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Aujourd’hui,
le Village accueille 130 compagnons et près de 2000 visiteurs
par jour.
A chaque fin de confinement,
les files d’attentes à la
déchetterie-recyclerie ont explosé !
A tel point que le Village a décidé
d’ouvrir ses portes également tous les matins.
17 décembre 2020 - Laurie Debove
Situé dans le département des Pyrénées-Atlantiques, le Village
Emmaüs Lescar-Pau porte bien son nom. Ici, compagnons et bénévoles
s’affairent tous les jours à la recyclerie, l’espace vente, l’épicerie,
la crêperie, le restaurant, et même la Ferme ! Un véritable lieu de vie
où plus d’une centaine de compagnons sont hébergés et nourris sur place.
En plaçant l’humain au cœur de son projet, le village Emmaüs Lescar-Pau
construit dès maintenant le monde d’après : une utopie anticapitaliste,
sobre, et résiliente, pour mieux vivre ensemble en prenant soin des
écosystèmes.
Au Village Emmaüs Lescar-Pau, les visiteurs qui se hasardent dans les bureaux sont accueillis avec la même facilité que les compagnons qui décident d’habiter sur le lieu : avec confiance et ouverture.
Cette même ouverture a lancé les conférences, débats, concerts et festivals qui ont permis au Village Lescar-Pau de devenir le plus grand Emmaüs de France, ainsi qu’un acteur économique et social incontournable de la Région.
« Quand j’ai commencé, tout ce que je voulais c’était monter une communauté. Puis les événements que nous avons organisé nous ont permis de faire des rencontres qui ont nourri notre réflexion et affiné notre approche. On a pris conscience de l’importance du bien-manger par exemple, et ça passe par la façon dont on produit la nourriture ! Un de nos derniers projets : mettre des ruches et créer un musée de l’apiculture ! Avec le scandale sur les néonicotinoïdes, on veut sensibiliser les visiteurs à ces enjeux. » nous explique Germain, le fondateur, un sourire aux lèvres
Aujourd’hui, le Village accueille 130 compagnons et près de 2000 visiteurs par jour. A chaque fin de confinement, les files d’attentes à la déchetterie-recyclerie ont explosé ! A tel point que le Village a décidé d’ouvrir ses portes également tous les matins.
Un effet direct de la crise du covid que les membres du Village ont encore du mal à analyser : y a-t-il une prise de conscience d’un besoin de consommer mieux, ou le pouvoir d’achat a-t-il diminué ? Sans doute un peu des deux.
« Nous ne sommes pas naïfs, nous avons vu comme tout le monde les files devant Zara ou McDo lorsque les restrictions de déplacement ont été levées. Mais ce premier confinement nous a conforté dans notre démarche. Dans ce grand jardin de 11 hectares, nous avons cultivé les légumes dont nous avions besoin, avons soigné les ruches et les animaux. Nous avons vécu dans notre chair les bienfaits de la sécurité alimentaire, et la vivacité du collectif. Cela nous a beaucoup soudé. » raconte Germain pour La Relève et La Peste
Pour nourrir les animaux, humains et non-humains, le Village a fait le choix de ne plus accepter les invendus de la grande distribution pour ne plus tolérer ses dérives. Il a fallu mettre plus de cuisiniers aux fourneaux mais le résultat est là : tout le monde se régale avec une nourriture saine.
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| Germain, le fondateur du Village – Crédit : Village Emmaüs Lescar-Pau |
Le Village ne se repose pas sur ses acquis, mais se remet régulièrement en question et reconnaît ses propres limites. Sans un seul centime d’argent public, l’essentiel de ces revenus provient de la vente des objets de la recyclerie et des vêtements de la friperie. Ces déchets valorisés comme ressources sont la face visible de notre système de production outrancier.
Pour l’instant, les objets affluent tellement que le Village réorganise de façon drastique l’atelier vêtements afin de maximiser le tri et minimiser la manutention. Les vêtements sont revendus dans les différentes boutiques de bric-à-brac du village ou envoyés à l’entreprise locale Ouatéco qui transforme chaque année les 2000 tonnes de textiles invendus du Village en un isolant thermique nommé Filéco.
