Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

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lundi 29 décembre 2014

Nouvelle ZAD dans l'Aveyron : l'Amassada


Saint-Victor 21 décembre : Naissance de l’Amassada
Posted on 2014/12/22 by douze


En ce premier jour de l’hiver, nous sommes une centaine ici réunis pour édifier ce bâtiment, quintessence des savoir-faire cabaniers aveyronnais, qui clouant, qui sciant, qui charpentant, qui cuisinant. Ici, ce pourrait être au milieu d’un méga-transformateur, ce pourrait être au-dessus de sources taries, ce pourrait être les pieds sur le béton, avec trônant sur chaque crête alentour des éoliennes géantes. Voilà le type d’avenir qu’ils envisagent pour l’Aveyron et pour Saint-Victor : une immense zone industrielle de l’électricité, une toile d’araignée de lignes à haute et très haute Tension. Ils n’en démordent pas, malgré les protestations qui s’élèvent depuis quatre ans. Ils sont même sûrs de leur réussite, puisque l’enquête publique – cette mascarade – n’a même pas commencé que les mairies reçoivent déjà les plans d’acheminement des convois exceptionnels transportant le transfo. « Il faudra bien qu’ils comprennent », pensent-ils, c’est inéluctable, la consommation et la production électriques vont augmenter, « c’est le progrès en marche », celui-là même qui piétine les récoltes pour sonder les sols et divise les villages pour sonder les âmes. Et quand des habitants excédés réaffirment au responsable du projet que personne ici n’en veut, celui-ci finit par conclure cyniquement : « moi j’avance ! »

Il nous voudrait têtes baissées et mains liées, mais aujourd’hui l’air que nos mains se mettent à jouer ensemble n’est pas du tout celui prévu par Monsieur Perrin. C’est l’air des projets qu’on enterre et des aménageurs qui vont se faire voir ailleurs. Nous aussi on avance. Car ici, ne s’étale déjà plus un terrain à bétonner, mais des champs, et bientôt une cabane, un verger, un potager…


Cette journée de construction met face à face deux réalités incompatibles : d’un côté une terre habitée où s’épanouit une vie riche, humainement et écologiquement ; de l’autre une terre stérilisée par leur business qui parachute çà et là un pylône, une éolienne ou un transfo, et où les autochtones ont tout juste le droit de mesurer les champs magnétiques et d’admirer les crêtes qui clignotent. Ils ont des projets pour faire du fric sur ce territoire, nous avons des envies communes pour y vivre ensemble, ils ont la loi pour les imposer, nous avons notre détermination, la justesse de notre cause et la force d’être ensemble pour leur résister. La zone à défendre ce n’est pas juste Saint-Victor, c’est tout l’Aveyron !


L’amassada, comme premier chantier, comme première incarnation physique du mouvement de lutte contre le transformateur et les aérogénérateurs, n’est pas une manifestation symbolique. Elle constitue un rempart puissant, un obstacle de bois, de tôles, de chair et de rêves face à l’avancée de leur désert. Elle nous donne un toit pour nous assembler, pour nous organiser et pour avancer ensemble. Un abri pour les palabres, les repas, les stratégies et les chants. Un espace pour esquisser une vie bien différente de celle promise par RTE. Elle est notre affirmation commune : le transformateur ne se fera pas !

L’amassada est solidement ancrée dans cette terre et cette culture, mais ses fenêtres sont grandes ouvertes sur le monde. Elle est fille de la bergerie de la Blaquière sur le Larzac et sœur du potager collectif du Sabot de Notre-Dame-des-Landes ; elle est la complice des « presidio » italiens du Val Susa, ces cabanes construites par les opposants à la ligne TGV Lyon-Turin pour défendre leurs terres convoitées par la mafia des aménageurs. Nous avons avec nous ces habitants des territoires qui un peu partout résistent, nous avons avec nous les tracteurs, les tritons et les oiseaux, les dizaines de milliers d’opposants aux projets nuisibles. L’amassada se construit au sein d’un mouvement historique de protestation, capable de s’arroger des victoires et de redonner l’espérance. Ce sera un lieu de combat et de liberté, un lieu qui sera celui de tous, sans clés ni serrures. Il nous appartient maintenant d’imaginer ensemble comment et de quoi le peupler, quelle chaleur y installer pour que la marque de notre détermination y demeure indélébile, pour qu’il abrite, dans quelques années, les souvenirs de nos victoires !



