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samedi 12 septembre 2026

« On devient victime une deuxième fois » : de la responsabilité de la presse

 « On devient victime 

une deuxième fois » : 

de la responsabilité de la presse


dimanche 06 septembre 2026

Toutes les deux semaines, votre lettre sur #MeToo, les questions de genre, les mobilisations féministes et LGBTI+. 

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Le mot de la semaine
« On devient victime une deuxième fois » : de la responsabilité de la presse


Par Lénaïg Bredoux, responsable aux questions de genre
Toutes et tous l’ont craint. Celles et ceux qui, un jour, ont choisi de se confier à un·e journaliste ou de livrer un témoignage à la justice, ont redouté que « ça fuite », que leur anonymat soit brisé et que leur récit soit livré en pâture dans la presse sans leur accord. Parfois sans même avoir été prévenu·es, au mépris de leur vie personnelle, de leur réputation professionnelle et de leur santé mentale.

La chanteuse et actrice Helena Noguerra vient d’en faire l’amère expérience. Deux médias français, RTL et Paris Match, ont divulgué son nom alors qu’elle avait choisi de témoigner anonymement dans l’affaire Patrick Bruel. Auprès de Mediapart (dans l’enquête de Marine Turchi et dans une tribune en accès libre sous pseudonyme) et auprès de la justice. C’est ce dernier témoignage qui a manifestement été communiqué à des journalistes peu scrupuleux.

Ce manque de scrupules et/ou cette déontologie défaillante n’est pas un cas isolé. Nous l’avons constaté dans de nombreuses affaires telles Hakimi, Epstein, PPDA, Quatennens, Besson, Plaza, Lomepal…

À Mediapart, nous le constatons depuis dix ans que nous menons des enquêtes sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) : l’anonymat est un trésor que de nombreuses personnes – majoritairement des femmes –, victimes ou témoins, chérissent. Il est souvent la condition impérative de leur parole.

Ce n’est ni par amour du secret ni pour jouer les OSS 117 des VSS. La réalité est bien plus triviale. Les victimes – plaignantes ou témoins – craignent les répercussions d’une publicisation de leur nom : le cyberharcèlement sur les réseaux sociaux, la réaction hostile de leurs proches, l’obligation d’en parler avec ces mêmes proches… Ceux-ci parfois n’en savaient rien : des parents ou le ou la conjoint·e sont souvent totalement ignorant·es de ce qu’elles ont vécu cinq, vingt ou trente ans auparavant.

Elles redoutent de subir des revers professionnels : de perdre des contrats, d’être mises sur la touche d’un parti ou d’un syndicat, de ne plus être les bienvenues sur un plateau de télévision ou de cinéma. Les soutiens des mis en cause, surtout quand ils sont des hommes puissants, occupent des positions de pouvoir aux ramifications parfois insoupçonnées…

Il y a aussi la peur, qui perdure : celle que l’agresseur a insufflée à sa victime, celle qui permet souvent l’impunité et scelle le silence. Le traumatisme est encore là, palpable, sensible. Souvent, les femmes qui témoignent craignent celui qu’elles mettent en cause : pas besoin de menaces ou de coups, le souffle de la violence subie suffit.

lundi 12 janvier 2026

Victoire ! - Abandon des poursuites contre le journal L’Empaillé à Perpignan : « Le droit est un rempart contre les procédures abusives des mairies RN »

Abandon des poursuites 

contre le journal L’Empaillé 

à Perpignan : 

« Le droit est un rempart 

contre les procédures abusives 

des mairies RN »

 

  • par
  • Ce 8 janvier, devant les juges perpignanais, l’avocat de Philippe Rouch, directeur de la police municipale (PM) et celui du journal L’Empaillé ont chacun plaidé la cause de leur client dans cette affaire de droit de la presse. D’un côté, le directeur de la PM considérant que le mot « caïd » employé dans un article du journal était une « injure publique », de l’autre, le directeur de la publication qui avait publié en octobre 2023, l’article « Purge sur la ville ». Après une première plaidoirie, le tribunal s’est retiré près d’une trentaine de minutes pour finalement prononcer la « nullité des poursuites ».

    Devant le tribunal, plusieurs dizaines de personnes s’étaient rassemblées pour soutenir les trois journalistes venus défendre leur travail. « Nous nous retrouvons aujourd’hui devant le tribunal de Perpignan pour défendre la presse libre. L’Empaillé, notre journal, est attaqué en justice », ont expliqué les journalistes. De leur côté, les manifestants scandaient des slogans hostiles à Louis Aliot, maire RN de Perpignan et des chants de solidarité à l’égard du journal.

    « Une victoire pour tous les journalistes »

    Une fois l’audience démarrée, les débats ont porté sur les aspects techniques du dossier. Car si en droit, le dossier est complexe sur le fond, il a été jugé sur un élément de forme. Techniquement, c’est l’absence de notification par le juge d’instruction au prévenu de sa faculté « à garder le silence » qui « lui a nécessairement occasionné un grief », précise le juge pour justifier sa décision. De fait, la procédure est close et le journal peut poursuivre son travail.

    À l’issue du procès, l’avocat du journal, Octave Nitkowski, précise que « l’intégralité de la procédure a été annulée parce que les droits de la défense n’ont pas été respectés dès le début du dossier. Monsieur Grysole est définitivement innocenté dans cette procédure qui représentait une entrave à sa liberté d’expression. »

    Selon Octave Nitkowski, il s’agit « non seulement d’une victoire pour la liberté d’expression, mais aussi pour les droits de la défense de tous les journalistes. »

    Le tribunal n’a pas jugé si le mot « caïd » pouvait être qualifié d’injure

    Durant la suspension d’audience, l’avocat de Philippe Rouch et ancien bâtonnier, Raymond Escalé, s’est rapproché des journalistes présents dans la salle pour justifier la procédure contre le mot caïd. « Philippe Rouch est un fonctionnaire, ce n’est pas un homme politique qui accepte le jeu des médias ». Quand bien même, il livrait il y a quelques jours une longue interview vidéo pour le site Omerta. En clair, selon son avocat, le directeur de la police se serait senti insulté par l’utilisation du mot caïd, allant même jusqu’à demander 5 000 euros de dommages et intérêt.


    Pour le directeur de la publication et journaliste de L’Empaillé, Simon Grysole, le verdict laisse un sentiment de frustration. « C’est le principe des procédures baillons, c’est fait pour ne pas parler du fond. J’avais préparé une déclaration que j’aurais aimé lire sur cette politique d’extrême droite menée ici et qui est dangereuse. C’est là-dessus qu’on a enquêté et c’est ce qu’on combat en tant que journal militant. On ne se le cache pas. C’est vrai que c’est un peu frustrant mais ça reste une victoire ».

    L’avocat de la défense a enfoncé le clou en déclarant que « le droit est un rempart contre l’instrumentalisation qui en est faite par les mairies RN. »

     Source : https://madeinperpignan.com/perpignan-abandon-poursuites-contre-le-journal-lempaille-le-droit-est-un-rempart-contre-les-procedures-abusives-des-mairies-rn/

    __________________________________ 


    Victoire !

