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mardi 14 avril 2026

2 - Procès des inculpé·es du 15 juin 2021 à Limoges

Procès des inculpé·es 

du 15 juin 2021 à Limoges

  


Les 19 et 20 mars 2026 à Limoges, deux personnes étaient convoquées devant la justice, à la suite d’une enquête de plusieurs mois menée « avec les moyens de l’antiterrorisme » et d’un contrôle judiciaire de près de cinq ans, pour répondre d’accusations de « dégradations de biens par des moyens dangereux pour les personnes » et d’« association de malfaiteurs ». Les faits incriminés étaient des sabotages par incendie (véhicules et antennes-relais) réalisés en opposition au déploiement du compteur Linky et de la 5G, en février 2020 et janvier 2021. Les personnes convoquées risquaient 10 ans de prison et des centaines de milliers d’euros d’amendes. Le comité de soutien et les inculpé·es ont fait de ce procès une tribune contre le numérique, qui a réuni plusieurs centaines de personnes.

Préambule : une grande tournée de soutien qui a touché des centaines de personnes

Depuis l’interpellation en 2021, le comité de soutien a évolué de la défense de camarades vers la critique des technologies imposées. Il s’est beaucoup activé ces derniers mois avec une quinzaine d’actions de solidarité dans diverses villes et villages, des Pyrénées Orientales à Amiens et de Bordeaux à Grenoble. Les événements ont pris des formes diverses suivant les capacités des groupes locaux organisateurs. Deux réseaux ont favorisé l’organisation : les groupes critiques des technologies imposées (Écran Total, Stop Micro, Stop 5G…) et les chorales révolutionnaires. En fonction des lieux, des groupes très divers ont pu s’associer à ces soirées : OCL, FA, CNT, Union Étudiante, Amnesty International, comités anti répression, groupes antimilitaristes (CRAAM) ou écologistes de terrain…

La forme de ces évènements a pu aller d’une simple rencontre-débat avec une douzaine de personnes à des événements regroupant plus de 200 personnes. Plusieurs cantines solidaires se sont mobilisées. Des projections de films : Woman at war, If a tree falls et des animations musicales très diversifiées ont rameuté du monde.

Tout cela a permis de faire connaître cette affaire, rassembler des fonds pour aider à financer la défense, informer et échanger sur les technologies imposées ainsi que sur les moyens utilisés pour la répression. Cela a remonté le moral des accusé·es et favorisé la mobilisation du 18 au 21 mars.

Mobilisation pendant le procès

Environ 200 personnes ont participé à ces journées. La salle d’audience, de capacité limitée, n’a pas permis que toutes assistent à un moment du procès. Les places debout étaient préemptées par les forces de police, en effectifs croissants la seconde journée. L’organisation locale a permis l’hébergement des personnes venues de loin, la tenue d’un rassemblement avec banderoles et petits stands en face de la cité judiciaire, l’accueil de rencontres et de discussions en trois lieux. Le regroupement de deux cantines solidaires a permis de restaurer tout le monde.

Plusieurs temps forts ont eu lieu en parallèle du procès : rencontres avec les membres du comité de soutien et des chercheurs critiques dès le 18 au soir ; conférence-débat de Jean-Michel Hupé (organisée par le cercle Gramsci sous le titre : « Greenblacklash, quand reculs écologiques et démocratiques vont de pair ») le 19 au soir ; temps d’information à chaque étape du procès ; échanges le 20 au soir sur les attentes à l’issue du procès ; rencontre le samedi sur les perspectives des luttes contre le numérique.

Ouverture du procès 

Après une première présentation à la barre des personnes poursuivies (Anne et Fernando), la présidente du tribunal a rappelé les faits à partir de l’enquête policière et judiciaire. Un rappel effectué de façon correcte, notant les éléments menant aux accusé·es, mais relevant aussi les impasses de certaines pistes : ADN ou traces de semelles inconnus...

La présidente a lu l’intégralité du communiqué de revendication de l’incendie d’antennes (que l’on peut encore retrouver sur le site Internet la Bogue : https://labogue.info/spip.php?article908). À propos des enregistrements de conversations téléphoniques, les avocats soulignaient qu’ils n’ont pas obtenu d’avoir accès à l’ensemble des enregistrements. La juge précisait que les enquêteurs ont relevé quelques bribes de conversation pouvant paraître suspectes, mais que cela n’était pas très probant et ne constituait qu’une très petite partie des enregistrements. L’avocate d’Anne a souligné qu’une conversation citée n’avait rien à voir avec l’affaire. La juge a acquiescé. Les avocats ont fait d’autres remarques du même ordre, dont la juge a convenu. Elle a également souligné que l’expertise graphologique demandée pour l’écriture des tags n’avait rien donné : ils ne peuvent être attribués aux prévenus. Anne serait mise en cause pour une affaire plus ancienne d’incendie de véhicules de chantiers en 2015-2016. Un non-lieu avait été prononcé en décembre 2019, faute d’identification des responsables, mais son ADN, prélevé à l’occasion des arrestations du 15 juin, semblait similaire à une trace retrouvée sur les lieux. Sur interrogation de la présidente, Fernando a maintenu qu’il n’avait pas commis les faits mais soutenait les lanceurs d’alerte qui font ce type d’action. Anne maintenait ses aveux extorqués en GAV mais annonçait ne parler désormais que de ce qui la concerne.

Les témoins

Les avocats de la défense, Chloé Chalot et Henri Braun, ont proposé huit témoins de qualité pour parler du contexte de l’affaire. 

Victor Cachard, auteur d’une Histoire du sabotage en deux volumes (éditions Libre), a expliqué comment le sabotage était apparu historiquement comme remède à l’action violente contre les personnes et essayant d’être plus efficace que les « bras croisés ». Le sabotage est une pratique pivot entre violence et non-violence. Cette pratique a été utilisée dans le cadre des luttes syndicales à partir de la fin du XIXe siècle. Les avocat·es (Enedis, Bouygues et Orange) des parties civiles se sont élevé·es contre cette présentation, assimilant les destructions matérielles à de la violence.

Célia Izoard, philosophe et journaliste, est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le numérique (dont le dernier s’intitule La ruée minière au XXIe siècle) et traductrice de la dernière version de 1984 de Georges Orwell. Elle a dénoncé dans son intervention les effets nocifs pour la planète du déploiement de la 5G, l’exploitation minière avec les crimes et les guerres qu’elle entraîne, le gaspillage de la mise en place des Linky, et les mensonges sur l’obligation de pose du compteur.

Jean-Michel Hupé, chercheur en neurosciences durant 25 ans, s’est tourné ensuite vers la sociologie et a cofondé l’Atelier d’écologie politique de Toulouse (ATECOPOL). Il a rappelé tous les effets nocifs de l’IA, de la 5G et des ondes. Il soutient la nécessité de la désobéissance civile, voire du sabotage. La présidente et la procureure se sont posé des questions sur la possibilité d’invoquer « l’état de nécessité » pour justifier les actions de sabotage. Son intervention a été très attaquée par les avocats d’Enedis et de Bouygues.

Nicolas Bérard, journaliste à L’Âge de faire et auteur d’ouvrages sur le Linky, la 5G et le numérique, a expliqué les effets délétères de ces objets numériques sur le sommeil, la sédentarité, l’isolement, la santé mentale des jeunes. La présidente confirmait avoir suivi avec attention une émission sur la santé mentale des jeunes filles. Nicolas Bérard a regretté l’absence de prise en compte des mobilisations citoyennes.

