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dimanche 10 novembre 2024

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samedi 9 novembre 2024

Antilles : Anatomie d’une crise

 

Antilles : 

Anatomie d’une crise

 

28 octobre 2024
Paru dans lundimatin#449

Mireille Pierre-Louis


« Ce monde a un goût de cendres »
Monchoachi, l’Espère-Geste.

 

Une crise de « la vie chère » ?

2009 a ouvert un cycle de révoltes populaires dans les DOM qui, faute de réponses de l’Etat iront crescendo aux Antilles, prêtes à s’embraser à la moindre étincelle ces dernières années : destruction de statues, empoisonnement au Chlordécone, obligation vaccinale, affaire Pinto et « vie chère » aujourd’hui.

Par conséquent, traiter la crise sociale actuelle en Martinique uniquement sous le prisme de la « vie chère », et qui plus est, en agissant sur les « prix » alors que ce phénomène s’explique en grande part par les bas revenus, ne règlera en rien le mal profond qui ronge la Martinique, pressurée de tout temps à travers l’image séculaire du Béké et de toutes parts par un Etat en quête effrénée de ressources, en particulier dans ses anciennes colonies, pour compenser des allègements d’impôts somptuaires.

« Même prix qu’en France ! » 

Mais quelles sont donc les marges de manœuvre pour lutter contre la « vie chère » en Martinique en agissant sur les prix de l’alimentaire comme le réclame aujourd’hui le Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC) ?

Faisons donc la comparaison entre les DOM et la Corse, un territoire insulaire, situé à 150 km des côtes françaises, où il n’existe pas de taxe locale à l’import. Selon l’INSEE, en 2022, comparativement à la France, les prix sont en moyenne plus élevés de 7% en Corse et de 14% pour les produits alimentaires [1]. Difficile pour la Martinique de faire mieux que la Corse (!).

Selon l’INSEE, les écarts de prix entre les DOM et la France, varient de 9% à la Réunion (où le fret est moins cher) à 16% en Guadeloupe. S’agissant de l’alimentaire, les écarts se resserrent, ils deviennent de 37% à la Réunion contre 42% en Guadeloupe.

 


Pourquoi tant en Corse que dans les DOM, les écarts de prix dans l’alimentaire sont nettement plus élevés ? En réalité : les frais d’approche seraient, selon la haute autorité de la concurrence, plus élevés en proportion pour l’alimentaire.

En effet, la plupart des frais d’approche [2] sont calculés en volume et non pas en valeur, et les produits alimentaires ayant une faible valeur ajoutée supportent davantage ces frais. Par exemple, en raison des frais d’approche, selon une enquête de la haute autorité de la concurrence, aux Antilles « le prix de la bouteille d’eau minérale est multiplié par plus de 4, contre 1,36 pour la bouteille de champagne ».

Par conséquent, en dépit de la Pwofitasyon de la grande distribution à juguler, l’alimentaire semble le domaine où les marges de manœuvre apparaissent les plus faibles pour réduire la « vie chère » dans les DOM.

Au surplus, le tableau ci-après montre que l’alimentaire pèse moins dans le budget des ménages qu’en France.

Selon l’INSEE, « les habitudes de consommation ne sont pas les mêmes dans les DOM. Les personnes vivant dans les DOM consacrent en moyenne une plus grande partie de leur budget aux voitures neuves et à l’assurance automobile, au carburant et à la restauration rapide… Le coût des télécommunications est supérieur de 35%... ».

La demande du RPPRAC d’alignement des prix de l’alimentaire sur ceux de la France (comme le fait l’enseigne KIABI pour des vêtements bon marché), soit une baisse de 40% au final, permet certes de mobiliser le plus grand nombre autour d’une cause légitime, mais apparaît clairement irréaliste.

Comme résultats tangibles, le mouvement social a abouti à un protocole d’accord a minima (non signé par le RPPRAC) [3] ; il a mis l’accent sur la Pwofitasyon séculaire des Békés et surtout il a fragilisé l’Octroi de mer (séculaire, lui aussi) [4] présenté dans les grands médias français comme LA cause de la « vie chère » dans les DOM.

La Pwofitasyon a été abondamment décrite ces dernières années dans différents rapports commandés par l’Etat pour lutter contre la « vie chère » en vue d’ouvrir le marché des DOM à la concurrence, avec la fin des monopoles et oligopoles, au motif que la concurrence fera baisser les prix. Le RPPRAC vise aussi les monopoles et oligopoles qui ne pourront être cassés qu’avec l’arrivée de grandes entreprises extérieures. En définitive s’agira-t-il pour le mouvement social de procéder à des arbitrages entre capitalistes ? Avec quelles garanties sur la baisse des prix ? (Cf. la fin du monopole d’Air France).

Le danger de fragiliser l’Octroi de mer, avec Bercy et le Rassemblement national  en embuscade

Après l’initiative malheureuse de la CTM de placer l’Octroi de mer au centre des débats de la table ronde sur la « vie chère », réclamer une réforme fiscale, comme le fait le RPPRAC, pour pouvoir consommer comme en France [5], tout ceci ouvre la voie à la suppression de l’Octroi de mer et à l’instauration d’une TVA à 20% dans les DOM comme le veut Bercy pour renflouer son budget de 4 Milliards d’euros à terme. Or, comme le rappelle Alain Plaisir [6], les prix des marchandises au départ de la France sont hors taxes (-20% de TVA). Arrivées aux Antilles, on leur applique l’Octroi de mer à 9% et la TVA à 8.5%, soit 17.5% de taxes au total. Donc les taxes ne sont pas la cause de la « vie chère » dans les DOM.

La suppression de l’Octroi de mer est aussi l’objectif principal du Rassemblement national (RN) dans les DOM [7] : cibler le bouc émissaire de la « vie chère » ne peut que recueillir la plus large adhésion… à son projet électoral.

« Parce que la puissance et le rayonnement viendront de la mer, Marine Le Pen fera de l’Outre-mer le cœur de son projet pour la France »

Et, pour ce faire, le Rassemblement national envisage de supprimer en premier lieu cet « Octroi aux portes de la mer ».

Le but ultime du RN, tout comme Bercy, c’est d’enlever une autonomie fiscale aux territoires (pour être comme en France) et d’ouvrir le marché des DOM à l’hyperconsommation de produits de la Métropole et de l’UE. Un amendement au PLF 2025 a été déposé en ce sens par Madame Le Pen.

