Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

samedi 14 mars 2015

150 milliards d'euros dans la benne (les perturbateurs endocriniens)



Publié le 7 mars 2015


Avant de vous dire deux mots ce qui suit, je tiens à préciser que je suis immensément loin de mon état normal. Je n’ai pas envie de m’étendre sur le sujet, mais je n’ai que peu de moments de véritable activité. Par ailleurs, que les innombrables auteurs de billets de soutien sachent que je lis tout, absolument tout. C’est pour moi une bénédiction, mais je suis dans l’incapacité physique - et psychique - de répondre. Au moins pour le moment. Je suis très heureux de vous avoir.

————————–

Lisons ensemble cet éditorial du journal Le Monde. Ceux qui ont lu ou liront mon livre Un empoisonnement universel ne seront guère surpris : le désastre est vraiment colossal. Ceux qui nous gouvernent, qui n’ont que les mots de l’économie à la bouche, ne sont pas même capables de s’attaquer à un problème qui coûte au bas mot 150 milliards d’euros à l’Europe. Le comble est qu’ils sont dans une certaine logique : toutes les dépenses de santé liées aux perturbateurs endocriniens ne sont-elles pas un moteur, au moins auxiliaire, de la croissance ?

Que dire de nos pauvres ministres ? De Ségolène Royal, dont la principale activité consiste à chercher des trucs susceptibles de lui valoir un passage au JT ? Et de Marisol Touraine, en charge toute théorique de la santé publique, et qui connaît sans doute à peine l’expression « perturbateurs endocriniens » ?

Perturbateurs endocriniens : 
l’Europe irresponsable

LE MONDE | 06.03.2015 à 11h31 • Mis à jour le 06.03.2015 à 13h29

Editorial du Monde. 

Les chiffres sont ahurissants. Jeudi 5 mars, une vingtaine de biologistes, d’épidémiologistes et d’économistes de la santé ont publié la première estimation du coût économique, en Europe, des perturbateurs endocriniens (PE). Les dégâts sanitaires engendrés par l’exposition à ces substances omniprésentes dans l’environnement domestique et la chaîne alimentaire – pesticides, plastifiants, conditionnements, solvants, cosmétiques, etc. – sont estimés par les chercheurs à quelque 150 milliards d’euros au moins, en coûts directs (frais de santé, soins…) et indirects (absentéisme, perte de productivité économique…). Soit 1,2 % du produit intérieur brut des Vingt-Huit ! Pourtant, aussi énormes qu’ils puissent paraître, ces chiffres sont encore lourdement sous-estimés. En effet, la plus grande part des effets sanitaires de ces PE n’a pas été prise en compte, faute d’avoir pu être chiffrée par les chercheurs.

La publication de ces travaux intervient alors que Bruxelles a échoué à tenir ses engagements pour réguler enfin ces substances, qui touchent l’ensemble de la population. La Commission s’était engagée de longue date à publier, au plus tard en décembre 2013, les critères définissant ces fameux PE. Une telle définition est le préalable nécessaire pour réglementer leur utilisation par les industriels. Soumise à un lobbying intense – documenté sans ambiguïté par le travail d’organisations non gouvernementales et de journalistes –, la Commission a renoncé à respecter ce délai, arguant de la nécessité d’évaluer l’impact d’une réglementation de ces molécules sur les entreprises européennes.

La démarche même de la Commission soulevait de sérieuses questions. L’ambition d’une politique de santé publique doit-elle être soumise à son impact sur quelques secteurs économiques ? La réponse s’impose d’elle-même. Le monde académique a pris le problème suffisamment au sérieux pour qu’une vingtaine des meilleurs spécialistes du dossier rappellent à Bruxelles qu’une réglementation stricte des PE produira aussi des bénéfices considérables, dont profiteront les finances publiques et l’économie européenne dans leur ensemble.

Défiance

La Commission de Bruxelles n’a donc plus l’excuse économique pour tarder à prendre des décisions qui s’imposent. La littérature scientifique n’est pas seule à protester contre les atermoiements de l’Europe. En novembre 2014, la Suède a lancé une action en carence contre la Commission devant la Cour de justice de l’Union. Le 16 janvier, le Conseil européen s’est prononcé à une forte majorité pour soutenir la démarche de Stockholm.

