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vendredi 12 mai 2023

Bio et local : quand les villes cultivent elles-mêmes leurs fruits et légumes

 

Bio et local : 

quand les villes cultivent 

elles-mêmes 

leurs fruits et légumes

 

16 février 2022

 


 
Le maraîchage municipal charme de plus en plus. Un nombre croissant de villes veulent des produits bio et locaux pour leurs crèches et cantines scolaires, et créent donc leur propre régie agricole.

 Maisons-Alfort (Val-de-Marne), reportage

 Il faut demander la clé aux gendarmes en poste pour ouvrir le cadenas qui enserre les portes métalliques, juste derrière leur préfabriqué blanc. Ce n’est pas la clé des champs, mais celle d’une parcelle de 1 700 m2 qui serpente entre plusieurs immeubles et le mur du fort de Charenton, à Maisons-Alfort. Cette langue verte au pied de la bâtisse octogonale est propriété de la Gendarmerie nationale, installée dans l’enceinte depuis plus de soixante-dix ans. Elle a signé en mai 2021 une convention d’occupation avec la mairie de la ville pour que celle-ci y développe un projet de maraîchage. Objectif : cultiver fruits et légumes pour couvrir les besoins des quatre crèches municipales, soit les repas quotidiens de quatre-vingt-cinq enfants.

Sitôt paraphé sitôt planté. « Les premières cultures ont commencé en juillet, les premières récoltes en septembre », dit Kévin Tastayre, directeur des espaces verts de la ville. Il y a eu, en amont, un gros travail d’étude et de planification avec un maraîcher recruté par la municipalité pour mener à bien le projet. Même s’il reste un travail d’aménagement des 1 300 m2 exploités qui devrait prendre fin en avril, les premiers rendus des cultures — sans intrants, « mais on n’a pas encore fait les démarches pour le label bio » — satisfont M. Tastayre. Aubergines, betteraves, blettes, choux, courges butternuts... « On a récolté en quelques mois un peu plus de 300 kilos de légumes. Notre projection, c’est 1,7 tonne par an, de quoi couvrir quasiment 100 % des besoins en fruits et légumes “classiques” des enfants », explique-t-il.

 

À Maisons-Alfort, les premières récoltes ont eu lieu en septembre 2021. 300 kilos de fruits et légumes ont été récoltés en quelques mois. © David Dinh / Maisons-Alfort

Chaque semaine, une calèche municipale amène les denrées du maraîchage aux crèches. « Les enfants aiment beaucoup assister à la livraison », poursuit le responsable des espaces verts. C’est une façon, comme la mise en place d’ateliers pédagogiques sur la parcelle, de les sensibiliser à l’agriculture et à une alimentation saine et locale.

« Avoir le bio le plus local possible »

Ces derniers mois, les propositions d’emplois pour des postes de maraîcher municipal ont fleuri sur les sites spécialisés ou sur ceux des collectivités. Razac-sur-l’Isle (Dordogne), Champlan (Essonne), l’île d’Yeu (Vendée), Chaponost (Rhône) recherchent encore ou viennent de clore la phase de candidature. Il y a un an, Bordeaux (Gironde) lançait un appel similaire. Toutes souhaitent reprendre la main sur leur approvisionnement en fruits et légumes — en partie ou complètement — et privilégier les circuits courts. Elles s’inspirent, de près ou de loin, de Mouans-Sartoux. Cette commune de 10 000 habitants de l’arrière-pays cannois fait figure de pionnière : elle a créé sa régie agricole municipale dès 2011. « Le projet a germé quelques années avant, avec l’idée d’avoir le bio le plus local possible dans les cantines », indique à Reporterre Gilles Pérole, élu délégué à l’enfance, l’éducation et l’alimentation.

Après une étude de faisabilité et le recrutement d’un maraîcher, la mairie avait lancé la production sur un terrain de quatre hectares préempté quelques années auparavant pour empêcher la construction d’un projet immobilier. Le terrain dévolu au maraîchage a été agrandi de deux hectares en 2016 — mais seuls quatre sont en culture — et la commune a investi dans une unité de transformation en surgélation. De 10 tonnes de légumes la première année, la production annuelle atteint les 25-26 tonnes. Deux autres agriculteurs ont été engagés. « On est désormais à une vitesse de croisière, apprécie l’élu. On est autonomes à 85 % en légumes bio pour les 1 300 assiettes servies chaque jour dans les cantines municipales (écoles, crèches). » La réussite de la régie agricole de Mouans-Sartoux se mesure aux nombres d’élus venus en Provence s’intéresser au programme : « Plus de 500 collectivités de France et d’Europe depuis 2018 », recense Gilles Pérole.

