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10 décembre 2020 / Corinne Lepage
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Corinne Lepage est présidente de Cap21/Le Rassemblement citoyen ancienne ministre de l’Environnement et avocate.
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Corinne Lepage. |
Le président de la République a très récemment affirmé qu’il avait besoin du nucléaire. C’est possible mais la France, elle, doit faire en sorte de ne plus en avoir besoin, et ce pour une série de raisons, qui sont d’abord d’ordre financier et économique.
Tout d’abord, un paradoxe : plus la facture est élevée, plus le retard de Flamanville [EDF y construit un réacteur nucléaire de type EPR, dont la facture explose à mesure que s’accumulent les difficultés du chantier]- s’allonge, plus les recommandations de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) deviennent sévères et plus le lobby nucléaire s’active, non pas pour répondre aux critiques qui sont faites, mais pour vanter un projet devenu totalement virtuel et irréaliste : celui d’une France championne du monde du nucléaire, championne du monde de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, indépendante énergétiquement et dotée de l’énergie la moins chère du monde ; et, enfin, il n’y a aucun problème de sécurité et de sûreté. Tout est faux.
En réalité, les choix actuels vont se révéler totalement contre-productifs, et ce dans tous les domaines :
En définitive, non seulement les prétendus avantages du nucléaire n’existent pas mais, surtout, les objectifs qui sont les nôtres dans le cadre de notre besoin de développement économique compatible avec l’épuisement des ressources et la priorité à la lutte contre le dérèglement climatique sont contrecarrés par le nucléaire.
Jusqu’où ira l’aveuglement des décideurs actuels qui ne tiennent que par les politiques de désinformation qu’ils utilisent !
[1] L’Allemagne sortira du nucléaire en 2022 et dépasse d’ores et déjà les 50 % d’électricité d’origine renouvelable dans son mix électrique ; la France a choisi de rester plus longtemps dans le nucléaire (2035 au lieu de 2025) et, avec l’EPR, de continuer tout le XXIe siècle. Dans le même temps, le renouvelable ne progresse pas.
Source : Courriel à Reporterre
Photos :
. chapô : Emmanuel Macron devant les salariés de Framatome de l’usine du Creusot, le 8 décembre 2020. © Laurent Cipriani/POOL/AFP
. portrait : © Corinne Lepage
. EDF © Alain Jocard/AFP
- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.
Source : https://reporterre.net/Le-nucleaire-conduit-la-France-dans-une-impasse
Par Julien Lecot —
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Des policiers inspectent un train originaire du Xinjiang en avril à la frontière entre la Chine et le Kazakhstan. Photo Chinatopix via AP |
Enfin. En l’espace de quarante-huit heures, trois des nations les plus influentes du monde ont décidé de suspendre des importations chinoises soupçonnées d’utiliser le travail forcé des Ouïghours. «Nous devons nous assurer que les produits que nous achetons au supermarché ne proviennent pas de ces camps», a expliqué mardi Dominic Raab, le secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, condamnant face aux députés une «barbarie que l’on espérait reléguée au passé». Dans le même temps, de l’autre côté de l’Atlantique, son homologue canadien annonçait lui aussi des mesures visant à s’assurer qu’aucun produit importé par le Canada ne participe au «travail forcé» et aux «transferts massifs des travailleurs du Xinjiang vers des provinces chinoises».
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Les Ouïghours, un peuple musulman turcophone qui compte environ 11 millions d’habitants dans cette région du nord-ouest de la Chine, subissent une persécution inouïe depuis quatre ans, notamment basée sur un enfermement à grande échelle dans des camps dits de «rééducation politique» ou de «formation professionnelle». Mi-décembre, une nouvelle enquête accablante révélait comment près d’un demi-million de Ouïghours sont employés de force dans les camps de coton du Xinjiang, où est produit 20% du coton de la planète.
Alors que Londres et Ottawa sont restés assez vagues sur les mesures qu'ils comptent mettre en place, Washington a décidé mercredi de bannir tout produit contenant des fibres de coton produites dans le Xinjiang, s’alarmant par la voix du secrétaire d’Etat à la Sécurité intérieure d’une «forme moderne d’esclavage». Une mesure qui devrait à elle seule faire perdre près de 9 milliards de dollars (7,4 milliards d’euros) chaque année, selon le ministère. Egalement dans le viseur des Etats-Unis, les conserves, sauces ou autres produits issus des tomates cultivées en grande quantité dans la région, que les Ouïghours sont également contraints de récolter, comme l’avait révélé le journaliste Jean-Baptiste Malet dans son enquête l’Empire de l’or rouge.
«Il ne faut pas croire que l’économie chinoise va s’écrouler car on sanctionne les entreprises pour leur lien avec le travail forcé», tempère Sébastien Jean, directeur du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales), rappelant qu’aucun pays n’a vraiment les moyens de résister à la puissance économique chinoise. Pour le chercheur, il est difficile d’anticiper l’impact de ces pressions politiques, et si elles permettront d’améliorer les conditions des Ouïghours en Chine.