L’incapacité de la Commission, sur le dossier des perturbateurs endocriniens, à faire passer l’intérêt général avant les intérêts particuliers de quelques grandes entreprises n’a pas seulement des conséquences sanitaires et économiques. Elle alimente la défiance à l’égard des institutions européennes. Le Front national, qui commence à flairer un filon prometteur, ne s’y est pas trompé. Pour preuve, cet étrange communiqué de presse diffusé le 4 mars par le parti de Marine Le Pen, fustigeant le laxisme de Bruxelles sur le bisphénol A, le plus célèbre des perturbateurs endocriniens, interdit en France dans les contenants alimentaires depuis le 1er janvier. Il serait irresponsable de fournir aux populistes des motifs supplémentaires de soupçonner l’Europe de tous les maux.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/03/06/perturbateurs-endocriniens-l-europe-irresponsable_4588756_3232.html#DH8SJ8EPdTwJxOH5.99

vendredi 13 mars 2015

Le vrai suicide français : on assassine notre sol

LE VRAI SUICIDE FRANÇAIS

On assassine notre sol


Dimanche 08 Mars 2015 à 12:00

Périco Légasse

Chaque seconde, 26 m2 de terres fertiles se transforment en acier ou en béton, le reste étant empoisonné par l'agrochimie. Un fléau bien plus grave que la crise, car si la France ne dispose plus d'un socle viable et durable, fondement de toute civilisation, alors les autres enjeux de société ne seront que chimères. Sauvons le droit du sol.


Gutner/SIPA


>>> Article paru dans Marianne du 27 février

Voici un livre* que le président de la République, le Premier ministre, le gouvernement, les parlementaires, les chefs de parti, les leaders syndicaux et le patronat, les intellectuels et les philosophes, le corps enseignant, en somme tous les décideurs politiques, économiques et sociaux de ce pays, doivent lire d'urgence. Mais aussi les agriculteurs. Et bien sûr les citoyens un tant soit peu soucieux de leur avenir, pour comprendre que, si les choses continuent comme ça, alors là, oui, nous nous dirigeons tout droit vers le suicide français. Que se passe-t-il de si grave pour susciter une telle frayeur ? Citoyens, le sol de la France se meurt ! Oui, ce qui participe de l'essence de notre pays, le plancher des vaches, se disperse, se ventile, s'éparpille façon puzzle. L'homme qui révèle le scandale s'appelle Frédéric Denhez (on prononce « dan hé »). Un journaliste très renseigné, un brin philosophe, ultralucide quant au désastre qui nous attend si nous ne faisons rien pour sauver cette fine couche de terre sans laquelle il n'y aurait pas de vie sur Terre.

A force de rouler dessus, de le pomper, de le triturer, de le recouvrir de ciment et de ferraille, notre socle national est en train de dépérir. Nos grands lanceurs d'alerte, et nous ne parlons pas de fossoyeurs tels Minc ou Attali, apologistes d'une croissance mondialisée qui aggrave le phénomène, mais des Mélenchon, des Finkielkraut, voire un Plenel, un Zemmour ou un Besancenot, n'ont pas idée de l'ampleur de ce drame fondu dans la nébuleuse des dégâts environnementaux. Sans quoi ils s'en empareraient pour mobiliser les foules et les consciences. Au rythme auquel le mal progresse, à savoir 82 000 ha par an, la France pourrait se retrouver un jour sans terres fertiles, donc sans agriculture naturelle. Le compte à rebours a commencé. Ce qu'il y a de plus alarmant dans ce que dénonce Frédéric Denhez, c'est que le sol est l'élément qui subit, en les catalysant, toutes les dérives, tous les excès et tous les abus de la civilisation.

