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dimanche 18 décembre 2016

Abattus sans jugement - Complainte pour un massacre

 On a reçu ça


Date : 14 décembre 2016 à 17:43
Objet : Abattus sans jugement.


Ci joint une petite réaction sentimentale à la suite de l'abattage récent de 25 platanes dans une commune du Conflent, dans les Pyrénées Orientales. Regardez donc aussi la deuxième PJ, qui explicite le fond du problème.
 
En espérant ne pas encombrer votre boite à courriels.
 
Amitiés.
 
Jean Monestier.


 « Abattus sans jugement »

Complainte pour un massacre

o o o o o

On me l’a raconté. Ils sont venus un matin. Avec une grosse machine, ils en ont supprimé 25 en une seule journée. Désherbage de 25 carrés de chiendent ? Non ! Massacre de 25 platanes. De ces arbres magnifiques dont l’ombre est épaisse et rafraichissante. En été, chacun évapore en une seule journée 400 litres d’eau grâce à ses feuilles, dont la surface totale équivaut à celle de deux terrains de football. Ce sont des brumisateurs gratuits. En prime, au fil des ans, des ralentisseurs, également gratuits, quand les puissantes racines soulèvent irrésistiblement le goudron.


Mais l’homme est un nain qui hait cette lente puissance qu’il ne contrôle pas. Pas question de refaire un revêtement du précieux déchet pétrolier après rabotage du sol, ou d’adapter les flux de circulation. Bien incapable, en cette ère de la vitesse, de reconstituer un seul de ces géants, puisqu’il faut attendre 100 ans, il préfère une route plus large, où les ouatures pourront rouler plus vite, où les bus pourront se croiser sans faire attention à leurs rétroviseurs, et où les piétons et les cyclistes, ces gêneurs, n’auront qu’à courir au soleil, en respirant un air désormais non épuré par ces millions de feuilles de toutes les saloperies issues des tuyaux d’échappement.

Hypocritement, les nains installeront peut-être quelques buissons, quelques arbustes décoratifs, bien courts, mystérieusement toujours jeunes, et totalement contrôlables. Des végétaux à leur mesure, à leur botte. Après le premier cycliste renversé, ils poseront sans doute de nouveaux ralentisseurs, artificiels, normalisés, bien collés sur la chaussée, une chaussée bien plate. Parfois, ils pourront planter de nouveaux arbres, dont l’ombre ne sera ni épaisse, ni fraiche, et ne profitera ni aux hommes, ni aux bêtes : par exemple des pins, ou des palmiers, pour faire croire aux touristes qu’ils sont à Marrakech, à la rigueur des tilleuls ou des acacias, mais rarement des platanes.

Le problème, c’est que le réchauffement climatique exige que tous les êtres qui vivent sur la terre ferme, pour survivre, se déplacent vers le Nord à une vitesse dictée par sa propre accélération. Les espèces végétales sont les plus lentes dans cette course fatale, et les arbres sont les premiers condamnés. La déforestation de la planète, bien que très discrète, sauf aux yeux des initiés, est sans doute commencée, car la fuite vers les hauteurs, possible en zone montagneuse, reste une piètre alternative, toujours provisoire. Les arbres centenaires que l’on coupe aujourd’hui ne seront jamais remplacés. Mais le pétrole aura imposé son règne sans limite.

      Des nains, vous dis-je.

Ω  Ω  Ω  Ω  Ω  Ω  Ω


Jean Monestier

Défenseur d’une biosphère humainement habitable.

Le Soler, le 09 décembre 2016.
 
 

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