« Qu’est-ce que je peux faire moi-même ? »

Dans leur réflexion initiale, les élus sont pourtant tombés sur un os : impossible de trouver des producteurs locaux volontaires pour répondre à leur appel d’offres. « Ils ne s’embêtent pas avec un marché public », commente l’élu mouansois. Constat identique à Vannes (Morbihan), qui a lancé sa régie de maraîchage bio en 2019. « Pour quatre crèches, on ne demandait pas des quantités énormes, mais il y avait des exigences de traçabilité, de l’administratif et le besoin d’une programmation des légumes fournie à l’avance… Bref, c’était compliqué pour les producteurs du coin », pointe Gérard Thépaut, l’élu à la biodiversité, au climat et aux finances. « La restauration collective publique n’est pas un débouché intéressant pour les maraîchers privés, résume Christine Aubry, ingénieure de recherche à l’Inrae (lnstitut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et spécialiste de l’agriculture urbaine. Les collectivités sont donc toutes confrontées à ce questionnement : qu’est-ce que je peux faire moi-même ? » La contractualisation d’un maraîcher est l’une des solutions.

 

Les équipes de Mouans-Sartoux organisent des sessions collectives de travail avec des élus et des techniciens d’autres villes intéressés par le projet. © Jean-Claude Galan / Grand Projet des Villes Rive Droite

 À Vannes, où 4,7 tonnes de fruits et légumes ont été récoltés en 2021 sur un terrain de 7 000 m2, il n’y a aucun regret : « C’est un cercle vertueux à plusieurs niveaux. Socialement, car il y a une communication très forte entre le maraîcher et les cuisinières et cuisiniers, qui sont très contents de travailler sur des produits parfois oubliés comme la poire de terre. Écologiquement, car les produits viennent d’une parcelle située juste à côté de Vannes. Les épluchures et déchets des cantines y retournent pour faire du compost », décrit Gérard Thépaut, dont l’ambition serait d’agrandir la production.

Une régie de maraîchage n’est « pas la solution miracle partout »

Pour un début de projet ou une extension, la même interrogation s’impose aux mairies : où s’installer ? « Il faut se poser la question du rapport entre les besoins et le foncier disponible, confirme Christine Aubry. Certaines communes ont des domaines fonciers importants mais ils ne sont pas utilisés pour l’agriculture. » D’autres n’ont que peu de terrains disponibles. « Maintenant que notre objectif est atteint, on se concentre sur la reconquête de terres agricoles », prévient Gilles Pérole, l’élu de Mouans-Sartoux, où le nombre d’hectares classés agricoles est passé de 40 à 112 au plan local d’urbanisme (PLU). Chasser les quelques espaces disponibles intra muros, s’étendre autour des villes ou monter des projets avec les communes voisines peuvent être des schémas possibles pour les municipalités, en fonction de leur situation.

 

Visite de la ferme communale de Mouans Sartoux, en octobre 2020. © Jean-Claude Galan / Grand Projet des Villes Rive Droite

 Malgré ces difficultés, l’ingénieure de l’Inrae constate « un engouement colossal pour ces formes d’agriculture ». La prise de conscience, qui remonte au début du siècle, s’est amplifiée, selon elle, avec la conjonction de plusieurs inquiétudes : celles du climat, de la précarité alimentaire, de la crise économique, de l’envie de changer de filière devant le caractère discutable de certaines pratiques alimentaires, de la crise sanitaire… La création de régie de maraîchage est « une voie très intéressante, mais plutôt pour les petites et moyenne villes. Ce n’est pas la solution miracle partout », estime Christine Aubry.

À Maisons-Alfort, dans les douves du fort de Charenton, elle participe à « un retour vers la nature en ville, à la redécouverte des sens et des vertus des légumes, à une incitation à consommer en fonction des saisons », dit Marie-France Parrain. L’édile se rappelle des maraîchers qui cultivaient leurs parcelles au sud de la ville, dans les années 1960. « On en revient aussi à une tradition ».