Karima Mersad, enseignante chercheuse à Paris I en neurobiologie et en psychologie cognitive, a témoigné de la façon dont elle s’est rendue compte de l’apparition de symptômes perturbants pour elle (maux de tête, troubles du sommeil…). Elle a expliqué comment, de façon scientifique, elle avait étudié son environnement et progressivement compris qu’elle était victime des ondes électro-magnétiques. Elle a témoigné des difficultés vécues par les personnes électro-hypersensibles.

Matthieu Amiech, éditeur (éditions la Lenteur), auteur (Peut-on s’opposer à l’informatisation de nos vies ?) et contributeur régulier à la revue en ligne Terrestres : il a cité Fairtiq, une application proposée en région Occitanie qui est la seule manière d’avoir accès aux réductions sur les transports, mais exige l’utilisation d’un smartphone et de la géolocalisation. Il précisait que l’enregistrement de la plupart des trajets des citoyens était une des critiques faites au régime soviétique, alors que lorsque c’est Carole Delga (présidente de la région Occitanie) qui la met en place, il n’y pas de souci... Puis il citait le « portefeuille d’identité numérique » qui est une promesse de réunir toutes les cartes dans la même application… permettant de fait la privation de droits de manière automatique, donc le délitement complet des libertés civiles. Il donnait enfin des exemples de privations de droits sur la base de communications numériques, de messages, de relevés par des objets connectés.

Sandrine Larizza, salariée de France Travail au sein des services d’indemnisation des demandeurs d’emploi, a témoigné de la déshumanisation des relations avec les usagers en raison de la numérisation des services et du développement de l’IA. Elle a rappelé que selon le Défenseur des droits, une personne sur deux est en difficulté par rapport à l’accès aux services numériques.

Romain Couillet est un professeur des universités, spécialiste reconnu internationalement de mathématiques appliquées dans le traitement numérique des télécommunications. Depuis 10 ans, il a pris conscience de la nocivité du développement du numérique pour les humains et la planète. Il a choisi d’arrêter ses recherches pour se consacrer aux réflexions sur les différents niveaux de refus du numérique. Il milite aussi à Stop Micro à Grenoble. Romain Couillet assimile les industriels et les chercheurs qui justifient le développement de l’IA à ceux qui niaient les dangers du tabac ou de l’amiante. Il se situe dans la filiation d’Alexander Grothendieck qui a cessé ses travaux en raison de leur usage militaire.

Romain Couillet terminera son propos, la voix tremblante d’émotion, par l’évocation des résistant·es d’hier traité·es de terroristes qui sont aujourd’hui au Panthéon, et fera le parallèle avec ces lanceurs d’alertes jugés pour avoir essayé d’empêcher la course folle vers la destruction générale, en espérant qu’il y aura un avenir pour que dans 50 ans on puisse les réhabiliter pour ce qu’ils sont : des héros !

Émotion dans tout le tribunal, quelques mouchoirs sortent des poches. La présidente semblera ébranlée. La procureure, de son côté, se fendra d’un rappel à l’ordre à son encontre : nous sommes dans l’enceinte d’un tribunal, et les propos de ce dernier témoin, assimilables à la justification et la promotion du sabotage, sont passibles de poursuites.
Le tribunal était très attentif lors de ces exposés, concerné, conscient peut-être de la véracité de ces propos. La présidente semblait bienveillante à l’égard des prévenu·es et du public nombreux qui se trouvait dans la salle mais encore plus nombreux à l’extérieur.

Interrogatoire des prévenu·es

Fernando et son avocat contestent le caractère probant de l’ADN. L’avocate d’Enedis mobilise à son compte un extrait de l’enquête sociale, où l’enquêtrice a rapporté que Fernando disait « assumer ses actes ». La présidente précise que l’enquête sociale s’étant tenue en dehors de la présence d’un avocat, elle ne pourra la prendre en compte. Parmi les documents retenus pour incriminer Fernando figure une brochure en espagnol comprenant le terme « Las bombas » dans le titre. Celui-ci, d’un air malicieux, invite alors l’interprète à expliquer à la cour ce que signifie ce terme en espagnol : ce dernier confirmera qu’il s’agit d’un traité sur les chaudières et le matériel de plomberie. Ce ne sera pas la seule des facéties de Fernando à la barre, qui n’hésitera pas, à plusieurs reprises, à se tourner vers les avocat·es des parties civiles pour leur mettre sous le nez le caractère criminel des entreprises pour lesquels ils travaillent.

Anne fait une déclaration préalable très courageuse et émouvante, contredisant le portrait que les enquêteurs ont fait d’elle. Elle n’est pas une terroriste, juste une personne très proche de la nature, catastrophée par la situation actuelle de destruction de la planète et ayant voulu lancer une alerte. Sur l’interrogation de la présidente par rapport à la mise en danger d’autrui, elle précise que les dispositifs artisanaux utilisés n’étaient pas explosifs et qu’il n’y avait personne sur les sites. L’avocate d’Enedis explique qu’il y avait un employé sur le site, qui aurait pu être victime et a été traumatisé. L’avocate d’Anne relève qu’il n’a pas été auditionné et qu’il n’y a aucune pièce attestant de cet éventuel traumatisme. Cet employé était dans un bunker à l’autre bout de ce site assez vaste et n’a même pas vu l’incendie.

Avocat·es des parties civiles
Il y avait trois parties civiles : Enedis, Orange et Bouygues. L’avocate d’Enedis a été la plus virulente dans sa plaidoirie finale, comme elle l’avait montré dans ses questions. Elle insiste sur la violence des accusé·es, l’idéologie « antitout », l’ultragauche… Elle va jusqu’à mettre en cause la personne ayant bénéficié d’un non-lieu et une de celles ayant été mises hors de cause à l’issue de sa garde à vue. Elle traite les experts de « pseudo-scientifico-politico-sachants ». Henri Braun l’interrompt pour souligner que ces termes peuvent entraîner une procédure de diffamation publique. Pour réparation, elle évoque une somme globale d’environ 400 000 euros, avouant que le calcul et les justificatifs ne sont pas prêts, ce qui étonne les juges.

L’avocate d’Orange ne s’est pas exprimée pendant les débats, et fait une plaidoirie finale assez courte et plutôt ennuyeuse. Pour elle, l’état de nécessité ne peut être invoqué et la violence peut bien s’appliquer à ces faits. Elle souhaite que les prévenu·es soient reconnu·es coupables et versent 1 000 € à titre d’image et réputation, plus de 76 000€ de préjudice matériel, expliquant qu’il n’y a pas eu de déclaration à l’assurance car le montant de la franchise était supérieur au montant des dégâts, mais que même si l’assurance avait été mobilisée, la jurisprudence prévoit quand même un remboursement. Elle demande également 2 000 € de frais de représentation en justice.

L’avocat de Bouygues reprend quasiment les mêmes arguments que sa consœur d’Enedis avec un peu moins de virulence dans ses propos. Reconnaissant une impossibilité de chiffrer les dommages matériels, Bouygues demande 1 euro symbolique. Il réclame 5 000 € de préjudice moral et 5 000 € de frais de représentation en justice.