« Notre position est paradoxale. On dépend financièrement d’une société matérialiste qu’on dénonce ! Mais cette indépendance financière nous donne une liberté d’action politique énorme, on peut accueillir qui l’on souhaite, y compris les réfugiés politiques ! » explique Germain avec malice pour La Relève et La Peste
En novembre 2019, le Village Emmaüs Lescar-Pau a ainsi dénoncé la complicité des Etats-Unis et de la Commission Européenne dans le coup d’état de l’opposition contre le gouvernement d’Evo Morales. Pour le Village, il s’agissait de dénoncer la mainmise des puissances occidentales sur les ressources du pays. La Bolivie est la 1ère réserve mondiale de lithium, mais aussi un très important producteur de gaz, d’étain, d’antimoine, de plomb, d’argent et de zinc.
En lien avec le gouvernement Morales depuis de nombreuses années, la place de l’Etat Plurinational de la Bolivie au Village Emmaüs Lescar-Pau a été inaugurée par Evo Morales lui-même en 2015. « L’Etat Plurinational est la reconnaissance de la richesse de tous les peuples dans leurs différences. » précise le Village
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| Le Village utilise aussi la Tinda, la monnaie locale du Béarn – Crédit : Village Emmaüs Lescar-Pau |
Conséquence d’une société en crise, les profils des bénévoles et compagnons du Village sont de plus en plus variés. De nombreux volontaires sont ainsi des personnes de 20 à 40 ans qui s’interrogent sur les dérives du capitalisme et veulent découvrir une façon de faire société autrement.
« Ce qui me fait le plus peur en ce moment, c’est les conséquences politiques liberticides dans la gestion du virus et l’anxiété que cela génère chez les gens, confie Germain d’un air soucieux. On assiste déjà à une hausse des états dépressifs, cela risque de s’aggraver avec la crise économique et sociale. C’est difficile de risquer l’utopie, mais si des personnes ont l’envie et la curiosité de faire la démarche de voir ce qu’on construit ici, la porte est ouverte à tou.te.s. Ici, on ne fait pas de la ré-insertion sociale, mais de la reconstruction d’individus. »
C’est un coup dur personnel qui a mené Camille, une jeune femme lumineuse de 31 ans, au Village début septembre. Après avoir quitté son métier de juriste pour mineurs isolés, elle a tenté de prendre la mer en rénovant un voilier avec son amoureux de l’époque. Le chantier a échoué et la relation s’est terminée. C’est un cherchant un nouveau chantier solidaire qu’elle a découvert par hasard le Village.
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| Camille à la serre |
« Après seulement une semaine de découverte ici, j’ai repris goût à la danse. Je suis rentrée à Strasbourg pour récupérer mes affaires et je suis revenue pour devenir compagne, un moment très fort. Ici, j’ai trouvé du sens et j’ai repris goût à la vie. J’ai une tranquillité d’esprit que je n’avais plus depuis très longtemps. On est à la fois extrêmement protégés et libres, et cela s’est encore plus ressenti pendant le confinement. » raconte Camille avec chaleur pour La Relève et La Peste
Au Village, les compagnons sont nourris, logés et ont une rémunération de 45€/semaine qui augmente au fil des mois, nommée « le pécule ». Chacun peut repartir quand il le souhaite, dès qu’il le souhaite. La seule condition : participer activement à la vie collective et aux tâches du Village.
L’organisation prend en compte les aspirations individuelles de chacun, comme Félicien le chef cuisinier qui a valorisé le four à pain pour former des compagnons à la boulangerie. Les outils appartenant au Village, ils ne prennent aucun risque financier et n’ont pas de soucis de rentabilité.
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| Le Village fabrique son propre pain – Crédit : Village Emmaüs Lescar-Pau |
Les besoins de la collectivité priment quand même, et tout le monde doit être prêt à s’adapter en fonction des circonstances. D’abord « engagée » à la friperie puis à la boutique de vêtements pour remplacer une collègue, Camille travaille à la ferme depuis un mois, où David le maraîcher lui apprend le métier. Elle y découvre le plaisir du travail en plein air… et sous la serre quand il pleut !
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| Camille et David, sur le chemin de la serre |
« Je suis vraiment heureuse d’être passée sur la ferme. C’est un vrai bonheur d’apprendre avec lui, c’est un mentor calme qui a plaisir à transmettre ce qu’il sait. J’ai vraiment rencontré des personnalités incroyables ici. Après, tout n’est pas idyllique, il y a notamment le sexisme, mais ça c’est un mal de société ! Quand il y a des disputes, on en parle tous ensemble et comme dit Germain : nous ne sommes pas tous obligés de nous aimer, mais nous devons nous respecter. »
Pour la jeune femme, sa démarche d’autonomie va de pair avec des valeurs permettant de faire société ensemble paisiblement : bienveillance, partage, et justesse. Un terme intriguant pour une ancienne juriste : justesse, pas justice ?
