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dimanche 13 décembre 2020

Victoire pour Novissen. La ferme des 1000 vaches jette l'éponge

Victoire pour Novissen. 

La ferme des 1000 vaches 

jette l'éponge

 

L'exploitation n'étant pas viable en dessous de 1000 vaches, le site a décidé d'abandonner son activité laitière.

 

L’exploitation n’est pas rentable en dessous de 1000 vaches laitières (©DR)

Après avoir gagné plusieurs batailles sur le terrain judiciaire, l’association Novissen a gagné la guerre.

L’exploitation dite la Ferme des 1000 vaches vient d’annoncer son intention d’abandonner son activité laitière au 1er janvier 2021. La raison de cette décision est économique : une exploitation de cette taille est rentable à partir de 1000 vaches mais pas en deçà.

Dimensionnée au départ pour 1000 vaches laitières, l’exploitation n’a pas été autorisée à atteindre ce cheptel.

Ce modèle d’agriculture intensive créé en 2009 par Michel Ramery a été limité à 500 têtes. Et dès le départ, l’exploitation a été confrontée à l’association Novissen qui a toujours lutté pour le bien animal et les nuisances liées à cette immense ferme.

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À lire aussi

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 Le combat judiciaire entre l’exploitation et l’association avait connu un nouveau rebondissement en 2015 quand le cheptel est passé à 800 vaches. Novissen a saisi une nouvelle fois les autorités et avait obtenu gain de cause auprès de la cour administrative d’appel de Douai qui avait annulé les décisions du tribunal administratif d’Amiens

La semaine dernière, l’association réclamait que la ferme paie ses pénalités et que « l’illégalité soit enfin officiellement reconnue ».

Exploitation agricole sur les terres du site

Novissen qui réclamait que le cheptel soit redescendu à 500 vaches verra dès début 2021, l’intégralité des vaches laitières quitter l’exploitation.

Les quelque 1000 hectares du site continueront d’être exploités en terres agricoles. Une grande partie des vaches sera vendue.

L’exploitation avait opté pour la main d’œuvre plutôt que de l’automatisation. La vingtaine de salariés qui travaillait sur le site devrait être replacée dans le cadre de la nouvelle exploitation agricole.


Un bâtiment conçu sur le modèle nord-américain

L'exploitation dite Ferme des 1000 vaches a été conçue selon le modèle nord-américain. Les vaches sont disposées dans trois rangées de logettes longues de 234 mètres sur 37m de large, divisées en six lots de 150 places.
Les deux façades de la stabulation sont équipées de rideaux mobiles actionnés automatiquement en fonction des conditions météo. Lors de la traite, un roto de 50 places assure trois traites par jour au rythme de 240 vaches par heure.
Derrière la structure, deux tanks de 30 000 litres reçoivent le lait qui était collecté quotidiennement par Milcobel.

 

Source : https://actu.fr/hauts-de-france/drucat_80260/victoire-pour-novissen-la-ferme-des-1000-vaches-jette-l-eponge_37910110.html?fbclid=IwAR1s_kzsNrfksWbyhTFvfRQcFGe0DA9req2-23YoAfoGj0l80QvOCNtMqsU

mardi 11 juillet 2017

Cyberaction N° 911: 1000 vaches : appel du jugement vite !


Dernier épisode d'une lutte entre éleveurs et opposants à une agriculture « productiviste » autour d'une exploitation géante dans la Somme, la justice administrative a donné jeudi son feu vert à l'augmentation du cheptel de bovins de la ferme dite des « 1.000 vaches », jusqu'ici limité par l'État à 500 têtes.






Selon l'AFP Le tribunal administratif d'Amiens en a décidé ainsi et annulé les sanctions financières prises par la préfecture à l'encontre de l'exploitant, la SCEA (Société civile d'exploitation agricole) Côte de la justice, financée par un puissant groupe régional de BTP, le groupe Ramery.

« C'est une victoire importante pour l'exploitation, la confirmation de ce que nous disons depuis deux ans alors que tout le monde nous riait au nez », s'est félicité Me Pierre-Etienne Bodard, avocat de la SCEA. Cette décision ne clôt pas définitivement le dossier, cependant, l'État ayant la possibilité de faire appel. La préfecture de la Somme n'a fait aucun commentaire.

