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mercredi 12 novembre 2025

Abattage des bovins touchés par la DNC : « C’est un massacre, un crime d’État ! »

Abattage des bovins 

touchés par la DNC :

 « C’est un massacre, 

un crime d’État ! »

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    La dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) continue de frapper. Ce lundi 10 novembre, près de 400 personnes se sont rassemblées devant la préfecture des Pyrénées-Orientales à Perpignan pour protester contre la politique sanitaire actuelle. Celle-ci prévoit l’abattage de tous les animaux d’un groupe dès qu’un cas est détecté.

    Une pancarte résume l’état d’esprit général : « Non à l’abattage des vaches et des éleveurs ». Depuis l’apparition de la DNC dans le département, les autorités appliquent strictement les protocoles. Résultat : 11 foyers ont touché 17 élevages et conduit à l’abattage plus de 350 bovins, dont une grande partie d’animaux sains. 

    Pour les éleveurs, c’est une tragédie et la colère gronde. Jean Quilleret, du collectif citoyen Stop aux massacres !, appelle à amplifier le mouvement : « Cette situation doit cesser, on doit faire masse et amplifier la mobilisation ! C’est un massacre, un crime d’État ! » Il fait un parallèle avec la philosophe Hannah Arendt : « Le mal (les abattages, ndlr) est possible parce qu’on segmente la responsabilité. Le carcan écrase chacun et personne n’arrive à désobéir ». Pour lui, la gestion actuelle est symptomatique d’un système où plus personne ne questionne les ordres venus d’en haut.

    La classification européenne dans le viseur 

    À quelques mètres, Pierre Régné, éleveur de 55 vaches Aubrac à Fosse, dénonce des mesures « aberrantes » : « On demande aux autorités de faire des études épidémiologiques avant de décréter ces abattages totaux. Il y a encore énormément d’inconnues autour de cette maladie ». Il rappelle que ses bêtes comme celles des éleveurs touchés vivent en plein air, nourries à l’herbe, et répondent à la demande de viande locale et de qualité.

    « Dire qu’on indemnise les éleveurs pour qu’ils reconstituent des troupeaux n’a pas de sens. Nos animaux ne sont pas des numéros, ce sont des vaches adaptées au relief et au climat de nos vallées. Finalement, on n’a pas peur de la maladie, on a peur des règlements européens ! ».


    La dermatose nodulaire contagieuse bovine est transmise par des insectes piqueurs qui véhiculent le virus d’un animal à un autre. Classée en catégorie A dans la réglementation sanitaire européenne, elle impose des mesures d’éradication immédiate : l’abattage total vise à éliminer tout réservoir viral et à préserver le statut « indemne » du pays, condition essentielle au commerce international. Mais cette logique purement sanitaire ne convainc pas. Pour beaucoup, elle se heurte à la réalité du terrain : les abattages ne freinent pas la propagation et détruisent un modèle d’élevage extensif déjà fragile.

    David Berrué, porte-parole des Écologistes des Pyrénées-Orientales, observe de près la situation dans le Conflent, principal foyer de la maladie : « Ce sont des élevages extensifs, à taille humaine, avec un lien viscéral entre les éleveurs et leurs animaux. C’est un arrache-cœur. Les abattages se passent dans notre environnement immédiat : c’est le gars d’à côté, ou de la vallée d’à côté. On a l’impression que les autorités dégainent un bazooka pour tuer des mouches ! » Il appelle à tirer les leçons de cette crise : « Cette mobilisation ne fera pas revenir les bêtes tuées, mais elle doit nous amener à réfléchir collectivement à notre réponse aux risques sanitaires : il faut plus de discernement et moins de brutalité ».

    L’absence de la FDSEA et des JA interpelle 

    Dans la foule, Gaëtan Le Ber, apiculteur et éleveur de quelques vaches highlands, déplore quant à lui l’absence des grands syndicats agricoles : « La FDSEA et les Jeunes Agriculteurs ne sont pas là, c’est dingue. Par peur d’être associés à la Confédération paysanne, ils préfèrent ne pas bouger. Ce n’est pas un hasard : ils sont trop dépendants économiquement pour oser parler. C’est un muselage économique ! »

    Un point de vue que partage Philippe Maydat, président de la Coordination rurale 66 : « L’abattage devrait concerner uniquement les bêtes malades ! » Il dénonce aussi les conditions d’équarrissage : « Les animaux partent à Agen dans des camions-bennes à ciel ouvert. C’est irresponsable ! Sans compter qu’on envoie à la poubelle des bêtes saines, alors même qu’on importe de la merde d’Ukraine et du Brésil ! ». Pour Jeanne Lelièvre, de la Confédération paysanne 66, la crise dépasse le seul cadre sanitaire : « Cette situation pose une question de société : quel modèle agricole voulons-nous ? Certainement pas celui du libre-échange et du traité avec le Mercosur que Macron (copieusement hué, ndlr) s’apprête à signer ! »

    Atmosphère tendue et discours virulent sous les fenêtres du préfet 

    De nombreux éleveurs et soutiens sont venus d’autres territoires : Aude, Tarn, Lozère… Daniel Coutarel, de la Confédération paysanne du Tarn, s’insurge à la tribune contre les autorités qui « s’auto-satisfont » à tort : « Nous avons demandé la vaccination de nos troupeaux, et ça nous a été refusé. Pendant ce temps, la maladie continue de se répandre chaque semaine dans de nouveaux départements. Leur politique est une hérésie ! » 

    Le ton change au fil des prises de parole. L‘émotion est palpable lorsque Samy, vacher sur les pentes du Canigou, raconte la mise à mort le matin même des bêtes dont il partageait le quotidien. 