 
 

Source : https://reporterre.net/Bio-et-local-quand-les-villes-cultivent-elles-memes-leurs-fruits-et-legumes?fbclid=IwAR3lnpJ2CuSR8Erh3WVbA7PXMOWxn-LGYu1DGJ6r5c-x5oabcR9hTj99k9M

jeudi 11 mai 2023

Protection des abeilles : les autorités ferment les yeux sur un poison mortel

 

Protection des abeilles : 

les autorités 

ferment les yeux 

sur un poison mortel

La direction de l’Office Français de la Biodiversité veut empêcher le contrôle de l’usage des pesticides dans l’arboriculture

L’extinction des abeilles est l’une des plus grandes menaces écologiques de notre temps. Les pollinisateurs sont essentiels à la reproduction des espèces végétales, base de toute la chaîne alimentaire. La réduction massive des populations d’abeilles est une alerte rouge pour les cycles du vivant. Pourtant, une note interne de la direction de l’OFB en date du 20 avril 2023, révélée par Le Monde, demande à ses inspecteurs et inspectrices de ne pas mener de contrôle concernant l’usage de pesticides dans l’arboriculture, culture qui utilise le plus de produits chimiques ! Les lobbyistes empoisonneurs sont au pouvoir.

Le comble de l’absurdité. Dans le régime de perversion généralisé qui règne actuellement, c’est donc l’agence censée protéger la biodiversité qui protège l’usage de pesticides en refusant d’appliquer la réglementation. Le Monde précise que ce traitement de faveur réservé à l’arboriculture est à l’initiative du Ministère de l’agriculture lui-même ! Les infractions en arboriculture sont pourtant, selon les agents de l’OFB, les plus faciles à établir, l’usage des pesticides étant le plus répandu dans ce genre de culture.

Même un procureur chargé des affaires liées à l’environnement s’indigne dans Le Monde (et c’est pour dire…) « Que l’organisme dont la mission est de protéger l’environnement demande à ses services de ne pas effectuer de contrôles, c’est scier les pattes à l’institution judiciaire. En leur exhortant de ne plus prendre d’initiatives, on nous prive d’affaires. Ce n’était pas la peine de créer des parquets spécialisés en environnement… ». La Justice française, une immense mascarade… pour changer !

Manque d’agent-es sur le terrain, contrôles programmés des mois à l’avance et connus par les personnes contrôlées… l’État refuse de mettre les moyens pour réprimer l’usage illégal des pesticides, à l’inverse il protège même leur usage.

Troisième pays d’Europe à autoriser le plus grand nombre de pesticides, la France est à la tête d’un sinistre classement et met en danger de mort toutes les formes du vivant. Un programme de réduction de l’usage de pesticides qui voulait réduire de 50% l’utilisation de ces produits mortifères avait pourtant été lancé en 2008. Le constat est tragique : non seulement l’usage de pesticides n’a pas diminué mais il à bondi de 20% entre 2009 et 2018. Encore plus criminel : la France va même jusqu’à exporter à l’étranger les pesticides interdits sur le territoire français.

Comment s’en étonner dans un pays qui privilégie les dividendes des multinationales à la qualité de l’eau, de l’air, de la biodiversité et à la santé de ses propres citoyens ?

Rien d’étonnant non plus quand on sait que le nouveau président de la FNSEA, plus grand syndicat d’exploitation agricole, est lui-même un fervent de l’agriculture intensive et productiviste qui empoisonne le vivant en toute impunité ! À la tête de la FNSEA depuis avril 2023, Arnaud Rousseau, diplômé d’une école de commerce, dirige en effet une exploitation inhumaine de 700 hectares, tout en cumulant des fonctions de maire ainsi que la présidence du gros groupe agro-industriel “Avril gestion”.

