Toutes et
tous l’ont craint. Celles et ceux qui, un jour, ont choisi de se
confier à un·e journaliste ou de livrer un témoignage à la justice, ont
redouté que « ça fuite », que leur anonymat soit brisé et que leur récit
soit livré en pâture dans la presse sans leur accord. Parfois sans même
avoir été prévenu·es, au mépris de leur vie personnelle, de leur
réputation professionnelle et de leur santé mentale.
La chanteuse et actrice Helena Noguerra
vient d’en faire l’amère expérience. Deux médias français, RTL et
Paris Match, ont divulgué son nom alors qu’elle avait choisi de témoigner anonymement dans
l’affaire Patrick Bruel. Auprès de
Mediapart (dans l’enquête de Marine Turchi et dans
une tribune en accès libre sous
pseudonyme) et auprès de la justice. C’est ce dernier témoignage qui a
manifestement été communiqué à des journalistes peu scrupuleux.
Ce manque de scrupules et/ou cette déontologie défaillante n’est pas un
cas isolé. Nous l’avons constaté dans de nombreuses affaires telles
Hakimi,
Epstein,
PPDA,
Quatennens,
Besson,
Plaza,
Lomepal…
À
Mediapart,
nous le constatons depuis dix ans que nous menons des enquêtes sur les
violences sexistes et sexuelles (VSS) : l’anonymat est un trésor que de
nombreuses personnes – majoritairement des femmes –, victimes ou
témoins, chérissent. Il est souvent la condition impérative de leur
parole.
Ce n’est ni par amour du secret ni pour jouer les OSS
117 des VSS. La réalité est bien plus triviale. Les victimes –
plaignantes ou témoins – craignent les répercussions d’une publicisation
de leur nom : le cyberharcèlement sur les réseaux sociaux, la réaction
hostile de leurs proches, l’obligation d’en parler avec ces mêmes
proches… Ceux-ci parfois n’en savaient rien : des parents ou le ou la
conjoint·e sont souvent totalement ignorant·es de ce qu’elles ont vécu
cinq, vingt ou trente ans auparavant.
Elles redoutent de subir
des revers professionnels : de perdre des contrats, d’être mises sur la
touche d’un parti ou d’un syndicat, de ne plus être les bienvenues sur
un plateau de télévision ou de cinéma. Les soutiens des mis en cause,
surtout quand ils sont des hommes puissants, occupent des positions de
pouvoir aux ramifications parfois insoupçonnées…
Il y a aussi
la peur, qui perdure : celle que l’agresseur a insufflée à sa victime,
celle qui permet souvent l’impunité et scelle le silence. Le traumatisme
est encore là, palpable, sensible. Souvent, les femmes qui témoignent
craignent celui qu’elles mettent en cause : pas besoin de menaces ou de
coups, le souffle de la violence subie suffit.
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