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mercredi 15 janvier 2014

Ferme des Mille Vaches : 1000 Vaches, 1000 Prisonnières, UN JACKPOT

Ci-dessous le même article de Fabrice Nicolino paru dans Charlie Hebdo et publié sur son site Planète Sans Visa


1000 vaches, 1000 prisonnières, un jackpot

Ci-dessous, un article que j’ai écrit, publié le 31 décembre 2013 par Charlie Hebdo. Sur le même sujet, toujours sous ma signature, une série de six articles sur le site de Reporterre, dont celui-ci.
Le papier de Charlie
La France n’avait encore jamais vu ça. Un industriel du BTP, qui a fait fortune grâce à des contrats publics,  veut ouvrir de force une usine à vaches de 1000 bêtes, sans compter 750 veaux et génisses. Le camp produirait à la fois du lait et de l’électricité, grâce à une méthaniseur. Mais dans la Somme, on sort les fourches.
Attention, c’est difficile à imaginer, surtout après les rots du repas de Noël. Soit un hangar de 234 mètres de long ouvert sur d’immenses champs de betteraves et de pommes de terre, à perte de vue. Pas un arbre. Dedans, 1000 vaches, sans compter 750 génisses et veaux. La plus grande ferme de toute l’histoire agricole française, plantée entre les villages de Buigny-Saint-Maclou et Drucat (Somme). Abbeville est à 6 kilomètres, Amiens à 40, Paris à 180 au sud.
Le promoteur de ce vaste camp de travail s’appelle Michel Ramery, un garçon qui ne plaisante pas avec les chiffres. Né en 1949, il a créé sa première boîte minuscule avec deux frangins en 1972. Le groupe est aujourd’hui le géant du BTP dans le Nord-Pas-de-Calais voisin, et après avoir racheté une soixantaine de sociétés, compte 3550 salariés. Comment a-t-il fait ? Ben, on ne sait pas trop. Ce qui est certain, c’est que les socialos, au pouvoir dans cette région depuis des décennies, n’ont pas été trop durs avec papa Ramery, qui remporte tous les marchés publics qu’il veut, très loin devant des groupes pourtant bien plus puissants que lui, comme Vinci ou Bouygues.
Le 23 février 2011, une des sociétés de Ramery  demande l’ouverture de la dite « Ferme des 1000 vaches », qui sera ramenée – provisoirement en tout cas – à 500 par un arrêté préfectoral de 2013.  Le progrès en marche : avec une poignée de salariés pour faire tourner l’usine, la production de lait ne saurait être que rentable. Pour lui, Ramery. D’autant plus que la belle fusée multicolore compte un autre étage : le méthaniseur.
Ami lecteur, le méthaniseur est une fée qui change la merde en électricité. Ramery compte récupérer des milliers de tonnes de fumier et de lisier par an, avant de les faire gaiement fermenter dans une cuve géante, le temps que le ragoût donne du méthane. Lequel, car ce n’est pas fini, serait transformé en une électricité rachetée au prix fort (au moins deux fois celui du marché) par EDF. Avec une garantie de notre électricien chéri portant sur 15 ans. Ce système, authentique jackpot, a les grandes faveurs du gouvernement, qui a lancé en mars 2013 un plan Energie méthanisation autonomie azote (EMAA).
On est prié de ne pas ricaner, car ces nobles actions visent à sauver de la misère les petits paysans. Réfléchissons ensemble. N’est-il pas génial de vendre de l’électricité provenant de la merde de vaches donnant du lait ? Les fâcheux notent que Ramery n’a rien d’un paysan, et encore moins d’un paysan besogneux. L’affaire pourrait lui rapporter, en net, plusieurs millions d’euros par an. Et la « Ferme des 1000 » vaches pourrait au passage devenir le prototype, clés en mains, d’un nouvel élevage définitivement débarrassé de tout lien avec le métier de paysan.
Au fait, et les résidus ? Ami lecteur, bonne question, car le système Ramery récupère le méthane, mais laisse en plan une sorte de matière organique, qu’il faut bien balancer quelque part. Une bagatelle : 40 000 tonnes par an. Or le méthaniseur ne tutute pas seulement du pissat et de la bouse. Il a également besoin d’autres déchets – au moins 15 000 tonnes par an -, sans que personne ne sache encore d’où ils pourraient venir. Des déchets verts, ménagers, hospitaliers, pharmaceutiques ? Rien n’est vraiment impossible.
Revenons-en à la saine bouillie restant au fond de l’appareil. La seule solution est d’épandre sur des champs, en faisant passer cela pour un excellent engrais. C’est d’ailleurs ce qu’on fait en Bretagne, avec le si beau résultat qu’on connaît, dont la floraison saisonnière de marées vertes. Pas une seule molécule d’azote, précurseur des nitrates, ne saurait être éliminée par la méthanisation. La boue du méthaniseur, s’il ouvre un jour, contiendra donc fatalement des nitrates, mais aussi des restes d’antibiotiques, anthelminthiques, 
anticoccidiens, douvicides, hormones, tous produits vétérinaires légalement et massivement utilisés. Et des pesticides.
Arrivé à ce point, osons l’audace : percolant au travers du sol de craie, ces saloperies ne risquent-elles pas d’atteindre la nappe phréatique ? Est-ce si grave ? De toute façon, les 1 000 vaches boiront cette même eau, puisée grâce à un forage dans la nappe. Compter 40 000 mètres cubes d’eau par an. Ce qui ne veut pas dire que Ramery n’aura pas besoin du circuit d’eau potable. En effet, le brave homme pompera aussi sur le réseau, mais seulement pour nettoyer les installations et abreuver la poignée d’ouvriers. Quelle eau ? Pas celle, pourtant toute proche, de Drucat, pour la raison simple que son captage est fermé à cause d’une pollution aux pesticides. Il faudra donc se rabattre sur celle de Nouvion.
Et ce n’est pas tout, car pour se débarrasser de ce bon bouillon des familles, il faut disposer d’environ 3000 hectares. Pour l’heure, Ramery n’en aurait trouvé que la moitié, ce qui laisse présager de nouvelles surprises. C’est dans ce contexte revigorant qu’est née une formidable association locale, Novissen (http://www.novissen.com). Presque toute la population de Drucat – 900 habitants, où doit s’installer le méthaniseur, a rejoint un groupe emmené par un médecin-urgentiste de l’hôpital d’Abbeville, Michel Kfoury.
Un petit miracle s’est produit. Lancé pour la défense des intérêts locaux, ce qu’on peut facilement comprendre, le combat est devenu une vaste réflexion sur la souffrance animale, le modèle agricole, la pollution chimique, la corruption, la démocratie. On ne peut résumer ici la flopée de manifs, de tracts, de happenings imaginés depuis deux ans que dure la mobilisation. Une mention tout de même  pour la Ronde des indignés, inaugurée le 2 juin 2012 sur une place d’Abbeville, dont le maire socialiste Nicolas Dumont soutient sans oser l’assumer le projet Ramery.
De son côté, la Confédération paysanne, emmenée par un jeune type punchy, Pierre-Alain Prévost, et son porte-parole Laurent Pinatel, est entrée dans la danse en 2013, fortissimo. Avec notamment le démontage d’une partie du chantier dans la nuit du 11 au 12 septembre 2013, qui a conduit à une plainte de Ramery et à la garde à vue de six opposants.
Mais ce n’était qu’un début : la Conf’ lance dès le 6 janvier de nouvelles opérations, cette fois dans toute la France.

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