Les opérateurs de la grande distribution réclament aussi la fin de l’Octroi de mer, en particulier les nouveaux arrivants pour augmenter leurs marges car l’octroi de mer ne leur est pas remboursé contrairement à la TVA : « Je vais demander à l’ETAT de supprimer l’Octroi de mer » déclarait le Président du Groupe Leclerc lors de l’ouverture de son enseigne en Guadeloupe en 2019 [8].

L’exonération de 40 000 produits alimentaires demandée par le RPPRAC n’est qu’une variante des ambitions de Bercy et du Rassemblement national s’agissant de l’Octroi de mer.

Ainsi avec l’exonération massive des produits alimentaires importés [9], même s’ils ne sont pas concurrents directs de la production locale, l’on met en péril cette dernière concentrée surtout dans l’alimentaire et l’agro-alimentaire, avec pour conséquence une montée en flèche du chômage. Par ailleurs, un emploi dans l’industrie crée 3 emplois dans les services selon l’Insee. Les budgets locaux seraient aussi ébranlés.

En tout cas, l’exonération de 40 000 produits alimentaires demandée par le RPPRAC aujourd’hui, n’est qu’une variante de l’amendement du Rassemblement national qui vise tous les secteurs. [10]

Par ailleurs, si l’octroi de mer était remplacé par une dotation de compensation (comme le prévoit l’amendement du Rassemblement national), les collectivités perdraient le dynamisme de cette taxe (50 millions d’euros par an à l’échelle des DOM).

De plus, les dotations de compensation ont vocation à s’éteindre à petit feu, surtout dans le contexte budgétaire actuel de la France. Elles sont en effet utilisées comme variables d’ajustement budgétaire pour financer des dépenses que l’Etat ne souhaite pas assumer directement.

À terme 40% des recettes du budget des communes seraient ainsi menacées.

Le secteur économique des DOM étant pour une large part tributaire des collectivités, l’on s’achemine vers une déstabilisation majeure de ces territoires. Les capacités d’intervention des collectivités auprès de leurs populations seront ruinées, la taxe foncière va exploser sous l’injonction des chambres régionales des comptes pour tenter d’équilibrer les budgets locaux, les gens vendront leurs maisons, les plus fragiles quitteront le territoire, les Métropolitains arriveront en masse [11], comme c’est déjà le cas depuis une vingtaine d’années en Martinique car il y a un lien entre appauvrissement du territoire et arrivée massive de Métropolitains pour occuper l’espace vacant. Est-ce le but de la France pour conserver ses derniers signes extérieurs de puissance ?

La lutte contre la « vie chère » en Martinique : un piège qui se referme sur les DOM ?

Les collectivités des DOM dont les ressources sont insuffisantes, particulièrement en Martinique, d’où le caractère explosif de ce territoire, seront donc plus appauvries avec la fin de l’Octroi de mer. On l’aura compris, pendant que l’on s’occupe du « ventre » du consommateur, c’est « le serpent qui se mord la queue », et l’Etat prélève sa dîme.

En Martinique tous les voyants financiers sont au rouge en raison de facteurs exogènes [12]

Le tableau ci-dessus explique pourquoi la situation est aussi explosive en Martinique, il importe donc d’agir sur les bons leviers (comme l’ont fait la Guyane ou Mayotte, les peuples et leurs représentants unis, en exigeant de l’Etat un plan d’urgence de plus d’un milliard d’euros), plutôt que de s’appauvrir davantage (et l’ensemble des DOM in fine) avec la suppression de l’Octroi de mer, but ultime de l’Etat et du Rassemblement national, dans leur « lutte contre la vie chère outremer »… au service de la France.

Le mouvement contre la « vie chère » en Martinique pousse-t-il les DOM dans un piège tendu tant par Bercy que le Rassemblement national ?

Malgré une baisse des prix, les ferments de la colère resteraient intacts en Martinique

En tout état de cause, même si le prix des produits alimentaires ou autres étaient abaissés de 20% (ce qui, soit dit en passant, ferait un appel d’air à la colonisation de peuplement) et que tous les monopoles et oligopoles des Békés auraient été brisés (ce qui, soit dit en passant, créerait un appel d’air pour des salariés venus d’ailleurs) les ferments de la colère resteraient intacts.

Car, contrairement aux idées reçues, la départementalisation a été opérée avec des transferts sociaux nettement plus faibles qu’en France hexagonale. Elle a par conséquent laissé sur le bord du chemin, tout un pan de la société, de la jeunesse aux retraités (y compris les fonctionnaires aux pensions non majorées), qui aujourd’hui, en Martinique, crie son désespoir : « BAISSEZ LES PRIX ! ».

Et quand les collectivités n’ont plus les moyens de rétablir les équilibres, d’amortir cette misère sociale ni de soutenir les initiatives (associations, entreprises), les territoires sont livrés au chaos et se vident de leurs forces vives.

En Guyane, après 2017, l’Etat a été contraint de desserrer l’étau autour des finances locales et le pays a alors commencé aussitôt à respirer, à s’épanouir.

En Martinique, en 2024, il importe à l’Etat de décrypter ce qui se cache sous le vocable de « vie chère », plutôt que d’organiser des tables rondes, qui se transforment en Loft story où le spectateur (le peuple en l’occurrence), est invité, derrière son écran, à déchouker un à un les participants pour ne retenir au final que ceux qui défendent leurs intérêts immédiats et seront dotés d’une nouvelle légitimité.

La passivité de l’Etat dans ce conflit (absence de venue de ministres) est à interroger : sert-il son dessein ?

Sous les feux croisés de l’ultralibéralisme et du colonialisme

Pendant que se joue le feuilleton de la « vie chère » en Martinique, lequel vire à la tragédie, à Paris, le rouleau compresseur de la loi de finances pour 2025 avance avec la suppression de 400 M€ du budget du ministère de l’Outremer… dans la plus grande indifférence.

400 M€ c’est aussi le montant dépensé par l’Etat pour réparer les dégâts en Nouvelle Calédonie suite à la tentative de dégel du corps électoral. L’Etat a réalisé un « effort » à l’égard des Calédoniens qui sera par conséquent remboursé principalement par les DOM sommés de ce fait de franchir un pas de plus vers l’abîme.