    Ce 8 janvier au tribunal de Perpignan, Messieurs Aliot et Rouch ne se sont pas déplacés. Le directeur de la police municipale de cette mairie RN attaquait L’Empaillé. Nous l’avions qualifié de « caïd » dans notre enquête d’octobre 2023. Celle-ci documentait la politique d’extrême droite menée à Perpignan, et révélait l’existence d’une police municipale aux méthodes brutales et arbitraires, forte de deux cents agents armés de flashballs et pour certains décorés d’un écusson aux relents néo-fascistes. Cette plainte relevait avant tout d’une procédure bâillon, destinée à nous faire perdre du temps et de l’argent.

    Lors de l’audience, il n’y a même pas eu de débat sur cette supposée injure, puisque l’instruction n’a pas respecté la notification de droit au silence lors de la mise en examen du directeur de publication. Ce point de nullité, plaidé avec brio par notre avocat, a bien soulevé quelques gesticulations verbales de la part de la procureure et de l’avocat de la mairie d’extrême droite, mais sans succès : les juges ont décidé de l’abandon des poursuites. Cette victoire avant même l’examen du fond nous a privés de la possibilité d’argumenter sur l’indemnisation de nos frais de procédures.

    Nous remercions les dizaines de personnes qui se sont déplacées, de Perpignan et d’ailleurs, pour nous soutenir devant le tribunal, ainsi que le fonds Ripostes pour le financement des frais liés à la procédure.

    Plus que jamais, nous continuerons à enquêter sur l’extrême droite, et nous resterons le relais de toutes les luttes pour combattre ces gens dangereux, que ce soit dans les villes tenues par le RN, à l’Assemblée ou dans des groupuscules néofascistes éparpillés sur le territoire.

    Vive la presse libre, vive la résistance antifasciste !

    L’équipe de l’Empaillé

    Source : https://lempaille.fr/victoire 

     

    jeudi 8 janvier 2026

    L'article qui n'a pas plu et vaut un procès-baîllon à L'Empaillé - Perpignan – Purge sur la ville

    Le procès-bâillon contre le journal l'Empaillé a lieu ce jeudi à Perpignan à 13h.
    https://lemurparle.blogspot.com/2026/01/lempaille-proces-le-8-janvier-perpignan.html

    Ici l'article qui n'a pas plu


    Perpignan – Purge sur la ville


    Louis Aliot a mis la main sur le chef-lieu des Pyrénées-Orientales en 2020. Depuis, l’ancien numéro deux du FN alterne habilement entre politique lepéniste et gestion paternaliste. Mais cela ne doit tromper personne : il n’a pas lâché son idéologie autoritaire, raciste et anti-féministe. Nous avons enquêté et récolté quelques paroles d’opposant·es, sans cacher notre ambition : mettre une pièce dans la machine qui poussera l’affreux vers la sortie.

    Dans les années 90, Toulon, Vitrolles, Orange et Marignane tombent aux mains du FN. La menace brune de ce parti cofondé en 1972 par des néo-fascsistes, un Waffen SS et Jean-Marie Le Pen font l’objet d’une attention des médias comme d’une mobilisation du camp antifasciste. Vingt-cinq ans plus tard, Perpignan tombe aux mains de l’extrême-droite, 89 députés du parti sont envoyés à l’assemblée et Le Pen fait 40% aux présidentielles. Renommé « Rassemblement national », le FN s’est « dédiabolisé », comme aiment le dire les médias dominants, illusion dont ils sont en partie responsables. Aux commandes de l’organisation, il y a en effet ce qui se fait de pire dans l’extrême droite française : des anciens chefs du GUD, un groupe de jeunesse néo-fasciste et violent1. Ces derniers gèrent les finances et la communication du FN/RN depuis les années 2000. C’est à cette époque que Louis Aliot entre à la direction du parti et accompagne leur montée en puissance ainsi que celle de sa compagne de l’époque, Marine Le Pen. Dans les années 2010, il part à la conquête de Perpignan, où la gauche est divisée et où la « droite extrême » de l’ancien maire Jean-Marc Pujol suscite un rejet de toutes parts.

    Le soutien de la bourgeoisie

    Aliot a eu un certain sens tactique pour prendre cette ville de 120 000 habitant·es. Suite à l’échec de 2014, il modifie sa stratégie aux municipales de 2020. S’il prend un mauvais départ en compagnie de Zemmour, il choisit ensuite de gommer toute référence à son parti et ses idées. Oubliez Le Pen, la flamme bleu-blanc rouge, l’islam et l’immigration. Place à Aliot le notable de droite, rassembleur, bon gestionnaire. Et voilà notre homme adoubé par les couches aisées de Perpignan. Selon le géographe David Giban, c’est une évidence : « La bourgeoisie locale s’est clairement engagée derrière Aliot, pour des raisons identitaires classiques à la bourgeoisie, mais surtout du fait qu’Aliot défende une logique très libérale, promettant qu’il n’y aurait pas d’augmentation des impôts et en défendant les intérêts du capital ».

    Dans une étude récente2, il montrait qu’au deuxième tour de 2020, « les quartiers pavillonnaires des classes moyennes et de la bourgeoisie se sont nettement mobilisés pour Aliot. (…) La mobilisation des quartiers résidentiels de la bourgeoisie (à l’Est de Perpignan) prend valeur de plébiscite. Avec 59,6% des voix, les trois bureaux de vote [où ils sont présents] se sont sur-mobilisés dans l’entre-deux tours » Le bureau de vote de Mas Llaro, composé de grandes villas sécurisées sur la route de la mer, a ainsi voté à 60% pour Aliot au 2ème tour et à 50% au 1er. « On retrouve les mêmes résultats dans les quartiers pavillonnaires des classes moyennes situés en périphéries Sud, Sud-Est et Nord de la ville ». Certes, la militante du NPA Josie Boucher rappelle qu’il a eu aussi une partie des voix dans les quartiers populaires, mais « les voix des Blancs », ajoutant qu’il a pris Perpignan « dans un contexte dont Marine Le Pen rêve, c’est à dire sur la base d’une immense précarité, d’un désespoir social et d’une décrépitude du personnel politique de droite, avec ces barons locaux qui sont corrompus jusqu’à la moelle ».

    Enfumage réussi

    Pour réussir cette fusion des droites, Aliot a dû recruter tous azimuts. À commencer par le soutien de trois colistiers macronistes, dont Alain Cavalière, l’ancien président du tribunal de commerce. Deux élus de droite de la majorité précédente ont sauté à pieds joints dans sa liste, André Bonnet et Charles Pons, ajoutés à d’anciens responsables ou proches de l’UMP, Anaïs Sabatini, François Lietta, Marie Bach et Marion Bravo. Côté « gauche », on a Rémi Génis, un patron local issu du Parti Radical et Jacques Palaçin, un ancien haut dirigeant franc-maçon affilié au PS3. Mais sa liste d’élu·es est un assemblage hétéroclite de bras cassés. Il est contraint de gouverner avec un petit cercle, en s’appuyant sur des cadres administratifs débauchés… au PS. À son arrivée, il débauche Stéphane Babey comme directeur de cabinet, alors qu’il était au service d’Hermeline Malherbe, la présidente socialiste du Département. Il le remplace ensuite par Frédéric Bort, habitué des cabinets PS à la région ou à Narbonne, avant de passer macroniste en 2017 puis au RN en 2021.

