Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
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Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

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vendredi 23 novembre 2012

NDDL : un hôtel 4 étoiles cadeau du Conseil général saucialiste

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

NDDL : reconstruction et maintenant destruction !

(Une nouvelle offensive de destruction est en cours depuis ce matin vendredi 23 novembre ... l'ACIPA invite tous les collectifs de soutien à se regrouper devant les préfectures pour protester)





Différents articles sur la mobilisation après le 17 : « Que ce soit sur des terrains prêtés ou squattés, nous appelons à défendre ensemble chaque cabane avec toute la détermination nécessaire »by collectif de lutte contre l'aéroport de Notre Dame des Landes

Vu sur le Jura Libertaire, le 22/11/2012 :
Précisions sur la réoccupation de la ZAD, les nouvelles bâtisses et les menaces de la PréfectureCe samedi, après trois semaines d’expulsion, nous étions plus de 30’000 pour réoccuper sur la ZAD. Dès l’arrivée de la manifestation, cinq bâtisses pré-construites ont commencé à s’édifier : un espace de réunion de 80m², une cantine, deux dortoirs, un bloc sanitaires et un atelier. Ce lundi encore les travaux continuent. Grâce à une somme d’ingéniosités, de savoir-faires communisés et de chaînes humaines interminables pour amener les tonnes de planches, poutres, tôles, et pailles nécessaires, les constructions ont été véloces. Le résultat coupe le souffle et laisse de grand sourires sur les visages. Pour fêter ça et inaugurer un peu, un apéro est proposé ce lundi à 17h sur place.
Rappelons que ces nouveaux bâtiments collectifs sont appelés à devenir un carrefour pour les opposant.e.s et une antenne pour organiser la résistance aux chantiers de l’aéroport.
La préfecture, qui ne perd pas le nord, a annoncé dès samedi que ces nouvelles cabanes “avait vocation à disparaître”. Pourtant, le terrain sur lequel se sont effectuées les principales reconstructions est prêté par un propriétaire, opposé à l’aéroport et en cours d’expropriation. Il ne peut donc juridiquement y avoir d’expulsion de ces cabanes sans une mise en œuvre par la Préfecture de procédures longues et liées au code de l’urbanisme. Nous tenions à préciser à toutes celles et ceux qui sont venus réoccuper samedi que, même selon leurs lois, ces cabanes ne peuvent subir de destructions à court terme.
En parallèle à ces grandes constructions, de nouvelles cabanes et espaces de vie se reconstituent sur des terrains squattés appartenant à Vinci. Toute la semaine, des maisons dans les arbres vont venir se nicher de nouveau sur les hauteurs de la forêt de Rohanne.
Que ce soit sur des terrains prêtés ou squattés, nous appelons à défendre ensemble chaque cabane avec toute la détermination nécessaire.
Si ils nous expulsent, on résiste, on revient !
Mailing RTF, 22 novembre 2012
Notre Dame des Landes – communiqué du Rosier
Depuis une semaine, le Rosier, maison occupée depuis 5 ans pour lutter contre l’aéroport est protégé par des paysan-ne-s, des habitant-e-s, des gens qui nous rejoignent.
Nous vous convions à une conférence de presse
Vendredi 23 novembre à 14h
Devant la barricade du Rosier.
Pour y aller : sortie de Vigneux en direction du Temple. Prendre à droite en direction du cimetière. Prendre à droite en direction du Rosier.
Communiqué
Depuis la remorque d’un tracteur défendant la maison du Rosier, expulsable depuis le 18 novembre :
Dans la nuit du 15 au 16 novembre, après 4 semaines d’expulsion et de résistance et à la veille d’une manifestation de réoccupation massive, une vingtaine de tracteurs sont arrivés au Rosier.
Depuis une semaine, cette maison occupée depuis 5 ans pour lutter contre l’aéroport est protégée par des paysan-ne-s, des habitant-e-s, des gens qui nous rejoignent de tous les départements.
Nous nous relayons derrière les barricades et nous nous organisons pour faire vivre ce lieu encore longtemps.
Ces barricades qui ont empêché les forces de l’ordre de venir jusqu’ici, nous permettent aussi de construire des espaces et des moments de rencontres, d’échanges, d’entraide. De la diversité des personnes qui s’y croisent naissent de nouveaux projets, des perspectives de lutte et de vie. Notre détermination grandit, de cette lutte qui s’élargit nous nous sentons renforcés.
Pour participer à la lutte, rejoignez-nous tous les jours dès 6h pour le petit dej’.
Pour le Far, la Gare, le Champs de ronce, No name et tous les lieux réoccupés pour ne pas les laisser vider la zone.
Nous sommes tous et toutes des habitant-e-s qui résistent !
Mailing – 22 novembre 2012
Les “irréductibles” de Notre-Dame-des-Landes ont reconstruit lotissements et barricades
Passés de 150 à 500 après la manifestation de samedi contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, les irréductibles du bocage ont déjà reconstruit un immense lieu de vie, fait de constructions collectives, de lotissements, de barricades et de tranchées.
C’était bien qu’ils nous expulsent, ça a resserré les liens entre les différents opposants : tout ce qui a été détruit a été refait… en double, se félicite Jérôme, un militant anti-aéroport installé depuis plus de trois ans sur la Zad, la zone d’aménagement différée réservée au futur aéroport.
De quelque 150 zadistes qui habitaient déjà début octobre l’un des plus grands squats à ciel ouvert d’Europe selon leurs propres termes, les effectifs ont bondi à au moins 500 à la suite de la mobilisation qui rassemblé le 17 novembre sur place entre 13.000 (préfecture) et 40.000 personnes (organisateurs), venues de toute la France.
Le long des routes, plus d’une centaine de véhicules de toutes sortes cohabitent : caravanes ou cars habitables, utilitaires d’entrepreneurs, voitures individuelles redécorées de motifs de lutte anti-nucléaire ou capitaliste, ou petites voitures de ville propres. Dans plusieurs champs, des campements de tentes, dont certains en comptent plusieurs dizaines.
En se promenant de lieu en lieu, à condition de ne pas prendre de photo pour les journalistes, on passe de la vision bucolique d’un chalet en voie d’achèvement au fond d’un bois, à celle, nettement moins paisible, du jeune cagoulé de noir surveillant un hélicoptère de gendarmerie qui tente de survoler une assemblée générale en plein air…
Un groupe de quatre hommes d’une quarantaine d’année avance, le sourire au lèvres, dans le chemin boueux qui mène à l’un des nouveaux lotissements, dans la Lande de Rohanne. Dans une première clairière où se dressent trois grands chalets de bois parfaitement réalisés, ils déposent une table et une grande bâche, pour aider, puis cherchent à se rendre utiles. Ils sont paludiers à Guérande.
Dans une autre clairière, des étudiants en architecture sont venus apporter leurs connaissances et leurs bras.
Plus d’une dizaine de barricades
Dans les chantiers où résonnent les coups de marteaux, on entend aussi des visseuses électriques et un groupe électrogène tourne. Aux commandes, visiblement, des vrais entrepreneurs du bâtiment. Oui, certains ont pris deux semaines de vacances pour venir nous aider, reconnaît Michel Tarin, figure historique de la lutte.
Les marteaux résonnaient aussi jeudi au fond du bois de Rohanne, où se déroulait, il y a à peine deux semaines, une lutte acharnée entre les gendarmes chargés d’évacuer et de détruire une dizaine de cabanes dans les arbres, et leurs occupants.
On pouvait dénombrer au moins autant de cabanes dans les arbres qu’avant, avec également une nouvelle maison sur deux étages. Tout autour, dans les arbres, équipés de matériel d’escalade, des constructeurs habillés de noir s’affairaient à une dizaine de mètres au-dessus du sol.
Pour autant, le reconstruction n’a pas concerné que les maisons : plus d’une dizaine de barricades, dont certaines très difficiles à escalader, se sont érigées en plusieurs point du bocage. Un tronçon de route stratégique, proche des nouvelles zones de construction, est désormais barré de barricades.
Même s’ils ont compliqué la donne des pouvoirs publics sur le plan juridique, les opposants savent que ces derniers peuvent ordonner à tout moment au moins l’évacuation d’une vieille ferme, le Rosier, premier squat du mouvement à avoir été investi. Du coup, il est défendu aussi bien par les zadistes, que par les agriculteurs qui y ont disposé leurs tracteurs tout autour.
Publié par des larbins de la maison Poulaga (Agence Faut Payer, 22 novembre 2012, 16h58)

