Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...

BLOG EN COURS D'ACTUALISATION...
...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...

mercredi 6 janvier 2021

Dans l'Orne, à Saint-Ellier-les-Bois, son fromage de chèvre épargne les chevreaux

 

Dans l'Orne, 

à Saint-Ellier-les-Bois, 

son fromage de chèvre 

épargne les chevreaux 

 

 Lila Bruyère lance une chèvrerie innovante dans l'Orne, à Saint-Ellier-les-Bois. Grâce à la lactation continue, elle produira du fromage bio sans envoyer d'animal à l'abattoir.

 

Lila Bruyère fait du bien-être animal la pierre angulaire de sa profession. (©L’Orne Hebdo) 


C’est une « alternative » que Lila Bruyère souhaite offrir aux consommateurs et « certainement pas une façon de jeter la pierre » aux autres producteurs.

En somme, « proposer une autre façon de consommer du fromage de chèvre », sans aucune arrière-pensée, et dans le respect des règles qu’elle s’est elle-même fixées.

 

Une seule portée

Son projet se résume en deux mots : la lactation continue. Une méthode d’exploitation « très rare en France » que la jeune femme de 30 ans a découvert en Bretagne, auprès de Jean-Yves Ruelloux, précurseur de cette démarche agricole.

Le principe est simple : pour lancer leur lactation, ses chèvres ne mettent bas qu’une seule fois pour mettre au monde de un à trois chevreaux. Après la période de sevrage, le lait est tiré pour en faire du fromage. Jusque-là, rien de nouveau.

Mais à l’inverse d’une grande majorité des producteurs de lait de chèvre, Lila ne fera pas faire de nouveaux cabris aux mères allaitantes.

Si l'on continue de tirer le lait tous les jours, la chèvre continuera d'en produire, même sans petit à nourrir.

Lila Bruyère Éleveuse de chèvre dans l'Orne

 

Retraite dorée

Pour assurer un rendement continu, la plupart des éleveurs opèrent une période de tarissement, puis font refaire un chevreau aux mères chaque année. Mais pour des raisons économiques évidentes, ces petits ne sont pas gardés et sont régulièrement envoyés à l’abattoir.

Une pratique généralisée que l’amoureuse des animaux ne pouvait se résoudre à suivre. Elle s’engage donc à « faire adopter les premiers chevreaux ». Et à offrir une retraite dorée aux chèvres, lorsque celles-ci ne pourront plus donner de lait.

Des bêtes dont l’espérance de vie aura triplé par rapport à une chèvrerie plus classique.

Une chèvre dont l'organisme est poussé à fond sera productive jusqu'à 4 ou 5 ans et sera envoyée ensuite à l'abattoir. Avec la méthode de lactation continue, elle va donner du lait jusqu'à 8 ou 10 ans pour une espérance de vie autour de 15 ans.

Lila Bruyère Éleveuse de chèvres dans l'Orne

Celles de Lila iront passer leurs dernières années chez des particuliers qui les adopteront, « même gratuitement ».

 


De la craie aux bottes

Originaire d’Alençon, Lila Bruyère n’est pas issue du monde agricole. La jeune femme visait plutôt le métier de professeur des écoles en intégrant un Master de l’enseignement après l’obtention de sa Licence en littérature étrangère.
Elle ne « sait pas se l’expliquer » mais l’Alençonnaise a « toujours été attirée par l’agriculture ». Des expériences en woofing (du bénévolat dans des fermes) lui ont ouvert les portes de ce secteur. Elles ont surtout fini de la convaincre d’abandonner la craie pour les bottes en caoutchouc.
Un « long cheminement » au bout duquel elle décide de se spécialiser dans les petits ruminants. Elle obtient son Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BP REA) et investit, en septembre 2020, dans ce petit terrain à Saint-Ellier-les-Bois, et dans 11 chèvres. Le tout sans aucune aide publique.
Après être parvenu à réunir 82 % de la somme nécessaire, il ne lui manque plus qu’à trouver comment financer des panneaux solaires. Si elle y parvient à temps, elle commercialisera ses premiers fromages bio à partir de juin 2021, pour les vendre à la ferme et par correspondance.

 

Un choix assumé

Inconvénient : à la fin de l’automne et en hiver, les quantités de lait sont moins importantes. Et si « le lait est plus riche, plus concentré » (on parle de taux protéïque) et qu’il en faut donc moins pour faire un fromage, les faibles quantités ne permettent pas de produire autant de fromages bio qu’au printemps.

Un manque à gagner que la jeune femme assume.

Ma production sera moins importante, mais c'est moi qui en paie les conséquences. Je fais le choix d'une production moindre, mais qui respecte mes valeurs dont, en premier lieu, le bien-être animal. Je sais que je ne vise pas la fortune. Le but est au moins de ne pas s'endetter.

Lila Bruyère Éleveuse de chèvres dans l'Orne

C’est pourquoi la nouvelle venue dans le monde agricole veut rester à la tête d’une exploitation « à taille humaine ».

La petite exploitation biologique qu’elle a achetée en septembre dernier est modeste. Cinq hectares et une petite étable de 120 m² qu’il faudra aménager en fromagerie. Un bâtiment raccordé à l’eau, mais pas à l’électricité. Elle propose donc de l’aider à financer l’installation de panneaux solaires à travers une cagnotte en ligne.

Sa cagnotte est accessible sur le site ulule.com

 

Source : https://actu.fr/normandie/saint-ellier-les-bois_61384/dans-l-orne-a-saint-ellier-les-bois-son-fromage-de-chevres-epargne-les-chevreaux_38204224.html?fbclid=IwAR0AmNc9IyQpsDdd8xV14DHI8bj5aWLHzU3Y-U6X4hZQV1UzwFlv4Scn5Zw

mardi 5 janvier 2021

L’extraordinaire vie en mer au secours de jeunes « âmes errantes »

 

L’extraordinaire vie en mer 

au secours de jeunes

 « âmes errantes »

 

30 décembre 2020 / Solenne Garrigues (Reporterre)

 

 

Pendant plus de dix ans, Michel Sparagano a conjugué l’enseignement de la philosophie au lycée et le rôle de capitaine sur le catamaran « Grandeur Nature ». À son bord, des jeunes bousculés par la vie ont découvert un autre horizon que l’échec ou la « radicalisation » qui leur semblait promis.

