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jeudi 9 juillet 2026

CANADAIRS : pourquoi la France n’en disposera que de 12 cet été ?

CANADAIRS : 

pourquoi la France 

n’en disposera que de 12 

cet été ?

 


 

 

Le Canadair, souvent surnommé la Rolls Royce des avions de lutte contre les incendies, est un appareil unique. Il a la capacité de se recharger en eau en seulement 12 secondes en amerrissant. Malgré son efficacité, la France, qui devrait en posséder 16 pour faire face aux feux, n’en compte que 12. Alors que la saison critique des feux approche, pourquoi est-il si compliqué d’en acquérir de nouveaux ?

L’été 2022 a marqué un tournant, avec plus de 70 000 hectares de forêt partis en fumée, principalement en Gironde. Ces feux, attisés par la sécheresse, ont mis en lumière les limites de la flotte aérienne française. Un rapport parlementaire a d’ailleurs souligné une « crise majeure » concernant les moyens aériens de la sécurité civile, estimant que la flotte actuelle n’est plus adaptée aux besoins croissants, exacerbés par le réchauffement climatique.

La France s’appuie sur une flotte aérienne de 60 appareils, incluant avions et hélicoptères. Parmi eux, 12 Canadairs (CL415) constituent le cœur de l’action contre les feux majeurs. Cependant, ces appareils ont en moyenne 30 ans, un âge avancé pour ce type d’avion. L’exposition aux flammes et à la corrosion, due à l’eau de mer, accélère leur usure et augmente les besoins en maintenance. Il n’est pas rare que des problèmes techniques clouent plus de 50 % de la flotte au sol, les rendant indisponibles lors des périodes critiques.

En 2022, le président Macron avait promis un investissement massif pour remplacer les 12 Canadairs existants et porter leur nombre à 16 d’ici la fin du quinquennat. Trois ans plus tard, la situation est différente. Les avions actuels ont été modernisés : un « lifting » coûtant entre 10 et 15 millions d’euros par appareil, une somme bien inférieure aux quelque 60 millions nécessaires pour un nouvel avion. Seuls deux nouveaux Canadairs ont été commandés et l’acquisition de deux autres a été suspendue suite à une réduction budgétaire. Pour l’été 2025, 11 des 12 Canadairs étaient opérationnels. Cependant, selon les experts, il en faudrait idéalement 16 compte tenu de la forte sollicitation de ces appareils.

Un autre obstacle majeur est le monopole de la production. Le Canadair, conçu dans les années 60 par la firme canadienne Canadair, est l’un des seuls avions amphibies capable de réaliser des missions de largage d’eau sur de longues périodes sans atterrissage. Sa production a repris grâce à une commande groupée de 22 avions par six pays européens, permettant à l’entreprise De Havilland Canada (qui a racheté Canadair) de relancer la ligne de production arrêtée depuis 10 ans. Les délais sont donc considérables, les deux appareils commandés par la France ne devant arriver qu’en 2028. Cette commande, d’un coût de 182 millions d’euros, est financée à moitié par l’Union européenne et à moitié par la France.

Ces longs délais ont incité la France à privilégier la rénovation de sa flotte existante. De plus, la demande croissante d’autres pays, notamment en Amérique du Nord, également touchés par des feux intenses, pourrait accaparer la production. Heureusement, la France ne compte pas uniquement sur les Canadairs. D’autres moyens aériens sont mobilisés. Il y a les avions multirôles Dash. Ils peuvent larguer 10 tonnes d’eau, mais doivent atterrir pour se recharger. Trois appareils Beechcraft sont utilisés pour la surveillance et le transport. Il y a aussi une flotte d’hélicoptère. La flotte actuelle de 37 hélicoptères sera renouvelée et augmentée à 40 d’ici 2029. La France loue également des appareils et bénéficie d’un dispositif de coopération européen renforcé, avec une trentaine d’avions et hélicoptères mutualisés.

Face à ces défis, l’industrie française développe des alternatives. L’entreprise Hynaero travaille sur un concurrent du Canadair, plus rapide et avec une capacité de largage de 10 tonnes, soutenu par Airbus et financé par France 2030 : la Frégate F100. Les premiers appareils sont attendus pour 2031. D’autres entreprises explorent la transformation d’avions de ligne en bombardiers d’eau, et des drones sont également testés pour le transport de poches d’eau. L’objectif est clair : réduire la dépendance de la France et de l’Europe vis-à-vis d’un fournisseur unique. À côté de ce programme, deux autres projets français se développent. D’une part, le FF72 de Positive Aviation. Il s’agit d’un bombardier d’eau amphibie “écopeur” dérivé de l’ATR 72-600, qui vise une capacité d’emport de 8 000 litres avec un remplissage annoncé en 12 secondes. Le calendrier industriel prévoit un démonstrateur en vol dès 2026 pour une entrée en service fin 2028. D’autre part, le Forest Keeper choisit une approche terrestre autour de la conversion d’un ATR 72 avec un remplissage via les pélicandrome. Kepplair met en avant une mise en service possible des premiers appareils avant l’été 2027.

Jean-François Bourgain, le 18/02/2026, pour AeroMorning

 

Source :  https://aeromorning.com/canadairs-pourquoi-la-france-nen-disposera-que-de-12-cet-ete/


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