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dimanche 5 septembre 2021

Sabotage, blocage, désarmement... À la Zad, deux jours de réflexion sur les luttes

 

Sabotage, blocage, désarmement... 

À la Zad, 

deux jours de réflexion 

sur les luttes

 

 

1er septembre 2021

 

Dans la salle de l'Ambazada, fin août 2021.
 

Fin août, une centaine de personnes se sont retrouvées à la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Objectif : repenser les stratégies de lutte après une première saison des « soulèvements de la terre ». Ce mouvement regroupe militants climat, autonomes, et syndicats en lutte contre le bétonnage des terres et les industries polluantes.

Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

C’est la fin de l’été sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes. L’air est déjà frais malgré les rayons de soleil qui réchauffent un peu la salle de l’Ambazada [1]. Une flopée de guêpes tourbillonnent autour du beurre déposé sur la table du petit-déjeuner, quelques-unes se noient dans une tasse de café abandonnée par les militants. Une petite centaine de personnes se sont réunies ici, du 25 au 27 août, pour dresser le bilan de la première saison des « soulèvements de la terre ». L’enjeu de cette campagne lancée en mars 2021 ? Rassembler les luttes locales, les jeunes du mouvement climat, les autonomes [2] et les syndicats paysans afin d’organiser des actions de désobéissance civile contre les industries polluantes, responsables du bétonnage et de la disparition des terres agricoles.

Un pari hasardeux — vu la diversité des pratiques politiques de chacun — mais, in fine, réussi. Les actions se sont multipliées : à Besançon (Doubs) pour défendre les jardins ouvriers des Vaîtes, à Rennes (Ille-et-Vilaine) contre l’agrandissement du stade de foot, au Puy-en-Velay (Haute-Loire) contre le projet de déviation de la RN88, ou encore à Saint-Colomban (Loire-Atlantique) contre l’extension des carrières de sable, et enfin, au nord de Paris, pour bloquer l’industrie du béton.

 

Après une journée intense d’échanges et de débats, petite partie de volley sur le champ à côté de l’Amazada. © Laury-Anne Cholez/Reporterre
 

« Les "soulèvements" nous ont redonné de l’élan. On a réussi à mobiliser huit cents personnes, c’est beaucoup, surtout face à une mairie écolo », raconte un membre de la lutte à Besançon. Dans le département de Haute-Loire, dont la région est sous la coupe de Laurent Wauquiez, les rassemblements contre le projet de déviation de la RN88 ont fait un grand effet. « Les gens du coin ont halluciné car ils n’ont pas du tout l’habitude de ce genre de choses », explique une militante. En revanche, le blocage des cimenteries dans le port de Gennevilliers au nord de Paris a suscité beaucoup de débats. En effet, des activistes non identifiables ont déchiré des sacs de béton, ensablé le réservoir de certaines machines et sectionné divers câbles électriques. Ils espéraient ainsi retarder la reprise du travail après l’occupation de la journée. Des actes revendiqués a posteriori dans une vidéo. Si des membres d’Extinction Rebellion approuvent cette évolution, certains se sont sentis piégés par des actions dont ils n’avaient pas été informés. Durant les réunions de débriefing, ils ont eu peur de conséquences juridiques et ont éclaté en sanglots.

« Désarmer » plutôt que saboter

Dégrader du matériel durant une action de désobéissance civile est en effet une ligne rouge que beaucoup n’osent pas encore franchir. Mais face à l’impuissance des mobilisations citoyennes et non-violentes, comment aller plus loin ? Quels sont les risques encourus ? Quelles conséquences politiques sur les alliances avec les associations plus institutionnelles ? À Notre-Dame-des-Landes, ces questions ont agité moult débats durant lesquels le mot « sabotage » n’a été que rarement prononcé, les activistes lui préférant le terme « désarmement ». Une subtilité sémantique cruciale afin de bousculer l’imaginaire politique.

 

Par petits groupes, les participants ont réfléchi aux futures actions à mener contre le bétonnage et l’accaparement des terres. © Laury-Anne Cholez/Reporterre  

 

« Le sabotage désigne une pratique, celle de détruire, d’altérer et d’endommager. Il ne dit rien de l’intention qu’il y a derrière contrairement au mot désarmement, qui signifie rendre inopérantes des armes. Parler de désarmement met en avant la nécessité de détruire les armes qui détruisent la planète et d’ainsi faire obstacle à une plus grande violence », explique Antoine — un prénom d’emprunt — qui vit à la Zad. Gilles, militant chez Attac, était présent durant l’action au port de Gennevilliers et croit que le « désarmement » pourrait devenir une suite logique pour une partie mouvement climat. « Depuis la COP21, les actions de désobéissance civile se sont multipliées. Aujourd’hui, on se rend bien compte que ce n’est pas suffisant. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il faut appeler à désarmer partout et n’importe comment. Ce genre d’opérations se préparent, comme la désobéissance civile. »

Être ou ne pas être radical en s’autorisant à saboter certaines cibles ? « Il ne faut pas faire de gradation car le désarmement n’est pas forcément plus radical qu’une grande manifestation. C’est surtout un moyen d’augmenter la gêne, le coût financier voire politique d’une action », répond Antoine. À la Zad, personne ne souhaite opposer ou hiérarchiser les modes d’action.

