Rima Hassan :
chasse à la sorcière
en bande organisée
Le
Jeudi 2 avril 2026, Rima Hassan est en garde à vue. L’eurodéputée La France insoumise, militante de la cause palestinienne, connaît bien le processus. En quelques mois, elle a été convoquée treize fois et treize fois le parquet a classé sans suite [1].
Les poursuites proviennent d’officines d’extrême droite proches du gouvernement israélien de Nétanyahou. Leur activité quotidienne consiste à scruter les tweets et les déclarations de la députée européenne puis d’engager des poursuites.
C’est la stratégie de la guerre juridique (« lawfare »). L’acharnement judiciaire exige beaucoup de temps et d’argent pour se défendre. Pour les accusateurs, gagner ou perdre n’est pas le plus important. Il s’agit de dissuader la contestation. C’est d’abord l’annonce de l’accusation qui frappe et discrédite. Le jugement qui intervient à froid des mois plus tard intéresse beaucoup moins l’opinion.
Il s’agit encore cette fois d’« apologie de terrorisme » pour laquelle elle sera jugée le 7 juillet prochain. La routine donc. Mais cette fois ses accusateurs ont tenté autre chose.
Le parquet de Paris annonce soudain au cours de cette garde à vue que de la drogue a été trouvée dans le sac de la députée européenne. C’est le scoop ! À la minute les médias se déchaînent. D’abord Le Parisien, puis CNEWS puis c’est toute la meute. C’est BFM avec ses douze bandeaux successifs en quelques heures. « 1,9 gramme de drogue de synthèse sur Rima Hassan ». C’est Europe 1 : « INFO EUROPE 1 - Rima Hassan en garde à vue : une boulette de CBD et près de 2g de 3-MMC retrouvés dans son sac ». Puis c’est l’AFP et la quasi-totalité des médias français.
Mais aussi des élus. Dans le « baise-en-ville » de la députée, on aurait trouvé du CBD, une substance légale certes mais aussi d’autres substances, la 3-MMC, une drogue de synthèse utilisée dans le chemsex, la drogue des rapports sexuels. Voilà la Jeanne d’Arc palestinienne transformée en Pierre Palmade. Le Parisien précise : « la députée européenne Rima Hassan est dans de sales draps ». Le parti Les Républicains balance sur X : « from the river to the shit ». D’autres révèlent qu’il s’agit d’une affaire liée à un problème d’immigration. Autant d’évidences.
Pas étonnant pour David Lisnard, le maire de Cannes, qui est aussi président des maires de France. David Lisnard est le Javier Milei français qui, lors de ses meetings, passe symboliquement le Code du travail et les lois sur l’environnement dans une broyeuse. Pas trop de succès encore mais une certitude. Pour lui, « La France insoumise sont même néo-fascistes. S’il devait y avoir un seul ennemi dans le champ politique actuel, c’est évidemment La France insoumise dont on a vu qu’ils étaient racistes, qu’ils étaient antisémites et qu’ils avaient une grande propension à être camés et à se droguer avec l’argent des contribuables de surcroît » [2].
Mais voici que, coup de théâtre, sept jours plus tard, le jeudi 9 avril, le parquet annonce avoir procédé à un classement sans suite. « Les investigations n’ont fait apparaître aucune infraction suffisamment caractérisée. »
Silence soudain dans les rangs. On regarde ailleurs. Le buzz a fait le plein d’audience mais il faut vite faire diversion. Sauf que, précision embarassante, Le Canard enchaîné révèle des échanges entre le porte-parole du ministère de la Justice Sacha Straub-Kahn et des journalistes, le jour même de la garde à vue, en violation flagrante du secret de l’instruction [3]. Voilà donc la source des accusations si largement diffusées sans aucune vérification par la quasi-totalité des médias français.
Des révélations pilotées directement par le ministère de la Justice et reprises allègrement par la presse ? On s’interroge. Le secret de l’instruction a été violé pour alimenter une presse aux ordres…
Secret de polichinelle, de longue date dans les médias on est habitué à recopier avec discrétion les infos données par la police ou la justice. Ce qu’on appelle les « sources proches de l’enquête ».