Contre la Zone Industrielle de l’électricité : Amassada partout !

Source : http://douze.noblogs.org/post/2014/12/22/saint-victor-21-decembre-naissance-de-lamassada/

dimanche 28 décembre 2014

Mange et tais-toi - Extrait

https://vimeo.com/114238961


"Les 6 premières minutes du documentaire "Mange et tais-toi!". 
Tout commence par une inquiétude : la santé de mes enfants. 
Le constat est à la fois simple et terrifiant : les pouvoirs publics et des associations pointent du doigt les filières industrielles de l'alimentation. Colorants, additifs, pesticides, ... rien de bio ! 
Qui pourra nous protéger et sauver ? 
Le documentaire repose sur cette recherche candide d'un héros. Le père que je suis fait sa petite enquête. 
Dans un premier temps le but de ma démarche est de rencontrer et de mettre en lumière des petits artisans de l'alimentaire, des passionnés du « vrai », du naturel, du bio. 
Je veux comprendre leur démarches sociétales, leurs implication dans les associations, fédérations, collectifs, ... leurs batailles au sein d'un système qui tente de nous faire croire qu'il n'y a pas d'autres solutions qu'un modèle agricole gourmand en intrants, pollueurs et onéreux, qui encourage la fuite en avant des paysans et suscite l'effroi de nos irréductibles du « vrai ». 
Le documentaire a été volontairement tourné dans le Lot car pour comprendre des enjeux internationaux il est judicieux de les définir localement."

samedi 27 décembre 2014

Les paysans ont de l'avenir... mais loin des fermes géantes

Les paysans ont de l’avenir... mais loin des fermes géantes

PAR 

Sous le feu des projecteurs avec l’implantation de l’usine des 1000 vaches, l’agriculture en Picardie se réduit-elle à des fermes géantes ? Non, bien évidemment. Avec le web-documentaire « Les paysans ont de l’avenir », deux réalisateurs montrent un autre visage de la région. Des femmes et des hommes parlent de leur métier et de leurs vies : les liens humains, l’agriculture paysanne et leurs engagements. A voir, entre autres, sur Basta !.
« Je suis né en Picardie, c’est une région que j’aime beaucoup. Je me suis formé dans d’autres régions à l’agriculture biologique, et puis je me suis dit que cette région avait besoin de gens comme moi pour faire avancer l’agriculture. » Edwin a réussi à s’installer sur un terrain et produit aujourd’hui du blé pour faire le pain. Il cultive d’autres céréales et légumineuses car il mise sur les rotations des terres et la diversité. A quelques encablures de sa ferme, il y a Mélanie, installée depuis quelques mois en polyculture élevage avec son compagnon.« Nous sommes fiers d’être présents, explique t-elle. Nous cultivons nos céréales pour nos vaches, nous produisons de la qualité, nous vendons en local nos yaourts et fromages dans le but de valoriser le territoire ».
Ces propos revigorants sont issus d’un remarquable web-documentaire de la Confédération paysanne [1]. Les réalisateurs Arthur Rifflet et Mathieu Eisinger ont réuni des témoignages sur la vitalité de l’agriculture paysanne en région picarde. « Les promoteurs des 1000 vaches veulent nous faire croire que ces fermes géantes sont l’avenir d’une agriculture "moderne et compétitive", souligne la Confédération paysanne. Pourtant, nous, acteurs de terrain, savons bien que, en Picardie comme ailleurs, il existe une agriculture qui répond aux attentes des citoyens et fait vivre des paysans fiers de leur métier ». Les réalisateurs ont choisi de procéder par l’exemple en faisant témoigner de nouveaux installés, des éleveurs, des maraichers, des animateurs d’Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne)...
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Ces témoignages démontrent une volonté de préserver des paysans nombreux sur les territoires, et qui produisent une alimentation de qualité tout en préservant l’environnement. « Je voudrais montrer qu’en maraichage ont peut avoir une faible empreinte en eau », souligne notamment Emmanuel, installé dans la zone périurbaine d’Amiens. L’enjeu pour ces paysans, c’est aussi de créer de l’emploi et de rendre les campagnes plus solidaires. « Grâce à l’Amap, illustre Jean-Louis, nous avons pu embaucher quatre salariés ainsi que des saisonniers pendant l’été. Il y a plein de jeunes prêts à s’installer, avec l’envie de faire quelque chose de différent. »
Nombre d’entre eux apportent aussi la preuve que l’on peut bien vivre sans industrialiser à tout va. C’est le cas notamment de Serge, éleveur de 25 vaches laitières sur 54 hectares. « Nous avons un faible coût de production. Sans forcément augmenter les volumes de façon importante, nous arrivons à tirer des revenus corrects. »« L’enjeu c’est de capter la plus-value qui va avec le commerce de nos produits, et qui nous a échappé pendant 50 ans pour aller vers les coopératives et les négociants », ajoute Vincent. Solange et son jardin en libre cueillette, Émilie avec son magasin bio à la ferme, tous contribuent à leur manière à tisser du lien. Ce webdocumentaire est un beau plaidoyer en faveur de l’agriculture paysanne.
- Retrouvez ce webdocumentaire sur lespaysansontdelavenir.fr