« La justice est devenue trop associée à l’appareil d’Etat, et même symboliquement à une recherche de vengeance. Alors que la justesse vise l’équilibre, ce qui est juste. Et puis quand la loi est inique, ça fait du bien de lui dire « merde » ! » conclut-elle avec sourire
17 décembre 2020 - Laurie Debove
Le ministère de l'Environnement a cinquante ans et fait semblant depuis tout ce temps. Ce n'est même pas la faute des ministres, ectoplasmes si contents d'être sur la photo. Le mal est plus profond : ceux qui décident sont ceux qui salopent tout depuis deux siècles.
Presque trop facile. Quand le père Pompidou décide la création d’un ministère de l’Environnement en 1971, il confie la tâche à ce bon monsieur Poujade, maire de Dijon, qui se demanderait pourquoi on l’eut choisi s’il n’était pas mort. Sans doute parce qu’il avait été le conseiller d’un ministre de la construction oublié, puis en charge d’une « commission du développement » régional. Lui-même devait écrire ensuite un livre, disant l’évidence dès le titre : « Le ministère de l’impossible ». L’époque est à ce qu’on appelle le « gaullisme immobilier » : les combines avec les promoteurs, les lourdes valises de liquide, la traversée de Paris en 13 minutes « grâce » à la voie express qui porte d’ailleurs le nom de son créateur, Pompidou. Ce dernier lâche : « La ville doit s’adapter à la voiture ». Paris est à nouveau éventrée.
On ne dressera pas la liste de tous les autres, mais regardons tout de même quelques noms. En 1974, Peyrefitte, l’inénarrable Alain Peyrefitte, qui fut ministre de l’Information – flic de la télé – sous de Gaulle. De 1978 à 1981, Michel d’Ornano, dont le cabinet appuie en automatique les décharges les plus criminelles, comme celle de Montchanin. De 1984 à 1986, Huguette Bouchardeau – fière PSU –, qui se fait enfler par les ingénieurs de son propre ministère dans l’affaire des déchets de Seveso passés en France. De 1986 à 1988, Alain Carignon, qui finit en taule pour avoir vendu l’eau de Grenoble à la Lyonnaise des Eaux.
De 1989 à 1991, Brice Lalonde, qui fait des bulles avant de copiner
avec l’ultralibéral Alain Madelin. De 1995 à 1997, Corinne Lepage, qui
en tire le livre « On ne peut rien faire, madame le ministre », qui démontre parfaitement qu’un tel ministère ne sert à rien.
De
1997 à 2001, Dominique Voynet, qui accepte de siéger au conseil des
ministres où trône un certain Claude Allègre, négateur en chef du
dérèglement climatique. Et ne fait rien.
De 2001 à 2002, Yves
Cochet, inaugurateur de chrysanthèmes. De 2007 à 2009, Jean-Louis
Borloo, grand ordonnateur du grandiose enfumage du Grenelle de
l’Environnement avec en guest star Nathalie Kosciusko-Morizet, jouant de la harpe dans son jardin pour Paris Match. Un dernier pour la route : de Rugy en amoureux transi du homard mayonnaise.
Tout ça ne pèse rien en réalité. Les ministres passent, qu’on les oublie la seconde suivante – qui se souvient de Jarrot, Lepeltier, Olin, Bricq, Borne ? Qui se souviendra de Pompili ? – et demeurent les structures. Or, sans entrer dans le détail, retenons que deux grands corps d’ingénieurs d’État se partagent la direction réelle du ministère : les ingénieurs des Mines et ceux des Ponts, des eaux et forêts. Le pouvoir, c’est eux.
Prenons l’exemple de la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), qui a dans sa besace, la biodiversité, la mer, le littoral, et l’eau. En août 2019, son dirlo, Paul Delduc, quitte sa fonction, où il est remplacé par Stéphanie Dupuy-Lyon. Le premier est ingénieur général des Ponts, des eaux et des forêts. La seconde est ingénieure des Ponts, des eaux et des forêts. Idem à la Direction générale de la prévention des risques (DGPR), qui gère le si vaste domaine des pollutions. Son boss, Cédric Bourillet, est ingénieur des Mines et son adjoint, Patrick Soulé, ingénieur des Ponts, des eaux et forêts. Ces grands personnages savent partager.
