheresses à répétition. Il
faudrait au contraire repenser les plans de semences pour s’adapter à
cette réalité. Mais non, on s’entête à vouloir faire du maïs à tout
prix.
Pourquoi le lobby du maïs est-il aussi fort?
Une grande partie du maïs produit en France n’est pas le maïs qu’on
va retrouver dans sa table avec une sympathique petite salade, c’est un
maïs qui a vocation à nourrir l’agro-industrie, en servant à l’élevage
intensif dans les fermes-usines.
En fait, l’opposition aux mégabassines est l’opposition à l’agriculture agro-industrielle?
Oui. La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques
agroindustrielles qui sont en train de causer notre perte. La raison
essentielle de l’extinction de la biodiversité en France n’est pas le changement climatique,
mais la destruction des habitats naturels, des nappes phréatiques, des
rivières. À travers cette lutte sur les bassines, c’est le système
agricole en France qu’on critique. Mais ce n’est pas un argumentaire
antimaïs. Il n’y a pas de plantes maudites, il y a juste les usages
qu’on en fait. Le maïs est une plante sacrée en Amérique du Sud, qui a
nourri toute une civilisation. Et il existe en France des agriculteurs
qui pratiquent la semence de maïs population, qui sont des maïs
sélectionnés pour supporter mieux la sécheresse.
Ce n’est ni une lutte anti-irrigation, ni même une lutte
antistockage, ni même une lutte antimaïs. C’est une lutte contre
l’accaparement de tout au profit de quelques-uns.
Pourquoi, en 2001, les projets de mégabassines ont-ils commencé à se développer? À l’époque, on était peu sensibilisés au changement climatique.
C’est venu suite à ces plaintes au niveau européen : l’État devait
présenter à la Cour de justice européenne un plan de sauvegarde du
Marais poitevin. Les bassines, sous le nom de «réserves de substitution»
ont été présentées comme un moyen de préserver le Marais poitevin et
les zones humides. On prétendait que, plutôt que de prélever le mètre
cube en été, on allait le prendre en hiver et ainsi limiter l’impact des
prélèvements estivaux. Sauf qu’on a constaté assez rapidement, quand
elles ont commencé à être mises en place, que les volumes consacrés à
l’irrigation augmentaient sur certains bassins jusqu’à 50 ou 70%.
En quoi le changement climatique aggrave-t-il cette situation?
Dans la physiologie du maïs, il y a un stade où l’irrigation va
augmenter les rendements. Mais passé 35 °C, on peut mettre toute l’eau
qu’on veut, la plante végète. Une alternative très simple pour nourrir
des herbivores, c’est le retour à l’herbe. Si on prend le territoire du
Marais poitevin et de ses bassins versants, la prairie comptait pour 70% des surfaces agricoles au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, c’est 17%.
On ne voit plus une vache dehors, pour la simple et bonne raison que
les vaches sont en stabulation. Et là encore, on atteint une limite avec
le réchauffement climatique.
Imaginez les pauvres bêtes, là, à 50 °C.... Une voie de sortie
vertueuse, qui permettrait aux agriculteurs de se désendetter, serait un
vrai plan de retour à la prairie. Parce qu’en plus, ces mégabassines
sont extrêmement coûteuses : une installation d’une dizaine d’hectares
coûte près de 4 millions d’euros, financée à hauteur de 70% par de l’argent public;
il reste 1 million à dépenser par les irrigants bénéficiaires. En
réalité, c’est une eau qui est de plus en plus chère. On atteint la
limite de ce système.
Êtes-vous hostile par principe aux réserves d’eau?
Ni par principe au stockage de l’eau, ni par principe à l’irrigation.
Pour la simple et bonne raison qu’au sein du collectif, nombre de
camarades sont agriculteurs et notamment avec la Confédération paysanne.
Au sein du collectif, on est d’accord pour dire que si on partage l’eau
équitablement et si cela permet la création d’emplois, si on prend en
compte des critères sociaux et environnementaux tels que l’autonomie
alimentaire et la relocalisation des productions, on pourrait dans
certains cas soutenir certains systèmes de stockage d’eau. Le maraîchage
devrait être un usage prioritaire. Ou des éleveurs qui utilisent de la
luzerne et pas du soja venu du bout du monde.
Où en est-on aujourd’hui sur les constructions?