Cette ferme géante, dont la taille envisagée est sans précédent en France, est située à Drucat, non loin d'Abbeville. Un permis d'exploitation avait été délivré en 2013 pour un troupeau limité à 500 têtes de bétail. Ouverte en septembre 2014, la ferme compte actuellement près de 800 vaches. « Notre dossier a été construit pour 1.000 vaches, si on nous ramène à 500 vaches, ça peut être compliqué », soulignait Michel Welter, le directeur de l'exploitation. L'enquête publique sur l'extension du cheptel s'était soldée par un avis favorable.

« Face à la suppression des quotas, à la libéralisation du marché, et à la concurrence européenne, ce type de ferme est une réponse pour faire face aux importations de lait (Allemagne, Danemark) », avaient soutenu les enquêteurs. Mais pour Ségolène Royal, alors ministre de l'écologie, ce projet entraînait « des modifications et augmentations substantielles de plusieurs sources de pollution, notamment l'augmentation de la quantité d'effluents, l'impact sur les odeurs liées au stockage de fumier et de lisier ou l'impact lié au trafic routier supplémentaire ».

La justice ne s'est pas, néanmoins, prononcée sur le fond. Le tribunal d'Amiens s'est borné à estimer que l'absence de réponse dans un délai de deux mois de la préfecture au projet d'accroissement du cheptel valait validation tacite. Il s'est appuyé sur une disposition législative selon laquelle « le silence gardé pendant deux mois par l'autorité administrative sur une demande vaut décision d'acceptation », selon le texte du jugement communiqué à l'AFP.

"Projet contesté"

Or, l'État ne s'est pas manifesté autrement que par la notification en juillet 2015 de sanctions à l'encontre de l'exploitant, qui avait adressé son projet de développement à la préfecture quatre mois plus tôt. Selon le tribunal administratif, ce projet devait s'analyser comme une demande formulée à l'administration. « La SCEA a bénéficié à l'expiration du délai de deux mois courant à compter du 16 mars 2015, soit le 16 mai 2015, d'une décision implicite d'acceptation de sa demande », écrit le juge.

Le projet était contesté localement par des détracteurs de l'agriculture industrielle, notamment l'association Novissen, qui revendique 3.000 adhérents et la Confédération paysanne. Réélue ce mois-ci députée de la Somme, l'ex-secrétaire d'Etat à la Biodiversité Barbara Pompili fait partie des opposants, qui avaient mené des opérations empêchant l'entrée et la sortie de bovins et de camions. Conséquence de cette décision, les amendes, sous forme d'astreinte, infligées par l'Etat à l'exploitant sont nulles et l'Etat devra à ce titre lui rembourser 8.580 euros.

Pour Me Grégoire Frison, avocat de Novissen, « la préfecture a saboté le dossier : c'est la première ferme d'élevage et ils loupent le délai ? Quand c'est des petits éleveurs, ils le respectent scrupuleusement. Depuis le début, nous soupçonnons des collusions entre la préfecture et (le groupe) Ramery ». En mai 2016, Mme Royal avait demandé au préfet de la Somme une nouvelle enquête publique... qui n'a pas commencé, l'Etat choisissant d'attendre l'issue du contentieux par la justice administrative.

AFP


Nous vous proposons d'interpeller Nicolas Hulot pour que l'Etat intervienne dans le bon sens.

Texte de la cyberaction proposé


Monsieur le Ministre

Comme le souligne l'avocat de Novissen, « la préfecture a saboté le dossier : c'est la première ferme d'élevage et ils loupent le délai ? »


Pour éviter le soupçon de connivence avec la ferme-usine, l'Etat français peut encore agir en faisant appel du jugement du tribunal administratif. C'est le préfet de la Somme qui peut le faire. 


Je vous demande d'agir au plus vite pour ça.


Dans cette attente, veuillez agréer, mes salutations citoyennes attentives à vos décisions.



Source : https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/vaches-appeldujugementvite-1540.html

dimanche 26 juillet 2015

1- Le maître caché de l'industrialisation de l'agriculture française

Article déjà paru et publié en février et plus que jamais d'actualité


ENQUÊTE - 1 - 

Le maître caché de l’industrialisation de l’agriculture française


20 février 2015  Barnabé Binctin et Laure Chanon (Reporterre) 