Réquisitoire de la procureure

Globalement, la procureure a tenu son rôle sans montrer une agressivité ou une sévérité excessive, précisant même dès le départ qu’elle ne s’engagera pas sur le terrain politique et s’en tiendra aux faits. Elle propose de retenir la culpabilité des deux accusé·es ainsi que l’association de malfaiteurs, mais demande la relaxe pour les tags. Elle justifie les peines demandées par le coût social des actions et le fait qu’elle n’est pas sûre que les accusé·es aient changé sur le fond, tout en les modérant en raison de l’absence de condamnation antérieure. Elle demande 4 ans de prison dont 2 avec sursis pour Fernando, 5 ans de prison dont 3 avec sursis pour Anne, et laisse aux juges la possibilité d’aménagement sur la partie ferme. Dans la mesure où un tel aménagement signifie la possibilité d’un bracelet électronique, on comprend là que les prévenu·es n’iront sans doute pas en prison, même si cette demande est complétée par du sursis : sur les conditions de celui-ci, elle demande le respect du remboursement des parties civiles, l’interdiction de manifester et celle de détenir une arme et enfin l’interdiction de se rendre sur les communes de Les Cars et Limoges. Sachant que les peines de prison encourues auraient pu aller jusqu’à 10 ans ferme et que le parquet est souvent jusqu’au-boutiste dans ce genre d’affaire, ce réquisitoire peut être considéré comme relativement modéré.

Plaidoirie de Chloé Chalot

En préambule, l’avocate d’Anne explique qu’elle n’appellera pas sa cliente par son nom de famille mais par son prénom, parce qu’au fil des années elle a appris à la connaître et l’apprécier. Elle souligne la longueur et la sévérité du contrôle judiciaire qui l’a privée pendant un an et demi de relations avec sa compagne. Elle souhaite que les peines qui pourraient être prononcées tiennent compte de ce qu’elle a déjà subi. Elle relève l’incohérence qu’il y a à demander à Anne de n’utiliser que des moyens légaux pour exprimer ses idées et de lui retirer le droit de manifester. L’avocate répète qu’Anne n’est pas violente et qu’il s’agit de destruction de biens, pas de violence. En raison de preuves insuffisantes, elle demande de ne pas retenir l’affaire des engins de chantier. En raison de la situation sociale et familiale d’Anne, Chloé Chalot demande que la peine prononcée soit entièrement avec sursis, qu’il n’y ait pas d’interdiction de manifester, ni de venir à Limoges où résident sa mère et son frère.

Plaidoirie de Henri Braun

L’avocat de Fernando, plus disert et plus lyrique que sa consœur, alterne les moments purement juridiques avec des évocations historiques, des thèmes politiques et la démolition de certains arguments des parties civiles. Il affirme que les industriels mettent aussi en danger les personnes, et que les moyens numériques de surveillance peuvent conduire au techno-fascisme. Il rappelle plusieurs affaires judiciaires où l’ADN a conduit vers une personne n’étant pas coupable. Il cite le docteur Olivier Pascal (expert judiciaire qui a introduit en France l’utilisation de l’ADN) et produit une attestation de sa part : au vu du dossier, le docteur Pascal explique que les traces relevées sont trop minimes pour être probantes. De plus, le premier prélèvement a été réalisé sans autorisation du parquet et doit être annulé. Enfin, il fait un historique de « l’état de nécessité » pour démontrer que cette notion pourrait très bien s’appliquer dans ce procès. Il demande la relaxe de Fernando.

Remarques complémentaires
Comme on pouvait s’y attendre (en particulier de la part d’une avocate d’Enedis qui travaille pour le cabinet Montbrial, réputé pour ses prises de positions violemment antigauchistes), les avocat·es des parties civiles n’ont pas manqué quelques coups bas gratuits, entre la mobilisation d’un vocabulaire issu des pires factions du ministère de l’Intérieur et les moqueries ou provocations à peine masquées envers certains témoins. Ils ne nous auront pas non plus épargné quelques formules issues souvent d’un monde disparu malgré leur apparente jeunesse (il s’agissait, pour l’avocat de Bouygues, de « remettre l’église au centre du village »), mais tout cela avec peu de panache et en commettant des erreurs que les avocat·es de la défense n’ont pas manqué de relever avec fermeté et humour.

Ainsi, quand une avocate nous donne la définition de la violence extraite du Larousse, Me Braun aura pu se régaler d’un : « Chère consœur un avocat consulte le code pénal et non le Larousse pour définir les mots ». Ce à quoi Me Chalot ajoutera qu’à sa connaissance, et contrairement à la violence contre les personnes, « il n’existe pas de famille des antennes ». Me Chalot et Mee Braun ont fait, chacun dans son style, des plaidoiries magistrales, intelligentes, drôles, percutantes, réjouissantes et très convaincantes dans une grande fidélité à l’esprit de leur client·e et dans la continuité des « conférences » des témoins (au sujet desquelles même Le Populaire se sera senti obligé de titrer : « Déferlement d’experts contre le déferlement numérique »).

Le maintien pendant deux jours d’un rassemblement face à la cité judiciaire, avec de nombreuses banderoles, a donné une grande visibilité au procès et aux questions politiques qui y furent traitées, donnant l’impression qu’on pouvait enfin enfoncer un coin dans l’inquestionnable catastrophe que représente le déferlement numérique.

Visibilité et espoirs

La presse régionale (journal, télé et radio) s’est fortement mobilisée et a réalisé des rappels préalables de l’affaire puis des comptes-rendus quotidiens tout à fait corrects et faisant place à l’expression du comité de soutien. D’autres médias étaient présents tels que Reporterre, L’Âge de faire, Radio Zinzine, et l’Empaillé.

Il y a eu des remerciements, des accolades chaleureuses, des larmes aux yeux, des sourires éclatants et une grande respiration collective. On retiendra de ce procès ce partage assez dingue d’émotions, de conscience commune qu’il se passait quelque chose de fort dont on se souviendrait longtemps et qui donnait envie de rester ensemble pour construire vraiment quelque chose de grand.

On s’est senti·es bien ensemble, nourri·es de toute cette intelligence collective et malgré la fatigue, il a été difficile de rentrer chez soi. On s’est bien sûr promis de se retrouver pour d’autres moments forts, joyeux, festifs ou difficiles. Les liens sont là, essentiels, qui durent, qui nous tiennent chauds et nous renforcent pour affronter ce monde dystopique.

Il est toujours difficile d’évaluer le résultat à venir d’un jugement, mais le comité de soutien a des raisons d’espérer une issue assez positive. La présidente du tribunal a été très attentive aux arguments évoqués par les témoins et les défenseurs. Le réquisitoire n’a pas été excessif et les avocat·es des parties civiles se sont déconsidéré·es par leurs excès. Le prononcé du délibéré aura lieu le 3 avril. On peut espérer que les peines seront inférieures à celles demandées, et que certaines peines secondaires seront supprimées.

En attendant que passent un jour à la barre, ou devant la cour du peuple et de leurs victimes, les véritables criminels…

Épilogue (provisoire ?)

La présidente : bien, les débats sont maintenant terminés, les prévenu·es ont-illes quelque chose à ajouter ?
Fernando : je voudrais dire une dernière chose. On a beaucoup dit qu’on faisait un procès politique. Mais pour moi c’est n’est pas un procès politique. Quels qu’en soient les auteurs, ce n’était pas un acte de sabotage, mais un acte d’amour. Pour que les enfants puissent vivre dans un monde habitable. Mes enfants. (Il montre du nez les avocats des parties civiles) : leurs enfants. (Il se tourne vers la salle) : vos enfants.
La séance est levée.


Compte-rendu rédigé à quatre mains,
sur la base d’un article à paraître dans la revue Courant Alternatif,
avec des dessins de Sauge

Source : https://labogue.info/spip.php?article2460 

vendredi 10 avril 2026

1 - Incendier des antennes 5G, un « acte nécessaire » ? La justice appelée à trancher


Incendier des antennes 5G, 

un « acte nécessaire » 

La justice appelée à trancher

 

21 mars 2026

 

Les soutiens de prévenus ont organisé un rassemblement pour le procès à Limoges.

 

Plusieurs années de prison ont été requises contre deux personnes pour des incendies d’antennes relais et de véhicules Enedis. La défense et les soutiens des prévenus ont voulu transformer ce procès en celui du « déferlement numérique ».