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«La Chine presse les Etats-Unis d’annuler leur décision de bannir les importations de tomates et de coton en provenance du Xinjiang», s’est insurgé ce jeudi Zhao Lijian, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, demandant aux Américains d’arrêter «d’interférer dans les affaires internes chinoises». La veille, il avait déjà dénoncé les mesures canadiennes et britanniques «basées uniquement sur de la désinformation», assurant qu’il n’y avait ni camps d’internement ni Ouïghours détenus, et encore moins de travail forcé au Xinjiang, et ce malgré les multiples rapports et témoignages.
Une réponse prévisible pour Sébastien Jean : «S’il y a bien un principe fondamental pour la Chine, c’est que toute tentative d’ingérence est particulièrement mal vue, ce qui rend le dossier délicat. D’autant plus quand on voit qu’elle passe vite à l’offensive pour dissuader du moindre affront.» Dernier exemple en date, l’Australie, qui s’est attiré l’ire du gouvernement chinois pour avoir notamment demandé que des investigations soient menées en Chine sur l’origine du virus, et accueilli des Honkongais désireux d’échapper à la liberticide loi sur la sécurité nationale.
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Reste que, même si «on n’impose rien à la Chine», reprend Sébastien Jean, «ces sanctions économiques d’origine politique ne sont pas anodines», d’autant plus qu’elles sont menées de concert par trois pays qui pèsent à l’international. Et elles s’inscrivent dans un contexte où les pressions sur le régime communiste chinois se font plus fortes. En juillet, les Etats-Unis avaient déjà infligé des sanctions inédites à l’encontre de plusieurs dirigeants chinois, puis mis en place des restrictions sur des séries de produits. Côté européen, fin décembre, un accord sur les investissements avec l’Union européenne a failli capoter après sept ans de négociations, faute de garanties sur les droits humains. Finalement, l’Union européenne s’est contentée d’une vague promesse de la Chine de ratifier des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT).
Julien LecotOn a reçu ça :
Donneuse d’ordre d’une étude sur l’herbicide controversé, l’agence française a exigé du Centre international de recherche sur le cancer qu’il collabore avec les industriels, ce que celui-ci a refusé.
Par Stéphane Foucart
Publié le 1er janvier 2021
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Une boîte de désherbant au glyphosate, dans un champ de moutarde, à Ouzouer-sous-Bellegarde (Loiret), en 2017. CHRISTIAN HARTMANN / REUTERS |
Le glyphosate est la plaie des agences réglementaires. En mars 2018, le gouvernement avait saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) afin qu’elle mette sur pied et finance une série d’études susceptibles de trancher la controverse sur la cancérogénicité de l’herbicide.
Le premier volet de ces travaux avait été confié à un consortium de laboratoires publics qui s’est retiré mi-juillet 2020. Le second était attribué au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), mais lui aussi vient de signifier à l’Anses qu’il renonce.
Le gendarme français des pesticides l’a annoncé début décembre 2020 avec une singulière discrétion, en ajoutant à l’un de ses communiqués de presse, daté du 23 juillet, une brève note de bas de page de deux lignes. « En octobre 2020, peut-on y lire, le CIRC a fait part à l’Anses de sa décision de retirer son programme d’étude sur la toxicité du glyphosate afin de se recentrer sur de nouvelles priorités de recherche. » Une version qui diffère sensiblement de celle du CIRC.
En juin 2020, la révélation de conflits d’intérêts internes à la procédure d’attribution des fonds de recherche avait déjà créé le trouble. Plusieurs chercheurs ayant été choisis par l’Anses pour établir le cahier des charges des études à mener avaient en effet candidaté et leur laboratoire avait remporté l’appel d’offres. Le cahier des charges avait été validé par un groupe d’experts de l’Anses dans lequel siégeait de surcroît l’un des chercheurs lauréats.
Cette situation avait été dénoncée à l’Assemblée nationale par les députés Delphine Batho (Génération écologie, Deux-Sèvres) et Loïc Prud’homme (La France insoumise, Gironde). Devant la controverse, le consortium désigné par l’Anses avait renoncé, à la mi-juillet, à conduire les études en question.
Cette fois, ce sont les exigences de l’Anses à l’égard du CIRC qui ont conduit à un désaccord sur l’implication des industriels dans le projet, et finalement au retrait de celui-ci. « A l’origine, le CIRC a répondu à un appel d’offres de l’Anses pour étudier les mécanismes d’action potentiels du glyphosate sur le développement du cancer », explique-t-on à l’agence onusienne basée à Lyon, et chargée d’animer la recherche sur le cancer au niveau mondial.
