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lundi 11 mars 2013

Expérience : Mangeons local !


Nous avions reçu Stéphane Linou lors du deuxième BioForum à Molitg les Bains en octobre 2012. Son expérience passionnante est à faire connaître.

http://www.mangeonslocal.fr/

Produire et manger local


LE DEFI DE SE NOURRIR LOCALEMENT  
 
PERMETTRE A UN TERRITOIRE ET A SA POPULATION D'ETRE CAPABLES DE SE NOURRIR LOCALEMENT : 

UNE QUESTION D'ORDRE PUBLIC

Dans l'Aude, à Castelnaudary, j'ai entamé dès le 9 Septembre 2008 une expérience : celle de me nourrir exclusivement, durant une année, de produits ayant poussé à moins de 150 km de chez moi et en faisant mon possible pour consommer le maximum dans un rayon de 15 km ...

Nous vivons avec une épée de Damoclès : celle de la raréfaction et de l'augmentation du prix du pétrole. Notre nourriture dépend de lui pour sa production comme pour son acheminement. Dans ce contexte, que se passe-t-il si l'on enlève à nos sociétés cet élément déterminant ?

Engagé, je cherche un moyen de sensibilisation autour des questions de souveraineté alimentaire, de préservation de la terre nourricière et de son accès.

Entendant parler d’une expérience de deux journalistes canadiens qui, il y a quelques années, s’étaient nourris avec des produits exclusivement locaux, je me suis dit que ce pourrait être un outil pédagogique intéressant. Tout en affichant très clairement dès le début que je m'accorderai des dérogations pour ne pas me couper de la société car ce n'est justement pas le but, je me lance ce défi. C’est la mise en scène de ma propre expérience de mangeur local, de « locavore », qui me servira d’outil pour sensibiliser à la fois l’opinion publique, les élus et les médias. Pour moi, la production locale pour une consommation locale, n’est pas un repli sur soi mais une question d’ordre public.

Je prône d’ailleurs un nécessaire « service minimum alimentaire ». Loin d’une démarche de repli sur soi, il s’agit de faire bouger les mentalités et les élus, vers une société de l’après-pétrole et une concurrence, en dépit de la Loi SRU, sur la destination des terres.

Voilà quatre ans, soucieux de la pérennité des exploitations locales et d'un approvisionnement régulier en légumes de qualité à destination des consommateurs du Lauragais, j'ai fondé la première Association Pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne (AMAP) du département de l'Aude, permettant de conforter une ferme et satisfaire des consommateurs friands de bons légumes de saison. Puis, au printemps dernier, avec quelques mangeurs, nous avons organisé la liste d’attente et fait contractualiser avec un autre paysan une vingtaine de personnes que ne pouvait absorber notre maraîcher mais ce fût après une « chasse à maraîcher » qui a duré deux ans ….. : même avec la demande organisée et apportée « sur un plateau », ce fût la croix et la bannière pour en trouver un.

Cette situation, quelque peu surprenante au premier abord, qui met en évidence une curieuse concurrence entre consommateurs et non entre producteurs, m’a incité à réfléchir à un scénario catastrophe : combien de temps tiendrions-nous avec ce que les paysans produisent autour de chez nous s’il y avait une guerre, une grève des camionneurs, un renchérissement plus prononcé du pétrole, un « détournement » de la nourriture au profit de pays qui auraient dès lors plus d’argent que nous car l’alimentation est « jouée » sur les marchés internationaux …

Il suffit de demander aux anciens les conditions de vie qu’ils ont connu sous l’Occupation. Seules les campagnes ont mangé à leur faim. Par contre, les villes ont réellement souffert et encore disposaient-elles à l’époque de ceintures maraîchères capables de leur fournir une quantité minimale de légumes. Depuis, si l’on prend l’exemple de Toulouse, ces terres fertiles, facilement mécanisables, irriguées, plates, enfin avec toutes les qualités requises pour produire de la nourriture, sont recouvertes par le béton et le bitume alors que la population a connu une croissance impressionnante et le nombre de maraîchers est passé de 4 500 à moins d‘une centaine. La ville de Toulouse, à l’image de toutes les autres, est donc sous « perfusion alimentaire » et dépend des transports. La sécurité alimentaire est aujourd’hui gravement menacée par la dépendance énergétique de la production, par la concentration extrême des moyens de transformation, de stockage et de distributions des produits alimentaires, par la spécialisation de zones géographiques de plus en plus larges dans un type de production, par les tensions et conflits internationaux, sur un fond de baisse tendancielle des rendements (du fait du dérèglement climatique et de l’appauvrissement des sols) et d’épuisement des stocks alimentaires stratégiques à l’échelle mondiale. Ce n’est plus en centaines, mais en milliers de kilomètres que se chiffre la distance moyenne parcourue par nos aliments avant de nous parvenir. Aucune région de France n’est peut-être autonome sur le plan alimentaire. Le pays tout entier a peut-être besoin de plus de terres qu’il n’en possède pour assurer son approvisionnement, et dépend largement des pays du sud pourtant moins favorisés que lui par le climat. Au niveau européen ce constat est le même, en bien pire, la France étant un des pays d’Europe les moins peuplés par rapport à son potentiel agricole..

Depuis toujours, la première responsabilité des élites est d’assurer la sécurité alimentaire des populations. Alors que la planète ne dispose même pas de deux mois de réserves de grains, il n’est pas inutile de rappeler cette évidence. Chaque pays, chaque région, doit avancer vers son autonomie alimentaire en produisant elle-même l’essentiel de la nourriture de sa population, et revendiquer sa souveraineté alimentaire, qui est le pouvoir de vendre et d’acheter, et de refuser de vendre ou d’acheter selon son gré. La nourriture ne peut être considérée comme une marchandise quelconque, et quels que soient les accords commerciaux internationaux, ni les gouvernements ni les élus locaux ne peuvent se défaire de cette responsabilité primordiale.

La nourriture et les conditions de la produire sont complètement sortis du champ politique, notamment dans les territoires urbains et semi urbains.

Que feraient les populations des villes avec les grandes surfaces non approvisionnées ou ne présentant que des produits hors de prix ? Mangeraient-elles le goudron des trottoirs, les tickets de parking, leurs téléphones portables, iraient-elles se servir dans les campagnes, déménageraient-elles pour aller au plus près des potagers tenus par ceux qui travaillent la terre en échangeant leurs bras pour remplir leur ventre ?

Quel avenir sans agriculture ? Rigoureusement aucun, sauf à trouver le moyen de ne plus manger ou de vivre de chasse et de cueillette ... En effet, se pose à nous (à nous tous et pas seulement aux africains ou aux brésiliens …) en ce début de millénaire la question, très politique, que se posait déjà la Rome ancienne :

     * « politique frumentaire » : les pouvoirs publics se préoccupent de nourrir tant bien que mal, les populations, en particulier les villes gonflées par l’exode rural, d’où que vienne et quelle que soit la nourriture. L’ordre public et la sécurité alimentaire reposent sur une police efficace et sur une armée puissante.
     * « politique agraire » : la société assure sa propre indépendance et sécurité alimentaire en mettant en œuvre une politique agricole donnant toute sa place à la paysannerie nourricière.

La société fonde sa prospérité, son indépendance et sa sécurité alimentaire sur une classe paysanne libre jouissant d’un accès égalitaire à la terre. Elle administre sagement l’agriculture, pour qu’elle soit en mesure de fournir un surplus notable tout en améliorant autant que possible le potentiel de production du territoire, par des aménagements fonciers appropriés. On sait pour les Romains qu’ils ne réussirent pas à conserver une paysannerie capable de fournir une production locale suffisante pour assurer leur autonomie alimentaire et ce qu’il en est advenu lorsque les transports n’ont plus pu être assurés avec sécurité et régularit ... (De nombreux textes de référence http://zanzibart.com/amap/amapreseaump/index.php?option=com_content&task=category&sectionid=7&id=21&Itemid=29 m'ont inspiré et j'ai extrait une partie de cette présentation de l'article "Quel avenir sans agriculture ?" et sont sur l'excellent site du réseau des AMAP Midi Pyrénées  http://www.amapreseau-mp.org/).



Afin de rendre au maximum ma démarche reproductible et crédible, inspirée d‘une expérience canadienne, j'ai souhaité constituer, pour me suivre, une équipe qui pourra répondre aux questions qu’une multitude de personnes m’ont posées :

- Devient-on malade en mangeant local ? Un Médecin suivra mon état général trimestriellement et m’a déjà prescrit un bilan sanguin complet avant de démarrer l’expérience …

- Mange-t-on toujours la même chose, avons-nous des repas déséquilibrés et nous exposons-nous à des carences nutritionnelles en mangeant local ? Une Diététicienne donnera ses avis sur la qualité nutritionnelle et la composition des repas…

- Est-on obligé d’aller voir son banquier et de contracter un prêt, se priver d’autre chose ou manger quantitativement moins si l’on veut manger local ? Une Conseillère en Économie Sociale et Familiale donnera ses avis sur le coût moyen hebdomadaire de mon alimentation, se focalisera ponctuellement sur certains repas et donnera des éléments de comparaison avec le panier moyen de la ménagère lambda …

- Est-il possible que toute la population d’un territoire se nourrisse localement ? Un Agroéconomiste réfléchira à cette question…

Chacun sera chargé, dans chaque domaine le concernant, d'apporter un regard critique de professionnel et interprétera périodiquement les données médicales, nutritionnelles, financières et économiques ...

Mercredi 3 Septembre 2008, j'ai effectué un bilan de santé complet au Centre Hospitalier de Castelnaudary ...


Article Indépendant
Cliquer sur la photo pour agrandir

Zone d'approvisionnement



samedi 11 juin 2011

Le professeur Boum Boum cherche un fourgon

Communiqué.

Pour information, ou pour mémoire si je vous en ai déjà parlé.

Ici Jean Monestier.

Pour une raison dérisoire, alors qu’au niveau du moteur et des différents organes mécanique, il fonctionne comme une montre, et qu’il passait sans problème les contrôles techniques, j’ai le très grand regret d’être obligé de jeter à la poubelle mon fourgon Trafic Renault T800.

Souhaitant pouvoir faire tourner mon nouveau spectacle dans les années qui viennent, et faute de trouver sur le marché un véhicule à air comprimé, je cherche donc d’ici fin juin un fourgon d’occasion à vendre. Je fais ici appel à mes relations personnelles, sachant par ailleurs que je n’achète jamais de véhicule anonyme sans prendre l’avis d’un garagiste professionnel.

Merci de me contacter si vous connaissez auprès de vos relations une offre correspondant aux caractéristiques suivantes :


- Fourgon genre Trafic, d’une marque pas trop onéreuse sur les pièces détachées,
- le plus tôlé possible, sauf portière latérale (pour visibilité aux carrefours),
- carrosserie en bon état, si possible à toiture surélevée,
- charge utile entre 800 et 900 kg (pas au-delà pour éviter moteur trop puissant)
- moteur si possible ≤ 8 Ch fiscaux, pour minimiser mes émissions de carbone,
- pas d’informatique et le moins d’électronique possible,
- hauteur caisse inférieure à 2,60 m
- largeur caisse inférieure à 2,20 m ou au maximum 2,30 m (oreilles comprises)
- longueur hors-tout inférieure à 4,40 mètres ou au grand maximum 4,50 mètres.
- hauteur du plancher au sol inférieure ou égale à 0,5 mètres (les malles sont lourdes)
- s’il n’est pas bleu, je le peindrai
Budget envisagé 5000 €uros

Si vous avez une bonne piste, merci de me contacter au 04 68 92 89 49,
ou au 06 83 99 03 25.

Si la proposition est en dehors des Pyrénées Orientales, je viendrai vous voir en train.
Avec mes plus profonds remerciements.
Jean Monestier

mardi 26 avril 2011

Vladimir Starovoitov, 31 ans, maçon, habitant de Bourakova, village proche de Pripyat témoigne

Un livre à acheter, pour l'importance des traductions des témoignages des officiels, des témoins, des victimes, des médecins...
Sous l'épaisseur de la nuit
Documents et témoignages sur le désastre de Tchernobyl

Présentés par l'Association Contre le Nucléaire et son Monde

ACNM
Paris, 1993.
Extrait:

Vladimir Starovoitov, 31 ans, maçon, habitant de Bourakova, village proche de Pripyat témoigne

Cette rencontre a eu lieu le 26 avril 1990 dans l'Unité d'Isolation n°2 du Département des pathologies liées au rayonnement de Kiev

La nuit était chaude, c'était la veille des vacances et quelques-uns d'entre nous voulaient aller pêcher dans le bassin, le bassin de refroidissement de la centrale de Tchernobyl. Nous pêchions toujours là, car l'eau y était chaude toute l'année et la pêche toujours abondante.

J'étais près du bloc 4, à environ 500 mètres, quand j'ai soudain entendu un fort claquement. Puis survint quelque chose qui ressemblait au bruit d'une explosion. J'ai pensé qu'il s'agissait des soupapes de vapeur de la centrale que l'on entendait de temps en temps. Puis en quelques secondes un éclair bleu fut suivi d'une énorme explosion. Alors que je me tournais vers le bloc, je constatais qu'il ne restait plus que deux murs. Le toit ainsi que les deux autres murs avaient été détruits. La structure était en ruine, de l'eau se répandait, le bitume brûlait sur le toit du bloc 3. Une ou deux minutes plus tard, il a commencé à pleuvoir. J'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'une pluie normale, mais après avoir pénétré dans un bâtiment proche, j'ai remarqué dans une glace que mon visage était recouvert de suie. C'est alors que j'ai réalisé que j'avais été sous une pluie radioactive.