Les nombreux projets de ferme-usines en cours annoncent l’industrialisation de l’agriculture. Un chemin totalement différent du modèle mis en scène par le Salon de l’agriculture qui s’ouvre samedi. Le but : une agro-industrie avec peu de travailleurs et maximisant le profit de grandes entreprises. Une holding nommée Avril – nouvel avatar de Sofiprotéol – joue un rôle clé dans cette mutation forcée. Reporterre a exploré les méandres du maître secret de l’agriculture française.
Leur étendard le plus connu reste encore les mille vaches. Mais elles se développent aussi pour les jeunes bovins, avec la ferme des mille veaux ou pour d’autre bétail, à l’image de la ferme des trois mille cochons ou à celle des mille truies. En production de volailles, les chiffres sont encore plus spectaculaires, on parle de 250 000 poules. Le gigantisme gagne aussi les élevages mixtes, comme en Touraine, où la ferme des 2 200 animaux doit accueillir prochainement ensemble, vaches laitières, taurillons, génisses et chèvres. Autant d’avatars d’un même modèle : la ferme-usine.
Une logique d’agrandissement sur tout le territoire
La carte interactive que publie Reporterre ce jour ne laisse plus de doute : les projets d’élevage géants explosent en France. Dans le même temps, les fermes traditionnelles, de modèle familial, peu aidées, ne parviennent plus à survivre à un environnement économique de plus en plus dur.
En 60 ans, le nombre des exploitations agricoles a été divisé par quatre, passant de deux millions en 1955 à 500 000 environ en 2010. Selon le recensement agricole de 2010, deux cents exploitations disparaissent chaque semaine. Le secteur laitier, avec la crise du lait en 2009, a sans doute payé le plus lourd tribut. Le nombre de fermes laitières s’élevait en 2010 à 78 362 contre environ 427 000 en 1983, soit une perte de 82%, selon une étude de FranceAgriMer.
Souvent, ceux qui jettent l’éponge vendent tout ou partie de leurs terres et de leurs bêtes aux voisins, qui agrandissent leur exploitation pour gagner en chiffre d’affaires et faire des économies d’échelle. Aussi, la taille des fermes grossit. En 1955, 80 % des fermes françaises comptaient moins de 20 hectares en moyenne contre 55 hectares en 2010.
Selon FranceAgriMer toujours, les troupeaux laitiers ont grossi de 40 % entre 2000 et 2010. Actuellement, une ferme laitière compte encore cinquante vaches en moyenne. On reste certes loin du gigantisme du modèle américano-hollandais. « On compte une dizaine de fermes de plus de 250 vaches en France, mais le processus s’accélère » souligne-t-on toutefois du côté de la Confédération Paysanne.
- Dans la ferme-usine des Mille vaches -
L’agrandissement est une question de compétitivité selon Xavier Beulin, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), qui déclarait, en avril 2014, que « celui qui a deux hectares, trois chèvres et deux moutons n’est pas agriculteur ».
Et c’est au nom d’une « agriculture moderne et performante » qu’il réaffirmait, il y a quelques jours encore, auprès de François Hollande, son soutien au projet de la ferme des mille veaux. Voici donc comment la taille se retrouve synonyme de performance dans le discours du premier syndicat agricole.
Concentration, Industrialisation, financiarisation
Voilà quelle direction est donc donnée à l’agriculture. Dans son livre Le business est dans le pré paru cette semaine, Aurélie Trouvé résume : « Les entreprises agro-alimentaires se concentrent ; les PME disparaissent au profit des plus grandes, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que quelques-unes qui contrôlent l’essentiel du marché ». 
La métamorphose du vocabulaire – « entreprise », « PME », « marché » – illustre celle du monde agricole dans son ensemble. Le changement d’échelle des fermes traduit leur industrialisation. Dans ces grandes exploitations, la rationalisation du travail mène les machines sophistiquées à remplacer le plus possible les hommes. En novembre, les journalistes de Complément d’enquête sont parvenus à filmer l’intérieur de l’usine des mille vaches : on y découvre le plus gros « rotolactor » de France, une machine qui permet de traire cinquante vaches en cinq minutes. Il n’y a plus de pâturage, et les animaux sont alimentés avec des composés industriels, tandis que les éleveurs sont devenus de véritables ouvriers spécialisés.
Le statut même d’agriculteur est remis en cause. La loi d’avenir agricole, votée à l’automne, en redéfinit les critères. Pour toucher les aides publiques, l’« agriculteur actif » doit désormais répondre au critère de revenu dégagé – à côté de ceux de la surface cultivée et du temps de travail. Quel sera le minimum à atteindre ? Un décret d’application en discussion doit le préciser. Mais le lobbying de la FNSEA a d’ores et déjà payé : le chiffre d’affaire est désormais un élément déterminant dans la définition du statut de l’agriculteur et de son « entreprise ».
L’industrialisation a une autre conséquence : la financiarisation de l’agriculture. La dimension des infrastructures ouvre la porte aux capitaux extérieurs, seules des entreprises à fort capital peuvent financer les acquisitions foncières et les équipements adossés. Si, jusqu’à présent, les agriculteurs restent propriétaires de leur société, on constate de plus en plus l’arrivée d’actionnaires non-agriculteurs.
L’exemple de la filière porcine en Bretagne
Deux projets de porcherie géante, inscrits également à la carte de l’industrialisation de l’agriculture, illustrent cette mutation. A Poiroux (Vendée) et à Trébrivan (Côtes-d’Armor), les deux fermes-usines prévoient d’accueillir un millier de truies qui donneront naissance à près de 25 000 porcelets par an. Outre les nuisances environnementales, ces exploitations sont symptomatiques du modèle économique qui se dessine : journal spécialisé, Porc Magazine offre dans un article intitulé « Un concentré de solutions originales » une vue approfondie de l’intérieur de la maternité de Trébrivan.