La baisse des crédits du ministère de l’outremer n’affectera en tout cas pas le RSMA qui pourra recycler dans l’Armée, en crise de recrutement, la misère sociale des Outremer.

Et pendant ce temps, occupée à apporter l’Octroi de mer à Bercy sur un plateau, à ouvrir un boulevard à un parti qui surfe sur l’impopularité de l’Octroi de mer, à casser des monopoles et oligopoles au bénéfice des grandes entreprises françaises, la Martinique n’a pas le temps de panser ni de penser à ses plaies : elle (ni le peuple, ni ses représentants officiels ou autoproclamés) ne demande RIEN à l’Etat sur le plan budgétaire (sauf des mesurettes). RDV à la prochaine révolte sociale.

Et, pendant ce temps, la Cour des comptes qui cherche à augmenter la pression fiscale dans les DOM pour un montant de 7 Md€ (ce qui reviendrait à multiplier par deux, le taux de la TVA en France) presse l’Etat de concrétiser son plan d’urgence de 5 Md€ pour Marseille destiné à « rattraper les retards historiques de la deuxième ville de France dont certains quartiers sont les plus pauvres d’Europe, un plan qui se veut exceptionnel par son montant et son contenu ». 

Pour les DOM, c’est la fin de partie, il n’y a plus de rattrapage. En effet, qu’y a-t-il à rattraper si leur avenir est déjà écrit au passé ?

Cette différence de traitement, entre les DOM et la Ville de Marseille, porte un nom : la « discrimination structurelle » [13] qui relève d’un racisme systémique, que l’Onu (A/78/317) en août 2023 appelle les Etats à éradiquer en leur sein et à REPARER.

L’essor du populisme

Les DOM deviennent le terrain de jeu favori pour le populisme : agir pour le peuple, parler en son nom, l’aimer par-dessus tout, le protéger face aux profiteurs (y compris les fonctionnaires avec leurs 40%), face aux institutions (corrompues), lui dire ce qu’il a envie d’entendre avec des solutions toutes simples à sa portée, comme supprimer l’Octroi de mer qui le conduira à sa ruine. Un populisme, partant de bons sentiments ou de calculs froids mais qui prospère sur la misère humaine, laquelle se répand très vite dans les DOM sous les feux croisés de l’ultralibéralisme [14] et du colonialisme.

Dans la campagne de dénigrement sans précèdent qui a cours actuellement en Martinique, tout une série de forces obscures disparates, et ordonnancées par une sorte de main invisible régissant la toile, s’agrègent à ce mouvement social pour aboutir à une ambiance délétère qui n’épargne personne (pas même les meneurs de ce mouvement ) mais ciblent le plus souvent avec l’efficacité redoutable d’une machine de guerre : l’octroi de mer (et accessoirement les 40%) qui serait la cause de la misère du peuple.

Or, le populisme qui se présente comme une alternative à une maltraitance institutionnelle, poussée à un plus haut point dans les outremer (« sentir sa terre s’ouvrir sous ses pieds comme un tombeau »), peut conduire à des dérives [15], : intimidations, délation, chasse aux sorcières, jusqu’à chasse à l’homme y compris punitions collectives ou pogroms.

L’histoire récente de l’humanité est riche de ces avatars de la démocratie pouvant conduire jusqu’au fachisme.

Vu la persistance (structurelle) [16] de l’Etat français à faire prévaloir ses intérêts propres sur ceux de ses anciennes colonies, il importe plus que jamais que celles-ci réfléchissent par elles-mêmes à leur devenir, à leur mode de vie pour Exister et non pas seulement vivre ou consommer.

Mireille Pierre-Louis
27 octobre 2024

 Mireille Pierre-Louis est spécialiste des fonds européens et de l’Octroi de mer, en 1992 elle avait publié avec le soutien du FEDER un ouvrage intitulé « Les politiques communautaires dans les DOM ». Aujourd’hui son travail porte plus globalement sur les financements des capitales et communes d’outremer. Ses études ont été à l’origine des principales avancées financières obtenues par celles-ci ces dernières années (Rattrapage de la DGF, meilleure compensation de la baisse des dotations, création d’une dotation de centralité).

Depuis juin 2024, elle a lancé une série d’alertes sur le risque de suppression de l’Octroi de mer, un risque accru avec les récents évènements en Martinique.

[1] Que seraient les écarts de prix entre la France hexagonale et la Corse si cette dernière ne disposait pas d’une dotation de continuité territoriale de 230 millions d’euros par an (qui a été augmentée de 40 millions d’euros en 2024 afin de lutter contre l’inflation) pour diminuer les frais de transport ? A titre de comparaison, les outremer (2.7 Millions d’hab.) disposent d’une continuité territoriale de 42 millions d’euros.

[2] Selon la Haute autorité de la concurrence, le détail des coûts liés à l’éloignement fait apparaître jusqu’à 40 postes comptables, comme l’empotage, le fret, la surcharge carburant, les assurances, l’acconage, l’embarquement, l’octroi de mer, les taxes de douanes, la TVA à l’import, les coûts de palettes et d’emballages, les frais de pesage, ou encore le transport local.

[3] La table ronde sur la « vie chère » a abouti à un protocole d’accord entre notamment la grande distribution, l’Etat et la CTM (non signé par le RPPRAC) pour parvenir à une baisse des prix de 20% pour 6 000 produits alimentaires que le RPPRAC voudrait étendre à 40 000 produits, ce qui paraît tout aussi irréalisable que la baisse des prix de l’alimentaire de 40%.

[4] L’Octroi de mer est présenté comme destiné à protéger la protection locale alors qu’il a été créé pour apporter des ressources à la colonie, la protection de la production locale n’est apparue qu’en 1958 (Cf. livre écrit par Alain Plaisir cité plus loin). L’Octroi de mer est présenté comme un impôt colonial, alors qu’il l’est moins que la TVA qui alimente les caisses de l’Etat. Il est présenté comme moyenâgeux, alors qu’il est l’équivalent de l’Octroi de villes crée par Colbert et qui n’a été supprimé en France qu’en 1948. L’Octroi de mer a perduré pour compenser la faiblesse de la fiscalité locale directe et non pas celle de la DGF (qui est due à une discrimination structurelle). L’Octroi de mer serait une survivance de l’exclusif colonial, alors qu’il taxe indifféremment les produits quelle que soit leur origine. A cet égard, la proposition du Rassemblement national d’exonérer d’Octroi de mer tous les produits en provenance de la France et de l‘UE, hors ceux des pays tiers, rétablit d’une certaine manière un exclusif colonial.

