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UNE SEMAINE APRÈS NOTRE ENQUÊTE, ET APRÈS LES RÉVÉLATIONS DE MéDIAPART, LA CLASSE POLITIQUE ET ET LES MéDIAS DOMINANTS DOIVENT S'EXCUSER
– Médias et classe politique ont menti à un niveau sans précédent, et organisé un hommage à un néo-nazi violent qui s’entraînait au combat et venait de passer à l'acte : c'est un scandale d’État –
L'avocat de la famille de Quentin Deranque parade dans les médias depuis deux jours pour affirmer que son client n'était pas violent, et s'en prend à « l’indécence de ceux qui veulent salir la mémoire de Quentin ». Ce dernier s'en chargeait pourtant très bien tout seul sur internet.
Dans le cadre de nos recherches, notre équipe avait identifié les comptes Twitter de Quentin Deranque depuis le mois de février : @gavariou et @ultragavariou. Nous y étions parvenu en recoupant ses cercles d'amis néo-nazis, dont nous avions retrouvé plusieurs interactions. Par exemple celle de son colocataire, un fasciste assumé. Malheureusement, ces comptes avaient précipitamment été paramétrés en privé après la bagarre. Ses amis cherchaient à dissimuler quelque chose, mais quoi ?
Ce jeudi 12 mars, Médiapart donne la réponse dans un long article. https://files.catbox.moe/61zbsl.pdf Les tweets des comptes de Quentin Deranque sont révélés, le média d'investigation ayant réussi à accéder au contenu. Il s'avère que le néo-nazi présenté comme un « petit ange » par tous les médias a publié des milliers de messages d'un antisémitisme, d'un racisme et d'un nazisme dévorant. Par exemple : « Je soutiens Adolf », « Mort totale des n*gres » ou encore « Il faudra déterrer et fusiller (((Halimi))) », à propos de l'avocate féministe, juive et anticolonialiste Gisèle Halimi.
Dans une logorrhée haineuse ininterrompue, Quentin Deranque évoque « les millions d’arabes et de noirs présents sur le sol français » qu’il faudrait « déporter ». Un internaute écrit que « 100% des électeurs du RN sont racistes », Quentin Deranque répond : « Ils ont raison c’est 100 % normal. » Toujours sur le RN, quand un député Insoumis rappelle que le parti a « été fondé par des SS », Quentin Deranque répond : « C’est très bien ».
Sur les trains allemands en retard, il répond : « On les a trop culpabilisés d’avoir eu une excellente utilisation des réseaux ferrés ». En 2025, il publie une archive historique de la Bibliothèque Nationale de France sur la traque des esclaves noirs qui se sont enfuis des plantations, intitulée « La chasse aux n***s ». Il écrit : « Projet 2027 », c'est-à-dire l'année des élections. Il reprend régulièrement l'acronyme « TND », pour « Total N**er Death », soit « mort totale des n***s ».
Il y a une semaine, le 6 mars, Contre Attaque prouvait que Quentin Deranque était en première ligne dans la bagarre qui avait conduit à sa mort, et qu'il avait donné des coups dans l'affrontement. Notre équipe s'était basée sur une vidéo prise juste après l'affrontement, on y voyait le nervis d’extrême droite avec un de ses camarades, les deux ayant les mains couvertes de sang. Il est debout, conscient, discute avec des passants. L'un d'eux lui conseillait d’aller à l’hôpital «Saint Jo’», ce qu’il n'écoutera pas, et fera donc un malaise quasiment deux heures plus tard.
Grâce à ces images, il est possible de prouver sans aucun doute que Quentin Deranque, qui portait des vêtements distinctifs – des chaussures grises New Balance et une doudoune à capuche – apparaissait en première ligne dans les violences. On le voit notamment donner des coups sur les images du Canard Enchainé. Sur d’autres extraits vidéos, on peut également l’identifier en garde, à l’avant du groupe d’extrême droite. Quentin Deranque porte une cagoule tout au long de la bagarre, cagoule qu'il porte rabaissée dans la vidéo d'après la rixe.
Nous sommes donc passés d'un «jeune catholique attaqué par des antifas» à un néo-nazi qui a organisé un guet-apens armé avec sa bande, et qui en est mort.
Mais encore une fois, Quentin Deranque le néo-nazi compulsif n'est pas «mort pour ses idées», mais bien pour ses actes. Il s’entraînait au combat avec l'un des groupes les plus violents de l'extrême droite radicale.
Médiapart révèle que le 1er février 2026, soit deux semaines seulement avant sa mort, Deranque est allé s’entraîner dans un parc avec le groupe Audace Lyon, un collectif néo-nazi violent qui prône «l'autodéfense blanche» et dont les vidéos montrent des cours d'art martial, accompagnés du slogan «Jeune blanc, rejoins ton clan».
Lors de cet entraînement, les animateurs auraient organisé un «jeu» avec de faux couteaux, dans lequel deux participants s'affrontent dans un cercle. Quentin Deranque a alors éliminé plusieurs adversaires à coups de poignard factice, «à la surprise générale». Dès lors, il apparaît que cet homme était d'une dangerosité extrême, non seulement nostalgique d'Hitler mais préparé au combat. Il est passé à l'acte le 12 février. Il a perdu, face à des antifascistes qui se sont défendus.
Aucun grand média n'a repris nos révélations sur la participation en première ligne de Quentin Deranque la semaine dernière. Notre vidéo a pourtant été vue des millions de fois sur les réseaux sociaux, mais c'est comme si le réel n'existait pas, dès qu'il ne sert pas le narratif de l'extrême droite. Qu'en sera-t-il des nouveaux éléments apportés par Médiapart ?