Barbouzerie judiciaire, naufrage médiatique : les chiens de garde se sont surpassés mais c’est Caroline Fourest qui est en haut du podium. En direct, sur LCI, elle accuse en révélant de lourds antécédents : « nous avons en notre possession des messages où elle raconte sa consommation de drogue dure et de drogue de synthèse. Ce sont des messages qui ont une dizaine d’années, qui remontent à la sortie de ses études. Et ce sont des messages qui parlent de cocaïne et qui parlent d’ecstasy et qui parlent de mélanges. Et des consommations parfois quotidiennes dont elle s’inquiète. »
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Buzz énorme donc puis silence. Daniel Schneidermann résume : « entreprise de criminalisation en bande organisée d’une militante et d’une élue, la plus impressionnante de ces dernières années » [4].
Mais que dit réellement Rima Hassan ? Accusée de légitimer l’attaque du Hamas, elle ne cesse de répéter qu’elle a très tôt qualifié le 7-Octobre d’attaque terroriste. Dans ses interventions, en permanence, elle se défend d’être dans une logique anti-israélienne en précisant : « si vous condamnez le Hamas, il faut condamner aussi ceux qui ont nourri le monstre. Le gouvernement de Nétanyahou a joué un rôle très cynique : il a voulu sciemment nourrir le Hamas pour déjouer la perspective politique portée par l’Autorité palestinienne ». Sur France Inter, le 19 mars 2024, elle ajoute : « je n’aime pas me définir comme anti-sioniste, mais je veux avoir le droit de critiquer une doctrine politique ». Elle poursuit : « Israël est malade de son colonialisme ». « Mon rêve, c’est une cohabitation totale ».
Mais, heureusement, contre cette wokiste islamiste, voici la loi Yadan qui sera débattue le 16 avril à l’Assemblée (ndlr : débat reporté en juin), avec clairement pour but de faire taire les opposants à la politique de Nétanyahou et faire taire la dénonciation du génocide en cours et qui se poursuit.
Soutenue par la droite et l’extrême droite, mais aussi par François Hollande, Jérôme Guedj, Élisabeth Badinter ou Manuel Valls, le projet de la députée macroniste Caroline Yadan est de « lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme » et surtout de faire amalgame entre anti-sionisme et antisémitisme. Il faut encore le rappeler, le sionisme est une doctrine politique qui comme telle peut être radicalement combattue. Ce qui n’est pas une mise en cause de l’existence d’Israël mais de sa politique coloniale et génocidaire.
L’antisémitisme est une forme de racisme dont on connaît les effets monstrueux. La loi de Caroline Yadan prévoit de faire amalgame et d’élargir la notion d’apologie du terrorisme aux propos implicites.
Il faut tenir vent debout contre ce projet de loi qui vise à soutenir la politique de Nétanyahou. La pétition augmente de minute en minute.
Avancer, c’est faire un pas, puis un pas, puis un pas, puis…
Notes
[1] Sur son blog, « Énorme manipulation : la justice confirme l’absence de drogue dans les affaires de Rima Hassan », Jean-Luc Mélenchon a rappelé les 13 procédures contre Rima Hassan qui ont été classées sans suite :
« 1) Des plaintes de l’OJE et de la LICRA ont dénoncé des propos tenus lors d’une interview de Rima Hassan par Le Crayon publiée en janvier 2024. Il est ressorti de l’enquête et notamment de l’exploitation des rushs qu’il s’agissait de propos tronqués et que Rima Hassan avait par ailleurs qualifié d’illégaux les actes commis le 7 octobre au préjudice de civils. La procédure a été classée au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, les propos ne pouvant s’analyser pénalement en apologie du terrorisme.
2) Des plaintes du BNVCA (Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme) et de B’nai B’rith ont dénoncé un tweet appelant au « soulèvement » devant Sciences Po. La procédure a été classée au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, en l’absence d’exhortation à commettre des atteintes à l’intégrité physique ou des destructions.
3) Des signalements de députés ont dénoncé des tweets du mois de juillet 2024 citant le poète Mahmoud Darwich, dans un contexte de rivalités avec François-Xavier Bellamy. Cette procédure a été classée pour absence d’infraction, en dépit de la virulence du propos, faute de précision suffisante pour qualifier les propos de menace de mort et ces propos ayant en outre été tenus dans un contexte d’opposition politique.