___________________________ 

  • Muret (Haute-Garonne), reportage

Ils ont troqué les centres sociaux, les foyers, l’isolement ou la prison pour le grand large. La cabine fait quelques mètres carrés, mais elle est remplie par les embruns. Sur le pont, les rires se mêlent au bruit du ressac. Leurs yeux observent le dédale des récifs coralliens, à l’affût d’une masse sombre. La baleine à bosse et son petit pourraient surgir des vagues à tout instant.

« Pour des jeunes, souvent perdus hors les limites de leur cité, c’est un bouleversement », raconte Michel Sparagano, longtemps capitaine du catamaran Grandeur Nature. Reporterre l’a rencontré à Muret (Haute-Garonne), où il enseigne la philosophie aux lycéens. Pendant une douzaine d’années, il a alterné le rythme de professeur et celui de skippeur. Six mois devant le tableau blanc, six mois sur l’océan, mais toujours éducateur.

 

De gauche à droite : Denis Kergomard, architecte naval ; Aurel, participant ; Michel Sparagano ; Christophe Dasnières, fondateur de l’association.

 

À l’heure des confinements successifs et de l’état d’urgence sécuritaire, il décrit les bienfaits du milieu ouvert pour des jeunes en situation d’échec, souvent déscolarisés, parfois habitués des commissariats, victimes de violence ou en danger de « radicalisation ». Depuis vingt-cinq ans, l’association Grandeur Nature organise des séjours de rupture en mer de neuf mois et demi. Si la structure tangue parfois par manque de financements publics, elle maintient le cap et ses convictions pour offrir aux jeunes d’autres horizons que le béton.

« On est comme une microsociété. Les jeunes apprennent à se faire une place et à vivre ensemble »

Âgés de onze à dix-sept ans, les adolescents sont accompagnés par trois éducateurs et un capitaine. C’est ensemble qu’ils et elles quittent Sète (Hérault) au début de l’automne, direction le Cap-Vert, la traversée de l’Atlantique en neuf jours jusqu’aux archipels brésiliens, puis la Guyane, la Dominique, Cuba et les Bahamas, avant la longue navigation de retour. Ils vont cohabiter chaque heure du quotidien sur le bateau de quinze mètres de long, et peu à peu se reconstruire.

« J’ai le souvenir d’Emilio [*], arrivé sur le catamaran plein de colère, les poings serrés plus que de raison. Il est reparti d’Haïti pacifié, de l’eau plein les yeux », raconte Michel, dont la mémoire abonde en récits de transformation. Le visage de Karim [*] à l’arrivée aux Açores en est un : « Sa fierté à quatorze ans d’avoir tenu bon, d’avoir fait son travail, d’avoir pris ses quarts, d’avoir fait à manger à tout l’équipage (en allant vomir et en s’y remettant) ; tout ça nous a convaincus qu’il ne serait plus jamais le même. »

L’association fait le choix de mêler quatre jeunes confiés par l’aide sociale à l’enfance (ASE) et trois volontaires en quête d’aventure. Une mixité jugée essentielle. « On est comme une microsociété. Les jeunes apprennent à se faire une place et à vivre ensemble », explique l’éducateur. À bord, les personnalités se révèlent rapidement. « Si tu es égoïste, ça se saura vite. » Il faut puiser en soi les forces pour faire face au mal de mer, au froid, à la peur. Bonne école en soi, « la mer impose naturellement un cadre à des gamins réfractaires aux règles », note Michel. « Pas besoin d’argumenter quand le capitaine déclare : “Si tu ne m’écoutes pas, tu vas y laisser la peau !” Les vagues de quatre mètres ne seront pas impressionnées par une casquette de travers. »

 

L’équipage 2018-2019.    

L’absence de portable, de réfrigérateur (donc de viande), d’alcool, de drogues et la nécessité d’une hygiène à l’eau de mer imposent la sobriété. Dans l’ouvrage Grandeur Nature ou la parole des enfants [1], tous les journaux de bord écrits par les jeunes sont compilés, ainsi que des témoignages postérieurs aux voyages. On retrouve celui de Marine, partie à l’âge de onze ans : « Quand je suis rentrée en France, je ne pouvais plus prendre de douches chaudes ! Je me sentais chez moi en mer. » Une fois l’expédition finie, elle est revenue vivre chez ses parents, après quatre ans d’aide sociale à l’enfance.

Dans un monde de la vitesse et du tourisme, où « le voyage » s’opère entre deux terminaux d’aéroports, Grandeur Nature apprend la lenteur. « Nous, on traverse l’Atlantique à la vitesse d’une mobylette. Le vent commande, la mer décide. On ne sait jamais quand on arrive. » Michel juge cette patience essentielle pour rencontrer quelqu’un sans le bousculer. « La lenteur du voyage amène nos jeunes lentement vers l’autre. Ils ont le temps de penser à un ailleurs, d’imaginer un pays, d’en parler le soir, d’en rêver la nuit, de guetter cette terre quand on s’approche. »

La beauté des personnes rencontrées et des paysages traversés

La rencontre avec les baleines à bosse, ces contrebasses de trente tonnes dont « le chant transperce celui qui l’écoute », est le point d’orgue du voyage. L’enseignant se remémore des membres de l’équipage « rire et pleurer en même temps sous les masques », devant la majesté du cétacé. C’est sur le Banc d’Argent, un sanctuaire marin de 3.000 km² au large de la République dominicaine, que la découverte a lieu.

Les eaux y sont chaudes et peu profondes, idéales pour que cette espèce du fond des âges vienne se reproduire. Le catamaran reste au mouillage pendant deux mois sur le site. Le temps de nager avec les géantes tranquilles et les baleineaux plus joueurs, le temps d’apprendre à naviguer entre les patates de corail, de s’imprégner de la paix du lieu et de sa beauté fragile.

 

La rencontre avec les baleines, « point d’orgue du voyage ».

L’émotion vécue en contemplant la diversité marine se double d’une conscience écologique. « Pour eux, ce n’est plus possible de voir un plastique sans détourner le bateau ! » relève Michel. Le repêcher avec la gaffe devient un jeu d’habileté. Les jeunes ont pu observer la nuit, sur une plage de l’archipel Fernando de Noronha, la ponte des tortues luths pouvant vivre trois cents ans. Ils ont admiré les raies mantas de cinq mètres d’envergure à la sortie du fleuve Maroni, en Guyane. Autant de moments qui changent leur regard sur la pollution plastique et ses déchets, ces fausses méduses qui piègent mortellement la faune marine.