Note :
[1] L’initiative du syndicat paysan est soutenue par Terre de liens, la fédération des Amap de Picardie, l’association Novissen, Générations futures, Agir pour l’environnement et la Fédération des associations pour le développement de l’emploi agricole et rural (Fadear).


Source : http://www.bastamag.net/Picardie-ces-paysans-et

vendredi 26 décembre 2014

Tout savoir sur Roybon, Zone A Défendre

DOSSIER - Center Parcs et Roybon

mardi 23 décembre 2014
À Roybon, près de Grenoble, un immense projet de Center Parcs menace un site gorgé de sources d’eau, de zones humides et d’espèces protégées, avec à l’horizon : nature en toc, béton et emplois précaires. Les citoyens sont contre, l’enquête publique et les experts ont émis des avis défavorables. Mais les politiques veulent leur Center Parcs. Les travaux ont commencé. La bataille aussi.

- Le tribunal administratif de Grenoble a suspendu le 23 décembre l’arrêté du préfet de l’Isère ayant délivré une autorisation « loi sur l’eau » à la société Roybon Cottages. Les travaux sont suspendus, la décision de fond interviendra en juin 2015.
. Télécharger le communiqué du tribunal :
PDF - 14.7 ko
- Manuel Valls bétonne avec Center Parcs, Emilie Massemin (Reporterre), 12 décembre 2014.
- Dans le Jura et la Saône-et-Loire, Center Parcs soulève la contestation, Daniel Bordur (Reporterre), 10 décembre 2014.
- A Roybon, manifestation et contre-manifestation, Andrea Barolini et Camille Martin (Reporterre), 8 décembre 2014.
- Avec les zadistes de Roybon, Andrea Barolini, (Reporterre), 6 décembre 2014.
- Avec Center Parcs, deviens gardien de la forêt..., AssociationPCSCP, 5 décembre 2014.
- A Roybon, en Isère, le massacre de la forêt a commencé, Andrea Barolini (Reporterre), 26 novembre 2014.
- Rassemblement à Roybon contre le Center Parcs, dimanche 30 novembre 2014.
- Désobéissance civile contre Center Parcs à Roybon, où la destruction de la forêt se prépare, Des habitant-e-s contre le projet de Center Parcs à Roybon, 31 octobre 2014.
- Un projet de Center Parc dans le Jura est vivement contesté, Daniel Bordur (Reporterre), 21 mars 2014.
- Carnage d’amphibiens pour le Center Parcs de la Vienne, Nicolas de La Casinière (Reporterre), 18 décembre 2013.
- Center Parcs en Chambarans : une lutte écologique, mais aussi sociale, Opposition à Center Parcs, 19 janvier 2012.
- Center Parcs défait dans l’Isère, Stéphane Péron, 5 juillet 2011.