Les sirènes d'alarme n'étaient pas actionnées.

J'ai retiré mes vêtements et je me suis lavé. Environ vingt minutes plus tard, je me suis senti très mal. A ce moment-là, les pompes à incendie étaient déjà sur place et je voyais les pompiers sur les toits. J'ai téléphoné aux gens du poste de contrôle et je leur ai dit que je ne me sentais pas bien ; sur quoi j'ai entendu : « Vous êtes dans la zone de retombées radioactives, sauvez-vous vite ! » Je leur ai répondu que je ne pouvais plus bouger, que mes jambes ne pouvaient plus me porter. Puis, je me suis trouvé mal.

Je suis parvenu par mes propres moyens au centre médical n°126 de Pripyat. Je vomissais sans arrêt. Ma température atteignait 40°C. On me mit sous perfusion et on utilisa 5 poches de sérum. Je me suis senti bien mieux ensuite. Puis on a commencé à amener les garçons qui avaient été de garde cette nuit-là, ainsi que les pompiers. On aurait dit qu'une guerre venait de commencer.
Le premier groupe de garçons de la centrale fut envoyé par avion à Moscou le 26 avril à 21 heures. J'ai été évacué avec le deuxième groupe qu'on dirigea par car le lendemain 27 avril, à midi, vers l'aéroport Borispol de Kiev. Et de là nous avons été envoyés à Moscou, par vol spécial, à la clinique n°6.

L'hôpital numéro 6 de Moscou.

Nous étions deux ou trois par chambre. Au début nous n'étions pas trop mal et nous nous rendions visite les uns les autres. Puis vint la crise.

A partir du 9 mai les gars ont commencé à mourir. C'était horrible. C'est alors qu'on nous a mis dans des chambres individuelles et qu'on nous a dit de ne pas nous promener. De toute façon on n'en avait pas envie.
On était terriblement faible. Nos cheveux commençaient déjà à tomber. De terribles maux internes se déclaraient. Je ne souhaitais qu'une seule chose : que cela finisse.
D'abord c'est un premier pompier qui est mort. Puis quelques gars de la centrale.
On ne nous disait pas qui était mort. Mais nous étions bien informés par les soldats de garde dans l'hôpital car c'était un hôpital réservé appartenant au Ministère de la Construction Mécanique (MinSredMash : Ministersrvo Srednego Mashinostroyeniya) et les soldats étaient là pour décontaminer les couloirs et les chambres. Ils nous dirent que lorsque nous avions été transportés là, nous étions « sales » et irradiant (1) .
Les soldats nous ont dit plus tard qu'ils avaient vu dans cet hôpital des diapositives de marins brûlés dans des sous-marins atomiques et de travailleurs de centrales nucléaires où avaient eu lieu auparavant des explosions. Ces gars qui avaient reçu des doses de 10 à 17 Gy (1 gray = 100 rad) étaient tous morts par la suite. Comme nous, chacun d'entre eux attendait son tour... Je suis resté à l'hôpital jusqu'au 15 septembre 1986.
Personne ne m'a dit quelle dose j'avais absorbée. En insistant, à Moscou, on finit par me dire de manière strictement confidentielle que j'avais reçu 3,8 Gy. Plus tard, à Kiev, où j'ai été examiné par une commission médicale, j'ai aperçu par hasard le chiffre de 5,4 Gy. Par la suite, j'ai pénétré subrepticement de nuit dans le bureau des internes et j'y ai trouvé mon dossier médical contenant les résultats de mon analyse chromosomique ; j'y ai découvert enfin ma dose véritable : 6,8 Gy. On m'a dit que c'était la dose létale (mortelle)... Je veux vivre... Je suis encore très jeune.

Je suis maintenant handicapé au stade 3. Je suis sans cesse malade. En 1988, j'ai subi une intervention chirurgicale aux jambes [probablement une greffe de peau. - Note de l'ACNM], mais les brûlures et les ulcères aux jambes ne me laissent pas tranquille. On dirait que mes muscles sont pris dans un étau ; les os me font mal et craquent. Quand le temps change, j'éprouve des douleurs atroces dans tout mon corps. Je suis en train de perdre la vue.

Je vais à l'hôpital cinq ou six fois par an. Je suis très affaibli. Je sais que les médecins font de leur mieux mais ils ne possèdent pas les médicaments adéquats. Ce sont des gens fantastiques.
J'ai entendu dire qu'il existait en Occident des traitements et des équipements spéciaux. On nous les a proposés, mais notre gouvernement a refusé. Nous avons tous besoin d'aide : médicale, sociale, financière. Les garçons avec qui j'étais à l'hôpital ont de maigres pensions qui ne suffisent pas à faire vivre leurs familles.

Pendant les premiers jours du désastre, on en avait fait des héros. Ils avaient éteint l'incendie, ils étaient montés sur les toits où les débits de dose étaient de 1 000 Roentgens par heure (1 000 R/h), ils avaient participé à la construction du sarcophage, ils étaient les sauveurs du pays. Aujourd'hui plus personne ne se soucie d'eux. Ils sont malades et meurent.

Le personnel de Tchernobyl a fait une liste des gars qui sont morts. Il y en a plus de 100. Et tous ceux qui sont allés dans la Zone Spéciale (10 km autour de la centrale) - des milliers - en 1986-87 sont probablement aujourd'hui morts. Sans compter ceux, nombreux, qui aujourd'hui vivent handicapés, comme moi.

Prenons le village Bourakova qui est dans la Zone de 10 km. Il n'a été évacué que le 4 mai, d'abord vers Toltyi Les (où les radiations atteignaient 10 à 20 roentgens par heure), puis vers la région de Makarovskii. Tous ses habitants - adultes et enfants - sont aujourd'hui malades.

Je vis avec ma mère, née en 1923, et elle aussi est très malade. Nous avons un petit potager qui nous permet de nous nourrir. J'ai un frère et deux soeurs. Au moment de l'accident mon frère était dans l'armée. Ma soeur, née en 1957, participait aux travaux de construction, près de la centrale de Tchernobyl, la nuit de l'accident. Ils travaillaient sur le site de construction de la phase 3 (construction des réacteurs 5 et 6). Personne ne les a avertis de l'accident, et ils ont terminé leur quart de nuit sans savoir ce qui était arrivé. A l'heure actuelle elle vit dans la région de Volodarskii.
Elle souffre du foie et de la vésicule biliaire, elle est malade du coeur et a des maux de tête. Ses deux filles (l'une est née avant l'accident et l'autre après) sont très malades. Ma soeur m'a demandé de lui procurer des médicaments, mais il n'y en a nulle part, sauf au marché noir, et les prix pratiqués sont bien au-dessus de ce que me permet ma pension.

Ma soeur aînée vivait aussi dans la Zone Spéciale au village de Tchistogolovka. Ils ont aussi été évacués après, le 4 mai 1986. Sa plus jeune fille, qui avait deux ans au moment de l'accident, est restée jouer des journées entières dans le bac à sable du jardin. Son fils âgé de 10 ans est allé comme d'habitude à l'école à Pripyat le 26 avril. Personne ne les a avertis de l'accident ou du danger. Ce n'est que plus tard, dans la journée, lorsque les chars et les soldats portant des respirateurs sont arrivés à Pripyat, que les gens ont découvert que le réacteur brûlait. Les enfants et les adultes de cette école ont couru vers le pont pour voir l'incendie - ils étaient à un kilomètre seulement du réacteur 4. Aujourd'hui, ma nièce et mon neveu sont tous deux malades : ils ont de l'eczéma aux mains et aux jambes, ils souffrent du foie et de troubles de l'estomac, ils sont anémiques et ont des maux de tête.
Depuis l'accident, ils n'ont pas subi d'examen médical global. Il n'y a pas eu de traitement à base d'iode les 26 ou 27 avril. Plus tard, à Kiev on leur a fait une analyse de sang mais on ne leur a pas donné les résultats. Ma soeur passe tout son temps à chercher des médicaments pour eux.

L'un de mes amis, Yanov, qui était de service au poste de contrôle près de la centrale le 26 et 27 avril 1986, est soigné à la section n°l de l'hôpital. Il a participé à l'évacuation de Pripyat et était responsable de tous les cars utilisés lors de l'évacuation. Là, il a été pas mal exposé aux rayonnements. L'équipe de contrôle de la radioactivité a déclaré par la suite que les niveaux de rayonnement étaient de 200 à 400 roentgens par heure. Il a eu une maladie des rayons stade 1. Ses deux filles sont nées après l'accident et toutes deux sont malades ; ils dépensent tout leur argent en médicaments.

L'académicien Iline proclame - et les journaux aussi - qu'il n'y a pas un seul malade à cause des radiations parmi les civils. Mais pourquoi y a-t-il tant de gens dans mon cas ? Pourquoi est-il si difficile d'obtenir un traitement dans les hôpitaux ?

Je fais partie des 300 premières personnes dont le diagnostic initial reconnaissait la maladie des rayons et je suis donc dans une meilleure situation que ceux qui n'ont pu obtenir un tel diagnostic. Mme Gouskova(2) est venue à plusieurs reprises de Moscou. Elle est venue en même temps que la commission qui a rejeté le diagnostic de maladie des rayons qui avait été établi auparavant. Il en résulte que les garçons ne peuvent pas avoir de traitement adéquat à l'hôpital. Récemment, j'ai entendu dire qu'on allait fermer le département des pathologies liées au rayonnement de Kiev. Mais si cela arrive, qu'adviendra-t-il de nous ?

Propos rapportés par Vladimir Tchernoussenko dans son livre Insight from the Inside, Springer Verlag 1991.
Traduction de l'anglais par l'ACNM (Association Contre le Nucléaire et son Monde).



1) Dans leur livre Les jeux de l'atome et du hasard, Jean-Pierre Pharabod et Jean-Paul Schapira rapportent que « le corps (de ces irradiés) était devenu une source permanente de rayonnements, mettant en danger ceux qui les approchent pour les soigner : deux médecins ainsi irradiés devront être hospitalisés, l'un d'entre eux succombera à son tour. » (témoignage du professeur américain Michael McCally in Bulletin of Atomic Scientists, 43, 10, août/septembre 1986) (Note de l'ACNM)

2) Gouskova est médecin chef à la clinique n°6 de Moscou. Il s'agit du pitoyable équivalent russe des professeurs Tubiana et Latarget en France. Ayant acquis «de longue date une expérience dans le traitement des irradiés» (selon Tchernoussenko), elle a probablement déjà sévi en tant qu'expert lors du désastre de Kychtym. Ce médecin s'est distingué, en compagnie de l'américain Robert P. Gale à Tchernobyl en effectuant des greffes de moelle sur quelques cobayes irradiés. Sur 13 personnes, deux ont semble-t-il survécu malgré l'opération. Ces deux médecins ont ainsi conclu leurs expériences : « Il est difficile de savoir si l'échec du traitement est dû aux radiations, à la greffe ou aux deux » (cité dans « Tchernobyl, noire transcendance », L'Intranquille p232). Le professeur Michel Boiron, chef du service d'hématologie de l'hôpital Saint-Louis à Paris, tirant les conclusions d'un échec aussi prévisible et soucieux sans doute de réussir les prochaines greffes sur les futurs irradiés français, s'est empressé de proposer une mesure « en théorie, relevant du plus parfait bon sens », selon Le Monde du 3 juin 1986 : prélever préventivement de la moelle chez les travailleurs des centrales nucléaires (ce qui nécessite une anesthésie générale). « Car, [c'est] lorsque la greffe est faite avec de la moelle prélevée avant l'accident, sur la personne même du futur greffé, que le pronostic [de survie] est de loin le meilleur. » Il fallait y penser. Mais pour mettre en oeuvre une telle mesure, la médecine moderne devra sans doute pratiquer sur les « bio-robots » travaillant dans les centrales nucléaires une opération ultime : la lobotomie. Étranges médecins... (Note de l'ACNM)

SUITE AU 26/04/86

« Le testament »
de Valeri Alexeevitch Legassov

Ce témoignage du physicien Valeri Alexeevitch Legassov, membre de l'Académie des sciences d'URSS, est paru le 20 mai 1988 dans La Pravda. Legassov, nucléariste convaincu, a été membre de la première Commission gouvernementale chargée de la gestion du désastre de Tchernobyl.

« Valéri Legassov né en 1936. Savant soviétique de renom spécialisé dans le domaine des matériaux physico-chimiques et de la technologie nucléaire. Membre du Présidium de l'Académie des Sciences de l'URSS, 1er vice-directeur de l'Institut Kourchatov de l'énergie atomique, professeur à l'Université de Moscou, Prix Lénine, Prix d'Etat de l'URSS.
L'académicien Valéri Legassov figurait en 1986 parmi les dix personnes que les Occidentaux considéraient comme les " Hommes de l'année ". »

Agence de presse Novosti, 1987


Le 27 avril 1988, quelques jours après avoir terminé le texte qui suit, il se suicidait

« Il est de mon devoir de parler... »

Je n'avais encore jamais pensé au cours de ma vie qu'il me faudrait un jour - à peine passée la cinquantaine - me lancer dans des « mémoires ». Mais les événements qui ont eu lieu sont si importants, les personnes qui y ont été mêlées ont des intérêts tellement contradictoires, et il existe tant d'interprétations différentes de la façon dont les choses se sont déroulées qu'il me paraît être de mon devoir de faire savoir ce que je sais et de quelle manière je comprends et je perçois les faits.