 

Le tableau des tâches pour organiser le quotidien des participants au rassemblement des Soulèvements de la terre. © Laury-Anne Cholez/Reporterre 

 

La Zad : une menace qu’il faut brandir à bon escient

Ces circonvolutions autour du terme sabotage prouvent bien que son acceptation sociale est aujourd’hui assez faible, en dépit du succès de Comment saboter un pipeline (éd. La Fabrique, 2020), un livre d’Andreas Malm bien souvent évoqué [3]. « On a désappris certaines formes de conflictualité et certains gestes qui existaient il n’y a pas si longtemps que cela », explique l’historien des sciences Christophe Bonneuil qui a publié un texte de soutien aux « soulèvements de la terre » dans Politis. « La victoire d’un certain ordre social depuis quelques décennies fait qu’une chemise déchirée devient un scandale [4]. Or, comparons un instant les manifestations paysannes des années 1950 avec ce qui se fait aujourd’hui. Et rappelons-nous que les conquêtes écologistes n’ont pas été acquises sans gestes de blocage ou d’intrusion. »

 

Des affiches contre la Réintoxication du monde et pour les Soulèvements de la terre. © Laury-Anne Cholez/Reporterre
 

Quel que soit leur nom, ces gestes de destruction ne sont pas à la portée de tous les militants. Peur des conséquences juridiques, peur des retombées sur sa vie personnelle, pour ceux qui habitent dans des petites villes où tout le monde se connaît. À Saint-Colomban (Loire-Atlantique), le simple terme de « blocage » était déjà très crispant pour les membres de l’association citoyenne La tête dans le sable, opposante historique au projet d’agrandissement des carrières de sable. « Ce sont les "soulèvements de la terre" qui ont poussé vers plus de radicalité en assumant l’idée de porter l’action de blocage du lundi matin [une quarantaine de tracteurs avaient bloqué une plateforme logistique]. Mais cela a également donné du grain à moudre aux opposants pour taper sur l’association », explique Clément, participant à l’action.

Redoutant l’installation d’une Zad, une pétition a même été lancée par certains habitants. « Lors de notre conférence de presse, un journaliste m’a demandé si nous comptions installer une Zad. Je lui ai alors proposé de définir le mot Zad. Car si c’est une zone à défendre des terres menacées alors oui, il y a une zone à défendre à Saint-Colomban. Pour autant, nous ne voulions pas refaire un autre Notre-Dame-des-Landes. D’ailleurs, l’action de blocage s’est très bien passée, faisant démentir toutes les critiques », poursuit Clément.

 

La deuxième saison débutera à Niort (Deux-Sèvres) par une action lors du congrès de la FNSEA fin septembre. © Laury-Anne Cholez/Reporterre 

 

La Zad est aujourd’hui devenue un chiffon rouge qu’il faut brandir à bon escient face aux autorités. Cette menace peut alors s’avérer utile, sans toutefois être une fin en soi, explique Léna Lazare, membre de Youth for climate. « On a parfois l’impression que c’est la solution à tout, mais ce n’est pas vrai. Être radical, c’est prendre les choses à la racine et être efficace. Parfois, il est plus pertinent de faire un grand rassemblement que d’aller bloquer un site. Il ne faut pas tomber dans la posture : "On est plus radicaux alors on dégrade". Cela doit avoir un véritable impact. »

Les hésitations de la Confédération paysanne

La Confédération paysanne hésite quant à son niveau d’engagement. En Haute-Loire, la section locale du syndicat a discuté avant de soutenir l’action contre la déviation de la RN88. Même chose à Saint-Colomban, où le bureau local a même appelé ses membres à ne pas participer au blocage. « Peut-être qu’ils ne voulaient pas froisser les politiques ? Mais c’est clair que cela a participé à la démobilisation des paysans locaux », admet Clément. « Les "soulèvements de la terre" sont arrivés un peu comme un ovni », explique un membre de la Confédération paysanne nationale, présent à la rencontre estivale. D’un côté, le bureau national aimerait encourager cette dynamique pour la préservation des terres agricoles, et avait signé l’appel aux « soulèvements de la terre ». De l’autre, il ne peut pas acter un appui inconditionnel envers des collectifs qui prônent le blocage — voire le désarmement — sans froisser certaines susceptibilités, notamment au niveau local. L’époque où les paysans s’attaquaient au McDonald’s de Millau (Aveyron) [5] semble bien lointaine et la question du soutien aux « soulèvements de la terre » va continuer à susciter des débats.

La lutte contre l’artificialisation et l’accaparement des terres agricoles est pourtant pressante. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), en 2016, une exploitation agricole disposait en moyenne de 63 hectares, soit 20 de plus qu’en 2000. Les très grandes exploitations occupent désormais 36 % du territoire agricole. Une lame de fond vers une agriculture toujours plus robotisée, toujours plus consommatrice d’eau et de pesticides et surtout sans paysans.