Selon Michel, le voyage revêt une dimension initiatique, en permettant aux adolescents « d’investir leur énergie dans autre chose que la destruction, ou l’autodestruction ». Cette autre chose, c’est la beauté des personnes rencontrées et des paysages traversés, à laquelle « des âmes errantes » peuvent s’accrocher.

Une méduse à voile. 

 

L’expression « âmes errantes » est de Tobie Nathan, un ethnopsychiatre qui analyse les aspirations de ses jeunes patients en danger de « radicalisation ». D’après lui, les tribunaux pour enfants, les services sociaux ou les foyers sont autant de lieux qui manifestent, aux yeux des enfants, la précarité de leurs repères affectifs. Cette instabilité les rend vulnérables face aux forces, rencontrées sur Internet ou dans leur quartier, « qui les reconnaissent, les désignent, les renomment — les renomment surtout ! — et leur proposent conversion et initiation. » [2]

« Le Petit Prince de Saint-Exupéry se radicaliserait en prison »

En prenant en charge, « au bon moment et efficacement », des jeunes dont l’identité est vacillante, l’association est un rempart contre l’errance fanatique. Quand l’enseignant analyse le profil de Mohammed Merah à l’âge de 14 ans, il « reconnaît celui de certains jeunes qui montent sur nos bateaux ». Quand il regarde le parcours d’Amedy Coulibaly, il découvre qu’il a grandi dans la cité de La Grande Borne, « d’où viennent la plupart des gamins que nous envoie le conseil général de l’Essonne ». [Lire aussi L’enfance misérable des frères Kouachi.] En 2015, après la tuerie de Charlie Hebdo, Michel l’écrivait déjà dans L’Humanité : « Nous devrions être des centaines de structures à organiser des séjours de rupture. » Au lieu de ça, ces associations [3] peinent à exister et les milieux fermés continuent de mener à la prison. Michel, qui y a enseigné, le dit sans ambages : « Cela fait des années que l’on dénonce ce qui s’y passe. (…) Le Petit Prince de Saint-Exupéry se radicaliserait en prison. »

Le discours humaniste de l’éducateur se renforce d’un argument économique : « Le voyage s’élève certes à deux cents euros par jour et par jeune pendant dix mois, mais ne pas prévenir la délinquance est beaucoup plus coûteux, soutient-il. Si l’on additionne les centaines d’heures de cours dispensés pour rien par l’Éducation nationale, les minimas sociaux, les centres fermés… les séjours de rupture s’avèrent rentables. »

 


 

Pour Élodie, qui a été confiée à l’aide sociale à l’enfance depuis ses deux ans, le voyage a été une alternative à six mois d’incarcération. « Le projet était de m’éloigner de la France car j’avais essayé tous les foyers et ça craquait à chaque fois. Si j’étais rentrée en prison, quand je serais sortie ça n’aurait rien changé », écrit-elle dans son journal de bord. Le but du voyage est autant de rompre avec un milieu, des fréquentations, des comportements et une image de soi dont on est prisonnier, que de préparer le retour, qui inquiète des semaines avant l’arrivée.

« Plus on leur fait vivre des choses extraordinaires, plus l’ordinaire devient difficile », reconnaît Michel. Mais le voyage ne s’arrête pas là. Le lieu d’accueil flottant et itinérant qu’est Grandeur Nature prévoit l’ouverture d’un lieu de vie à terre. L’objectif serait d’accueillir les jeunes en amont et en aval de l’expédition, « le temps nécessaire pour les aider à mettre en place leur projet de vie ». Le temps que leurs rêves, inondés de poissons et d’amitiés, poursuivent leur éclosion sans s’évaporer.

_____________________________

C’est maintenant que tout se joue…

Le désastre environnemental s’accélère et s’aggrave, les citoyens sont de plus en plus concernés, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :

  • celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Le journal n’appartient à aucun milliardaire ou entreprise Reporterre est géré par une association à but non lucratif. Nous pensons que l’information ne doit pas être un levier d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
  • celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre consultation, sans aucune restriction. Nous considérons que l’accès à information est essentiel à la compréhension du monde et de ses enjeux, et ne doit pas être dépendant des ressources financières de chacun.
  • celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation. C’est pourquoi le journal n’affiche strictement aucune publicité. De même, sans publicité, nous ne nous soucions pas de l’opinion que pourrait avoir un annonceur de la teneur des informations publiées.

Pour ces raisons, Reporterre est un modèle rare dans le paysage médiatique. Le journal est composé d’une équipe de journalistes professionnels, qui produisent quotidiennement des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable, indépendante et transparente sur ces enjeux est une partie de la solution.

Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

  _______________________

[*Un nom d’emprunt.

[1Grandeur Nature ou la parole des enfants, Quinze ans d’expéditions maritimes avec des jeunes, 2011 (éditions Grandeur Nature ).

[2Les âmes errantes, Tobie Nathan, éditions L’Iconoclaste, 2017.

[3Parmi elles, on compte notamment Déferlante à Toulon (Var), ou Sillage à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).


Lire aussi : Louis Espinassous, l’homme qui enseigne l’environnement par la liberté

Source : Solenne Garrigues pour Reporterre

Photos : © Grandeur Nature
. chapô : le catamaran Grandeur Nature

 

Source : https://reporterre.net/L-extraordinaire-vie-en-mer-au-secours-de-jeunes-ames-errantes?utm_source=actus_lilo

lundi 4 janvier 2021

Deux ans plus tard, la mobilisation se renforce contre la serre tropicale géante en Nord-Pas-de-Calais

Deux ans plus tard, 

la mobilisation se renforce 

contre la serre tropicale géante 

en Nord-Pas-de-Calais

 

Même si cela peut paraître évident, les opposants au projet de serre lui reprochent de n’être pas écologique comme il le prétend (du greenwashing en somme) ; de sacrifier des terres agricoles ; de venir se greffer sur une biodiversité locale pourtant intéressante, mais qui n’est pas correctement favorisée ; d’être un gaspillage d’argent public à l’heure de la crise sanitaire ; de représenter enfin un risque important pour l’environnement, puisque des espèces exotiques peuvent se répandre dans les campagnes françaises. 

 


 30 décembre 2020 - Augustin Langlade

 

À Berck, dans le Pas-de-Calais, trente-huit associations s’opposent depuis deux ans au projet Tropicalia, « la plus grande serre du monde ». Recours, manifestations, sensibilisation, la lutte continue plus que jamais malgré la crise.