Limoges (Haute-Vienne), reportage

L’état de nécessité écologique peut-il légitimer une action de destruction d’équipements de télécommunications ? C’est, en filigrane, la question qui a été débattue les 19 et 20 mars au tribunal judiciaire de Limoges, devant lequel ont comparu un homme et une femme, Fernando et Anne, respectivement âgés de 70 et 55 ans.

Ces deux habitants de Haute-Vienne étaient poursuivis pour les incendies de véhicules Enedis à Limoges en 2020 et d’antennes relais situées sur la commune des Cars (Haute-Vienne) en 2021. Cette dernière action, revendiquée à l’époque par un comité « pour l’abolition de la 5G et de son monde » a privé près de 1,5 million de personnes de la TNT, de la radio et de services de téléphonie mobile pendant huit jours. Des tags contre les compteurs Linky et la 5G avaient été retrouvés sur place.

Six personnes interpellées

D’importants moyens avaient été mobilisés à l’époque pour retrouver les auteurs : la gendarmerie de Limoges, le Service régional de police judiciaire (SRPJ) et la Sous-direction antiterroriste (Sdat) ont travaillé sur cette affaire. Selon leur enquête, le mode opératoire utilisé sur les sites d’Enedis et des antennes des Cars étaient similaires.

Dans les deux cas, rapportent-ils, des engins incendiaires artisanaux constitués de bouteilles remplies d’hydrocarbures, elles-mêmes placées dans des cartons, avec un système d’allumage à la bougie, ont été retrouvés.

L’exploitation d’images de vidéosurveillance, des analyses ADN et une surveillance poussée ont conduit à plusieurs perquisitions et à l’arrestation, le 15 juin 2021, de six personnes présentées à l’époque comme appartenant à « l’ultragauche ».

Parmi ces six personnes, trois ont été mises en examen. L’une de ces mises en examen ayant abouti à un non-lieu en 2025, seuls Anne et Fernando, dont les ADN ont été retrouvés sur les deux sites, étaient appelés à la barre. Avec des stratégies différentes. Si Anne a reconnu les faits, Fernando a nié toute implication, tout en affichant un soutien fort à ce type d’action et à leurs auteurs, qu’il voit comme des « lanceurs d’alerte ».

Une prévenue attentive à « la beauté du monde »

Pour ce père de famille retraité ayant résisté puis fui l’Espagne franquiste à l’âge de 16-17 ans, les entreprises des télécommunications et du numérique « se font des millions sur notre dos » et empêchent « le débat démocratique ». Dans ces conditions, il estime que les actes qu’il soutient visent à préserver « la destinée de nos enfants ».

« Les enquêteurs dressent un portrait de moi où je ne me reconnais pas : activiste, ultragauche, anarchoterroriste… » s’est pour sa part défendue Anne, mère de famille vivant de travaux de menuiserie et impliquée dans un groupement forestier « pour la préservation de la nature et de la ressource en eau ». Se disant attentive à la « beauté du monde » et à « sa fragilité », elle dénonce la « croyance absurde dans la solution technologique », une idéologie qu’elle qualifie de « mortifère ».

Sur le banc des parties civiles, les avocats des entreprises victimes des incendies ont tancé les prévenus, faisant valoir des dommages matériels importants — 400 000 euros pour Enedis, environ 76 000 euros pour Orange notamment. Et ont fustigé leurs convictions, à l’image de l’avocate d’Enedis, Pauline Ragot, pour qui cette idéologie « anti-tout » « signe les actions violentes de l’ultragauche ».

Elle a insisté sur le « risque réel » que les prévenus ont fait subir à un agent Enedis qui était présent sur le site en 2020. L’avocat de Bouygues — dont les abonnés ont été privés de réseau —, Grégoire Durand, a pour sa part insisté sur l’absence de « prise de conscience des conséquences potentielles de ces actes-là », signalant selon lui un « potentiel de réitération ».

Jusqu’à cinq ans de prison requis

Estimant « improbable » l’hypothèse d’une contamination ou d’un transfert s’agissant de l’ADN de Fernando retrouvé sur les sites des deux incendies, la procureure, Mélanie Montagnac a requis la condamnation des deux prévenus : quatre ans de prison dont deux ans avec sursis pour Fernando et cinq ans de prison dont trois avec sursis pour Anne, avec interdiction de contact entre eux.

Anticipant l’utilisation par la défense de l’argument de l’état de nécessité, l’avocate d’Orange Marie Delbaere a expliqué que l’incendie ne pouvait « être la seule manière d’empêcher le déploiement de la 5G », d’autant que seules les technologies 3G et 4G étaient présentes sur les antennes visées. Selon elle, l’« état des lieux scientifiques ne permet pas de dire que les risques de la 5G sont supérieurs aux risques des technologies précédentes ».

Un argument repris par sa consœur Pauline Ragot. Celle-ci a critiqué le « pseudo-état de nécessité écologique », qui aurait présidé à cette action, alors qu’il existe selon elle un « arsenal de dispositifs légaux » et des « voies de contestation administrative et judiciaire ».

5G, guerres et climat

La défense, de son côté, a cherché à transformer le procès en celui du « déferlement numérique ». Sept témoins se sont succédé à la barre pour attester des effets du numérique sur les plans écologique et humain. Parmi eux, des journalistes spécialistes des questions numériques, un chargé de recherche au CNRS, un professeur d’université, l’auteur d’un livre sur l’histoire du sabotage et une chercheuse qui a découvert son électrohypersensibilité aux ondes électromagnétiques.

Romain Couillet, professeur des universités multiprimé pour ses recherches, a estimé que « ces actions sont des actes de désobéissance civile, non-violente ». Il a également abondé sur l’importance de la « désescalade numérique », voire du « renoncement ». Prenant l’exemple du Sud-Kivu au Congo, « souffre-douleur de notre acharnement numérique » : « Les smartphones, tablettes, et l’IA ont entraîné des sauts dans les guerres » qui minent cette région, a-t-il déclaré.

La journaliste Celia Izoard a déclaré que « la 5G a été âprement combattue pour ses impacts sur le climat » et que ce déploiement « rend impossible l’enrayement du dérèglement climatique. Le Haut conseil pour le climat a rendu un rapport très clair sur la question ».

« Il faudrait un principe de précaution appliqué de façon stricte ou avoir des processus démocratiques comme la Convention citoyenne sur le climat » qui demandait, a rappelé Jean-Michel Hupé, un moratoire sur la 5G.

« Il n’y a pas des familles des antennes à protéger »

L’avocate d’Anne, Chloé Chalot, a également pointé « un glissement sémantique » sur la façon dont les atteintes aux biens ont été présentées par la partie civile. « Ça n’existe pas juridiquement les violences contre les biens », a-t-elle plaidé. Puis, ajoutant de manière ironique : « Il n’y a pas des familles des antennes à protéger. »

C’est, a poursuivi l’avocat de Fernando, Henri Braun, un « moyen protestataire intermédiaire entre violences contre les personnes » et un « pacifisme des bras croisés ». Tout en évacuant certains arguments comme la présence d’ADN qui n’est selon lui pas une « preuve » de la participation de son client aux faits reprochés, l’avocat a lui aussi plaidé l’état de nécessité, « une notion qui est en train d’évoluer » et « qu’il y a matière à étendre », a-t-il argumenté.

« M. Hupé, chercheur au CNRS, vous l’a dit ; M. Couillet, professeur des universités, vous l’a dit : “On n’est pas entendus” », poursuit Henri Braun. Cet acte, parachève-t-il, « était nécessaire. Il faut avoir un débat ». Le délibéré sera rendu le 3 avril.

