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vendredi 16 octobre 2026

« Je vis toujours dans cette chambre noire. Il n’y a que l’obscurité, la misère et la souffrance des gens »

 

« Je vis toujours 

dans cette chambre noire. 

Il n’y a que l’obscurité, la misère 

et la souffrance des gens »

 Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il fait le bilan de ces trois ans de guerre génocidaire contre Gaza et ses ravages sur la société palestinienne : misère, mariages précoces et captagon, le tout encouragé par les Israéliens.

 

Gaza-ville, le 16 septembre 2026. Les secouristes retirent un corps des décombres d’un immeuble qui s’est effondré dans le quartier de Tal Al-Hawa.

OMAR AL-QATTAA / AFP

 

Mercredi 7 octobre 2026.

Aujourd’hui, cela fait trois ans de génocide à Gaza. Je pourrais vous parler de ce qu’on a vécu pendant ces trois ans. Du nombre de personnes tuées par l’armée d’occupation, du nombre de blessés, d’enfants amputés, d’orphelins, de veuves. Des disparus, des prisonniers enlevés par l’armée d’occupation pendant les offensives terrestres. Des dizaines de milliers de corps sous les décombres. Des destructions de maisons, d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux. Des quelque vingt mille patients qui attendent toujours une évacuation pour se faire soigner à l’étranger. Des malades du cancer, des insuffisants rénaux, de ceux qui souffrent de problèmes respiratoires et qui sont en train de mourir, silencieusement et douloureusement, parce qu’on ne peut pas les soigner.

Mais je préfère vous parler de ce que vous ne verrez pas sur les réseaux sociaux, de ce que vous ne lirez pas dans les dépêches. Je veux vous parler de l’impact sur la société palestinienne de Gaza.

Je ne sais pas si l’on peut encore employer ce mot. Une « société » doit avoir des piliers, une architecture sociale. Or, 90 % des 2,3 millions d’habitants de la bande de Gaza, ou de ce qu’il en reste, vivent sous des tentes, sous des bâches, dans des camps de fortune, entassés les uns à côté des autres, dans un réduit qui fait 30 % de la surface de l’enclave, c’est-à-dire environ 120 kilomètres carrés, sans électricité, sans eau, sans infrastructures, sans médecins, sans soins, sans éducation, sans aide humanitaire.

Les gens sont en mode survie. Il faut être fort pour rester en vie. Alors on essaie de se protéger en se regroupant par familles originaires des mêmes lieux. Parfois, ce sont simplement des groupes qui ont été déplacés au même endroit. Des familles du Nord, des familles de l’Est, des familles du Sud, des familles de Rafah. C’est exactement ce qui s’est passé avec nous en 1948, quand nos parents ont été chassés par les milices juives, la Haganah et les autres, qui ont tué des milliers de personnes en Palestine et surtout dans le nord de la Palestine pour les faire fuir. Et quand ils sont venus à Gaza et en Cisjordanie, ils se sont retrouvés sous des tentes et ont vite formé comme des quartiers qui portaient le nom des villes ou des villages dont ils venaient.

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