Depuis la nuit des temps, c'est toujours lui qui paye la facture. La surpopulation, c'est lui qui en est la première victime, la surproduction, la pollution, la surconsommation aussi, l'urbanisme sauvage et galopant aussi, l'extension des centres de loisirs ou commerciaux aussi, les parkings, les gares, les aéroports aussi. Chaque fois que l'homme a besoin de s'étendre, de se développer, de gagner de la place, d'augmenter son expansion, conséquences imparables d'une logique économique basée sur la croissance, c'est sur le sol qu'il le prend. Et la machine à broyer ne s'arrête jamais. Faute de pouvoir aller sur mer, ou si peu, ou dans l'espace, pas encore, c'est donc sur la terre cultivable que progresse cette conquête. D'où la terrible formule que Frédéric Denhez affiche en couverture de son livre : « En France, 26 m2 de terres fertiles disparaissent chaque seconde. » Mais ce n'est pas tout, car pour satisfaire les besoins marchands du productivisme, on sature la terre de produits nécessaires à la surproduction puisque sa régénérescence naturelle ne suffit plus à satisfaire la demande. Cela signifie quoi ? Cela signifie qu'à défaut d'avoir totalement disparu, l'agriculture française sera soit remplacée par des usines à bouffe alimentées par des produits importés de l'étranger, soit intégralement hors sol.

Une horloge naturelle

Comment en est-on arrivé là ? Depuis la nuit des temps, l'homme exploite son sol, puis son sous-sol. Pour le premier, la survie ; pour le second, la richesse, puis l'énergie. Croit-on que ces ressources sont intarissables ? On sait épargner l'eau et l'air, par la technologie, mais l'on n'a jamais pensé à économiser la terre, au contraire. Pour entrer dans le vif du sujet, et bousculer un premier dogme, le premier ennemi de la terre, c'est la charrue. Pas le soc des Gaulois ou des paysans d'autrefois, qui rayait à peine le sol (et encore, les fermiers du Middle West américain ont désertifié des vallées entières au XIXe siècle en labourant leurs terres à outrance), mais celui des tracteurs, puis des gros tracteurs, puis des très gros tracteurs, qui ravagent la terre en profondeur, détruisant inéluctablement, passage après passage, ce fantastique univers souterrain qui fait qu'un champ ou une prairie, rationnellement sollicités, vont pouvoir nourrir des générations entières. Faites passer une fois, dix fois, cent fois, mille fois une lame de métal dans cette galaxie organique et vous finissez par broyer les filaments qui permettent à cette merveilleuse horloge naturelle de donner l'heure. Quand la charrue du rendement industriel a tout massacré, on la remplace par une charrue en molécules.

Fantastique description, par l'auteur, de cette vie du sol, où le règne animal et le règne végétal consolident une chaîne de l'évolution permanente au travers d'une complicité basée sur le ferment. La formule de Lavoisier consacrée par la nature : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Tu me manges et en me digérant tu nourris ce qui va me faire naître pour que je puisse un jour profiter de ton cadavre en te redonnant vie.

Certes, c'est de la géophilosophie, n'empêche, cela fonctionne ainsi depuis que le monde est monde. L'agronomie n'est pas autre chose que la science de cette réalité. Ses progrès, tout en respectant la capacité à augmenter les rendements par des méthodes respectueuses de la ressource, n'ont jamais demandé plus que ce que la terre pouvait fournir. Et puis un jour, l'humanité moderne est passée de la culture alimentaire à l'agriculture financière, celle qui double ou triple les rendements du sol pour générer des profits sans lui laisser le temps de se régénérer. La terre n'est plus un réservoir qu'on laisse se reconstituer mais une citerne dans laquelle on pompe plus d'eau qu'il ne pleut. C'est alors que l'industrie chimique a inventé des substances qui remplacent, du fait de les avoir éliminés, les vers de terre et les champignons dont le sol a besoin pour produire l'humus essentiel à l'agriculture. Moins il y a d'humus, plus on met de chimie, et plus on met de chimie, plus le sol s'épuise à force de surproduire en appelant davantage de chimie pour maintenir des rendements artificiels et finalement nocifs. C'est aussi dans cet esprit que l'élevage industriel a inventé des fabriques à viande pour saturer le marché de barbaque hormonée en inondant les rayons de la grande distribution d'infamies alimentaires ravageuses de sols. Quand le serpent néolibéral se mord la queue. Autant d'engrenages sataniques ayant fini par tuer la poule aux œufs d'or. « L'essentiel est invisible pour les yeux», disait Saint-Exupéry. « Pas seulement, répond Denhez, il est même cryptogamique. » Amen.