L’Octroi de mer renchérirait le coût de la vie dans les DOM, alors qu’il ne taxe pas les services qui représentent 65% des dépenses des ménages. Les services dans les DOM sont taxés à 8.5% par la TVA. Pour les marchandises, si l’on calcule la somme TVA+ Octroi de mer, l’on obtient 17.5% contre 20% pour la seule TVA en France et les marchandises arrivent hors taxe dans les DOM. L’Octroi de mer est acquitté une fois pour toutes à l’import, alors que la TVA taxe le produit à l’import, puis tous les intermédiaires, jusqu’au consommateur final. L’on reproche à l’Octroi de mer de ne pas être transparent mais la TVA n’est transparente que pour la dernière transaction de l’acheteur.

En définitive, l’Octroi de mer est une taxe à l’import, faiblement appliquée à la production locale, exactement comme l’AIEM des Canaries. Leur histoire est différente, leur présent identique. S’épancher sur le passé dit colonial de l’octroi de mer permet de ne pas faire face aux défis présents notamment à la colonisation de peuplement, qui double la crise sociale d’une menace identitaire.

[5] « On veut être Français, en fait, comme les autres Français, et consommer comme eux, manger comme eux. » RPPRAC (in journal France Antilles, 18 octobre).

[6] Alain Plaisir, ancien douanier et spécialiste de l’Octroi de mer, a écrits divers ouvrages sur cette taxe « L’octroi de mer : de la colonisation française à l’intégration européenne ». Edition ID communication- 2006

[7] Rody Tolassy, député européen au nom du Rassemblement national, pourfendeur de l’Octroi de mer a été l’un des deux seuls élus guadeloupéens à avoir répondu favorablement à l’invitation lancée aux élus guadeloupéens par le RPPRAC Guadeloupe pour une réunion sur la « vie chère » le 18 octobre dernier ( les responsables du RPPRAC Martinique avaient aussi fait le déplacement).

[8] Le PDG du Groupe Leclerc cité par Alain Plaisir

[9] Cette demande d’exonération de 40 000 produits alimentaires du RPPRAC concerne l’Octroi de mer et la TVA. L’existence de la TVA et de l’Octroi de mer est souvent présentée comme une double taxation, une double peine pour le consommateur alors que tel que vu plus avant la pression fiscale est plus faible dans les DOM.

[10] L’amendement du RN exonère d’octroi de mer tous les produits importés de la France et de l’UE, en dehors de ceux directement concurrents de la production locale. En arguant faussement que l’Octroi de mer a été créé pour préserver la production locale, tout comme le rapport Ferdi commandé par Bercy pour en finir une fois pour toutes avec l’Octroi de mer, le RN fait mine de ramener l’Octroi de mer à sa mission première.

[11] Une migration inverse de Métropolitains est favorisée, par le biais de l’emploi public d’Etat et aussi de l’emploi privé (selon une étude commandée par le ministère de l’Egalité des chances en décembre 2019, les ultramarins sont bien plus discriminés chez eux qu’en France hexagonale dans le secteur privé, où les recrutements, selon l’INED, se font sur une base affinitaire).

[12] Des facteurs exogènes expliquent la mauvaise santé financière des collectivités martiniquaises comparativement aux autres DOM : Effondrement de l’octroi de mer deux fois plus important en Martinique en 2009 (-50 M€) ; stagnation de l’Octroi de mer entre 2008 et 2018 (contre +40% pour la Guyane) ; effondrement démographique en Martinique qui réduit les dotations (calculées par tête d’habitant) ; baisse des dotations de l’Etat plus importante aux Antilles pour la Contribution au redressement des finances publiques ; dotations de péréquation destinées à l’outremer ciblées sur la Guyane, Mayotte et la Réunion ; dotations de centralité 4 fois plus faibles aux Antilles ; soutien exceptionnel de l’Etat à la Guyane et Mayotte après 2017 (+1.5 Md€ chacune) ; reprise en main par l’Etat du RSA dans tous les DOM sauf aux Antilles ; prélèvement de la TVA nationale pour 1 Md€ aux Antilles et à la Réunion qui bride l’octroi de mer , a contrario la TVA n’est appliquée ni Guyane ni à Mayotte, ce qui a rendu soutenable le déplafonnement de l’octroi de mer régional en Guyane en 2018 pour faire face aux besoins croissants de la CTG.


Rappelons que comparativement à la France hexagonale, les DOM accusent un retard de leurs dotations de 200 M€. Si les Antilles bénéficiaient de dotations de péréquation plus équitables, leur déclin ne serait pas aussi accentué.

[13] La discrimination structurelle relève d’un racisme systémique, héritage de l’esclavage et du colonialisme, selon l’Assemblée générale de l’Onu (A/78/317).

[14] Selon Pierre Bourdieu : « Le néolibéralisme reprend les plus vieilles idées du patronat, sous un message chic et moderne. C’est une « révolution » conservatrice qui veut imposer un retour à une forme de capitalisme sauvage et cynique, qui organise l’insécurité et la précarité, qui se réclame du progrès mais qui glorifie l’archaïque loi du plus fort. »

[15] « Maintenant que s’ouvre l’abîme »
…
« Des gens venaient et lâchaient
D’infâmes milans
Comme leur fiente les merles en piaillant
Sur le muret »

L’Espère-Geste, Monchoachi

[16] Il importe de souligner que par nature les intérêts des Métropoles sont opposés à ceux des colonies, d’où les guerres de décolonisation qui ont eu lieu partout sur le continent américain, sauf dans le pré-carré français, en dehors d’Haïti où la révolution a été menée par les esclaves et non pas les colons.