 

Le collectif qui lutte contre les Bassines dans les Deux Sèvres. Plusieurs séries d’actions sont déjà prévues pour l’automne. © Laury-Anne Cholez/Reporterre 

 

 La deuxième saison des « soulèvements de la terre » commencera d’ailleurs à Niort (Deux-Sèvres), lors du congrès du syndicat majoritaire, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), du 21 au 23 septembre. Les collectifs qui s’opposent aux bassines – des réserves d’eau artificielles construites pour les besoins de l’agriculture industrielle – entendent bloquer le début des travaux et remettre la question de la répartition de l’eau au cœur de l’actualité. D’autres évènements sont déjà prévus : une marche reliant les différentes luttes en Île-de-France les 9 et 10 octobre, une action contre Monsanto à Lyon en février... « Je suis confiante sur la saison 2, dit Léna Lazare. J’espère qu’on va embarquer plus de gens et trouver une façon de porter les choses sur le long terme. Le but est de créer une réelle convergence solide entre le monde paysan, les autonomes et le mouvement climat. »

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C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.
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En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
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Notes

[1] Un lieu et un collectif fédérant des territoires en lutte à l’échelle mondiale.

[2] Le mouvement autonome est un mode d’organisation politique hors des partis et des syndicats. On peut lire à ce sujet l’ouvrage de Julien Allavena, L’hypothèse autonome (Amsterdam, 2020).

[3] Andreas Malm est maître de conférences en géographie humaine en Suède et militant pour le climat. Il est également l’auteur de L’Anthropocène contre l’histoire (2017) et La chauve-souris et le capital (2020), aux éditions La Fabrique.

[4] En octobre 2015, à la suite d’une manifestation à l’aéroport de Roissy contre un projet de restructuration mettant en péril plusieurs milliers d’emplois, deux cadres d’Air France avaient eu leur chemise arrachée.

[5] En août 1999, des paysans militants des syndicats agricoles Confédération paysanne et SPLB (Syndicat des producteurs de lait de brebis) ont « démonté » le chantier de construction d’un McDonald’s.

 

Source : https://reporterre.net/Sabotage-blocage-desarmement-A-la-Zad-deux-jours-de-reflexion-sur-les-luttes?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

samedi 4 septembre 2021

LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE FUKUSHIMA VA CONSTRUIRE UN TUNNEL SOUS LA MER POUR LIBÉRER UN MILLION DE TONNES D’EAU TRAITÉE

LA CENTRALE NUCLÉAIRE 

DE FUKUSHIMA 

VA CONSTRUIRE UN TUNNEL 

SOUS LA MER 

POUR LIBÉRER UN MILLION DE TONNES D’EAU 

TRAITÉE

 



Le tunnel de 1 km de long et de huit pieds de large s’étendra à l’est des réservoirs d’eau de la centrale nucléaire jusqu’à l’océan Pacifique, permettant à environ 1,27 million de tonnes d’eau traitée d’être rejetée dans la mer, malgré l’opposition des pays voisins.

Le Japon insiste sur le fait que l’eau, qui doit être libérée dans deux ans, est totalement sûre, ayant été soigneusement traitée pour éliminer les particules radioactives. Les conteneurs contiennent de l’eau qui a été utilisée pour refroidir la centrale nucléaire après sa fusion à la suite du tsunami de 2011, ainsi que de la pluie et des eaux souterraines qui se sont ensuite infiltrées.

La Tokyo Electric Power Co (TEPCO) devrait commencer la construction du tunnel d’ici mars 2022, en attendant les études de faisabilité et l’autorisation correspondante des autorités japonaises.

Les pays voisins et les communautés de pêcheurs ont critiqué le plan de libération d’eau par crainte de sécurité et craignent qu’il ne sape la confiance dans les fruits de mer pêchés dans les eaux environnantes.

TEPCO a repoussé les inquiétudes, arguant que ce tunnel atténuerait ces inquiétudes en empêchant le risque de reflux des eaux traitées vers la côte.

Le responsable du démantèlement de l’usine de Fukushima, Akira Ona, a déclaré que les responsables sont prêts à « dissiper les inquiétudes des personnes impliquées dans la pêche » et d’autres industries. TEPCO a déclaré qu’il ne procéderait à la libération que si le mouvement passe les inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui a précédemment défendu le plan. (Voir NDLR en fin d’article)

Le Premier ministre japonais Yoshihide Suga a décrit la sortie prévue comme un « tâche inévitable » au point culminant du long processus de déclassement, conçu pour atténuer l’impact du tsunami dévastateur.

Le tremblement de terre de Tohoku en 2011 et le tsunami qui a suivi ont fait près de 20 000 morts le long de la côte pacifique du Japon. La catastrophe naturelle a provoqué l’effondrement de la centrale de Fukushima, entraînant la pire catastrophe nucléaire depuis l’incident de Tchernobyl en 1986, le gouvernement japonais maintenant un ordre d’évacuation dans l’une des villes touchées jusqu’en 2019, date à laquelle 40% des habitants d’Okuma ont finalement été autorisés à rentrer à la maison. Les citoyens de Futaba et d’un certain nombre de villes voisines sont toujours confrontés à des restrictions en raison de la contamination causée.

 

Par Gaspar Bazinet, publié le 25 août 2021

 

https://news-24.fr/la-centrale-nucleaire-de-fukushima-va-construire-un-tunnel-sous-mer-pour-liberer-un-million-de-tonnes-deau-traitee/

 

NDLR : L’Agence internationale de l’énergie atomique n’est pas neutre puisque qu’elle œuvre manifestement pour le développement de l’énergie atomique sous son contrôle. À mon avis, ce serait mieux que ce soit une instance internationale de citoyens tirés au sort qui décide du rejet ou non. Mais là, je rêve !! Quant à l’eau dite « traitée », l’article ne précise pas qu’elle contient encore de la radioactivité sous forme de tritium ce qui est le cas (un faible taux au litre certes mais multiplié par le nombre de litres, ce n’est pas négligeable). Quant aux poissons qui vivront dans l’environnement du rejet, ils concentrerons cette radioactivité et se retrouveront dans l’assiette des consommateurs. Bon appétit !