Troisième exemple : la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), qui s’occupe, comme il n’est pas difficile de le deviner, du dérèglement climatique. Patron inamovible : Laurent Michel, ingénieur général des Mines.
Tous ces braves gens font partie de ce que Bourdieu appelait la « noblesse d’État », et ce n’est pas un vain mot, puisque le corps des Mines existe depuis 1794. Pour l’autre, résultat d’une fusion, il faut distinguer les Ponts et Chaussées, corps né en 1716 et celui du Génie rural, des eaux et des forêts, que certains font remonter à… 1291. La France que nous connaissons, c’est eux.
Les ingénieurs des Mines auront mené au cours des deux siècles passés
l’industrialisation de la France. Et dans l’après-guerre, créé ou
dirigé Elf – le pétrole, les coups d’État en Afrique –, Renault et la
bagnole, le nucléaire, bien sûr, avec EDF, la Cogema, le CEA.
Les
Ponts, c’est le programme autoroutier, les barrages sur les rivières,
les châteaux d’eau et les ronds-points, le béton armé et les cités
pourraves de toutes les banlieues. Les Eaux et Forêts, enfin, ont
massacré la campagne en remembrant, en arasant des centaines de milliers
de kilomètres de talus boisés, en aidant à la diffusion massive des
pesticides via les directions départementales de l’agriculture dont ils
furent les maîtres.
Joyeux, pas vrai ? On crée un ministère en 1971 et on refile les clés à ceux qui ont tout salopé en leur demandant de faire exactement le contraire de ce que leurs chers ancêtres ont fait. En oubliant, en plus, leur magnifique formation, qui laisse de côté tout ce que l’écologie scientifique a maintes fois établi.
Le ministère de l’Environnement de 1971 ? Le ministère de l’Écologie de 2021 ? On sait se marrer, dans les hautes sphères. •
Lors de l’audience qui s’est tenue le 3 décembre dernier, le rapporteur public a relevé la « faiblesse » et l’absence de « pertinence » des arguments de l’État pour justifier son refus, un « point difficile du dossier » qui n’était « pas à l’avantage de l’administration ». Comme l’explique le jugement du tribunal, le ministère des finances n’a pas même mandaté de représentant à l’audience et n’a « produit aucune pièce justificative pour appuyer ses allégations au cours de l’instruction ».
29 décembre 2020 - Augustin Langlade
Le tribunal administratif de Cayenne, en Guyane, donne six mois à
l’État pour prolonger pendant vingt-cinq ans les deux concessions de la
Compagnie Montagne d’Or, rouvrant la voie au plus grand projet
d’extraction d’or de France.
Mauvaise nouvelle en Guyane, à la veille de Noël. Jeudi 24 décembre, le tribunal administratif de Cayenne a ordonné à l’État de prolonger sur une durée de vingt-cinq ans les concessions minières de la Compagnie Montagne d’Or, « dans un délai de six mois ». C’est un revers immense pour la centaine d’associations et les milliers de citoyens qui luttent depuis des années contre les deux plus grands projets d’extraction d’or de France.
Les deux concessions mentionnées par le jugement se trouvent à la frontière nord-ouest de la Guyane, dans le territoire des communes de Saint-Laurent du Maroni et Apatou, entre deux réserves biologiques intégrales (RBI Lucifer et Dékou-Dékou), à très haute valeur de biodiversité. Il s’agit de Montagne d’or (15 km2) et d’Élysée (25 km2), des gisements d’or primaire, c’est-à-dire situés dans la roche et devant être exploités à ciel ouvert. Sur une piste historique, le projet remonte au début des années 2010.
Le concessionnaire, la Compagnie Montagne d’or (CMO), est une filiale des sociétés canadienne Colombus Gold (exploitation) et russe Nordgold (extraction), propriété du milliardaire Alexeï Mordachov. La CMO envisage d’extraire sur les deux sites, en douze ans, une somme de 85 tonnes d’or, à l’aide du procédé de cyanuration en circuit fermé.
Les porteurs du projet ne cessent de marteler l’argument de l’emploi : dans une région où le chômage est endémique (il touche 30 % des jeunes), l’ouverture de telles mines pourrait selon eux nourrir 750 emplois directs et 3 000 indirects.