    Mais l’ambiance sent aussi le gaz par moments. « Quand va-t-on abattre les aseptisés du bocal qui prennent ces décisions ?! » lance un éleveur. Un clown monte sur scène et tente de caricaturer les autorités. Son message est mal perçu. Il se fait huer et les échanges s’enveniment. « Faites-le taire ! », hurle une partie de la foule. « C’est trop grave pour rire ! Casse-toi ! ». Plusieurs éleveurs se chargent de descendre le clown de scène. 

    Peu après, Eric Brunel, membre de la Coordination rurale et élu à la Chambre d’agriculture de Lozère prend la parole. « Mes vaches c’est comme mes enfants. Si demain la DNC arrive en Lozère et que quelqu’un vient chez moi pour tuer mes animaux, je le dis aux forces de l’ordre qui sont là : je me défendrai ! Je ferai parler la poudre ! »

    Dans le courant de l’après-midi, une délégation a été reçue par la préfecture pour exposer les revendications : révision des protocoles, vaccination élargie, et reclassement de la maladie pour éviter l’abattage systématique. Tous partagent le même espoir : que l’État cesse de traiter cette crise comme une succession de mesures administratives, et qu’on rende enfin aux éleveurs et à leurs bêtes un peu de discernement et d’humanité.

     

    Source : https://tinyurl.com/yc6vb22t

     Ou :   https://madeinperpignan.com/abattage-des-bovins-touches-par-la-dnc-cest-un-massacre-un-crime-detat/?fbclid=IwY2xjawOAJsNleHRuA2FlbQIxMABicmlkETBuZUh5NTZXQ1ZvZmw2dTduc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHrqsl0JifXybp4kOFobXxHoxhKi-a02IYDRNRnasBGovIeW0chw-fo9Ortvq_aem_NlGzz2V9jhEV98GJj9ZUPQ

    mardi 8 juillet 2025

    A69 : « Nous devons faire le deuil de l’État »

    A69 : 

    « Nous devons faire 

    le deuil de l’État »

     

    Au moins un millier de personnes se sont rassemblées ce week-end contre le projet d’autoroute entre Toulouse et Castres, malgré l’interdiction de l’évènement. L’acharnement des pouvoirs publics à la construire crée incompréhension et colère chez les militants.

    Jade Lindgaard

    6 juillet 2025


    " Il y avait un gendarme, quand j’ai vu tout l’équipement qu’il avait, ça m’a fait trembler."
    Élise, une opposante à l’A69 
     
    « L’État, ce n’est pas ce que je pensais. Normalement, l’État, c’est l’intérêt général. Et là, on démolit des arbres, tout un territoire, le cadre de vie ; des gens sont expropriés alors qu’il n’y en avait pas besoin. Tu arrangeais la nationale actuelle, ça suffisait. Elle était gratuite et pour tout le monde. C’était ça l’intérêt général. » 
     
    « il y a presque un deuil à faire vis-à-vis des institutions qu’on a appris à respecter à l’école. L’État et les maires mentent sur tout : les gains de l’autoroute, le désenclavement, le coût de l’alternative ferroviaire… C’est presque un deuil à faire de l’État. Alors que dans le collectif, on est tous des ingénieurs, enseignants, personnes dans la culture qui respectent la loi. » 
     
    MorensMorens-Scopont (Tarn).–

    Une file de personnes portent des cabas de supermarchés et tiennent leurs papiers d’identité à la main. En face, des gendarmes les contrôlent et les fouillent, une à une.
     
    On se croirait à un poste-frontière. Mais nous sommes dans le Tarn, à 500 mètres du château de Scopont, une bâtisse de style médiéval dont le propriétaire accueille pendant trois jours un rassemblement contre l’A69, cette autoroute contestée entre Toulouse et Castres. 
     
    « Alpha ! Vous vous mettez en position, on va faire une chicane », crie un chef. Têtes tournées du côté des humains, des milliers de tournesols semblent regarder sans mot dire cette scène insolite de check-point en plein champ.La préfecture du département avait interdit la « turboteuf » contre l’A69 qui s’est tenue du 4 au 6 juillet. Routes fermées, fêtes de village interdites, survols d’hélicoptères et de drones, plus de 1 500 gendarmes : l’État n’avait pas lésiné sur les moyens pour « préserver l’ordre républicain » et intimider les « individus identifiés » précédemment sur « des manifestations ultraviolentes », que le préfet Laurent Buchaillat assure, samedi matin, avoir repérés sur le camp des opposant·es.
     
    Face à un tel déploiement de forces, comment résister à l’envie de braver l’interdit ? Samedi en fin d’après-midi, quelques centaines de personnes ont manifesté sur la route nationale, et certaines ont poussé jusqu’aux travaux de l’un des « ouvrages d’art » de l’A69 en construction.
     
    Jets de pierre contre pluies de lacrymo, Bella Ciao à la fanfare sous le vrombissement d’un hélico : la « guérilla » annoncée par la préfecture a finalement pris la forme d’une scène mille fois vue où, de part et d’autre des blindés Centaure, chaque participant·e a joué son rôle habituel.