Notre-Dame-des-Landes: les anti-aéroport enracinent leur résistance

NOTRE-DAME-DES-LANDES (France / Loire-Atlantique) - Le mouvement de résistance au projet de nouvel aéroport Grand Ouest a repris possession massivement du terrain, à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), alors qu'une nouvelle manifestation est prévue, samedi à Nantes, contre ce projet dont le gouvernement a fait une priorité.
Après le succès du rassemblement qui a mobilisé plusieurs dizaines de milliers d'opposants venus de tous la France le 17 novembre sur le site même, la manifestation urbaine prévue samedi se veut toutefois locale, soulignent ses organisateurs.
Attention, c'est une manif pour les Nantais, comme nous en organisons chaque mois depuis des mois, ce n'est pas un appel national et on ne va pas aller construire des cabanes à Nantes, explique Jérôme, un militant.
Selon lui, l'essentiel de la mobilisation, c'est de continuer les constructions sur la Zad (Zone d'aménagement différé) et de nous préparer à l'intervention des forces de l'ordre.
Moins d'une semaine après la manifestation réoccupation, près d'une dizaine de maisons en dur, ainsi que plusieurs dizaines de cabanes, au sol ou dans les arbres occupent à nouveau le site, dont l'évacuation avait été lancée par les forces de l'ordre à la mi-octobre, a constaté l'AFP.
Mais, alors que ces expulsions n'avaient concerné que quelque 150 squatters, occupants sans droits ni titres installés sur place depuis plusieurs années pour une bonne partie, c'est désormais quelque 500 personnes qui se sont établies sur le terrain, selon des estimations de l'AFP jeudi.
Outre les activistes, majoritairement proches des mouvances anti-capitalistes, on y croise de nombreux représentants de la société civile, entrepreneurs du bâtiments, agriculteurs d'autres cantons du département ou encore paludiers de Guérande, venus apporter des matériaux ou prêter main forte.
Notre lutte n'est pas violente
Aux travaux de construction se sont ajoutés d'importants travaux de défense des nouvelles constructions, mais aussi d'un des lieux mythiques de la résistance locale, la ferme du Rosier, premier lieu squatté par des opposants fin 2007-début 2008 et devenu juridiquement expulsable et destructible depuis le 16 novembre.
Plus d'une dizaine de barricades ont ainsi été érigées, a constaté l'AFP. Mais attention, ce ne sera pas une lutte armée, notre lutte n'est pas violente, on ne fait que se défendre si on nous attaque, a précisé Jérôme.
Astuce juridique, les nouvelles bâtisses ont été implantées sur des terrains appartenant à un opposant ancien, occupant légal, qui bénéficie de la suspension de son expulsion jusqu'à la fin de recours déposés contre le projet d'aéroport.
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, cheville ouvrière du projet d'aéroport lorsqu'il était encore maire de Nantes, a cependant réaffirmé que l'aéroport se fera. Nous ne nous laisserons donc pas dicter une vision du monde qui n'est pas la nôtre, déclare-t-il dans un entretien à Paris-Match publié jeudi.
Mais, sur le terrain juridique, tous les recours sont loin d'être épuisés et certains d'entre eux pourraient durer jusqu'à fin 2013, font valoir les opposants chargés de ces dossiers.
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a dit qu'il était ferme et déterminé, nous le sommes aussi, souligne Jérôme. De son côté, Michel Tarin, 65 ans, figure historique de la lutte, rendu plus célèbre par sa grève de la faim en mai, craignait jeudi que s'il y a une intervention, il se passe des choses terribles.
(©AFP / 22 novembre 2012 14h17)
N.B du CLCA : Et au passage un article assez drôle puisque même les libéraux commencent à dénoncer le projet d'aéroport... si ils commencent à se tirer dans les pattes, on peut dire qu'on a déjà gagné :) :

Notre-Dame-des-Landes : un gâchis écologique, un gaspillage d’argent public, un scandale politique !

Les arguments de Nicolas Miguet, président du Rassemblement des Contribuables Français, contre le futur aéroport
Les opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes sont-ils en train de gagner la bataille médiatique ? Depuis plusieurs semaines, les adversaires au projet se font entendre, alors que les partisans de l’aéroport restent muets. Le dossier est-il en passe d’être abandonné ? François Hollande peut-il reculer dans ce contexte ? Nicolas Miguet, président du Rassemblement des Contribuables Français, était au micro de Kernews, mardi 20 novembre dernier, pour exposer ses arguments contre ce projet, notamment en raison de l'importante dépense publique qu’il implique. Ses propos ont été écoutés par de nombreux entrepreneurs, artisans et commerçants, qui subissent au même moment une hausse faramineuse de la Cotisation Foncière des Entreprises et les réactions ne se sont pas fait attendre : «L’Etat et les élus de Cap Atlantique doivent cesser de nous matraquer fiscalement pour financer cet aéroport !» Nicolas Miguet s’exprime sans langue de bois sur ce sujet qu’il connaît bien.
La Baule+ : Les élites UMP et PS sont pour Notre-Dame-des-Landes, le patronat y est également favorable. Mais vous êtes opposé depuis des années à ce projet alors que vous êtes de droite et libéral... Pour quelles raisons ?
Nicolas Miguet : Le projet Notre-Dame-des-Landes, c’est l’intérêt du groupe Vinci, c’est aussi l’intérêt d’un certain nombre de spéculateurs qui vont valoriser certains terrains pas très loin pour créer une zone industrielle ou une zone logistique. On nous dit qu’il n’y aura que 1600 hectares, mais on oublie qu’il faudra quand même construire des bretelles d’accès, des routes à quatre voies, on va devoir construire des grosses bases logistiques, des zones commerciales, et ce seront plutôt 15 ou 16 000 hectares qui seront mangés sur des terres magnifiques, sur des terres agricoles et sur des zones humides qui sont bien évidemment à protéger. Je suis contre pour ce côté environnemental et j’en ai assez de cette bétonisation de la France. Le deuxième élément qui explique cet unanimisme, c’est qu’il y a 600 hectares, au centre de l’agglomération nantaise, qui pourront être récupérés avec l’ancien aéroport de Nantes pour pouvoir faire de la promotion immobilière. Vous imaginez l’énormité des plus-values que pourront faire les spéculateurs immobiliers ! Nous ne sommes pas en Corse, les Bretons ne posent pas de bombes, mais si nous étions en Corse, il y a bien longtemps qu’on aurait vu des voitures sauter ! Il y a des espaces qui sont progressivement grignotés par la spéculation immobilière sur l’agglomération nantaise de ce cher Jean-Marc Ayrault : je dis «cher» au sens de coûteux car je rappelle que plusieurs dizaines de policiers et gendarmes surveillent son domicile, où il n’est pas, et que d’autres dizaines surveillent sa résidence secondaire dans le Golfe du Morbihan. Cela nous coûte beaucoup d’argent, mais comme c’est l’argent des contribuables, il s’en contrefiche ! On nous dit que la facture sera de 560 millions d’euros, c’est la troisième raison, je dis clairement que lorsque l’on aura facturé toutes les voies d’accès et les surcoûts, in fine, ce sera un projet qui coûtera 2 milliards d’euros aux contribuables. On présente toujours un devis pas cher et ensuite on avance les surcoûts ! Y a-t-il un impératif pour construire Notre-Dame-des-Landes parce que l’aéroport de Nantes est saturé ? L’aéroport de Nantes peut être restructuré légèrement, mieux opéré et finalement servir à 2 ou 3 millions de passagers supplémentaires. Il n’est pas dangereux et il est tout à fait opérationnel. En plus, il faut regarder l’impératif d’aménagement du territoire. Il dessert la Vendée et le nord des Deux-Sèvres. Notre-Dame-des-Landes va gêner les Nantais et cela va forcer les vendéens et les deux-sévriens à traverser l’agglomération nantaise pour éventuellement prendre l’avion, ce qui nécessitera une heure à deux heures supplémentaires. Pour eux, il sera aussi facile d’aller prendre l’avion à Paris… L’aménagement du territoire n’est pas une réponse à ce projet. Toutes ces manipulations d’argent en raison de la spéculation immobilière font vomir toute personne honnête, et sur l’environnement nous ne sommes pas du tout dans le paquet.
Sur la presqu’île, les commerçants et hôteliers pensent que cela amènera un peu plus de monde. Il y a beaucoup d’espoir chez les petits entrepreneurs autour de cet aéroport. Que leur dites-vous ?
Pendant le chantier, peut-être, mais une agriculture durable, ce sont aussi des emplois et ces emplois seront supprimés. Il ne faut pas oublier que sur les 15 à 20 000 hectares qui seront concernés par cet aménagement, beaucoup de gens seront perturbés. Il y a de la hausse de valeur pour certains et de la baisse de valeur pour d’autres. A La Baule, vous serez théoriquement plus proches de l’aéroport, puisque vous n’aurez pas à traverser l’agglomération nantaise. Mais est-ce que les hôteliers de La Baule peuvent s’imaginer que les passagers n’iront pas dans un Formule 1, un Etap ou un Novotel construit sur la zone aéroportuaire pour aller dormir ? C’est se bercer d’illusions de penser qu’ils viendront dormir à La Baule ! Personne ne profitera de cet aéroport à La Baule… Bien au contraire, il y aura la pollution sonore et visuelle, avec des avions au-dessus de la baie ! Mais personne ne va dire cela, puisque les enjeux sont énormes. Il ne faut pas oublier qui préside le groupe Vinci, attributaire de ce marché : c’est un ancien commissaire européen et ancien conseiller régional UMP. Cet homme de l’UMP soutient le projet puisque ses anciens camarades sont des élus UMP sur le terrain. Il ne faut jamais oublier que les grandes affaires s’entendent très bien avec les grands partis politiques. Je ne suis pas en accord perpétuel avec les Verts, mais sur ce point-là ils ont raison. Ma position est environnementale et économique, c’est une facture minimum de 2 milliards d’euros et dans les temps de disette budgétaire que nous connaissons, c’est inacceptable.
Mais Pourquoi le parti socialiste et l’UMP sont-ils main dans la main pour nous expliquer que cet aéroport sera fantastique pour tout le monde et que ceux qui sont contre n’ont rien compris ?
C’est la corrosion, la force des habitudes, la vieillerie, les élus qui sont pour ne sont pas de quatrième jeunesse... Ce ne sont pas les perdreaux de l’année, ils voient une très grande entreprise, Vinci, leur promettre de mettre en place un certain nombre d’emplois. Ce sont des gens qui sont dans leurs vieilles grandes habitudes, ils considèrent que l’État a toujours raison et qu’il faut absolument soutenir l’économie par des investissements publics, mais on en crève ! L’investissement public, c’est de la dette supplémentaire, cette dette porte un intérêt et ce sont les générations à venir qui vont subir cela. A la limite, que l’on supprime une zone humide, pourquoi pas, il y en a d’autres à côté. Mais dans la réalité, outre les dégâts environnementaux colossaux, il y aura des dégâts économiques à répétition !
Selon vous, François Hollande n’a plus d’autre choix que de faire marche arrière. Qu’est-ce qui vous incite à penser cela, alors que c’est quand même le projet de Jean-Marc Ayrault ? Comment le gouvernement peut-il reculer en gardant la tête haute ?
Nous sommes dans une impasse, une impasse qui peut dégénérer de façon ultra violente car les opposants ne sont pas non plus les perdreaux de l’année… Quand on prend à un agriculteur la terre de ses ancêtres, dans cet Ouest de la France en partie chouan, on n’a pas seulement les Verts parisiens, mais aussi des gens qui développent un instinct normal de conservation de leur environnement multiséculaire. Ils ne se laisseront pas faire. Je crois que la violence qui est déjà sur le terrain ne peut malheureusement qu’augmenter et on peut avoir des dérapages. Je déplore les blessés chez les gendarmes et les CRS, mais il peut y avoir des morts. Le gouvernement va se retrouver coincé. Lors de sa conférence de presse, où peu de choses ont été dites, le président de la République a été questionné sur le gaz de schiste et, au grand effroi de ses alliés Verts, il a dit que ce qui était interdit est interdit, mais qu’il n’était pas hostile à ce que l’on fasse des choses qui ne soient pas interdites ! Cela veut dire que le dossier du gaz et du pétrole de schiste va être rouvert en France pour faire de l’exploration sans utiliser la technique de fracturation hydraulique. Comme les couleuvres ne peuvent pas se manger en couple - cela se mange une par une en politique - le gaz de schiste étant une grosse couleuvre, on va donner le boa de l’aéroport Notre-Dame des Landes aux écologistes, quitte à indemniser Vinci de quelques dizaines de millions d’euros. Ils s’en fichent, puisque ce n’est pas de leur poche… Cela coûterait 40 ou 50 millions d’euros, mais cela coûterait 2 milliards d’euros de continuer ! Quant à Monsieur Ayrault qui fait un voyage d’une journée à Berlin pour être reçu pendant vingt minutes par Madame Merkel, il n’est pas à une couleuvre près, puisqu’il vient d’avaler une couleuvre berlinoise… Ce village est magnifique, il porte le nom de la Sainte Vierge protectrice du royaume de France depuis le vœu de Louis XIII. Notre-Dame de là-haut aime sa Bretagne et elle ne tolérera pas que nos magnifiques paysages soient défigurés.
 