Soutenu par le patronat local, des élus et dans une certaine mesure la préfecture elle-même, le projet Montagne d’or suscite depuis ses débuts une opposition catégorique de la part des associations environnementales et des organisations représentatives des populations autochtones.
De fait, comme le rappellent les 1 700 scientifiques signataires d’une tribune publiée par Le Monde le 5 octobre 2018, sa mise en œuvre serait une véritable catastrophe écologique : elle signerait la destruction de 1 500 hectares de forêt amazonienne primaire recelant 1 700 espèces sauvages protégées, élèverait l’empreinte carbone de la région d’au moins 50 %, scinderait définitivement les deux réserves biologiques et porterait atteinte à un sanctuaire des peuples amérindiens.
L’extraction d’une seule tonne d’or exige cent cinquante tonnes de cyanure, une composé chimique dont quelques millilitres suffisent à faire passer un être humain au royaume des morts. La seule présence de ce poison dans une industrie au contact direct de l’environnement devrait être rédhibitoire.
Par ailleurs, les deux concessions consommeront des centaines de milliers de litres d’eau par heure et nécessiteront de générer et stocker 350 millions de tonnes de déchets toxiques (soit 20 tonnes pour une bague en or), retenus par une digue de 57 mètres de haut et 1,9 kilomètre de long qui pourrait un jour céder, comme ce fut le cas au Brésil.
En 2015, la rupture du barrage de Fundao, dans l’État du Minas Gerais, a libéré 60 millions de mètres cubes de déchets d’une mine de fer, causant des dégâts irréversibles sur le fleuve Rio Doce et les terres adjacentes.
Sommé par le collectif citoyen « Or de question », que soutiennent cent dix ONG, de mettre fin aux exploitations aurifères en Guyane, le gouvernement ne cesse de louvoyer depuis deux ans. Le 21 janvier 2019, sous pression médiatique, le ministre des finances, Bruno Le Maire, en charge des mines, effectue un « rejet implicite » des deux concessions, en laissant tout simplement sans réponse la demande de prolongation déposée fin 2016 par la CMO. Un premier signal est alors donné.
Le 6 mai de la même année, le président de la République reçoit une délégation de scientifiques de l’IPBES, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité, et déclare à l’issue de la rencontre que « de manière très claire aujourd’hui, l’état de l’art du projet [Montagne d’or] ne le rend pas compatible avec une ambition écologique et en matière de biodiversité ».
Quelques semaines plus tard, le 23 mai, le tout nouveau Conseil de défense écologique, garant de la cohérence des politiques de l’État, se réunit pour la première fois à l’Élysée, qui annonce en grande pompe « l’annulation du projet minier Montagne d’or en Guyane, jugé incompatible avec nos exigences environnementales ». Plusieurs ministres s’en félicitent. Cette fois-ci, le combat semble gagné.
C’était sans compter l’esprit retors de ceux qui nous gouvernent et savent tirer les ficelles juridiques en temps opportun. Car à peine six mois après cette décision, voilà que le tribunal administratif de Cayenne, saisi comme il se devait par la CMO, annule le rejet implicite du ministère des finances, rouvrant la voie au projet. Tous les éléments indiquent que le gouvernement avait anticipé l’issue du jugement.
Lors de l’audience qui s’est tenue le 3 décembre dernier, le rapporteur public a relevé la « faiblesse » et l’absence de « pertinence » des arguments de l’État pour justifier son refus, un « point difficile du dossier » qui n’était « pas à l’avantage de l’administration ». Comme l’explique le jugement du tribunal, le ministère des finances n’a pas même mandaté de représentant à l’audience et n’a « produit aucune pièce justificative pour appuyer ses allégations au cours de l’instruction ».
La préfecture de Cayenne, quant à elle, « n’a pas [non plus] été en mesure de fournir une quelconque défense » et n’a fait aucune observation, selon les mots de journal Guyaweb, qui était sur place. En somme, d’une évidente passivité, l’exécutif a laissé l’instance judiciaire annuler sa décision.
Pendant ce temps, le cours mondial de l’or a culminé et le consortium russo-canadien eu toute latitude pour élaborer un nouveau projet. En se fondant sur de nouvelles études d’ingénierie et d’environnement, il affirme désormais être en mesure de développer de manière plus sûre ses mines, en accord avec les exigences du législateur, qui procède actuellement à une réforme attendue du code minier. Et si l’autorisation étatique ne vient jamais, la CMO pourra toujours, avec ce nouveau projet, exiger de grasses indemnités…
L’État français a maintenant six mois pour prolonger les deux concessions ou faire appel. Le gouvernement n’a pas encore réagi, ce 30 décembre, à la décision du tribunal administratif de Cayenne.