Le but du projet proposé par le CIRC était « d’apporter des données de qualité sur les mécanismes d’action épigénétiques du glyphosate liés au développement du cancer » . Selon l’agence onusienne, « ce projet dans son ensemble n’a pas été retenu pour financement par l’Anses, qui a décidé de financer uniquement la partie consacrée à l’effet génotoxique [toxicité pour l’ADN] du glyphosate ».
Mais en septembre 2020, l’Anses aurait requis du CIRC qu’il collabore avec les sociétés commercialisant des produits à base de glyphosate, réunis au sein du Glyphosate Renewal Group (GRG), qui réunit des firmes comme Bayer, Syngenta, Nufarm, etc. « L’Anses a formulé deux requêtes, assure-t-on au CIRC. Le glyphosate qui sera testé dans l’étude du CIRC devra provenir du GRG et le protocole utilisé devra être transmis à ce dernier. »
Créée au milieu des années 1960 à l’initiative du président Charles de Gaulle pour animer la recherche sur le cancer autant que pour préserver celle-ci des influences extérieures, l’agence onusienne est généralement jalouse de son indépendance.
Conditions « inacceptables »
Ces deux conditions ont été jugées « inacceptables », selon le CIRC, et « la décision de se retirer du projet a été communiquée à l’Anses le 2 octobre » . Trois jours plus tard, raconte-t-on à l’agence onusienne, l’Anses faisait machine arrière et se disait finalement prête à financer l’étude aux conditions du CIRC, sans implication des industriels et sans partage du protocole de recherche. Trop tard.
« Une évaluation du glyphosate ayant déjà eu lieu et restant valide à ce jour, il nous a semblé préférable de ne pas prendre part à ce projet sur la génotoxicité en France », conclut-on au CIRC. En 2015, l’agence onusienne a en effet classé le glyphosate, pesticide le plus utilisé au monde, comme « cancérogène probable » pour l’homme, ouvrant une controverse majeure avec les agences réglementaires américaines et européennes, qui contestent cette classification.
Sollicitée, l’Anses n’est pas en mesure de répondre aux questions du Monde et renvoie à l’audition de son directeur général, Roger Genet, par les parlementaires de la mission d’information sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate. « J’ai le regret de vous annoncer que le CIRC (…) nous a écrit début octobre pour nous indiquer qu’il renonçait » a déclaré M. Genet au cours de son audition du 27 octobre
Ainsi, aucune des études sur le glyphosate pilotées par l’Anses ne verra finalement le jour avant la réévaluation de l’herbicide controversé, en cours au niveau européen. Cette réévaluation doit s’achever en 2022 et déterminera la réhomologation du célèbre herbicide.
Stéphane Foucart
ICI COMME AILLEURS,
STOPPONS AMAZON
AVANT QU'IL NE SOIT TROP TARD !
APPEL à MOBILISATION
Samedi 30 janvier, Perpignan
Pour dénoncer l'installation du géant de la vente en ligne Amazon et l'opacité qui règne à l'Agglomération Perpignan Méditerranée, concernant la cession d'un terrain de 5ha dans la zone logistique de Rivesaltes.
Manifestons le samedi 30 Janvier,
RDV 12h
devant l'Hôtel d'Agglomération Perpignan Méditerranée
(face à la gare TGV)
Les décideurs de l’agglomération ont-ils d’ores et déjà engagé une procédure de cession d’un terrain dans la zone logistique de Perpignan-Rivesaltes au profit d’une société immobilière agissant pour le compte de la firme de vente en ligne Amazon ?
Une opacité insoutenable entoure cette affaire.
Le collectif
«Stop Amazon à Rivesaltes»
réclame que toute la lumière soit faite sur les intentions de l’agglomération.
La justification du projet par la création d’emplois ne serait qu’un trompe l’œil et ses conséquences sur l’économie locale pourraient au contraire s’avérer préjudiciables. Un moratoire s’impose sur l’attribution de ce terrain de 5 ha.
A l’heure où les commerces et les entreprises sont fragilisés par la crise sanitaire, et alors que le Conseil Communautaire et la Région financent des campagnes de communication pour soutenir et valoriser le commerce de proximité, l’agglo accepterait-elle l’implantation d’une multinationale du e-commerce championne de la concurrence déloyale ?
Pourquoi faut il agir ?
Cette action vise à interpeller les habitants et les élus sur les questions que posent l'implantation et le développement des activités du géant Amazon, sur l'économie locale et les répercussions sociales et environnementales impliquées. En effet partout en France et en Europe la multinationale se déploie pour acquérir une position dominante sur le marché du e-commerce, en pleine expansion. En France 14 nouveaux entrepôts ont été construits en 2020 et plus de 10 sont prévus en 2021.
Déroulement de l'action
"Ici comme ailleurs, stoppons Amazon avant qu'il ne soit trop tard"
le 30 janvier 2021.
Cette action statique, visuelle et symbolique, ne durera tout au plus que 30 à 45 minutes.
Le but est de prendre une photo et de communiquer dans la presse, sur les réseaux sociaux, de provoquer un débat au sein de la population et du Conseil Communautaire.