26 avril 1986. Un samedi, une journée magnifique. J'étais assez indécis sur ce que je voulais faire : aller à l'université (le samedi, c'est mon jour pour la « fac »), ou à une réunion de militants du parti fixée à dix heures ce matin-là, ou encore en prendre à mon aise et aller me reposer quelque part avec Margarita Mikhailovna, ma femme... Naturellement, de par mon caractère et en vertu d'une habitude de longue date, je me décidai pour la réunion du Parti. Avant même qu'elle ne débute, j'appris qu'un accident avait eu lieu à la centrale nucléaire de Tchernobyl. C'est ce que me dit le responsable du département dont dépend notre Institut. Malgré un certain dépit, son ton était assez calme.

Puis ce fut le début de l'exposé, un exposé à vrai dire assez ennuyeux, ne sortant pas de l'ordinaire. Nous sommes déjà habitués au fait que dans notre département, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, que les individus sont tous excellents et que nous remplissons toutes les tâches prévues par le Plan. L'exposé ressemblait à un chant de victoire. Certes, tout en adressant un vibrant hommage à l'énergie nucléaire, aux grands succès enregistrés, mon interlocuteur fit remarquer avec beaucoup de volubilité qu'il y avait, pour l'heure, une avarie à la centrale (la centrale de Tchernobyl relevait alors du ministère de l'Energie et de l'Electrification), qu'ils avaient trafiqué quelque chose là-bas, qu'il y avait là une espèce d'accident, mais qu'il n'arrêterait certainement pas le développement futur de l'énergie nucléaire...

Vers midi, il fut décidé de faire une pause. Je montai au deuxième étage, dans le bureau du secrétaire scientifique. J'appris alors que l'on avait créé une commission gouvernementale et que j'en ferai partie. Cette commission se réunirait à l'aéroport de Vnukovo à 4 heures de l'après-midi.

Je me rendis sans tarder à l'Institut, essayant d'y trouver l'un ou l'autre spécialiste en matière de réacteurs. C'est à grand-peine que je pus mettre la main sur Alexandre Konstantinovitch Kalugine, chef de la section chargée de la mise au point et du fonctionnement des centrales équipées de réacteurs RBMK, du genre précisément de celui de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Il avait déjà eu vent de l'avarie, un signal étant parvenu la nuit en provenance de la centrale. Ce signal « Un, deux, trois, quatre » signifiait en l'occurrence que la centrale traversait une situation de crise liée à un danger nucléaire, d'irradiation, d'incendie et d'explosion, ou bien même que l'on se trouvait en présence de tous les dangers à la fois.

Je rentrai immédiatement à la maison. Ma femme revint précipitamment de son travail, et je lui expliquai que je partais en service commandé, que je ne comprenais rien à la situation, que j'ignorais la durée de mon absence et le but de ce déplacement.

On me dit à Vnukovo que c'était Boris Evdokimovitch Chtcherbina, vice-président du Conseil des ministres de l'URSS, qui avait été désigné à la tête de la commission gouvernementale. Il était en train pour l'instant de diriger une réunion de militants du parti dans les environs de Moscou ; dès qu'il apparaîtrait, nous devrions nous installer dans un avion déjà prêt à partir pour Kiev. De là, nous nous rendrions en voiture sur les lieux de l'accident.
Les propos tenus dans l'avion étaient tout à fait alarmants. J'entretenais Boris Evdokimovitch de l'incident qui avait eu lieu en 1979 à Three Mile Island, aux Etats-Unis. Mais les causes qui étaient à l'origine de cet accident n'avaient rien de commun avec les événements de Tchernobyl, du fait même de la différence fondamentale dans la construction des équipements. Ce vol d'une heure se passa en conjectures et en discussions.

A la descente de l'avion à Kiev, nous fûmes immédiatement frappés par la longue file de voitures officielles noires qui se trouvaient là et par l'attroupement de responsables ukrainiens fort inquiets. Ils ne disposaient d'aucune information précise, mais disaient que les choses allaient mal. Nous nous installâmes rapidement dans les voitures et partîmes en direction de la centrale. Je dois reconnaître maintenant qu'à ce moment-là, il ne me vint pas une seule fois à l'esprit que nous allions au-devant d'un événement de portée planétaire, d'un événement qui, manifestement, figurerait dans les annales de l'histoire de l'humanité, à l'instar des grandes éruptions volcaniques, de la fin de Pompéi et d'autres choses de ce genre.

Même si la centrale nucléaire porte le nom de Tchernobyl, elle est située à 18 km de cette ville de district très verte, agréable, presque rurale. C'est d'ailleurs l'impression qu'elle nous fit. Tout y était calme, tranquille, la vie suivait son cours normal. Mais l'inquiétude commença à se faire sentir dès Pripyat. Nous nous dirigeâmes directement vers le bâtiment du comité municipal du Parti, situé sur la place centrale de la ville. Nous y fûmes reçus par les responsables des organes locaux. On nous annonça qu'à la 4e tranche de la centrale, au cours d'un essai officieux de fonctionnement du groupe des turbines, il s'était produit deux explosions coup sur coup, que le bâtiment du réacteur était détruit et que quelques centaines de personnes avaient été exposées à des radiations. On nous dit également que deux hommes avaient été tués, et qu'en matière d'irradiation, la situation était assez complexe dans la 4e tranche. Quant au taux des radiations à Pripyat, il s'écartait certes sensiblement de la normale, mais ne constituait pas encore un grand danger pour la population.

La Commission gouvernementale - dont la réunion fut menée de main de maître par B.E. Chtcherbina, avec toute l'énergie qu'on lui connaît - répartit immédiatement ses membres en plusieurs groupes dont chacun aurait à assumer ses propres tâches. Je fus placé pour ma part à la tête du groupe chargé de mettre au point les mesures susceptibles de circonscrire la catastrophe.

Alors que nous approchions de la centrale, nous fûmes frappés par la couleur du ciel. A 8-10 km de distance déjà, on pouvait voir les lueurs cramoisies de l'incendie. On sait qu'avec leurs bâtiments et leurs tuyauteries ne laissant jamais échapper les moindres effluents visibles, les centrales nucléaires sont des constructions propres, très soignées. Or voici que celle-ci nous rappelait brusquement une grosse usine sidérurgique ou une grande entreprise chimique, avec ses gigantesques lueurs montant haut dans le ciel.

On se rendit compte d'emblée que les responsables de la centrale et ceux du ministère de l'Energie, présents aussi sur les lieux, se comportaient d'une façon tout à fait contradictoire. D'une part, une grande partie du personnel, les chefs de la centrale et les responsables du ministère agissaient avec courage. Les opérateurs des première et deuxième tranches n'avaient pas quitté leur poste, ni d'ailleurs le personnel de la troisième tranche, qui pourtant était située dans le même bâtiment que la quatrième [on leurs déclara quand même qu'ils étaient soumis à la loi martiale] ; différents services se trouvaient en état d'alerte ; on pouvait trouver n'importe quel homme pour n'importe quelle charge, et il s'en acquittait. Mais quant à savoir quels ordres passer, quelles missions confier, comment dresser un tableau exact de la situation... Il n'y eut aucun plan opérationnel avant l'arrivée de la Commission gouvernementale, soit avant le 26 avril à 8 heures du soir. Tout cela dut être pris en charge par cette dernière.

Avant tout, la 3e tranche reçut l'ordre d'arrêter son réacteur et de le refroidir. Quant aux 1er et 2e tranches, elles restèrent en service, même si les locaux intérieurs accusaient déjà des taux assez élevés de radioactivité, cette contamination interne des deux tranches étant due au fait que l'on avait omis d'arrêter le système de ventilation au moment de l'accident, de sorte que l'air contaminé de l'extérieur de la centrale fut aspiré, par le système de ventilation, à l'intérieur du bâtiment des deux premières tranches.

B.E. Chtcherbina manda tout de suite des troupes de protection chimique - elles arrivèrent assez rapidement sous la direction du général Pikalov - ainsi que des unités d'hélicoptères dirigées par le général Antochkine. Les survols et les inspections de l'état de la 4e tranche commencèrent. Dès le premier vol, on se rendit compte que le réacteur était entièrement détruit, que la dalle supérieure scellant le bloc du réacteur se trouvait dans une position quasiment verticale. On la voyait à découvert. La partie supérieure de la salle du réacteur n'était plus que ruines, et des morceaux de blocs de graphite étaient éparpillés sur les toits de la salle des machines et sur l'aire de la centrale. A la vue de tout cela, je compris qu'une gigantesque explosion avait eu lieu. Le cratère du réacteur ne cessait de cracher une colonne blanche, haute de quelques centaines de mètres, contenant des produits issus de la combustion du graphite, alors qu'à l'intérieur de ce qui restait de la salle du réacteur, on apercevait çà et là de gros foyers d'incendie, d'un rouge vif et étincelant. Il était difficile de déterminer en l'occurrence si cette luminescence était due aux blocs de graphite incandescents restés sur place ou à la combustion du graphite qui, lorsqu'il brûle, dégage uniformément un produit blanchâtre imputable à une réaction chimique.

La première question qui nous préoccupait tous était de savoir si le réacteur marchait encore ou non, ou partiellement peut-être, c'est-à-dire si le processus de production d'isotopes radioactifs de courte durée de vie continuait ou s'était arrêté. Les premières mesures semblaient démontrer l'existence de fortes radiations neutroniques ; le réacteur était peut-être encore en marche. Je m'approchai donc du réacteur dans un véhicule blindé pour m'en convaincre.

Au soir du 26 avril, on avait essayé toutes les méthodes possibles pour inonder la zone, mais les résultats furent nuls, si ce n'est que l'on assista à une très forte formation de vapeur et à une montée d'eau dans les tranches voisines par les divers corridors de transport.

Au cours de la première nuit, les pompiers réussirent à éteindre les foyers d'incendie dans la salle des machines ; ils le firent d'une façon tout à fait expéditive et précise. D'aucuns pensent que si une partie des pompiers ont été fortement irradiés, c'est parce que certains s'étaient postés ici et là comme observateurs pour vérifier la naissance possible de nouveaux foyers. Ce n'est pas exact : dans la salle des machines, il y avait de grandes quantités d'huile, de l'hydrogène dans les générateurs, soit un amas de substances susceptibles d'engendrer non seulement des incendies, mais encore des explosions risquant d'entraîner la destruction de la 3e tranche. Compte tenu de ces circonstances, les opérations menées par les pompiers furent tout autant héroïques que parfaitement appropriées et efficaces, puisqu'elles constituèrent les premières mesures précises de prévention d'une extension possible de l'accident.
Un autre problème apparut lorsqu'il devint évident que le cratère de la 4e tranche en ruines dégageait un flux assez puissant d'aérosols gazeux radioactifs. Le graphite brûlait, et chacune de ses particules emportait une assez grande quantité de substances radioactives. Nous étions donc confrontés à une tâche très complexe. La vitesse normale de combustion du graphite est d'environ une tonne à l'heure. Or quelque 2 500 tonnes de graphite se trouvaient entreposées dans la 4e tranche. On pouvait donc calculer qu'avec une combustion normale, la radioactivité toucherait en deux cent quarante heures de grandes portions du territoire qui, par conséquent, seraient fortement contaminées par différents radionucléides.

Du fait que le taux des radiations ne permettait pas d'autre action efficace que les opérations menées par voie aérienne et à une altitude de 200 mètres au moins au-dessus du réacteur, et que par ailleurs, on ne disposait pas des moyens techniques traditionnels qui auraient pu mettre un terme à la combustion du graphite (soit une combinaison d'eau, de mousses et d'autres méthodes), il fallut trouver des solutions sortant de l'ordinaire. Nous nous mîmes tous à réfléchir, nos cogitations s'accompagnant de consultations permanentes avec Moscou où se trouvaient à l'autre bout du fil A.P Alexandrov, des collaborateurs de l'Institut de l'énergie atomique et même des spécialistes du ministère de l'Energie. Plusieurs télégrammes nous parvinrent dès le jour suivant, avec des suggestions de l'étranger présentant divers moyens de combattre l'incendie de graphite, à l'aide de différents mélanges.

Au terme de nombreuses délibérations et consultations, deux éléments - le plomb et la dolomite - furent retenus pour stabiliser la température.
Une autre question encore plus importante se posait pour la commission gouvernementale : le sort de la ville de Pripyat. Le 26 avril au soir, le niveau des radiations y était encore plus ou moins favorable, oscillant entre quelques millirems et quelques dizaines de millirems par heure. S'il s'agissait certes là d'une situation malsaine, elle nous laissait encore un peu de temps pour réfléchir. Des instructions selon lesquelles une évacuation peut être entreprise dans le cas où la population civile risque d'être exposée à une dose individuelle de 25 rems limitaient d'autant les possibilités d'intervention des services médicaux. Toujours selon ces instructions, l'évacuation devient obligatoire si ce danger monte à 75 rems ; entre 25 et 75 rems, le droit de décider d'une évacuation relève des instances locales. C'est dans ce contexte que se déroulèrent nos discussions.