Source : Reporterre
Photo : ZAD Roybon

jeudi 25 décembre 2014

La Mer des Caraïbes, poubelle française


La mer des Caraïbes, poubelle française
Publié le 18 décembre 2014


Cet article a été publié par Charlie Hebdo le 11 décembre 2014

Ces gens-là ne respectent rien. Contrairement à tous les engagements, le préfet de Martinique a fait couler un bateau dégueulasse de 99 mètres de long en pleine mer. C’est moins cher que de démanteler, et Ségolène Royal s’en contrefout.


« Lanmé sé pa an poubel »
. C’est du créole martiniquais, et ça veut dire que la mer, bande de saligauds, ce n’est pas une poubelle. Une toute petite foule a crié ces mots dans les rues de Fort-de-France il y a quelques jours, pour protester contre l’immersion en mer des Caraïbes du Cosette, un bateau tout ce qu’il y a de dégueulasse. Mais voyons l’affaire de plus près.

En 2010, une très vieille coque de 99 mètres de long s’amarre dans le port de Fort-de-France, et devient ce qu’on appelle un bateau-ventouse, incapable de reprendre la mer. Les marins roumains et sud-américains ne sont pas payés depuis des mois, et leur sécurité même est en danger, car le Cosette, lancé en 1966, n’est plus entretenu. Que font les autorités ? Rien. Le temps passe jusqu’à ce que Jacky Bonnemains, à Paris, se mette au boulot. Le fondateur de Robin des Bois (http://www.robindesbois.org) est devenu, au fil des décennies, l’un des grands connaisseurs de la sécurité maritime et des mouvements de bateau.

En février 2014, il alerte, ce qui est son métier principal. Selon ses informations, le préfet de Martinique s’apprêterait à immerger le Cosette à 25 kilomètres des côtes, au droit d’une fosse marine où un autre bateau, le Master Endeavour, a déjà été coulé en 2008. Est-ce vrai ? Bien sûr, et c’est sacrément gonflé, car le Grenelle de la Mer – aussi fantaisiste que l’autre, celui de 2007 – s’est engagé sur le papier à développer une filière française de démantèlement et recyclage des bateaux en fin de vie. Le coup de gueule de Bonnemains empêche la manœuvre, et dans la foulée, celui-ci fait des révélations sensationnelles.

Les navires changent souvent d’identité, et le Cosette a épuisé dix noms au total, dont celui de Zanoobia. En janvier 1987 commence une invraisemblable virée : 10 000 fûts toxiques, résidus de l’industrie chimique européenne, partent d’Italie en bateau vers Djibouti, avant d’être détournés vers le Venezuela. Là-bas, ils sont déchargés en cachette, et provoquent la mort d’un gosse. Caracas obtient de l’Europe le retour des fûts, réembarqués, qui arrivent un jour à Tartous, un port syrien. C’est si dégueulasse et dangereux que la Syrie d’Assad – le père – obtient lui aussi un retour à l’envoyeur.

C’est alors –en mars 1988 – qu’entre en scène le Zanoobia, qui essaie de débarquer ses poisons à Salonique, en Grèce, avant d’être contraint à deux mois de ronds dans l’eau en Méditerranée, car personne ne veut accueillir le merdier. Les fûts sont amochés, au point qu’une partie de l’équipage se chope des migraines, des conjonctivites, des eczémas, des bronchites. Pour finir, le gouvernement italien accepte les déchets, qui sont déposés à Gênes. L’histoire, qui a fait le tour du monde, jouera un grand rôle dans la signature l’année suivante – en 1989 – de la Convention de Bâle, un traité international censé réglementer le transport international de déchets dangereux.