lundi 19 novembre 2012

NDDL : reportage Hervé Kempf

Le site reporterre est à consulter régulièrement ... plein d'articles plus intéressants les uns que les autres ...

http://www.reporterre.net/spip.php?article3490

Ci-dessous un reportage d'Hervé Kempf retraçant ce qu'il a vu et entendu vendredi et samedi, sur place, à Notre Dame des Landes.


Ecologie

Un reporter à Notre Dame des Landes



Hervé Kempf (Reporterre) - 18 novembre 2012


Samedi 17 novembre
Ca prend un temps fou, d’écrire ces reportages. Et donc, on a beau se lever dans les cinq heures, ce n’est qu’après neuf heures que je peux quitter Nantes, en embrassant affectueusement les proches qui m’ont accueilli. Route vers Héric, au nord du village de Notre Dame des Landes. Mais au rond-point de la sortie de l’autoroute Nantes-Rennes, ça commence à ralentir. Après Héric, cela roule à nouveau, et puis ralentit sérieusement à deux trois kilomètres de Notre Dame des Landes : les voitures se pressent pour venir à la manifestation.


Les tracteurs sont arrivés plus tôt le matin, mais d’autres continuent d’entrer dans le bourg.

Et ailleurs, dans des campements plus proches de la ZAD (zone à défendre), de nombreux manifestants sont là depuis la veille ou avant.

Je pose la voiture assez en amont du village, et marche vers le centre, longeant les voitures, d’autres marcheurs, les véhicules garés sur le bord, et les pavillons et maisons proprettes du bourg en expansion.


Sur la place de l’Eglise, c’est la foule. Le monde arrive peu à peu, en repérant les lieux, les visages encore un peu fermés, comme au début d’une fête quand la glace n’est pas encore brisée. Un car décharge ses occupants, un homme joue de la cornemuse (ou du biniou, ou... amis bretons, pardonnez mon ignorance), un autre est là avec son vélo couché, des punks boivent de la bière, il y a des tambours, un trombone, une dame avec un panonceau autour du cou, "Gisèle, l’amie des hirondelles", un barbu qui promène un écriteau, "Arrêtez de voter", des clowns, un gars enveloppé du drapeau breton, des amis qui se retrouvent et qui se claquent joyeusement la bise, d’autres le portable à l’oreille, il y a la queue au petit supermarché du coin, ça bruisse dans tous les coins.
Avancer vers la place de la mairie, encore plus encombrée. Onze heures - départ prévu de la manifestation - ont sonné il y a quelques minutes à la cloche de l’église, mais la marche a déjà commencé, de nombreux tracteurs étant passés devant. D’autres continuent d’arriver, chargés de matériaux de construction et de matériels divers : pneus, vélos, guitare, mais surtout des planches et panneaux de bois pour refaire les maisons.



J’interroge un de ceux qui regardent passer les tracteurs. Il mange une pomme tranquillement en écoutant, me dit-il, l’économiste Dominique Pilhon, qui passe en ce moment à France Culture, dans un débat sur“Contrôler la finance". Il est venu de Toulouse, dans un car affrété par EELV et les Amis de la Terre.
Hubert Cros est concepteur de machines industrielles spéciales, dans une optique de les faire durer longtemps et de les recycler. Passionnant, mais enfin, ce n’est pas le jour d’en parler précisément.
Question : “Pourquoi êtes-vous venus à Notre Dame des Landes ?
- Cet aéroport m’interpelle, à une époque où on va vers un déficit de matières, où les gens n’auront plus les moyens, on se demande bien si c’est le moment de prendre encore deux mille hectares de terres agricoles qui peuvent être au service des gens, pour en faire un aéroport - au service de qui ?"


ECOUTER 
Je me glisse dans la foule, et progresse sur la route étroite où marche le cortège, en direction des Ardinières. L’ambiance est bien réveillée, maintenant, et c’est un défilé multicolore et joyeux, pittoresque et amical, qui avance en chantant, en discutant, en brandissant toutes sortes de pancartes et d’affiches, entre les tracteurs qui ne sont pas en reste de couleurs, de ballons, de paroles, de musiques et de sons.
Tiens, voici Geneviève Coiffard-Grosdoy : "C’est une manifestation de ré-occupation, pas une manif’ plan-plan. On réinstalle des gens illégaux, mais légitimes. Et sur les terres qui sont protégées par l’accord qu’on a passé avec le gouvernement au terme de la grève de la faim, au printemps."
Et puis, elle a cette phrase à redire à tous les Manuel Valls de la Terre :"Ici, ce sont des terroristes qui ont les dents aussi longues que des carottes et qui cultivent des légumes"
Une charrette passe, portant un haut-parleur diffusant Radio Klaxon, la radio de la ZAD (107.7). Plus loin, un groupe, surtout des femmes, chante avec entrain Lèse-béton, des chansons d’Yves Jamait, de La Parisienne libérée. Un échantillon :
ECOUTER : 
A l’arrière d’un tracteur, cet écriteau : "... On ne lâchera pas"



Une brouette, avec des enfants dedans (bon sang, le papa a du courage, plus de dix kilomètres aller-retour) ; une dame avec un panneau, "Union des Mains Pleines et des Poches Sales" ; à l’arrière d’un tracteur, "Mobilimaison nous" ; une chèvre ; un paysan au volant d’un tracteur, son blouson porte imprimé sur le dos, "Pour un autre choix de société" ; un carton sur le chargement de paille d’un autre tracteur :"Pas besoin d’avion pour prendre l’air, la Lozère ça t’aère".