Il y a deux ans, on vous en parlait déjà. Voici le plus grand projet inutile du Pas-de-Calais : Tropicalia. Son slogan ? « 50 degrés nord sous les tropiques. Pour tous. Toute l’année. » Son emplacement ? À Berck, sur la Côte d’Opale, dans un département de climat océanique où la moyenne annuelle des températures s’établit à 11 degrés.

Tropicalia, c’est le rêve d’un homme : Cédric Guérin. Au début de la dernière décennie, ce vétérinaire, mais surtout homme d’affaires, décide de construire au nord de la France « la plus grande serre tropicale du monde » : deux hectares de forêt amazonienne, destinés à accueillir des milliers de papillons, reptiles, oiseaux ou orchidées, une cascade, ou encore un bassin de poissons rares… Le tout maintenu en permanence à une température oscillant entre 26 et 28 degrés, avec livraison de chrysalides chaque semaine (par avion). 

En mars 2018, le projet se précise. La presse et la population le découvrent. Les promoteurs annoncent avoir choisi comme emplacement le champ de Gretz. Ce terrain agricole d’une dizaine d’hectares, récemment reconverti en zone d’aménagement concerté (ZAC), est situé à cheval entre les communes de Rang-du-Fliers et de Verton, près d’un petit bois et d’un hôpital.

Sa situation semble idéale : à 8 km du parc d’attractions de Bagatelle, 9 km de la plage de Berck et 50 km environ de Nausicaá, le plus grand aquarium d’Europe, à Boulogne-sur-Mer.

Sur les dix hectares de terrain, quatre sont censés être artificialisés. Il faudra d’abord couler une immense plaque de béton, sur laquelle seront installés un parking puis une serre de 20 000 mètres carrés, composée d’une double enveloppe d’éthylène tétrafluoroéthylène.

Ce matériau qu’on qualifie « d’innovant » car il est susceptible de retenir la chaleur est en réalité un thermoplastique (dérivé d’hydrocarbure) utilisé comme alternative au verre. Viendront ensuite les espaces verts et de promenade qui s’étireront sur les six hectares restants.

 

Crédit : Coldefy & Associates

 

Mais ce magnifique projet tout droit sorti de l’ancien monde suscite depuis deux ans une vague d’opposition qui ne va qu’en se renforçant. Elle est aujourd’hui rassemblée sous la bannière « Non à Tropicalia », un collectif fédérant trente-huit associations de tous bords, nationales et locales, de Greenpeace à la LPO en passant par Attac, Picardie Nature, GDEAM-62…

Même si cela peut paraître évident, les opposants au projet de serre lui reprochent de n’être pas écologique comme il le prétend (du greenwashing en somme) ; de sacrifier des terres agricoles ; de venir se greffer sur une biodiversité locale pourtant intéressante, mais qui n’est pas correctement favorisée ; d’être un gaspillage d’argent public à l’heure de la crise sanitaire ; de représenter enfin un risque important pour l’environnement, puisque des espèces exotiques peuvent se répandre dans les campagnes françaises.

Comme tous les autres projets inutiles, la serre tropicale du champ de Gretz est un gouffre financier soutenu en bloc par la préfecture, les élus locaux, la région, le département et l’Union européenne. « Il n’y a qu’à voir la liste des financements pour le comprendre », nous indique Martine Minne, présidente d’Attac-Flandre, qui fait partie du collectif et s’est attelé, spécialité oblige, à rechercher les sources financières des promoteurs.

Sur les 73 millions d’euros que nécessitent l’ensemble des installations, la militante estime que 12,4 au moins proviendront de fonds publics, dont dix ont été demandés à l’Agence de la transition écologique (Ademe) et au Fonds européen de développement régional (Feder), géré par la région des Hauts-de-France.

« Les investisseurs privés représentent quant à eux 14 millions d’euros et un emprunt à une banque d’affaires anglo-saxone, la BFIN, fournira les 45 ou 46 millions d’euros restants. »

Pour la plus grosse part du budget, l’opacité règne. Impossible encore de savoir de quelles institutions et sous quelles conditions viendra l’argent. Le dossier des financements soulève plusieurs questions.

En premier lieu, comment les promoteurs rembourseront-ils leur emprunt colossal ? Selon toute apparence, grâce au coquet prix d’entrée qui sera exigé : un peu moins d’une centaine d’euros pour une famille de deux parents et deux enfants. Cédric Guérin envisage une fréquentation de 500 000 visiteurs par an, dans un département dopé par la coexistence de plusieurs attractions touristiques. Du moins avant que n’éclate la pandémie actuelle.

En second lieu, pourquoi l’Ademe financerait-elle un projet de serre tropicale au beau milieu du Pas-de-Calais ?

« Leur demande de subvention est fondée sur la prétendue performance énergétique de la serre, qui consommerait moins qu’une structure en verre, nous répond Martine Minne. L’innovation… Mais il n’est pas dit que le dossier aboutisse, loin de là. Tropicalia prétend avoir obtenu l’argent, mais l’Ademe est claire : à partir du moment où des promoteurs leur ont déposé une demande, ils peuvent faire apparaître leur logo dans leur communication. »

Après la délivrance du permis de construire en octobre, le collectif a déposé en décembre 2019 un recours gracieux auprès des mairies de Rang-du-Fliers et de Verton, refusé par les édiles, passé le délai réglementaire de deux mois. C’est pourquoi en mars 2020, « Non à Tropicalia » a choisi de passer à l’échelon supérieur.

 

 https://www.facebook.com/nonatropicalia/photos/a.231330205172853/233329244972949/?type=3

L’affaire est désormais portée au tribunal administratif par le Groupement de défense de l’environnement de l’arrondissement de Montreuil (GDEAM-62), une association connue pour sa virulence et ses succès en matière juridique.

Le GDEAM-62 ne s’en cache pas, le recours actuel déposé pour « excès de pouvoir » ambitionne l’annulation pure et simple du permis de construire. Lors d’une manifestation qui a eu lieu le 20 décembre dernier sur le champ de Gretz pour les cinq ans de l’accord de Paris pour le climat, la présidente du Groupement, Mariette Vanbrugghe, a expliqué que l’étude d’impact du projet (667 pages) comportait plusieurs erreurs graves d’appréciation et certains vices de procédure.