 

Source : https://savoie-antinucleaire.fr/2021/08/26/la-centrale-nucleaire-de-fukushima-va-construire-un-tunnel-sous-la-mer-pour-liberer-un-million-de-tonnes-deau-traitee/ 

 

vendredi 3 septembre 2021

Les jardins potagers d’Aubervilliers sont rasés pour le spa des JO

Les jardins potagers d’Aubervilliers 

sont rasés pour le spa des JO

  

Conséquence néfaste d’une logique politique court-termiste basée sur la quête du prestige d’une compétition internationale, et de son flux de partenariats financiers, plutôt que d’une vision à long-terme préservant les communs et gardant en tête l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

 


 

2 septembre 2021 - Laurie Debove

 

Énorme choc ce matin pour les occupants des jardins d’Aubervilliers, près de Paris. Aux aurores, ils ont été expulsés par la police, après plusieurs mois de lutte contre le bétonnage des jardins ouvriers des Vertus, l’un des rares poumons verts de la Ville. Si l’expulsion était imminente, voir les pelleteuses détruire une partie de ce havre de biodiversité est un crève-cœur pour les jardiniers résistants. Ils appellent à un rassemblement ce soir-même devant la Mairie d’Aubervilliers, bien décidés à tout faire pour sauver ce qui peut encore l’être.


Des légumes pas du bitume

Depuis le 24 mai, les jardins ouvriers des Vertus, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), étaient occupés par des jardiniers et des militants opposés à la construction d’un spa/solarium adossé à la future piscine d’entraînement des Jeux olympiques de 2024. Face à la pression de la société d’aménagement du Grand Paris, ils avaient lancé un appel à l’aide le 15 juillet.

En jeu : la préservation de 17 parcelles potagères (soit 4 000 m2) et pleines de vie, pour les sauver du futur centre aquatique du Fort d’Aubervilliers, l’un des 5 sites d’entraînement destinés aux compétiteurs des Jeux olympiques de 2024, et notamment de son espace de « fitness, spa et solarium minéral » qui va prendre la place des jardins.

Afin d’empêcher le désastre, les jardiniers avaient même missionnés un architecte pour qu’il propose un projet alternatif, plans à l’appui, afin de placer l’extension de la piscine directement sur le toit du parking.

Non seulement ils n’ont jamais eu de retours à cette proposition constructive, mais l’épée de Damoclès qui planait au-dessus de leur tête a fini par trancher : la police et les pelleteuses sont arrivées ce matin pour expulser les jardiniers et raser ces terres fertiles.

 
 


Lire aussi : JO Paris 2024 : les Jardins populaires d’Aubervilliers sont menacés d’expulsion

 

 « Le fait que ces jardins sont un lieu à préserver tombe sous le sens quand on y est. C’est à la fois un îlot de verdure rempli de biodiversité et de vie, mais aussi un héritage culturel important qui fait partie de l’Histoire de la Ville. Le raser pour un solarium, c’est ignoble au possible. La zone va être entièrement rasée, ils vont poser des barrières de chantier et bétonner ça en vitesse. » témoigne un occupant des Jardins auprès de La Relève et La Peste

 Des occupants ont subi des contrôle d’identité et deux ont été placés en garde-à-vue, avant d’être relâchés. Malheureusement certains des oiseaux, hérissons, coléoptères et mille autres petits insectes de ce lieu de vie foisonnant n’auront pas le temps de s’enfuir face aux pelleteuses.

 

 Lire aussi : Les insectes sont indispensables dans les écosystèmes : il est urgent de les sauver !

 


 

L’hypocrisie politique

« À la veille du Congrès de l’UICN sur la biodiversité à Marseille… on saccage le vivant à tour de pelleteuses » déplore Extinction Rebellion France.

Le calendrier de l’expulsion est ainsi étonnamment choisi par les autorités et relève d’une certaine hypocrisie entre les beaux discours promus lors de congrès internationaux et les actes sur le territoire francophone. Un constat dénoncé par de nombreux habitants de la Ville et soutiens des Jardins.

 

« A Aubervilliers, on fait partie des plus menacés par le réchauffement climatique tellement c’est pauvre et bétonné. Donc à un moment, les discours ça ne va plus, ça ne suffit plus. Et là, le gouvernement ne fait qu’entériner son hypocrisie constante depuis le début de son quinquennat. Quand on voit ce qu’il s’est passé au Canada avec le village de Lytton qui a entièrement brûlé, qu’est-ce qu’on attend ? Ici, en France, j’ai déjà dû aller aux urgences deux fois pour déshydratation à cause de la chaleur : une fois pour ma fille dans un bus, et une autre fois pour moi en période de forte chaleur estivale alors que j’étais enceinte. Il y a un enjeu de santé publique majeur, je n’ai pas envie d’attendre de crever à cause du béton. Et je suis d’autant plus en colère car cette semaine je suis allée dans Paris, où malgré le béton il y a des arbres et des squares verdoyants… Paris à côté d’Aubervilliers, c’est vert ! Là, on est en train de créer une société à deux vitesses avec des gens qui s’enrichissent et détruisent de façon éhontée la biodiversité et les communs d’un côté, et de l’autre des pauvres qui ne font que trimer et ne disposent même plus d’espaces verts pour se ressourcer ! » dénonce une maman auprès de La Relève et La Peste

 

Lire aussi : JO 2024 : les jardiniers d’Aubervilliers se battent pour sauver leurs terres du béton

De fait, les JO ne vont durer que 15 jours, temps d’utilisation de ce solarium, là où des piscines municipales pour apprendre aux enfants à nager ou des investissements dans les écoles et les infrastructures publiques auraient été bien plus utiles aux habitants.