Un futur sans terre cultivable ?

Redoutable limier, l'auteur décortique, au terme d'un travail de trois ans, les mécanismes qui ont conduit le plus fantastique de tous les potentiels naturels (avec la mer) à s'approcher de la saturation ou de la disparition. Poules aux œufs d'or, disions-nous ? Bien plus encore, car l'équilibre d'un sol, tout ce qui s'y produit, s'y métamorphose, y évolue pour aboutir à ce substrat de la vie terrestre, relève à la fois du miracle naturel et des merveilles de la biodiversité. Et nous, pauvres humains insouciants et barbares, obsédés par nos conforts égoïstes et nos profits mercantiles, qui détruisons, lentement, mais sûrement, la maison qui nous abrite, le plancher qui nous supporte et le limon qui nous nourrit. Car, comme le souligne Frédéric Denhez, l'avenir sans sol, le futur sans terre cultivable, sont tout à fait concevables, il en est même qui défendent cette idée, sauf qu'elle s'appelle l'enfer et qu'elle finit en guerre.

Pourquoi les Chinois et les Saoudiens achètent-ils, partout où ils le peuvent autour de la planète, des millions d'hectares de terres arables, si ce n'est pour avoir du sol ? Quand les profondeurs de la grosse boule ne fourniront plus de quoi alimenter nos machines, nos usines et nos trombines, c'est vers le sol nourricier que l'humanité se retournera. A condition d'en avoir. Et qu'il soit resté nourricier.

Les dépositaires du sol en sont-ils conscients ? Denhez observe : « Par le simple calcul du temps qu'ils passent sur leur tracteur pour traiter et labourer, et de l'argent qu'ils dépensent pour payer les intrants chimiques nécessaires à engraisser artificiellement leurs sols, de plus en plus d'agriculteurs réalisent qu'ils font fausse route et remettent les pieds sur terre. » Chaque jour, en effet, des exploitants agricoles délaissent la logique du profit industriel pour revenir aux fondements de la paysannerie, fût-ce en produisant à grande échelle. Une réalité accompagnée et encouragée par l'ambitieux, et cependant insuffisant, programme d'agroécologie mis en place par Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, et votée par le Parlement en septembre 2014, au grand dam de la FNSEA et de son président, Xavier Beulin.

Puisqu'on en parle, qui sont les assassins de nos sols ? Le premier de tous fut Justus von Liebig, qui n'a pas inventé que le potage en conserve. Ingénieur allemand ayant vécu de 1803 à 1873, ce chimiste fabrique des engrais minéraux pour tripler les productions, oubliant que le bon minéral est celui qui passe d'abord par le stade organique. Ses produits font un tabac mais vont ravager les sols. Car les plantes se nourrissent des ferments issus de la décomposition des matières vivantes du sous-sol, essaimés par les millions de kilomètres de petites galeries creusées depuis la nuit des temps par les lombrics et qui constituent le réseau organique sur lequel les champignons vont pouvoir tisser le mycélium nourricier du monde végétal. Stimuler les sols avec des engrais minéraux, c'est gagner du temps et de l'argent pour en perdre beaucoup au final, avec la vache et le pré. Et nous empoisonner à coups de pesticides, pour le plus grand profit d'un lobby pharmaceutique ravi que l'agrochimie continue à générer de la malbouffe mortelle. En fait, l'agriculture paysanne, c'est la ruine des marchands de cancer. Labourer le sol avec des engrais chimiques, c'est comme donner un poisson à un pauvre pour qu'il mange un jour. Le respecter en lui appliquant les lois de l'agronomie et la pratique de l'assolement, qui consiste à la rotation des cultures en jachère, c'est lui apprendre à pêcher. C'est là que Frédéric Denhez propose 10 mesures pour sauver la France. Voici un grand programme politique, un vrai projet de révolution verte, un gage d'avenir pour cette nation et ses enfants. Cessons de ruiner notre sol et refaisons des paysans.