Outre la « légèreté de l’évaluation de l’impact sur le trafic routier », « l’insuffisance de l’étude d’incidence Natura 2000 », la méconnaissance des matériaux de construction et la « sous-estimation de l’impact » d’une serre d’un sommet de 61 mètres sur le paysage des plaines maritimes, Mariette Vanbrugghe a démontré que les promoteurs ont menti sur la surface réelle du projet, présentée comme « inférieure à dix hectares » et donc pouvant se passer d’enquête publique.

Or, en plus des 9,3 hectares du champ de Gretz, le chantier devra « utiliser un terrain voisin au sud de la serre pour stocker des remblais », ce qui portera sa superficie totale à dépasser de facto le seuil au-delà duquel une enquête publique est exigée.

Grâce à ce subterfuge, les promoteurs se sont acquittés d’une simple consultation publique sur internet, ont coupé court au débat et court-circuité l’intervention d’un enquêteur extérieur et neutre. Classique.

 

Crédit : Coldefy & Associates

 

Selon Martine Minne, le rassemblement du 20 décembre a montré à quel point la lutte contre les grands projets inutiles pouvait fédérer au-delà de toutes les appartenances sociales ou idéologiques.

« C’était une mobilisation plus large que grande, avec des partis politiques locaux et régionaux, des associations, des citoyens, tous ceux qui voulaient se greffer sur notre mouvement. Et c’est une réussite, malgré les restrictions sanitaires. »

Les travaux auraient dû débuter au début de l’année 2020 (du moins selon les promoteurs). Depuis le recours du collectif, tout est au point mort. Une nouvelle date a été fixée à janvier prochain, pour une ouverture (ambitieuse) l’année suivante, mais il se pourrait qu’il soit encore retardé, la crise aidant, pour une fois.

En attendant, Cédric Guérin et Nicolas Fourcroy, le second porteur du projet, semblent prendre leur mal en patience et ont décidé d’utiliser toutes les armes à leur disposition. En janvier dernier, pour faire face à l’opposition, les deux responsables se sont ainsi payé une vingtaine « d’ambassadeurs » chargés de mener la guerre de l’information sur les réseaux sociaux.

Depuis lors, nous chuchote Martine Minne, c’est un déferlement de violence sur la toile, les militants sont bannis des groupes et on répond à chacun de leurs commentaires. Second volet de leur communication, les hommes d’affaires ont mis les bouchées doubles pour charmer les médias locaux et nationaux.

« Au départ, les journaux étaient presque tous en faveur du projet, se souvient Martine Minne, mais leur ligne s’est infléchie au fil du temps, tout comme celle de la région et de la préfecture. Ils sont en train de perdre peu à peu la bataille de l’opinion. »

Est-ce pour cette raison que certains militants rapportent avoir subi des menaces, notamment de la pression à l’emploi ? Heureusement, les associations comme GDEAM-62, qui compte plusieurs salariés, ne sont pas prêtes de céder.

En fin de compte, il ne reste peut-être qu’une question épineuse : si l’on ne construit pas la serre en plastique de Tropicalia, que fera-t-on des dix hectares de la ZAC ?

« C’était des terres agricoles, nous répond la présidente d’Attac-Flandre, elles sont passées en ZAC parce qu’elles étaient caillouteuses et un peu en pente. On ne pouvait pas faire de l’intensif…  Alors on bétonise ! »

Triste réalité. Martine Minne ajoute à tout hasard un point essentiel : si l’on érige un énième parc d’attraction à cet endroit, où mettra-t-on par la suite les infrastructures véritablement utiles ? Et si on laissait les terres tranquilles, sans rien bâtir, et même sans rien cultiver, pour laisser la Terre se reposer ?

30 décembre 2020 - Augustin Langlade

 

 

Source : https://lareleveetlapeste.fr/deux-ans-plus-tard-la-mobilisation-se-renforce-contre-la-serre-tropicale-geante-en-nord-pas-de-calais/?utm_source=actus_lilo

dimanche 3 janvier 2021

Julian Assange - Le verdict concernant son extradition est attendu ce lundi 4 janvier 2021


 

 À Londres, le verdict dans le procès pour lequel Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, risque une extradition vers les États-Unis, sera rendu ce lundi 4 janvier. Dans cet entretien exclusif accordé à QG, son avocat, maître Antoine Vey, revient sur l’état de santé dégradé d’Assange, sur le risque de torture qui l’attend en cas d’extradition Outre-Atlantique, mais aussi sur le symbole qu’est devenu le fondateur de Wikileaks pour la liberté de la presse à travers le monde, une question plus que jamais fondamentale à l’heure où le droit d’informer est ouvertement menacé dans des démocraties telles que la France et les États-Unis, qui recourent à un contrôle renforcé des opinions et de la vie privée de chacun. 

Interview par Jonathan Baudoin pour QG

 


QG : Comment se porte Julian Assange depuis l’ouverture de son procès ?

Antoine Vey : Julian Assange est détenu depuis plus d’un an et demi dans la prison de Belmarsh, à côté de Londres, dans des conditions qui sont indignes et qui ont encore aggravé son état de santé. Rappelons qu’il a passé plus de sept ans enfermé dans l’ambassade d’Équateur à Londres, sans avoir la possibilité de voir la lumière du soleil. Les experts qui ont pu voir Julian Assange ont conclu, de manière concordante, qu’il était victime de torture institutionnelle, que son état de santé était gravissime, qu’il avait des pulsions suicidaires, et qu’à la fois ses conditions de détention, mais aussi le risque d’une extradition vers les États-Unis, créent un danger imminent sur sa vie. Julian Assange reste un esprit tout à fait vivace mais, malheureusement, son corps s’éteint, à petit feu.

QG : Pensez-vous qu’il soit encore possible d’éviter à Julian Assange une extradition vers les États-Unis ?

Antoine Vey : La décision de la juge britannique sera rendue le 4 janvier prochain. Il m’apparaît que, concernant l’extradition, Julian Assange n’a pas pu faire valoir ses arguments de manière équitable. En réalité, le droit est, dans ce dossier, une espèce d’artifice que l’on met en avant pour cacher les réelles motivations de l’affaire Assange. Je rappelle que, pendant plus de 10 ans, Julian Assange n’a pas fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la part des États-Unis, et que les faits qui sont visés remontent à plus de 10 ans. Ce qui est le signe d’une accusation purement politique dans laquelle les juristes n’ont pas beaucoup d’espoir, à ce stade.