Si ce projet minier venait à entrer en activité, il marquerait un précédent terrible pour la Guyane, assaillie depuis longtemps par les compagnies désireuses d’y extraire de l’or : la France va-t-elle ouvrir la boîte de Pandore ? Rappelons que la Convention citoyenne pour le climat a voté à 94,4 % en faveur de l’adoption d’un moratoire sur l’exploitation industrielle minière en Guyane : qu’attendons-nous pour l’appliquer ?
29 décembre 2020 - Augustin Langlade6 janvier 2021
/ Laury-Anne Cholez (Reporterre)
Le collectif Miam a lancé une cantine populaire bio au cœur de Perpignan. En période de crise sanitaire, ce lieu de brassage social et culturel autour de la gastronomie permet aux personnes les plus isolées de rester à flot.
Impossible de rester les bras croisés en attendant que le temps passe. Fin octobre, à l’annonce du second confinement, l’équipe de la cantine solidaire Miam, au cœur de Perpignan (Pyrénées-Orientales), a décidé de rester ouverte pour accueillir les plus précaires. « J’ai bien regardé les décrets d’application et constaté qu’on pouvait continuer d’accueillir les personnes vulnérables pour distribuer des produits de première nécessité. Alors, on a envoyé un courriel à la préfecture afin de les prévenir, mais on n’a jamais reçu de réponse. On a ouvert et personne ne nous a rien dit », raconte Wilfried, l’un des cofondateurs de Miam.
Manger. Inventer. Accueillir. Mélanger. Le Miam est une cantine associative, solidaire et écologique qui tente d’apporter un peu de mixité sociale grâce à la gastronomie. Lancée en janvier 2020, elle sert des déjeuners à prix libre cuisinés avec des produits bio de récupération. Un concept qui a fait mouche : la cantine compte aujourd’hui un millier d’adhérents qui viennent goûter une cuisine maison et de saison pour un tarif conseillé de sept euros.
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| Wilfried renseigne le menu jour : que du frais et bio du préparé sur place. |
Dans le temps d’avant le Covid, trente à quarante couverts étaient servis chaque midi, dont deux tiers de payants servant à financer les déjeuners solidaires des plus précaires. Voisins, passants, salariés et même touristes se retrouvaient autour des tables aux jolies toiles cirées. Un beau brassage social et culturel. Mais depuis le confinement, tout a changé. « On est passés de cinq à plus de quinze repas gratuits par jour », raconte Camille, la cofondatrice. « C’est un peu stigmatisant, car seules peuvent s’attabler les personnes les plus précaires. Ce n’est pas ce que nous avions voulu faire au début. » Les habitués viennent encore récupérer leur déjeuner à emporter par solidarité, mais les ventes ont drastiquement baissé. « Les gens restent chez eux, ou ne travaillent plus forcément dans le quartier. Beaucoup attendent avec impatience notre totale réouverture », poursuit Camille.
Au menu ce jour : une soupe d’avocat, des légumes rôtis, des pommes rôties et des biscuits. Les produits ont été récupérés auprès de la Biocoop et d’un producteur local pour rassasier une petite vingtaine de personnes venues déjeuner. Des habitués en grande difficulté financière qui trouvent ici bien plus qu’un simple repas : du réconfort ainsi qu’un peu de chaleur humaine au milieu de la terrible épreuve du confinement et surtout de la crise économique qui fait rage : à Perpignan, le taux de pauvreté atteint 30 %, soit deux fois plus que la moyenne nationale. « Il y a une forte misère de laquelle les gens peinent à s’en sortir », constate Camille.