On m’interpelle, "Hervé, Hervé", ah, c’est Karima Delli, de Sauvons les riches et députée européenne EELV, juchée avec d’autres au sommet d’une charrette, toute joyeuse, et qui chante avec les autres, il y a aussi Julien Bayou, de Jeudi Noir, "Vinci dégage, on paiera pas ton péage, on reprend le bocage, ton projet est d’un autre âge"
Voici un élu de Poitiers, barbe, chapeau, écharpe tricolore, avec son vélo. Il s’appelle Robert Rochaud. Venu en vélo de Poitiers ? Quand même pas. Je lui demande si Ségolène Royal pourrait prendre position. Après tout, elle s’était déclarée pour un moratoire. Il ne sait pas. Elle ne veut pas trop sortir du bois, en ce moment. Mais pourquoi pas ? Ah, si Mme Trierweiler pouvait faire un tweet en faveur de l’aéroport... Bon, ça c’est pas gentil. Mme Royal se détermine po-li-ti-que-ment.
Et ça continue, des vélos tirés par des tracteurs, des bonnets de laine multicolores, des vieux, des jeunes - beaucoup de jeunes, on pourrait dire que ce n’est pas, "les jeunes sont dans la rue, Juppé t’es foutu"mais "les jeunes sont dans le bocage, Ayrault t’as la rage" -, des entre-les-deux, un adolescent trisomique avec sa mère - il a posé un carton"Non" sur son dos -, une chorale de filles en bleu, le papa d’Emilie-Lou avec sa fille dans les bras, une pancarte "Le verbe résister se conjugue au présent - Lucie Aubrac", ici et là des gars portent des pelles, des riverains regardent sur le pas de leur maison, des jeunes avec un poste de radio diffusant du hard-rock, un orchestre de cloches, de tambours et de caisses claires :
ECOUTER : 
Je remonte vers l’avant en marchant vite, le long de la route bordée du fossé d’écoulement des eaux et de fougères verte, notant tant bien que mal sur le carnet des bribes de discussions, tout en regardant, parfois, les prés verts striés de haies hautes que l’on traverse :
"... moi j’ai toujours voté Vert, mais aux dernières élections...
"... Ayrault, demain, il va renvoyer...
"... la multiplication des avions que seuls les riches peuvent se payer...
"... jamais vu autant de composantes dans une manif...
"... il n’y a pas d’alcool au campement...
"... et puis je vais prendre un peu de vacances...
"... des points de manipulation sur le corps...
"... plus de Nutella, plus d’huile de palme...
"... mais avant, t’avais pas trop manifesté ? - Non, mais l’eau, l’eau..."
"...."

A La Rolandière, il y a un concert : un chanteur et un guitariste qui jouent plein d’ardeur, devant des clowns qui dansent dans la boue.



ECOUTER : 
La camionnette qui tire la caravane rouge du Collectif des Ch... ? (pas noté) est en panne, les gens le font rouler en poussant. Je croise Eva Deront, de Reporterre, qui est arrivée hier, et restera ce soir - papier à lire prochainement. Et aussi, D., la camarade de Sophie, vue hier, qui prend des photos. Voici Isabelle Fremeaux et John Jordan, des Sentiers de l’utopie, sur la charrette du Black Bloc Sanitaire. Passe un masque blanc, avec une guitare ; puis Emmanuel Antoine, qui se bagarre de longue date sur l’idée que l’agriculture est source d’emplois. Une pancarte sur un vélo : "La trahison des clercs, ça suffit".
Je retrouve Adrien, qui vient de Bayonne, avec un copain, Dominique, qui vient de Toulouse, ou d’Ariège. Dominique a un vélo et une caméra. Adrien un sac à dos et un drapeau basque qui porte l’inscription "Non à la LGV, ni ici, ni ailleurs". Ils sont postés au bord de la route, et s’amusent comme des fous à compter les manifestants.



"22 802 - 22 837 - 22 840". Ca fait plaisir aux gens, préoccupés de savoir combien sont là aujourd’hui. ”22 000, c’est vrai ?". Aucune idée, à vrai dire, ce matin, les radios parlaient de plus de dix mille. De l’autre côté de la chaussée, des clowns se bagarrent, les uns dans le pré - au fond duquel on voit un troupeau de vaches qui se sont rassemblées, les unes contre les autres, le plus loin possible de la route -, ils sont les opposants, les autres sur la route sont les supporters de l’aéroport et aussi les forces de l’ordre, et ils s’envoient des mottes de terre en braillant "Non aux légumes, oui au bitume". Les mottes volent un peu partout. Pendant ce temps, "23 800, bravo !". Mais faut-il compter les chiens ? Allez, oui.



ECOUTER : 
On partage du pain et un fromage de chèvre, et puis on repart avec Adrien, en saluant Dominique. On tourne au droite, sur le chemin de Rohanne. Il y a toujours beaucoup de monde, on arrive à un grand champ. On se retrouve à discuter un bout avec Yohan et Lorane, venus de Lozère, avec un car de 48 personnes. La Lozère, le département le moins peuplé de France, a envoyé un car !



Sur le pré se monte un chapiteau, une tribune, un centre médical. Les gens occupent peu à peu l’espace, des gouttes tombent, mais la pluie attend son heure, on se pose par terre, on discute, on regarde ce qui se passe, on tombe sur des gens de connaissance. Dans le ciel, des ULM passent - Michel Tarin et ses amis, pour que les vidéastes puissent faire de l’image aérienne - à côté du dirigeable amené par Greenpeace : il rappelle à ceux qui pourraient l’oublier qu’un des enjeux fondamentaux de Notre Dame des Landes est la lutte contre le changement climatique.



Le micro s’ébroue à la tribune. "Les constructions se déroulent plus loin. La manifestation continue, il y a encore des gens aux Ardinières. On ne sait pas combien on est, mais beaucoup." Une autre voix : "Plusieurs centaines de gens contruisent. Les tracteurs déchargent le matériel."Puis : "Au Rosier, les cuisines sont mises en place et vont servir à manger. On ira dès que la route sera dégagée". On annonce les prises de parole, et que le soir, il y aura des discussions et des concerts. "Une cuve à eau va arriver. Et un bar !" La foule : "Ah !". Le micro : "Tout à l’heure, le bar. - Ooh !". Une fille à l’accent étranger, il me semble que c’est une de celles qui a fait la vidéo sur la forêt dont je vous ai parlé hier : "Un chantier de reconstruction de cabanes va aussi avoir lieu dans la forêt de Rohanne, lundi à 10 heures. Il y aura un atelier de partage de savoirs. Et le soir, une balade poétique"
Les informations se succèdent : le speaker rappelle que dans la forêt, Vinci et la préfecture prévoient d’attaquer la forêt pour la défricher.
ECOUTER : 



Mais l’heure tourne, il est près de quinze heures et je dois partir. On revient avec Adrien, qui va retrouver des amis, à contre-courant du flux qui continue - tiens, des gens portant des arbres à replanter. Une réflexion, bizarre : aujourd’hui, tout le monde est beau. Ben oui, c’est idiot, parce que ce sont des gens de tous les jours. Mais la beauté, ça n’est pas un état fatal, c’est une sorte de circonstance. Et il est bien possible que la joie d’être ensemble, le goût de la liberté, l’énergie de la résistance, il est bien possible que tout cela rende beau.



On croise Alain, de la Rolandière, heureux, simplement heureux, et puis d’autres amis, Laurence Mermet, de Bretagne, Julien Milanesi, un économiste qui avait longuement bataillé contre une autre aberration destructrice de l’environnement et de l’équilibre des comptes publics,l’autoroute A 65, Geneviève Azam, qui était au colloque Gorz et qui dit que la question de Notre Dame des Landes a traversé tout le colloque, comme une sorte de fil conducteur, Alain Dordé, des Amis de la Terre. Je quitte Adrien, qui repart vers le grand pré avec son frère Raphaël, qu’on vient de retrouver.
A la Rolandière, le concert continue, le chanteur, infatigable, chante un morceau des Doors, une pancarte explique le fond du problème - "Le rêve Ayrault tique", quelqu’un crie, "Ecartez-vous devant la marche du progrès" - enfin, ça continue, quoi...
Tiens, Ronan Dantec : "Dans la déclaration de Hollande celui-ci a pris position vendredi pour l’aéroport et dit qu’il y avait ’la force du droit’,l’important est la ’force du droit’, ce qui veut dire que l’essentiel est les recours juridiques en cours. Et on va les gagner, celui sur la loi sur l’eau est très fort."
Un homme m’aborde, avec mon carnet, je me désigne comme journaliste, et me demande si je sais combien il y a de manifestants. Ma foi, je n’en sais rien. Il parait que les médias annonçaient 30 000 hier - original, annoncer un chiffre avant l’événément... On serait entre 10 000 et 40 000. J’explique à mon interlocuteur, qui vient avec un car de l’Ariège, que s’il y a plus de dix mille, c’est très bien, et que parfois, la qualité compte autant que la quantité.
Dans le champ à côté de La Vacherie, il y a l’air de se passer quelque chose. Je passe la planche qui permet de ne pas s’embourber et... WAOW ! Des dizaines de tracteurs alignés comme à la parade, venus dire l’opposition des paysans à l’aéroport.