Qu’apprend-on ? Que « tout est pensé pour réduire l’importance d’une main-d’œuvre salariée » grâce à une « mécanisation complète » et « à la pointe de la technologie ». Moins de travailleurs, plus de capital : « Les originalités économiques de construction payent pour une part les équipements high-tech, les associés misent au final sur une grosse productivité allégée en main d’œuvre ».
Qui porte le projet de Trébrivan ? La SCEA (Société civile d’Exploitation Agricole) Ker Anna, qui est composée de cinq associés-fondateurs :
- Voir les statuts de la SCEA Ker Anna :
PDF - 591.4 ko
L’un de ces cinq associés est la SARL Kerloann, que l’on retrouve également au capital de la ferme de Poiroux, dont le projet est porté par la SCEA Village du Bois.
- Voir les statuts de la SCEA Village du Bois :
PDF - 61.6 ko
Initialement, la SAS Sanders Ouest était également présente dans le montage sociétaire, comme l’indiquait il y a quelques semaines un article de Ouest France, puis elle a disparu du montage final de Poiroux. Mais en réalité, la SAS Sanders Ouest n’a pas vraiment disparu du projet. Elle est en effet un actionnaire de la même SARLKerloann, au même titre que Sanders Bretagne, Abera ou encore Les groupements de producteurs de porcs de l’Ouest et de l’Armorique :
- Voir les statuts de la SARL Kerloann :
PDF - 616.9 ko
Sanders Ouest est même doublement dans la Sarl Kerloann, puisque la SAS Sanders Ouest, tout comme de nouveau la SAS Sanders Bretagne, est également au capital de Porc Armor – également actionnaire de Kerloann donc – né de la fusion des groupements de producteurs de porcs de l’ouest et de l’Armorique. On y trouve aussi, entre autres, France Gènes :
- Voir les statuts de la SAS Porc Armor :
PDF - 569.5 ko
Vous vous y perdez ? C’est pourtant simple. Sanders Ouest, Sanders Bretagne, Abera, France Gènes sont toutes filiales d’un seul et même opérateur : Sofiproteol, rebaptisé Avril le mois dernier.
Avril-Sofiproteol, acteur omnipotent des filières de l’agro-industrie
Leader français de l’alimentation animale, avec Glon Sanders justement, le groupe Avril-Sofiproteol est très présent dans la filière porcine à travers ses filiales spécialisées dans la nutrition (Sunfeed), l’hygiène et la santé (Tecnofirm), la génétique (Adevia, fruit de la fusion de France Gènes, la même structure qui est au capital de Porc Armor…), et ce jusqu’à l’aval de la filière, avec les abattoirs, par le biais d’Abera– société que l’on retrouve elle au capital de la SAS Kerloann.
L’actualité illustre encore la volonté du groupe d’étendre son réseau : le site manchois des abattoirs AIM, dont les salariés sont en grève depuis jeudi 19 février, n’a qu’un repreneur présenté officiellement, et il se nomme… Sofiproteol.
Ce groupe peut-il être à la fois le principal acteur économique de la filière et participer au capital des nouvelles exploitations industrielles qui s’y montent ? Comment ne pas imaginer alors qu’il assure par la même occasion un débouché à ses diverses activités ?
Nous avons voulu poser directement la question au président du groupe, qui n’est autre que… Xavier Beulin, également président du principal syndicat agricole, et que nous avons rencontré pour un entretien détaillé sur toutes les activités d’Avril. Et là, surprise. Le dirigeant nie la participation au capital des maternités porcines :
- Ecouter Xavier Beulin :
00:00
00:58
- Xavier Beulin en entretien avec Barnabé Binctin -
Xavier Beulin peut-il ne pas être au courant ? Si cela était, son ignorance serait une preuve supplémentaire de l’immensité de la taille du groupe Avril-Sofiproteol dans le secteur agricole, son président ne maîtrisant plus toute la chaîne des implications.
Ou alors Xavier Beulin se trompe-t-il sciemment ? A-t-il conscience de ce qu’un tel aveu dirait sur l’intégration totale d’une filière par un seul et même acteur économique ?
Car le groupe Avril-Sofiproteol, rarement visible sur la scène médiatique, n’en est pas moins un acteur-clé de l’agriculture française. Et la filière porcine est loin d’être la seule scène où il joue sa partition. La volaille ? Il est le propriétaire de Matines, la célèbre marque d’œufs et a échoué à la reprise de Doux, à l’été 2012. Les huiles ? Le groupe est leader dans le secteur en France, mais aussi au Maroc et en Roumanie, grâce notamment à Lesieur et Puget.
Avril-Sofiproteol se développe aussi dans les biotechnologies, avec Biogemma, In Vivo ou Hendrix Genetics dont Sofiproteol est actionnaire.
En fait, la question n’est plus tant de savoir dans quelles branches de l’activité agricole s’est spécialisée Avril, mais plutôt dans laquelle elle ne s’est pas encore développée. Holding regroupant plus de 150 sociétés différentes, le groupe pèse 7 milliards d’euros et reste le bras financier de l’agriculture par le biais de Sofiproteol. De l’alimentation humaine à la nutrition animale, en passant par les semences, les énergies renouvelables et même la presse du secteur, de l’amont jusqu’à l’aval, en France et mais aussi au Maghreb, en Afrique ou en Europe de l’Est, Avril-Sofiproteol est partout.
Et partout où l’on regarde, on constate que les activités industrielles de Sofiproteol s’accordent parfaitement avec le développement des fermes-usines et des nouveaux besoins qui leur sont corrélés : le groupe est un partenaire stratégique de l’industrialisation de l’agriculture.
A partir de lundi, suivez le reportage sur Avril-Sofiproteol, qui revendique « un nouveau printemps » pour l’agriculture française. Tout au long de la semaine, découvrez sur Reporterre le récit de la construction de cet empire.

