| Cet
été de catastrophe climatique a fait entrer un nouveau mot dans le
vocabulaire du grand public : « pyrocumulonimbus », pour décrire un «
orage de feu ». Au Japon, un nom a été inventé pour désigner les jours
où la température monte au-dessus de 40 °C : « Kokushobi », la journée «
cruellement chaude ». La création langagière est le souffle
qui porte le récent livre de Céline Minard : Tovaangar (Rivages, 2025).
Dans un futur lointain, des êtres hybrides vivent dans un monde dont les
humains ont disparu. Mais le souvenir de Hidden, autrefois appelé Los
Angeles, hante Amaryllis Swansun, aventurière casse-cou, qui part à sa
recherche, entourée d’un groupe de créatures de différentes espèces.
Certain·es volent, d’autres vivent habituellement sous terre. Pour
faire vivre sous nos yeux ce petit monde, l’autrice crée des termes :
une « cabe de pluie », les « Dronotes », le peuple des « Extracts », une
« Auboisière », etc. À la première lecture, on bute sur ces agencements
de lettres qui échappent à la compréhension immédiate. Mais très vite
on oublie la gêne, on adopte ces néologismes qui nous rappellent à quel
point l’univers décrit est étranger à notre quotidien. Et aiguisent
notre imagination. C’est alors que la lectrice et le lecteur
peuvent basculer dans l’extraordinaire récit de Tovaangar, à la
recherche de Paayme Paxxayt, la rivière originelle. Une véritable épopée
se déploie au fil des pages, emmenée par un style éblouissant, pour
raconter un monde qui n’est pas vraiment une utopie mais pas non plus
une dystopie. C’est autre chose qui s’est créé sur Terre et
cette nouvelle manière d’exister est tissée de liens entre les espèces,
entre les vivants et les robots, les animaux et les végétaux. Comme dans
L’Odyssée mais sans Ulysse, ni les guerriers à gros muscles, ni les
déesses cruelles. Une fable écologique, le nez dans l’humus et les yeux
rivés sur les cimes des arbres à venir. Céline Minard, « Tovaangar », Rivages (2025).
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