    Malgré leur aspect routinier, les face-à-face entre anti-A69 et forces de l’ordre commencent pourtant à laisser des traces. « Trois hélicos, 200 forces de l’ordre en plus que lors du précédent rassemblement : chaque fois c’est plus gros, avec une escalade dans les propos de nos ministres et certains élus locaux », regrette Karen Erodi, députée (LFI) du Tarn présente au rassemblement, ceinte de son écharpe tricolore.
    Quelques minutes plus tôt, elle a dû intervenir pour qu’une batucada soit autorisée à rejoindre le campement. « On en est au quatrième préfet et, chaque fois, c’est l’escalade. C’est problématique, on a quand même le droit de s’exprimer et de manifester. »

    Élise, salariée d’une association et membre de La voie est libre (LVEL), le principal collectif d’habitant·es opposé à l’autoroute, a été palpée et son véhicule longuement fouillé en arrivant au campement, après que son passager a demandé à voir la réquisition autorisant le contrôle d’identité : « Il y avait un gendarme, quand j’ai vu tout l’équipement qu’il avait, ça m’a fait trembler. » Elle voulait suivre la visite naturaliste du parc du château, où se trouvent une zone humide et une fleur protégée, la jacinthe d’eau, menacées par les travaux. « C’est ça, le sens de ce week-end, l’attention au vivant, et on l’a ratée à cause de la fouille. »

    Vendredi, premier jour du campement, Melissa*, jeune militante de LVEL, soupire devant « tous ces discours du préfet, alors qu’on est des hippies dans un champ. Avec des revendications politiques quand même ». Née et grandie dans le Tarn, elle observe ces « passages en force de toutes ces institutions qui nous rappellent qu’elles sont toutes-puissantes ». À quelques centaines de mètres du chantier si ardemment défendu par les gendarmes, elle ajoute : « Jamais je ne me suis battue pour gagner. Vu leur force, s’ils veulent la faire cette autoroute, ils la feront. Ce qu’on a gagné, ce sont les liens entre nous. »

    Un « foulard jaune à pois » saisi par la police


    Samedi soir, la préfecture a annoncé la saisie de 257 armes et « objets pouvant constituer des armes par destination ». La veille, elle avait envoyé aux journalistes des photos de boules de pétanques, d’une hache, des sécateurs et pieds de biche, une gamme de masques et trois bidons d’essence trouvés dans les véhicules des manifestant·es.
     
    Une habitante de Toulouse rencontrée sur le campement n’en revenait toujours pas : elle venait de se faire saisir un « foulard jaune à pois », comme en atteste la « fiche de mise à l’écart d’objet interdit » vue par Mediapart. Les gendarmes craignaient qu’il ne lui serve dans les lacrymos. La retraitée pourra le récupérer dans quelques jours.

    Sur le site du camp, autour du château recouvert d’un immense drapeau palestinien, vendredi et samedi l’ambiance était champêtre et alternative : brochures anti-répression, cartes postales d’oiseaux dessinées par une ancienne habitante de l’éphémère ZAD anti-A69, stands pour une alternative ferroviaire ou anti-OGM, vêtements gratuits au free-shop, atelier graphique, « coin toutou » pour faire boire ses animaux.
     
    Quelques parapluies et K-Way noirs, beaucoup de visages masqués sous des tee-shirts à trous, masques à paillettes, voile noir ou colorée ne laissant voir que les yeux. Mais surtout des personnes qui épluchent des légumes, changent les tireuses à bière, discutent, font de la prévention contre les violences sexistes et sexuelles, vident les seaux des toilettes. Au regard des communiqués de la préfecture sur les graves menaces à l’ordre public, le décalage est complet.

    Reprise des travaux malgré l’annulation de l’autoroute – grâce au sursis à exécution décidée par la justice –, loi de validation en cours de vote : l’acharnement des pouvoirs publics à faire construire l’autoroute crée de l’incompréhension chez les militant·es que Mediapart a rencontré·es. Voire de la colère. Une militante associative, parfaitement « insérée dans la société », comme elle se décrit, dit : « Je rêverais de cramer des engins, je ne le ferai pas. Mais être face à des murs, ça crée de la violence en nous. »

    L’administration a de fait observé de nombreuses illégalités sur le chantier, notifiées aux entreprises par des rapports de manquement administratif. Selon de nouveaux documents que Mediapart a pu consulter, des pompages illégaux d’eau ont été observés à plusieurs reprises. « La quantité de règles non respectées sur ce chantier est colossale », explique Mo*, hydrologue de formation résidant à proximité de l’autoroute, qui se livre à une veille citoyenne de ces problèmes et alerte régulièrement gendarmes et administration. « Mais la flotte, c’est hyper complexe et ça n’intéresse pas grand monde. »
     
    Pendant ce temps, des personnes qui avaient grimpé dans les arbres pour en empêcher l’abattage attendent toujours d’être jugées. « On va avoir encore cinq à dix ans de procès pour les occupations d’arbres contre le chantier. Dans ma tête, ce n’était pas long comme ça, dit Melissa. Des gens montés dans les arbres en 2024 vont être jugés en première instance en 2026. Toutes les personnes qui ont engagé leur corps en ont encore pour longtemps. » Et dans la crainte qu’à la fin de cette odyssée judiciaire, l’A69 soit déjà construite depuis longtemps."
     