Conséquence néfaste d’une logique politique court-termiste basée sur la quête du prestige d’une compétition internationale, et de son flux de partenariats financiers, plutôt que d’une vision à long-terme préservant les communs et gardant en tête l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Objectif indispensable pour la pérennité des conditions de Vie sur Terre telles que nous les connaissons actuellement.

 

Lire aussi : « Sportwashing » : les sponsors des sportifs sont les principaux responsables de la crise écologique

 

Le déni de démocratie est ressenti d’autant plus fortement par les défenseurs des jardins qu’un recours contre le permis de construire avait été déposé par le collectif début août et est toujours en train d’être étudié. Les pelleteuses ont donc pris les devants, avant d’obtenir une réponse.

Pour autant, le collectif de Défense des Jardins d’Aubervilliers est bien décidé à ne rien lâcher et va déposer un référé de suspension des travaux. Il appelle à un rassemblement de soutien devant la Mairie ce soir à 18h. Car le combat est loin d’être fini : un projet de station de métro menace de bétonner d’autres parcelles. Malgré les pelleteuses actuelles, c’est donc tout un monde qu’il reste à sauver, aux Jardins d’Aubervilliers.

Plus d’infos ici : http://www.jardinsaubervilliers.fr/

 

 2 septembre 2021 - Laurie Debove 

 

Source : https://lareleveetlapeste.fr/les-jardins-potagers-daubervilliers-sont-rases-pour-le-spa-des-jo/?utm_source=actus_lilo

jeudi 2 septembre 2021

Non chassés, les blaireaux sortent plus tôt des terriers

Non chassés, 

les blaireaux sortent plus tôt 

des terriers

11/08/2021

Une étude menée en Meurthe-et-Moselle sur plusieurs clans non-persécutés par l’homme, révèle que les blaireaux quittent volontiers leurs abris souterrains bien avant le coucher de soleil.


 

Les études récentes s’intéressant aux mœurs des blaireaux selon leur environnement sont assez peu nombreuses. Celle menée par Yann Lebecel*, publiée dans le bulletin n°145 de la Société zoologique de France en 2020, tend à démontrer de manière rigoureuse ce que beaucoup de naturalistes constatent de façon empirique : lorsque les animaux sauvages ne sont pas persécutés, ils regagnent confiance dans l’humanité !

A l’aide d’un dispositif de caméras-automatiques installés pendant toute une année sur des terriers de 5 familles différentes, dans une zone exempte de toute persécution humaine depuis 10-15 ans, l’auteur de l’étude en arrive à la conclusion que la tombée de la nuit n’est pas un facteur déclenchant la sortie des blaireaux. Pour certains clans, l’heure d’émergence survient même plus d’une heure avant le coucher de soleil au printemps et en été.

En France, où se pratiquent la chasse à tir mais surtout la chasse par déterrage, les blaireaux ont une réputation d’animaux noctambules, et sont très difficiles à observer pour le grand public. On a hélas plus de chances de les croiser morts, écrasés sur la route…

Cela ne devrait pourtant pas être une fatalité ! Le blaireau se devrait d’être protégé, comme il l’est chez presque tous nos voisins. Animal sociable, discret, notre petit panda européen a comme chaque animal son rôle dans l’écosystème. En creusant des terriers, il profite à d’autres espèces susceptibles d’y trouver refuge (renard, martre, chat forestier, chauves-souris, mulots… et même la loutre !). Omnivore opportuniste, le blaireau peut aider le jardinier en consommant des vers blancs, des rongeurs, des limaces ou des escargots.

En s’octroyant le droit de vie et de mort sur les blaireaux, classés « gibier » en France (alors qu’ils ne se mangent pas !), le monde de la chasse prive le reste de la population du droit à la contemplation. Cette « gestion » cynégétique se fait d’autant plus sans aucune justification scientifique, puisqu’aucune étude sérieuse n’existe pour estimer l’effectif des populations et leur état de conservation ! Il y a toutefois des raisons d’être optimiste pour l’avenir : sous la pression de nos associations, de plus en plus de préfets réduisent les périodes légales de vénerie sous terre, et le nombre d’équipages de chasse sous terre diminue d’année en année.

* Yann Lebecel est également président de l’association Blaireau & Sauvage. 

Blaireau-dessin-G.Macagno 

 

Comment aider l’ASPAS à protéger les blaireaux ?

> Soutenez notre pétition pour demander l’interdiction du déterrage
> Partagez la carte de France du déterrage, pour sensibiliser votre entourage
> Faites découvrir le blaireau à vos enfants, grâce au kit pédagogique de l’ASPAS « J’aime les blaireaux » !