    Aucun doute, Aliot a bien travaillé sa « dédiabolisation ». Et il ne s’arrête pas une fois élu. Les agents municipaux ont eu droit aux tickets resto, réclamés depuis belle lurette ; pour les commerçants, une nouvelle politique d’animation du centre-ville et l’ouverture du marché du dimanche tant attendu, place de Belgique. Dans un premier temps les associations ont conservé leurs subventions, la mairie ne s’est pas immiscée dans la programmation du festival de photojournalisme Visa pour l’image4, la médiathèque n’a pas subi de censure. Aliot a même réussi quelques coups médiatiques avec l’accueil d’une poignée de réfugiés ukrainiens, la mise sur pied d’une antenne de soutien aux femmes victimes de violence (qui n’a toujours pas ouvert ses portes), ou mieux : il est parvenu, sous les projecteurs, à offrir une médaille d’honneur de la ville au couple Klarsfeld, symbole de la lutte contre l’impunité des anciens nazis. Pour David Giban, « Ça a été une surprise, Aliot a une gestion très fine et très politique ». Ainsi, lorsqu’il réalise des sorties racistes ou anti-syndicales, ce n’est pas à Perpignan : « Pour moi il y a deux Aliot, il y a l’élu local, qui ne fera pas ce genre de déclarations, et il y a l’Aliot national, qui va le faire sur BFM.»

    Une mairie d’extrême droite

    Derrière cet écran de fumée, il ne faut pas creuser bien loin pour remettre Aliot à sa place. La plupart de son équipe qui n’était pas au RN l’est désormais, peu ou prou. Anaïs Sabatini est devenue député RN, l’adjoint à la culture André Bonnet est friand sur Twitter des posts de médias d’extrême droite comme Valeurs actuelles ou F de souche, et l’adjoint en charge de l’aménagement Charles Pons portait l’étiquette RN aux dernières sénatoriales. Évidemment, il y a celles et ceux qui étaient déjà de fidèles lepénistes : Frédéric Gourier (adjoint aux quartiers sud), au FN/RN depuis 12 ans et communicant d’Aliot depuis quelques années, et Xavier Baudry (adjoint au quartier ouest) un ancien policier passé par le mouvement d’extrême droite Renouveau étudiant et le GUD5, et actuellement membre des intégristes de la Fraternité Saint-Pie X. Ajoutons les cadres locaux du RN Sophie Blanc (élue depuis député RN) et l’adjointe à l’éducation Marie-Thérèse Costa-Fesenbeck, ainsi qu’un émissaire de « Debout La France » (parti souverainiste proche du RN), l’adjoint aux sports Sébastien Ménard.

    Évidemment, nombre d’habitué·es des réseaux d’extrême droite ont figuré parmi les embauches à la mairie depuis trois ans. Une mission sur la sécurité offerte à Xavier Raufer (ancien d’Occident et d’Ordre Nouveau), une autre sur les jeunes des quartiers au général De Richoufftz (signataire de la tribune factieuse6 parue en avril 2021 dans Valeurs Actuelles), un contrat de dix mois comme directeur de la communication à Arnaud Folch (ancien de Valeurs actuelles et Minute), sans oublier une étude d’opinion confiée à Christophe Gervasi, sondeur en chef du RN. Une belle liste qu’on clôt avec son ancien assistant parlementaire, Mohamed Bellebou, embauché au service proximité. Ce dernier a été condamné en 2010 à quatre mois de prison ferme pour avoir séquestré et menacé un élu PS avec un engin explosif factice.

    Bienvenue donc dans une mairie Front National. Syndicaliste de SUD-CT à la mairie, Bénédicte Vincent est dépitée. Elle dénonce le « délitement du service public », avec notamment la décision de la mairie de confier la gestion des crèches de la ville au privé. « On a fait une grève en début d’année car on était contre cette délégation de service public à une structure privée. Cela concerne pour l’instant la plus grosse crèche de la ville, celle du Moulin à vent, mais on nous a dit clairement que les autres suivraient dans le prochain mandat. » Elle dénonce plus largement la charge de travail : « C’est de plus en plus difficile de faire notre travail au sein de cette mairie, mais c’est dans l’air du temps. Dans les collectivités territoriales il n’y a plus de crédit, donc il faut bien faire des coupes sombres, on a des personnels et notamment des cadres qui partent à la retraite et ne sont pas remplacés. » Ainsi, le nombre d’agents total de la mairie est passé de 2473 en 2014 à 2251 en 2021. « Par contre il y a énormément de recrutements dans la com’ et la police municipale, ça ce sont des choix politiques… ».

    Guerre aux pauvres

    Si dans de nombreux domaines la stratégie d’Aliot est plutôt dans une poursuite des dispositifs déjà engagés, ce n’est pas le cas pour la sécurité et la propreté qui sont au cœur de sa politique et de sa com’. D’emblée, il déclare à l’assemblée nationale en juillet 2020 qu’une « vraie guerre doit être menée contre ces voyous » afin d’éviter « l’ensauvagement de nos rues ». Puisque la ville était déjà inondée de caméras à son arrivée (260), c’est la police municipale (PM) qui a constitué le fer de lance de sa campagne sécuritaire. Son prédécesseur Jean-Marc Pujol avait fait grimper ses effectifs, de 104 agents en 2013 à 154 en 2019. Avec Aliot, le chiffre de 200 policiers municipaux a été atteint, un record en France en le rapportant au nombre d’habitant·es (seule Cannes fait pire), pour un budget de 11 millions d’euros. Une brigade de nuit a été mise en place, cinq commissariats aux enseignes géantes ont été ouverts, un « Groupe opérationnel de soutien tactique » a été créé, équipé de flashballs et arborant une insigne de tête de mort d’un guerrier viking, qu’on retrouve dans les réseaux d’extrême droite (cf notre papier p26-27).

    Pour diriger le tout, Aliot a embauché un caïd de la police nationale parisienne, Philippe Rouch, qui enchaîne les saisies de drogues, largement médiatisées. Mais au menu de cette « milice municipale » selon le média Blast, il y également un contrôle policier renforcé dans toute la ville, et un véritable harcèlement de la population mis en place dans les quartiers populaires, via des contrôles au faciès et des interpellations violentes, notamment au Vernet et à Saint-Jacques. L’enquête de Blast en 2023 est édifiante7. Plusieurs vidéos choquantes montrent des policiers qui lâchent des chiens ou des coups de pieds sur des jeunes, qui profèrent des menaces de mort, qui usent de gaz lacrymo sans restriction. Françoise Attiba, militante à la LDH, affirme qu’Aliot a « la haine des pauvres ». Selon les témoignages qu’elle a reçus, « les SDF sont savatés la nuit par la police municipale, ils repèrent là où ils vont dormir et souvent ils leur mettent de la bombe lacrymo en plein visage alors qu’ils dorment et quelques coups de pieds pour qu’ils s’en aillent. Les gens ont peur, ils ne veulent pas porter plainte. Les gitans c’est pareil. La maltraitance de la PM peut donc continuer car ils s’attaquent aux plus vulnérables. » Les commerces des quartiers populaires n’échappent pas au harcèlement de la PM qui multiplie les descentes. Depuis septembre 2022, le préfet lui a délégué son pouvoir de contrôle et de fermeture administrative concernant les restaurants ou épiceries. Résultat : 161 contrôles en 2022, et en quelques mois, sept fermetures avaient déjà eu lieu8.