Retour en Martinique, fin octobre 2014. En Martinique même, on commence à protester contre le projet d’immersion du Cosette, notamment autour de l’Assaupamar (Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais). Officiellement, et jusqu’au 3 novembre, le préfet prétend que le Cosette repartira vers l’Europe à bord d’un puissant « transporteur de colis lourd », un supernavire. « Un tel scénario, raconte Bonnemains à Charlie, nécessite des mois de préparation et coûte affreusement cher ». Mais tout est pipeau. Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, informée depuis des mois, laisse faire. Le 4 novembre dans la nuit, une très opportune voie d’eau se déclare à bord du Cosette. Il n’est plus question de démantèlement. À toute allure, on traîne la ruine flottante au large, et on la fait sauter.

Il y a peut-être une explication : la présence du Cosette gênait d’évidence un projet de terminal pour conteneurs très cher au cœur des aménageurs locaux. On a en tout cas décidé de balancer aux poissons des boues d’hydrocarbures, des PCB, des peintures toxiques, probablement de l’amiante. Bonnemains devrait attaquer devant le tribunal administratif le 15 décembre. Mais personne ne fera revenir le Cosette des Abysses.

mercredi 24 décembre 2014

"La Pollution Met en Danger le Cerveau"

Article trouvé sur le blog de Fabrice Nicolino Planète sans Visa



Henri Trubert m’a téléphoné

Publié le 12 décembre 2014

Allez, je vous dis (presque) tout. Hier matin, mon téléphone antédiluvien sonne. C’est Henri, Henri Trubert, mon éditeur de la maison Les Liens qui libèrent (www.editionslesliensquiliberent.fr). Il était chez Fayard quand j’ai écrit en 2007, avec François Veillerette, un livre sur les pesticides, Révélations sur un scandale français. Quand je dis qu’il était chez Fayard, je pense en vérité qu’il nous a reçus, puis publiés, dans des conditions de confiance parfaites. Depuis, je le tiens pour un ami.
Hier donc, il m’appelle pour me demander d’être prêt. Il vient de lire l’article du journal Le Monde que vous trouverez ci-dessous, et qu’une lectrice de Planète sans visa, Marie-R - merci ! -, a déjà signalé. Il constate l’évidence que ce papier important recoupe parfaitement le sens de mon dernier livre, Un empoisonnement universel (Comment les produits chimiques ont envahi la planète). L’ayant constaté, il souhaite remuer Paris et obtenir que je passe sur les télés - Canal, TF1, que sais-je, mais au JT comme on dit - de manière à commenter à ma manière ces épouvantables informations.
Henri est ainsi, et je l’aime ainsi. Il y croit. Il a tort. Ces questions n’entrent dans aucune case de l’univers médiatique. Attention, je ne suis pas en train de me plaindre. Ce système aveugle et imbécile m’a laissé parler en septembre, au moment de la sortie du livre. Plutôt beaucoup. Non, il ne s’agit pas de moi, c’est beaucoup plus grave. On peut dire à peu près n’importe quoi, même la vérité, mais à la condition que cela soit bref et figure coincé entre ces insignifiances qui rendent le tout à peu près indestructible. Y a-t-il quelque chose à faire ? Tout de suite, je ne vois pas. Mais la suite n’est pas encore écrite. Lisez plutôt ce qui suit, qui exigerait bien entendu une réunion extraordinaire de notre si pathétique Conseil des ministres. Lisez.

La pollution met en danger le cerveau

Le Monde.fr | 10.12.2014 à 20h40 • Mis à jour le 11.12.2014 à 13h22

Par Stéphane Foucart


Des enfants exposés in utero à des niveaux élevés de deux phtalates présentent en moyenne un quotient intellectuel (QI) inférieur de plus de six points à celui d’enfants moins exposés. Cette conclusion préoccupante est le fruit d’une étude au long cours, conduite par des chercheurs de l’université Columbia (New York), et publiée mercredi 10 décembre dans la revue PLoS One.