Médiapart a également révélé qu’il détient parallèlement des sociétés «para-agricoles», comme une entreprise de méthanisation et une société de production d’énergie photovoltaïque… Pas étonnant donc de le voir défendre les mégabassines ou encore les semences enrobées de néonicotinoïdes.A

Et toute l’opération est organisée au sommet de l’État, par le ministre de l’agriculture Marc Fesneau. Rappelons que son ancienne directrice de cabinet travaille aujourd’hui pour le lobby des pesticides. Et que lorsque Marc Fesneau était député macroniste, il a tenu à être être présent à 4h du matin à l’Assemblée pour voter contre l’interdiction du glyphosate. Dès sa nomination, le lobby de l’agriculture productiviste, la FNSEA, saluait « l’attachement » du nouveau ministre pour « l’agriculture et les territoires ruraux ».

Ces industriels et politiciens semblent ne pas comprendre un constat très simple : « si les insectes disparaissent, le reste disparaît avec eux », comme le rappelle avec justesse Dave Goulson.

Nous n’avons rien à attendre de l’État et de ses institutions, y compris celles qui prétendent travailler en faveur de la protection de l’environnement et de la biodiversité. La lutte est dans la rue et dans les champs, ZAD partout !

 

Source : https://contre-attaque.net/2023/05/10/protection-des-abeilles-les-autorites-ferment-les-yeux-sur-un-poison-mortel/

mercredi 10 mai 2023

Adèle Haenel - “J’ai décidé de politiser mon arrêt du cinéma” :

 

“J’ai décidé de politiser 

mon arrêt du cinéma” : 

la lettre d’Adèle Haenel 

à “Télérama”


Alors que “Télérama” enquêtait sur la trajectoire de l’actrice, Adèle Haenel a, pour la première fois depuis les César 2020, accepté de prendre la parole. Elle a répondu à nos sollicitations par un courrier. Nous publions cette lettre en intégralité.


Paris, le 30 mai 2022. Adèle Haenel participe à un rassemblement féministe à l’appel du collectif #MeTooTheatre, en marge de la cérémonie des Molières. Photo Anna Margueritat/Hans Lucas

 

Publié le 09 mai 2023 à 12h00

Ce fut d’abord une interrogation : où était donc passée l’actrice Adèle Haenel, absente des écrans ? Suivie d’une autre question : cette disparition était-elle choisie ou subie, après son coup d’éclat aux César 2020 qui divisa le monde du cinéma et au-delà ? Pour le savoir, nous avons enquêté, sollicité des témoignages, essuyé de nombreux refus à propos d’une personnalité considérée par beaucoup comme clivante. Ces questions, nous souhaitions les lui poser. C’est finalement par une lettre qu’elle a décidé de prendre la parole et d’expliquer pour la première fois ses choix politiques. L’expression brutale tient du cri, son rejet d’un monde auquel elle ne veut plus appartenir est sans appel, au risque de susciter à son tour le rejet. Fallait-il y donner suite dans un magazine qui, fidèle à ses valeurs, s’inscrit dans la réforme de la société et non dans la rupture ? Nous pensons que la radicalité de son discours éclaire sa trajectoire et peut faire écho à d’autres dans sa génération. Nous avons pris la liberté d’enquêter sur Adèle Haenel et d’interroger son parcours, nous lui laissons la liberté d’y répondre.


— Valérie Hurier, directrice de la rédaction

 

« J’ai décidé de politiser mon arrêt du cinéma pour dénoncer la complaisance généralisée du métier vis-à-vis des agresseurs sexuels et, plus généralement, la manière dont ce milieu collabore avec l’ordre mortifère écocide raciste du monde tel qu’il est. Disons-le clairement : alors que la biodiversité s’effondre, que la militarisation de l’Europe s’emballe, que la faim et la misère ne cessent de se répandre, quelle est cette obsession du monde du cinéma — collégialement réuni aux César, en promotion pour ses films — de vouloir rester “léger” ? De ne surtout parler de “rien”.

Dans un contexte de mouvement social historique, on attend de voir si les pontes du cinéma comptent — comme les sponsors de l’industrie du luxe — sur la police pour que tout se passe comme d’habitude sur les tapis rouges du Festival de Cannes.

Il y a urgence : il n’y a plus d’avenir vivable pour personne à très court terme dans le cadre du capitalisme.