 

Source : https://www.aspas-nature.org/actualites/non-chasses-les-blaireaux-sortent-plus-tot-des-terriers/

mercredi 1 septembre 2021

Serres de tomates, une filière énergivore et très concentrée

 

Serres de tomates, 

une filière énergivore 

et très concentrée

 

13 novembre 2020

 

Plus d’une tomate sur huit en France est produite dans une serre chauffée. Pour inonder les supermarchés, la filière s’est organisée, concentrée, et multiplie depuis quelques années les mégaprojets.

Fond blanc, forêt de feuilles d’un vert lumineux et grappes de tomates rouges cascadant le long des tiges. Tout est propre, net, on se croirait dans un univers médical. Voici ce que montrent les images de communication sur les serres de tomates chauffées nouvelle génération. Voici aussi ce que l’on aperçoit, derrière les hautes vitres parfois badigeonnées de blanc pour atténuer les rayons du soleil. Bienvenue dans le monde des « serristes » [1].

C’est dans ce type d’atmosphère sous contrôle que pousse « plus de 85 % de la production française de tomates », nous explique Laurent Bergé, président de l’AOPn — Association d’organisations de producteurs nationale — tomates et concombres de France. Les serres chauffées ont permis d’étendre la saison de production, d’augmenter la production, et de hisser la tomate à la place de légume frais (hors pomme de terre) le plus consommé en France, avec environ 13 kilos par habitant et par an.

Nouvelle diversité de variétés, recherche de goût, utilisation des insectes plutôt que des pesticides pour lutter contre les agresseurs, réduction de la consommation en eau, ordinateurs de calcul pour limiter la quantité d’énergie consommée, passage aux énergies renouvelables… Ces dernières années, les producteurs ont multiplié innovations et remises en question pour échapper à l’image de « produit de masse, industriel (…), en raison (…) de son mode de production sous serre mystérieux et peut-être pas naturel car il ne respecte pas les saisons », relate ainsi une étude de 2015 réalisée à la demande des producteurs de tomates et concombres. On trouve même des tomates bio produites sous serre chauffée, pour lesquelles les défenseurs d’une bio respectant les saisons ont obtenu une restriction : on ne peut les vendre qu’à partir du mois de mai.

 
Les serres ne sont pas de simples structures légères posées sur un champ.

Alors, les serristes sont-ils devenus vertueux ? Pas sûr. Car les serres ne sont pas de simples structures légères posées sur un champ. Leur empreinte sur l’environnement s’apparenterait plutôt à celle d’entrepôts logistiques, a pu constater Reporterre, parti en reportage dans les fiefs de deux des plus grandes organisations de producteurs du secteur : à Plougastel-Daoulas, à côté de Brest, où se trouve le siège de la Coopérative maraîchère de l’ouest (marque Savéol) et à Plouescat, juste à côté de Saint-Pol-de-Léon et de sa Sica (marque Prince de Bretagne, première coopérative productrice de légumes en France). Ce reportage est à lire ici. Et derrière ces micro-usines qui se multiplient en terres agricoles, on trouve une filière très… concentrée, bien organisée, et bien implantée dans plusieurs territoires français. Reporterre vous la décrit en quatre points.

1. Des maraîchers du XIXe siècle au serriste du XXIe : la (trop ?) belle histoire des serres

Il faut le savoir. Il y a un ancêtre commun au serriste et au permaculteur : le maraîcher parisien du XIXe siècle. Avec ses couches chaudes, ses cloches de verre et ses châssis, son but était de produire beaucoup sur une petite surface, si possible en avance sur la saison (les légumes pouvaient être vendus plus chers). « La serre a commencé comme cela, avec cette idée de vendre en contre-saison sur les marchés parisiens », explique Laurent Bergé, lui-même serriste. C’étaient alors des structures basses. « Puis, dans les années 1950-60, sont arrivées les serres hautes », poursuit le producteur et président de l’AOPn tomates et concombres de France. D’abord, ce sont les agriculteurs du Sud, rois de la tomate grâce au soleil, qui se sont équipés. Puis la Bretagne est entrée dans la course. Plus de la moitié de la production de tomates s’y faisait déjà sous serre au milieu des années 1970.

 
Dans le hameau de Kerveyer, où quatre exploitations de serristes se concentrent.

« Le hors-sol est arrivé dans les années 1980 », reprend M. Bergé. Les racines sont alors sorties de terre pour aller se planter dans des pains, enrobés de plastique, contenant des matières diverses (laine de roche, fibre de coco), le tout alimenté par une fertirrigation — comprenez de l’eau contenant aussi les éléments nutritifs nécessaires aux plantes. Avec elles sont arrivées deux marques bien connues dans les supermarchés, Savéol (1981) et Les paysans de Rougeline (1990). « On avait des problématiques sanitaires qui supposaient d’utiliser beaucoup de produits de désinfection du sol. Cela a permis d’éliminer 50 % des traitements », dit M. Bergé.

Depuis, les serres n’ont cessé de s’élever (jusqu’à 7,5 mètres aujourd’hui), et d’être plus technologiques : « On a des serres plus lumineuses, plus économes en énergie, avec des systèmes plus efficients qui permettent d’économiser entre deux et trois fois la consommation d’eau par rapport à du sol. On n’utilise quasiment plus de produits phytosanitaires. Et ces dernières années, les capteurs se sont développés pour lire le fonctionnement de la plante, établir si elle est en stress et savoir si elle a besoin d’être réchauffée, arrosée… »

Une évolution technologique qui a été aussi géographique. La Bretagne a pris les devants au début des années 2000 avec ses serres high-tech plus récentes.