Les physiciens qui pressentaient que la situation n'évoluerait pas pour le mieux insistèrent sur la nécessité d'une évacuation obligatoire. Les médecins semblaient se rallier à leur avis et vers 10-11 heures du soir, toujours le 26 avril, Boris Evdokimovitch Chtcherbina, qui avait suivi nos discussions et accrédité nos prévisions, décida d'ordonner une évacuation obligatoire. Elle aurait lieu le jour suivant. Malheureusement, cette nouvelle qui se répandit de bouche à oreille, par voie d'affiches et à la criée dans les cours des maisons, n'atteignit pas tout le monde si bien que le 27 au matin, on voyait encore, dans les rues de la ville, des mères promenant leurs enfants en landau, des petits enfants en train de jouer et tous les signes extérieurs d'une journée dominicale sans histoire.

A 11 heures du matin, il fut officiellement décrété que la ville entière serait évacuée. Vers 2 heures de l'après-midi, tous les moyens de transport furent mis en place et les itinéraires tracés. L'évacuation se déroula de façon assez rapide et ordonnée, en dépit de circonstances peu banales, de quelques accrocs et de certaines erreurs.

Nombreux furent ainsi les citoyens qui demandèrent à la Commission gouvernementale la permission d'évacuer les lieux dans leur voiture particulière, or il y en avait quelques milliers dans la ville. Cette autorisation fut accordée après mûre réflexion, mais ce fut là sans doute une décision erronée dans la mesure où une partie des véhicules étaient contaminés et où les postes dosimétriques du contrôle du niveau de la contamination, ainsi que les points de lavage, ne furent mis sur pied qu'un peu plus tard. Mais je répète que l'évacuation eut lieu à un moment où le taux de contamination de la ville n'était pas encore très élevé. Il a été démontré par la suite que mis à part ceux qui se trouvaient à la centrale au moment de l'accident, personne de la population civile - soit environ 50 000 habitants - n'a été gravement atteint dans sa santé.

Les mesures ultérieures visèrent à la mise sur pied d'un contrôle dosimétrique plus méticuleux, qui fut pris en charge par les services du comité hydrologique officiel, par ceux du général Pikalov, par des postes de relais et par des équipes de physiciens. La combinaison des isotopes fut étudiée plus en détail. Si les services dosimétriques de l'armée travaillaient bien, ce fut pourtant le laboratoire aménagé sur les lieux de la catastrophe qui nous fit parvenir les informations les plus précises sur la combinaison isotopique et sur les mouvements de la radioactivité. Nous partîmes de ces données pour prendre des décisions.

Il est clair qu'au cours des premiers jours, la situation changea constamment en raison des déplacements des masses d'air et des tourbillons de poussière s'élevant autour de la 4e tranche lors du largage de divers matériaux dans le réacteur.

Je voudrais maintenant vous donner quelques impressions personnelles sur cette période. D'abord au sujet du personnel de la centrale. Nous avons trouvé des gens disposés à faire tout ce qu'on leur demandait dans n'importe quelles conditions. Mais quant à savoir que faire dans la situation donnée, comment planifier et organiser le travail, sur ces points précis, ni les responsables de la centrale, ni les dirigeants du ministère de l'Energie n'avaient une idée de la suite logique à donner aux opérations. C'est donc la Commission gouvernementale qui se chargea d'examiner la situation et de mener les interventions indispensables.

On notait le plus grand désarroi pour les moindres bagatelles. Je me rappelle que les premiers jours, alors que la commission se trouvait à Pripyat, il manquait un certain nombre de respirateurs de protection et il n'y avait pas de dosimètres individuels pour tous. La centrale ne disposait pas de dosimètres extérieurs automatiques, qui fournissent en permanence des données télémétriques sur le niveau des radiations dans un rayon de quelques kilomètres ; c'est la raison pour laquelle il fallut mobiliser un grand nombre de personnes pour des opérations de reconnaissance. Il n'y avait pas non plus d'avions télécommandés munis d'appareils dosimétriques ; d'où la nécessité d'engager un nombre considérable de pilotes d'avion et d'hélicoptère pour s'occuper des mesures. Faisaient aussi défaut les équipements élémentaires en matière d'hygiène, du moins pendant les premiers jours. Ainsi, alors que les édifices de Pripyat étaient déjà passablement contaminés les 27, 28 et 29 avril, on continuait d'y acheminer des vivres - saucissons, concombres, bouteilles de Pepsi-Cola et jus de fruits - en posant le tout dans des locaux où les gens se servaient les mains nues. Ce n'est qu'après quelques jours, lorsque la situation se fut plus ou moins stabilisée, que l'on vit apparaître des cantines, des tentes et des conditions sanitaires ad hoc qui, quoique rudimentaires, permirent toutefois un contrôle des mains et de la qualité des vivres sur le plan de la contamination..
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Le 2 mai, alors que la commission gouvernementale s'installait à Tchernobyl, Nikolaï Ivanovitch Ryjhkov et Egor Kuzmitch Ligatchev arrivèrent... un déplacement de très grande importance. Ils présidèrent une réunion au comité de district du parti, à Tchernobyl. Après avoir écouté nos exposés (et c'est moi qui eus la parole en qualité de rapporteur principal), ils prirent conscience de la situation, comprirent qu'il ne s'agissait pas ici d'un cas particulier mais d'un accident de grande envergure qui aurait des séquelles pendant très longtemps, et enfin que l'on devrait faire face à des travaux gigantesques.
Au terme de tous ces rapports, après que nous eûmes expliqué la situation et la façon dont nous la comprenions nous-mêmes, on prit les principales mesures qui allaient déterminer la chronologie des opérations pendant toute la période suivante, le volume des travaux ainsi que leur coordination avec tous les services et les entreprises de notre pays. On mit sur pied un groupe opérationnel sous la direction de N.I. Ryjhkov, et il fut pris contact, pour ainsi dire, avec l'industrie soviétique tout entière. La Commission gouvernementale devint dès lors un rouage administratif dans cet immense travail de salut public qui se fit sous la direction du groupe opérationnel du Politburo du Comité central.

A ma connaissance, aucun événement - capital ou de moindre importance - n'allait échapper à la vigilance du groupe en question. Je dois reconnaître que ses réunions, ses décisions furent toujours empreintes de beaucoup de calme et de sérénité, que ses membres mirent un point d'honneur à tenir compte des avis des spécialistes en comparant les opinions de chacun d'eux. S'il m'arriva au début de penser que ce groupe prendrait parfois des décisions rigides et précipitées, il ne se passa rien de ce genre. Le travail fut organisé comme dans n'importe quel groupe scientifique de premier ordre. L'étude minutieuse de toutes les informations qui parvenaient de sources différentes venait en tête des préoccupations. Il arriva fréquemment que des renseignements fournis par exemple par l'armée divergeaient de ceux que nous donnaient les services scientifiques civils ; ceux-ci, à leur tour, présentaient parfois des données différentes, du moins pendant la première phase des opérations. Tout cela engendra pas mal de nervosité. Mais le groupe opérationnel sut garder son calme, en insistant tout simplement sur la nécessité de procéder à des mesures complémentaires et de recueillir des précisions, et en essayant coûte que coûte de faire la part des choses. Par ailleurs, le groupe tâcha toujours dans ses décisions de tenir compte au maximum des intérêts de la population, des victimes de l'accident, qu'il s'agisse de déterminer l'étendue de la zone contaminée ou de fixer le montant de l'indemnité qui devrait être versée aux personnes évacuées. Il en fut ainsi dans chaque cas particulier.

Quelques mots maintenant sur l'armée. Les militaires furent confrontés à tout un éventail d'activités diverses. Les troupes de protection chimique durent avant tout s'occuper des travaux de reconnaissance pour déterminer l'étendue des contaminations. L'armée fut chargée de travaux, non seulement à la centrale même, mais aussi dans un rayon de 30 km autour de celle-ci, où elle assuma la décontamination des villages des hameaux et des routes. Elle effectua un travail énorme pour la décontamination de la ville de Pripyat.

Il ne me fut jamais donné d'assister à un cas où un spécialiste mandaté par l'armée soviétique ou d'autres civils auraient manqué à leur devoir ou se seraient sentis recrutés de force pour des travaux, disons, difficiles et dangereux [il y eu pourtant une mutinerie de soldats estoniens]. Il se peut qu'il y ait eu quelques cas de ce genre, mais je n'ai jamais eu l'occasion d'y être confronté. Je me suis personnellement rendu quelquefois dans des secteurs assez dangereux de la 4e tranche. J'expliquais alors aux gens dans quelles conditions ils travailleraient et je précisais que je souhaitais travailler avec ceux qui voudraient bien m'aider de façon bénévole. J'ai toujours trouvé des volontaires.

Venons-en maintenant au thème de l'information. Il s'avéra que malgré l'existence dans notre pays de l'Atomenergoizdat, de maisons d'édition spécialisées dans le secteur médical et de l'association « Connaissances », il n'y avait aucune publication susceptible d'être distribuée rapidement parmi la population et de fournir des renseignements sur les doses plus ou moins inoffensives pour l'homme, sur les doses d'irradiation très dangereuses, sur la façon de se comporter dans des zones de danger d'irradiation accrue ; aucune publication donnant des conseils élémentaires sur la manière d'effectuer des mesures, sur les objets à mesurer, sur la consommation de fruits et de légumes, etc. Certes, le pays comptait quantité de livres pour spécialistes - de gros ouvrages précis et savants - mais pour ainsi dire aucune brochure ou dépliant de nature pratique.

Le moment semble peut-être venu de faire part ici de certaines impressions personnelles sur la façon dont j'ai été mêlé à cette affaire, sur la nature de mes liens avec elle, mon approche de l'histoire et du développement de l'énergie nucléaire et ma compréhension actuelle des choses. Rares sont ceux d'entre nous qui se sont prononcés sur ces points avec sincérité et précision.

J'ai obtenu un diplôme à la faculté d'ingénieurs (section de physique-chimie) de l'institut D.I. Mendeleïev, institut moscovite de technologie chimique. La faculté en question formait des spécialistes - des chercheurs pour l'essentiel - destinés à travailler dans le secteur technologique de l'industrie nucléaire. On y apprenait en d'autres termes la séparation isotopique, la manipulation de substances radioactives, l'extraction de l'uranium, son conditionnement approprié, sa transformation en combustible nucléaire, le traitement de ce combustible pour en retirer les produits utilisables ainsi que les autres éléments nocifs et dangereux, le compactage de ceux-ci et leur ensevelissement pour qu'ils ne puissent pas nuire à l'homme. On apprenait aussi comment utiliser une partie des substances radioactives au profit de l'économie nationale, à des fins médicales par exemple. Toutes ces questions spéciales firent l'objet de mes études.

J'obtins ensuite un diplôme en matière de retraitement du combustible nucléaire à l'Institut Kurtchatov. L'académicien I. K. Kikoine, qui avait beaucoup apprécié mon travail de diplôme, souhaitait que l'on m'accorde une bourse de thèse. Mais mes amis et moi étions convenus de travailler quelque temps dans une installation nucléaire, afin d'acquérir une expérience pratique dans ce secteur qui deviendrait ensuite l'objet de nos recherches. Je fus, en quelque sorte, à l'origine de ce projet : c'est pourquoi je ne pus accepter la proposition qui m'était faite de rester à l'Institut comme assistant. Je partis pour la Sibérie. J'ai eu l'occasion ici de participer à la mise en service d'une usine de radiochimie. Ce fut là une période animée et très intéressante - mon entrée dans la vie pratique. Je passai environ deux ans dans cette usine, puis on réussit tout de même à me convaincre de devenir assistant au fameux Institut Kurtchatov...

J'y ai mis au point toute une série de processus technologiques... soutenu mon mémoire de licence et ma thèse de doctorat. Je fus élu membre de l'Académie des sciences d'URSS. Mes travaux scientifiques me valurent un prix officiel. Tout cela relève de mes activités professionnelles. Je parvins ici à intéresser à mes travaux un bon nombre de jeunes gens très valables qui continuent actuellement de développer ce secteur de physique-chimie grâce à leur goût du travail et à leur bonne formation : je suis d'ailleurs convaincu qu'il en résultera encore pas mal de découvertes très importantes tant sur le plan pratique que dans le contexte plus large de la connaissance.

Les succès enregistrés dans ce secteur ont sans doute eu pour effet d'attirer l'attention puisque je fut nommé directeur adjoint de l'Institut, mes fonctions scientifiques se limitant en l'occurrence à mes propres travaux. Côté répartition des fonctions -ce sont toujours les mêmes aujourd'hui- j'avais à m'occuper de physique-chimie, de radiochimie et de l'utilisation à des fins technologiques de sources nucléaires et du plasma. Lorsque A.P. Alexandrov fut élu président de l'Académie des sciences d'URSS, il proposa de me nommer premier adjoint du directeur de l'Institut.

Ce qui m'intéressait, c'était de savoir quelle devait être la part du nucléaire dans l'économie énergétique du pays, et, le cas échéant, pour quels motifs. J'organisai des recherches systématiques visant à déterminer les types de centrales à construire en fonction d'affectations spécifiques et à établir les possibilités de leur utilisation rationnelle ; je voulais par ailleurs découvrir s'il était judicieux de limiter le rôle des centrales à la seule production d'énergie électrique, ou s'il fallait au contraire prévoir la production d'autres agents comme l'hydrogène par exemple. L'énergie thermonucléaire retint dès lors toute mon attention. C'est là autant de questions nouvelles venant compléter le domaine de l'économie atomique.

