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mardi 8 novembre 2022

Dans le drôle de cabinet du ministre Béchu


Dans le drôle de cabinet du ministre Béchu

 
Aujourd'hui 3 novembre, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu se rend en Gironde pour rencontrer les personnes impactées par les incendies qui ont ravagé la région durant l'été et à la rentrée et promettre la plantation d'un milliard d'arbres en dix ans. Quel écolo ce ministre vous dites-vous peut être ! Lisez plutôt son CV et la composition de son cabinet pour vous faire une idée des préoccupations principales du ministre.
 
Pourquoi Béchu à l’Écologie ? Parce qu’il est le pote de Macron, ce qu’on a déjà dit ici. Et que donc, il ne l’embêtera pas. Que fera-t-il ? Rien. Il a déjà fait, autorisant la chasse à l’alouette, alors qu’il la sait illégale, car contraire à une directive européenne inscrite dans le droit français. Le temps que le Conseil d’État se réveille – et annule la décision –, 10 000 alouettes auront été butées par les amis chasseurs de Macron-Béchu. Toujours ça de pris.
 
L’examen non exhaustif du cabinet de Béchu n’incite pas au compliment. Directeur de cabinet : Marc Papinutti, ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts. Directeur adjoint : Alexis Vuillemin, ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts. Directrice adjointe : Amélie Coantic, ingénieure des Ponts, des Eaux et des Forêts. Qui s’occupera de la nature, dans ce vaste conglomérat ? Guillaume Mangin, « conseiller prévention des risques, santé, environnement, urba­nisme et aménagement ». Notons l’encerclement du mot « environnement » par la santé et l’urbanisme. Pas l’écologie, l’environnement. L’écologie oblige à considérer l’homme en relation avec d’autres existants. Pas l’environnement, qui, comme son nom l’indique, s’en tient à ce qui environne l’homme, placé de facto au centre. Mais ce n’est pas le pire : Mangin est lui aussi ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts.
 
Voici venue la minute pédagogique. Les Ponts et le génie rural, les Eaux et Forêts ont fusionné en 2009. Les premiers, dont le corps a été fondé en… 1716, sont à peu près derrière toutes nos si belles constructions. Les routes et autoroutes, les cités de banlieue et leur urbanisme guilleret, les villes nouvelles, de nombreux centres commerciaux géants – Rosny 2 –, et jusqu’aux châteaux d’eau hier et les ronds-points inutiles aujourd’hui. Ils bâtissent, et gagnent de l’argent en coulant du béton. Les Eaux et Forêts aiment à faire remonter leur origine à un édit de Philippe Auguste, en… 1219. On leur doit, depuis la guerre, les atteintes les plus graves à la biodiversité qu’a connues ce pays. À la tête du ministère de l’Agriculture et des anciennes et surpuissantes directions départementales de l’agriculture et de la forêt (DDAF), ils ont tout remodelé.
 
Ils nous auront tout fait : les plantations de résineux en monoculture, le remembrement et l’arasement des talus boisés – 400 000 km pour la seule Bretagne –, le recalibrage à la hache de milliers de cours d’eau, consistant en des travaux lourds destinés à augmenter la productivité. Et bien sûr, soutenu de toutes leurs forces l’usage massif de pesticides et d’engrais industriels. Les deux corps qui ne font plus qu’un sont en tout cas nés sous l’Ancien Régime, et ont résisté aux guerres et aux tumultes. Sont-ils au service de la République ? Ils le disent. Sont-ils au service de leur corps qui, de manière féodale, maintient des liens de suzerain à vassal ? Ils le nient férocement. Notons un dernier point, décisif : ce corps de la « noblesse d’État » (Bourdieu) détient, avec celui des Mines, un monopole de l’expertise technique. Tout projet public d’importance passe entre leurs mains avisées. Qu’on ne peut contester.
 
Revenons une seconde au cabinet Béchu. Sauf erreur, qu’on rectifierait, il n’abrite aucun représentant de l’écologie scientifique. Celle qui documente le massacre des oiseaux – le Muséum national d’histoire naturelle, le CNRS –, la mort des insectes, le déclin de certains mammifères. Et pas un représentant d’une quelconque ONG – horresco referens ! –, dont certaines sont pourtant impeccablement informées.
 
Est-ce de la provocation ? Même pas. Ces gens sont habitués à être suivis et scrutés par des journalistes politiques, tous ignares dans ce domaine pourtant décisif. Ce qui est écrit ici, un Béchu ne le saura jamais, et ne le comprendrait pas, car ce qui occupe un homme comme lui – et son cabinet –, c’est l’image qu’il entend donner de son petit tour de piste ministériel. Mais les zécolos, pourquoi ne disent-ils jamais rien ? Comme Béchu, ils ont sans doute des choses bien plus intéressantes à faire. •
Fabrice Nicolino

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