    La vie en brun

    La mairie RN investit beaucoup dans la communication – avec plus de 830 000 euros dépensés dès la première année, et Aliot a la main ferme sur la politique culturelle, évidemment teintée de nationalisme, pour preuve les multiples drapeaux français qui ornent la ville. Pour David Giband, on a vu apparaître « une dimension non pas culturelle, mais des marqueurs RN qui s’immiscent de façon discrète, avec une redynamisation commerciale du centre au travers d’activités festives diverses et variées. Ça a commencé avec un feu d’artifice bleu blanc rouge sur le Castillet, la même chose à Noël, les « Rayonnantes » pendant la saison estivale, etc. On voit se développer des marqueurs identitaires jusque là peu présents, avec une histoire locale revue à la sauce RN, dans laquelle l’histoire catalane est certes présente oui mais en tout cas minorée, et on voit quand même une histoire nationale beaucoup plus mise en avant alors que la ville n’a été française qu’à la fin du 17ème siècle ! »

    Mais c’est surtout avec les nostalgiques de l’Algérie française et de la colonisation qu’Aliot fait des heureux : une subvention rondelette de 100 000 euros a été allouée au « Cercle algérianiste » à l’occasion de son congrès consacré à « l’œuvre coloniale » et à « l’apport de la France en Algérie ». La mairie a notamment organisé une exposition sur les victimes du FLN et a renommé une esplanade de Perpignan au nom de Pierre Sergent, ancien chef de l’OAS9 en métropole, responsable de dizaines d’assassinats. Mais cette réécriture de l’histoire franco-algérienne à Perpignan ne date pas d’hier : c’est le maire précédent qui avait inauguré la stèle pour l’OAS au cimetière nord, et qui avait installé la mise en berne des drapeaux français le jour de la commémoration des accords d’Évian. Pourtant Josie Boucher, qui participe au collectif « Pour une histoire franco-algérienne non falsifiée », estime que cela va plus loin : « Notamment pour le 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, lorsque la ville s’est transformée en capitale des Français d’Algérie, avec invitation d’anciens de l’OAS, attribution du titre de citoyen d’honneur à des membres des familles de militaires putschistes, etc. Pujol n’aurait pas été jusque-là, lui l’a fait sans complexe ».

    Rayonner avec Aliot ou mourir

    À l’inverse, les défenseurs de l’identité catalane sont mis au ban. Le réseau d’écoles Bressola était sur le point d’ouvrir un lycée catalan dans l’ancien couvent Sainte-Claire. Sans raison, la mairie a préempté en dernière minute. S’en est suivie une manifestation réunissant plus de 2000 personnes. Peu après, c’est la subvention à l’association qui est revue à la baisse. Josie Boucher est catégorique : « Aliot a un positionnement anti-catalaniste très violent, ça n’arrête pas depuis qu’il a pris la mairie, c’est la logique nationaliste du RN. ». Quant à celles et ceux qui se sont permis de nommer leur association « Perpignan la catalane », qui constituait le slogan de la Ville avant qu’Aliot ne la renomme « Perpignan la rayonnante » (aux couleurs bleu blanc rouge), le maire les a mis en procès puisque cette « marque » lui appartient. Ce qui est un réflexe habituel pour lui : il a également porté plainte contre Blast pour son enquête sur la police municipale ou contre Josie Boucher pour avoir qualifié la mairie de « fasciste »10.

    De façon générale « ils veulent avoir la main sur les associations, et ceux qui résistent, on leur coupe les vivres ou on leur diminue les subventions », fulmine Jean-Bernard Mathon, militant à l’Asphar11. En effet, David Giban soutient qu’il a réduit « les subventions de certaines associations qui œuvrent dans les quartiers populaires, qui avaient déjà pignon sur rue, engagées dans la promotion des quartiers, et qui avaient un discours non pas politique, mais un discours en faveur de l’émancipation de ses habitants ».

    Ainsi le « Fil à métisser » s’est vu coupé une partie de ses financements municipaux. Cette association de psychologues, élargie à la médiation santé, réalise pourtant un travail essentiel sur les quartiers gitans de Perpignan, avec des permanences, un accompagnement vers les soins, la mise en réseau et des groupes de parole. Le genre de structures qu’il faudrait évidemment multiplier dans les quartiers populaires : des salariées qui mouillent le maillot, qui créent des liens avec la population et cherchent à mettre les professionnel·les autour de la table. Louis Aliot ne semble pas de cet avis, n’hésitant pas à répandre des propos mensongers en plein conseil municipal de juin dernier, via son adjointe à la santé qui s’exclame sans vergogne : « Où est passé l’argent ? ». Le hic, c’est que la préfecture et les services de l’État ont eux aussi réduit leurs financements. Entre les lignes, on reproche à l’association d’être trop centrée sur la population gitane… La présidente du Fil à Métisser, Cathy Oustrière, se désole : « On coûte trop cher, c’est ce que dit en gros la mairie, et qu’elle a trouvé moins cher. (…) On est fragilisées et fatiguées psychiquement, on se bat depuis des semaines, on essaie de défendre notre association car c’est très important pour les habitant·es de ces deux quartiers et on y ira jusqu’au bout ». Les femmes gitanes se sont aussi mobilisées, avec une pétition qui a dépassé les 600 signatures. Elles ont créé un collectif et ont écrit une lettre dans laquelle elle interpellent le maire et le préfet : « Nous souhaiterions savoir pourquoi vous baissez leurs subventions alors qu’on en a besoin pour nous et pour nos enfants. Nous avons besoin des psychologues, des infirmières, des médiatrices santé et des orthophonistes pour nous aider à nous soigner et pour nous accompagner parce qu’ avec elles on est rassurées et que personne d’autre ne s’occupe réellement de nous. En diminuant les subventions du Fil à Métisser qui est en majorité géré par des femmes vous nous privez d’un des seuls endroits où nous savons que nous pouvons nous rendre librement et sans difficultés. » Elles demandent un rendez-vous depuis le mois d’août, sans succès. Et si les financeurs ne changent pas de position, l’association pourrait fermer ses portes les mois prochains…

    Parmi les autres associations dans le collimateur d’Aliot, il y a le Foyer laïque du Vernet, où d’après Jean-Bernard Mathon, « ils ont diminué les subventions, préférant aider une autre association ». Il y a aussi l’atelier d’urbanisme, qui était chargé de faire de la concertation avec les habitant·es des quartiers et qui perd ses missions une à une, tout comme son local à Saint-Jacques. Ou encore ATD Quart Monde, qui attend toujours une piste de relogement pour son local, situé dans un immeuble en voie de démolition12. Cette liste est malheureusement incomplète et va s’allonger prochainement, d’après nos informations.

