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mardi 31 mars 2026

Un mouvement social historique fait couler un projet de méga-usine de pâte à papier en Espagne

 

Un mouvement social historique 

fait couler un projet 

de méga-usine de pâte à papier 

en Espagne

Par Alban Elkaïm
19 mars 2026

 

En Galice, en Espagne, une lutte citoyenne a forcé le gouvernement régional à enterrer un projet de grande usine de cellulose. Elle devait s’installer sur les rives de la rivière Ulla, au prix d’importants risques de pollutions.

Séville (Espagne), correspondance

« Je crois que le projet Gama a été paralysé par notre mouvement », se réjouit Patricia Coucheiro, de la plateforme Ulloa Viva. Portée par la multinationale portugaise du papier Altri, ce projet prévoyait d’installer en Galice, dans le nord de l’Espagne, une très grande usine de pâte à papier sur le cours du río Ulla, dans la comarque [1] d’Ulloa.

Selon les opposants, elle aurait consommé de grandes quantités d’eau, pollué l’Ulla et la plus grande baie de la région, Arousa, tout en accélérant l’expansion de la monoculture d’eucalyptus. Mais habitants, associations et écologistes ont lancé l’un des plus grands mouvements sociaux que la Galice ait connu. Résultat : le gouvernement régional, qui avait promu le projet depuis le début, a annoncé qu’il serait « archivé », le 20 février 2026. Contacté, celui-ci n’a pas souhaité répondre aux questions de Reporterre.

« La Xunta [gouvernement régional] n’avait pas vraiment le choix. Le gouvernement espagnol avait laissé le projet sans argent ni électricité. Il est très difficile pour une installation de cette envergure d’agir dans ces conditions », explique Manoel Santos, coordinateur de la mobilisation pour Greenpeace Espagne.

La délivrance des autorisations est une compétence de la Région, dirigée par la droite. Mais les besoins en électricité de cette activité sont tels que l’usine aurait nécessité sa propre station de transformation. L’entreprise comptait aussi recevoir 250 millions des fonds européens du plan de relance Next Generation. Or ces deux points dépendent du gouvernement central, dirigé par une coalition de gauche menée par le Parti socialiste espagnol (PSOE). « Face à la pression du mouvement, le Parti socialiste de Galice a basculé dans l’opposition au projet et a dû dire au PSOE de Madrid : “Il faut s’y opposer” », analyse Manoel Santos. 

Perte de biodiversité

À l’origine pourtant, à droite comme à gauche, les trois grands partis du parlement régional appuyaient le projet Gama, porté par l’entreprise Greenfiber, détenue à 75 % par le groupe Altri. L’ébauche était séduisante : il s’agissait de produire du lyocell, fibre textile durable à base de bois, par un procédé à « faible impact », ce qui allait créer 2 500 emplois. Intéressant dans la région où le groupe de fast-fashion Zara est né. « Beaucoup de gens le voyaient plutôt d’un bon œil. Et j’en faisais partie », admet Patricia Coucheiro. À l’époque, le petit groupe citoyen qui deviendra la plateforme Ulloa Viva, se limitait à chercher des informations plus précises sur ce projet entouré d’un flou persistant.

Mais le 4 mars 2024, les plans de Greenfiber sont dévoilés — c’est une obligation pour solliciter les autorisations environnementales. « 400 000 tonnes à l’année de cellulose [pour la pâte à papier] [...], 200 000 tonnes de lyocell », indique le document. « On s’est rendu compte qu’il s’agissait d’une nouvelle méga-usine de pâte à papier », résume Manoel Santos.

« En Galice, on en a déjà une, explique-t-il. Elle a toujours causé de grands problèmes écologiques : la pollution de la baie de Pontevedra, de mauvaises odeurs. Elle a surtout transformé le paysage : [28 % de la masse forestière galicienne en 2024] est couverte d’eucalyptus, [2] ce qui suppose une perte de biodiversité, une dégradation des sols et une forêt plus inflammable. » Le projet annonçait aussi des besoins de 46 000 m3 d’eau par jour, équivalent de la consommation de Vigo, une ville de 300 000 habitants.

Selon Greenpeace, 30 000 m3 devaient être rejetés dans la rivière, avec 3 °C de plus et des produits chimiques. Greenfiber avait également besoin de 1,2 million de m3 de bois d’eucalyptus, faisant craindre une nouvelle expansion de l’arbre.

Une longue histoire de lutte pour l’environnement

« Nous avons eu le sentiment que le gouvernement local, véritable promoteur du projet, tout comme l’entreprise, nous avaient menti là-dessus », se souvient Patricia Coucheiro. La plateforme Ulloa Viva s’organise autour d’un slogan central et emblématique « Altri Non ». Avec une efficacité remarquable pour une structure associative sur un territoire où 9 200 habitants se partagent quatre fois la surface de Paris. « On montait aussi des événements festifs [des concerts, des activités pour enfants, et des conférences sur la lutte défendue], ce qui a attiré énormément de gens venus d’ailleurs », détaille-t-elle.

Mais personne ne s’attendait à un tel impact. Le 27 mai 2024, une manifestation dans la commune de Palas de Rei (3 500 habitants), où l’usine devait se dresser, réunit entre 10 000 et 20 000 personnes. Des instances de coordination sont montées pour agir de concert avec les autres structures mobilisées, notamment les groupes écologistes, et les confréries de la pêche et de la production artisanale de fruits de mer de la baie d’Arousa.

« On nous appelait de tout le pays pour dire : “Je veux aider” »

Le 15 décembre 2024, une manifestation réunit entre 35 000 et 100 000 personnes à Saint-Jacques-de-Compostelle, la capitale régionale. Un mouvement historique. Seul le mouvement populaire Nunca máis Plus jamais »), après le naufrage du pétrolier Prestige et la gestion tardive et opaque de la catastrophe a fait mieux dans la région. « Les médias nous écoutaient. Les partis aussi. On nous appelait de tout le pays pour dire : “Je veux aider” », raconte Patricia Coucheiro.

La clé de ce succès ? La Galice est maillée par un solide tissu associatif et a une longue histoire de lutte pour l’environnement. Et puis, il y a ce sentiment de faire partie d’une terre profondément rurale et agricole. « Où que tu sois, tu es proche de la montagne, de la mer. Et il y a de l’eau, des rivières qui coulent partout, souligne-t-elle. Nos anciens ont vécu ici et pour cette raison, ils n’ont jamais eu faim. Nous avons de l’air frais et de l’eau toute l’année à l’heure du changement climatique. Le projet Gama menaçait cela. Ça a fait réagir les gens. »

Notes

[1Regroupement de communes

[2La croissance de la masse forestière d’eucalyptus est importante et rapide dans la région, passant de 50 000 ha en 1986 à 440 000 ha en 2025, et est un héritage d’un programme lancé pendant la dictature de Franco, dans les années 1950.

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Source :  https://reporterre.net/Un-mouvement-social-historique-fait-couler-un-projet-de-mega-usine-de-pate-a-papier-en

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