 

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Source : https://reporterre.net/Incendier-des-antennes-5G-un-acte-necessaire-La-justice-appelee-a-trancher 

jeudi 8 janvier 2026

L'article qui n'a pas plu et vaut un procès-baîllon à L'Empaillé - Perpignan – Purge sur la ville

Le procès-bâillon contre le journal l'Empaillé a lieu ce jeudi à Perpignan à 13h.
https://lemurparle.blogspot.com/2026/01/lempaille-proces-le-8-janvier-perpignan.html

Ici l'article qui n'a pas plu


Perpignan – Purge sur la ville


Louis Aliot a mis la main sur le chef-lieu des Pyrénées-Orientales en 2020. Depuis, l’ancien numéro deux du FN alterne habilement entre politique lepéniste et gestion paternaliste. Mais cela ne doit tromper personne : il n’a pas lâché son idéologie autoritaire, raciste et anti-féministe. Nous avons enquêté et récolté quelques paroles d’opposant·es, sans cacher notre ambition : mettre une pièce dans la machine qui poussera l’affreux vers la sortie.

Dans les années 90, Toulon, Vitrolles, Orange et Marignane tombent aux mains du FN. La menace brune de ce parti cofondé en 1972 par des néo-fascsistes, un Waffen SS et Jean-Marie Le Pen font l’objet d’une attention des médias comme d’une mobilisation du camp antifasciste. Vingt-cinq ans plus tard, Perpignan tombe aux mains de l’extrême-droite, 89 députés du parti sont envoyés à l’assemblée et Le Pen fait 40% aux présidentielles. Renommé « Rassemblement national », le FN s’est « dédiabolisé », comme aiment le dire les médias dominants, illusion dont ils sont en partie responsables. Aux commandes de l’organisation, il y a en effet ce qui se fait de pire dans l’extrême droite française : des anciens chefs du GUD, un groupe de jeunesse néo-fasciste et violent1. Ces derniers gèrent les finances et la communication du FN/RN depuis les années 2000. C’est à cette époque que Louis Aliot entre à la direction du parti et accompagne leur montée en puissance ainsi que celle de sa compagne de l’époque, Marine Le Pen. Dans les années 2010, il part à la conquête de Perpignan, où la gauche est divisée et où la « droite extrême » de l’ancien maire Jean-Marc Pujol suscite un rejet de toutes parts.

Le soutien de la bourgeoisie

Aliot a eu un certain sens tactique pour prendre cette ville de 120 000 habitant·es. Suite à l’échec de 2014, il modifie sa stratégie aux municipales de 2020. S’il prend un mauvais départ en compagnie de Zemmour, il choisit ensuite de gommer toute référence à son parti et ses idées. Oubliez Le Pen, la flamme bleu-blanc rouge, l’islam et l’immigration. Place à Aliot le notable de droite, rassembleur, bon gestionnaire. Et voilà notre homme adoubé par les couches aisées de Perpignan. Selon le géographe David Giban, c’est une évidence : « La bourgeoisie locale s’est clairement engagée derrière Aliot, pour des raisons identitaires classiques à la bourgeoisie, mais surtout du fait qu’Aliot défende une logique très libérale, promettant qu’il n’y aurait pas d’augmentation des impôts et en défendant les intérêts du capital ».

Dans une étude récente2, il montrait qu’au deuxième tour de 2020, « les quartiers pavillonnaires des classes moyennes et de la bourgeoisie se sont nettement mobilisés pour Aliot. (…) La mobilisation des quartiers résidentiels de la bourgeoisie (à l’Est de Perpignan) prend valeur de plébiscite. Avec 59,6% des voix, les trois bureaux de vote [où ils sont présents] se sont sur-mobilisés dans l’entre-deux tours » Le bureau de vote de Mas Llaro, composé de grandes villas sécurisées sur la route de la mer, a ainsi voté à 60% pour Aliot au 2ème tour et à 50% au 1er. « On retrouve les mêmes résultats dans les quartiers pavillonnaires des classes moyennes situés en périphéries Sud, Sud-Est et Nord de la ville ». Certes, la militante du NPA Josie Boucher rappelle qu’il a eu aussi une partie des voix dans les quartiers populaires, mais « les voix des Blancs », ajoutant qu’il a pris Perpignan « dans un contexte dont Marine Le Pen rêve, c’est à dire sur la base d’une immense précarité, d’un désespoir social et d’une décrépitude du personnel politique de droite, avec ces barons locaux qui sont corrompus jusqu’à la moelle ».

Enfumage réussi

Pour réussir cette fusion des droites, Aliot a dû recruter tous azimuts. À commencer par le soutien de trois colistiers macronistes, dont Alain Cavalière, l’ancien président du tribunal de commerce. Deux élus de droite de la majorité précédente ont sauté à pieds joints dans sa liste, André Bonnet et Charles Pons, ajoutés à d’anciens responsables ou proches de l’UMP, Anaïs Sabatini, François Lietta, Marie Bach et Marion Bravo. Côté « gauche », on a Rémi Génis, un patron local issu du Parti Radical et Jacques Palaçin, un ancien haut dirigeant franc-maçon affilié au PS3. Mais sa liste d’élu·es est un assemblage hétéroclite de bras cassés. Il est contraint de gouverner avec un petit cercle, en s’appuyant sur des cadres administratifs débauchés… au PS. À son arrivée, il débauche Stéphane Babey comme directeur de cabinet, alors qu’il était au service d’Hermeline Malherbe, la présidente socialiste du Département. Il le remplace ensuite par Frédéric Bort, habitué des cabinets PS à la région ou à Narbonne, avant de passer macroniste en 2017 puis au RN en 2021.

Aucun doute, Aliot a bien travaillé sa « dédiabolisation ». Et il ne s’arrête pas une fois élu. Les agents municipaux ont eu droit aux tickets resto, réclamés depuis belle lurette ; pour les commerçants, une nouvelle politique d’animation du centre-ville et l’ouverture du marché du dimanche tant attendu, place de Belgique. Dans un premier temps les associations ont conservé leurs subventions, la mairie ne s’est pas immiscée dans la programmation du festival de photojournalisme Visa pour l’image4, la médiathèque n’a pas subi de censure. Aliot a même réussi quelques coups médiatiques avec l’accueil d’une poignée de réfugiés ukrainiens, la mise sur pied d’une antenne de soutien aux femmes victimes de violence (qui n’a toujours pas ouvert ses portes), ou mieux : il est parvenu, sous les projecteurs, à offrir une médaille d’honneur de la ville au couple Klarsfeld, symbole de la lutte contre l’impunité des anciens nazis. Pour David Giban, « Ça a été une surprise, Aliot a une gestion très fine et très politique ». Ainsi, lorsqu’il réalise des sorties racistes ou anti-syndicales, ce n’est pas à Perpignan : « Pour moi il y a deux Aliot, il y a l’élu local, qui ne fera pas ce genre de déclarations, et il y a l’Aliot national, qui va le faire sur BFM.»