- 12h* Rassemblement devant l'Hôtel d'Agglo,
Une banderole "Stop Amazon et son monde" sera déployée, tout le
monde sera invité à se placer derrière (pour rester clair, une seule
banderole, un seul message).
Au-dessus, des personnes, auront brandi des cartons peints NI ICI, NI
AILLEURS et au-dessus sera visible la façade du siège de
d'agglomération "Perpignan Méditerranée Métropole" en lettres blanches. La presse est invitée. Cette manifestation sera déclarée en Préfecture.
*En raison des nombreuses manifestations prévues samedi prochain à Perpignan, il ne restait plus que midi (et pourquoi pas ?) pour caler au mieux cette mobilisation d'alerte sur l'implantation d'Amazon à Rivesaltes. Une journée qui s'annonce bien chargée pour défendre l'environnement, l'économie locale, nos libertés et nos droits.
- 10h30 devant le Conseil Départemental, quai Sadi Carnot, "mobilisation
contre un 4ème pont à Céret", organisée par Bien Vivre en Vallespir.
- 12h devant l'Hôtel d'Agglomération, (face à la gare TGV) "Stop à l'installation d'Amazon à Rivesaltes"
- 14h Castillet Marche des Libertés "Stop loi sécurité globale"
- 16h Castillet Rassemblement LGB , défense de la loi éthique
Pour celles et ceux qui ont l'intention d’enchaîner les manifs, prévoir le sac à dos avec le casse-croûte, on se répartira en petits groupes pour aller pique-niquer.
Eric Le Balier p/Alternatiba66 06 74 71 52 95
Comment agir efficacement pour protéger le climat et nos existences ? Dans cet entretien, Andreas Malm s’attache à souligner le rôle central du capitalisme, souvent passé sous silence, dans l’enchaînement actuel des catastrophes écologiques. Et plaide pour le dépassement des idéologies arc-boutées sur le principe de « non-violence » en faveur d’un sabotage de biens matériels choisis.
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Andreas Malm est maître de conférences en géographie humaine en Suède et militant pour le climat. Il est notamment l’auteur de L’Anthropocène contre l’histoire (2017), Comment saboter un pipeline (2020) et La chauve-souris et le capital (2020), aux éditions La Fabrique.
Reporterre — Comment interprétez-vous la réaction face à la pandémie de Covid-19 ?
Andreas Malm — C’est comme si on faisait face à une nouvelle normalité, comme si le problème devenait chronique. Cette crise pourrait se prolonger longtemps et nous pourrions voir apparaître de nouvelles souches de ce virus ou de nouveaux virus. Quand je circule dans une ville comme Berlin et que je vois tous ces habitants masqués, j’ai l’impression qu’ils sont reliés par des millions de fils invisibles à la crise profonde qui frappe la nature : la destruction continue de la nature sauvage cause l’apparition de nouvelles maladies infectieuses. Mais les gens n’en semblent pas conscients.
Il est remarquable de voir à quel point la dimension écologique de cette crise est absente du débat. Maintenant, on parle des élevages de visons, mais il n’y a pas eu jusqu’ici de discussion sur les causes des catastrophes comme celle que nous vivons. Le débat porte uniquement sur les restrictions qui doivent être mises en place, sur la nécessité d’un confinement ou non, sur l’utilité des masques, sur quand on disposera des vaccins. Les populations humaines ont souffert en Europe, c’est une conséquence de la crise écologique, mais la crise n’a quasiment pas été abordée sous cet angle.
Quelles sont les raisons de notre aveuglement sur la dimension écologique de la pandémie ?
Nous voulons pouvoir continuer comme par le passé. Ce qui rend cet aveuglement extraordinaire, c’est que nous avons vécu une année anormale et que l’approche du business as usual a été rendue impossible. On n’avait jamais vu des gouvernements décréter la fermeture de pans entiers de l’économie. On aurait donc pu s’attendre à ce que les citoyens soient plus disposés à s’interroger. Mais non. Pourquoi la réaction en 2020 est-elle si différente de ce qu’on a pu observer lors de l’été 2018, marqué par des canicules, par la sécheresse ainsi que par des feux de forêt ? À l’époque, en Europe, la population a rapidement fait le lien avec le réchauffement climatique. Il a été discuté par ceux pour qui la crise climatique est un fait aussi bien que par les climatosceptiques, dont une grande partie de l’extrême droite européenne. Mais le caractère exceptionnel de l’été 2018 a également donné naissance au phénomène Greta Thunberg, à la grève des vendredis pour le climat, et au mouvement Extinction Rebellion. L’année 2019 a vu une montée en puissance de la mobilisation pour le climat.