Source : https://lundi.am/Antilles-Anatomie-d-une-crise?fbclid=IwY2xjawGNaDJleHRuA2FlbQIxMAABHS1hLpiUG8raOlPdM99Esk5hlaQrW4Ogv9zTRLPbksuUQ_rjf1gSFFt3Lw_aem_KjjjE_Fw-UnfD56GejN9pg

vendredi 8 novembre 2024

« La bio coûte moins cher à la société que l’agriculture industrielle »

 

« La bio coûte moins cher 

à la société 

que l’agriculture industrielle »

par collectif

 

Une cinquantaine d’organisations, élus et personnalités du monde de la bio et du commerce équitable annoncent attaquer l’État en justice pour faire respecter le minimum de 20 % de produits bio dans les cantines prévu par la loi. Voici leur appel.

La seule agriculture nourricière qui peut faire face au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité et à l’explosion des maladies a besoin de nous toutes et de nous tous.

Car l’État et l’Europe manquent à tous leurs devoirs envers leurs citoyen⸱nes et laissent les paysan⸱nes en agriculture biologique se noyer financièrement, tout en continuant à perfuser une agriculture industrielle, chimiquement intensive, qui a fait taire les oiseaux, qui a éradiqué les insectes, qui empoisonne l’eau potable, l’air, les sols et nous rend malades à petit feu.

Nous, paysan⸱nes, citoyen⸱nes, étudiant⸱es, représentant⸱es de la société civile, et élu⸱es, sommes réuni⸱es à Lorient, dans la continuité de l’appel de Poitiers et de l’appel de La Rochelle, pour lancer un cri : reprenons en main, collectivement, la souveraineté alimentaire de nos territoires, aujourd’hui laissée entre les griffes d’un système destructeur, pour en faire une politique agricole et alimentaire commune.

« Sortons la bio et le commerce équitable de la marginalisation »

Ne fermons plus les yeux. Sortons la bio et le commerce équitable de la marginalisation à laquelle veulent les cantonner l’État, les lobbies de l’agriculture industrielle et l’agro-alimentaire !

Ne laissons plus les millions de personnes en précarité alimentaire se contenter des miettes toxiques d’un système agro-alimentaire qui étrangle les producteur⸱rices : chaque personne, quels que soient ses moyens, doit accéder à une alimentation saine, durable et éthique.

Il importe de relocaliser les ressources et les pratiques avec des systèmes alimentaires territoriaux comme édicté par « Une seule santé », une démarche de prévention sanitaire par la préservation de l’environnement.

N’acceptons pas que la loi qui impose 20 % de bio dans la restauration collective ne soit pas respectée, mettant la santé de nos enfants et des générations futures en danger.

« La bio ne nécessite pas de dépollution »

L’agriculture biologique, paysanne, et le commerce équitable sont des réponses concrètes, déjà déployées sur tout le territoire et qui apportent des solutions durables et vertueuses aux crises actuelles. La bio nourrit mieux, elle nourrit plus. Elle crée plus d’emplois. Elle redonne du sens à de si beaux métiers.

À l’heure où pleuvent les restrictions budgétaires et les régressions législatives, nous l’affirmons : la bio coûte moins cher à la société que l’agriculture industrielle avec ses coûts cachés démesurés, car elle ne nécessite pas la dépollution des eaux, des terres, elle ne rend pas les populations malades, elle ne nous prive pas de la Nature qui nous rend tant de services écosystémiques et environnementaux… et nous procure tant de beauté.

Remettez la bio et le commerce équitable au cœur de l’agenda et de l’actualité, pour vous, pour la santé mais aussi pour vos électeur⸱rices présent⸱es et à venir. Tout le monde est concerné, mais vous, élu⸱es, avez le pouvoir. La bio est reconnue par la communauté scientifique, par l’Union Européenne et même par l’État comme porteuse de solutions globales. Rémunérer justement les producteur⸱rices est au cœur des principes du commerce équitable, tant envers les paysan⸱nes du Sud que ceux du Nord. La solidarité internationale ne s’oppose pas à la solidarité nationale ni à la solidarité locale. La coopération internationale doit l’emporter sur les politiques de repli sur soi et de concurrence déloyale généralisée.

Remettons de l’éthique dans nos achats, car un aliment ne peut être « bon » si sa production va à l’encontre des droits fondamentaux.

Parce que nos enfants et la planète que nous leur laisserons méritent le meilleur, nous, paysan⸱nes, associations, collectifs, élu⸱es, citoyen⸱nes et société civile, exhortons l’État et les collectivités locales à respecter immédiatement l’obligation de 20 % de produits issus de l’agriculture biologique en restauration collective, dans le cadre de la loi Egalim et de parvenir à 100 %. Nous avons l’intention d’attaquer l’État en justice, pour la santé de nos enfants, de nos écosystèmes et de notre système agricole.

Premier⸱es signataires :

Associations, collectifs et entreprises : Bio Consom’acteurs, Bio Équitable en France, Collectif les Pieds dans le Plat, SCIC Nourrir l’avenir, Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, Commerce Équitable France, Biocoop France, France Nature Environnement, Fédération Artisans du Monde, Générations Futures, Biocoop les 7 épis, Optim’ism, GAB56, Agir pour l’Environnement, FAIRe un monde équitable, Secrets Toxiques, Apro Bio Hauts de France, Au fil des Séounes, le Baranoux, IFOAM France, Stop Monsanto, Terre de liens, collectif 10 mai, Stop chlordécone, Bio Partenaire, l’UNAF, Pollinis


Elu.es : Benoit Biteau, Daniel Salmon, Damien Girard, David Cormand, Aurélie Trouvé, Claire Lejeune, Lisa Belluco, Boris Tavernier, Marie Pochon, François Dechy, Rozenn Metayer


Personnalités et responsables associatifs : Stéphanie Pageot, Marc Dufumier, Julien Kien, Isabelle Bretegnier, Claude Gruffat, Joël Labbé, Olivier Roellinger, Jacques Caplat, Philippe Pointereau, Lylian Le Goff, Nadine Lauverjat, Philippe Camburet, Estelle Dubreuil, Vincent Rousselet, Marie Monique Robin, Hugues Toussaint, Dominique Marion, Denis Lairon, Frédérique Jacquemart

L’appel peut encore être signé en se rendant sur ce lien.

 

Source : https://basta.media/bio-coute-moins-cher-a-la-societe-que-agriculture-industrielle-appel

jeudi 7 novembre 2024

Des chiens d'attaque à la prison, Israël tente de contrecarrer mon militantisme

 Des chiens d'attaque 

à la prison, 

Israël tente de contrecarrer 

mon militantisme


L'armée veut faire un exemple des Palestiniens qui protestent contre l'occupation - une campagne à laquelle mon village est confronté depuis des générations.