    Jade Lindgaard
     

    lundi 10 juin 2024

    Manifestation contre l’A69 : des affrontements, mais de l’espoir dans les rangs

     

    Manifestation contre l’A69 : 

    des affrontements, 

    mais de l’espoir 

    dans les rangs

     

    Plusieurs milliers de manifestants ont tenté de rejoindre samedi des tronçons du projet de l’autoroute A69, en dépit de l’interdiction de la préfecture. Après plusieurs heurts à travers champs, les organisateurs déplorent une vingtaine de blessés, dont trois graves. Pour sa part, la préfecture annonce deux blessés du côté des policiers. 

    Zeina Kovacs

    8 juin 2024 


    (Puylaurens, Tarn) - La scène ressemble aux impressionnantes images de la manifestation qui s’était déroulée à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) contre les mégabassines en mars 2023, même si le bilan humain semble heureusement moins lourd. Des centaines de militants courent à travers champs face à des forces de l’ordre en nombre, qui lancent des gaz lacrymogènes et des grenades de désencerclement de manière quasi continue. 

    Devant eux, des jeunes répliquent avec des tirs de feux d’artifice. Sur ce champ proche de la D926, les parcelles de blé prennent feu. En haut de la colline, le cortège dit « traditionnel » regarde les affrontements de loin et réceptionne les quelques blessés. 

    À 18 heures, cela fait bientôt quatre heures que les 7 000 manifestants (selon les organisateurs, 2 000 selon la préfecture) tentent de rejoindre un tronçon de la future autoroute A69 en passant par des sentiers de campagne et des champs.

    Dans les rangs du cortège dit « traditionnel » © ZK

    À l’appel d’Extinction Rebellion, du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), du collectif La voie est libre et des Soulèvements de la terre, la « manif’action » a démarré depuis le nouveau camp de base, monté la veille, à proximité du village de Puylaurens. Primo-manifestants, militants de tous âges et syndicats se sont mélangés dans une marche organisée sur le tracé du projet. 

    Toute la matinée, le camp s’est rempli au rythme des prises de parole des différents collectifs invités et de points organisés en vue de l’organisation du cortège de l’après-midi. La veille, les zones à défendre (ZAD) installées depuis plusieurs mois à Saïx avaient été pénétrées par les forces de l’ordre, sans pour autant être démantelées. 

    Jeudi 6 juin, la manifestation – qui n’avait pas encore été déclarée – avait été interdite par la préfecture du Tarn. Un recours en référé contre cette interdiction avait été déposé le lendemain par la Confédération paysanne et le GNSA devant le tribunal administratif de Toulouse, qui l’a rejeté tard hier soir. 

    Pour certains militants présents, le traumatisme de Sainte-Soline reste encore vif. Spirale, 37 ans, est venu sans protection. Dans le cortège syndical, il raconte : « J’ai encore des blessures psychiques de mars 2023. Pendant trois jours, je m’endormais en rêvant d’explosions. Aujourd’hui, je préfère être dans le cortège calme. »

    Le dispositif policier a, lui aussi, été similaire à celui de la manifestation contre les mégabassines : la préfecture a annoncé le déploiement de vingt-deux escadrons de gendarmes mobiles et de deux hélicoptères. À 13 heures, le camp de base était déjà cerné par des gendarmes et des canons à eau à toutes les sorties. Les deux hélicoptères surveillent les cortèges disséminés en permanence et envoient des renforts de police au sol en conséquence. 

    « On est légitimes à s’interposer »

    Malgré l’interdiction, la manifestation a reçu le soutien d’associations qui ne comptent pas forcément la pratique de la désobéissance dans leur ADN, à l’instar de la Confédération paysanne ou du collectif Sans bitume, qui lutte depuis un an contre les centrales à bitume qui seront installées pour produire sur place le revêtement de l’autoroute, et dont l’une sera construite à Puylaurens. 

    « On est pacifistes, mais aujourd’hui on est obligés d’être solidaires avec les autres collectifs qui luttent contre l’A69, parce que tout est intimement lié, explique Régis Lux, le représentant de Sans bitume. On est au bord du craquage. »

    Artificialisation des sols, tarissement des ressources en eau et impact sur la biodiversité : les associations et les habitants affectés par le chantier dénoncent un projet « absurde » compte tenu de la route nationale qui existe déjà sur cet itinéraire. 

    Avant la manifestation, la Confédération paysanne avait, elle, annoncé vouloir un rassemblement « sans se mettre en danger ». Objectif : semer des graines sur le tracé, « un mélange paysan », avec un tracteur prévu à cet effet, paré d’une mésange bleue géante en papier mâché. De leur côté, les organisateurs comme Extinction Rebellion Toulouse avaient scandé devant la presse : « On incarne une posture d’autodéfense face au gouvernement, on est légitimes à s’interposer. »

    Les mouvements écologistes sont tellement réprimés que c’est mieux d’être nombreux.

                   Nathalie, une manifestante

    Émilie et Judith se sont déplacées de Paris et Toulouse pour l’occasion. Les deux amies âgées de 35 ans viennent pour la première fois manifester contre l’A69. Pour elles, c’était important de protester contre un projet qui « détruit les écosystèmes pour gagner vingt minutes de trajet en voiture ». Ce 8 juin, c’est leur « première manifestation interdite » ; elles n’ont d’ailleurs prévu aucun équipement de protection pour faire face à de possibles heurts. « C’est intimidant de voir les CRS », explique Émilie. La chercheuse en chimie et son amie restent dans le cortège le plus calme.