    Laisser pourrir, démolir et profiter

    Enfin, il y a la situation dramatique du quartier gitan de Saint-Jacques, où les maires précédents ont laissé les habitats se dégrader pour mieux les démolir, pas à pas… (cf-ci-contre) Il faut dire que le quartier manifeste une certaine résistance. En 2018, cela avait abouti à la suspension de la destruction de l’ilôt Puig envisagée par la mairie. À l’arrivée d’Aliot en 2020, après quelques vagues promesses de campagne pour acheter les voix des gitans, ce dernier retourne sa veste et enchaîne les destructions. David Giban affirme qu’il est dans la continuité de l’ancien maire Pujol « avec cette volonté de reconquête et de normalisation progressive de ce quartier ». Mais la tactique diffère : « C’est un peu la même qu’il a conduite au sein du FN, avec une stratégie d’étouffement du quartier, qu’il enserre lentement, à bas bruit, sans grandes déclarations fracassantes, et tout à coup, ici et là, il va l’air de rien accélérer en fermant certains logements et en déclarant une mise en péril sur tel ou tel bâtiment. » Jean-Bernard Mathon revient ainsi sur les dernières années : « Il a d’abord démoli l’immeuble Bétriu, des HLM qui avaient 25-30 ans et qui étaient en bon état, avec 25 familles qui habitaient là, c’était un non-sens. Aliot a utilisé comme argument que c’était un lieu de deal et il a dit qu’il n’y aurait pas de reconstruction, alors que c’est une exigence du plan de sauvegarde13. Mais pour lui, ça fait une belle vue sur l’ancienne église des Carmes… Je lui ai rétorqué qu’on pouvait raser tout Saint-Jacques, comme ça on aurait une belle vue sur la cathédrale ! » Ensuite, il y a eu la destruction de l’îlot Puig en 2021, Aliot réussissant là où son prédécesseur avait échoué : « Il a fait tout un chantage auprès des habitants, en disant qu’il y avait un risque d’effondrement. Mais depuis 2018, il n’y a eu aucune intervention de conservation sur le bâti, alors ça finit effectivement par se dégrader… et on a jamais eu les rapports d’expertise. » Le maire RN ne s’arrête pas là : « En janvier dernier, des démolitions injustifiées ont eu lieu rue Lucia, en contrebas de la place Cassanyes. Cinq immeubles ont été détruits, dont un protégé par le plan de sauvegarde, mais ça ne les dérange pas. Coût de l’opération : 725 000 euros, pour rien ! »

    Dans le plan de rénovation urbaine pour le quartier, 45 démolitions sont encore prévues. Des pourparlers avec les propriétaires sont en cours, avant de lancer les expropriations. Tout cela se passe uniquement sur l’axe de la rue Lucia, afin de tenter une percée dans Saint-Jacques, depuis l’université qui s’est installée à l’entrée du quartier il y a quelques années. Car Jean Bernard- Mathon souligne que « dans le reste du quartier, la mairie laisse les choses se dégrader. À la clef c’est un remplacement de population qui risque de se produire.»

    Alors quoi de mieux pour attirer les promoteurs qu’une politique sécuritaire ? David Giban le confirme : « Oui c’est une façon de rassurer les habitants, mais aussi les futur investisseurs. Renvoyer l’image d’une ville propre et sûre dans laquelle on peut faire des affaires. Et quand on voit là où la police municipale est déployée, c’est essentiellement dans ces vieux quartiers qui sont dans ce front de reconquête. Aliot a bien compris qu’avec la raréfaction du foncier dans la périphérie, il avait une énorme carte à jouer. D’autant que la ville de Perpignan possède beaucoup de foncier et de logements vacants, dont de nombreux logements insalubres qui peuvent facilement être démolis ou réhabilités. »

    Toute la région déteste Aliot

    Alors, pas d’espoir de changement en vue ? Aliot se fera-t-il réélire avec un score plébiscitaire, à la manière de l’infecte Ménard réélu à Béziers avec 70 % des voix ? La Métropole et le Département tomberont-ils aussi sous la coupe d’Aliot ? La population laissera-t-elle les mains libres à ce type qui déverse régulièrement sa haine envers les migrant·es, et les syndicats qu’il traite de « croque-morts » ? Celui qui s’oppose aux « avortements de confort » ou qui traite de « pute » une journaliste de l’Indépendant14 ?

    Certes, Perpignan est la troisième ou quatrième ville la plus pauvre de métropole, avec plus de 43 % de la population à bas revenus, et où le populisme sécuritaire et xénophobe peut avoir de l’avenir.

    Mais la situation est loin d’être apathique. Françoise Attiba rappelle « cette solidarité importante des gens de gauche, avec en fond cette histoire des anarchistes espagnols qui sont restés là, et leurs enfants derrière. Il y a un truc très fort et très solidaire malgré tout, ça il faut le souligner car ça n’existe pas dans toutes les villes ». Et si la gauche est divisée à chaque municipale, tous et toutes s’accordent pour s’unir face à l’extrême droite, en attestent la manifestation contre la venue de Le Pen le 3 juillet 2021, ou les mobilisations unitaires qui ont lieu régulièrement à chaque coup de force d’Aliot ou des groupuscules de fachos des environs. Dans ce cas, « toute la gauche est réunie, du PS aux anarchistes », selon Françoise Attiba. Josie Boucher nous confie qu’avec le collectif Visa 6615, se prépare « une mobilisation en mars dans laquelle il y aura tout le monde… » Ce ne sera pas du luxe d’avoir du soutien provenant de toute la région, pour scander Perpinyà antifascista !



    Les Gitans ont-ils droit de cité ?

     


    Les équipes municipales qui se succèdent tentent de rénover et gentrifier tant bien que mal le centre ville de Perpignan. Après avoir beaucoup misé sur le quartier Saint-Jean, qui concentre la plupart des commerces, ils se retrouvent face à Saint-Jacques, un quartier peuplé essentiellement de Gitans et laissé à l’abandon, avec une pauvreté et un chômage qui bat des records. Le maire précédent a eu l’idée de déménager la fac de droit en plein centre, à la jonction des quartiers Saint-Jean, La Real et Saint-Jacques. Deux géographes marxistes, Raphaël Languillon et Nima Aftim, estiment que cette relocalisation a servi « de levier à la poursuite du front de gentrification qui descend du quartier Saint-Jean et bute actuellement sur les résistances communautaires du quartier gitan (…) Difficilement pénétrable, Saint-Jacques offre pourtant un fort potentiel en termes de gentrification16 ». Soit une population fragile, un bâti dégradé mais avec un « potentiel valorisable », un « ensoleillement maximal » et une proximité avec l’hyper-centre, de quoi attirer l’attention des aménageurs… « Les élites détentrices du capital urbain » considèrent Saint Jacques comme une « terre gentrifiable » et sont prêtes d’après eux à déposséder les Gitans de leur « droit à la ville »…

    Ainsi selon David Giban, « on incite la population à partir, on entretien à minima ou on ferme avec une mise en péril quand vraiment c’est trop dangereux, on lutte contre les marchands de sommeil et on rénove parfois un peu pour faire du logement social et calmer la demande sociale. Mais derrière, cela permet d’assurer à moyen ou à long terme la transition à bas coût pour le marché de l’immobilier avec des grands groupes qui sont d’ailleurs très présents depuis quelques années, que ce soit Nexity, Bouygues, etc. Pour l’instant ils sont dans le périurbain, mais ils ne vont pas tarder à arriver dans le centre ».