Par Sami Huraini

24 octobre 2024

 

L'activiste palestinien Sami Huraini agite un drapeau devant les soldats israéliens lors d'une marche à A-Rakeez, Masafer Yatta, en Cisjordanie, le 8 janvier 2021. (Keren Manor/Activestills)

 Dans la soirée du 29 septembre, des soldats israéliens m'ont arrêté lors d'une descente dans ma maison à At-Tuwani, un village de la région de Masafer Yatta en Cisjordanie occupée.

 Les soldats de l'occupation m'ont menotté et bandé les yeux avant de m'emmener sur une base militaire proche, où ils m'ont assis sur le sol froid. L'un des soldats m'a menacé en me disant que je devais me préparer à rencontrer Dieu ; il s'est moqué de moi, m'a humilié et m'a dit que je devais quitter la Palestine et aller en Italie. Pendant tout ce temps, je suis resté silencieux. Quelques instants plus tard, un autre soldat m'a traité de chien et m'a craché dessus.

Après environ deux heures passées assis dans la base militaire, les soldats ont amené des chiens qui aboyaient bruyamment en se rapprochant de plus en plus de moi ; je craignais de plus en plus qu'ils ne me mordent. L'un des soldats m'a crié dessus à quelques centimètres de moi, me demandant à deux reprises pourquoi j'avais filmé le raid sur ma maison. 

 Les soldats ont continué à me harceler et à m'humilier. Toujours en aboyant, les chiens se sont approchés si près que je pouvais les sentir sur mes jambes, tandis que les soldats continuaient à crier, manifestement heureux. J'ai essayé de me protéger, en donnant des coups de pied aux chiens pour essayer de les assommer, mais mes tentatives ont échoué. À ce moment-là, j'étais tellement terrifiée que je sentais tout mon corps trembler, jusqu'à ce que les soldats et leurs chiens s'en aillent brusquement.

Environ 20 minutes plus tard, les soldats ont ramené les chiens et la scène terrifiante s'est répétée. Les chiens, qui aboyaient, sautaient agressivement et essayaient de me mordre. J'ai crié aux soldats de les emmener et je leur ai encore donné des coups de pied désespérés. Après ce qui m'a semblé être une éternité, les soldats ont finalement emmené les chiens et m'ont menacé de ne plus filmer l'armée. Je tremblais encore.

Après environ quatre heures de harcèlement et d'humiliation, les soldats m'ont fait monter dans une voiture et ont roulé, avant de me jeter hors de la voiture à une dizaine de kilomètres de chez moi. Ce n'est qu'après leur départ que j'ai pu enlever le bandeau et appeler ma famille pour qu'elle vienne me chercher. J'ai remercié Dieu d'avoir encore mon téléphone.

 Un procès inéquitable

Ce n'est pas la première fois que je suis arrêté, humilié et torturé par l'armée israélienne. En fait, ce dernier incident fait partie d'une campagne continue et ciblée de harcèlement à mon encontre, qui a commencé il y a plus de trois ans, et à l'encontre de ma communauté depuis des décennies.

Début janvier 2021, j'ai participé, avec 200 autres militants israéliens, palestiniens et internationaux, à une manifestation dans le village voisin d'Al-Rakeez après que l'armée israélienne a abattu et paralysé mon ami et collègue militant, Harun Abu Aram, qui refusait de se laisser confisquer son générateur d'électricité. Le lendemain, l'armée a pris d'assaut ma maison à 2 heures du matin et m'a arrêté pour trouble à l'ordre public, agression d'un soldat israélien et violation d'une zone militaire fermée.

J'ai été libéré quelques jours plus tard contre une caution de 10 000 NIS (environ 3 000 dollars) à condition de me présenter au poste de police d'Hébron - situé dans la colonie israélienne illégale de Kiryat Arba - le vendredi entre 8 heures et 15 heures.

Ni le jour ni l'heure n'ont été choisis au hasard. En fait, c'est ce jour de la semaine et à ces heures que se déroulent la plupart des manifestations en Cisjordanie contre le vol des terres palestiniennes par Israël, l'occupation militaire et l'annexion rampante. Pour faire bonne mesure, il m'a également été formellement interdit de participer à d'autres manifestations.

 Plus de deux ans plus tard, en août 2023, j'ai été condamné par le tribunal militaire d'Ofer pour deux chefs d'accusation : "agression d'un soldat" et "obstruction à un soldat dans l'exercice de ses fonctions". Ces chefs d'accusation pouvaient entraîner une peine allant jusqu'à 12 ans de prison.

L'accusation n'a fourni au tribunal aucune preuve physique ou vidéo que j'avais agi violemment ; elle a fondé son argumentation exclusivement sur des témoignages oraux des forces de sécurité israéliennes. Pendant ce temps, les preuves vidéo de la manifestation, ainsi que les déclarations de nombreux témoins, dont beaucoup étaient israéliens, ont attesté de mon innocence.

 

Les forces israéliennes ont fermé le village d'At-Tuwani en Cisjordanie pour permettre l'entrée de dizaines de colons israéliens, Masafer Yatta, Cisjordanie, 14 août 2024.(Omri Eran Vardi/Activestills)

 Les preuves mises à part, le procès n'a jamais été équitable ni transparent. Mon avocat de l'époque, Gaby Lasky, n'a pas été autorisé à participer aux interrogatoires et le procès s'est déroulé entièrement en hébreu, sans interprétation.

Deux jours avant ma dernière arrestation, je me suis présenté à l'audience de détermination de ma peine, mais celle-ci a été reportée. Mon avocate actuelle, Reham Nassra, et moi-même n'avons reçu aucune information sur la date de l'audience. Cela pourrait prendre des mois, voire des années.

Reham prédit qu'il est plus probable que je sois condamné à une peine avec sursis qu'à une peine de prison. Ce résultat est loin d'être idéal. Si je suis à nouveau condamné pour le même chef d'accusation pendant ma période de probation, j'irai en prison.