    Nathalie, 57 ans, est elle aussi présente malgré l’interdiction, accompagnée de sa fille, Oukoa, 18 ans. Venues de Savoie, elles sont arrivées la veille et ont fait sept heures de route en voiture pour l’occasion. « Je ne pouvais pas rester assise chez moi, explique la mère de famille. Les mouvements écologistes sont tellement réprimés que c’est mieux d’être nombreux. »

    Bruno Julié, 68 ans, est habitué à ce combat depuis plus de dix ans. L’homme est élu local de la commune de Teulat, un village qui va être coupé en deux par l’A69. Le retraité travaillait à Toulouse en tant qu’informaticien : « Je n’ai jamais vu un seul bouchon de ma vie. » Si lui a pris conscience depuis plusieurs années des conséquences néfastes du projet, il estime que beaucoup d’élus locaux du Tarn n’ont pas la même vision de la ruralité, « restés dans un modèle figé datant des années 1980 qu’on ne peut plus appliquer aujourd’hui ».

    « Le cortège bleu », parti à l'affrontement. © ZK

    Martin* est l’un des coorganisateurs du mouvement. Militant actif des Soulèvements de la terre depuis un an, il dénonce un projet « absurde » et dévastateur pour l’environnement. Originaire du Tarn, le jeune homme de 34 ans estime que rien n’est encore joué. « Les chantiers ont commencé mais le bitume n’a pas encore été déposé », explique celui qui voit aujourd’hui les « forêts de [s]on enfance » et les « chemins de [s]on école » détruits par les avancées des travaux. 

    Après plusieurs tentatives pour rejoindre le tracé de l’A69 toute l’après-midi, vivement réprimées par les forces de l’ordre, les militants se sont repliés à l’appel des Soulèvements de la terre en voyant une dizaine de blindés de police arriver sur les lieux des affrontements. « Nous ne voulons pas d’un Sainte-Soline bis », avait-on pu entendre sur le chemin remontant la colline.  Vers 19 h 30, les tirs se mettent à résonner à nouveau dans la vallée. À cette heure, le collectif comptait au moins une vingtaine de blessés, dont trois graves, « dus aux armes policières », selon les organisateurs. D’après le préfet du Tarn, il y a « deux blessés légers » du côté de la police et trois véhicules dégradés. 

     

    Source : https://tinyurl.com/8dk3r3ak

    mercredi 20 mars 2024

    En pleine sécheresse, des milliers de manifestants contre « le golf de trop »

     

    En pleine sécheresse, 

    des milliers de manifestants 

    contre « le golf de trop »

     

    Par Henri Frasque et David Richard (photographies)

    18 mars 2024

     
    Selon les organisateurs, 4 500 personnes ont manifesté le 16 mars contre ce projet de golf.

    Les Pyrénées-Orientales connaissent la pire sécheresse depuis 65 ans. Pourtant, les travaux d’un méga golf ont démarré à Villeneuve-de-la-Raho, près de Perpignan. Une aberration selon les habitants.

    Villeneuve-de-la-Raho (Pyrénées-Orientales), reportage

    « On mange pas du gazon ! On boit pas du béton ! Non, non, non, à ce projet bidon ! » Des milliers de personnes ont convergé de toutes les Pyrénées-Orientales pour dire leur refus d’un méga golf, samedi 16 mars, sur les berges du lac de Villeneuve-de-la-Raho dans la première couronne de Perpignan.

    Cette commune a, pour les organisateurs, vu défiler autant de personnes qu’elle compte d’habitants — 4 500 — (1 500 selon la gendarmerie) contre ce projet qui s’approprierait 160 hectares, avec 529 logements, et le tout en bordure du lac.

    Pour les manifestants matinaux, qui ont progressé dans un joyeux cortège, égayé par des fanfares, et ponctué par des démonstrations de « castell » — des pyramides humaines —, ce projet, c’est clairement « le golf de trop », dans un département touché depuis deux ans par une sécheresse historique.

     

    Le chantier du Golf de Villeneuve-de-la-Raho a déjà commencé. © David Richard / Reporterre

     

    « On a besoin de l’eau pour autre chose que pour un golf. Pour boire, pour faire pousser les légumes », nous explique Justine, 12 ans, venue avec ses parents et sa petite sœur. La famille habite Villeneuve-de-la-Raho. « À cause des restrictions d’eau, on ne remplit plus la piscine, et on ne fait plus pousser de légumes dans le jardin, raconte sa maman Élodie, orthophoniste. On est d’accord pour faire ces efforts. Mais pas pour qu’on utilise l’eau pour un golf. » « Il y a 20 ans, pourquoi pas, renchérit le papa Thomas, enseignant. Mais aujourd’hui, avec une telle sécheresse, c’est complètement aberrant. »

    « La priorité, c’est de défendre les terres agricoles »

    Le projet fédère largement contre lui. Une vingtaine de partis et d’associations ont appelé à cette manifestation, organisée par Les Écologistes et le mouvement autonomiste Unitat Catalana, depuis le NPA jusqu’aux partisans locaux d’Edouard Philippe.

    « La priorité, c’est de défendre les terres agricoles », revendique Victor Tublet, éleveur en bio dans le centre du département et adhérent de la Confédération paysanne. La FDSEA n’a pas appelé à battre le pavé, mais certains de ses adhérents sont venus.