QG : Pourriez-vous rappeler les enjeux de son procès, à l’approche du verdict, prévu pour ce 4 janvier ?

Antoine Vey : L’enjeu principal est de savoir si Assange va être extradé, ou non, vers les États-Unis. C’est-à-dire conduit, de force, sur le sol américain, pour y affronter un procès fondé sur plusieurs charges basées sur une loi de 1917, votée lors de la Première guerre mondiale. On a toute raison de penser, malheureusement, qu’une fois qu’il sera sur le sol américain, son sort sera assimilable à celui de Chelsea Manning, qui a été longtemps enfermée dans des endroits inconnus, probablement torturée. Et rien, ni personne, ne pourra alors garantir qu’Assange ne va pas être soumis à la face la plus sombre des États-Unis, sous couvert d’une forme de légalité que les Américains seuls connaissent, au nom des nécessités de la protection de la nation, et qui vise à faire plier un individu pour qu’il avoue ce qu’on souhaite qu’il avoue, pour ensuite le faire condamner, puis l’éliminer. Physiquement peut-être pas, parce que Julian Assange est un personnage connu. Mais du moins, pour faire en sorte qu’il ne puisse plus jamais accomplir son travail.

 


QG : Que pensez-vous de l’attitude de la presse mainstream depuis quelques années dans cette affaire ? Beaucoup lui reprochent de s’être montrée ingrate à l’égard du travail fourni par Assange et Wikileaks. Avez-nous néanmoins rencontré un certain soutien de sa part ?

Antoine Vey : Assange a toujours été un personnage assez clivant. Les gens n’ont jamais vraiment compris l’importance de Wikileaks pour la liberté d’expression, la liberté d’informer, parce que cette activité a été parasitée par deux phénomènes. D’abord, Assange a un caractère provocateur, ensuite, il a fait l’objet d’une campagne de dénigrement, probablement instrumentalisée par les États-Unis, dans le but de décrédibiliser son image. Ces deux facteurs étant mis bout à bout, l’opinion publique n’a pas compris l’importance que Wikileaks a pour la liberté d’informer. Ensuite, comme toute personne qui invente quelque chose de nouveau, Assange a été ignoré, ou mis au ban, par une partie des journalistes, qui ne l’ont pas reconnu comme un des leurs, pendant un certain temps. Je crois que c’est en train de changer. Aujourd’hui, tout le monde comprend que si Assange est emprisonné, c’est uniquement pour avoir diffusé des informations qui sont vraies. Or on ne peut pas exercer notre droit démocratique dans une société au sein de laquelle on ne connaît pas la vérité. Si quelqu’un peut être poursuivi, et d’une certaine façon, anéanti, parce qu’il a diffusé des informations qui sont vraies, la prochaine étape est qu’on s’attaquera aux journalistes traditionnels.

QG : Un de ses anciens avocats, maître Éric Dupond-Moretti, est devenu ministre de la Justice en France. Estimez-vous que cela pourrait être un élément positif dans le dossier Assange ?

Antoine Vey : Éric Dupond-Moretti (ex-associé dans le cabinet d’Antoine Vey, NDLR) fait partie d’un gouvernement dans lequel il peut faire entendre sa voix, mais qui, pour le moment, sous l’égide du président Emmanuel Macron, n’a pas tendu l’oreille aux demandes de Julian Assange. Notre travail, en tant qu’avocats, est d’essayer de faire comprendre à nos dirigeants, Éric Dupond-Moretti inclus maintenant, que c’est un sujet important pour la France, important pour les valeurs que défend la France et dans lequel il faut, peut-être, savoir faire primer le principe sur la realpolitik. J’ai demandé au président de la République de pouvoir lui soumettre des éléments précis pour qu’il puisse être informé. Pour l’instant, nous n’avons pas eu de réponse et nous continuerons, autant que possible, à faire entendre notre voix. Ce qui nous intéresse, c’est que l’opinion publique française, dans sa globalité, connaisse le cas Assange, se mobilise, et fasse prévaloir l’importance du cas Assange pour la défense des libertés.


 

QG : Vous avez évoqué, tout à l’heure, la « face sombre des États-Unis », avec la torture et la peine de mort. Qu’est-ce qui attend Assange, très concrètement, en cas d’extradition vers les Etats-Unis ?

Antoine Vey : Il encourt une peine cumulée de 175 ans de prison. 175 ans de prison, ça veut dire que vous allez mourir en prison. Par ailleurs, je le répète, rien ne garantit qu’une fois sur le sol américain, Julian Assange ne sera pas victime de comportements qui sont assimilables à de la torture. Il faudrait qu’on rentre dans le détail très précis de ce que veut dire la torture au 21e siècle. Cela peut inclure le fait de vous laisser seul dans une pièce pendant plusieurs jours sans savoir quelle heure il est. Cela peut consister dans le fait de vous soumettre à des interrogatoires qui n’ont aucun sens dans un endroit où vous ne pouvez voir personne. Cela peut être une mise à l’isolement, sans contact avec vos tiers, et sans aucune information. C’est ce type de torture dont Julian Assange a été, de l’aveu concordant des experts, et continue d’être aujourd’hui la victime. La politique des États-Unis sous l’administration Bush était de dire : « N’est pas un acte de torture un acte qui ne cause pas un préjudice physique permanent ». Ça laisse, quand même, toute latitude pour trouver des moyens de torturer les gens sans les blesser physiquement, mais en les altérant de manière indélébile sur le plan psychique.

QG : Au vu des derniers dispositifs législatifs visant notamment les droits de la presse en France, peut-on dire que la liberté d’expression est en danger dans des pays qui, comme le nôtre, étaient hier encore tenus pour des démocraties occidentales de référence ?