Une mairie d’extrême droite

Derrière cet écran de fumée, il ne faut pas creuser bien loin pour remettre Aliot à sa place. La plupart de son équipe qui n’était pas au RN l’est désormais, peu ou prou. Anaïs Sabatini est devenue député RN, l’adjoint à la culture André Bonnet est friand sur Twitter des posts de médias d’extrême droite comme Valeurs actuelles ou F de souche, et l’adjoint en charge de l’aménagement Charles Pons portait l’étiquette RN aux dernières sénatoriales. Évidemment, il y a celles et ceux qui étaient déjà de fidèles lepénistes : Frédéric Gourier (adjoint aux quartiers sud), au FN/RN depuis 12 ans et communicant d’Aliot depuis quelques années, et Xavier Baudry (adjoint au quartier ouest) un ancien policier passé par le mouvement d’extrême droite Renouveau étudiant et le GUD5, et actuellement membre des intégristes de la Fraternité Saint-Pie X. Ajoutons les cadres locaux du RN Sophie Blanc (élue depuis député RN) et l’adjointe à l’éducation Marie-Thérèse Costa-Fesenbeck, ainsi qu’un émissaire de « Debout La France » (parti souverainiste proche du RN), l’adjoint aux sports Sébastien Ménard.

Évidemment, nombre d’habitué·es des réseaux d’extrême droite ont figuré parmi les embauches à la mairie depuis trois ans. Une mission sur la sécurité offerte à Xavier Raufer (ancien d’Occident et d’Ordre Nouveau), une autre sur les jeunes des quartiers au général De Richoufftz (signataire de la tribune factieuse6 parue en avril 2021 dans Valeurs Actuelles), un contrat de dix mois comme directeur de la communication à Arnaud Folch (ancien de Valeurs actuelles et Minute), sans oublier une étude d’opinion confiée à Christophe Gervasi, sondeur en chef du RN. Une belle liste qu’on clôt avec son ancien assistant parlementaire, Mohamed Bellebou, embauché au service proximité. Ce dernier a été condamné en 2010 à quatre mois de prison ferme pour avoir séquestré et menacé un élu PS avec un engin explosif factice.

Bienvenue donc dans une mairie Front National. Syndicaliste de SUD-CT à la mairie, Bénédicte Vincent est dépitée. Elle dénonce le « délitement du service public », avec notamment la décision de la mairie de confier la gestion des crèches de la ville au privé. « On a fait une grève en début d’année car on était contre cette délégation de service public à une structure privée. Cela concerne pour l’instant la plus grosse crèche de la ville, celle du Moulin à vent, mais on nous a dit clairement que les autres suivraient dans le prochain mandat. » Elle dénonce plus largement la charge de travail : « C’est de plus en plus difficile de faire notre travail au sein de cette mairie, mais c’est dans l’air du temps. Dans les collectivités territoriales il n’y a plus de crédit, donc il faut bien faire des coupes sombres, on a des personnels et notamment des cadres qui partent à la retraite et ne sont pas remplacés. » Ainsi, le nombre d’agents total de la mairie est passé de 2473 en 2014 à 2251 en 2021. « Par contre il y a énormément de recrutements dans la com’ et la police municipale, ça ce sont des choix politiques… ».

Guerre aux pauvres

Si dans de nombreux domaines la stratégie d’Aliot est plutôt dans une poursuite des dispositifs déjà engagés, ce n’est pas le cas pour la sécurité et la propreté qui sont au cœur de sa politique et de sa com’. D’emblée, il déclare à l’assemblée nationale en juillet 2020 qu’une « vraie guerre doit être menée contre ces voyous » afin d’éviter « l’ensauvagement de nos rues ». Puisque la ville était déjà inondée de caméras à son arrivée (260), c’est la police municipale (PM) qui a constitué le fer de lance de sa campagne sécuritaire. Son prédécesseur Jean-Marc Pujol avait fait grimper ses effectifs, de 104 agents en 2013 à 154 en 2019. Avec Aliot, le chiffre de 200 policiers municipaux a été atteint, un record en France en le rapportant au nombre d’habitant·es (seule Cannes fait pire), pour un budget de 11 millions d’euros. Une brigade de nuit a été mise en place, cinq commissariats aux enseignes géantes ont été ouverts, un « Groupe opérationnel de soutien tactique » a été créé, équipé de flashballs et arborant une insigne de tête de mort d’un guerrier viking, qu’on retrouve dans les réseaux d’extrême droite (cf notre papier p26-27).

Pour diriger le tout, Aliot a embauché un caïd de la police nationale parisienne, Philippe Rouch, qui enchaîne les saisies de drogues, largement médiatisées. Mais au menu de cette « milice municipale » selon le média Blast, il y également un contrôle policier renforcé dans toute la ville, et un véritable harcèlement de la population mis en place dans les quartiers populaires, via des contrôles au faciès et des interpellations violentes, notamment au Vernet et à Saint-Jacques. L’enquête de Blast en 2023 est édifiante7. Plusieurs vidéos choquantes montrent des policiers qui lâchent des chiens ou des coups de pieds sur des jeunes, qui profèrent des menaces de mort, qui usent de gaz lacrymo sans restriction. Françoise Attiba, militante à la LDH, affirme qu’Aliot a « la haine des pauvres ». Selon les témoignages qu’elle a reçus, « les SDF sont savatés la nuit par la police municipale, ils repèrent là où ils vont dormir et souvent ils leur mettent de la bombe lacrymo en plein visage alors qu’ils dorment et quelques coups de pieds pour qu’ils s’en aillent. Les gens ont peur, ils ne veulent pas porter plainte. Les gitans c’est pareil. La maltraitance de la PM peut donc continuer car ils s’attaquent aux plus vulnérables. » Les commerces des quartiers populaires n’échappent pas au harcèlement de la PM qui multiplie les descentes. Depuis septembre 2022, le préfet lui a délégué son pouvoir de contrôle et de fermeture administrative concernant les restaurants ou épiceries. Résultat : 161 contrôles en 2022, et en quelques mois, sept fermetures avaient déjà eu lieu8.

La vie en brun

La mairie RN investit beaucoup dans la communication – avec plus de 830 000 euros dépensés dès la première année, et Aliot a la main ferme sur la politique culturelle, évidemment teintée de nationalisme, pour preuve les multiples drapeaux français qui ornent la ville. Pour David Giband, on a vu apparaître « une dimension non pas culturelle, mais des marqueurs RN qui s’immiscent de façon discrète, avec une redynamisation commerciale du centre au travers d’activités festives diverses et variées. Ça a commencé avec un feu d’artifice bleu blanc rouge sur le Castillet, la même chose à Noël, les « Rayonnantes » pendant la saison estivale, etc. On voit se développer des marqueurs identitaires jusque là peu présents, avec une histoire locale revue à la sauce RN, dans laquelle l’histoire catalane est certes présente oui mais en tout cas minorée, et on voit quand même une histoire nationale beaucoup plus mise en avant alors que la ville n’a été française qu’à la fin du 17ème siècle ! »

Mais c’est surtout avec les nostalgiques de l’Algérie française et de la colonisation qu’Aliot fait des heureux : une subvention rondelette de 100 000 euros a été allouée au « Cercle algérianiste » à l’occasion de son congrès consacré à « l’œuvre coloniale » et à « l’apport de la France en Algérie ». La mairie a notamment organisé une exposition sur les victimes du FLN et a renommé une esplanade de Perpignan au nom de Pierre Sergent, ancien chef de l’OAS9 en métropole, responsable de dizaines d’assassinats. Mais cette réécriture de l’histoire franco-algérienne à Perpignan ne date pas d’hier : c’est le maire précédent qui avait inauguré la stèle pour l’OAS au cimetière nord, et qui avait installé la mise en berne des drapeaux français le jour de la commémoration des accords d’Évian. Pourtant Josie Boucher, qui participe au collectif « Pour une histoire franco-algérienne non falsifiée », estime que cela va plus loin : « Notamment pour le 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, lorsque la ville s’est transformée en capitale des Français d’Algérie, avec invitation d’anciens de l’OAS, attribution du titre de citoyen d’honneur à des membres des familles de militaires putschistes, etc. Pujol n’aurait pas été jusque-là, lui l’a fait sans complexe ».