Impressionnant. Et il continue d’en arriver, sous les vivats de la foule, et sous l’oeil d’une caméra de l’AFP, arborant des panonceaux comme "La charge Ayrault-hic contre l’Ayrauport", "Tous unis. Occupation de la ZAD. Oui à l’aéroport actuel optimisé", ou "La terre aux paysans".



Et là, le reporter a la larme à l’oeil. Bon, un reporter n’a pas la larme à l’oeil, il n’est jamais ému par l’événement qu’il vit et qu’il observe, il n’est jamais submergé par l’émotion, il est impavide, neutre, froid comme la justice, et jamais, jamais, son coeur ne pourrait lui faire penser que cet engagement des paysans aux côtés des zadistes anarchistes et en quête d’une autre société, sans parler de tous les autres, à moins que ce ne soit l’engagement des zadistes et des autres au côté des paysans, jamais ça ne pourrait lui faire penser que c’est fort, important, et émouvant. Donc, c’est juste que le reporter n’a pas assez dormi, et d’ailleurs, depuis tout petit, il a des problème d’yeux, donc il a souvent la larme à l’oeil.
Et voici le dernier mot :




D’autres photos bien mieux foutues que celles de ce reportage, voir lenouvelobs.com
Voir aussi le récit de Zone à défendre, avec des informations et des photos sur la construction des maisons.

Vendredi 16 novembre

Passé la fin de la nuit à écrire puis direction la gare de Nantes où les parlementaires d’EELV (Europe Ecologie Les Verts) arrivent en train de Paris à 10 h. Il y a Eva Joly, Jean-Vincent Placé, Yves Cochet, Noël Mamère, Yannick Jadot, et d’autres qui arrivent en papotant, avec des militants, des journalistes.
Petit attroupement, retrouvaiilles avec les gens d’ici - le député Jean-François de Rugy, par exemple -, et ce petit monde embarque dans un car pour la commune de Grand-Champs, à quelques 6 km à l’est de Notre Dame des Landes.
Il s’agit d’aller "ouvrir" une maison achetée par Vinci dans la "zone de bruit" de l’éventuel aéroport. Près de 700 maisons sont situées dans cette zone, assez peu pour l’instant ont été achetées. L’opération a été montée depuis trois semaines, quand EELV s’est rendu compte qu’ils ne pouvaient plus rester silencieux sur Notre Dame des Landes. José Bové a pris l’initiative avec ses amis de l’Acipa, dont plusieurs sont des paysans de la Confédération paysanne. L’idée originelle était d’installer une famille sans logis. Mais cela s’est révélé trop difficile à réaliser rapidement, et l’opération se limite donc à l’ouverture de la maison.
Elle a été préparée dans la discrétion, notamment sur le lieu exact, afin de ne pas se trouver devant un cordon de policiers. Les habitants de la ZAD n’ont pas non plus informés à l’avance. Les journalistes ont été avertis une semaine auparavant, sans précision de lieu, qui est situé à La Grande Haie, sur la commune de Grandchamps.
Bové était là depuis la veille, afin de préparer l’action. Il est venu le matin tôt, hors photographes, notamment pour ouvrir une fenêtre derrière le pavillon, à la fois pour s’assurer qu’il n’y avait pas de difficulté inattendue et pour faciliter ensuite, de l’intérieur, l’ouverture en façade.



Peu après onze heures, le car arrive, la foule descend, on se dirige au bout d’un chemin goudronné vers le pavillon triste clôturé par des haies grillagées ou de résineux.
Une barre de béton bloque l’accès au terrain, un tracteur a été amené pour la déplacer. Tout le monde se rassemble, ça discute dans tous les coins, quelques élus de la République ont revêtu leur écharpe tricolore, les journalistes radio-téle commencent à se presser autour de tel ou tel.



Je discute avec Jean-Claude Bossard, l’ex-maire de Chesfresnes, qui s’oppose à la ligne THT Cotentin-Maine. Il m’apprend que Martine Leroy, l’agricultrice qui campe dans son champ tous les jours depuis l’été parce qu’elle refuse les propositions de RTE (Réseau de transport d’électricité), continue son occupation : elle a installé une caravane.
Voici Ronan Dantec, sénateur du département. Il est optimiste sur le dossier juridique de l’aéroport, qu’il connait bien. Selon lui, il y a un moratoire de fait, puisque la commission d’enquête publique sur l’eau a émis en octobre des réserves, sur l’expertise des mesures compensatoires et sur les conventions avec les agriculteurs concernées par ces mesures. Elles sont obligatoires, c’est-à-dire qu’il faut les satisfaire pour commencer les travaux. Et cela prendra du temps.
Oui, mais cela empêche-t-il le début du chantier du barreau routier ? Celui-ci est une autoroute d’une dizaine de kilomètres qui relierait les deux axes Nantes-Rennes et Nantes-Vannes, et qui fracturerait le bocage, en limite sud de la zone à défendre. "Oui, le travail sur le barreau routier reste possible".
Dantec dit aussi que la vraie raison de l’aéroport, pour Ayrault, est le plan d’exposition au bruit de l’aéroport actuel. Ce plan pouvait empêcher l’extension urbaine. Et donc on a lancé le projet de Notre Dame des Landes. Mais les prévisions de trafic envisagées par le plan ne se sont pas réalisées. Et d’autre part, souligne le sénateur, "il y a une alternative : il y a huit aéroports dans l’ouest, on pourrait les mettre en réseau pour que les vols-vacances [les low cost] partent ailleurs que de Nantes, par exemple d’Angers". Celui-ci est en effet très peu fréquenté.
11 h 20. Le tracteur déplace la barre, la troupe avance dans le désordre vers le pavillon, et peu après, l’ouverture se déroule dans la bonne humeur. La grande plaque de ferraille est enlevée.



Un haut-parleur a été installé, et José Bové fait un petit discours de bonne tenue : "Nous appelons à cette mobilisation en tant qu’élus de la nation, pour dire que ce qui se passe à Notre Dame des Landes est inacceptable. C’est un projet inutile, qui gaspille l’argent public, qui n’a pas de sens économique, qui détruit l’environnement. Le premier ministre s’entête malgré tous les appels et toutes les discussions à vouloir maintenir ce projet contre vents et marées.
En tant qu’élus, nous ne pouvons plus rester simplement à manifester, à faire des discours. Nous devons poser un acte. Et cet acte, c’est un acte fort, qui va être considéré par M. Ayrault comme un acte illégal, puisque nous allons ouvrir une maison fermée. Nous sommes au début de l’hiver, des milliers de personnes n’ont pas de logement. Or aujourd’hui, l’Etat et Vinci laissent des maisons fermées. Nous ne pouvons pas laisser faire cela.Nous avons bien pesé les conséquences de notre action. Elle est illégale, contraire à la loi, mais elle est légitime. Un acte légitime dans l’intérêt général, dans l’intérêt des plus démunis."
A ECOUTER : 



Vingt-trois parlementaires sont là, et aussi deux anciens des Verts, Martine Billard, du Parti de Gauche, et Jean-Luc Bennhamias, du Modem. Tout le monde pénètre dans le pavillon, qui est encore en fort bon état. Et les politiques parlent aux divers micros qui se tendent.
Noël Mamère : "C’est parce que nous sommes au gouvernement et dans la majorité que l’action d’aujourd’hui prend autant d’ampleur."
Jean-Vincent Placé : "J’ai l’habitude de calibrer mes propos. Je pensais que Jean-Marc Ayrault avait une vision écologique. Elle n’est pas au rendez-vous".
Et une remarque de Jean-Luc Bennhamias : "Que doit l’Etat à Vinci s’il se désiste ?" Bonne question.
Des tréteaux ont été préparés, salade de carottes et saucisson.
Tiens, voici Geneviève Coiffard-Grosdoy, une de ces activistes tenaces et courageux sans qui la lutte de Notre Dame des Landes n’aurait pas pris son envergure. Comme beaucoup d’autres historiques, elle est restée au côté des zadistes lors des interventions policières - et a été blessée par des gendarmes.
Elle raconte l’histoire :