Les phtalates sont des plastifiants présents dans de nombreux produits courants – objets en PVC, textiles imperméables, cuirs synthétiques, mais aussi rouges à lèvres et à ongles, bombes de laque ou certains shampooings. Ils sont interdits dans les jouets, en Europe comme aux Etats-Unis, mais rien n’est fait pour éviter l’exposition des femmes enceintes.

L’étude a porté sur 328 New Yorkaises, dont l’urine a été analysée au cours du troisième trimestre de grossesse pour y mesurer la concentration en quatre phtalates. Les tests de QI ont été réalisés auprès de leurs enfants à l’âge de sept ans. Pour les 25 % de ceux nés de mères dont les taux de DnBP et DiBP étaient les plus élevés, le QI était respectivement de 6,6 et 7,6 points inférieur à celui du quart des enfants dont la mère montrait la concentration la plus basse de ces deux phtalates. L’étendue des concentrations n’avait rien d’inhabituel et se situait dans l’échelle de celles mesurées au niveau national par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).
« Ampleur troublante »

« L’ampleur de ces différences de QI est troublante, note Robin Whyatt, qui a dirigé l’étude. Une baisse de six ou sept points pourrait avoir des conséquences substantielles sur la réussite scolaire et le potentiel professionnel de ces enfants. »
Cette étude n’est que la dernière en date d’un corpus toujours plus vaste de travaux qui pointent l’impact sur le développement cérébral de différents polluants, au premier titre desquels figurent les perturbateurs endocriniens. La montée de l’incidence de l’autisme pourrait être l’un des symptômes de l’imprégnation de la population – notamment de l’enfant à naître – par ces produits chimiques.

De toutes les maladies non transmissibles, l’autisme est l’une de celles dont la fréquence augmente le plus rapidement. Si vite qu’il est même difficile d’y croire. En mars, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, l’équivalent de notre Institut de veille sanitaire (InVS), rendaient publiques les dernières estimations de la prévalence des troubles du spectre autistique chez les garçons et les filles de 8 ans aux Etats-Unis. Selon ces chiffres, un enfant sur 68 est désormais touché par cet ensemble de maladies du développement, regroupant l’autisme profond, les syndromes de Rett et d’Asperger, etc.

Augmentation quasi exponentielle

Le plus impressionnant n’est pas tant le chiffre lui-même, que la rapidité de son évolution : il est supérieur de 30 % à celui publié seulement deux ans auparavant (un enfant sur 88) par le même réseau de surveillance mis en place par les CDC, et a plus que doublé en moins d’une décennie. Au cours des vingt dernières années, les données américaines suggèrent une augmentation quasi-exponentielle de ces troubles, aujourd’hui diagnostiqués « vingt à trente fois plus » que dans les années 1970, selon le rapport des CDC. 40 % de ces enfants dépistés aux Etats-Unis présentent un quotient intellectuel (QI) inférieur à 70.

D’autres troubles neuro-comportementaux sont également en forte croissance ces dernières années. Outre-Atlantique, l’hyperactivité et les troubles de l’attention touchaient, selon les chiffres des CDC, 7,8 % des enfants entre 4 et 17 ans en 2003. Ce taux est passé à 9,5 % en 2007, puis à 11 % en 2011. Par comparaison, en France, leur fréquence est estimée entre 3,5 et 6 % pour les 6-12 ans.



Aux Etats-Unis, un enfant sur six est concerné par un trouble du développement (troubles neuro-comportementaux, retard mental, handicaps moteurs, etc.).