     

    Élodie, Thomas, Justine et Lola ont manifesté dans leur commune contre ce « projet d’un autre temps », qui « n’a aucun sens ». © David Richard / Reporterre

     

    Seuls défenseurs déclarés du projet : le maire RN de Perpignan Louis Aliot, et le monde économique local, Chambre de commerce et Medef en tête. Et la maire LR de Villeneuve-de-la-Raho, Jacqueline Irles, qui porte à bout de bras ce projet depuis 20 ans, malgré les nombreux recours. L’élue assure que le golf ne puisera pas dans le lac voisin — il en a l’autorisation — mais traitera aux UV les eaux grises de la station d’épuration.

    « Ça ne tient pas, balaie Roland Castanier, élu communiste de la ville voisine d’Elne. Ces eaux partent dans l’Agouille de Mar, ce qui permet un renouvellement de l’eau dans les couches superficielles. »

    Les Pyrénées-Orientales sont en état de sécheresse depuis deux ans, avec des restrictions de l’usage de l’eau pour ses habitants.© David Richard / Reporterre
     

    Quatre-vingt-douze universitaires et chercheurs de l’université de Perpignan ont signé une tribune dans le quotidien local, L’Indépendant, pour dénoncer un projet qu’ils jugent « hors sol ». L’une des signataires, Justine Renard, enseignante en écologie, géosciences et transition des territoires, a pris la parole au mégaphone, devant la mairie, en conclusion de la manifestation, pour rappeler les enjeux face au changement climatique : « Convertir ces 160 ha en green, c’est exclure les êtres vivants, les pollinisateurs, dont nous dépendons de manière vitale », alors que « l’abondance des insectes a chuté de 80 % dans certaines régions agricoles, notamment par l’usage de pesticides ».

    « Une aberration »

    C’est aussi, a-t-elle dit, « réduire les chances d’assurer la sécurité alimentaire du territoire et de réduire les émissions de nos chaînes d’approvisionnement ». « Accaparer ces terres, cette eau, pour un usage de loisirs destiné à une population privilégiée » est à ses yeux « une aberration » dans un département « parmi les plus pauvres de France ».

    À part des élus locaux de droite et d’extrême droite ainsi que les institutions de l’économie, l’opposition au golf est largement partagée. © David Richard / Reporterre

    Plusieurs recours ont été déposés par les opposants contre le golf, notamment auprès du ministre de la Transition écologique, pour lui demander de désavouer le préfet du département.

    Celui-ci a reconduit la déclaration d’utilité publique du projet en novembre dernier, permettant le démarrage des travaux. Dans le département voisin de l’Aude, le représentant de l’État vient de mettre un coup d’arrêt à un autre projet de méga golf, dans la Montagne noire, le jugeant « d’un autre temps ».

     

    Les opposants au golf se sont rendus au lac de la Raho, très touché par la sécheresse.

    Rémi Le Fay, 31 ans, cuisinier à Perpignan : « On me dit de ne pas arroser mon potager l’été. Et à côté on va construire un golf. Cette aberration me révolte. »
     

    À droite, Ancha, 21 ans, étudiante en génie biologique à Perpignan : « L’eau qui va être utilisée pour ce golf devrait servir à l’agriculture. »

    Victor, éleveur à Mosset et adhérent de la Confédération paysanne, Priscilla, assistante maternelle, et leur fils Lou, 3 ans : « La priorité, c’est de défendre les terres agricoles. »
     

    Marie Pochon, députée Les Écologistes de la Drôme : « Ce projet va à contre-sens, pour la tenue de nos objectifs climatiques, pour notre résilience en matière de consommation d’eau, et pour notre autonomie alimentaire. »
     

    Pour Justine Renard, enseignante en écologie, géosciences et transition des territoires à l’IUT de Perpignan, « accaparer ces terres, cette eau, pour un usage de loisirs destiné à une population privilégiée » est à ses yeux « une aberration » dans un département « parmi les plus pauvres de France ».
     

    Justine Renard, enseignante en écologie, géosciences et transition des territoires à l’IUT de Perpignan : « Convertir ces 160 ha en green, c’est exclure les êtres vivants, les pollinisateurs, dont nous dépendons de manière vitale. »
     

    Source : https://reporterre.net/En-pleine-secheresse-des-milliers-de-manifestants-contre-le-golf-de-trop?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne


    dimanche 22 octobre 2023

    A69 RAMDAM SUR LE MACADAM

    💪 

    Cette mobilisation a eu lieu à l'appel de la Voie est Libre, d'Extinction Rebellion, du GNSA, de la Confédération paysanne, du GLAM et des Soulèvements de la Terre, après une longue suite d'oppositions populaires et massives à l'A69. Ce sont en effet des grèves de la faim, le projet de territoire alternatif "Une autre voie", 90% des 6266 avis négatifs, des campings dans les arbres, des mobilisations de plusieurs milliers de personnes, et des actions de tous types qui se sont déroulées ces derniers mois.

    🙌 Un sondage IPSOS montre aujourd'hui que 61% des habitant-e-s du Tarn et de Haute-Garonne souhaitent l'arrêt de l'autoroute A69 - une preuve de plus du rejet massif de ce projet, s'ajoutant aux tribunes de 1500 scientifiques, de centaines d'élu·es locales·aux et des 155 agriculteur·ices impacté·es par le tracé.

    Les opposant·e·s ont aujourd'hui choisi de montrer l'ampleur et la diversité de la mobilisation contre l'A69 en différents cortèges nommés par les arguments absurdes déployés par les promoteurs du projet.