Comment expliquer ce contraste entre 2018 et 2020 ? En partie par le fait que la climatologie existe depuis longtemps, qu’elle s’est institutionnalisée et a vulgarisé les résultats de ses recherches auprès du grand public. Le réchauffement climatique fait en quelque sorte partie de la culture générale. Par ailleurs, le militantisme pour le climat est très actif depuis de nombreuses années. Les militants et les scientifiques avaient annoncé que de tels phénomènes se produiraient. La population était donc mentalement préparée à ce qu’un événement climatique extrême se produise, même en Europe. En revanche, les travaux scientifiques consacrés aux zoonoses et aux maladies infectieuses émergentes sont restés plus confidentiels, ils n’ont pas réussi à pénétrer autant le débat public et n’ont pas été accompagnés d’un mouvement militant. C’est pourquoi cette pandémie peut continuer à être perçue comme un éclair dans un ciel d’été, comme un accident imprévisible, comme un impact d’astéroïde.
Comment expliquez-vous le choix qu’ont fait les gouvernements de mettre l’économie à l’arrêt ?
C’est un fait remarquable. À un certain niveau, cela s’explique très simplement : si un gouvernement ou les élus des partis qui le composent ne s’avèrent pas compétents dans la gestion de la crise sanitaire et s’ils ne réussissent pas à réduire le taux d’infection et de mortalité, ils peuvent craindre une sanction lors de prochaines élections. C’est ce qui s’est passé lors des élections étasuniennes : la défaite de Donald Trump s’explique en partie par son incapacité à gérer la pandémie.
Une autre motivation est que la pandémie a touché dans un premier temps une population relativement riche dans l’hémisphère Nord, alors que la crise climatique affecte principalement les populations pauvres dans l’hémisphère Sud. Ceci étant dit, c’est bien dans le sud que l’on trouve le plus grand nombre de morts dus au Covid en 2020 : parmi les pays les plus touchés, après les États-Unis, on compte l’Inde, le Mexique et le Brésil.
Dans votre dernier ouvrage, « La Chauve-Souris et le Capital », vous établissez un lien très fort entre Covid et changement climatique. Pourriez-vous l’expliquer ?
En Chine, les populations de chauve-souris se déplacent et le réchauffement climatique est une des raisons qui expliquent ces migrations. Plus les températures augmentent, plus les chauves-souris migrent vers le nord pour retrouver les températures auxquelles elles sont habituées et qui leur conviennent. Dans leur migration, il arrive qu’elles s’installent près de villes comme Wuhan, où elles apportent des pathogènes. Mais on ignore si cette hypothèse peut s’appliquer aux chauves-souris hébergeant le nouveau coronavirus. En revanche, il existe un lien direct entre l’accroissement des températures et le risque d’épidémies dues à des zoonoses. En effet, plus il fera chaud et plus la faune sauvage migrera, entrant ainsi en contact avec les populations humaines et partageant des pathogènes, pour lesquels ces rencontres de populations sont une occasion d’évoluer, de muter et de favoriser l’émergence de zoonoses. Le réchauffement climatique va semer le chaos parmi les populations animales et nous risquons de voir apparaître plus fréquemment de nouvelles pathologies.
Quel serait le lien entre le Covid et le capitalisme ?
Revenons au cas des visons. Pourquoi existe-t-il des élevages de visons ? Des entreprises génèrent des revenus en enfermant ces animaux dans de petites cages et en les nourrissant jusqu’à ce qu’ils soient abattus pour leur fourrure, vendue comme produit de luxe pour de riches consommateurs. Le problème du trafic des espèces sauvages ou de l’exploitation d’animaux d’élevage n’est pas propre à la Chine. Il s’enracine dans une logique essentielle au capitalisme, à savoir que si l’on peut tirer des bénéfices de la vente de quelque chose sur un marché, cette chose doit être transformée en marchandise. Or l’accumulation de capital est possible sur un marché de niche comme celui de la fourrure de vison. Enfermer des animaux dans un espace très étroit est idéal pour permettre à des virus de se propager d’un individu à l’autre, puis d’évoluer et de muter. Le virus a tout à voir avec la tendance systémique du capitalisme à soumettre les animaux et d’autres parties de la nature à la propriété privée et à les transformer en marchandises.
Toute accumulation de capital résultant de l’exploitation commerciale d’animaux sauvages élevés en captivité doit être abolie si l’on veut éviter l’apparition de nouveaux virus et le risque de nouvelles pandémies. À un niveau plus abstrait, on peut affirmer que le capitalisme a tendance à faire surgir ces nouvelles maladies parce qu’il est incapable de renoncer à exploiter les écosystèmes naturels. Le capitalisme est obligé d’envahir ces écosystèmes et de les transformer en sources de profit. Il est intrinsèquement incapable de se rendre compte qu’il y a des limites à l’expansion et qu’il faut respecter ces limites, par exemple en s’interdisant d’envahir certaines forêts tropicales dont la destruction entraînera le chaos environnemental. Respecter des limites est une impossibilité pour le capitalisme, qui doit donc se les voir imposer de l’extérieur.
Imposer des limites au capitalisme, n’est-ce pas y mettre fin, puisqu’il a besoin d’être en constante expansion ?