Lire aussi : ENQUETE - 2 - Au coeur de l’agro-industrie française, les tentacules d’Avril Sofiproteol

Source : Barnabé Binctin et Laure Chanon, pour Reporterre
Images :
. dessin : Tommy Dessine pour Reporterre
. volailler industriel : Geograph.uk
. ferme-usine des mille vaches : Complément d’enquête.
. plaque avril et photo entretien : Romain Guédé pour Reporterre

dimanche 22 février 2015

La carte de France des projets de fermes-usines

La carte de France 

des projets de fermes-usines

LORÈNE LAVOCAT (REPORTERRE)
vendredi 20 février 2015











Fermez les yeux, et imaginez plus d’un million de volailles entassées dans une seule exploitation. 11 000 porcs serrés les uns à côté des autres. 120 000 agneaux engraissés dans un même lieu. Non, ce n’est pas un cauchemar, mais les différents visages de l’industrialisation de notre agriculture. Voici la carte qui recense ces dérives industrielles.

La Confédération paysanne publie aujourd’hui une carte de France de ce phénomène sans précédent. Le syndicat recense une trentaine de « projets phares », témoins d’un dévoiement dangereux du modèle productiviste. « C’est une agriculture destructrice d’emplois, incompatible avec la préservation de notre environnement et prédatrice d’une agriculture à taille humaine », explique le syndicat paysan.

- Cliquer sur les icônes pour le détail de chaque projet
Que nous révèle cette carte « Nous avons voulu montrer une dérive lourde du système actuel, dont le symbole est la ferme-usine », explique Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. La ferme des 1000 vaches dans la Somme n’est qu’un des avatars de cette industrialisation tous azimuts. Une tendance à la concentration et à l’hyper-spécialisation qui touche tous les types d’élevages, mais aussi les cultures maraîchères.
Comme ces 25 ha de serres de tomates hors sol à Echillais (Charente-maritime), chauffées par un méga incinérateur... pour produire 50 tonnes de tomates par jour. Un phénomène souvent porté par des grands groupes industriels, mais aussi par des agriculteurs. « En Aveyron, un paysan engraisse plus de 120 000 agneaux, et nous ne cautionnons pas cette pratique juste parce qu’elle est portée par un paysan », précise Laurent Pinatel.
Une tendance nocive ? Le gouvernement ne semble pas de cet avis. « Ceux qui disent qu’on peut se passer d’une agriculture industrielle se mentent à eux-mêmes. » Mercredi 17 février, Stéphane Le Foll a une nouvelle fois mis les pieds dans le plat.« Pas de faux débats », a-t-il précisé à nos confrères duParisien« On a besoin d’une industrie agroalimentaire, et on a aussi besoin, pour la production de certains aliments, d’une production suffisamment industrialisée pour qu’elle soit accessible. » Alors qui a raison ?