De même, aucun membre du commando d'extrême droite, qui avait pourtant des armes et qui a initié la bagarre, n'est poursuivi. Pire, aucun d'entre eux n'a été seulement auditionné, alors que ces individus portent la responsabilité de la mort de leur ami et que certains ont été identifiés grâce à notre travail d'investigation et nos sources.
La mascarade n'a que trop duré, c'est un scandale d’État.
Les groupes parlementaires qui ont fait une minute de silence pour un nazi violent doivent s'excuser, et en premier lieu ceux de gauche. Une enquête parlementaire doit être ouverte sur ces faits, et plus généralement les liens entre l'extrême droite violente, une partie de la classe politique, et les médias.
Les chaînes de télévision doivent diffuser un démenti sur le torrent de contre-vérités diffusées depuis un mois. Nous venons sans doute de subir la pire campagne d'intoxication médiatique de l'histoire française.
Enfin et surtout, les antifascistes injustement incarcérés doivent être libérés immédiatement.
5 minutes et 40 secondes des réactions au soir du premier tour.
Le racisme rend sourd. Quand vous dites la « ville des rois »,
le raciste comprend la « ville des Noirs ». Et le lynchage démarre. Le
déchaînement raciste gagne la fachosphère jusqu’aux médias mainstream
qui courent derrière le buzz.
Le 15 mars, au premier tour des élections municipales, le candidat de
La France insoumise est élu au premier tour à Saint-Denis (93).
Explosion de joie mais pas partout. Sur les plateaux télé, les mines
sont un peu chiffonnées et le camp des perdants bouillonne de rage. La
diabolisation acharnée de Mélenchon ne ferait pas peur à ces imbéciles ?
Il faut préciser que le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko,
est d’origine malienne. Il a grandi en HLM, dans la banlieue
parisienne. Études à Paris-VIII, basketteur, engagé dans l’associatif,
cadre à la RATP, père de quatre enfants. Et à 52 ans, le voilà maire de
cette ville avec ses 150 nationalités. De quoi avoir depuis longtemps
appris à riposter à la ségrégation ordinaire, raciale et sociale. « Nous sommes tout ce que l’extrême droite en fin de compte déteste », dit-il.
À peine élu, le nouveau maire est en direct sur LCI. Dans le brouhaha qui l’entoure, il tente d’évoquer sa ville. « La ville des rois ».
Il le dit et le répète mais l’animateur Darius Rochebin interprète à sa
façon : la ville des rois, la ville des Noirs ? Sans le dire, il le
suggère.
Un impensé ? Une incontinence ? La « ville des Noirs » va se répandre au-delà des réseaux fascistes habituels.
Dès le lendemain matin, sur RMC, dans les Grandes gueules, c’est
Emmanuel de Villiers, l’ex-directeur du Puy du Fou, le parent de
Philippe de Villiers, qui dénonce « la ville des Noirs ». Puis c’est
l’avocat Gilbert Collard, le soutien de Zemmour : « cette phrase est terrible par son séparatisme ». Un peu plus tard, c’est Jean Messiha, candidat Reconquête ! éliminé au premier tour qui s’y met : « Saint-Denis était la ville des rois, aujourd’hui c’est la ville des Noirs ».
Puis c’est Apolline de Malherbe sur RMC, puis c’est Alexandre Devecchio
dans C ce soir. Puis c’est le théoricien du « grand remplacement »,
l’écrivain Renaud Camus, qui lance un tweet : « la négropole des Rois »
au sujet de Saint-Denis ou 42 rois de France ont leurs mausolées. Un
haut lieu pour les amateurs d’histoire et les nostalgiques de l’Ancien
régime. Sur BFMTV, le chroniqueur Tugdual Denis, directeur du magazine
d’extrême droite Valeurs actuelles condamné en 2022 pour injure à
caractère racial contre la députée Danielle Obono, affirme que le
nouveau maire est soutenu par « de nombreux patrons de points de deal de la ville ». Il lui demande : « vous êtes dans la main de qui, Monsieur le maire, en fait ? ».
« Question irresponsable », lui répond le maire, qui au passage apporte une précision au sujet du mot « racisé ». Il tient à indiquer : « ce n’est pas le type de langage que je tiens », « je préfère "héritier de l’immigration" ».
Mais au départ, d’où vient cette expression sur la ville des rois ?
La phrase est attribuée à Jean Marcenac (1913-1984), un résistant
communiste, écrivain, poète et journaliste. Bien qu’il fut ami des
surréalistes, jamais il n’aurait pu imaginer que sa phrase pourrait un
jour un susciter un tel débat.
Consciemment ou non, c’est une façon de renouer avec l’histoire de
Saint-Denis et de la banlieue rouge. Car s’il fallait une couleur,
celle-là lui irait mieux. La couleur de l’époque où les villes
communistes autour de Paris étaient si nombreuses qu’on parlait de la
« ceinture rouge », non sans une sale angoisse chez les rupins de
l’époque dont nos fascistes actuels sont les descendants. Parmi ces
communes rouges, Saint-Denis en était l’une des principales et Jean
Marcenac en était une figure remarquable. Écrivain, poète, journaliste,
ami des surréalistes, militant contre le fascisme et contre
l’antisémitisme, engagé dans la résistance, notamment dans les maquis du
Lot avec le peintre Jean Lurçat, il était proche d’Elsa Triolet et de
Louis Aragon avec lequel il travaillait au journal Les Lettres françaises.
Des temps à jamais révolus mais auxquels pourtant à nouveau une mince
phrase nous relie, histoire de redonner du sens à l’histoire.