Depuis 2017, on a réussi à empêcher les seize mégabassines qui
étaient en projet dans les Deux-Sèvres, par des recours juridiques, des
manifestations de plus en plus nombreuses et massives, avec tout un
travail également auprès des collectivités. Tout cela a généré
énormément de succès au niveau des tribunaux administratifs.
Aujourd’hui, la plupart des bassines sont illégales – même celle de
Sainte-Soline. Elle n’est pas remplie. On se retrouve dans une situation
paradoxale où on utilise les méthodes de la désobéissance civile pour
que le droit soit appliqué, alors que les préfets mettent tout en œuvre
pour contourner le droit, pour répondre aux desiderata de la FNSEA [1] et de la Coordination rurale.
Mais la manifestation à Sainte-Soline, le 23 mars 2025, a été très violemment réprimée?
Elle a causé 200 blessés, et aussi des blessures de l’âme, des
acouphènes, des problèmes psychiques... Mais cela a créé un précédent.
Aujourd’hui, dès que le mot mégabassines ou réserves de substitution est
formulé par des élus ou des techniciens sur d’autres territoires, cela
crée une espèce de grosse reculade, même chez des élus de droite : «Oh là là, pas de Sainte-Soline chez nous!»
Notre revendication principale depuis quatre ans est la mise en place
d’un moratoire, pour qu’un travail d’évaluation scientifique au long
cours puisse être établi qu’avant qu’on dépense des millions, voire des
milliards d’euros dans ce type d’équipement. Ce moratoire, on l’a obtenu
de fait. Ça montre qu’on a raison de se mobiliser, de se soulever et de
résister à cette barbarie technologique. Sauf qu’on subit un nouvel
assaut avec le passage en force à l’Assemblée nationale du projet de loi d’urgence agricole dont de nombreux articles visent à lever les freins juridiques aux mégabassines.
Et par ailleurs, les bassines sont considérées d’«intérêt général majeur»,
ce qui signifie que devant les tribunaux administratifs, ce n’est plus
aux porteurs de projets de démontrer que leur projet pourrait être
d’intérêt général majeur, mais aux associations de démontrer qu’elles ne
le sont pas. Cela change le rapport de force et la manière d’instruire
les dossiers.
Comment expliquez-vous l’imposition d’une politique sur l’eau aussi problématique?
Il y a de très fortes connivences entre Macron et sa sphère et le monde de l’agro-industrie. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est censé être représentant des agriculteurs de France, mais il est le PDG
d’un des gros groupes agro-industriel, Avril. C’est un agro-industriel,
certainement pas un petit paysan. Et avant d’être président de la
République, Macron travaillait à la banque Rothschild et il a fait la
négociation entre Nestlé et le groupe Pfizer [Neslé a acquis en 2012 la branche nutrition de Pfizer pour 8,98 milliards d’euros].
Dans le scandale de l’affaire Nestlé,
pourquoi les services de l’État ne montent-ils pas au créneau, alors
qu’ils ont connaissance du fait que l’eau est vendue comme une eau
minérale alors qu’elle est filtrée et qu’en plus on y trouve des
micropolluants?
Qu’est-ce que Sainte-Soline, cette confrontation avec une violence énorme de l’État, a changé dans la lutte?
Cette violence policière cherchait à mettre nos vies tellement en
danger que ça dégoûte tout le monde de retourner un jour en
manifestation. Quand on a subi une telle violence, on n’est pas prêt à
tout de suite prendre le risque de se retrouver face à ces bleus
carapacés ultraviolents. Alors comment le mouvement a-t-il survécu?
On a fait face collectivement. Ça nous a obligé à vraiment faire corps
et à se rendre compte que le soin dans la lutte était une condition sine qua non.
Mais il est très pesant d’être qualifié d’écoterroristes, ce n’est
pas sans conséquence sur l’opinion publique. ll y a certes des
écoterroristes en France. Un écoterroriste, c’est quelqu’un qui
terrorise, qui mène une politique de terreur vis-à-vis de l’écologie et
de ceux qui la défendent. Et je le dis, Monsieur Darmanin est le plus
grand écoterroriste de France.
Vous-même subissez une répression judiciaire très dure. Allez-vous continuer la lutte face à une répression aussi féroce?