Certes, mais je ne pense pas que toute limitation puisse immédiatement mettre fin au capitalisme. Certains pays européens avaient par exemple mis en place un État-providence fondé sur la démarchandisation de certains secteurs. Il s’agissait de limites imposées à l’expansion capitaliste, notamment dans les domaines de l’éducation ou de la santé. Cela n’a pas mis fin au capitalisme. Même aux plus beaux jours de l’État-providence suédois, quand des secteurs économiques entiers avaient été soustraits à l’économie de marché, il a coexisté avec le système capitaliste qui a grandement bénéficié aux riches. Mais dans les années 1970 et 1980, le capitalisme a réussi à faire de premières incursions dans les domaines qui lui avaient été soustraits et a commencé à les soumettre à son besoin d’expansion pour l’accumulation de capital. Cela s’est terminé par sa victoire. Résultat, le système éducatif suédois est désormais privatisé plus que partout ailleurs dans le monde occidental.
Imposer des limitations environnementales sérieuses au capitalisme, comme l’a fait par exemple Lula au Brésil contre la déforestation, ne signifie pas mettre un terme au système capitaliste. Le capitalisme a pu y faire son retour et imposer la suppression de toute limite d’abord à l’occasion du coup d’État contre Dilma Rousseff, puis sous Bolsonaro. La leçon à en tirer est que si l’on veut assurer la pérennité des limites, le capitalisme reviendra tôt ou tard en force et luttera pour faire abolir ces limites. Si l’on veut maintenir ces limites, on est donc amené à remettre en question l’existence même d’un système qui ne tolère aucune limite.
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À l’image des entrepôts Amazon toujours plus nombreux et démesurés, Andreas Malm soutient que le capitalisme est incapable de limiter de lui-même sa destruction de l’environnement. |
Dans « La Chauve-Souris et le Capital », vous prônez un « léninisme écologique ». Pourriez-vous nous expliciter cette idée ?
Mon raisonnement part du fait que nous sommes en situation de catastrophe écologique. Or Lénine et ses camarades bolcheviks — Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht — faisaient face à une catastrophe, celle de la Première Guerre mondiale, qui présente certaines ressemblances avec la catastrophe écologique. Leur position était que lorsque la guerre mondiale éclaterait, il faudrait essayer de retourner la crise contre elle-même en s’attaquant aux moteurs de la crise, à ce qui alimentait la guerre, sous peine de voir se répéter sans cesse les conflits mondiaux. Il s’agissait donc de transformer la Première Guerre mondiale en crise révolutionnaire visant à renverser les élites qui étaient responsables de la catastrophe et voulaient poursuivre la guerre en envoyant de plus en plus d’hommes se faire massacrer par millions.
On peut reprocher beaucoup de choses à Lénine et aux bolcheviks, mais il faut leur reconnaître que c’est ce qu’ils ont réussi à faire en renversant le gouvernement provisoire responsable de la poursuite de la guerre côté russe. Ils ont ainsi mis fin à la Première Guerre mondiale pour les Russes en se retirant du conflit.
Le parallèle avec notre époque est que nous sommes en situation de
catastrophe, un état qui devient permanent et voit se succéder une
catastrophe après l’autre, événements météorologiques extrêmes ou
pandémies. Notre mission stratégique doit être de transformer ces
moments de crise des symptômes en crise pour les moteurs. Quand nous
subissons une catastrophe naturelle, météorologique ou climatique, nous
devrions agir exactement comme l’a fait le mouvement pour le climat en
2018 et 2019 mais à une échelle plus grande et de manière plus intense,
en ciblant les causes du désastre. Tant que nous ne nous attaquerons pas
aux moteurs de crise, nous en subirons sans fin les symptômes. En ce
sens, ce que j’ai proposé d’appeler « léninisme écologique »
repose simplement sur une comparaison avec la stratégie de Lénine
pendant la Première Guerre mondiale : pour mettre fin à la catastrophe —
qu’il s’agisse du conflit mondial ou du massacre écologique —, il faut
s’en prendre aux classes dominantes, qui ont intérêt à ce que la
catastrophe se poursuive.
Pourquoi préférez-vous la notion de Capitalocène à celle d’Anthropocène ?
Il est simplement inexact de prétendre que l’ensemble de l’espèce humaine se comporte de la même manière. Un récent rapport d’Oxfam et de l’Institut environnemental de Stockholm indique que les émissions de gaz à effet de serre (GES) des 1 % les plus riches depuis les années 1990 représentent plus du double des émissions de la moitié la plus pauvre de l’humanité. Ce qui est en jeu ici n’est pas seulement les émissions des plus riches mais leur idéal de vie, qui alimente une spirale consommatrice de plus en plus destructrice.