Salut de l'humanité

A QUOI SERT LE SOL ?

Voici un petit lexique à apprendre par cœur et à rappeler, comme un remède salvateur, à tous ceux qui abîment la terre. A quoi sert le sol ? A se retenir lui-même par le lacis des racines et des feuilles. A retenir l'eau par son tissu interne. A entretenir la vie par le plus fantastique phénomène de recyclage organique que connaisse la planète Terre. A réguler la température en rafraîchissant l'air par son évaporation. A fixer les polluants comme un tampon avant de les métaboliser. A maintenir le carbone par sa biomasse. A nous nourrir, car ce qui pousse dans le sol nourrit l'humanité depuis douze mille ans. C'est aux vers de terre et à leurs complices les champignons que nous devons tous ces bienfaits. D'où l'urgence du retour à une agriculture naturelle.


Paysage et fumier

LE BOCAGE SAUVE DE LA FAMINE

Quoi de plus ringard que le bocage ? Image d'Epinal d'une campagne à l'ancienne tout juste bonne à raviver des clichés du genre « la terre qui ne ment pas » ou la chaumière normande de carte postale. Pourtant, le bocage a sauvé de la famine des générations entières. Pourquoi ? Jusqu'au XVIIIe siècle, le bétail était laissé en vaine pâture, c'est-à-dire que les troupeaux erraient à leur guise dans la prairie. Or l'un des atouts primordiaux du bétail, hormis son lait ou sa viande, ce sont ses bouses, élément essentiel pour obtenir du fumier, engrais vital pour les cultures. En vaine pâture, allez donc ramasser les déjections animales réparties sur des dizaines d'hectares, opération impossible. On se mit un jour à quadriller la campagne avec des haies et des clôtures, créant ainsi des parcelles protégées où les vaches paissaient dans un espace clos empêchant leur divagation. Déposées sur un périmètre limité, les bouses pouvaient donc être ramassées pour produire du fumier. A partir de quoi on multiplia par cinq ou six les rendements agricoles, limitant de façon massive les famines qui jusqu'alors ravageaient les populations les années de mauvaises récoltes. Le bocage fut ainsi la première mesure agronomique contre la disette. Manger de la viande et boire du lait, issus d'élevages nourris à l'herbe, contribue donc à sauver la planète. Fromages et steaks de tous les pays, unissez-vous !


*Cessons de ruiner notre sol !, de Frédéric Denhez, Flammarion, 14 €.

mercredi 11 mars 2015

Le piège de la 4 voies entre Ille-sur-Têt et Prades

On a reçu ça : 

"Bonjour.

Ici Jean Monestier.

Ci joint (...) une petite lettre à l'Indépendant qui publie souvent des propos favorables à la quatre voies Ille-Prades. J'ose maintenant écrire que ce projet est criminel, puisqu'il ne peut que faire augmenter les émissions de carbone sur cet axe.

En appui, quatre pages de Richard Heinberg : " Pétrole : la fête est finie !" dont les propos sont convergents.

Pour la France, l'investissement, notamment des collectivités locales, dans les infrastructures routières, est énorme par rapport à ce qui est consacré au chemin de fer, qui sera pourtant le mode de transport de l'avenir. Par ailleurs, comme les budgets sont en baisse, les dépenses d'entretien, qui augmentent avec la longueur du réseau, sont délaissée au profit des travaux neufs, plus gratifiants et plus "visibles". Tout ceci ne peut qu'imploser.

Amitiés"


Jean Monestier                                                        Le Soler, le 03.03.2015




à                                                           INDEPENDANT
                                                      Courrier des lecteurs
                                                      2, Bld des PYRÉNÉES
                                                      66007  PERPIGNAN CEDEX

Objet : Le piège de la route à quatre voies.