Faire des activistes un exemple

Même avant le début de cette persécution juridique, il était clair que l'armée israélienne utilisait ces tactiques - arrestations arbitraires, passages à tabac, procédures judiciaires perpétuellement retardées et longues peines de prison - pour faire un exemple des militants des droits de l'homme, pour décourager et effrayer les Palestiniens d'exercer leur droit fondamental de protester contre l'occupation et le vol de leurs terres. C'est un problème auquel les membres de ma famille sont confrontés depuis des générations.

Depuis que l'armée israélienne a construit la colonie illégale de Ma'on en 1981, à quelques pas de nos terres à At-Tuwani, ma grand-mère, Fatima, et mon père, Hafez, ont été fréquemment victimes de la violence de l'armée et des colons. Ma grand-mère était régulièrement agressée par des colons alors qu'elle faisait paître ses moutons. Mon père, éminent militant de la résistance dans les collines du sud d'Hébron, a été constamment battu, arrêté et soumis à des raids nocturnes de la part de l'armée.

Chaque fois que je suis arrêté, je suis soumis à différentes méthodes et tactiques de harcèlement, d'agression et de torture. Lorsque j'ai été arrêté le 31 août, j'ai été brutalement humilié par deux soldats qui sont également des colons locaux ; ils m'ont mis un sac en plastique sur la tête et ont couvert mon nez et mes yeux avec du ruban adhésif noir.

En tant que Palestiniens vivant sous la loi militaire et le colonialisme israéliens, nous ne sommes pas considérés ni traités comme des êtres humains. L'occupation - déclarée illégale par la Cour internationale de justice - permet aux soldats et aux colons israéliens d'agir en toute impunité.

Nous l'avons constaté à d'innombrables reprises, lorsque des Palestiniens ont été sauvagement assassinés sans aucune conséquence. Nous avons même vu des Américains d'origine palestinienne et des internationaux être tués sans avoir à répondre de leurs actes, et bien que les États-Unis aient condamné ces actes et promis des enquêtes approfondies, rien n'a été fait.

Le monde reste paralysé face au génocide, au meurtre et à l'annexion. Mais c'est nous, le peuple palestinien, qui restons inébranlables et continuons à résister.

 

Sami Huraini est un militant palestinien des droits de l'homme et un membre de l'initiative populaire "Youth of Sumud". Il est originaire du village d'At-Tuwani à Masafer Yatta. 

Notre équipe a été dévastée par les événements horribles de cette dernière guerre. Le monde est sous le choc de l'assaut sans précédent d'Israël sur Gaza, infligeant une dévastation massive et la mort aux Palestiniens assiégés, ainsi que de l'attaque atroce et des enlèvements perpétrés par le Hamas en Israël le 7 octobre. Nous sommes de tout cœur avec les personnes et les communautés confrontées à cette violence.

Nous vivons une période extraordinairement dangereuse en Israël-Palestine. L'effusion de sang a atteint des niveaux extrêmes de brutalité et menace d'engloutir toute la région. Les colons de Cisjordanie, soutenus par l'armée, profitent de l'occasion pour intensifier leurs attaques contre les Palestiniens. Le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël intensifie son contrôle des dissidents, utilisant le couvert de la guerre pour réduire au silence les citoyens palestiniens et les juifs de gauche qui s'opposent à sa politique.

Cette escalade s'inscrit dans un contexte très clair, sur lequel +972 s'est penché au cours des 14 dernières années : Le racisme et le militarisme croissants de la société israélienne, l'occupation et l'apartheid enracinés, et le siège normalisé de Gaza.

 Nous sommes bien placés pour couvrir ce moment périlleux, mais nous avons besoin de votre aide pour y parvenir. Cette terrible période mettra à l'épreuve l'humanité de tous ceux qui œuvrent pour un avenir meilleur sur cette terre. Les Palestiniens et les Israéliens s'organisent déjà et élaborent des stratégies pour mener le combat de leur vie.


Pouvons-nous compter sur votre soutien ? Le magazine +972 est l'un des principaux médias de ce mouvement, une plateforme indispensable où les journalistes, les activistes et les penseurs palestiniens et israéliens peuvent rendre compte et analyser ce qui se passe, guidés par l'humanisme, l'égalité et la justice. Rejoignez-nous.


DEVENEZ MEMBRE DE +972 AUJOURD'HUI


Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

 

Source : https://www.972mag.com/huraini-tuwani-arrest-army/

mercredi 6 novembre 2024

Programme de la distribution du café Zapatiste - Soutien aux peuples libanais et palestinien - Prades - 66500

 Soirée de solidarité pour 

les Zapatistes et les Palestiniens


    CAMARADES,
 
L'heure est venue de venir chercher votre café zapatiste (ou d'en acheter si vous n'avez pas commandé) et de faire vivre la solidarité internationale dans le Conflent.
 
Cette année, nous organisons une soirée de soutien aux peuples libanais et palestiniens en ce moment sous les bombes. 
 
Les bénéfices de la soirée seront reversés à la fondation Ghassam Abu Sittah (article présentant leur travail ici).

A partir de 19h à l'Alchimie, 
rue de l'hospice à Prades :
 
_  Distribution et vente du café (5 euros le paquet) 

_  Stand présentation et ventes de livres par la Librairie La Libambulle
 
_  Repas solidaire, chorba et desserts, préparés par Pauline de l'Alchimie et les bénévoles de Solidarité Palestine Conflent
 
_  Poèmes, témoignages de conflentois revenant du Liban, et de Serge Harfouch, co-fondateur de la ferme-école Buzuruna Juzuruna au cœur de la vallée de Bekka au Liban, projet qui est l'émanation de la tournée en France en 2015 "Graines et Cinéma" que certain.es avaient pu rencontrer dans le Conflent.

20h15 Projection : Docu Investigation sur les crimes de guerre à Gaza sorti il y a un mois par Al Jazeera. (1h21, VOSTF)


A jeudi !


mardi 5 novembre 2024

La Métropole de Lyon va enlever 400 ha de béton pour limiter les inondations

La Métropole de Lyon 

va enlever 400 ha de béton 

pour limiter les inondations


21 octobre 2024

 
Texte : Laurie Debove
Photographie : Gregory Dubus / iStock


« Sur l’ensemble de la métropole, on a déjà décrouté 20 ha. Cela demande beaucoup d’ingéniosité aux différents métiers (espaces verts, voiries) pour arriver à planter car selon la rue, le profil est différent. Il a fallu que les agents comprennent pourquoi il fallait le faire, s’approprient les différentes techniques, et que cette eau qui arrive n’est pas mauvaise pour les arbres »

Face à l’intensité du dérèglement climatique, précipitations et inondations font partie des événements météorologiques que nous subirons de plus en plus en France. Pour réparer le cycle de l’eau en milieu urbain, la Métropole de Lyon a commencé à enlever le béton au pied des arbres. Ravie des premiers résultats, la Métropole s’est fixée comme objectif de désimperméabiliser 400ha d’ici 2026.