Je pars. Zut, la voiture de location est éraflée. Direction La Vacherie, où je dois retrouver Dominique Fresneau, le co-président de l’Acipa.
La Vacherie bruisse d’activités. Le grand hangar est empli de tas de vêtements, d’empilements de bottes, de divers matériels, une cuisine prépare un repas, des gens discutent, un type joue sur un clavier, des chiens passent, une réunion se déroule dans la pièce qui jouxte le hangar, on passe en transportant des objets, un petit groupe arrive, un bébé dans les bras et sac à dos, on l’accueille en lui montrant l’autre hangar où dormir, dans la cour derrière, encore boueuse, des gens travaillent entre des cars et autres camions pas vraiment neufs.
Je ne prend pas de photo, pas le temps de négocier l’accord.
Dominique Fresneau est arrivé et on discute avec "Chopi", qui a soixante ans, la barbe et les cheveux en broussailles, un pipeau à la main. Il évoque sa jeunesse autour de Wissous, au sud de Paris, quand il marchait dans les chemins avant qu’il y ait l’aéroport d’Orly et que la ville ne dévore les herbes et les arbres. Il a des petits-enfants, explique qu’il a toujours refusé le salariat, évoque les journalistes, et, à propos de l’Acipa, dit qu’"il faut voir ce qui nous rassemble plus que ce qui nous oppose".
On va discuter avec Dominique Fresneau dans la maison de son père, Alphonse, qui est à deux pas. Il raconte la résistance depuis le 16 octobre, et les relations difficiles entre les historiques et les zadistes.
"La résistance est venue du terrain, les zadistes, nous, on n’avait pas les moyens : les paysans tiennent les terres, les élevages, mais ils ne sont pas assez nombreux.
Les premiers jours, on se disait, ’on va tenter de les freiner’, et puis c’est devenu, ’on résiste’. Ca a été la guerre : une nuit, il y a eu 250 grenades sur le Sabot. Il y a eu une grande solidarité, instantanée. La radio Klaxon, qui a piraté la fréquence des autoroutes de Vinci, 107.7, était très utile pour passer les messages et dire ce qui se passait ici et là."
La manifestation du 17 novembre était envisagée de longue date par les zadistes, qui savaient qu’un jour ou l’autre, ils seraient expulsés et que la réoccupation devait être envisagée. "Ils ont fait cette proposition il y a près de huit mois à la coordination. On leur a dit qu’on était très pris, qu’on ne pouvait pas s’en occuper. Mais on sait mobiliser, ce type d’action, on sait faire". Et de fait, décision et organisation se sont enchainées efficacement.
Les débats sont vifs, cependant, sur la question de la présence des partis politiques en tant que tels à la manifestation. Ils ont lieu en assemblée générale, à Nantes, et plusieurs membres de l’Acipa y participent, même s’ils sont en petit nombre. A la dernière, Fresneau a bloqué - par le geste des bras croisés levés devant soi, qui signifie un désaccord fondamental. Dans une assemblée générale qui fonctionne selon le mode de consensus, cela oblige à reprendre la question. "Je leur ai dit, ’vous allez exclure EELV, puis les autres partis, puis l’Acipa, et puis vous serez cinquante...’". Avec un autre argument, incontournable, qui est que la mobilisation de soutien dans le pays est très largement lancée par les militants d’EELV.
Et l’avenir, comment le voyez-vous ?
ITV à écouter : 



Retour à La Rolandière, où je retrouve "Sophie". Elle doit venir me montrer divers lieux sur la ZAD. Elle grignote tranquillement dans le camion, avec son compagnon et Emilie-Lou. Il fait beau, aujourd’hui, le trampoline a été sorti.
On part vers les Fosses noires, une maison "légale" où Elisabeth, sage-femme, et son mari, régisseur de théâtre, ont accueilli de nombreux zadistes expulsés. Ils ont bousculé leur vie, vidant hangar, écurie et grenier pour qu’ils deviennent dortoir, salle d’habitation, boulangerie et centre médical. Pour faire de la place, ils ont brûlé des archives qui s’amassaient dans l’écurie.
Maison et dépendances logent maintenant une trentaine de personnes. Dans l’écurie sont stockés les légumes qui ont pu être sauvés du Sabot, une maison détruite où il y avait de grands jardins potagers. Et la jument est ailleurs - enfin, elle va peut-être revenir un moment, selon cette affiche :



"Ce qui se passe ici, c’est magnifique", dit Elisabeth.
Tout le monde est en pleine activité, entre des portes à fabriquer pour clore le hangar, des accueils à préparer, des vélos à réparer - une association de Redon a envoyé vingt-cinq vélos il y a quelques jours. Sophie dit qu’avant l’expulsion, tout le monde circulait en vélo. Et ces vélos aussi ont été pris ou détruits : "Ils veulent nous enlever tout ce qui nous rend autonomes".
Je discute avec Paul et Michael, qui préparent le pain, dans le four de Damien. Le four était au Sabot, et a aussi été déménagé quand on a su que la police interviendrait. Habituellement, on fait cent kg de pain par jour. Mais aujourd’hui, pour la manif de demain, on met les bouchées doubles : plus de 300 kg. La journée sera longue : de 5 h à 23 h. Des paysans boulangers des alentours préparent de leur côté 300 kg.
"Pourquoi c’est important de faire du pain ?"
Réponse à écouter : 



On repart avec Sophie qui, pendant ce temps, m’a trouvé des bottes. Ce qui n’est pas inutile pour parcourir les chemins boueux qui mènent au Rosier, une autre maison où se prépare la résistance : elle est en effet, légalement, expulsable depuis le 15 novembre. On reprend les routes droites qui parcourent le bocage, et où les voitures sont de plus en plus nombreuses à se garer sur les bords.
L’auto s’engage dans une étroite route goudronnée, mais on ne peut pas aller loin. Un camion manoeuvre, et après, il y a un barrage. On se gare dans un petit bois où est installée une cabane dans les arbres. Un camion ? Oui, chargé de matériaux de construction. Il s’agit d’une manifestation de "réoccupation", vous n’avez pas oublié ? Le conducteur ne veut pas que je photographie l’engin.
On marche quelques centaines de mètres en discutant, passant deux trois barrages, dont l’un parait solidement construit (pas celui de la photo ci-dessous). Des paysans ont apporté des balles de foin enveloppés de grillage.



Beaucoup de monde sur la route, de l’activité, renforcement des barrages et apport de nourriture et de matériel au Rosier, qui sera un camp d’hébergement pour ceux qui viennent pour la manifestation. On croise José Bové qui revient de la ferme. Petite discussion amicale avec Sophie sur... la présence d’EELV. Bové rappelle qu’il y a beaucoup de paysans qui aident les zadistes.
Au fait, pour les journalistes, une pancarte à côté du premier barrage :



On arrive à la ferme, assez massive, et sur le toit de laquelle une grande banderole est déployée : "SABOCAGE". Des repas se préparent, des gens vont et viennent, un atelier prépare les drapeaux :



Trois paysans sont là, avec leur tracteur. Ils vivent à une dizaine de kilomètres d’ici, sont venus aider, participeront à la résistance : "Nous aussi, on occupe. Il faut que le monde paysan se réveille", dit Christophe.
Il faut rentrer, Sophie a une réunion à 17 h, une camarade, D., nous accompagne. Sur la route, le barrage a encore progressé. On découpe le goudron à la scie circulaire, pour faire une tranchée :
Scie à écouter : 

Plus loin, plus mélodieux, un petit boeuf s’improvise sur la chaussée :
A écouter : 

Avec Sophie, on parle de la presse et des médias. Je lui explique comment ça fonctionne. Pas impossible que je lui expose les thèses à ce propos exposées dans L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie. Je les dépose à La Rolandière. Une "buvette" se prépare. "Tu peux passer, tout à l’heure, si tu veux - Merci bien. Peut-être. A la prochaine."
La brume commence à tomber, avec le soir. Vais à Notre Dame des Landes, passer au local de la coordination. Pas le courage de rester à la réunion du Cedepa (Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport), ni de revenir au pot de La Rolandière. Près de la voiture, voilà un homme sur un vélo, une casquette bleue sur la tête. "Vous avez été voir les singes, les sauvages, hein". Une façon d’engager la conversation. Il me parle des squatteurs anti-tout, de la majorité des Landais (habitants de Notre Dame des Landes) qui n’osent pas dire ce qu’ils pensent, se déclare écologiste par nature, mais pas des extrêmes, assure qu’il est neutre à propos de l’aéroport, que le ralentisseur devant chez lui - il vit ici depuis 69 ans - le dérange plus que l’aéroport, qu’il est un gueulard et qu’il dit ce qu’il ne faut pas.
Veut-il m’indiquer son nom ? "Non, j’ai le courage de mes opinions, mais je reste anonyme".
Retour sur les routes embrumées vers Nantes.


Source : Reporterre
Consulter par ailleurs : Dossier Notre Dame des Landes

Yourtes de Bussière-Boffy : DDT et procureur s'acharnent


De : yourtesbussière <yourtesbussiere@yahoo.fr>
Date : 15 novembre 2012 22:44
Objet : Procès des yourtes de Bussière-Boffy : jugement rendu le 11 décembre
À : Les yourtes de Bussière-Boffy <yourtesbussiere@yahoo.fr>



Procès des yourtes de Bussière-Boffy : jugement le 11 décembre

Lors du procès au tribunal correctionnel de Limoges, le 13 novembre 2012, il a été question durant 4 heures d'urbanisme et d'assainissement, de conformité et de vide juridique.
La défense a donné tous les moyens juridiques nécessaires au juge pour une relaxe, mais les représentants de l'Etat (DDT et Procureur) sont restés de marbre, niant la régularisation des yourtes en 2009.