       
 On lit fréquemment dans l’Indépendant les propos de grands élus ou de technocrates qui appellent de tous leurs vœux la réalisation de la route à quatre voies entre Ille et Prades. Pourtant, une chose est certaine : si ce projet du siècle dernier devait aboutir, cette infrastructure provoquerait mécaniquement une augmentation des émissions de carbone imputables à cet axe. De nombreux auteurs établissent que les gains dans l’efficacité des moteurs sont toujours plus que neutralisés par l’augmentation du trafic, car la meilleure fluidité de la circulation nous entraine à rouler  plus vite, plus loin, et plus souvent. C’est ce que les spécialistes appellent l’effet rebond. Or, on vient d’apprendre que l’année 2014 était, en moyenne bien sûr, la plus chaude depuis que l’on fait des mesures, c'est-à-dire le dernier tiers du 19ème siècle. Notre culture sportive pourrait nous faire interpréter joyeusement cela comme un record battu. Mais se réjouit-on quand un enfant qui avait 39°C depuis trois jours voit sa température monter à 40°C ? C’est peu probable. Lors d’une conférence donnée il y a quelques mois à l’Hôtel d’Agglomération Perpignan-Méditerranée, Hervé Le Treut, scientifique reconnu, face à un  public adulte et responsable, nous a recommandé de diminuer nos émissions de carbone. Or, non seulement, elles ne baissent pas, mais elles augmentent, si l’on inclut celles qui sont dues à nos importations. Il serait temps que nos grands élus et technocrates en tiennent compte, car un réchauffement du climat supérieur à  deux degrés, de plus en plus probable, annonce une remise en cause massive et accélérée de notre prospérité locale. Dans ce contexte, réaliser cette route à quatre voies serait littéralement criminel. Bien entendu, je ne parle pas des déviations auxquelles les habitants de Joncet, Marquixanes etc. ont droit au titre d’une simple équité républicaine. Par contre, avec le budget restant disponible il serait temps d’achever l’aménagement de l’axe ferroviaire de Perpignan à Villefranche : réduction de la différence de niveau entre les quais et les planchers des véhicules, dissuasive pour les personnes âgées, handicapés, mères de famille, etc. ; réalisation de la halte de St Charles, qui concerne 9000 personnes, et pour laquelle l’emplacement du quai a été réservé ; amélioration des vitesses et des dessertes, de sorte que le train, qui, à masse et à vitesse égales, consomme deux à trois fois moins d’énergie, par ailleurs issue de ressources renouvelables, devienne plus séduisant que le mode routier, qui fonctionne quasi exclusivement avec des énergies fossiles. Quant au Train Jaune, qui ne survivrait pas à une spécialisation exclusivement touristique, il ne sera remis au niveau d’efficacité atteint dans les pays alpins que si on lui consacre l’argent qui est encore flambé dans la construction de routes nouvelles. Il faudrait le dire franchement, même si cela fâche ceux qui n’ont pas encore compris la situation.
     Jean Monestier.





mardi 10 mars 2015

Yourtes de Bussière-Boffy : le maire désavoué par la justice suprême : la Cour de cassation

Bonjour à tous,


Une nouvelle fois, le maire de Bussière-Boffy est désavoué par la justice, et cette fois par la justice suprême !

Le 24 février 2015, la Cour de cassation a cassé le jugement de la cour d'appel de Limoges du 14 juin 2013 nous condamnant à la démolition de nos yourtes avec amendes. Cela, en considérant que la prescription devait s'appliquer et que la cour d'appel a méconnu les textes de lois. Elle renvoie notre affaire qui sera rejugée par la cour d'appel de Bordeaux.