    David Giban insiste toutefois sur le fait qu’il est difficile de parler de gentrification pour le centre-ville de Perpignan : « Il y a des transformations en cours, mais c’est une ville pauvre, dans laquelle les classes supérieures sont peu nombreuses et vivent hors du centre-ville, assimilé à un repère de minorités ethniques et de pauvres. Aliot ne le dit pas mais il est dans la poursuite de la politique de Pujol [l’ancien maire], qui vise à déprolétariser le centre-ville avec un quartier gitan pile au milieu. Mais pour lequel la ville n’arrive pas pour l’instant à percer ». Selon Françoise Attiba, militante à la LDH, « les bourgeois seraient très contents qu’on rase le quartier, ils détestent les Gitans ». On se doute bien que c’est ce que pense Aliot tout bas. Mais ce quartier de 4000 habitant·es n’a certainement pas dit son dernier mot.

    Texte : Émile Progeault / photos : Georges Bartoli

    1. Écouter à ce propos « Le Pen, Le Gud, et la dédiabolisation-mascarade » avec Marine Turchi, Au poste, émission du 17 mai 2023 ↩︎
    2. « La prise de Perpignan par le RN, chronique d’une conquête annoncée », avec Nicolas Lebourg et Dominique Sistach, Pôle Sud n° 54, Éditions CEPEL, 2021 ↩︎
    3. Exclu du Grand Orient depuis, et accusé récemment d’agression sexuelle par une fonctionnaire territoriale, enquête en cours ↩︎
    4. On relève néanmoins cette « polémique » récente autour de trois photos de Le Pen écartées lors d’une cérémonie, www.lemonde.fr, 23/09/2023 ↩︎
    5. Selon Charlie Hebdo, dans « Municipales : Perpignan va-t-elle embrasser l’extrême-droite malgré le coronavirus ? », 11/03/2020 ↩︎
    6. Le 21 avril 2021, les généraux dénonçaient le « délitement » de la France, notamment « à travers un certain antiracisme », « l’islamisme et les hordes de banlieue », etc. ↩︎
    7. « À Perpignan, la sale besogne de la « milice municipale » de Louis Aliot », www.blast-info.fr, 08/05/2023 ↩︎
    8. idem ↩︎
    9. Organisation armée secrète : groupe armé clandestin d’extrême-droite formé en 1961 en Algérie ↩︎
    10. Elle a gagné à nouveau en appel à Montpellier, le 8 octobre dernier ↩︎
    11. Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais, qui milite pour la sauvegarde du quartier Saint-Jacques. ↩︎
    12. « Perpignan : le RN étouffe des associations », La Semaine du Roussillon, 16/05/2023. ↩︎
    13. « Plan de sauvegarde et de mise en valeur », un document d’urbanisme élaboré avec la préfecture, pour préserver l’architecture des quartiers du centre-ville. ↩︎
    14. Respectivement sur BFM le 25/08/2022, sur France Info le 31/12/2012, et concernant la journaliste insultée, c’était via un sms en 2014. ↩︎
    15. Une antenne locale de l’association « Vigilance et initiatives syndicales antifascistes » a été créée début 2021. ↩︎
    16. « Terre gentrifiable et coalition de croissance : la relocalisation de l’université de Perpignan au service d’intérêts privés ? », www.metropolitiques.eu, 10/05/2017. ↩︎

     Source : https://lempaille.fr/perpignan-purge-sur-la-ville

    mercredi 7 janvier 2026

    Plainte contre le journal L’Empaillé : « une procédure pour intimider »


    Plainte contre le journal L’Empaillé : 

    « une procédure pour intimider » 


    La procédure qui dure depuis bientôt deux ans se heurte à un paradoxe de la législation française.

     
    Tribunal de Justice de Perpignan
     

    Dans l’affaire qui oppose le journal L’Empaillé au directeur de la Police municipale de Perpignan, l’avocat de la défense a formé une requête sur le fondement de l’article 800-2 du Code de procédure pénale et dénonce le caractère abusif de la plainte. L’accusation serait-elle en train de jouer la montre ? C’est en tout cas ce que dénonce Maître Nitkowski. L’avocat qui défend le directeur de la publication de l’Empaillé, accusé d’injure, estime que la plainte formulée par Philippe Rouch, le directeur de la Police municipale de Perpignan, est un cas typique de procédure baillon. « Cette procédure n’est pas destinée à gagner, mais plutôt à intimider l’Empaillé et sa ligne éditoriale. » Dans cette affaire, le tempo de la procédure irrite l’avocat parisien. L’audience, initialement prévue en octobre dernier, avait été reportée à la demande de l’accusation. Le conseil du directeur de la Police municipale a sollicité, et obtenu, un délai pour répondre aux écrits de la défense. « J’avais déposé des écritures le 1er octobre pour l’audience du 18 octobre, explique l’avocat de la défense. Deux jours avant l’audience, l’avocat de M. Rouch a demandé le renvoi, en disant qu’il fallait qu’il réponde à mes arguments. Mais pour autant, je n’ai toujours pas reçu les arguments adverses ». Sans nouvelles à la veille de la trêve des confiseurs, Maître Nitkowski a donc décidé de contre-attaquer. « La façon dont la procédure se déroule renforce la dynamique de procédure baillon. Ils agissent comme si la procédure ne les concernait pas alors que c’est eux qui l’ont engagée. C’est un peu trop facile d’engager des procédures comme ça, à la hussarde. Ils ont déposé plainte, maintenant, il faut assumer. Je n’ai pas le sentiment qu’ils soient très motivés à se défendre », fustige Maître Nitkowski. 

    Intitulé « Purge sur la ville », le reportage publié par l’Empaillé n’est pas tendre 
    avec la gestion municipale de Louis Aliot.