Les réquisitions du Procureur de la République sont :

Démontage des yourtes, dans un délai de 4 mois
800€ d'amende avec sursis pour chacun des 7 prévénus
15 euros d'astreinte par jour si non démontage

Le jugement a été mis en délibéré au 11 décembre prochain.


***********************************************
Pour empêcher l'expulsion des 3 familles, continuez à nous soutenir en
partageant l'info, en envoyant au Président de la République une
lettre téléchargeable sur notre blog

http://yourtesbussiere-boffy.info/

en signant la pétition (voir le billet du 22 octobre 2012).

Et pour manifester votre volonté de voir possible un jour prochain un accès aux terres laissées en friche et à l'abandon, à des gens qui ne peuvent acheter des terrains constructibles, mais qui, avec peu de moyens, voudraient re-stimuler la biodiversité, réorienter et prendre en main leur vie autrement avec

- l'habitat choisi et l'auto-construction organique
- l'autonomie énergétique (éolienne, solaire)
- les toilettes sèches et le traitement autonome des eaux usées par bassin de phyto-épuration
- une autonomie alimentaire de base

Et pour croire ensemble à un nouveau monde qui prendrait soin de tous.

JUGEMENT DANS UN MOIS, MAIS L'HISTOIRE N'EST PAS FINIE, parce que nous aimons notre Terre et que nous avons le devoir d'en prendre soin.

Aujourd'hui, l'humanité se trouve face à la question de sa propre survivance et la culture occidentale n'a pas de réponses vitales à apporter à sa jeunesse. C'est pour cela que notre cause est profondément juste.

Virginie Despentes fait sa fête à Lionel Jospin et à tous les tenants des 'il faut un papa et une maman aux petits enfants'

Virginie Despentes ne mâche pas ses mots et c'est un grand plaisir que de la lire

"J'ai envie de vivre dans un pays où on ne laisse pas les Jospin faire le tri de qui accède à l'humanité et de qui doit rester dans la honte."


http://www.tetu.com/actualites/france/virginie-despentes-repond-a-lionel-jospin-et-aux-anti-mariage-pour-tous-22503#.UKETitMAOHM.facebook


Virginie Despentes répond à Lionel Jospin et aux anti-mariage pour tous

Par Rédaction lundi 12 novembre 2012, à 15h58 
TRIBUNE. Vendredi dernier, l'ancien Premier ministre réaffirmait ses réserves sur l’ouverture du mariage aux homos. L'écrivaine Virginie Despentes revient sur son argumentaire, et sur celui des anti-mariage pour tous.
Invité vendredi dernier sur le plateau du Grand Journal de Canal+, Lionel Jospin est revenu sur ses réserves sur l'ouverture du mariage aux couples homos. «C'est la position de mon parti, et donc je la respecte, a commenté l'ancien Premier ministre. Ce n'était pas la mienne au départ. Ce que je pense c'est que l'idée fondamentale doit rester, pour le mariage, pour les couples et pour la vie en général, que l'humanité est structurée entre hommes et femmes.» L'écrivaine Virginie Despentes a choisi de lui répondre dans une tribune que publie TÊTU.com. 

«Alors, cette semaine, c'est Lionel Jospin qui s'y colle. Il trouve qu'on n'entend pas assez de conneries comme ça, sur le mariage gay, il y va de son solo perso. Tranquille, hein, c'est sans homophobie. Il n'a pas dit qu'on avait le droit de casser du pédé ou de pourrir la vie des bébés gouines au lycée, non, juste, il tenait à signaler: attention, avec le mariage, on pousse mémé dans les orties. «L'humanité est structurée sur le rapport hommes femmes.» Juste, sans homophobie: les gouines et les pédés ne font pas vraiment partie de l'humanité. Ils ne sont pourtant pas stériles - mais comme ils ne vivent pas en couple, ce n'est pas de l'humain pur jus, pas de l'humain-humain comme l'est monsieur Jospin. Ce n'est pas super délicat pour les célibataires et les gens sans enfants, son truc, mais Jospin est comme ça: il a une idée forte de ce qu'est l'humanité, et l'humanité, c'est les femmes et les hommes qui vivent ensemble, copulent et produisent des enfants pour la patrie. C'est dommage pour les femmes, vu que, in fine, cette humanité là, c'est l'histoire de comment elles en ont pris plein la gueule pendant des millénaires, mais c'est l'humanité, que veux tu, on la changera pas. Et il faut bien l'admettre: il y a d'une part la grande humanité, qui peut prétendre aux institutions, et de l'autre, une caste moins noble, moins humaine. Celle qui devrait s'estimer heureuse de ne pas être persécutée, qu'elle ne vienne pas, en plus, réclamer des droits à l'état. Mais c'est dit sans animosité, hein, sans homophobie, juste: l'humanité, certains d'entre nous en font moins partie que d'autre. Proust, Genet, Leduc, Wittig, au hasard: moins humains que des hétéros. Donc, selon Lionel Jospin, il faut que je comprenne, et que je n'aille pas mal le prendre: depuis que je ne suce plus de bite, je compte moins. Je ne devrais plus réclamer les mêmes droits. C'est quasiment une question de bon sens.

Mais c'est dit sans homophobie, c'est ça qui est bien. Comme tous les hétéros qui ont quelque chose à dire contre le mariage gay. C'est davantage le bon sens que l'homophobie qui les pousse à s'exprimer. Dans ce débat, personne n'est homophobe. Ils sont juste contre l'égalité des droits. Et dans la bouche de Jospin on comprend bien: non seulement contre l'égalité des droits entre homos et hétéros, mais aussi contre l'égalité des droits entre femmes et hommes. Parce qu'on est bien d'accord que tant qu'on restera cramponnés à ces catégories là, on ne sera jamais égaux.

Je m'étais déjà dit que je ne me voyais pas «femme» comme le sont les «femmes» qui couchent gratos avec des mecs comme lui, mais jusqu'à cette déclaration, je n'avais pas encore pensé à ne plus me définir comme faisant partie de l'humanité. Ça va me prendre un moment avant de m'y faire. C'est parce que je suis devenue lesbienne trop tard, probablement. Je ne suis pas encore habituée à ce qu'on me remette à ma place toutes les cinq minutes. Ma nouvelle place, celle des tolérés.

Au départ, cette histoire de mariage, j'en avais moitié rien à faire - mais à force de les entendre, tous, sans homophobie, nous rappeler qu'on ne vaut pas ce que vaut un hétéro, ça commence à m'intéresser.

Je ne sais pas ce que Lionel Jospin entend par l'humanité. Il n'y a pas si longtemps, une femme qui tombait enceinte hors mariage était une paria. Si elle tombait enceinte d'un homme marié à une autre, au nom de la dignité humaine on lui faisait vivre l'enfer sur terre. On pouvait même envisager de la brûler comme sorcière. On en a fait monter sur le bûcher pour moins que ça. On pouvait la chasser du village à coups de pierre. L'enfant était un batard, un moins que rien. Bon, quelques décennies plus tard, on ne trouve plus rien à y redire. Est-on devenus moins humains pour autant, selon Lionel Jospin? L'humanité y a t-elle perdu tant que ça? A quel moment de l'évolution doit on bloquer le curseur de la tolérance?

Jospin, comme beaucoup d'opposants au mariage gay, est un homme divorcé. Comme Copé, Le Pen, Sarkozy, Dati et tuti quanti. Cet arrangement avec le serment du mariage fait partie des évolutions heureuses. Les enfants de divorcés se fadent des beaux parents par pelletées, alors chez eux ce n'est plus un papa et une maman, c'est tout de suite la collectivité. On sait que les hétérosexuels divorcent plus facilement qu'ils ne changent de voiture. On sait que l'adultère est un sport courant (qu'on lise sur internet les commentaires d'hétéros après la démission de Petraeus pour avoir trompé sa femme et on comprendra l'importance de la monogamie en hétérosexualité - ils n'y croient pas une seule seconde, on trompe comme on respire, et on trouve inadmissible que qui que ce soit s'en mêle) et on sait d'expérience qu'ils ne pensent pas que faire des enfants hors mariage soit un problème. Ils peuvent même faire des enfants hors mariage, tout en étant mariés, et tout le monde trouve ça formidable. Très bien. Moi je suis pour tout ce qui est punk rock, alors cette idée d'une immense partouze à l'amiable, franchement, je trouve ça super seyant. Mais pourquoi tant de souplesse morale quand ce sont les hétéros qui se torchent le cul avec le serment du mariage, et cette rigidité indignée quand il s'agit des homosexuels? On salirait l'institution? On la dévoierait? Mais les gars, même en y mettant tout le destroy du monde, on ne la dévoiera jamais d'avantage que ce que vous avez déjà fait, c'est perdu d'avance... dans l'état où on le trouve, le mariage, ce qui est exceptionnel c'est qu'on accepte de s'en servir. Le Vatican brandit la polygamie - comme quoi les gouines et les bougnoules, un seul sac fera bien l'affaire, mais c'est ni raciste ni homophobe, soyons subtils, n'empêche qu'on sait que les filles voilées non plus ne font pas partie de l'humanité telle que la conçoit cette gauche là, mais passons - ne vous en faites pas pour la polygamie: vous y êtes déjà. Quand un bonhomme paye trois pensions alimentaires, c'est quoi, sinon une forme de polygamie? Que les cathos s'occupent d'excommunier tous ceux qui ne respectent pas l'institution, qu'ils s'occupent des comportements des mariés à l'église, ça les occupera tellement d'y mettre un peu d'ordre qu'ils n'auront plus de temps à perdre avec des couples qui demandent le mariage devant le maire.