Dans un ouvrage scientifique tout juste publié (Losing Our Minds. How Environmental Pollution Impairs Human Intelligence and Mental Health, Oxford University Press, 2014) Barbara Demeneix, directrice du département Régulations, développement et diversité moléculaire du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), soutient que cette augmentation rapide de la fréquence des troubles neurocomportementaux est, en grande partie, le résultat de l’exposition de la population générale à certaines pollutions chimiques diffuses – en particulier les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Selon la biologiste, cette situation n’est, en outre, que la part émergée d’un problème plus vaste, celui de l’érosion des capacités cognitives des nouvelles générations sous l’effet d’expositions toujours plus nombreuses à des métaux lourds et à des substances chimiques de synthèse. Le sujet est, ces dernières années, au centre de nombreuses publications scientifiques. Philippe Grandjean, professeur de médecine environnementale (université Harvard, université du Danemark-Sud), l’une des figures de la discipline et auteur d’un livre sur le sujet (Only One Chance. How Environmental Pollution Impairs Brain Development — and How to Protect the Brains of the Next Generation, Oxford University Press, 2013), va jusqu’à évoquer une « fuite chimique des cerveaux ».

La thyroïde en cause

« L’augmentation de la fréquence de l’autisme que l’on mesure ces dernières années est telle qu’elle ne peut pas être attribuée à la génétique seule et ne peut être expliquée sans faire intervenir des facteurs environnementaux, dit Barbara Demeneix. De meilleurs diagnostics et une meilleure information des médecins et des familles permettent certainement d’expliquer une part de cette augmentation, mais en aucun cas la majorité. » Et ce d’autant plus que les critères diagnostiques utilisés par les CDC sont demeurés identiques entre 2000 et 2013. « En France et en Europe, il n’existe pas de suivi historique de la prévalence de ces troubles aussi précis qu’aux Etats-Unis, mais il est vraisemblable qu’on assiste aussi à une augmentation de leur incidence », ajoute Barbara Demeneix.

Autre argument fort suggérant que l’augmentation de fréquence de l’autisme ne relève pas d’un biais de mesure : le sexe-ratio est constant. Les garçons sont toujours cinq fois plus touchés que les filles. Or, si l’accroissement constaté était artéfactuel, une modification du sexe-ratio aurait de grandes chances d’être observée.

Comment expliquer une telle épidémie ? Pour la biologiste française, l’une des causes majeures est la prolifération de molécules de synthèse capables d’interférer avec le fonctionnement de la glande thyroïde. « Depuis de nombreuses années, mon travail consiste à comprendre comment un têtard devient une grenouille. Les molécules-clés de ce processus sont les hormones thyroïdiennes, qui jouent un rôle crucial dans les transformations lourdes du développement, explique Barbara Demeneix. En cherchant à comprendre comment ces hormones agissent dans la métamorphose du têtard, je me suis posé le même type de questions sur leur importance dans le développement du cerveau humain. »
Les hormones thyroïdiennes sont connues pour moduler l’expression des gènes pilotant la formation de structures cérébrales complexes comme l’hippocampe ou le cortex cérébelleux. « Nous savons avec certitude que l’hormone thyroïde joue un rôle pivot dans le développement du cerveau, précise le biologiste Thomas Zoeller, professeur à l’université du Massachusetts à Amherst et spécialiste du système thyroïdien. D’ailleurs, la fonction thyroïdienne est contrôlée sur chaque bébé né dans les pays développés et la plupart des pays en développement, ce qui montre le niveau de certitude que nous avons dans ce fait. Pourtant, malgré le fait que de nombreuses substances chimiques ayant un impact documenté sur la thyroïde soient en circulation, les autorités sanitaires ne font pas toujours le lien avec l’augmentation des troubles neurocomportementaux. »

Dans Losing Our Minds, Barbara Demeneix montre que la plupart des substances connues pour leur effet sur le développement du cerveau interfèrent bel et bien avec le système thyroïdien. Ces molécules ne sont pas toutes suspectées d’augmenter les risques d’autisme, mais toutes sont susceptibles d’altérer le comportement ou les capacités cognitives des enfants exposés in utero, ou aux premiers âges de la vie. C’est le cas des PCB (composés chlorés jadis utilisés comme isolants électriques, lubrifiants, etc.), de certaines dioxines (issues des processus de combustion), de l’omniprésent bisphénol A, des PBDE (composés bromés utilisés comme ignifuges dans l’électronique et les mousses des canapés), des perfluorés (utilisés comme surfactants), des pesticides organophosphorés, de certains solvants, etc.