Remplacer la notion d’Anthropocène par celle de Capitalocène, c’est vouloir être plus précis en disant que c’est le capital — comme processus et comme structure particulière d’interaction humaine fondée sur l’inégalité et le pouvoir — qui s’est transformé en facteur de changement géologique destructeur, et non pas l’espèce humaine. Ce qui se passe ne relève pas de nos caractéristiques biologiques en tant qu’espèce Homo sapiens, mais d’une évolution historique et sociale particulière.
Le capitalisme numérique est devenu aussi puissant que les « majors » pétrolières. Comment analysez-vous cette évolution au sein du capitalisme et quel rôle joue le capitalisme numérique ?
On imagine à tort que les technologies numériques possèderaient une immatérialité résultant de leur découplage d’avec le monde matériel, les plaçant dans la post-destruction. Cette vision ne correspond aucunement à la réalité. Des rapports ont établi à quel point Internet contribue à la consommation mondiale d’énergie, y compris fossile. On peut bien entendu rétorquer que ces machines fonctionnent aussi bien à l’énergie renouvelable. Mais le capitalisme numérique a clairement augmenté la cadence à laquelle nos sociétés produisent et consomment en général. N’oublions pas les nombreux autres effets du capitalisme numérique, notamment son incidence idéologique qui provoque chez l’être humain un détachement croissant du monde naturel, un glissement intellectuel, mental et culturel. Les gens passent un temps infini devant leurs écrans plutôt que d’interagir avec le monde extérieur. Cela ne me semble pas positif et je crois que notre conscience de l’environnement ne bénéficie pas de notre propension à disparaître dans le monde numérique.
Dans « Comment saboter un pipeline », vous critiquez la non-violence. Pourquoi ?
Je ne suis pas contre les méthodes d’action non violentes en politique, j’ai d’ailleurs participé à bon nombre d’entre elles. Ce à quoi je m’oppose, c’est l’idée que ces méthodes sans aucun dégât matériel, ni rien qui puisse être considéré comme de la violence, soient les seuls moyens d’action que nous puissions employer au sein du mouvement climat. Prenons par exemple Extinction Rebellion. Pour eux, un mouvement social est condamné à perdre le soutien de la population dès qu’il recourt à des méthodes qui pourraient sembler ne serait-ce qu’un peu violentes. Je ne pense pas que cette analyse s’appuie sur une compréhension historiquement exacte des mouvements sociaux et je ne crois pas qu’il soit sage pour le mouvement climatique de prononcer des vœux perpétuels de non-violence absolue.
Le mouvement Black Lives Matter inflige par exemple un démenti complet à la théorie du pacifisme stratégique. Il a vraiment décollé quand des habitants de Minneapolis ont pris d’assaut et incendié le commissariat de police de cette ville. Si le pacifisme stratégique disait vrai, cet événement aurait dû entraîner la diabolisation de Black Lives Matter. Or, c’est exactement le contraire qui s’est produit. Cet incendie a permis de prendre de conscience que la police n’est pas au-dessus des lois aux États-Unis. Black Lives Matter a rassemblé ensuite un grand nombre de courants ; certains choisissant la destruction de biens, renversant des statues érigées à la gloire de propriétaires d’esclaves, d’autres affrontant la police lors d’émeutes urbaines. Et la plupart manifestant dans le plus grand calme.
Cela nous apprend que la diversité des tactiques est indispensable à tout mouvement. Le rôle qui incombe à la frange radicale militante est d’insuffler à ceux qui ne veulent pas s’engager sur la voie du militantisme actif le courage de descendre manifester dans la rue pour faire entendre leur voix. Appliquer la leçon de Black Lives Matter au mouvement pour le climat, c’est chercher des modes d’action qui soient équivalents à la destruction du commissariat à Minneapolis ou aux statues renversées. Je n’incite pas à la violence contre les personnes, mais je pense que la destruction de biens a joué un rôle dans pratiquement tous les mouvements sociaux qui ont atteint leur but. En France, cela est encore plus vrai que dans n’importe quel autre pays. Vous êtes des champions dans ce domaine parce que vous êtes le pays en Europe où les conflits sociaux sont encore assez réguliers. Les Gilets jaunes n’auraient pas autant marqué le paysage politique français s’ils avaient été un mouvement entièrement non violent.
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Le collectif La Ronce a appelé à subtiliser des bouchons de paquets de sucre pour protester contre la réautorisation des pesticides néonicotinoïdes. |
Quelle stratégie le mouvement pour le climat devrait-il suivre aujourd’hui ?
Avec la pandémie, on a assisté à un suicide du mouvement pour le climat : il s’est effacé tout seul. La grève pour le climat (Fridays for Future) a par exemple décidé de cesser son action en raison de la crise sanitaire. C’était une erreur. Toute la dynamique patiemment construite en 2019 a été perdue. Le mouvement pour le climat aurait dû faire comme Black Lives Matter : continuer à descendre dans la rue et à occuper l’espace public tout en portant des masques et en respectant la distanciation physique. Le mouvement ne peut exister si nous nous contentons de manifester derrière nos écrans. Il faut poursuivre les grèves ou des actions de désobéissance civile. Mais, au vu de l’extrême urgence à laquelle nous faisons face, nous devons monter en puissance et enrichir notre répertoire d’action en y incluant des tactiques de militantisme actif.