 
Source : Enquête serres chauffées 2016 du Ctifl

2. Concentré de tomates : quand cinq coopératives contrôlent 65 % de la production

Comme pour le reste de l’agriculture, le secteur a aussi connu une diminution du nombre d’agriculteurs, et un agrandissement des exploitations. En 2006, les exploitations avaient en moyenne 2,4 hectares de serres. Dix ans plus tard, en 2016, on était passé à 3,9 hectares [2].

Une poignée de grosses coopératives agricoles domine la filière. Environ 500.000 tonnes de tomates sont produites chaque année en France. Près de 65 % le sont par les cinq plus grosses coopératives de producteurs présentes dans le secteur de la tomate, a pu calculer Reporterre (nous avons additionné les chiffres de production donnés par les marques — gérées par des coopératives — Prince de Bretagne, Rougeline, Savéol, et les coopératives Solarenn et Océane).

La communication semble d’ailleurs aussi concentrée que la filière : après avoir essuyé le refus de plusieurs coopératives, Reporterre n’a finalement, après de multiples relances, pu interroger comme serriste que M. Bergé, dont l’association représente plus de 65 % des producteurs français, nous assure-t-il. « M. Bergé parle pour nous », nous a expliqué le président de Rougeline, pour motiver son refus d’être interrogé.

 


De nouveaux concurrents émergent depuis peu, et mettent des volumes impressionnants sur le marché. Ce sont les acteurs étrangers. À Arques (Pas-de-Calais), une serre de neuf hectares a été construite par deux frères belges. Leur ambition : conquérir 10 % du marché des Hauts-de-France. Non loin du Mont-Saint-Michel, à Brécey (Manche), c’est presque le double ­— dix-sept hectares — qui ont été construits d’une seule traite. Ce serait la plus grande serre d’Europe. Elle a coûté quarante millions d’euros, dont seize investis par le porteur de ce projet, le Néerlandais Rik Van Den Bosch.

Pour ne pas se laisser distancer, les Français mûrissent aussi leurs projets. Savéol prévoit quatorze hectares de serres à Concarneau, dans le sud du Finistère, encore vierge de serres. L’agglomération suit la coopérative, car cela lui permettrait de valoriser l’énergie dite « fatale » (inutilisée) de son incinérateur en chauffant les tomates, et ainsi d’éviter des pénalités. Le même système de récupération d’énergie a été mis en place en Corrèze pour les huit hectares de Rosiers-d’Égletons, dont les tomates sont commercialisées par Rougeline. Vers Caen, dans le Calvados, ce sont aussi des déchets qui chaufferont les neuf hectares en construction.

Le marché est donc désormais « mature », explique Laurent Bergé. « On a connu une multiplicité de crises de la tomate, et elles sont de plus en plus longues. On fait passer le message aux producteurs qu’il faut déployer d’autres légumes — aubergines, poivrons — car sinon ça va poser problème. » La surproduction est déjà régulière, comme à côté de Nantes fin août où un maraîcher expliquait à France 3 avoir jeté deux à trois tonnes de tomates : « Il y a une surproduction momentanée de tomates et le marché s’est affaissé. Les volumes sont tellement importants, il y en a partout, plus personne ne sait quoi en faire. »

Message reçu cinq sur cinq par M. Van Den Bosh, qui après son premier succès à Brécey a lancé à quelques kilomètres de là, à Isigny-le-Buat, un nouveau projet de mégaserre de douze hectares, mais, cette fois-ci, afin d’y faire pousser des poivrons.

3. Des bijoux de technologie énergivores

Les bijoux de technologie où sont produites nos tomates sont cependant énergivores. D’après les calculs de l’Ademe (Agence de la transition écologique), une tomate sous serre chauffée émet douze fois plus de CO2 qu’une tomate sous abris non chauffé [3]. En tout, le CTIFL évaluait la consommation totale d’énergie des serres à 3,3 Twh en 2016… soit plus de trois fois la consommation électrique de la ville de Lyon [4]. La consommation d’énergie pour produire un kilo de tomates a baissé de 25 %, se félicitait le CTIFL en 2016. Notamment parce que les rendements des serres ont augmenté, et peuvent aller jusqu’à soixante kilogrammes au mètre carré. Reste que les trois quarts des serres sont chauffées au gaz, une énergie fossile, donc.

 

« Certes, les serres sont consommatrices de ressources, mais on travaille pour qu’elles diminuent fortement, s’obstine Laurent Bergé. C’est ce qui nous permet d’assurer une certaine autonomie alimentaire à la France, plutôt que d’importer. » La profession se vante que 50 % des surfaces de serres sont désormais chauffées par des chaudières à gaz dites « cogénération », permettant d’en tirer le maximum d’énergie et de produire à la fois chaleur et électricité.

