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mardi 26 novembre 2019

Ouïghours : « Tout un peuple est cadenassé derrière des barrières invisibles »

Ouïghours : 

«Tout un peuple est cadenassé 

derrière des barrières invisibles» 

 

 Par Laurence Defranoux

 

Au Xinjiang, en août, affiche de propagande pour Xi Jinping.  

Photo Gilles Sabrie. NYT. Redux. REA



Chercheuse à l’ONG Human Rights Watch, Maya Wang détaille la surveillance de masse qu’exercent les autorités chinoises sur les Ouïghours.


Maya Wang, chercheuse sur la Chine pour l’ONG Human Rights Watch, réagit aux fuites de documents confidentiels concernant la répression dans la région chinoise du Xinjiang, révélés par le New York Times.
Qu’apportent ces fuites ?
Nous savons désormais de quelle manière le président Xi Jinping a ordonné lui-même la répression au Xinjiang. Ces documents vont aussi à l’encontre de la propagande du gouvernement chinois selon laquelle les camps de rééducation politique ne seraient que des «écoles de formation professionnelle facultatives». Ils révèlent comment un pouvoir de plus en plus centralisé impose ses diktats sans prendre en compte l’expertise des dirigeants locaux, ce qui entraîne des souffrances humaines immenses et des choix politiques contre-productifs.



Comment fonctionne cette surveillance de masse ?
Si vous êtes ouïghour, votre niveau de «menace» est déterminé par la «plateforme intégrée d’opérations conjointes» (Ijop), une base de données de la police qui collecte vos données personnelles. Suivant le degré de dangerosité qui vous est attribué, vous êtes assigné à résidence dans votre préfecture, votre ville de naissance ou votre maison, envoyé en camp de rééducation politique, placé en centre de détention ou condamné à la prison. L’application Ijop est reliée en temps réel aux caméras de surveillance, aux check-points et aux smartphones des policiers. Par exemple, si vous prenez de l’essence, la reconnaissance faciale compare votre visage à votre immatriculation, et si la voiture n’est pas la vôtre, le système alerte la police. De même si votre compteur enregistre une consommation inhabituelle d’électricité, si vous avez téléchargé Whatsapp, si vous utilisez un VPN [qui contourne la censure d’Internet, ndlr] ou tout autre critère arbitraire. A partir de là, vous subirez des interrogatoires, ce qui augmente votre risque d’être envoyé en camp. Le Xinjiang entier est une prison. Tout un peuple y est cadenassé derrière une succession de barrières invisibles.
Comment la « dangerosité » des citoyens est-elle établie ?
Les catégories sont à la fois très vagues et très vastes. Par exemple, avoir visionné une «vidéo terroriste» peut vous envoyer en détention. Mais dans la loi chinoise, tout ce qui a un lien avec le fait de réclamer des réformes politiques peut être qualifié de «terrorisme». Par ailleurs, je connais des membres d’une famille emprisonnés car ils s’étaient envoyés par messagerie des textes de prières musulmanes, ou un homme condamné à 15 ans de réclusion pour avoir assisté à une cérémonie religieuse. Face à cette persécution officielle, les Ouïghours n’ont aucun moyen de défense. Plus ils posent de questions, plus longtemps ils seront détenus et plus grand sera le risque de mauvais traitement. Demander l’aide d’un avocat est impensable : ce serait la preuve même du crime.
Le système de surveillance commence-t-il à s’étendre au reste du pays ?
Au Xinjiang, le système d’intelligence artificielle est conçu pour persécuter un groupe ethnique. Ailleurs, il n’est pas encore aussi intrusif et visible. Les usagers de drogue, les malades mentaux, les signataires de pétitions sont déjà ciblés. Mais la Chine est très grande, la surveillance coûte très cher, utilise beaucoup de force de travail, et même si la technologie est très puissante, personne ne sait vraiment l’utiliser. De plus, on commence à voir apparaître des résistances.
Comment expliquer la passivité du reste du monde face à cette répression ?
Lorsqu’Emmanuel Macron est venu en Chine début novembre, il n’a rien dit sur les droits de l’homme. Or, quiconque se sent concerné par la défense de nos valeurs devrait être inquiet face à ce qui se passe au Xinjiang. Les données voyagent, et le système technologique global est de plus en plus capté par des entreprises chinoises. Xi Jinping s’est fait élire président à vie. Il a 66 ans et peut encore gouverner vingt  ans. Or, son ambition de domination passe par le contrôle de l’information et de la technologie. Une chercheuse australienne a découvert qu’un logiciel de traduction intégré à des smartphones chinois collectait clandestinement cinq milliards de mots par jour en 65 langues et dans 200 pays. Bien sûr, toutes les entreprises chinoises ne sont pas problématiques. Mais même celles qui fonctionnent comme des entreprises privées ne peuvent refuser de transmettre des données réclamées par l’Etat. Les gouvernements européens devraient renforcer la protection des données biométriques, réfléchir aux implications de cette collecte. Il faut arrêter de penser qu’on peut travailler avec un gouvernement qui retire ses droits à un peuple entier.


Laurence Defranoux 


Source : https://www.liberation.fr/planete/2019/11/17/ouighours-tout-un-peuple-est-cadenasse-derriere-des-barrieres-invisibles_1763988?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot  
 

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