Les questions liées à la sécurité dans le secteur nucléaire étant toujours les premières à être passées au crible par l'opinion publique mondiale, j'eus envie de comparer les dangers et les risques réels inhérents au nucléaire avec ceux des autres systèmes de production d'énergie. Aussi, c'est avec beaucoup d'entrain que je me mis à la tâche, en essayant, pour l'essentiel, de définir les dangers liés aux sources d'énergie autres que l'énergie nucléaire.

Alors qu'au sein du conseil technico-scientifique de l'Institut, on discutait assez souvent des différents concepts envisageables pour le développement du nucléaire, les aspects techniques faisaient très rarement l'objet des débats : je pense ici à la qualité du combustible, à celle de tel ou tel type de réacteur. Ces questions-là étaient traitées par d'autres conseils technico-scientifiques. Pourtant, les informations dont je disposais me faisaient penser que tout n'allait pas pour le mieux dans le développement de l'énergie nucléaire. Il était tout à fait évident que les appareils de fabrication soviétique ne différaient en principe pas beaucoup des équipement occidentaux - du point de vue de la conception par exemple qu'ils leur étaient même parfois supérieurs, mais qu'ils étaient dépourvus de systèmes efficaces de commande et de diagnostic. L'américain Rasmussen avait procédé à une analyse de sécurité d'une centrale nucléaire, analyse dans laquelle - de manière parfaitement conséquente - il avait passé en revue toutes les sources possibles d'ennuis susceptibles de provoquer des incidents ; il en fit un classement systématique, étudia les probabilités de tel ou tel incident, en cherchant notamment avec quelle probabilité l'incident en question pourrait entraîner des rejets de radioactivité vers l'extérieur, par exemple. Nous avons été mis au courant par des sources étrangères. Mais il n'existe, à ma connaissance, aucun groupement soviétique qui se soit donné la peine de se pencher sur ces questions pour en étudier la portée. Ce fut V.A. Sidorenko qui, chez nous, se préoccupa le plus activement de la sécurité en matière nucléaire. Son approche me semblait sérieuse. Il avait une idée très nette de la situation liée à l'exploitation d'une centrale, à la qualité des équipements et aux problèmes pouvant survenir en certaines occasions. Mais ses efforts étaient principalement axés sur la nécessité de venir à bout de ces difficultés par le biais, tout d'abord, de mesures relevant de l'organisation, ensuite par le perfectionnement des documents obligatoirement déposés dans les centrales et auprès des auteurs des projets ; enfin, il s'inquiétait vivement de la création d'organes de contrôle qui surveilleraient la situation.

La qualité des équipements livrés aux centrales le préoccupait beaucoup, lui et ses condisciples. Les derniers temps, nous commencions tous à nous inquiéter à propos de la formation et de la préparation du personnel chargé des projets, de la construction et de l'exploitation des centrales atomiques. En effet, le nombre des chantiers s'était fortement accru, alors que le niveau d'instruction de ceux qui participaient à ce processus avait plutôt tendance à baisser. Sur ces questions, les positions de V.A. Sidorenko étaient sans appel. Hélas, il ne bénéficia pas du soutien souhaitable. Chaque document, chaque démarche s'accompagnait de pénibles efforts.

Ce phénomène se comprend du point de vue psychologique dans la mesure où le département où nous travaillions fonctionnait selon le principe d'une qualification optimale des collaborateurs, capables d'accomplir n'importe quelle tâche, et sur celui d'un sens maximum des responsabilités. Et en effet, placés dans les mains de personnes qualifiée, nos appareils semblaient fiables et susceptibles d'être exploités sans danger. Les inquiétudes concernant l'amélioration de la fiabilité des centrales nucléaires semblaient, par conséquent, purement fantaisistes, puisque l'on avait affaire ici à un milieu de spécialistes hautement qualifiés, persuadés que les questions de sécurité devaient être résolues uniquement par le biais des qualifications et de la précision des instructions données au personnel.

Des fonds toujours plus importants furent affectés à la création de projets qui n'avaient aucun rapport direct avec l'énergie nucléaire. Les organisations scientifiques, jadis les plus puissantes du pays, commencèrent à péricliter, à disposer de moins en moins d'équipements techniques modernes mais d'un personnel vieillissant ne voyant pas les innovations d'un bon oeil. La routine s'installa peu à peu, routine dans le travail et aussi dans les solutions apportées aux problèmes. Je me rendais compte de tout cela mais il était difficile pour moi de m'en mêler, mes déclarations générales à ce sujet étant fort mal reçues dans la mesure où toute tentative d'un non-professionnel visant à faire connaître ses conceptions sur le travail des organisations était jugée inadmissible.
C'est ainsi que vit le jour une génération d'ingénieurs qui, certes, étaient qualifiés dans leur travail mais qui manquaient d'esprit critique envers les équipements et les systèmes garantissant leur sécurité... Le doute commença à s'installer dans mon esprit car il me semblait urgent d'innover, d'essayer de prendre de la distance et d'agir différemment.

J'ai risqué gros. J'ai dirigé dans ma vie 10 projets au niveau NIR (travaux de recherche scientifique) dont 5 ont échoué, échecs qui ont valu au gouvernement des pertes d'environ 25 millions de roubles. Ces projets ont avorté non pas parce qu'ils étaient erronés au départ. Non, ils étaient captivants, des plus intéressants. Mais voilà, tantôt il manquait les matériaux, tantôt on cherchait désespérément le groupement qui se chargerait par exemple de la mise au point d'un compresseur spécial, d'un échangeur de chaleur ; au bout du compte, ces idées initialement si attrayantes s'avérèrent lors d'une étude de projet plus approfondie, très onéreuses ou trop grandioses, de sorte qu'elles ne purent être mises à exécution. Je crains que sur ces dix projets, deux encore ne connaissent un sort analogue pour les mêmes motifs ; par contre, trois autres ont été couronnés de succès, c'est-à-dire que nous avons eu la chance de tomber sur des partenaires fiables. L'un de ces trois projets - il avait coûté 17 millions de roubles - se mit pour finir à produire des recettes annuelles, couvrant largement les 25 millions de déficit liés à la recherche scientifique. Mais le pourcentage de risque dans mes travaux fut donc assez élevé : 50 à 70 %. Du jamais vu dans le secteur des réacteurs !

Pour l'une ou l'autre raison, je n'avais qu'un intérêt mitigé pour la construction traditionnelle de réacteurs. A cette époque-là, je ne me rendais pas très bien compte des dangers. J'éprouvais, certes, de vagues inquiétudes, mais il y avait là de telles sommités, des personnes si éclairées que j'avais l'impression que jamais elles ne toléreraient le moindre incident fâcheux. La comparaison des équipements occidentaux avec les nôtres me permettait de conclure qu'en dépit d'un grand nombre de problèmes liés à la sécurité des appareils existants, ces difficultés étaient moins importantes que les dangers inhérents à l'énergétique traditionnelle, à savoir les rejets dans l'atmosphère de grandes quantités de substances cancérigènes, voire de radioactivité contenue dans les gisements mêmes de charbon.

Pour ce qui est du RBMK, les spécialistes en matière de réacteurs le considéraient comme franchement mauvais. Mauvais non pas sous l'angle de la sécurité - au contraire, le bilan était plutôt positif sur ce point - mais en raison d'inconvénients d'ordre économique : utilisation très abondante de combustible, volume des investissements de capitaux, construction non-industrielle des équipements. Ce qui m'inquiétait aussi, en ma qualité de chimiste, c'était le recours massif au graphite, au zirconium et à l'eau. Je me tracassais par ailleurs à propos de la construction peu ordinaire - et à mon avis très médiocre - des systèmes d'urgence susceptibles d'intervenir dans des situations extrêmes : seul l'opérateur pouvait enfoncer les barres de contrôle soit de façon automatique, soit manuellement. Or tout mécanisme est sujet à des défaillances, et personne n'avait prévu d'autres systèmes d'urgence qui, indépendants de l'opérateur, se mettraient en marche en fonction uniquement de l'état de la zone active. Il me vint à l'oreille que des spécialistes étaient précisément en train de formuler des propositions à l'intention des constructeurs, propositions visant à modifier les systèmes en question. Certes, elles n'avaient pas été refusées, mais leur mise en oeuvre prenait du temps...

J'aimerais vous faire part ici d'une conviction intime, même si mon opinion n'est guère partagée par mes collègues et va jusqu'à créer certaines frictions. La voici : les notions de « responsable scientifique » et de « constructeur » n'existent pas en Occident, ni chez nous au sein de notre aviation ou dans les secteurs industriels de pointe. J'admets qu'il puisse y avoir une direction scientifique pour des questions telles que la stratégie de développement dans l'aviation. Mais du moment qu'il s'agit de construire un avion, il ne faut plus qu'un seul « maître », qui soit en même temps le constructeur, l'auteur du projet et le responsable scientifique ; en d'autres termes, toute l'autorité et toute la responsabilité doivent relever d'un seul homme. Cela me semblait parfaitement évident.

Lors des toutes premières étapes de l'économie atomique, la situation était encore raisonnable. Dans la mesure où l'on se trouvait ici en présence d'une nouvelle branche de la science - la physique de l'atome et des neutrons - la notion de direction scientifique se résumait comme suit : on communiquait aux constructeurs les principes de base de la construction des équipements, le responsable scientifique devant veiller à ce que lesdits principes soient exacts et sûrs du point de vue de la physique. Le constructeur les mettait ensuite à exécution avec l'aide constante des physiciens qu'il consultait en permanence. Tout cela était justifié au début de l'épopée nucléaire. Mais les organisations de constructeurs se développèrent au point de disposer de leurs propres centres de calcul et de physique ; c'est ainsi qu'apparut cette dualité du pouvoir sur une seule et même installation (mieux encore, il faudrait parler d'une triple autorité, compte tenu de l'existence d'une multitude de conseils départementaux et autres), d'où la naissance d'une « responsabilité collective » en matière de qualité. Cette situation prévaut encore à l'heure actuelle, ce qui, à mon avis, est tout à fait incorrect.

Je reste convaincu que le rôle de la direction scientifique consiste à expertiser tel ou tel projet, à sélectionner le meilleur et à déterminer la stratégie de développement dans le secteur nucléaire. C'est là que réside la fonction du responsable scientifique et non pas dans la création d'un appareil concret ayant certaines caractéristiques bien précises. Toute cette confusion, ce système dépourvu d'un collaborateur répondant personnellement de la qualité des appareils, conduisirent à une absence totale de sens des responsabilités, ce qu'allait d'ailleurs démontrer l'accident de Tchernobyl.

Lors du rapport qu'il fit à la réunion du 14 juillet, N.I. Ryjkhov affirma que selon toute apparence, l'avarie à la centrale ukrainienne n'avait pas été fortuite, et que c'était en fait de manière inéluctable que l'économie atomique en était arrivée à un événement aussi grave. Je fus frappé par la justesse de ces propos, étant moi-même incapable de résumer ainsi l'état des choses. Je me rappelais un cas significatif survenu un jour dans une centrale : au lieu de souder correctement un joint du circuit principal, les soudeurs s'étaient contentés de placer une électrode, la soudant à peine en surface. On avait risqué une avarie épouvantable, l'explosion d'une conduite importante, la destruction du VVER avec perte intégrale du fluide de refroidissement, la fonte de la zone active, etc. Mais heureusement, cette centrale disposait d'un personnel discipliné, attentif et précis ; en effet, le point non étanche détecté par l'opérateur n'était même pas décelable au microscope. On se lança alors dans des investigations pour découvrir que l'on se trouvait tout simplement en présence d'une soudure bâclée. On se mit ensuite à examiner les documents : ils portaient tous les signatures requises, celle du soudeur qui confirmait avoir effectué un travail de qualité, celle aussi du responsable de la détection du flux gamma qui disait avoir contrôlé ce joint, joint en réalité inexistant. Tout cela au nom de la productivité du travail, à savoir la soudure d'un nombre maximum de joints (1). Un tel gâchis frappa vivement notre imagination. On s'attacha alors à contrôler ce même secteur dans d'autres centrales, et les résultats ne furent pas partout satisfaisants.

Des défaillances fréquentes dans les circuits principaux, le mauvais fonctionnement des verrous, des canaux défectueux dans les réacteurs VVER, c'étaient là des incidents courants qui se répétaient chaque année. Depuis dix ans, on parlait d'installer des simulateurs ; depuis cinq ans au moins, de l'urgence de créer un système de « diagnostic » à même de nous renseigner sur l'état des équipements ; mais tout cela resta lettre morte. On relevait de temps à autre que la qualité des ingénieurs et du personnel d'exploitation ne cessait de baisser. Ceux qui eurent l'occasion de se rendre sur les chantiers de centrales nucléaires furent choqués par la désinvolture tolérée sur les lieux, désinvolture inadmissible compte tenu de la nature même des travaux. Nous savions toutes ces choses, que nous considérions comme de simples épisodes isolés, mais lorsque N.I. Ryjhkov affirma que le secteur nucléaire s'était inéluctablement dirigé vers des catastrophes du genre de Tchernobyl, je me remémorai le tout ; je revis aussi les spécialistes de mon propre institut avec leur attitude très routinière par rapport à ce qui se passait dans le secteur de la construction des centrales nucléaires.