4) Des signalements de l’OJE et de B’nai B’rith ont dénoncé des propos tenus lors d’une interview à Sud Radio en février 2025. Cette procédure a été classée au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction : Rima Hassan ayant précisé que les exactions et prises d’otage perpétrées par le Hamas étaient condamnées par le droit international et constituaient des crimes de guerre, il ne pouvait être caractérisé d’infraction d’apologie du terrorisme.
5) Une plainte d’Avocats sans frontières lui reprochant l’intelligence avec une puissance étrangère a été classée au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, faute de la caractérisation d’un dol spécial exigé par le législateur.
6) Une plainte de l’imam Chalghoumi dénonçant des propos tenus sur X en mars 2025, en réaction aux propos qu’il avait lui-même tenus en interview consistant à suggérer le retrait de nationalité de l’eurodéputée, a été classée au motif qu’aucune infraction de provocation d’atteinte volontaire à la vie n’était suffisamment caractérisée.
7) Une plainte de l’OJF dénonçant un tweet datant de septembre 2025, comportant la photographie d’une suite de chiffres précédés d’un signe « + » inscrit sur un bras, avec un emoji avocat, a été classée sans transmission à un service enquêteur, au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, s’agissant d’un numéro de téléphone, dans le contexte de son interpellation à bord de la « flotille », et faute de toute référence à une religion quelconque.
8) Des plaintes du BNVCA et de La France en partage, dénonçant une citation de Frantz Franon repostée par Rima Hassan en juillet 2024, ont été classées au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, s’agissant d’une citation et en l’absence d’éléments présentant des agissements du Hamas le 7 octobre 2023 sous un jour favorable et ne pouvant donc constituer l’infraction d’apologie de terrorisme.
9) Un signalement émanant de députés en août 2024, dénonçant un tweet par lequel Rima Hassan repostait les propos de Mona Chollet, mentionnant elle-même la doctrine « Hannibal » selon laquelle l’état-major de Tsahal aurait donné l’ordre de tuer sans distinction (de nationalité des victimes, au risque de tirer sur ses propres citoyens), a été classé en février 2026, au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, s’agissant d’une citation et en l’absence d’éléments présentant des agissements du Hamas le 7 octobre 2023 sous un jour favorable.
10) Un signalement de la mairie de Paris dénonçant un tweet d’octobre 2024 a été classé au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, en l’absence de toute référence à un acte de terrorisme et ne pouvant donc en faire l’apologie.
11) Un signalement du préfet des Bouches-du-Rhône a dénoncé un tweet du 1er mars 2025, dans lequel Rima Hassan reprochait à l’entreprise marseillaise Eurolinks de fournir des armes à Israël, en précisant ses coordonnées. Cette procédure a fait l’objet d’un classement au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, en l’absence d’exhortation au harcèlement, de qualification pénale réprimant la provocation aux appels malveillants et ceux-ci – ayant été dénombrés à 2 – ne permettant pas non plus de caractériser l’infraction de complicité d’appels malveillants.
12) Un signalement de l’OJF dénonçant un tweet du 1er février 2026, dans lequel Rima Hassan repostait le message d’un tiers portant sur le positionnement d’Ariel Weil, et commentait la prise de position de ce dernier dans le conflit israélo-palestinien, a été classé en l’absence de propos injurieux en lien avec une origine ou religion (qu’elle soit réelle ou supposée).
13) Des signalements émanant du ministère de l’intérieur ainsi que de l’OJF, dénonçant un tweet de février 2026 par lequel Rima Hassan postait un article de RFI relatif aux frappes aériennes ayant fait 17 morts à Rafah, et précisait « aux sionistes qui me lisent, je veux leur dire que vous êtes pour nous ce que les nazis étaient pour vous », ont été classés en l’absence d’éléments permettant de caractériser suffisamment une éventuelle infraction de provocation à la haine, en l’absence d’exhortation. »
[2] CNEWS, 8 avril 2026.
[3] Marine Babonneau et Christophe Nobili, « Un problème de fuites de la PJ jusqu’à la Chancellerie », Le Canard enchaîné, 7 avril 2026.
[4] Daniel Schneidermann, « Rima Hassan et la drogue : "priorité au direct" ! », Libération, 10 avril 2026.
Pour aller plus loin : https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-2-desinformation-de




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