Lyon : des arbres pour réparer le cycle de l’eau

La Métropole de Lyon, constituée de 59 communes, compte 1,3 million d’habitants sur 55 000 hectares. Avec autant de foyers, les fortes pluies entraînent un problème de saturation des stations d’épuration, qui rejettent alors de l’eau sale dans le Rhône. Surtout, des années de politique d’aménagement du territoire favorisant le tout-béton entraînent des inondations de plus en plus fortes dans un contexte de dérèglement climatique.

Pour favoriser la captation de l’eau dans le sol, la métropole a mis en place un grand programme de désimperméabilisation. Parmi les outils utilisés, un concept au nom poétique : « les arbres de pluie ». Il s’agit d’enlever le bitume au pied des arbres sur une zone d’environ 10m2 pour que l’eau de pluie s’infiltre mieux dans le sol.

« Un arbre de pluie est capable de récolter de l’eau sur 400m2. L’eau est aiguillée vers une fosse pour ne pas raviner le pied des arbres, qui est donc plus bas que le reste de la chaussée. Cela a si bien marché qu’on a décidé d’intégrer cette technique sur un système de fosse continue. En prime, connecter les arbres entre eux les rend beaucoup plus résistants grâce aux mycorhizes qui les relient dans le sol » explique Pierre Athanaze, vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l’environnement, pour La Relève et La Peste

Les cinq premiers arbres de pluie ont été aménagés rue Vauban dans le Lyon 6e en novembre 2021. Le suivi de ces arbres montre que l’infiltration complète des pluies de la rue (660m2) est possible avec une surface perméable de 65 m2 pour des pluies de faible à moyenne intensité. Pendant l’hiver, les arbres ont infiltré 24mm par jour et pendant l’été jusqu’à 40 mm par jour, et 20 mm en 20 min.

Un arbre de pluie – Crédit : Métropole Grand Lyon / J.Sanabria

En 2023, la Métropole de Lyon a vu les choses en grand. Suite à trois ans de préparation, elle a planté 52 000 arbres, un chiffre record sur une année, supérieur aux trois dernières années réunies.

« Sur l’ensemble de la métropole, on a déjà décrouté 20 ha. Cela demande beaucoup d’ingéniosité aux différents métiers (espaces verts, voiries) pour arriver à planter car selon la rue, le profil est différent. Il a fallu que les agents comprennent pourquoi il fallait le faire, s’approprient les différentes techniques, et que cette eau qui arrive n’est pas mauvaise pour les arbres » précise Pierre Athanaze pour La Relève et La Peste

Mise en place d’une fosse continue – Crédit : Métropole Grand Lyon, Livret Technique « Les arbres de pluie »

 Pendant des décennies, certaines villes mettaient des bordures autour des arbres pour empêcher l’eau considéré comme polluée d’aller à leurs pieds. Point de préoccupation majeure : le sel utilisé pour déneiger les routes en hiver. Des échanges avec Montréal leur ont montré qu’il n’était pas si nocif que ça selon les quantités appliquées. La métropole est suivie dans le cadre du programme européen « LIFE artisan » pour mesurer les résultats en termes de volume d’eau connectés, mais également de la viabilité des arbres et de la biodiversité qui revient.

« On mesure la tensiométrie (mesure de tension de l’eau du sol, ndlr), la température mais également le nombre d’espèces. On s’est d’abord intéressés aux espèces aériennes que sont les insectes pollinisateurs et les oiseaux. On va désormais recenser la faune du sol comme les vers de terre et les collemboles » détaille Pierre Athanaze pour La Relève et La Peste

 


En finir avec les îlots de chaleur

Cerise dans la canopée : les arbres libérés du béton poussent beaucoup plus vite avec des croissances de 15 à 30cm pour certains. Cela accroît d’autant plus rapidement la biodiversité tout en créant des îlots de fraîcheur bénéfiques à toutes les espèces humaines et non-humaines du territoire.

« Le système de fosse continue permet de rafraîchir nos quartiers car cela rapproche les arbres de hauteur différente, les grands arbustes et les couvre-sols. Dans les endroits végétalisés, on gagne 4,2°C de fraîcheur en moyenne et jusqu’à 7,4°C pendant les canicules ! » se réjouit Pierre Athanaze pour La Relève et La Peste

Avec sa position en sortie de la vallée du Rhône et l’absence de vents d’Est, Lyon est en effet l’une des villes qui se réchauffe le plus vite en France. Selon un rapport de L’European Data Journalism Network, publié en 2018, Lyon est la plus grande ville de France touchée par le réchauffement climatique. La température y aurait augmenté de plus de 4 degrés en moyenne selon la ville de Lyon. Au-delà de réparer le cycle de l’eau, la plantation d’arbres a donc des effets vertueux pour faire face aux canicules qui seront de plus en plus fréquentes.

Place Jules Guesde

 

Place Jules Guesde

 

« Nous avons repris 9 hectares de bitume grâce à la plantation de végétaux. Cela correspond à 13 terrains de football. Si nous voulons rendre la ville moins chaude en été, c’est toujours mieux que le soleil tape sur des arbres que sur du goudron » se félicite Grégory Doucet, maire de Lyon issu d’une coalition politique écologique et gauche

2024 verra moins d’arbres plantés dans la Métropole pour que les agents puissent se concentrer sur l’entretien et la viabilisation de tous ceux plantés en 2023. La suite s’organise désormais sur le temps long : la métropole de Lyon veut débitumer 400 hectares de son territoire d’ici à 2026, entre anciennes et nouvelles plantations.

Un autre monde est possible. Tout comme vivre en harmonie avec le reste du Vivant. Notre équipe de journalistes œuvre partout en France et en Europe pour mettre en lumière celles et ceux qui incarnent leur utopie. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.

Laurie Debove

 

Source : https://tinyurl.com/ycj9sup3