Remplir de vent l’espace médiatique a un but, celui de rendre l’ordre bourgeois aussi naturel que le bleu du ciel et de rendre inaudibles, marginales, les voix de celleux qui organisent la résistance pour que tous les humains puissent vivre dignement et qui essayent d’arracher un avenir à cette planète. Continuer de rendre désirable ce système est criminel. Il y a urgence : il n’y a plus d’avenir vivable pour personne à très court terme dans le cadre du capitalisme. Il est urgent de vocaliser cette alarme le plus fort possible.

Mais elles et eux toustes ensemble pendant ce temps se donnent la main pour sauver la face des Depardieu, des Polanski, des Boutonnat (1). Ça les incommode, ça les dérange que les victimes fassent trop de bruit, ils préféraient qu’on continue à disparaître et crever en silence. Ils sont prêts à tout pour défendre leurs chefs violeurs, ceux qui sont si riches qu’ils se croient d’une espèce supérieure, ceux qui spectacularisent cette supériorité en se vautrant dans des bruits de cochon, en chosifiant les femmes et les subalternes.

Les chefs se lèvent et pètent, les larbins du capital ricanent et applaudissent. Ils sont agrippés à leurs coupes de champagne rosé, prêts à chanter à ces ultrariches lobotomisés par le pouvoir toutes leurs plus belles chansons pour leur dire qu’ils seront toujours les plus innocents. Que c’est vrai les pauvres sont pauvres et c’est malheureux, que les femmes sont violées et c’est malheureux aussi, mais que ce n’est la faute ni des riches ni du système qui les exploitent. Et d’ailleurs la grande industrie produit à dose homéopathique des films sur les pauvres héroïques et des femmes exceptionnelles, histoire de capitaliser toujours davantage sur notre dos sans donner aucune force à notre mouvement. Que tout le monde reste bien à sa place. Je le redis : la HONTE.

Je vous annule de mon monde. Je pars, je me mets en grève.

Face au monopole de la parole et des finances de la bourgeoisie, je n’ai pas d’autres armes que mon corps et mon intégrité. De la cancel culture au sens premier : vous avez l’argent, la force et toute la gloire, vous vous en gargarisez, mais vous ne m’aurez pas comme spectatrice. Je vous annule de mon monde. Je pars, je me mets en grève, je rejoins mes camarades pour qui la recherche du sens et de la dignité prime sur celle de l’argent et du pouvoir.

Depuis 2019 je poursuis mon travail artistique dans la collaboration théâtrale et chorégraphique avec Gisèle Vienne. C’est une artiste qui construit une des œuvres les plus puissantes que j’ai jamais rencontrées. Face au détachement, à la vacuité et à la cruauté que l’industrie du cinéma érige en principe de fonctionnement, le sens, le travail et la beauté qu’elle met en permanence en jeu sont une lumière qui me permet de garder la foi dans ce que peut vouloir dire la puissance de l’art. »

— Adèle Haenel

 

(1) Note de la rédaction : dans ces affaires, les trois hommes contestent les faits qui leur sont reprochés.

 

Source : https://www.telerama.fr/debats-reportages/j-ai-decide-de-politiser-mon-arret-du-cinema-la-lettre-d-adele-haenel-a-telerama-7015465.php


mardi 9 mai 2023

Rouen - Récit d’un week-end de lutte

Près de Rouen : 

une forêt «armée» 

contre un projet routier

 

Récit d’un week-end de lutte

Le 22 avril dernier, plus de 8000 personnes convergeaient dans le Sud-Ouest contre un projet d’autoroute inutile et destructeur entre Castres et Toulouse. Une mobilisation réussie. Ce week-end, c’était près de Rouen et dans un climat pluvieux qu’un rendez-vous était donné contre le projet autoroutier A133-A134, dit « Contournement Est de Rouen », qui risque de raser une forêt. 2000 personnes étaient présentes pour « armer » la forêt face à ceux qui veulent la détruire.

Samedi, quatre cortèges se sont élancés pour protéger les quatre espèces emblématiques qui habitent ces lieux : le triton crêté, un amphibien de la famille des salamandres, le muscardin, un petit rongeur au pelage doré, le pic mar, un oiseau, et le grand capricorne, un insecte de la famille des coléoptères.