De par mon caractère, je commençai à étudier cette question plus à fond, à « m'activer » si j'ose dire et à prôner la nécessité de passer à une génération suivante de réacteurs qui seraient plus sûrs, tels que le VTGR ou un réacteur à sel liquide par exemple. Ce faisant, je soulevai une tempête d'indignation ; on me dit que le problème ne se situait pas là, que j'étais ignorant, que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas, et qu'il était impossible de comparer un type de réacteur à un autre. La situation était donc fort complexe. Certes, on étudiait des réacteurs de substitution, on améliorait peu à peu ceux qui se trouvaient en service, mais le plus triste dans l'affaire, c'est que jamais on n'arriva à faire une analyse scientifique, objective et sérieuse de l'état réel des choses, à disséquer l'enchaînement des événements, à analyser l'ensemble des défaillances éventuelles et à trouver les moyens pour en venir à bout.
A la veille des événements de Tchernobyl, la situation suivait son cours ; on assistait en particulier à la multiplication des entreprises chargées de fabriquer des composants pour centrales nucléaires. Atommash fut mise en chantier ; cette entreprise allait attirer beaucoup de jeunes. Mais l'édification de l'usine connut de nombreux déboires, la qualification des spécialistes venus sur les lieux pour maîtriser leur profession étant nettement insuffisante. Même constat pour les centrales nucléaires.

Après m'être rendu à Tchernobyl, j'en vins à une conclusion analogue : l'accident était le paroxysme, le triomphe de toute cette mauvaise gestion qui avait régné dans notre pays depuis des dizaines d'années. Bien sûr, en ce qui concerne les événements de Tchernobyl, les coupables ne se ramènent pas à quelques données abstraites, mais il s'agit de personnes bien concrètes. Nous savons aujourd'hui que le système de commande de sécurité de ce réacteur était défectueux ; bon nombre de collaborateurs scientifiques le savaient et avaient fait des propositions visant à y remédier. Mais le constructeur, qui n'avait pas très envie d'effectuer rapidement un surplus de travail, ne fut pas pressé de modifier ce système. C'était conforme à ce qui se passait à la centrale même de Tchernobyl depuis des années ; on faisait des expériences dont les programmes étaient établis avec beaucoup de négligences et d'inexactitudes, et qui n'étaient précédées d'aucune étude sur les situations pouvant éventuellement survenir... Par ailleurs, le mépris pour l'avis du constructeur et du responsable scientifique était total, et il fallait se battre pour que les processus technologiques soient mis à exécution correctement. En outre, jusqu'au moment des travaux préventifs de maintenance prévus par le Plan, on n'attachait aucune importance à l'état des appareils et des équipements. Un directeur de la centrale alla même jusqu'à dire un jour « Mais pourquoi vous en faire ? Un réacteur nucléaire, c'est comme un samovar, et c'est bien plus simple qu'une centrale thermique ; nous avons du personnel expérimenté, et il ne se passera jamais rien de fâcheux. »

Si l'on considère l'enchaînement des événements et que l'on tâche de découvrir les motifs des agissements de chacun, on voit qu'il est impossible de désigner un seul coupable, un seul fauteur des troubles qui conduisirent à cet acte criminel, puisque l'on se trouve ici en présence d'un véritable circuit fermé : les opérateurs commirent des erreurs parce qu'ils avaient absolument tenu à mener l'essai à son terme, estimant qu'il en allait de leur honneur ; bricolé à la hâte, le programme d'essais n'avait pas été approuvé par les spécialistes qui auraient dû lui donner leur aval. J'ai chez moi, dans mon coffre-fort, l'enregistrement des entretiens téléphoniques entre les opérateurs à la veille de l'avarie. Il y a de quoi attraper la chair de poule. Ainsi un opérateur en appelle un autre et demande : « Dis donc, ici dans ce programme, il est dit comment procéder, et ensuite je vois que d'importants passages ont été biffés ; qu'est-ce que je dois faire ? » Après un instant de réflexion, l'autre lui répond : « Procède selon ce qui est supprimé. » Cela met en évidence le niveau de préparation de documents sérieux pour des entreprises aussi importantes que des centrales nucléaires : quelqu'un avait raturé quelque chose, et l'opérateur était libre d'interpréter si oui ou non les passages concernés avaient été supprimés à juste titre, et ainsi d'agir à son gré. Mais on ne saurait faire retomber toute la faute sur l'opérateur puisque quelqu'un avait établi le programme et y avait biffé quelque chose, quelqu'un avait apposé sa signature et quelqu'un n'avait pas coordonné le programme. Le fait même que le personnel de la centrale pouvait procéder de son propre chef à certaines opérations, non sanctionnées par des professionnels, trahit déjà les relations faussées des dits professionnels avec cette centrale. Le fait aussi qu'il y avait à la centrale des représentants du Gosatomenergonadzor (organisme national de surveillance des centrales nucléaires), mais qu'ils n'étaient au courant ni de l'essai en cours ni du programme en général, dépasse déjà la simple anecdote biographique sur la centrale.

Mais revenons aux événements de Tchernobyl, dont je me suis par trop écarté. Les troupes aéroportées, les divisions d'hélicoptères travaillèrent avec une grande précision, faisant preuve d'un niveau d'organisation exemplaire. Bravant tous les dangers, les équipes s'attachèrent en toute circonstance à accomplir leur mission, aussi difficile et complexe fût-elle. Ce fut surtout les premiers jours qu'elles connurent les plus gros obstacles. Elles avaient reçu l'ordre de larguer des sacs de sable. Pour une raison ou pour une autre, les autorités locales ne réussirent pas à recruter sur le champ un nombre suffisant de personnes susceptibles de préparer les sacs et le sable. J'ai donc vu de mes propres yeux ces équipes de jeunes officiers charger les sacs dans les hélicoptères, effectuer leur vol, larguer leur charge sur la cible, revenir et recommencer les opérations. Si mes souvenirs sont exacts, voici les chiffres : on largua des dizaines de tonnes au cours des premières vingt-quatre heures, des centaines de tonnes les deux jours suivants, et le soir du 4e jour, le général Antochkine annonça qu'en ces seules dernières vingt-quatre heures, 1 100 tonnes de matériaux avaient été lâchées. Le 2 mai, le réacteur fut, pour ainsi dire, entièrement colmaté, et à partir de ce moment-là, le dégagement de radionucléides baissa de manière sensible.

A un moment quelconque du 9 mai, nous eûmes l'impression que la 4e tranche avait cessé de respirer, de brûler, de vivre ; vu de l'extérieur, le calme y régnait. Nous souhaitions fêter l'événement au soir de cette journée officielle de la Victoire. Mais malheureusement, c'est précisément à ce moment-là que l'on découvrit, à l'intérieur de la 4e tranche, une tache cramoisie, petite certes, mais étincelante, ce qui trahissait une température élevée subsistante. Il était difficile d'établir si c'étaient les parachutes qui avaient servi à larguer le plomb et les autres matériaux qui brûlaient. A mon avis, ce n'était guère le cas ; il s'agissait plutôt de la masse incandescente de sable, d'argile et de toutes les autres substances lâchées sur la 4e tranche. Notre fête tomba à l'eau, puisqu'il fut décidé de parachuter encore quelque 80 tonnes de plomb dans le cratère du réacteur. L'opération fut couronnée de succès, et c'est donc dans des circonstances plus calmes que nous célébrâmes la journée de la Victoire le 10 mai.

Paradoxalement, en ces jours pénibles, nous ressentîmes de l'exaltation, humeur imputable non pas au fait que nous assistions à une lutte contre des événements tragiques : le tragique de la situation constituait la toile de fond. Nous dûmes cet état d'esprit à l'efficacité dont les équipes faisaient preuve dans leur travail, à leur empressement à répondre à nos requêtes, à la rapidité avec laquelle les variantes techniques voyaient le jour. Et déjà, nous nous attelions, sur place, aux premières solutions pour la mise en place d'une coupole au-dessus de la tranche détruite...

V. Legassov, La Pravda 20/5/88,
traduction Association Suisse Pour l'Energie Atomique.



1) Il faut ici souligner que ce genre de malfaçons et de falsification est aussi un phénomène bien français. Récemment à la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, on a découvert que des entreprises sous-traitantes d'EDF (parmi lesquelles Spie-Batignolles) opérant sur l'ensemble du parc nucléaire français avaient réalisé le même genre d'intervention : « Actuellement, quatre nouvelles soudures sur un circuit important pour la sécurité ont été trouvées non conformes, contrairement aux documents de contrôles fournis, et nécessitent d'être réparées. Une visite de surveillance a été effectuée, le lundi 22 juin [1992], par des inspecteurs de la DSIN et de la DRIRE Centre. Au cours de cette visite, l'exploitant et le prestataire ont confirmé la falsification de procès-verbaux. Le prestataire a fait part à Electricité de France d'une liste de soudures susceptibles d'avoir donné lieu à une falsification de leur procès-verbal de contrôle. La surveillance des prestataires prévue dans le cadre du système d'assurance qualité d'EDF, n'a pas permis d'éviter cette fraude. » (Bulletin de sûreté nucléaire du ministère de l'Industrie, Magnuc, cité dans La lettre d'information du Comité Stop-Nogent n°56 avril-juin 1992).

vendredi 22 avril 2011

TEXTE D'UNE LYCÉENNE JAPONAISE

Aidez-moi,
je suis une élève de Minami-Soma à Fukushima.
J’ai perdu des amis lors du Tsunami, mes amis ont perdus leurs parents, ma meilleure amie est restée coincée à Minami-Soma parce que la pénurie d’essence l’a empêchée de fuir.
Pour lui remonter le moral je n’ai que le téléphone et les emails.
Mes amis et moi nous nous battons maintenant avec notre peur de la radioactivité.
Mais nous sommes découragés.
A l’âge de seize ans je me prépare à la mort, je la sens qui s’approche.
Même si je devais en sortir, la peur de la radioactivité sera toujours à mes côtés.
Les hommes politiques, l’État, les mass-médias, les experts, les "boss" de la centrale nucléaire,
tous sont nos ennemis
tous sont des menteurs.
La télévision parle de moins en moins de la centrale nucléaire.
Toujours les mêmes photos du tsunami et les interviews sans coeur des mass-médias, des condoléances du bout des lèvres, un homme politique qui qualifie l’accident nucléaire de "catastrophe naturelle".
Messieurs les politiciens, aidez-nous avec votre salaire et vos épargnes, arrêtez de vivre dans le luxe et aidez les victimes à survivre.
Arrêtez de donner uniquement des ordres, arrêtez de nous regarder d’un endroit sûr, venez ici vous-même et aidez-nous.
Nous ... On nous a laissé tomber
Fukushima sera sans doute isolé.
On nous laisse complètement tomber, c’est l’État qui nous tue.
Nous, les victimes de la catastrophe nous ne pardonnerons jamais à l’État de nous avoir laissé tomber,
nous lui en voudrons toujours.
Voici ce que je voudrais dire à ceux qui lisent cette lettre :
Vous ne savez jamais quand une personne que vous chérissez disparaîtra.
Imaginez que la personne avec laquelle vous riez maintenant, disparaît l’instant suivant.
Soyez désormais plus attentifs à votre entourage.
Maintenant, l’école où nous avons passé notre jeunesse s’est transformée en morgue.
Des personnes qui ne bougeront plus jamais sont allongées dans la salle où nous avons fait du sport et pratiqué nos activités de club.
Comment puis-je faire connaitre la réalité au plus grand nombre de personnes possible ?
Je serais heureuse si au moins une personne lit ce message.
Après avoir réfléchi je me suis permis d’écrire ce message.
Pardonnez-moi et je vous remercie.


Cette élève habitait tout près de la centrale nucléaire de Fukushima. Publié le 30 mars 2011 sur : http://ameblo.jp/tsukiji14/entry-10844839979.html Traduit en français par Violaine Mochizuki

samedi 19 février 2011

les qu'à faire pairs en catalogne nord (du 1er au 3ème, soit de décembre à février)

 Affiche générale de Ronan pour les cafés repaires



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 Première affiche et compte rendu du premier repaire


Compte-rendu du premier Café-Repaire du 23 décembre 2010 écrit vaillamment par Lysiane :


Café re....re, à vous  de choisir entre les trois : père, pair et paire ... du Conflent, à Villefranche au bar des Pompiers, place du Génie..