    - Le cortège "Désenclavement", mené par les tracteurs, a investi la RN126 avec des milliers de personnes. Les manifestant·e·s ont ensuite monté un "faux péage" à 17 euros, prix d'un aller-retour sur l'A69, qui serait l'autoroute la moins fréquentée et la plus chère de France - la réservant à une "élite" très bien payée et non l'essentiel des habitant-e-s de la région.

    - Le cortège "Valorisation du territoire" a nettoyé les lieux de plusieurs habitations expropriées, où NGE avait répandu 200 tonnes de lisier illégalement pour dissuader de s'y rendre. Les militant-e-s ont ensuite pris place dans les bâtiments, posé une charpente et aménagé les lieux pour s'implanter dans la durée. L'appel est lancé dès maintenant à renforcer l'occupation, et en cas d'expulsion à manifester à Toulouse le samedi suivant.

     
    - Le cortège économie locale s'est séparé et un groupe est entré dans une cimenterie d'un prestataire de l'A69, Carayon, qui sera directement impliqué dans le chantier de l'A69. Ils sont entrés pour déployer une banderole géante sur le silo. Nous avons alors appris qu'un camion-toupie avait été incendié. Le préfet s'est alors empressé opportunément de s'offusquer et de condamner une fois de plus la lutte, alors qu'il cautionne au quotidien les destructions colossales engendrées par les bétonneurs. Nous l'invitons à s’indigner pour les milliers d’arbres arrachés, pour les 300ha de terres agricoles saccagées, pour les dizaines de familles expropriées… une violence inouïe qui s’abat sur l’avenir ! Qui sont les responsables ?


    Les collectifs ne réclament que l'apaisement depuis des mois, la suspension du chantier est indispensable pour entamer un dialogue constructif. Le Préfet n'a eu de cesse de tendre la situation par des provocations : évacuation de grimpeurs pointés par des lanceurs de LBD pour abattre des platanes centenaires, abattage des platanes de Vendine à minuit suite à des arrêtés de chasse bidon, non respect de l'engagement de Clément Beaune de suspendre les défrichements, mascarade de réunion de concertation...

    Après cette journée de mobilisation populaire et diversifiée, les organisations mobilisées appellent à maintenir la pression, soutenir l'occupation à la Crémade et empêcher par différents moyens la reprise des travaux.


    Nous nous mobiliserons jusqu'à l'abandon du projet : no macadam ! ✊🌳

     

    lundi 31 juillet 2023

    Procès des inculpés de Sainte-Soline à Niort : récit d’audience

     

    Procès des inculpés 

    de Sainte-Soline à Niort : 

    récit d’audience

     

     

    Au tribunal : quand l’habit fait le moine

     

     

     

     


    Ce jeudi 27 juillet s’est tenu le procès de quatre manifestants qui avaient participé au rassemblement à Sainte-Soline le 25 mars dernier. Nos reporters étaient sur place. Avant même d’avoir pénétré la salle d’audience, les militant-es qui étaient venu-es en soutien ont vu la couleur de ce qui allait se dérouler : l’endroit était quadrillé de CRS et de policiers en civil, des barrières tenaient à distance de l’entrée du tribunal le joyeux groupe de soutiens qui chantait et mangeait autour d’une cantine populaire.

    Vers 13h, celles et ceux qui voulaient assister aux procès ont dû, tour à tour, montrer leurs papiers d’identité qui étaient photographiés par une policière sur son téléphone, avant de subir une palpation de tout le corps, de vider l’entièreté de leur sac et de leurs poches pour enfin passer un portique de sécurité.

    Loïc S.

    Le premier à comparaître est Loïc, en détention provisoire à 700 kilomètres de chez lui depuis son arrestation à la veille de la dissolution des Soulèvements de la Terre, le 20 juin dernier. On lui reproche la “participation à un groupement formé de manière temporaire en vue de commettre des dégradations de biens et matériels…” le recel d’une veste de la gendarmerie ainsi que la dégradation d’un véhicule de gendarmerie pour avoir inscrit ACAB et Mud Wizard, vêtu d’un costume de moine.

    Dystopique, la base du dossier à charge est fondée sur l’usage de la reconnaissance faciale à partir d’une image du fameux moine trouvée sur un “site twitter” (dixit le président) et dont on distingue difficilement les yeux et la base du nez… Son avocate, Maître Chalot, soulève le fait que la reconnaissance faciale ne peut être utilisée qu’en cas de nécessité absolue et pour s’assurer de l’identité de quelqu’un, non pas pour justifier le début d’une enquête qui entraînera quatre perquisitions au domicile de L. afin de retrouver une tenue de moine franciscain et enfin son arrestation. Toutefois, ses demandes de nullité sont rejetées et nous apprenons par la suite la cybersurveillance déployée pour tâcher d’incriminer Loïc. Il y a donc cet usage de la reconnaissance faciale sur une image où le moine pose dans une forêt bien avant les événements de Sainte-Soline. Aussi, la police a intercepté les signaux de son téléphone sur les lieux le 25 mars afin de prouver sa présence à la manifestation interdite par la préfecture. Lors de cette même journée, son appareil se serait connecté à Facebook et Twitter avec l’emploi d’un VPN situé aux États-Unis. Finalement, dans certaines vidéos, on entendrait le moine parler et grâce à la reconnaissance vocale, un rapprochement avec L. aurait été établi.