Antoine Vey : La tendance est au recul des libertés en ce moment, dans une période où nous traversons des crises multiples, économique, sanitaire, terroriste, etc. Il faut, quand même redire que, globalement, nous vivons dans un monde dans lequel on offre de plus en plus de libertés aux individus. Mais ces libertés sont parasitées par des contrôles de plus en plus importants, facilités notamment par les nouvelles technologies, qui permettent d’espionner les gens, de les enregistrer, de les filmer à leur insu, et d’utiliser tout cela pour réinstaurer un contrôle sur eux. Des gens comme Assange ou Snowden ont été confrontés, en direct, à l’hypocrisie des démocraties, qui consiste dans un premier temps à faire croire aux gens qu’on leur offre davantage de libertés, pour dans un second temps, de manière occulte, souterraine, interdite, illégale, opérer des contrôles, voire même opérer des assassinats en masse. C’est ce qu’a dénoncé la vidéo Collateral murder (Vidéo du 12 juillet 2007 à Bagdad, révélée par Wikileaks, documentant un crime de l’armée américaine ouvrant le feu sur des civils irakiens, NDLR), qui a mis, à mon avis, devant les yeux du monde, des pratiques que l’on soupçonnait mais qu’on n’arrivait pas à établir. Et ce sont ces pratiques-là contre lesquelles on peut se battre, parce qu’il n’y a pas de liberté réelle s’il n’y a pas de connaissance et d’information véridique. Qu’il s’agisse de la liberté d’expression, de la liberté de conscience, de la liberté de pensée, de la liberté de se mouvoir, si vous êtes dans un espace dont vous ne connaissez aucun des sous-bassements, vous ne faites que répéter ce qu’on vous a demandé de répéter. L’enjeu de la transparence de l’information, c’est de permettre à chacun d’élaborer un raisonnement critique qui est le signe de sa propre liberté.

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

Avocat aux barreaux de Paris et de Genève, ancien Secrétaire de la Conférence, maître Antoine Vey, 36 ans, était l’associé d’Eric Dupont-Moretti avant la nomination de ce dernier comme garde des Sceaux en France. Il assure actuellement la défense de Julian Assange, fondateur de Wikileaks.

 

Source : https://qg.media/2020/12/30/affaire-assange-si-quelquun-peut-etre-aneanti-parce-quil-a-diffuse-des-informations-vraies-la-prochaine-etape-sera-de-sattaquer-aux-journalistes-traditionnels-par-maitre-antoine-vey/?fbclid=IwAR3O5Ll8hW1O93gRHj4AGRL6OlgdKInZK0ZvEZs9EYPAupS-qhEaIgvKlQQ

 

samedi 2 janvier 2021

Inde : convergence paysanne historique vers Delhi

Inde : 

convergence paysanne historique 

vers Delhi

 

 

 Alors qu’une des plus grandes grèves de l’histoire du pays est en cours, le gouvernement Modi reste sourd aux demandes des centaines de milliers de paysans indiens qui assiègent la capitale. Ceux-ci sont rejoints par de plus en plus d’organisations, dont le mouvement gandhien de défense des petits paysans sans terre Ekta Parishad, qui vient de lancer une marche depuis Morena direction Delhi :

 


 

Depuis plus de trois semaines maintenant, des centaines de milliers de fermiers assiègent la capitale indienne Delhi pour protester contre la réforme en cours du secteur agricole.

Estimés à au moins 250 000 personnes, ces paysans issus de plus de 30 syndicats du Pendjab, de l'Haryana, du Rajasthan et de diverses autres régions du pays, bravent le froid et bloquent huit points d’accès à la capitale. Ils protestent contre les trois lois, les désormais célèbres farm bills, adoptées en septembre dernier par le gouvernement Modi et qui viennent libéraliser le secteur agricole, remettant en cause les marchés régulés par l’Etat (les mandis), les prix minimums garantis de certaines denrées essentielles et ouvrant le secteur agricole aux grands acteurs privées.

Deux milliardaires indiens, Mukesh Ambani et Gautam Adani, les deux plus grands patrons de l’agroalimentaire dans le pays, proches du Premier Ministre Narendra Modi, sont dans le collimateur des manifestants[1].

Parmi les exigences des agriculteurs, la demande d’une session spéciale du Parlement pour abroger les farm bills, considérant qu’elles ont été adoptées sans les principaux acteurs concernés, les paysans indiens, pour faire la part belle aux grands acteurs de l’agroalimentaire au détriment de centaines de millions de petits paysans. Même si plusieurs réunions entre agriculteurs et négociateurs du gouvernement ont eu lieu, aucune avancée n'est encore en vue. 

C’est dans ce contexte d‘impasse que le mouvement gandhien de défense des petits paysans sans terre Ekta Parishad[2], mené par son leader Rajagopal P.V, a décidé de lancer une marche ce 17 décembre de 1500 petits paysans sans terre, depuis Morena dans le Madhya Pradesh (la circonscription de l’actuel ministre de l'agriculture, Narendra Singh Tomar) jusqu’à Delhi, en solidarité avec les agriculteurs actuellement en grève.

Leur objectif, réclamer à travers une marche non-violente, dans la plus pure tradition du Mahatma Gandhi, que le gouvernement actuel de Narendra Modi accepte enfin de négocier en toute bonne foi avec les paysans en grève.

 


En route pour le départ de la marche, Rajagopal a déclaré ce jeudi : « Nous voulons qu’il y ait plus de paysans qui obtiennent des terres et deviennent agriculteurs, plutôt que des fermiers se retrouvent sans terre à cause de lois et de politiques anti-petits paysans. »

Pour le leader Gandhien, comme il l’a indiqué au magazine Frontline : « La courtoisie minimale devrait être de consulter les personnes dont la vie est affectée »[3].

Bien que ce chiffre de 1500 petits paysans sans terre puisse apparaître faible au regard des 250 000 paysans d’ores et déjà en grève aux portes de Delhi, cette action symbolique marque un tournant, Ekta Parishad s’étant fixé comme ligne jusqu’alors de toujours privilégier le dialogue plutôt que de s’opposer au gouvernement. Par cette marche, son soutien sans aucune équivoque aux paysans face à la surdité actuelle du gouvernement vient donc mettre ce dernier encore plus en difficulté. En effet, l’équipe de Narendra Modi aime beaucoup se targuer de l’image de Gandhi. Alors quand les héritiers directs du Mahatma se mettent en marche contre ses décisions, c’est un signe que l’actuel pouvoir indien fait fausse route.  

Benjamin Joyeux

 

[1] Lire https://www.lemonde.fr/international/article/2020/12/09/deux-milliardaires-proches-du-pouvoir-designes-responsables-de-la-crise-agricole-en-inde_6062739_3210.html

[2] Avec d’autres autres mouvements, dont Samanvayon ka Samanvay, le Sarvodaya Samaj et le réseau international Jai Jagat.