Une vingtaine de personnes disséminées dans le Conflent, (de Villefranche, Vernet, Sahorre, Escaro, Joch et Bouleternère et j'en oublie peut-être) venues et réunies grâce à l'émission de Daniel Mermet «  Là-bas, si j'y suis » pour essayer de causer ensemble, du dernier mouvement social : les manifestations que la loi sur la réforme des retraites a provoquées.
Pas facile de commencer, à causer,  les «  gens » ne se connaissaient pas, pas du tout pour certains, plus ou moins pour d'autres, et un peu plus pour certains venus en bande et liés par une pratique commune.
Heureusement que Thierry du café rep....re de Perpignan, rôdé à la chose, (pour le Conflent, c'était notre première) était là pour lancer le débat, puis pour éviter que la réunion, d'aparté en aparté, ne se scinde en petits groupes informels, en bandes qui se connaissaient entre eux et avaient leurs habitudes, affinités et penchants.
Donc, il recentrait le débat, avec la légèreté de quelqu'un qui ne nous sert pas son discours tout cuit, ni même ses petites idées, mais pourvu d'un savoir-faire du à l'expérience de ce genre de confrontation, informelle, certes, mais aussi où chacun se fait rouler sur ses petits rails convenus (entre amis, entre potes...)
En tous les cas, il a commencé par nous faire part de la raison qui l'avait amené jusqu'à Villefranche, pour animer, enfin nous aider à la création de ce café rep...re.
Il s'interrogeait sur les moyens de continuer la lutte après le mouvement social occasionné par la loi sur la réforme des retraites (manifs importantes, blocages …) et qui, malgré le nombre important de manifestants, la mobilisation et la sympathie avec laquelle il a été accueilli (par les usagers) avait été un échec :
- pas de retrait de la loi, et en plus, tout repart, comme si de rien n'était, pour les manifestants, comme pour le pouvoir.
Après les présentations où l'on a pu constater, l'importance de «  là-bas, si j'y suis » comme signe de ralliement, - ce qui expliquait le nombre inattendu de personnes réunies - et  qui nous jetait forcément dans une certaine tonalité (opposition et moyens de luttes) à l'exception de deux ou trois personnes qui justement ne supportaient pas la voix du présentateur, ou qui tout bonnement, ne connaissaient pas ce "Là-bas…".
Le deuxième tour de table a  donné corps aux préoccupations de chacun, aux risque d'en oublier, voici quelques réflexions :
1 - la manif, c'est pas une lutte : cette promenade bon enfant avec ses chants et slogans lancés par une grosse voix de représentant syndical, (ou pas) et répétés par des gens affiliés au syndicat en question, (ou pas)  mais le rite veut que chacun défile sous sa bannière et ça peut tout signifier sauf la lutte. L'intervenant semblait séduit par quelque lutte plus directe, plus physique, plus frontale contre et face à l'Ennemi, le POUVOIR.
2 - le besoin de faire quelque chose de concret, d'immédiat pour contribuer à une alternative locale et écologique.
3 - une lutte sur le terrain, pour des actions précises de soutien aux précaires et notamment à tout ceux concernés par la loi ''loppsi 2",  pour la 'Programmation de la Performance' en matière de 'Sécurité Intérieure' qui concerne les habitants des cabanes,  des camions, mais aussi tout lieu considéré comme hors norme et susceptible d'entrainer des nuisances pour le voisinage.

Des actions qui favoriserait l'engagement des pouvoirs locaux.
4 - évocation  du mouvement Anglo-Saxon,  ''Ville en transition'' visant l'auto-suffisance alimentaire et énergétique.
5 - unanimement regrettée l'absence de ceux qui ont joué un rôle important dans le mouvement : les lycéens.
Nous avions tous entre 40 et 70 ans et la moyenne était peut-être 50.
Cette triste constatation a  amené certains à parler des nouvelles techniques qui produisaient d'autres façons de faire, d'autres moyens de se mobiliser.  Et d'autres ont parlé de coup de flambe médiatique.

En résumé deux tendances :

1 - le désir exprimé d'une organisation de la lutte, capable de réfléchir sur des moyens efficaces, pour une offensive réelle  contre la politique actuelle, qu'il s'agit de faire reculer et de contraindre à une écoute et a des réponses satisfaisants nos revendications.
2 - le désir de voir un nôtre monde possible, ici et maintenant, avec induit l'évidence des valeurs sûres et quasi-éternelles : le retour à la terre, l'artisanat local, la remise en forme de la terre elle-même et de ses corps de métier par une médecine douce

Quelqu'un a précisé qu'elle n'avait jamais eu de problème avec tout ça et peut-être qu'elle s'en foutait, elle avait rencontrée les mêmes difficultés partout, dans toutes les organisations ou communautés dites ''humaine'' et son problème c'était les hommes en tant que tels.
Elle semblait vouloir dire :
Le problème c'est vous, c'est nous, c'est moi.
Ni l'organisation sociale, ni la terre, ni l'air n'y pourront rien.

PS : j'ai oublié de mentionner

                     1 le projet de journal-affiche murale avec suite en blog sur le net.
                     2 le soutien aux formes de vie menacées : dans le cas précis, pour le Conflent, nous avons parlé de Francis, amoureux des chevaux, de la nature, victime d'une maladie des os et très brave type, menacé, par les autorités d'être aujourd'hui jeté hors de chez lui.
                     3 les pronostics astrologiques de Minouche (ça va péter en avril-mai) mais c'était hors réunion !

L'ambiance était cool chez Joël,  patron du bar et des pompiers ... jusqu'aux petits toasts qu'il nous avait préparés.

                           

Prochains rendez-vous :
A Perpignan jeudi 6 janvier, 18h30 au bar le Lisboa
A Villefanche de Conflent le jeudi 20 janvier, 18h30 au bar du Canigou …

D'ici là portez-vous bien !         

                                                                           #####
Suite à ce compte rendu, un message de Marie Christine:

Le 5 janvier 2011 02:31, Marie-Christine ‬ a écrit :

Bonjour et merci pour le compte rendu vivant de la réunion à Villefranche !
J'espère que cette nouvelle année a bien commencé pour vous. Moi je me remets lentement d'une très grosse grippe et d'un gros rhume !
Je ne pourrai pas venir à la réunion du 6 à Perpignan mais je voulais vous faire part de ma vision des choses et de quelques propositions, en écho avec certaines des propositions lues dans le compte rendu mais aussi des échanges que nous avons eu dans les précédentes réunions du repère à Perpignan.

Ce sera un peu long, tant pis pour celles et ceux qui n'ont pas le temps (allez voir directement à la fin de ce long mail les propositions d'action), mais il est important pour moi de vous partager un peu qui je suis et comment je sens les choses, parce que l'envie de faire des choses ensemble passe par la résonance de nos expériences croisées, de nos valeurs intérieures et de notre vision d'un monde meilleur. L'énergie collective étant bien plus que la somme des énergies individuelles en présence, il est important de savoir ce qui nous fait vibrer personnellement pour trouver nos frères et soeurs d'âmes, de coeurs, et oeuvrer ensemble.

Avant tout je précise que lorsque je parle de pouvoir, je me réfère au sens "neutre" du mot, sans connotation de dérive autoritaire. Je reprends une définition qui me convient (Joêl Kramer et Diana Alstad dans "The guru papers") à savoir le pouvoir comme la "capacité d'une personne ou d'un système d'influencer d'autres personnes ou d'autres systèmes - une aptitude qui n'est ni bonne ni mauvaise. les auteurs établissent pourtant une distinction entre le "pouvoir" pur et simple et "l'usage autoritaire du pouvoir".
J'ai 43 ans, je milite depuis mon enfance, à ma façon, pour l'ouverture des consciences, des coeurs, pour le partage, la solidarité, pour "être bien ensemble", pour l'écologie au sens large, dans la relation des humains à la planète terre mais aussi dans la relation des humains entre eux.  Cela ne m'a pas empêché de connaître la violence, la lutte stérile, la haine de l'autre et la désespérance. J'ai découvert peu à peu, chemin faisant, que la lutte sociale et politique est vaine si elle n'est pas reliée à une prise de conscience personnelle de ce qui m'anime intérieurement et de ce qui me mine. J'ai choisi de soigner mes blessures intérieures et de m'occuper de ma pomme pour revenir dans le monde avec une énergie bienveillante et plus pacifique parce que nourrie de plus de liberté personnelle et de plus de confiance en mon propre pouvoir, celui d'influencer le cours de "ma" vie et de pouvoir partager avec d'autres ce désir de se libérer de sa propre prison intérieure et de vivre mieux avec l'autre.
Entre autres choses, je milite pour une reprise du pouvoir sous toutes ses formes, dans la vie quotidienne, ancrée dans le réel, à partir d'une approche concrète des besoins humains au niveau social, politique, énergétique (pour l'humain et pour la terre), écologique, économique et spirituel. Le pouvoir, à commencer par notre pouvoir personnel, bien avant notre pouvoir social, nous l'avons délégué puis délaissé aux mains des autres, ceux qui "savent" (nos parents, amis, conjoints, collègues, patrons, médecins, représentants de l'autorité institutionnalisée etc...) dans une attitude de soumission fataliste qui nourrit le sentiment d'impuissance et engendre frustration et colère. A mon sens, par mon expérience, le premier pouvoir à reconquérir est notre pouvoir personnel de penser par nous même, de décider et d'agir, en résonance avec nos valeurs humaines et nos désirs profonds. Rien de nouveau sous le soleil mais quand il s'agit de se l'appliquer à soi même et d'oser aller à contre courant de sa famille, ses collègues de travail, ses amis même et j'en passe, ça devient plus compliqué. Combien d'hommes et de femmes j'ai croisé sur mon chemin, porteurs de belles paroles mais tellement enchaînés dans leurs peurs et dans l'incapacité d'oser être eux mêmes, dans la quête de pouvoir pour se sentir exister. des hommes et des femmes qui militaient pourtant dans des courants dits de gauche ou alternatifs mais qui se comportaient exactement de la même manière que leurs "ennemis".  C'est toujours de la faute de l'autre, des autres, du pouvoir, de nos gouvernants etc... si nous sommes malheureux.  C'est trop facile. L'ennemi est avant tout intérieur et il ne sert à rien de montrer du doigt ceux qui nous enchaînent d'une manière ou d'une autre sans prendre conscience de notre complicité avec nos bourreaux. "Bourreau de soi, victime des autres", c'est le titre d'un bouquin dont j'ai oublié le nom de l'auteur mais le tire à lui seul mérite méditation.
Ce long préambule pour vous exprimer que je ne cautionne pas du tout l'approche du POUVOIR comme ennemi à abattre. Le pouvoir est en nous et il appartient à chacune à chacun de se responsabiliser pour le reconquérir et retrouver sa dignité d'être humain. Comme disait si bien Sénèque, "Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas mais parce que nous n'osons pas que les choses sont difficiles". Le monde extérieur n'est que le reflet de notre monde intérieur. Si nous voulons changer le monde extérieur, balayons d'abord devant nos portes.

Je ne partage plus non plus l'idée d'une lutte à mort où le moteur interne fonctionne dans la peur et le rejet de l'autre. C'est une perte d'énergie considérable et cela entretient le cercle vicieux, peur, rejet, agression. Aujourd'hui je préfère nourrir le cercle vertueux de la curiosité pour l'autre, l'accueil et l'intégration. Et c'est beaucoup plus difficile !

Je salue l'oeuvre de tous nos prédécesseurs dans toutes les luttes sociales, féministes etc..parce que sans eux, sans elles, nous n'aurions pas pu accéder à ce mieux vivre qui nous a permis de nous consacrer à d'autres aspects de notre développement d'être humains. Mais je crois que nous avons à inventer d'autres formes de lutte, ou d'autres formes d'agir, avec plus d'amour, de joie, de paix et d'humour. Je crois que nous avons besoin, terriblement besoin de recréer du lien, de nous sentir accueillis et reconnus, de partager des lieux d'expression, dans un climat de sécurité bienveillante, où peu importe notre "étiquettage", nous sommes avant tout humains et nous avons besoin et envie de nous retrouver pour construire ensemble de nouveaux projets sociaux. Et pour les construire en "s'amusant", avec humour, en étant connecté à notre folie intérieure, celle qui nous rend créatifs et audacieux, celle qui nous redonne des ailes. Etre sérieux sans se prendre au sérieux. Retrouver notre enfant intérieur et créer avec lui de nouveaux possibles. "C'est parce qu'il ne savait pas que c'était impossible qu'il l'a fait".

Alors voilà, par exemple, pour retrouver notre pouvoir économique, nous pouvons "changer de banque", retirer ce pouvoir des lieux où il est utilisé pour servir les intérêts mercantils, les marchands d'armes, les paradis fiscaux, l'asservissement de plus de la moitié de l'humanité etc...Il existe des banques éthiques comme la NEF par exemple. Transférons notre pouvoir économique à ceux qui utilisent les fonds pour financer des projets alternatifs et solidaires. Le collectif "sauvons les riches" a mis en place un site qui s'appelle jechangedebanque.org avec toute la méthodo pour passer de l'idée à l'action. On pourrait organiser une démarche collective de changement de banque. Collective dans le sens où même si c'est chacun individuellement qui fait la démarche en changeant de banque, on organise par exemple une communication collective autour de ce phénomène.On trouve des relais dans les médias alternatifs ou sensibles à cette question et on fait connaître la démarche. Il y a des compétences très diverses et complémentaires dans notre petit groupe du repère. Sûr qu'il y a parmi nous ou nos connaissances des personnes qui peuvent nous aider à construire le volet communication. Il me semble que le plus dur sera de nous bouger nous mêmes pour changer de banque ! Sommes nous prêts à faire ça ? ce serait un bon test pour voir si nous pouvons "lâcher" de ce côté. Il y aura plein d'objections, de résistances mais justement c'est ça qui est intéressant aussi ! Arriver à nous bouger le c....! Quand j'ai commencé à en parler autour de moi, à des personnes "au dessous de tout soupçon", quelle n'a pas été ma surprise de voir tout de suite des réactions de résistance ! Et pourtant, le site en question en témoigne, il y a de plus en plus de gens qui s'y mettent et si on arrive à participer à une chaîne plus grande, au bout d'un moment ça va forcément commencer à inquiéter le système financier. Sinon, notre ignorance et notre peur de changer continueront à engraisser la machine infernale !