    Loïc, dans son box entouré de trois policiers, assiste à ces accusations d’un air calme, souriant de temps en temps à son amie et à ses parents. Il demande alors à faire une déclaration, sortant des feuilles d’une pochette, mais le président lui rétorque qu’il n’a pas à faire de déclaration d’ordre politique… et qu’il ne peut s’exprimer tant qu’on ne lui pose pas de questions.

    Néanmoins, celui que l’on nomme partout le “poète maraîcher” n’entache pas sa réputation : au cours d’un long monologue émouvant, il mêle poésie et politique. Il raconte son arrestation et la disproportion des moyens antiterroristes déployés à son encontre, la dichotomie entre les hommes cagoulés et leurs armes à feu et lui, qui dormait auprès de sa petite amie dans sa “cabane au fond du jardin”. Puis, il défend le mode de maraîchage auquel il participe, plus juste, plus équitable que l’agriculture intensive qu’il combat. Il dénonce les armes des forces de l’ordre françaises exportées à l’étranger, qui tuent et mutilent là bas, aussi. Rare événement, les juges sont à leur tour jugés : “S’acharner à traquer, enfermer et juger les militants écolos sans s’acharner à traquer, enfermer et juger les policiers qui ont mis deux personnes dans le coma, fait de vous une justice partisane.” Il ajoute que contre l’impunité, “Le privilège de l’uniforme doit être aboli”. Enfin, à la question initiale “Êtes-vous le moine ?” , il répond “Tant que l’identité des policiers ayant presque tué S. et M. ne sera pas connue, vous ne saurez pas qui est le moine.”

    Puis vint le tour de trois témoins présents le 25 mars : un membre de la Confédération Paysanne, une observatrice de la LDH et une personne âgée qui avait été blessée au cours de la manifestation. À ces trois individus, on leur a systématiquement demandé “Avez-vous vu LE moine ?” et “Est-ce que ça justifie la violence contre les forces de l’ordre ?”. C’est d’ailleurs ce qui résume ce procès, le retournement perpétuel de la réalité : on vous raconte les grenades explosives toutes les deux secondes suivies d’appels aux médics, mais ce qui importe c’est de se rendre compte des traumatismes subis par les policiers, qui ont une famille, des enfants…

     

    Moment burlesque, afin d’essayer de prouver les supposées tendances violentes de Loïc., les juges affichent sur de grands écrans son profil Facebook où l’on peut lire “Le pouvoir n’est pas à conquérir mais à détruire”, le président lui demande alors si, lorsqu’il va dans ce genre de rassemblements, il y va pour DÉTRUIRE et si cette philosophie ne le pousse pas à s’en prendre aux policiers.

    Finalement, c’est son passé et sa manière de s’exprimer qui condamnent Loïc, le pouvoir ne peut supporter de voir des gens si érudits et si sûrs d’eux s’en prendre directement aux institutions de la République. La procureure demande un an ferme avec un aménagement à domicile sous bracelet électronique pour qu’il puisse continuer à travailler au sein de ses deux emplois. La défense plaide : “Ce n’est pas un semeur de troubles mais un semeur de plantes, d’utopies.” Rien n’y fait, les juges prononcent la peine réclamée par la procureure.

     


     

     

    Deuxième partie d’audience

    Après plus de six heures de procès pour Loïc, viennent à la barre trois autres hommes que l’on décide de juger ensemble puisqu’accusés de faits similaires. La pression est redescendue et l’on sent les juges plus détendus face à des individus moins politiquement engagés.

    Le premier est accusé de “participation à un groupement formé de manière temporaire en vue de commettre des dégradations de biens et matériels…”, on l’a retrouvé grâce à la reconnaissance faciale, mais on ne lui reproche aucune violence, juste le fait d’avoir été là, protégé par un masque à gaz et des lunettes de piscine… Le second, vivant sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, est accusé d’avoir posté sur son compte instagram où le suivent 70 personnes une photo de lui vêtu d’un costume de lapin rose et portant un gilet pare balle de la gendarmerie. Et le dernier, militaire, est lui aussi accusé de recel d’une veste de maintien de l’ordre 4S, on l’a reconnu sur une vidéo sur les réseaux sociaux la portant à la taille.

    À nouveau la défense plaide l’irrégularité de la procédure quant à l’usage de la reconnaissance faciale pour des faits qui ne semblent pas présenter une nécessité absolue. La salle rit doucement lorsque l’on mentionne le lapin rose qui était uniquement venu faire la fête à Melle… Les juges sont interloqués face au militaire qui se trouvait avec des “individus de type black block” : qu’en pensait-il, lui, qu’on s’en prenne à ses collègues gendarmes ?

    Le verdict tombe, le premier homme, pour avoir été dix-sept minutes sur le front, est condamné à trois mois de sursis probatoire, car il n’est pas bien inséré dans la vie active et a déjà été condamné pour une affaire de stupéfiants… Les deux autres obtiennent deux mois de sursis simple, sauf que le militaire, lui, n’en aura pas la mention sur son casier judiciaire, afin de pouvoir continuer son beau métier… À 23h30 le procès se conclut enfin, quatre personnes sont condamnées par la reconnaissance faciale, la justice française a encore de beaux jours devant elle !


    Reportage dessiné : Ana Pich’

     

     https://contre-attaque.net/2023/07/28/proces-des-inculpes-de-sainte-soline-a-niort-recit-daudience/