    Rappel des faits 

    En octobre 2023, le journal trimestriel aveyronnais l’Empaillé, fidèle à sa ligne éditoriale antiraciste, publiait sous le titre « Purge sur la ville » une longue enquête qui dénonçait la politique menée par Louis Aliot à Perpignan. Dans l’article, notamment très critique envers la politique sécuritaire de la mairie, on peut lire que Louis Aliot avait « embauché un caïd de la police nationale parisienne, Philippe Rouch ». Pour cette phrase et l’utilisation du terme caïd, Philippe Rouch, le directeur de la Police Municipale de Perpignan a déposé plainte auprès du Tribunal judiciaire de Perpignan, contre le directeur de la publication, pour injure publique envers un fonctionnaire public. La procédure, entamée en janvier 2024, dure depuis bientôt deux ans et se heurte à un paradoxe de la législation française. En termes de droit de la presse, les personnes poursuivies ne peuvent pas automatiquement obtenir le remboursement de leurs frais d’avocat, ce qui peut transformer certaines actions en poursuites abusives pour intimider ou faire taire des voix critiques. La directive européenne UE 2024/1069, adoptée en avril 2024, entend pallier ce vide juridique, mais elle n’a toujours pas été transposée au droit français. L’avocat du journal l’Empaillé a donc formulé une requête sur le fondement de l’article 800-2 du Code de procédure pénale, pour faire peser sur la partie civile poursuivante les frais engagés pour la procédure. Sans cela, son client, même définitivement relaxé, ne pourrait pas obtenir le remboursement de ses frais d’avocat. L’audience reportée doit se tenir ce jeudi 8 janvier au tribunal de Perpignan, à moins qu’elle ne soit à nouveau ajournée.

     

    mardi 6 janvier 2026

    L'Empaillé - Procès le 8 janvier à Perpignan : soutien du fonds Ripostes et lutte contre les procédures bâillons

     

    Procès le 8 janvier à Perpignan : 

    soutien du fonds Ripostes 

    et lutte contre les procédures 

    bâillons



    31 décembre 2025 

    Attaqués pour « injure » par le directeur de la police municipale de Perpignan, nous avons la chance de recevoir le soutien du fonds Ripostes pour nous défendre. Celui-ci vient tout juste d’être créé par le Fonds pour une presse libre et par Media Defence, organisation basée en Angleterre, pour aider la presse indépendante à faire face aux procédures bâillons qui se multiplient.

    Dans ces affaires, bien plus que le risque de condamnation, c’est le coût en temps et en argent qui constitue le cœur de l’attaque. Les deux parties sont en asymétrie. Dans notre cas, le directeur de la police municipale de Perpignan a la possibilité de puiser dans le budget municipal pour lancer des plaintes. Pour un média associatif précaire comme L’Empaillé, il est compliqué de débourser des honoraires et dégager du temps pour préparer la défense.

    D’abord convoqués en octobre 2025, nous avions hâte d’en finir avec cette procédure pénible, mais au dernier moment M. Rouch a demandé le report.

    L’audience est à présent fixée au jeudi 8 janvier 2026, 14 heures, toujours au tribunal correctionnel de Perpignan (place Arago). 

    Nous vous invitons à venir en nombre pour nous soutenir et suivre la plaidoirie de notre avocat, Octave Nitkowski, engagé contre l’extrême droite. N’hésitez pas à arriver en avance pour avoir le temps de papoter sur le parvis et de passer les portiques.

    Quitte à subir un procès, autant faire de cette date une journée de lutte contre les procédures bâillons, contre l’utilisation des institutions judiciaires dans le but de nuire aux médias indépendants !

    Outre la relaxe, nous demanderons à l’audience à ce que M. Rouch verse une indemnité pour ces frais de justice au titre de l’article 800-2 du code de procédure pénale, malheureusement trop peu appliqué jusqu’à présent dans le cas des procédures bâillons.

    Comme le dit la Commission nationale consultative des droits de l’homme qui a lancé une alarme en février 2025 : des acteurs « abusent de leurs positions dominantes », « non pas pour faire valoir ou exercer un droit, mais pour faire taire des personnes, pour qu’elles ne puissent pas participer au débat public. »

    On vous attend nombreux et nombreuses !

    Source :  https://lempaille.fr/proces-le-8-janvier-a-perpignan

    mardi 31 décembre 2024

    L’influence démesurée des grandes fortunes sur les médias

     

    L’influence démesurée 

    des grandes fortunes 

    sur les médias

    par Malo Janin

     

    Rodolphe Saadé propriétaire de CMA CGM et de BFMTV, Vincent Bolloré propriétaire de CNews et Europe 1 et Bernard Arnault propriétaire de LVMH, Les échos et Le Parisien © Montage Malo Janin

     

    La concentration des médias s’accélère en France sous l’influence de quelques milliardaires qui possèdent des journaux, radios, télés. Qui sont-ils ? Quel contrôle exercent-ils sur ce bien public qu’est l’information. Décryptage.

     

    Le secteur de la presse en France continue d’être une sorte de Monopoly pour milliardaires en quête d’influence. Journaux, télés, radios… En une décennie, la concentration des médias n’a fait que s’intensifier, et une poignée de milliardaires se partagent le gâteau, ou se revendent titres et chaînes de télé.

    Plus de 90 % des exemplaires de quotidiens nationaux vendus chaque jour dans leur version papier appartiennent directement ou partiellement à une poignée d’ultra-riches. Nous avons calculé ce chiffre à partir de la diffusion annuelle des huit quotidiens nationaux : Le Monde, Le Figaro, Aujourd’hui en France, L’Équipe, Les Échos, Libération, La Croix et L’Humanité. Ces deux derniers titres mis à part, les autres journaux ont pour propriétaires ou actionnaires un ou plusieurs milliardaires.

     

    L’influence des oligarques qui détiennent les médias français
    Malo Janin

     

    Bernard Arnault, première fortune de France, est patron du groupe LVMH, maison mère du groupe Les Échos-Le Parisien, qui édite les quotidiens Les Échos et Le Parisien-Aujourd’hui en France. Il a fait l’acquisition de l’hebdomadaire Paris Match en octobre 2024, cédé par Vivendi (groupe Bolloré) après trois ans de gestion.

    Viennent ensuite les membres de la famille Dassault, héritiers de Serge Dassault et de son groupe industriel aéronautique et militaire, devenus propriétaires du Figaro en 2018. La famille Amaury, avec à sa tête Marie-Odile Amaury et une fortune évaluée à 300 millions d’euros, possède de son côté L’Équipe.

    En 2014. le groupe de Télécom Altice-SFR de Patrick Drahi (à la tête d’une fortune de plus de sept milliards d’euros) avait racheté Libération. Mais en 2020, le milliardaire a transféré ses actions dans le journal à un « fonds de dotation pour une presse indépendante », censé garantir l’indépendance, et la pérennité, du quotidien. Il faut malgré tout « rester vigilants sur les motivations de ceux qui participent à son financement », note le journal Libération lui-même.

    Xavier Niel (fondateur de Free) a réalisé une opération similaire avec Le Monde. Il a cédé cette année la quasi-totalité de ses parts dans le groupe Le Monde au Fonds pour l’indépendance de la presse qu’il a créé en 2021. Ce fonds est censé préserver l’indépendance du capital du Monde après les tensions provoquées par l’entrée indirecte au capital du milliardaire tchèque Daniel Křetínský en 2018. 

    D’après les calculs de Basta!, quatre autres ultra-riches pèsent 57 % de l’audience des télévisions. Pour arriver à ce chiffre, Basta! s’est penché sur l’audience annuelle des treize chaînes généralistes nationales : C8, Canal+, CNews (groupe Canal +), BFM TV (Altice Média), M6 (RTL Group), TF1, LCI, TMC (Groupe TF1), et les chaînes du service public, France 2/3/5, FranceInfo et Arte.

