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samedi 12 septembre 2026

« On devient victime une deuxième fois » : de la responsabilité de la presse

 « On devient victime 

une deuxième fois » : 

de la responsabilité de la presse


dimanche 06 septembre 2026

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« On devient victime une deuxième fois » : de la responsabilité de la presse


Par Lénaïg Bredoux, responsable aux questions de genre
Toutes et tous l’ont craint. Celles et ceux qui, un jour, ont choisi de se confier à un·e journaliste ou de livrer un témoignage à la justice, ont redouté que « ça fuite », que leur anonymat soit brisé et que leur récit soit livré en pâture dans la presse sans leur accord. Parfois sans même avoir été prévenu·es, au mépris de leur vie personnelle, de leur réputation professionnelle et de leur santé mentale.

La chanteuse et actrice Helena Noguerra vient d’en faire l’amère expérience. Deux médias français, RTL et Paris Match, ont divulgué son nom alors qu’elle avait choisi de témoigner anonymement dans l’affaire Patrick Bruel. Auprès de Mediapart (dans l’enquête de Marine Turchi et dans une tribune en accès libre sous pseudonyme) et auprès de la justice. C’est ce dernier témoignage qui a manifestement été communiqué à des journalistes peu scrupuleux.

Ce manque de scrupules et/ou cette déontologie défaillante n’est pas un cas isolé. Nous l’avons constaté dans de nombreuses affaires telles Hakimi, Epstein, PPDA, Quatennens, Besson, Plaza, Lomepal

À Mediapart, nous le constatons depuis dix ans que nous menons des enquêtes sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) : l’anonymat est un trésor que de nombreuses personnes – majoritairement des femmes –, victimes ou témoins, chérissent. Il est souvent la condition impérative de leur parole.

Ce n’est ni par amour du secret ni pour jouer les OSS 117 des VSS. La réalité est bien plus triviale. Les victimes – plaignantes ou témoins – craignent les répercussions d’une publicisation de leur nom : le cyberharcèlement sur les réseaux sociaux, la réaction hostile de leurs proches, l’obligation d’en parler avec ces mêmes proches… Ceux-ci parfois n’en savaient rien : des parents ou le ou la conjoint·e sont souvent totalement ignorant·es de ce qu’elles ont vécu cinq, vingt ou trente ans auparavant.

Elles redoutent de subir des revers professionnels : de perdre des contrats, d’être mises sur la touche d’un parti ou d’un syndicat, de ne plus être les bienvenues sur un plateau de télévision ou de cinéma. Les soutiens des mis en cause, surtout quand ils sont des hommes puissants, occupent des positions de pouvoir aux ramifications parfois insoupçonnées…

Il y a aussi la peur, qui perdure : celle que l’agresseur a insufflée à sa victime, celle qui permet souvent l’impunité et scelle le silence. Le traumatisme est encore là, palpable, sensible. Souvent, les femmes qui témoignent craignent celui qu’elles mettent en cause : pas besoin de menaces ou de coups, le souffle de la violence subie suffit.

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