Le groupe des « muscardins » a installé des dizaines de nichoirs tandis que les « tritons crêtés » ont creusé des mares pour héberger les amphibiens menacés. Les autres cortèges ont planté des clous dans les troncs, ce qui empêche les coupes à la tronçonneuse, et ont grimpé dans les cimes pour relier les arbres par des fils métalliques, ce qui perturbe également les projets de coupe. Enfin, des manifestant-es, muni-es de masques d’animaux, ont reproduit le marquage officiel sur les troncs avec les symboles désignant les arbres à ne pas couper sur de nombreux troncs.

Évidemment, en une seule après-midi, il est impossible de créer des écosystèmes parfaits, mais si ces mares deviennent viables, elles peuvent permettre à des amphibiens de s’installer, ce qui s’opposerait a un arrêté officiel de protection des espèces, de même pour les nichoirs à muscardins, qui sont dans la liste des mammifères terrestres protégés. L’initiative a été portée par des naturalistes en lutte.

Le dimanche, c’est une ZAD pour enfants qui a été construite dans la forêt. Une première. Concrètement, 4 structures à l’image des 4 animaux emblématiques de la forêt, des cabanes et une aire de jeux ont été montées. Ces installations ont immédiatement été utilisées par des enfants et seront améliorées pour y renforcer au quotidien la présence protectrice des habitant-es.

600 personnes ont ensuite bloqué l’autoroute A13 pour mettre des « bâtons dans les routes », en montant une barricade bloquant la circulation dans les deux sens. Des décorations ont été réalisées sur la voie et aux alentours. Au bout d’une heure, le cortège s’est replié à l’arrivée des CRS, qui ont dû déblayer la barricade.

Cette nouvelle mobilisation massive et créative démontre encore une fois la montée en puissance des contestations contre les projets routiers aberrants, et plus globalement l’essor de la dynamique initiée par les Soulèvements de la Terre, contre les projets destructeurs.

 Photos : Les soulèvements de la terre

Source : https://contre-attaque.net/2023/05/08/pres-de-rouen-une-foret-armee-contre-un-projet-routier/

 


 

lundi 8 mai 2023

Autoroutes : stoppons les travaux, car la justice arrive trop tard

 

Autoroutes : 

stoppons les travaux, 

car la justice arrive trop tard

 

 

 
4 mai 2023

 

Le 22 avril, 8 200 manifestants étaient réunis à Saïx pour lutter contre l'autoroute A69 Castres-Toulouse.

 

Le gouvernement se réfugie derrière « l’État de droit » pour justifier la construction de l’A69 Castres-Toulouse. Mais, comme pour le contournement de Strasbourg, la justice arrivera trop tard pour stopper les travaux, avertit l’auteur de cette tribune.

Bruno Dalpra est écologiste et membre du collectif GCO Non merci.


« J’espère que le projet d’autoroute Toulouse-Castres verra bien le jour en 2025 », clamait Jean Terlier, député de la troisième circonscription du Tarn au micro de France Bleu Occitanie au lendemain d’un week-end de mobilisation des opposants au projet de l’A69 (autoroute entre Castres et Toulouse).

Il assurait : « On a bien conscience de l’empreinte écologique d’une telle infrastructure, mais des habitants y sont favorables. » Le projet consiste à construire une autoroute à péage en parallèle d’une route nationale existante entre Castres et Toulouse. Construire une route en parallèle d’une autre, vous voyez l’aberration ?

« Il y a des travaux qui ont commencé, on est dans un état de droit : il y a eu des règles et des procédures et, à chaque fois, la justice a confirmé ce projet », a réagi quant à lui Clément Beaune, le ministre délégué aux Transports, sur France Info lundi 24 avril. Pourquoi le fait d’avoir commencé des travaux pour ce projet inutile devrait justifier leurs poursuites ? Cela s’appelle « Sunk cost fallacy » ou le « piège des coûts irrécupérables » : rien qu’un piège.

Ne devions-nous pas cesser d’artificialiser les terres ?

La loi Climat du 22 août 2021 a reconnu la nécessité de cesser l’artificialisation des terres. Cela ne devrait-il pas pousser nos responsables politiques à revoir leur modèle d’aménagement du territoire, et sortir de la logique du tout-routier là où des alternatives existent ? Dans les faits, les opposants au projet de l’A69 se heurtent au même mur que les opposants à l’A355 de contournement ouest de Strasbourg (ou « GCO »), celui d’élus et de décideurs sourds aux voix des opposants qui tentent de proposer autre chose.