Rayonner avec Aliot ou mourir

À l’inverse, les défenseurs de l’identité catalane sont mis au ban. Le réseau d’écoles Bressola était sur le point d’ouvrir un lycée catalan dans l’ancien couvent Sainte-Claire. Sans raison, la mairie a préempté en dernière minute. S’en est suivie une manifestation réunissant plus de 2000 personnes. Peu après, c’est la subvention à l’association qui est revue à la baisse. Josie Boucher est catégorique : « Aliot a un positionnement anti-catalaniste très violent, ça n’arrête pas depuis qu’il a pris la mairie, c’est la logique nationaliste du RN. ». Quant à celles et ceux qui se sont permis de nommer leur association « Perpignan la catalane », qui constituait le slogan de la Ville avant qu’Aliot ne la renomme « Perpignan la rayonnante » (aux couleurs bleu blanc rouge), le maire les a mis en procès puisque cette « marque » lui appartient. Ce qui est un réflexe habituel pour lui : il a également porté plainte contre Blast pour son enquête sur la police municipale ou contre Josie Boucher pour avoir qualifié la mairie de « fasciste »10.

De façon générale « ils veulent avoir la main sur les associations, et ceux qui résistent, on leur coupe les vivres ou on leur diminue les subventions », fulmine Jean-Bernard Mathon, militant à l’Asphar11. En effet, David Giban soutient qu’il a réduit « les subventions de certaines associations qui œuvrent dans les quartiers populaires, qui avaient déjà pignon sur rue, engagées dans la promotion des quartiers, et qui avaient un discours non pas politique, mais un discours en faveur de l’émancipation de ses habitants ».

Ainsi le « Fil à métisser » s’est vu coupé une partie de ses financements municipaux. Cette association de psychologues, élargie à la médiation santé, réalise pourtant un travail essentiel sur les quartiers gitans de Perpignan, avec des permanences, un accompagnement vers les soins, la mise en réseau et des groupes de parole. Le genre de structures qu’il faudrait évidemment multiplier dans les quartiers populaires : des salariées qui mouillent le maillot, qui créent des liens avec la population et cherchent à mettre les professionnel·les autour de la table. Louis Aliot ne semble pas de cet avis, n’hésitant pas à répandre des propos mensongers en plein conseil municipal de juin dernier, via son adjointe à la santé qui s’exclame sans vergogne : « Où est passé l’argent ? ». Le hic, c’est que la préfecture et les services de l’État ont eux aussi réduit leurs financements. Entre les lignes, on reproche à l’association d’être trop centrée sur la population gitane… La présidente du Fil à Métisser, Cathy Oustrière, se désole : « On coûte trop cher, c’est ce que dit en gros la mairie, et qu’elle a trouvé moins cher. (…) On est fragilisées et fatiguées psychiquement, on se bat depuis des semaines, on essaie de défendre notre association car c’est très important pour les habitant·es de ces deux quartiers et on y ira jusqu’au bout ». Les femmes gitanes se sont aussi mobilisées, avec une pétition qui a dépassé les 600 signatures. Elles ont créé un collectif et ont écrit une lettre dans laquelle elle interpellent le maire et le préfet : « Nous souhaiterions savoir pourquoi vous baissez leurs subventions alors qu’on en a besoin pour nous et pour nos enfants. Nous avons besoin des psychologues, des infirmières, des médiatrices santé et des orthophonistes pour nous aider à nous soigner et pour nous accompagner parce qu’ avec elles on est rassurées et que personne d’autre ne s’occupe réellement de nous. En diminuant les subventions du Fil à Métisser qui est en majorité géré par des femmes vous nous privez d’un des seuls endroits où nous savons que nous pouvons nous rendre librement et sans difficultés. » Elles demandent un rendez-vous depuis le mois d’août, sans succès. Et si les financeurs ne changent pas de position, l’association pourrait fermer ses portes les mois prochains…

Parmi les autres associations dans le collimateur d’Aliot, il y a le Foyer laïque du Vernet, où d’après Jean-Bernard Mathon, « ils ont diminué les subventions, préférant aider une autre association ». Il y a aussi l’atelier d’urbanisme, qui était chargé de faire de la concertation avec les habitant·es des quartiers et qui perd ses missions une à une, tout comme son local à Saint-Jacques. Ou encore ATD Quart Monde, qui attend toujours une piste de relogement pour son local, situé dans un immeuble en voie de démolition12. Cette liste est malheureusement incomplète et va s’allonger prochainement, d’après nos informations.

Laisser pourrir, démolir et profiter

Enfin, il y a la situation dramatique du quartier gitan de Saint-Jacques, où les maires précédents ont laissé les habitats se dégrader pour mieux les démolir, pas à pas… (cf-ci-contre) Il faut dire que le quartier manifeste une certaine résistance. En 2018, cela avait abouti à la suspension de la destruction de l’ilôt Puig envisagée par la mairie. À l’arrivée d’Aliot en 2020, après quelques vagues promesses de campagne pour acheter les voix des gitans, ce dernier retourne sa veste et enchaîne les destructions. David Giban affirme qu’il est dans la continuité de l’ancien maire Pujol « avec cette volonté de reconquête et de normalisation progressive de ce quartier ». Mais la tactique diffère : « C’est un peu la même qu’il a conduite au sein du FN, avec une stratégie d’étouffement du quartier, qu’il enserre lentement, à bas bruit, sans grandes déclarations fracassantes, et tout à coup, ici et là, il va l’air de rien accélérer en fermant certains logements et en déclarant une mise en péril sur tel ou tel bâtiment. » Jean-Bernard Mathon revient ainsi sur les dernières années : « Il a d’abord démoli l’immeuble Bétriu, des HLM qui avaient 25-30 ans et qui étaient en bon état, avec 25 familles qui habitaient là, c’était un non-sens. Aliot a utilisé comme argument que c’était un lieu de deal et il a dit qu’il n’y aurait pas de reconstruction, alors que c’est une exigence du plan de sauvegarde13. Mais pour lui, ça fait une belle vue sur l’ancienne église des Carmes… Je lui ai rétorqué qu’on pouvait raser tout Saint-Jacques, comme ça on aurait une belle vue sur la cathédrale ! » Ensuite, il y a eu la destruction de l’îlot Puig en 2021, Aliot réussissant là où son prédécesseur avait échoué : « Il a fait tout un chantage auprès des habitants, en disant qu’il y avait un risque d’effondrement. Mais depuis 2018, il n’y a eu aucune intervention de conservation sur le bâti, alors ça finit effectivement par se dégrader… et on a jamais eu les rapports d’expertise. » Le maire RN ne s’arrête pas là : « En janvier dernier, des démolitions injustifiées ont eu lieu rue Lucia, en contrebas de la place Cassanyes. Cinq immeubles ont été détruits, dont un protégé par le plan de sauvegarde, mais ça ne les dérange pas. Coût de l’opération : 725 000 euros, pour rien ! »

Dans le plan de rénovation urbaine pour le quartier, 45 démolitions sont encore prévues. Des pourparlers avec les propriétaires sont en cours, avant de lancer les expropriations. Tout cela se passe uniquement sur l’axe de la rue Lucia, afin de tenter une percée dans Saint-Jacques, depuis l’université qui s’est installée à l’entrée du quartier il y a quelques années. Car Jean Bernard- Mathon souligne que « dans le reste du quartier, la mairie laisse les choses se dégrader. À la clef c’est un remplacement de population qui risque de se produire.»