« Quand ils sont passés en cogénération, il y a dix ou quinze ans, il leur a fallu agrandir, pour avoir la surface permettant d’amortir la chaudière », dit Luc Calvez, maraîcher bio dans le Léon. Il a quitté la Sica, comme on appelle localement la coopérative qui a créé la marque Prince de Bretagne, pour la coopérative de maraîchers bio BioBreizh. Il a des tunnels, mais non chauffés. « On fait une quarantaine de légumes, des rotations, on met du compost ou du fumier qui se dégradent lentement dans le sol. On fait dix kilogrammes au mètre carré. Eux, pour rentabiliser leurs serres, ils sont obligés de cracher de la tomate. Ils arrivent avec de gros volumes en début de saison, et ensuite la surproduction est déversée sous le viaduc de Morlaix ! »

Les serres coûtent très cher. « 800.000 à 1,5 million d’euros à l’hectare », confirme Laurent Bergé. Comment les agriculteurs peuvent-ils financer ? « Ils vont voir leur banquier, l’agriculture a toujours investi ! Vous amortissez sur dix à vingt ans, en fonction de la valeur ajoutée des produits. »

Embouchure de l’Elorn : les eaux usées des serres chargées en nitrates se déchargent dans l’environnement.

Mais il n’y a pas que les banques. Au syndicat des Producteurs de légumes de France, on liste les autres moyens de financement : contrats de rachat par EDF de l’électricité produite en cogénération, aides publiques de France Agrimer jusqu’en 2017, aides de certaines régions, fonds chaleur de l’Ademe, et certificats d’économie d’énergie. Autant de dispositifs visant à aider à la modernisation des serres et de leurs chaudières, car cela « permettrait d’importantes économies d’énergie », estime l’Ademe. Mais l’économie ne serait-elle pas de ne pas subventionner ces installations énergivores ?

4. Des pouvoirs publics complaisants ?

Localement, les serres, très demandeuses en petites mains, sont souvent vues comme pourvoyeuses d’activité économique et d’emplois. L’association de M. Bergé revendique ainsi 6.000 emplois créés par ses adhérents. Savéol est le troisième employeur privé du bassin brestois, observait l’Express en 2017. « Les serristes, on les appelle “les seigneurs de Plougastel” », dit David Derrien, fondateur de l’association À quoi ça serre ? qui traque localement les pollutions des serristes. Dans la commune, la mairie accorde sans rechigner permis après permis de construire. Reporterre a voulu interroger le maire de Plougastel, Dominique Cap, afin de connaître la politique de la mairie sur le sujet. Réponse : pas le temps en raison du Covid.

« Les serristes, on les appelle les seigneurs de Plougastel », dit David Derrien. A ses côtés : Danièle Cleach.
 

« J’ai vu des règles de droit bafouées au nom d’une industrie qui s’appelle Savéol », assure Franck Opperman, habitant de Plougastel et membre de l’association. À quoi ça serre ? a déjà pu détecter des pollutions de cours d’eau, et surveille les dépôts de déchets des serristes, faits de tas de plants sortis des serres, mélangés aux attaches plastiques qui les tiennent. Le tout chargé des nutriments (nitrates notamment) dont sont nourries les tomates. « On a choisi plusieurs sites où l’on sait qu’il y a des dépôts, et on surveille régulièrement. On a des preuves sur la durée », poursuit Franck Oppermann. La mairie leur ayant fermé ses portes, ils s’adressent aux services de l’État. Et ont obtenu une première mise en demeure contre un dépôt de déchets en juillet dernier. « On constate une amélioration, les serristes n’ont plus la liberté de tout faire », dit Franck Oppermann.

Des déchets de serre à Plougastel

À l’échelle départementale, cependant, les services de l’État peuvent être aussi conciliants. « Certains fonctionnaires ont pour instruction de ne pas embêter Savéol », assure M. Oppermann. En fonction de leur taille, les serres sont soumises à des autorisations de l’administration. L’évaluation environnementale du projet est obligatoire à partir de quatre hectares. En dessous, les serristes peuvent obtenir une dérogation. « Alors, ils font par tranches successives, chacune restant en dessous de quatre hectares », observe David Derrien. La consultation des données de l’administration permet de constater qu’en Bretagne, effectivement, la plupart des demandes concernent des extensions de moins de quatre hectares. Et que l’administration dispense dans la grande majorité des cas l’agriculteur d’évaluation environnementale. Pourtant, additionnées, les extensions peuvent au fil des années mener l’exploitation bien au-delà des quatre hectares de serres. Sans que jamais une étude globale des conséquences sur l’environnement ait été menée.

« On ne va pas faire interdire les serres, mais on voudrait leur faire respecter les règles », insiste Franck Opperman. « On pourrait les mettre en zone industrielle plutôt qu’agricole », suggère David Derrien. « Nous sommes partisans d’un encouragement des producteurs à sortir du chauffage des serres », propose de son côté Jonathan Chabert, maraîcher breton adhérent de la Confédération paysanne.

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C’est maintenant que tout se joue…

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Notes

[1] Reporterre a demandé à plusieurs reprises, par de multiples canaux (Savéol, Rougeline, FDSEA du Finistère), aux exploitants de ces serres d’en visiter une. Toutes les réponses, quand il y en avait, ont été négatives.

[2] Données du CTIFL, Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes

[3] 2,196 kilos de CO2 par kilo de tomate sous serre chauffée contre 0,177 kilo de CO2 par kilo de tomate sous abris froid.

[4] D’après les données Enedis.

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Précisions

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :  © Marie Astie/Reporterre

sauf : les déchets de serre à Plougastel. Association A quoi ça serre ?

Carte : © Gaëlle Sutton/Reporterre

Source : https://reporterre.net/Serres-de-tomates-une-filiere-energivore-et-tres-concentree?fbclid=IwAR3Tv36cX713UJE2AvpqoA5Ky3EAyQjZlU-NocsF6Jht_r1xgxmof0X8fvM