Pétition pour garder les jardins familiaux
https://www.mypetition.org/petition/nature-environnement/
contre-fermeture-19-jardins-familiaux-a/285277
« C’est du mépris de classe » :
une mairie profite des incendies
pour supprimer des jardins familiaux
4 août 2026
Melina présente des œufs, tomate et aubergine récoltés sur une parcelle voisine. Elle cultivait la sienne depuis dix-neuf ans avant qu’elle ne brûle dans l’incendie. - © Antoine Berlioz / Reporterre
Dans les Pyrénées-Orientales, des habitants ont reçu l’ordre d’évacuer des jardins communaux afin que soit créée une « ceinture de protection » contre les incendies. Ils dénoncent la violence de cette décision et l’hypocrisie des autorités locales.
Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), reportage
« Les jardins ne nous menacent pas, ils nous nourrissent », arbore une pancarte décorée avec des arbres, une poule géante et un minipoulailler. En cette matinée du 3 août, près de 80 personnes sont rassemblées devant l’hôtel de ville d’Ille-sur-Têt, dans les Pyrénées-Orientales. En plus des journalistes, des habitants de la commune et des alentours sont venus manifester leur colère.
Une semaine après les incendies de Trévillach ayant parcouru 4 900 hectares, la municipalité élue en mars et dirigée par Alain Fabresse, délégué départemental de l’Union des droites pour la République (UDR), a décidé de supprimer dix-neuf jardins familiaux situés en contrebas de la ville, près de la route départementale 66. Le 5 juillet, le feu s’est introduit dans cette zone, détruisant la plupart de ces jardins, ainsi que des champs et des habitations.
après l’incendie qui a touché une partie des parcelles. © Antoine Berlioz / Reporterre
Une décision brutale et soudaine
Pour les bénéficiaires, cette décision est « brutale ». Avertis par un simple courrier ou la visite d’un représentant de la mairie, sans « explications, ni lettre recommandée ni préavis », la commune ne leur laisse que quelques semaines pour récupérer leurs affaires avant de procéder à la « remise en état du site ».
« Ces jardins, on les travaille. Même s’ils appartiennent à la ville, on n’a pas le droit de nous les reprendre comme ça ! » entonne Hayat devant l’assemblée réunie. Mère de quatre enfants, dont deux d’entre eux sont porteurs d’un handicap, elle décrit son jardin comme un véritable « coin de paradis ». Seule la porte avait survécu aux flammes, mais celle-ci a été volée le matin même. Malgré la perte subie, les jardiniers se disent prêts à repartir de zéro. « On veut bien payer de notre poche pour tout refaire », déclare Fatima, dont le jardin a aussi brûlé durant l’incendie.
Certains jardins n’ont pas été touchés par l’incendie et sont très fertiles. © Antoine Berlioz / Reporterre
Depuis 1949, la commune met des parcelles à disposition des familles à faibles revenus. « Je ne comprends pas qu’une mairie se permette de fermer des jardins familiaux alors qu’on vit dans un moment critique, où les produits des grandes surfaces deviennent inaccessibles », déplore Michèle, membre de l’association En commun 66.
Les jardiniers évacués pourraient bénéficier d’autres parcelles situées derrière le camping municipal. Mais plusieurs d’entre eux se disent attachés à ces terres. « Pour moi, ce jardin a une valeur sentimentale, relate Marie-José, 67 ans, à l’entrée de sa parcelle, l’une des seules encore intactes. Mon mari a planté l’abricotier, il a construit la cabane et fait la clôture. Il est décédé il y a quatre ans de la maladie de Charcot et l’année dernière, j’ai perdu mes deux sœurs. Je commençais à peine à m’y remettre puis les incendies sont arrivés et maintenant cette décision… »
Marie-José et son frère Francis cultivent sur cette parcelle depuis toujours, leurs parents l’ont acquise en 1949. © Antoine Berlioz / Reporterre
« C’est du mépris de classe »
Dans la presse, Alain Fabresse invoque la nécessité de créer, à la place de ces jardins, une « ceinture de protection » contre les incendies. Il souligne que plusieurs parcelles n’étaient pas entretenues et pointe dans un communiqué « que
certains aménagements présents dans cette zone (cabanons, bouteilles de
gaz, etc.) ont contribué à favoriser la propagation du feu en direction
des premières habitations ». Contactée par Reporterre, la mairie n’a pas répondu à nos questions.
un potager et verger qu’il cultivait depuis trente ans. © Antoine Berlioz / Reporterre
Francis, 84 ans, fait remarquer que le champ de pêchers entièrement calciné derrière les jardins, détenu par la commune, n’a jamais été entretenu par celle-ci. Pas plus que les abords du canal longeant les parcelles, propriété de la ville de Perpignan.
Les usagers y voient surtout un prétexte « pour se débarrasser de ces jardins ». Avant les incendies, certains proches de la mairie les auraient qualifiés de « bidonvilles » et de « dépotoirs ». « C’est du mépris de classe », dénonce Romain, membre des Jeunesses populaires du Conflent.
Si le maire semble déterminé à mettre en œuvre cette mesure, les jardiniers ne comptent pas se laisser faire. Une pétition est en cours et un recours administratif a été déposé contre cette décision. Une manifestation paysanne pourrait aussi se dérouler à Ille-sur-Têt d’ici septembre.

















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