Alors quoi de mieux pour attirer les promoteurs qu’une politique sécuritaire ? David Giban le confirme : « Oui c’est une façon de rassurer les habitants, mais aussi les futur investisseurs. Renvoyer l’image d’une ville propre et sûre dans laquelle on peut faire des affaires. Et quand on voit là où la police municipale est déployée, c’est essentiellement dans ces vieux quartiers qui sont dans ce front de reconquête. Aliot a bien compris qu’avec la raréfaction du foncier dans la périphérie, il avait une énorme carte à jouer. D’autant que la ville de Perpignan possède beaucoup de foncier et de logements vacants, dont de nombreux logements insalubres qui peuvent facilement être démolis ou réhabilités. »

Toute la région déteste Aliot

Alors, pas d’espoir de changement en vue ? Aliot se fera-t-il réélire avec un score plébiscitaire, à la manière de l’infecte Ménard réélu à Béziers avec 70 % des voix ? La Métropole et le Département tomberont-ils aussi sous la coupe d’Aliot ? La population laissera-t-elle les mains libres à ce type qui déverse régulièrement sa haine envers les migrant·es, et les syndicats qu’il traite de « croque-morts » ? Celui qui s’oppose aux « avortements de confort » ou qui traite de « pute » une journaliste de l’Indépendant14 ?

Certes, Perpignan est la troisième ou quatrième ville la plus pauvre de métropole, avec plus de 43 % de la population à bas revenus, et où le populisme sécuritaire et xénophobe peut avoir de l’avenir.

Mais la situation est loin d’être apathique. Françoise Attiba rappelle « cette solidarité importante des gens de gauche, avec en fond cette histoire des anarchistes espagnols qui sont restés là, et leurs enfants derrière. Il y a un truc très fort et très solidaire malgré tout, ça il faut le souligner car ça n’existe pas dans toutes les villes ». Et si la gauche est divisée à chaque municipale, tous et toutes s’accordent pour s’unir face à l’extrême droite, en attestent la manifestation contre la venue de Le Pen le 3 juillet 2021, ou les mobilisations unitaires qui ont lieu régulièrement à chaque coup de force d’Aliot ou des groupuscules de fachos des environs. Dans ce cas, « toute la gauche est réunie, du PS aux anarchistes », selon Françoise Attiba. Josie Boucher nous confie qu’avec le collectif Visa 6615, se prépare « une mobilisation en mars dans laquelle il y aura tout le monde… » Ce ne sera pas du luxe d’avoir du soutien provenant de toute la région, pour scander Perpinyà antifascista !



Les Gitans ont-ils droit de cité ?

 


Les équipes municipales qui se succèdent tentent de rénover et gentrifier tant bien que mal le centre ville de Perpignan. Après avoir beaucoup misé sur le quartier Saint-Jean, qui concentre la plupart des commerces, ils se retrouvent face à Saint-Jacques, un quartier peuplé essentiellement de Gitans et laissé à l’abandon, avec une pauvreté et un chômage qui bat des records. Le maire précédent a eu l’idée de déménager la fac de droit en plein centre, à la jonction des quartiers Saint-Jean, La Real et Saint-Jacques. Deux géographes marxistes, Raphaël Languillon et Nima Aftim, estiment que cette relocalisation a servi « de levier à la poursuite du front de gentrification qui descend du quartier Saint-Jean et bute actuellement sur les résistances communautaires du quartier gitan (…) Difficilement pénétrable, Saint-Jacques offre pourtant un fort potentiel en termes de gentrification16 ». Soit une population fragile, un bâti dégradé mais avec un « potentiel valorisable », un « ensoleillement maximal » et une proximité avec l’hyper-centre, de quoi attirer l’attention des aménageurs… « Les élites détentrices du capital urbain » considèrent Saint Jacques comme une « terre gentrifiable » et sont prêtes d’après eux à déposséder les Gitans de leur « droit à la ville »…

Ainsi selon David Giban, « on incite la population à partir, on entretien à minima ou on ferme avec une mise en péril quand vraiment c’est trop dangereux, on lutte contre les marchands de sommeil et on rénove parfois un peu pour faire du logement social et calmer la demande sociale. Mais derrière, cela permet d’assurer à moyen ou à long terme la transition à bas coût pour le marché de l’immobilier avec des grands groupes qui sont d’ailleurs très présents depuis quelques années, que ce soit Nexity, Bouygues, etc. Pour l’instant ils sont dans le périurbain, mais ils ne vont pas tarder à arriver dans le centre ».

David Giban insiste toutefois sur le fait qu’il est difficile de parler de gentrification pour le centre-ville de Perpignan : « Il y a des transformations en cours, mais c’est une ville pauvre, dans laquelle les classes supérieures sont peu nombreuses et vivent hors du centre-ville, assimilé à un repère de minorités ethniques et de pauvres. Aliot ne le dit pas mais il est dans la poursuite de la politique de Pujol [l’ancien maire], qui vise à déprolétariser le centre-ville avec un quartier gitan pile au milieu. Mais pour lequel la ville n’arrive pas pour l’instant à percer ». Selon Françoise Attiba, militante à la LDH, « les bourgeois seraient très contents qu’on rase le quartier, ils détestent les Gitans ». On se doute bien que c’est ce que pense Aliot tout bas. Mais ce quartier de 4000 habitant·es n’a certainement pas dit son dernier mot.

Texte : Émile Progeault / photos : Georges Bartoli

  1. Écouter à ce propos « Le Pen, Le Gud, et la dédiabolisation-mascarade » avec Marine Turchi, Au poste, émission du 17 mai 2023 ↩︎
  2. « La prise de Perpignan par le RN, chronique d’une conquête annoncée », avec Nicolas Lebourg et Dominique Sistach, Pôle Sud n° 54, Éditions CEPEL, 2021 ↩︎
  3. Exclu du Grand Orient depuis, et accusé récemment d’agression sexuelle par une fonctionnaire territoriale, enquête en cours ↩︎
  4. On relève néanmoins cette « polémique » récente autour de trois photos de Le Pen écartées lors d’une cérémonie, www.lemonde.fr, 23/09/2023 ↩︎
  5. Selon Charlie Hebdo, dans « Municipales : Perpignan va-t-elle embrasser l’extrême-droite malgré le coronavirus ? », 11/03/2020 ↩︎
  6. Le 21 avril 2021, les généraux dénonçaient le « délitement » de la France, notamment « à travers un certain antiracisme », « l’islamisme et les hordes de banlieue », etc. ↩︎
  7. « À Perpignan, la sale besogne de la « milice municipale » de Louis Aliot », www.blast-info.fr, 08/05/2023 ↩︎
  8. idem ↩︎
  9. Organisation armée secrète : groupe armé clandestin d’extrême-droite formé en 1961 en Algérie ↩︎
  10. Elle a gagné à nouveau en appel à Montpellier, le 8 octobre dernier ↩︎
  11. Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais, qui milite pour la sauvegarde du quartier Saint-Jacques. ↩︎
  12. « Perpignan : le RN étouffe des associations », La Semaine du Roussillon, 16/05/2023. ↩︎
  13. « Plan de sauvegarde et de mise en valeur », un document d’urbanisme élaboré avec la préfecture, pour préserver l’architecture des quartiers du centre-ville. ↩︎
  14. Respectivement sur BFM le 25/08/2022, sur France Info le 31/12/2012, et concernant la journaliste insultée, c’était via un sms en 2014. ↩︎
  15. Une antenne locale de l’association « Vigilance et initiatives syndicales antifascistes » a été créée début 2021. ↩︎
  16. « Terre gentrifiable et coalition de croissance : la relocalisation de l’université de Perpignan au service d’intérêts privés ? », www.metropolitiques.eu, 10/05/2017. ↩︎

 Source : https://lempaille.fr/perpignan-purge-sur-la-ville