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| Le programme de la semaine directement inscrit sur le carrelage de la cuisine. |
La cantine est installée place Rigaud, au cœur de la ville, entre le
quartier commercial Saint-Jean, le quartier populaire Saint-Mathieu et
le quartier gitan Saint-Jacques. Colette, une vieille dame au regard
triste, vient en voisine presque tous les jours faute de pouvoir remplir
son réfrigérateur. Elle est attablée avec Sandra, une grande brune qui,
sans quitter ses lunettes de soleil, évoque avec émotion le souvenir de
Coluche, le fondateur des Restos du cœur. Un peu plus loin, Thierry,
ancien sans domicile fixe parisien, vit aujourd’hui du RSA (revenu de solidarité active) et cherche du travail. « Je suis ici pour les légumes, car ça coûte cher d’en acheter. » Il a terminé il y a peu un boulot dans les vendanges. « Mais c’était un sacrifice, car après, on m’a coupé presque tout mon RSA. Malgré tout, cela m’a fait du bien, j’en avais marre de ne pas travailler. »
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| Brigitte, Robert et Thierry, trois habitués de la cantine Miam. |
À sa table, Brigitte, longs cheveux d’argent et grands yeux bleus mélancoliques, attend une place en chantier de réinsertion. Elle se fait taquiner par Robert, qui ne manque aucun déjeuner de la cantine. « C’est le seul endroit qui nous reste pour nous asseoir un peu et voir du monde. Avant, on pouvait aller au café et bouquiner ou aller à la bibliothèque. Maintenant, ce n’est plus possible. » Tous confessent une situation financière désastreuse, accentuée par la crise du Covid. Un virus qui les effraie sans toutefois les empêcher de sortir. « Avec tout ce qu’on entend à la télé, si je reste seule chez moi, je suis deux fois plus stressée. J’ai peur mais j’ai aussi envie de vivre », dit Brigitte.
Certains ont commencé par venir déjeuner avant de devenir bénévoles, comme Charles, dont c’est le premier jour au service, ou encore Matthieu, qui vient d’emménager à Perpignan après avoir perdu son appartement dans le Nord. « Quitte à galérer, autant le faire au soleil », sourit-il. Il vit au foyer de la Croix-Rouge et doit être dehors de 8 h à 17 h. Cette cantine est non seulement un moyen de manger sainement mais surtout de s’occuper l’esprit. « C’est très difficile de trouver du boulot en ce moment. J’étais dans une période où j’avais les idées noires. Venir ici m’a permis de rebondir », raconte-t-il.
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| Camille, la cofondatrice de Miam à l’œuvre dans la cuisine pour préparer la soupe d’avocat. |
« On reçoit très souvent des gens isolés, avec des problèmes de cœur, des problèmes professionnels ou psychologiques. Ils arrivent ici et cela leur permet de socialiser », explique Camille. « Ceux qui viennent sont en rupture de quelque chose et ont du temps libre. Et ils repartent souvent réconfortés », poursuit Wilfried. « C’est exactement ce qui s’est passé pour moi », enchérit Lia. La jeune fille, formée à l’école hôtelière de Ferrandi, a travaillé dans de prestigieux restaurants étoilés à Paris. Lassée d’être broyée par soixante-dix heures de travail hebdomadaires, elle a rejoint l’équipe de Miam pour changer de vie. Camille, Lia et Wilfried, les trois salariés, sont épaulés par une quarantaine de bénévoles qui se relaient, comme Matthieu et Charles. Un collège de huit personnes gère l’association, qui a reçu une subvention de la région Occitanie de 17.000 euros. De quoi acheter du matériel et payer les salaires en attendant le retour à la vie normale.
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| Lia, l’une des salariées, fait l’accueil des commandes à emporter le midi. |
La cantine ouvrait l’an passé du mardi au samedi, mais l’équipe va prendre un jour par semaine afin de réfléchir à la suite. « Au départ, on voulait aider à avoir de la mixité dans le quartier. Aujourd’hui, on se sent confinés dans une action d’aide sociale », analyse Camille. Pas mal de projets sont dans les cartons : des vide-dressing, des discos-soupes, des événements plus culturels qui permettraient de retrouver ce brassage de population qui a fait les succès du lieu à ses débuts.
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| Wilfried à l’ouvrage pour préparer le déjeuner du jour. |
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C’est maintenant que tout se joue…
Le désastre environnemental s’accélère et s’aggrave, les citoyens
sont de plus en plus concernés, et pourtant, le sujet reste secondaire
dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème
fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place
centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :
Pour ces raisons, Reporterre est un modèle rare dans le paysage médiatique. Le journal est composé d’une équipe de journalistes professionnels, qui produisent quotidiennement des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable, indépendante et transparente sur ces enjeux est une partie de la solution.
Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.
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Lire aussi : À Caen, une coopérative cultive l’autogestion
Source : Laury-Anne Cholez pour Reporterre
Photos : © Laury-Anne Cholez/Reporterre
. chapô : L’équipe du Miam collectif devant la devanture du local qu’ils partagent avec le bar l’Atmosphère, à Perpignan.