La démarche est risquée, car elle peut évidemment échouer. Mais je pense que nous ne pouvons plus nous offrir le luxe de n’utiliser que des tactiques ne comportant aucun risque. Prenons un exemple : j’ai lu que les activistes d’Extinction Rebellion à Bordeaux ont dégonflé les pneus de SUV dans les quartiers les plus aisés de la ville. C’était une excellente initiative. Si de nombreux activistes font cela, ils peuvent attirer l’attention sur les émissions du luxe et saper la légitimité de ce type de consommation tout simplement injustifiable. Si les États sont incapables d’y remédier, c’est aux citoyens d’agir.
Comment pratiquer le sabotage dans un contexte très répressif ?
Je ne dis pas que tout le monde doit pratiquer le sabotage, ni que celui-ci est la panacée. Mais je pense qu’il y a des activistes frustrés par l’inadéquation complète de la réponse à la crise climatique et qui souhaitent passer au niveau supérieur. Et je crois que le mouvement pour le climat ne devrait pas leur déconseiller de le faire, mais plutôt les encourager. Et puis, certaines formes de sabotage ne sont pas très risquées. En 2007, quand nous avons dégonflé des pneus de SUV en Suède, une de nos camarades a été arrêtée. Elle n’a pas été condamnée. Évidemment, si ce geste était pratiqué à grande échelle, les sanctions encourues pourraient devenir sérieuses. Mais il reste possible de mener certaines actions de sabotage sans courir le risque d’une répression forte. Et comme le dit très justement le collectif La Ronce dans son manifeste, c’est parce que les technologies à base d’énergies fossiles sont quasi omniprésentes qu’on peut facilement les cibler. Il faut réfléchir soigneusement aux types d’action menées, tâcher d’éviter la répression autant que possible et ne pas se précipiter dans les bras de la police, comme XR aime à le faire.
La Ronce appelle aux sabotages individuels. Pensez-vous que ces actions puissent être efficaces ?
Quand un groupe lance un appel à l’action, on dépasse le phénomène individuel. Il s’agit bien de quelque chose de collectif et de politique. J’en veux pour preuve l’idée de boycott telle qu’elle a été appliquée pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud. On pourrait dire que refuser d’acheter des produits sud-africains relevait d’une décision individuelle. Et pourtant, c’était un phénomène collectif et politique. Il me semble que cela s’applique ici aussi. Le risque des actions de La Ronce, même si je manque de connaissances précises sur les intentions de ce collectif, c’est de finir par tout cibler sans distinction en s’en prenant à l’ensemble de la civilisation industrielle. C’est ce qu’on a vu avec les mouvements de « sabotage écologique » dans les années 1980 et aussi 1990.
Quand les défenseurs de l’environnement optent pour le sabotage, ils pensent qu’il n’y a rien dans la civilisation industrielle qui ne soit pas destructeur et qu’il faut donc l’attaquer dans tous ses aspects. Mais tout cibler, c’est ne rien cibler. Ce qui rend le sabotage intéressant, c’est d’être précis et sélectif. En choisissant telle ou telle cible, on souligne son caractère destructeur et on suscite le débat public en espérant la priver de légitimité pour entraîner sa disparition.
Les SUV se prêtent bien au sabotage, car il est possible de créer un effet de dissuasion à l’achat. À force de voir se dégonfler leurs pneus — c’est ce que nous avons vu en Suède — les acheteurs de voitures finissent par se dire que s’ils choisissent un SUV, ils risquent de se retrouver à plat le lendemain matin. Il est nettement préférable de concentrer ses forces sur une ou deux cibles et si on atteint le premier objectif, on peut en poursuivre un autre. De plus, il faut vraiment veiller à cibler la consommation des riches. Les SUV représentent un symbole de statut social, relevant de la consommation ostentatoire. On pourrait aussi s’en prendre aux yachts de luxe ou à d’autres cibles représentant des émissions de luxe absolument injustifiables. Enfin, quand on pratique le sabotage, il faut expliquer aux gens pourquoi on le fait. Il faut être capable de publier des communiqués et des manifestes ou des tracts qui exposent très clairement les raisons qui motivent une action. Il ne suffit pas d’ouvrir des canettes de coca au petit bonheur la chance dans des supermarchés et de s’enfuir en courant.
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C’est maintenant que tout se joue…
Le désastre environnemental s’accélère et s’aggrave, les citoyens
sont de plus en plus concernés, et pourtant, le sujet reste secondaire
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Lire aussi : Françoise d’Eaubonne, pionnière de l’écoféminisme et adepte du sabotage
Source : Laury-Anne Cholez et Hervé Kempf pour Reporterre
Photos :
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