Et c'est pareil, pour les enfants, ne vous en faites pas pour ça: on ne pourra pas se comporter plus vilainement que vous ne le faites. Etre des parents plus sordides, plus inattentifs, plus égoïstes, plus j'm'enfoutistes, plus névrosés et toxiques - impossible. Tranquillisez vous avec tout ça. Le pire, vous vous en occupez déjà très bien.

Tout ça, sans compter que l'humanité en subit d'autres, des outrages, autrement plus graves, en ce moment, les gouines et les pédés n'y sont pour rien, je trouve Lionel Jospin mal organisé dans ses priorités de crispation. Il y a, en 2012, des atteintes à la morale autrement plus brutales et difficiles à admettre que l'idée que deux femmes veulent se marier entre elles. Qu'est-ce que ça peut faire? Je sais, je comprends, ça gêne l'oppresseur quand deux chiennes oublient le collier, ça gêne pour les maintenir sous le joug de l'hétérosexualité, c'est ennuyeux, on les tient moins bien. Parfois la victime n'a pas envie de se laisser faire en remerciant son bourreau, je pensais qu'une formation socialiste permettrait de le comprendre. Mais non, certaines formations socialistes amènent à diviser les êtres humains en deux catégories: les vrais humains, et ceux qui devraient se cacher et se taire.

J'ai l'impression qu'en tombant amoureuse d'une fille (qui, de toute façon, refuse de se reconnaître en tant que femme, mais je vais laisser ça de côté pour ne pas faire dérailler la machine à trier les humains-moins humains de Lionel Jospin) j'ai perdu une moitié de ma citoyenneté. J'ai l'impression d'être punie. Et je ne vois pas comment le comprendre autrement. Je suis punie de ne plus être une hétérote, humaine à cent pour cent. Pendant trente cinq ans, j'avais les pleins droits, maintenant je dois me contenter d'une moitié de droits. Ça me chagrine que l'Etat mette autant de temps à faire savoir à Lionel Jospin et ses amis catholiques qu'ils peuvent le penser, mais que la loi n'a pas à être de leur côté.

Si demain on m'annonce que j'ai une tumeur au cerveau et qu'en six mois ce sera plié, moi je ne dispose d'aucun contrat facile à signer avec la personne avec qui je vis depuis huit ans pour m'assurer que tout ce qui est chez nous sera à elle. Si c'est la mort qui nous sépare, tout ce qui m'appartient lui appartient, à elle. Si j'étais hétéro ce serait réglé en cinq minutes: un tour à la mairie et tout ce qui est à moi est à elle. Et vice versa. Mais je suis gouine. Donc, selon Lionel Jospin, c'est normal que ma succession soit difficile à établir. Qu'on puisse la contester. Ou qu'elle doive payer soixante pour cent d'impôts pour y toucher. Une petite taxe non homophobe, mais qu'on est les seuls à devoir payer alors qu'on vit en couple. Que n'importe qui de ma famille puisse contester son droit à gérer ce que je laisse, c'est normal, c'est le prix à payer pour la non-hétérosexualité. La personne avec qui je vis depuis huit ans est la seule personne qui sache ce que j'ai dans mon ordinateur et ce que je voudrais en faire. J'aimerais, s'il m'arrivait quelque chose, savoir qu'elle sera la personne qui gèrera ce que je laisse. Comme le font les hétéros. Monsieur Jospin, comme les autres hétéros, si demain le démon de minuit le saisit et lui retourne les sangs, peut s'assurer que n'importe quelle petite hétéro touchera sa part de l'héritage. Je veux avoir le même droit. Je veux les mêmes droits que lui et ses hétérotes, je veux exactement les mêmes. Je paye les mêmes impôts qu'un humain hétéro, j'ai les mêmes devoirs, je veux les mêmes droits - je me contre tape de savoir si Lionel Jospin et ses collègues non homophobes mais quand même conscients que la pédalerie doit avoir un prix social, m'incluent ou pas dans leur conception de l'humanité, je veux que l'Etat lui fasse savoir que je suis une humaine, au même titre que les autres. Même sans bite dans le cul. Même si je ne fournis pas de gamin à mon pays.

La question de l'héritage est centrale dans l'institution du mariage. Les sourds, les aveugles et les mal formés pendant longtemps n'ont pas pu hériter. Ils n'étaient pas assez humains. Me paraît heureux qu'on en ait fini avec ça. Les femmes non plus n'héritaient pas. Elles n'avaient pas d'âme. Leurs organes reproducteurs les empêchaient de s'occuper des affaires de la cité. Encore des Jospin dans la salle, à l'époque ils s'appelaient Proudhon. J'ai envie de vivre dans un pays où on ne laisse pas les Jospin faire le tri de qui accède à l'humanité et qui doit rester dans la honte.

Je ne vois aucun autre mot qu'homophobie pour décrire ce que je ressens d'hostilité à mon endroit, depuis quelques mois qu'a commencé ce débat. J'ai grandi hétéro, en trouvant normal d'avoir les mêmes droits que tout le monde. Je vieillis gouine, et je n'aime pas la sensation de ces vieux velus penchés sur mon cas et me déclarant «déviante». J'aimais bien pouvoir me marier et ne pas le faire. Personne n'a à scruter à la loupe avec qui je dors avec qui je vis. Je n'ai pas à me sentir punie parce que j'échappe à l'hétérosexualité.

Moi je vous fous la paix, tous, avec vos mariages pourris. Avec vos gamins qui ne fêteront plus jamais Noël en famille, avec toute la famille, parce qu'elle est pétée en deux, en quatre, en dix. Arrangez vous avec votre putain d'hétérosexualité comme ça vous chante, trouvez des connes pour vous sucer la pine en disant que c'est génial de le faire gratos avant de vous faire cracher au bassinet en pensions compensatoires. Vivez vos vies de merde comme vous l'entendez, et donnez moi les droits de vivre la mienne, comme je l'entends, avec les mêmes devoirs et les mêmes compensations que vous.

Et de la même façon, pitié, arrêtez les âneries des psys sur les enfants adoptés qui doivent pouvoir s'imaginer que leurs deux parents les ont conçus ensemble. Pour les enfants adoptés par un parent seul, c'est ignoble de vous entendre déblatérer. Mais surtout, arrêtez de croire qu'un petit Coréen ou un petit Haïtien regarde ses deux parents caucasiens en imaginant qu'il est sorti de leurs ventres. Il est adopté, ça se passe bien ou ça se passe mal mais il sait très bien qu'il n'est pas l'enfant de ce couple. Arrêtez de nous bassiner avec le modèle père et mère quand on sait que la plupart des enfants grandissent autrement, et que ça a toujours été comme ça. Quand les dirigeants déclarent une guerre, ils se foutent de savoir qu'ils préparent une génération d'orphelins de pères. Arrêtez de vous raconter des histoires comme quoi l'hétérosexualité à l'occidentale est la seule façon de vivre ensemble, que c'est la seule façon de faire partie de l'humanité. Vous grimpez sur le dos des gouines et des pédés pour chanter vos louanges. Il n'y a pas de quoi, et on n'est pas là pour ça. Vos vies dans l'ensemble sont plutôt merdiques, vos vies amoureuses sont plutôt calamiteuses, arrêtez de croire que ça ne se voit pas. Laissez les gouines et les pédés gérer leurs vies comme ils l'entendent. Personne n'a envie de prendre modèle sur vous. Occupez-vous plutôt de construire plus d'abris pour les sdf que de prisons, ça, ça changera la vie de tout le monde. Dormir sur un carton et ne pas savoir où aller pisser n'est pas un choix de vie, c'est une terreur politique, je m'étonne de ce que le mariage vous obnubile autant, que ce soit chez Jospin ou au Vatican, alors que la misère vous paraît à ce point supportable.»
Photo: DR.

dimanche 18 novembre 2012

NDDL : vidéo réjouissante


Opération Astérix ou comment les manifestants ont ré occupé la ZAD ce samedi 17 novembre

Regardez cette vidéo qui met du baume au cœur ... l'union fait la force !

http://www.rennestv.fr/catalogue/web-tv/notre-dame-des-landes-operation-asterix-les-manifestants-reoccupent-la-zad.html



(Photo trouvée sur le Net)