Réclamé par la justice américaine, l’Australien de 49 ans, poursuivi notamment pour espionnage, avait remporté lundi une première victoire. La juge britannique Vanessa Baraitser avait refusé son extradition vers les Etats-Unis.
Le Monde avec AFP
Publié mercredi 6 janvier 2020
La justice britannique a refusé, mercredi 6 janvier, la demande de remise en liberté sous caution déposée par Julian Assange.
Alors même que, lundi, la juge Vanessa Baraitser avait refusé d’extrader l’Australien de 49 ans vers les Etats-Unis, où il est poursuivi pour espionnage, la même juge a refusé que Julian Assange recouvre la liberté, estimant que le risque de fuite était trop grand, alors que les Etats-Unis ont fait appel de la décision britannique.
Lors d’une audience à Londres, la juge Baraitser a rappelé que M. Assange diposait d’un important « réseau de soutiens », et qu’il risquait donc de quitter le Royaume-Uni avant une prochaine échéance judiciaire.
L’avocat du lanceur d’alerte, Edward Fitzgerald, avait assuré au cours de l’audience que son client, désormais protégé par la décision de la justice britannique, ne présentait plus de risque de fuite. Il a ajouté qu’en raison de l’épidémie de Covid-19 au Royaume-Uni, sa détention en prison présentait un risque pour sa santé. La juge Baraitser n’a pas été convaincue par ces arguments, et a estimé que les conditions de détention du fondateur de WikiLeaks au Royaume-Uni étaient satisfaisantes.
Julian Assange est actuellement maintenu en détention dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, à l’est de Londres. Jusqu’alors toutes ses demandes de libération ont été refusées.
Julian Assange a été arrêté par la police britannique en avril 2019 après avoir passé sept ans reclus à l’ambassade d’Equateur à Londres, où il s’était réfugié alors qu’il était en liberté sous caution. Il craignait une extradition vers les Etats-Unis ou la Suède, où il a fait l’objet de poursuites pour viol qui ont depuis été abandonnées.
L’Australien, soutenu par nombre d’organisations de défense de la liberté de la presse, risque aux Etats-Unis 175 ans de prison pour avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, notamment en Irak et en Afghanistan.
Les Etats-Unis lui reprochent d’avoir mis en danger des sources des services américains, accusation qu’il conteste. Parmi les documents publiés figurait une vidéo montrant des civils tués par les tirs d’un hélicoptère de combat américain en Irak en juillet 2007, dont deux journalistes de l’agence de presse Reuters.
Pendant l’audience, qui s’est déroulée sur cinq semaines en février et en septembre, un psychiatre ayant examiné Assange avait évoqué un risque de suicide « très élevé » s’il devait être extradé vers les Etats-Unis. Ses avocats avaient dénoncé une procédure « politique » fondée sur des « mensonges ».
Si la juge britannique a rejeté les arguments relevant de la défense de la liberté d’expression, elle a estimé que « les procédures décrites par les Etats-Unis ne vont pas l’empêcher de se suicider ». Elle a donc refusé l’extradition « pour des raisons de santé mentale ».
Dans sa décision, la magistrate a relevé « des preuves insuffisantes de pressions de l’administration Trump sur les procureurs » et « peu ou pas de preuves évoquant une hostilité » du président américain sortant « envers M. Assange ou WikiLeaks ». Elle a estimé aussi que l’accord passé par Assange avec des groupes de hackeurs pour obtenir des documents l’avait « fait aller au-delà du rôle lié au journalisme d’investigation ».
Soutien de longue date, le rapporteur spécial de l’Organisation des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, a estimé dans un communiqué que « Julian Assange doit à présent être libéré immédiatement, réhabilité et indemnisé pour les abus et l’arbitraire auxquels il a été exposé ».
Après le refus d’extrader le fondateur de WikiLeaks, sa compagne, l’avocate Stella Moris, a salué lundi une « victoire », un « premier pas vers la justice ». Mais tant que Julian Assange – à qui le Mexique a offert lundi l’asile politique – reste détenu alors qu’il n’a pas été condamné et que les deux enfants qu’elle a eus avec lui sont privés de leur père, il serait prématuré de trop se réjouir, a-t-elle déclaré : « Nous ferons la fête le jour où il rentrera à la maison. »
Le Monde avec AFP