Il était venu conquérir Paris, il en est devenu la risée. Les images de
l’influenceur masculiniste américain Clavicular ont fait le tour des
réseaux sociaux. Filmé en direct dans les rues de la capitale fin juin,
il passe de terrasse en terrasse pour aborder des femmes, convaincu que
son physique et sa mâchoire, qu’il redessine à coups de marteau sur le
visage, suffiront à faire tomber toutes les Parisiennes dans ses bras.
Il essuie finalement une longue série de refus avant de décréter, incrédule :
« Elles doivent toutes être lesbiennes. »
Si la déroute en direct de ce masculiniste aux propos misogynes peut
faire sourire, elle ne doit pas occulter un fait : son idéologie ne
cesse de gagner du terrain, y compris en France. C’est le constat
du rapport d’information dévoilé
mercredi 24 juin par la délégation aux droits des femmes du Sénat, et
intitulé « Mascus : la nouvelle offensive contre les femmes ».
Il montre que le masculinisme n’est pas limité à une tendance sur les
réseaux sociaux qui serait portée par quelques influenceurs, et qu’il
est
« un mouvement social et politique qui vise à anéantir les droits des femmes et, in fine*, à démanteler notre socle démocratique ».*
Il peut prendre des formes violentes : la menace terroriste
masculiniste fait l’objet d’un suivi de la part des services de la
Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui a
« une dizaine d’individus susceptibles de radicalisation violente » dans son viseur, selon le rapport. Tous ont moins de 21 ans.
Sans aller jusque là, Amnesty International France a recensé dans
un autre rapport
récent les attaques contre l’égalité. En vrac : le retrait du terme de
transphobie d’un programme d’éducation à la vie affective et
relationnelle et à la sexualité (Evars), élaboré et mis en œuvre à
destination des élèves de collège et de lycée, sous pression de
« collectifs comme SOS Éducation et Parents vigilants »
; la tentative par des masculinistes de saturer d’appels la ligne
d’écoute 3919, destinée aux femmes victimes de violences ;
l’infiltration par le collectif Eros, qui affirme vouloir
« lutter contre les dérives idéologiques wokes et LGBT » d’un centre lyonnais LGBTQI+ ; les actes de vandalisme contre des locaux du Planning familial…
Sur le terrain, partout, la bataille fait rage. Elle sera aussi au cœur de la prochaine présidentielle, dans moins d’un an.
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