     

    Qui contrôle les médias français ?
    Malo Janin

     Vincent Bolloré est patron du groupe Canal+ (CNews, C8, Canal+) ; ainsi que, hors télé, d’Europe 1, RFM et Le Journal du Dimanche. Rodolphe Saadé patron de l’armateur CMA-CGM, a racheté Altice Media – auparavant possédé par Patrick Drahi – qui possède BFM TV (et RMC). Il est aussi propriétaire du groupe La Provence et actionnaire minoritaire du groupe M6. La famille Mohn, qui contrôle le groupe allemand Bertelsmann, est le principal actionnaire du groupe M6 (avec RTL, M6, W9 …), via RTL Group. Vient ensuite la famille Bouygues, propriétaire du groupe TF1 (LCI, TF1, TMC, TFX), dont le milliardaire tchèque Daniel Křetínský (qui est, en presse écrite, actionnaire unique ou grandement majoritaire de Elle Marianne et Franc Tireur) est aussi actionnaire.

    À cette liste de milliardaires influents dans le secteur des médias, on pourrait aussi ajouter les héritiers du milliardaire Iskander Safa, ancienne 83e fortune de France, propriétaires de Valeurs actuelles. Ou encore François Pinault (Le Point). Chaque jour, il est donc probable que vous lisiez, écoutiez ou regardiez des médias détenus par des milliardaires. Cela pose-t-il problème ? Il existe des différences de lignes éditoriales entre ces médias, certains comme ceux appartenant à Bolloré sont très orientés à droite, voire à l’extrême droite. Mais de même qu’une certaine pluralité est respectée au sein des rédactions, les journalistes qui y travaillent ne sont pas exempts de pressions, directes ou indirectes.

    Ingérence et licenciements

    L’actionnaire principal du groupe de presse qui publie le quotidien régional La Provence est depuis 2022, le Groupe CMA-CGM, troisième entreprise mondiale de transport maritime, basée à Marseille. À sa tête se trouve Rodolphe Saadé, dont la fortune personnelle est estimée à plus de huit milliards d’euros. Au printemps dernier, Rodolphe Saadé a mis à pied le directeur de rédaction du journal La Provence, pour une couverture jugée trop « anti-Macron », apprenait-on dans Libération.

    Un cas d’interventionnisme remarqué fut la nomination de Geoffroy Lejeune, ex-directeur de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles, à la tête du JDD, par Vincent Bolloré. À Paris Match (cédé à LVMH en octobre 2024) et au JDD, le contre-pouvoir des journalistes face à la direction n’existe plus depuis que leurs sociétés de journalistes se sont dissoutes en janvier 2024. Chez CNews, elle a disparu en 2023. Après la prise de contrôle de la chaîne par Bolloré en 2016, 100 journalistes sur 120 avaient quitté la rédaction à l’issue d’une grève de 31 jours.

    Aux Échos, Nicolas Barré, directeur de la rédaction a été évincé de son poste en raison de désaccords éditoriaux avec l’actionnaire du journal. En 2022, Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique et économique de Paris Match, est limogé un mois après avoir contesté une Une qui avait tout pour plaire à Bolloré.

    Fin 2022, alors que Vincent Bolloré est en passe d’avaler Europe 1, deux articles sont mis à la trappe par la direction pour « ne pas déplaire au futur patron », révélait Les Jours. Sur les plateaux de BFM TV, quelques mois avant le rachat d’Altice, Rodolphe Saadé avait demandé que les médias du groupe évitent toute « attitude agressive vis-à-vis de l’actionnaire ».

    Au-delà de ces ingérences directes, une autre forme de pression plus subtile est celle qui pousse les journalistes à s’autocensurer. À Europe 1, rachetée par le groupe de Vincent Bolloré, « tu arrives avec des sujets en conférence de rédaction en sachant qu’ils ne seront pas acceptés, car ils ne sont pas assez de droite, nous dit une ancienne salariée. Certains modifient même les témoignages pour que les sujets restent dans la ligne. »

    Et puis il y a les « poursuites bâillons » qui peuvent dissuadent les médias de s’emparer de certaines sujets par peur de se voir attaqués en justice. En 2022, Patrick Drahi a poursuivi le site d’enquêtes Reflets-info après une série d’articles sur son groupe Altice.

    La course à l’acquisition

    La concentration s’accélère. En trois ans, Vincent Bolloré a absorbé les groupes Lagardère et Prisma Media. Sur la même période, Rodolphe Saadé s’est offert un quotidien national (La Tribune), est monté à 10 % du capital du Groupe M6, est entré au capital du média en ligne Brut, et a acheté Altice Media.

    Au niveau des quotidiens régionaux., Xavier Niel devient actionnaire majoritaire du groupe Nice-Matin (Var-Matin, Monaco-Matin, Nice-Matin…) en 2019. Trois ans plus tard, Rodolphe Saadé s’est offert La Provence et Corse-Matin.

    En parallèle de cet accaparement, d’autres ont mis la main sur des entreprises de production actives pour les télés. L’entreprise Mediawan par exemple, détenue par Xaviel Niel, produit pour France 5 les émissions « C dans l’air », « C à vous » et « C l’hebdo », par l’intermédiaire de différentes sociétés de production. C’est aussi elle qui produit certains documentaires pour les « TF1 Reportages ».

    Cette ingérence des puissances de l’argent dans les médias contribue à la dégringolade de la confiance dans la presse. 57 % des Français considèrent qu’il faut « se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité », selon le baromètre du quotidien La Croix en 2023. La perception de l’indépendance des journalistes en prend aussi un coup : presque 60 % des personnes sondées considéraient que les journalistes ne résistent pas aux pressions des partis politiques, du pouvoir et de l’argent.

     

    Serons-nous encore là dans 2 ans ?

    Les tendances dans le monde des médias sont alarmantes.
    Les visites sur Basta! depuis les réseaux sociaux ont été divisées par 13 en 5 ans.
    L’IA est en passe de remplacer les articles journalistiques dans les moteurs de recherche.
    Une poignée de milliardaires empilent les titres de presse comme des petits pains.
    Les aides publiques sont trustés par les grands groupes : la presse indépendante en ligne ne perçoit que 2 % de toutes les aides à la presse.
    Pourtant, des médias indépendants résistent encore et toujours.

    Par leur transparence et leurs valeurs, ils redonnent confiance à un public qui se méfie des médias mainstream.
    Par leur choix de parler d’écologie, de discriminations, de conditions de travail, de violences sexistes et sexuelles, d’initiatives inspirantes, ils renouvellent les perspectives et font bouger les lignes.
    Pour s’informer en s’affranchissant des plateformes, et faire grandir les médias indépendants, nous lançons un projet fou : une alternative à Google actu.
    Et si on faisait ça ensemble ?

    https://basta.media/don


    Source : https://basta.media/L-influence-demesuree-des-grandes-fortunes-sur-les-medias