[3] Lire https://frontline.thehindu.com/cover-story/farmers-protests-2020-interview-pv-rajagopal-ekta-parishad-on-how-modi-government-deals-with-movements-minimum-courtesy-should-be-to-consult-people-whose-lives-are-affected/article33320005.ece

_____________________________

Des nouvelles de Jai Jagat : la grande marche Jai Jagat Delhi-Genève pour la justice et la paix, initiée notamment par Rajagopal et une partie de l’équipe d’Ekta Parishad, qui était partie de Delhi le 2 octobre 2019 destination Genève, a dû s’arrêter en Arménie en mars dernier à cause de la pandémie de Covid 19. Ekta Parishad a alors consacré ces derniers mois à subvenir, dans les nombreux Etats indiens dans lesquels l’organisation est bien implantée, aux besoins vitaux de milliers de travailleurs migrants désormais sans ressources à cause des mesures de confinement. Parallèlement, les réseaux impliqués dans l’organisation de Jai Jagat, à Genève, à Lyon, à Bruxelles, à Birmingham, à Mexico et en maints endroits de la planète continuent de se mobiliser et d’organiser des actions autour de la non-violence, dans l’espoir de relancer une marche quand les circonstances le permettront et de solidifier un réseau jusqu’en 2030.

Plus d’infos :

https://www.jaijagat2020.org/

https://jaijagatgeneve.ch/

https://www.jaijagat.be/

https://www.facebook.com/JaiJagat2020

https://www.facebook.com/LyonGeneve2020

 

 Source : https://blogs.mediapart.fr/benjamin-joyeux/blog/181220/inde-convergence-paysanne-historique-vers-delhi?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm

vendredi 1 janvier 2021

L’Argentine légalise l’avortement après le feu vert du Sénat, à majorité conservatrice

L’Argentine 

légalise l’avortement 

après le feu vert du Sénat, 

à majorité conservatrice

 

 Deux ans après un premier rejet des parlementaires, dans un pays très divisé sur la question, le texte autorisant l’IVG a été adopté mercredi. Chaque année en Argentine, 38 000 femmes sont hospitalisées pour complications lors d’avortements clandestins.

 

Le Monde avec AFP

Publié mercredi 30 décembre 2020

 

Devant le Parlement argentin, lors des débats au Sénat sur le texte légalisant l’interruption volontaire de grossesse, le 30 décembre à Buenos Aires. AGUSTIN MARCARIAN / REUTERS 

Les sénateurs argentins ont adopté, mercredi 30 décembre, un texte légalisant l’avortement dans le pays sud-américain, très divisé sur la question. L’Argentine rejoint ainsi Cuba, l’Uruguay, le Guyana, la ville de Mexico et l’Etat mexicain d’Oaxaca, seuls à autoriser l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sans conditions en Amérique latine.

Déjà approuvé par les députés le 11 décembre, le texte autorise l’IVG pendant les quatorze premières semaines de grossesse. Jusqu’ici, l’avortement n’était permis qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, en vertu d’une loi de 1921. Selon le gouvernement, entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans le pays de 44 millions d’habitants, où 38 000 femmes sont hospitalisées pour complications lors d’avortements clandestins.

Selon la présidente de la Chambre haute, l’ex-présidente (2008-2015) et actuelle vice-présidente Cristina Kirchner, 67 sénateurs sur 72 participent à la session. Le vote est intervenu autour de 4 h 30 du matin (8 h 30 heures à Paris), mercredi, après de longues heures de débat. Trente-huit sénateurs ont approuvé le texte, vingt-neuf s’y sont opposés et un sénateur s’est abstenu. Malgré la pandémie, plusieurs milliers d’Argentins se sont rassemblés à proximité du Parlement pour exprimer leur soutien ou leur rejet du texte, avec force banderoles, musique et écrans géants transmettant les débats en direct.

 

Les médecins pourront opposer leur « objection de conscience »

Les députés avaient adopté le texte le 11 décembre par 131 voix pour, 117 contre et 6 abstentions, mais le Sénat est réputé plus conservateur : en 2018, il avait rejeté par 7 voix un texte similaire dans un pays encore très catholique et profondément divisé sur la question.

Pour tenter de convaincre les sénateurs de voter le texte, ce dernier inclut la possibilité pour les médecins de faire valoir leur « objection de conscience ». Parallèlement, un autre projet de loi crée une allocation des « 1 000 jours » destinée à soutenir les mères de famille pendant leur grossesse et les premières années de l’enfant, de façon à réduire les avortements pour raisons économiques. « Cette loi n’oblige pas à avorter, elle ne promeut pas l’avortement, elle lui donne seulement un cadre légal », a déclaré au cours des débats Sergio Leavy, sénateur membre de la majorité.

 

Lors de la manifestation de partisan de la légalisation de l’avortement, devant le Parlement argentin à Buenos Aires, le 30 décembre. AGUSTIN MARCARIAN / REUTERS

 

« Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous »

Le président, de centre gauche, Alberto Fernandez, au pouvoir depuis la fin de 2018, avait promis pendant sa campagne de soumettre à nouveau la légalisation de l’IVG aux parlementaires. « Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous, c’est un sujet de santé publique très sérieux », a fait valoir récemment le chef de l’Etat. Mais tous les sénateurs de sa majorité ne sont pas favorables au texte.

Le pape François, argentin, jusque-là silencieux sur la question, a publié mardi un message sur Twitter dans lequel il souligne que « le Fils de Dieu est né rejeté pour nous dire que toute personne rejetée est un enfant de Dieu. Il est venu au monde comme un enfant vient au monde, faible et fragile, afin que nous puissions accepter nos faiblesses avec tendresse. » Bien que ne faisant pas référence explicitement au débat, le message a été interprété par la presse argentine comme un rejet de la loi.

L’Eglise catholique et les protestants évangéliques en Argentine, opposés au texte, ont lancé un appel à « s’unir pour implorer le respect et le soin de la vie à naître », avec une journée de jeûne et de prière. Les pro-IVG, ralliés autour de la couleur verte, ont eux fait une intense campagne sur les réseaux sociaux autour de la « Campagne pour un avortement légal, sûr et gratuit », qui regroupe plus de trois cents organisations féministes déjà mobilisées en 2018.

Le Monde avec AFP

 

Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/12/30/l-argentine-legalise-l-avortement-apres-le-feu-vert-du-senat-a-majorite-conservatrice_6064802_3210.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR1bWVmUWytEcGYgn-L9Soy62K-ZVgB8dSG0iUado9mVFMdXLpP4lM3J3A8#Echobox=1609313554