Qu’entend-on par industrialisation de l’agriculture ?

« Il s’agit d’appliquer à l’agriculture des processus qui ont fait leurs preuves dans l’industrie : produire toujours à plus grande échelle pour produire au moindre coût monétaire », explique l’agronome Marc Dufumier. Mécanisation, robotisation, augmentation de la taille et concentration des exploitations.
Pourtant, « l’idée que l’on va faire des économies d’échelle avec des grands troupeaux est fausse », dit André Pfimlin, spécialiste des élevages laitiers. « Aux États-Unis, des chercheurs ont montré que ces grands troupeaux, nécessitant des équipements nouveaux, avaient des coûts par tonne de lait plus élevés et étaient plus vulnérables aux variations du prix du lait et de l’aliment. Leur rentabilité provenait du recours à de la main d’œuvre bon marché, souvent immigrée. »
Malgré tout, la marche de l’agriculture vers l’industrialisation se poursuit, poussée par les grands groupes agro-industriels. Pour la Confédération, « ce sont eux qui captent la valeur ajoutée, et on les retrouve derrière la plupart des projets de ferme-usine. »Reporterre a mené l’enquête le plus tentaculaire de ces groupes : Avril-Sofiprotéol

Cette industrialisation est-elle inévitable ?

Pour André Pfimlin, l’élevage industriel est inacceptable : « Ces feedlots sont en compétition directe avec l’alimentation humaine car gros consommateurs de grains… Ils sont destructeurs de l’environnement, parce qu’ils sont en partie responsables de la déforestation pour faire de la monoculture industrielle de maïs ou de soja, et ils sont de gros producteurs de gaz à effet de serre. »
Surtout, ces méga-projets détruisent des emplois, des marchés locaux et la vie rurale. « Dans un contexte de chômage massif et de désertification de nombreuses régions rurales, l’industrialisation de l’élevage est injustifiable, même sur le seul plan socio-économique », conclut-il.
Un avis partagé par Pablo Servigne, chercheur agronome :« L’agriculture industrielle est un modèle toxique, qui se coupe l’herbe sous les pieds, en détruisant les écosystèmes. » Un système nocif et condamné. « Comme il dépend du pétrole, des minerais et d’autres ressources fossiles, c’est un système déjà mort. »
Un mort-vivant alors, car les fermes-usines sont en plein essor.« Il y a une grande inertie du système », affirme Pablo Servigne. En cause, le verrouillage socio-technique : « Nous héritons de techniques inventées dans le passé, comme les pesticides, les OGM, qui ne sont plus efficaces, mais qui sont très intégrées dans nos usages et nos modes de pensée. » Lui appelle donc à de « grands déclics imaginaires », pour changer de paradigme.
« Nous sommes au moins d’accord avec la FNSEA sur un point », admet Laurent Pinatel. « Le système actuel est à bout de souffle. Eux proposent d’y remédier par les fermes-usines, nous par l’agriculture paysanne, orientée vers un marché local. » Agroécologie, circuits courts, culture biologique. D’autres modèles existent.
« Partout dans nos campagnes, il y a des paysans qui sont déjà entrés dans l’ère post-pétrole », estime Pablo Servigne.« L’exode urbain a déjà commencé, les néo-ruraux sont de plus en plus nombreux, c’est un énorme mouvement qui n’a pas encore conscience de lui-même. » Chercheur agronome de formation, il s’est lui-même installé en Ardèche et formé à la permaculture. « L’effondrement inéluctable de la civilisation industrielle va permettre l’épanouissement de nouvelles pousses », dit-il. « Et ces jeunes pousses sont déjà là. »

Pour plus d’informations, lire aussi :
- L’agriculture industrielle va disparaître, une recension du livre de Pablo Servigne Nourrir l’Europe en temps de crise. Vers des systèmes alimentaires résilients.

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

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Source : http://www.reporterre.net/La-carte-de-France-des-projets-de