Invoquer « l’État de droit », comme le fait le ministre, devrait suffire à faire taire et mettre tout le monde d’accord. Mais non. Il faut au contraire tout mettre en œuvre pour stopper les travaux de construction. En ce sens, le GCO est un cas d’école. Explication : sept avis négatifs au moment du démarrage des travaux, en septembre 2018. La justice administrative n’a pas suspendu les travaux lors de l’audience en référé-suspension alors qu’elle en avait les moyens. Trois ans plus tard, en juin 2021, elle a examiné sur le fond le dossier. En juillet, elle a donné raison aux opposants et demandé des compléments sur les aspects environnementaux, alors que le GCO était quasiment terminé. En novembre, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) et, en janvier 2022, l’Autorité environnementale (AE) donnaient à nouveau un avis négatif sur les mesures compensatoires proposées par le concessionnaire (huitième et neuvième avis négatifs). En mai, la commission d’enquête publique complémentaire donnait, elle aussi, un avis négatif (le dixième). Pour autant, en juillet, la préfecture délivrait une nouvelle autorisation unique corrigée.

 

Pour stopper l’autoroute Toulouse-Castres, l’activiste Thomas Brail s’est suspendu à des platanes centenaires à Vendine. © Patrick Batard / Hans Lucas via AFP

 

En janvier 2023, le tribunal administratif (TA) de Strasbourg réexaminait le dossier. En février, il validait le projet malgré dix avis négatifs d’organismes d’État. En fait, il validait un projet déjà construit et en service, tout en reconnaissant que les opposants avaient été légitimes dans leur action à, selon les juges, « corriger les pièces manquantes ou incomplètes dans le dossier des mesures environnementales ».

« Il faut tout faire pour stopper les travaux de l’A69 »

Dans ce même tribunal en juin 2021, le rapporteur public avait dit que si les travaux n’avaient pas commencé, l’autorisation environnementale unique aurait été annulée. La moralité de cette histoire : un projet peut être stoppé si et seulement si les travaux de construction n’ont pas commencé. Et pour ceux qui pensent à la déviation de Beynac, elle est une exception. Quoique l’affaire ne semble pas terminée puisque le département s’entête.

Un moratoire pour sortir de la logique du tout-routier

Pour éviter cette mise devant le fait accompli de la population et des élus, il y a bien des solutions :

  • faire en sorte que l’avis du Conseil national de la protection de la nature ou de l’Autorité environnementale ne soient plus seulement consultatifs, mais aient pouvoir de stopper les travaux ;
  • permettre à la justice administrative d’être plus réactive et suspensive de droit lorsqu’elle est saisie, pour éviter d’avoir des travaux terminés ou quasiment terminés pour se prononcer sur le fond.

Aujourd’hui, en 2023, au moins 7 projets autoroutiers sont contestés et contestables. Plus de 70 projets d’infrastructure routière ont été identifiés par la coalition La Déroute des routes, dont au moins 55 sont controversés, selon un article de Reporterre. Ces projets pèsent plus de 18 milliards d’euros d’argent public, pointe la coalition. Cet argent pourrait être réorienté vers une mobilité plus en phase avec les enjeux climatiques : vélo, covoiturage, train du quotidien, ou soutenir, par exemple, le télétravail là où il peut l’être.

Face à l’urgence écologique, le ministre délégué aux Transports ne peut plus se réfugier derrière « l’État de droit » pour justifier la construction de l’A69 Castres-Toulouse. Le projet de l’A355 de contournement ouest de Strasbourg démontre que si nos institutions avaient fonctionné dans les règles, le projet n’aurait pas été construit.

Lire aussi : Bloquer un funeste projet d’autoroute, c’est possible

Ainsi, pour éviter que l’histoire se répète, avec la coalition nationale forte de quarante-sept collectifs, la Déroute des routes demande la mise en place d’un moratoire sur l’ensemble des projets d’infrastructure routière en France, dans l’attente de leur réexamen au regard des stratégies fixées par l’État en matière climatique, écologique et sanitaire. La pétition a déjà dépassé la barre des 10 000 signataires.

Source : https://reporterre.net/Autoroutes-stoppons-les-travaux-car-la-justice-arrive-trop-tard?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

dimanche 7 mai 2023