La Cour de cassation a annulé la totalité du jugement qui nous condamnait, en s'appuyant sur la prescription, car nos yourtes étaient montées depuis plus de 3 ans. Mais, ironie du sort, à l'heure de ce jugement, elles n'y sont plus ! Cette décision montre à quel point nous avons été malmenés dans cette très longue histoire de 8 années.
Aujourd'hui, nos familles, épuisées par tant d'années de lutte, n'ont eu d'autre possibilité, pour continuer de vivre dignement et développer des projets, que d'aller vivre ailleurs. La vie dans notre village est devenue une procédure perpétuelle, où aucun projet n'est plus possible, où aucune association autre que celle des anciens combattants n'a droit de cité. Bref, on a pensé au bonheur de nos enfants et on est partis...
Moralement, ce maire nous a massacrés, minutieusement, année après année, il a exterminé nos vies, et l’État n'a jamais voulu nous protéger, bien au contraire. Quand le Préfet nous a régularisés en 2009, c'était pour nous faire taire. Car nous avions raison, raison de vivre comme cela avec nos enfants, simplement, avec nos moyens, dans le respect de la nature, en apportant nos alternatives et notre vitalité à ce village. Notre légitimité a touché beaucoup de gens, et elle a touché tous les juges qui ont eu affaire à notre histoire. C'est pour cela que nous avons gagné tous nos procès ; le seul que nous avons perdu, c'est lorsque l'Etat s'en est mêlé pour faire appel.
Quand un homme seul, investi de son pouvoir, détruit la vie et les rêves de plusieurs familles au nom de sa propre idéologie, on appelle cela le fascisme. Le fascisme c'est la brutalisation des esprits... du nôtre, de celui de nos enfants, de notre collectivité. La réalité est que cet homme a été soutenu par les pouvoirs publics.

La Cour de cassation
, comme nous l'a expliqué l'une des avocates du cabinet de Maître Spinozi (notre défenseur), ne pouvait pas affirmer qu'une yourte n'est qu'une tente. Cela l’État ne le permettrait pas, car la liberté prendrait trop de place. Les juges ont cassé le jugement en s'appuyant sur la prescription, c'est tout ce qui leur restait pour nous donner raison. Nous savons que nous faisons peur à l’État français, car nous avons simplement raison, et que le bon sens touche le coeur des gens bien plus profondément que les lois. Mais nous savons aussi qu'à force de procédures, et face à l’État, nous avons peu de chance de gagner le véritable droit d'être ce que nous sommes : des êtres humains vivant en liberté sur notre Terre !
Comme le dit avec toujours autant de vilenie et d'immoralité le maire de Bussière-Boffy (réélu l'année passée, il faut le rappeler) : « Ce jugement n'a aucune valeur... Ce qui compte c'est qu'ils soient partis ».
Il n'y a que les faiseurs de mort qui se réjouissent du malheur des autres, pour notre part nous avons choisi de défendre le vivant, même si nous y perdons des plumes !

Nous avons gagné ce procès, une fois de plus, et l'affaire sera rejugée par la cour d'appel de Bordeaux dans plusieurs mois, voire 1 ou 2 ans. Ce jour-là les juges seront-ils capables de résister à une ultime pression de l’État ? Car l'enjeu est lourd, il s'agit de notre liberté d'habiter la Terre.
Nous remercions encore une fois toutes les personnes qui nous ont soutenu, votre soutien c'est notre résistance, votre indignation c'est notre force, avec une pensée particulière pour ceux qui ont participé au financement de ce procès en cassation, qui n'aurait pu avoir lieu sans vous.
Vous aurez de nos nouvelles... un jour... Car la justice prend son temps pendant que les années passent !

Bises à tous
Des ex-habitants des yourtes de Bussière-Boffy
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Rappel de l'histoire

Nous sommes trois familles vivant dans des yourtes sur la commune de Bussière-Boffy (Haute-Vienne) depuis plusieurs années. L'arrivée d'un nouveau maire en 2008, avec une idéologie d'extrême-droite, a mis notre mode vie en grand danger, en nous soumettant en 7 ans à 8 procès. Ces procès concernent toujours la légitimité de notre citoyenneté sur la commune.
Ce maire a tenté, depuis le début de son 1er mandat, de nous expulser de la commune, en ne tenant aucun compte de la désertification et du vieillissement de la population de cette région isolée, ni de notre mode de vie écologique. Il a toujours fait preuve d'une immoralité totale à notre égard, ainsi qu'envers tous les habitants de la commune nous soutenant.
Cette procédure d'expulsion a commencé en 2011, suite à une plainte du maire concernant la prétendue illégalité de nos habitats. Nous précisons qu'en plus des trois familles impliquées, cette plainte concerne une quatrième famille dont le tort est d'avoir prêté son terrain pour y implanter une des yourtes.
En première instance, le tribunal de Limoges nous a relaxés le 11 décembre 2012, considérant que les yourtes étant des tentes, - qui n'ont pas besoin de permis de construire ou de déclaration préalable - il n'y avait donc pas d'infraction.
Mais suite à une pression de l’État (dixit les paroles d'un procureur), le Parquet a fait appel.