« Le travail de Barbara Demeneix est très important, estime la biologiste Ana Soto, professeur à l’université Tufts à Boston (Etats-Unis) et titulaire de la chaire Blaise Pascal 2013-2014 de l’Ecole normale supérieure. Elle a conduit un travail bibliographique considérable et c’est la première fois que l’ensemble des connaissances sont rassemblées pour mettre en évidence que tous ces perturbateurs endocriniens, mais aussi des métaux lourds comme le mercure, sont capables de perturber le fonctionnement du système thyroïdien par une multitude de processus. »

Substances très nombreuses

Les composés bromés peuvent inhiber l’absorption d’iode par la thyroïde qui, du coup, produit moins d’hormones. Les molécules chlorées peuvent en perturber la distribution dans les tissus. Le mercure, lui, peut inhiber l’action des enzymes qui potentialisent ces mêmes hormones… Lorsqu’une femme enceinte est exposée à ces substances, son fœtus l’est également et, explique Barbara Demeneix, « le risque est important que la genèse de son cerveau ne se fasse pas de manière optimale ». Pour limiter au mieux les effets de ces substances, la biologiste insiste sur la nécessité d’un apport d’iode conséquent – absent du sel de mer – aux femmes enceintes, garant de leur bon fonctionnement thyroïdien.

Le problème est que les substances susceptibles de perturber ces processus sont très nombreuses. « Les chimistes manipulent des phénols auxquels ils ajoutent des halogènes comme le brome, le chlore ou le fluor, explique Barbara Demeneix. Or les hormones thyroïdiennes sont composées d’iode, qui est aussi un halogène. Le résultat est que nous avons mis en circulation des myriades de substances de synthèse qui ressemblent fort aux hormones thyroïdiennes. »

Les scientifiques engagés dans la recherche sur la perturbation endocrinienne estiment en général que les tests mis en œuvre pour détecter et réglementer les substances mimant les hormones humaines sont insuffisants. D’autant plus que les effets produits sur les capacités cognitives sont globalement discrets. « Si le thalidomide [médicament retiré dans les années 1960] avait causé une perte de 10 points de quotient intellectuel au lieu des malformations visibles des membres [des enfants exposés in utero via leur mère], il serait probablement encore sur le marché », se plaisait à dire David Rall, ancien directeur de l’Institut national des sciences de la santé environnementale américain (NIEHS).
L’érosion du quotient intellectuel de même que les troubles neurocomportementaux comme l’hyperactivité et les troubles de l’attention ou l’autisme « sont le talon d’Achille du système de régulation, souligne le biologiste Thomas Zoeller. Ce sont des troubles complexes, hétérogènes et aucun biomarqueur caractéristique ne peut être identifié. Du coup, il y a beaucoup de débats sur la “réalité” de l’augmentation de leur incidence. Ce genre de discussions ne décide pas les agences de régulation à être pro-actives, en dépit du fait que l’incidence des troubles du spectre autistique augmente si rapidement que nous devrions tous en être inquiets. »

L’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), l’organisme intergouvernemental chargé d’établir les protocoles de test des substances chimiques mises sur le marché, a cependant appelé, fin octobre, au développement de nouveaux tests susceptibles de mieux cribler les molécules interférant avec la thyroïde. Et ce, avec « une très haute priorité ».
L’affaire ne concerne pas uniquement l’intelligence des prochaines générations mais leur santé au sens large. « Les épidémiologistes remarquent depuis longtemps que les gens qui ont un quotient intellectuel élevé vivent plus longtemps, et ce même lorsqu’on corrige des effets liés à la classe sociale, dit Barbara Demeneix. Or selon la théorie de l’origine développementale des maladies, notre santé dépend en partie de la manière dont nos tissus se sont développés au cours de notre vie intra-utérine. Les facultés cognitives pourraient ainsi être une sorte de marqueur des expositions in utero et pendant la petite enfance à des agents chimiques : avoir été peu exposé signifierait un quotient intellectuel élevé et, du même coup, une plus faible susceptibilité aux maladies non transmissibles. »