Évidemment que tout ça mis bout à bout impacte le quotidien, impacte
la vie, impacte les relations et c’est loin d’être anodin. Mais il est
hors de question de donner satisfaction à nos bourreaux. Et si leur
objectif est de nous réduire au silence, raison de plus pour l’ouvrir
encore plus fort. Dans les mois qui viennent, ma liberté de mouvement va
être contrainte. Mais je n’ai pas prévu d’arrêter de m’exprimer. Les
procès que je vais subir sont des procès politiques. Chaque fois qu’on
est convoqué, on politise ces moments, on en fait des moments de
rassemblement, on en fait des moments d’éducation populaire et on se
renforce.
Dans le monde que nous souhaitons faire grandir, les zones humides pourraient-elles se reconstituer et grandir à nouveau?
Oui. La solution est dans le retour à l’herbe. Permettre aux vaches
de manger de l’herbe dans les prairies a plein d’intérêts, notamment en
termes d’infiltration d’eau et de dépollution de l’eau. Parce que tout
végétal participe à un mécanisme qu’on appelle la phytoépuration. Il
faudrait aussi refaire le maillage des haies qui permet que l’eau ne
parte pas directement à la mer mais s’infiltre et rejoigne la nappe
phréatique.
Donc oui, on pourrait soigner, sur un pas de temps de dix ans, le
Marais poitevin. Mais son avenir à plus long terme ne dépend plus de
l’homme. Les 100 000 hectares du Marais poitevin sont compris entre 0 et
5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le marais poitevin était un
golfe il y a mille ans, avant que les hommes établissent des digues. Ce
que la mer a, ce que la mer a donné, elle le reprendra. Sera-ce dans 100
ans, dans 200 ans, dans cinq siècles ou dans trente ans?
Il y aura le retour de l’océan. Je pense qu’il faut l’accepter. Ce qui
est inacceptable, c’est qu’entre-temps, on détruise tout.
Dans la lutte qu’on vit sur les bassines, il y a le pire — la
barbarie de cet État, de ces préfets, de ces fachos en carapaces. Et
puis il y a toute la beauté de notre mouvement, de ces solidarités très
fortes, de la joie, de la culture, de la diversité. On se dit qu’en
fait, des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter.
Notes
[1] Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles.
Le bus 560 de la compagnie LIO est possible :
il part de la gare de Prades à 9h19 (changement à Mont Louis)
de la cité de Villefranche à 9h25 (idem)
2 autres rendez-vous possibles pour du covoiturage :
- Au niveau de la maison bleue à 9h45
- An niveau du parking en terre de Villefranche à 9h50
Venez nombreux et nombreuses
"La commune des Angles a entrepris le creusement d'un lac d'altitude, entre Mont Llaret et Roc d'Aude, destiné à la production de neige de culture. Sans étude d'impact. Sans enquête publique. Dans une logique de fait accompli lamentable.
Contre cette méga-bassine dont les impacts sur l'environnement sont d'ores et déjà délétères, collectifs citoyens et associations écologistes appellent à une manifestation, ce dimanche 28 juin à 11h, aux Angles, au niveau des télécabines.
Pour dire non à cette nouvelle atteinte à la nature. Pour stopper cette folie. Pour exiger du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, dont la charte interdit la consommation de nouveaux espaces par les domaines skiables, le respect des valeurs qu'il s'est lui-même donné."
L’auteur Sébastien Navarro, que nous avons déjà reçu pour ses deux précédents livres (Panchot, Péage Sud), présentera son dernier ouvrage tout frais paru, Malvési, dont voici en quelque sorte l’accroche :
Depuis
qu’une usine raffine l’uranium pour les centrales nucléaires françaises
sur les hauteurs de Narbonne, au milieu des coteaux des Corbières, tout
a comme un goût de zone industrielle.
Pour les habitants, le vin, la
côte touristique et la mer bleue ne peuvent pas faire oublier Malvesi,
surtout quand les eaux radioactives se déversent dans le canal.
Notre
enquêteur, tel un personnage de Kafka qui tente de percer les secrets du
château, questionne les villageois pour comprendre ce qu’il se trame
là-haut.
S’il n’a apparemment pas le profil pour s’attaquer au Moloch,
ce gars un peu perdu – ni scientifique ni militant chevronné – nous
dévoile pourtant le monde du nucléaire.