Bien que les juges de la cour d'appel, lors de l'audience de juin 2013, aient été ouvertement favorables à notre égard, le jugement nous a condamnés au démontage et à des amendes, considérant nos yourtes comme des « constructions » (donc illégales puisque montées sans permis de construire), balayant d'un revers de manche notre régularisation par le Préfet de Haute-Vienne en juin 2009, ainsi que la règle de la prescription.

(Pour info, la prescription d'une infraction au code de l'urbanisme interdit de condamner celui qui a construit sans permis, si la construction a plus de 3 ans). Ce jugement (le seul que nous ayons perdu) nous a fait comprendre que l’État avait fait pression et que d'une certaine manière il soutenait les abus de pouvoir de ce petit maire.

Source : http://yourtesbussiere-boffy.info/

lundi 9 mars 2015

Barrage de Sivens : José Bové : "une délibération incohérente, bâclée, illégale et finalement inexécutable"

Article écrit par José Bové à propos de la délibération du Conseil Départemental du Tarn pour la poursuite de la construction du barrage de Sivens


Sivens : le 6 mars 2015, 

le Département du Tarn a enfanté 
un monstre juridique.


Ce département met aussi tout en œuvre pour que les conséquences financières de ses erreurs et de son profond dysfonctionnement soient assumées par l’Etat, le tout par une sorte de fuite en avant à quelques jours des élections.

Alors que le projet de barrage fait l’objet d’une procédure d’infraction qui a toutes les chances (ou tous les risques) de conduire à la condamnation de la France, le Conseil Général persiste l’erreur :

- Il maintient le choix de l’essentiel du projet (localisation, utilisations de l’eau, maître d’œuvre, constructeurs, gestionnaires, etc.) qui a fait l’objet de la DUP en passe d’être sanctionnée par l’UE et bientôt par les Tribunaux

- Il soutient pouvoir continuer sur la base de cette DUP (Déclaration d'Utilité Publique)

- Il annonce vouloir négocier « un protocole transactionnel avec l’Etat »

Or, une DUP est un acte pris par l’Etat qui ne peut faire l’objet d’aucune transaction et d’aucune négociation ; soit une DUP est exécutée, soit elle ne l’est pas, et ce uniquement en considération de sa teneur c’est-à-dire de l’ensemble des éléments du projet qui a été autorisé. Il ne peut être retranché ou ajouté de nouveaux éléments

Elle ne peut pas légalement faire l’objet de modifications, d’arrangements ou de transaction selon le bon vouloir de son bénéficiaire. S’il en était autrement cela reviendrait à ne tenir aucun compte de la procédure d’élaboration de la DUP, des enquêtes publiques, du contrôle des services de l’Etat ; cela constituerait finalement une atteinte à l’Etat de Droit.

Bien plus, le Conseil Général a donné un mandat à son exécutif pour négocier un tel « protocole » sans indiquer sur quoi il porterait, dans quels buts et dans quels délais.

Or, dans quelques semaines cet exécutif aura changé, quels que soient les résultats des élections, et ne pourra pas mettre en œuvre une directive aussi incomplète et aussi imprécise.

De plus, il est sidérant de constater que le Conseil Général du Tarn tente de tirer un profit financier d’une situation totalement illégale de laquelle il persiste à ne pas vouloir sortir, et ce d’autant plus qu’il est interdit à l’Etat de transiger sur la légalité et notamment sur le pouvoir de police qu’il exerce au titre de l’environnement.

Autrement dit, il ne peut y avoir de dérogation à l’application de la Loi.

En définitive, ces élus en fin de mandat ont voté une délibération incohérente, bâclée, illégale et finalement inexécutable, qui tente de surcroît d’entraîner par le fond l’Etat qui aurait à payer les conséquences de leur impéritie.