Pour redonner goût aux "gens", aux citoyens de "base" (dont je fais partie) de se questionner, de s'engager, proposons des actions concrètes, simples et joyeuses où l'on peut témoigner qu'agir c'est possible et que ce n'est pas ennuyeux ! Il y a des foules d'expériences dingues, audacieuses et créatives de par le monde entier. Qui témoignent que c'est possible de participer à la métamorphose planétaire en agissant localement. Nous avons besoin de bonnes nouvelles, de contamination positive, de sentir le vent de folie qui souffle dans nos coeurs, de redonner un sens au mot espoir. Et comme "on n'attire pas les mouches avec du vinaigre", soyons fous, drôles, et communiquons notre énergie positive. Pourquoi pas un "crieur" ou une "crieuse" dans les rues, places et marchés de Perpignan et d'ailleurs, qui viendraient témoigner de toutes ces expériences positives qui existent et se développent, dont personne ou presque ne parle. Relayons une autre parole. Collectons les expériences positives et crions les. Il y dans un quartier "politique de la Ville" du 20ème à Paris un "crieur", le crieur des Amendiers (on trouve des infos très intéressantes sur internet en tapant "crieur des amendiers", une expérience sociale passionnante) Je rejoins Gonzalo et l'idée d'une tribune où les gens peuvent s'exprimer. Créons et animons des tribunes de rue, des tribunes d'expression libre et joyeuses. Réalisons un petit fascicule que l'on pourrait distribuer, un petit document pratico pratique qui recenserait les expériences alternatives et audacieuses qui existent au niveau local et un peu plus loin, pour proposer des solutions concrètes. Ponctuons ces moments de ralliement par des fêtes pour célébrer notre joie d'être ensemble et de créer ensemble, et pour fêter des victoires, mêmes modestes mais encourageantes. Organisons des pique nique géants sur les places publiques.
Allons chercher les autres forces vives qui se bougent. il y a par exemple à la l'université de Perpignan un groupe d'étudiants très sympas, drôles et actifs qui ont entre autres créé une AMAP et qui étaient co organisateurs du festival "aliment terre" dont l'info a été relayée justement par le Repère. Je les ai rencontrés lors du festival (en novembre dernier je crois). On pourrait se rapprocher d'eux et leur proposer de travailler ensemble.
Ce ne sont que des ébauches d'idées mais faut bien proposer des choses pour commencer à mouliner.

Chomsky, Ghandi, Luther King, Lanza del Vasto, Clarissa Pinkola Estes, Edgar Morin, Henri Gougaud, Giovana Marini, Brassens, et bien d'autres encore, connus ou anonymes, ont nourri mon désir de rester vivante et de ne jamais renoncer à ce rêve fou d'une humanité en mouvement vers sa métamorphose, une humanité heureuse !
"Résister c'est créer, créer c'est résister. Indignez vous !" Comme nous le transmet si bien Stéphane Hessel.
ALORS CREONS !

J'aimerais travailler avec vous à la construction d'actions simples, modestes, qui seront des tests pour nous en premier lieu, qui nous permettront de vérifier si nous pouvons être créatifs ensemble. J'aimerais partager avec vous aussi des moments de convivialité, pour mieux vous connaître et pour créer du lien, le ciment d'une dynamique collective. Vous m'avez l'air tous bien sympa, bon vivants, drôles, plein de bonnes idées et terriblement humains !
Merci de m'avoir lue. J'avais envie de vous partager un peu de mon univers intérieur et ce qui me fait vibrer. On verra bien si ça fait résonner en vous l'envie de faire ensemble. Et si je ne trouve pas auprès de vous cette concordance d'esprit et de coeur indispensable à toute dynamique collective constructive, et ben ce sera vraiment pas la fin du monde pour moi, j'irai semer ailleurs mon petit grain de sel et de folie !
Je vous salue bien chaleureusement et vous dis à bientôt pour poursuivre cette nouvelle année qui nous appartient plus que jamais !
Marie-Christine

et la réponse de Lysiane:


Café repère perpi


Nous tenons à remercier Marie-Christine pour son enthousiasme et ses propositions concrètes.
       
PS:
Liberté-Egalité-Fraternité, me va bien comme plate-forme avec respect pour chacun,  dans le sens qu'il donne à ses mots.
Notre pratique commune dans une pratique, quelle soit artistique, politique, et ou  d'un savoir-faire avec la terre et ceux qui l'habitent, c'est toute notre richesse, et toute notre misère.
Je ne suis pas vraiment une vielle briscarde du grand soir, mais il m'a fait vibrer, ce Grand Soir.
Je ne suis pas  une consom-actrice, de ce monde, mais j'en ai joui comme tout un chacun..
Mais je suis contre le zapping, et  je n'aime pas qu'une rencontre reste  lettre morte,... tous, à ce que nous sommes,  perdus dans nos rails, je ne peux m'empêcher d'y voir une lueur d'espoir, malgré tout ce qui peut nous séparer. Et peut-être grace... ...La pensée unique et sa clean panoplie nous a suffisemment abusés.
Bonne soirée au repaire.
Attendons de vos nouvelles.




et celle de Ronan:
Contributions à une plate-forme éventuelle, pour les repaires.
Pour une Association. de Recherche et d'Emulation Citoyenne
.
Venus d'horizons multiples et parfois contradictoires, nous ne nous connaisson pas du tout ou alors à peine, ou alors un peu trop, pour certains...
Nous nous sommes rencontrés principalement au cours du mouvement  contre la réforme des retraites et aussi comme auditeurs de l'émission de Mermet.
Nous faisons partie des'' indignés''. de l'évolution de ce pays et constatons que ses gouvernements successifs de droite comme de gauche n'ont fait qu'aggraver la même politique néo-libérale depuis 40 ans : champ libre aux multinationales, à une mondialisation injustifiable: pauvres encore plus pauvres, riches encore plus riches, culte  de la croissance au mépris de toute écologie..
   Pour nous aucun  mouvement, ni parti ne donne de réponse à la hauteur des enjeux d'un siècle mal parti.
Au-delà des crises économiques, sociales, politiques, écologiques, éducatives, spirituelles, etc... nous constatons une déshumanisation autoritaire consciente et inconsciente qui va s'accentuant.


Nous  nous proposons de tenter, d'agir, réagir et penser à échelle humaine, locale,  pour inventer des pratiques concrètes, créatives susceptibles de peser localement par les quelques courants d'air que nous pouvons insuffler par nos interventions..
Si les mots ''citoyens'' ne veulent plus rien dire, s'ils sonnent démago et vains, ils ne doivent pas être abandonnés aux discours formatés, paravents à une oligarchie décomplexée pour des politiques anti-sociales, anti-humaines, mais c'est une aventure, un devoir moderne de tenter de leur rechercher un sens vivant et incarné.
Pour nous résumer : deux formules entendues on ne sait plus où mais qui nous plaisent.
'' Les vivants sont ceux qui luttent ''
'' Résister c'est créer''.

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Voilà la 2ème affiche et le Compte-Rendu Café-Repère 2 Conflent


Nous nous sommes réunis jeudi 20 au soir pour le deuxième café repère du Conflent.
Pour permettre un contact plus facile avec tous, nous avons décidé de faire apparaître les courriels de chacun.

A suivre un compte-rendu grâce aux notes prises par Jocelyne.

Comme pour le premier café-repaire nous étions entre 20 et 25, les mêmes, certains du café-repère de Perpignan, d'autres qui n'ont pas pu venir et des nouveaux (jeunes !) ... 

Caroline Roussel (à l'origine de ce Café-Repère) nous informe qu'elle a rencontré les gens d'une association : Voisins Citoyens en Méditerranée qui organise une animation à Montpellier pour protester contre la loi LOPPSI 2. Ce sera les 29 et 30 janvier.
Vous pouvez lui téléphoner si vous voulez vous joindre à cette initiative : 06 14 86 60 02

François Picq nous parle du Festival de cinéma Maghreb (si loin ... si proche) avec 3 jours :
- à la médiathèque le mercredi 26 avec une lecture de contes du Maghreb
- le vendredi 28 avec un premier film à 18H30 (Lettre à la prison Marc Scialom), un couscous (8€) et un second film à 21H15 (Les barons de Nabil ben Yadir)
- et enfin le samedi 29 une rencontre littéraire et un atelier d'échange sur l'immigration.
(Cinéma Lido Ciné Rencontres - 04 68 05 20 47)

A notre demande, François, qui a une certaine pratique, accepte de s'employer à faire circuler la parole.

Plus ou moins à l'ordre du jour :

- un échange plus tard sur les textes rassemblés le mois écoulé
- la diffusion des infos, adresses et téléphones
- la loi LOPPSI 2
- la possibilité de thèmes communs (eau, habitat) entre les deux repères (Perpignan et Conflent).
- Faire des ateliers.
- Bruno nous indique qu'il possède le DVD Water Makes Money et qu'il est question qu'Arte le diffuse le 23 mars (si Véolia ne l'interdit pas ...).
On parle d'une animation autour de l'eau.
Il nous montre une revue suisse "La revue durable" très intéressante.

Loppsi2
excellent site sur la loi et les mobilisations
http://antiloppsi2.net/
suggestions :
-action locale contre les maires qui sont anti cabanes ou qui mettent des bâtons dans les roues.
-interventions rigolotes (exemple en Espagne danseurs flamenco dans les banques).
-faire signer une pétition aux maires ?
-résistance des élus locaux
-affichage en mairie, solliciter les conseils municipaux.
-avec d'autres maires favorables, intervenir auprès des maires qui abusent de leur pouvoir.

Triste constatation : nos maires ont de moins en moins de pouvoir, même s'ils acceptent ou soutiennent une installation "précaire", ça n'empêche pas l'état d'intervenir au travers de la DDE, pour que les gens soient évacués.
C'est l'histoire emblématique de Léa et Tom habitants une yourte en Ariège : aucune empreinte écologique, soutien de la mairie et du propriétaire du terrain et pourtant ils ont été condamnés par l'état devant le Tribunal Correctionnel de Foix à la destruction de leur habitat, une amende de 600€ et 10€ par jour de pénalités  de retard.
Ils passent en appel à Toulouse le jeudi 17 février à 14 h.
http://toulouse.demosphere.eu/node/1396

Si comme moi vous voulez aller les soutenir je propose que vous me téléphoniez pour organiser un covoiturage. 0468052616

Un nouveau participant au Café-Repère propose une "lutte de maquis" c'est à dire une auto organisation pour des actions concrètes afin de mieux maîtriser les choses, une forme de résistance collective.

Journal d'info-mural :

Ronan nous montre son projet d'en-tête : titre proposé :
"Le mur PARLE" avec en sous-titre : la "République est dans le mur"
Suggestion spontanée de Thierry : 'Droit dans le mur'
Vous pouvez écrire sur un élément local et l'envoyer à Ronan qui fera une maquette.
ronan.omnes@wanadoo.fr

Lysiane nous fait une intervention éclatante (texte en fin de courriel)

(Pause pour reposer les neurones, il floconne dehors).

François Picq raconte ce qui se passe dans la Plaine Saint Martin où les trois quarts des amandiers ont été coupés pour faire place à deux terrains de sport. Il avait été proposé d'y faire des jardins familiaux mais le nouveau maire (premier conseiller aux affaires sociales auprès de Sarkozy) n'en a pas tenu compte.
Il est proposé de protester contre ce choix en faisant un pique-nique festif sur le terrain ...
François demande que les personnes intéressées par une action concertée lui envoient un courriel pour le signaler :
franpicq@free.fr

Il nous raconte l'histoire du Fil du Conflent et les difficultés financières ayant abouties à la fin de l'aventure. En résulte un petit pécule qui pourrait être apporté à un projet proche (ex le journal mural)

Thierry nous rappelle le forum social du 9 avril

Renverser les fatalités
Créer des solidarités
Résistances au Maghreb

Autre rendez-vous demain :

-Lundi 24 janvier à 13h, Le collectif 66 paix et justice en Palestine organise un rassemblement devant le tribunal de Perpignan, pour la relaxe de Yamina, Jeanne et Bernard, pour le droit au boycott, pour le droit à la solidarité internationale.. Venez nombreux, ces manifestations sont aussi un moment de rencontre de discussion, de contacts et d’informations. www.collectifpaixjustepalestine.org

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Un message de Lysiane suite à ce soir-là
Impressions et pressions.

D'abord je veux pas qu'on dise, ou qu'on pense à part soi :


1- elle a – ........ j'ai pété les plombs
2-  tu es- .......... je suis une vieille poivrote
3- toi, et tes enfants, vous- .... je ne tiens pas l'alcool
4- ah! Pis t'as fait -……. j'ai fait mon show
5- nous avons constaté les ravages de la peste émotionnelle-...... je suis une victime de cette peste et du ressentiment
6- t'as tapé- ........ j'ai tapé mon mauvais délire...
7- mais t'es - ........ je suis cool
Vous continuerez la liste vous-même.
Ce sont les échos, vagues propos, rumeur-humeur du conjoint, que je vous relate.

J'accepte plus facilement, je ne sais pas pourquoi, pour moi c'est moins vexatoire.
Putain! J'étais pas à la bonne vitesse, le 33 passait en 78 tours dans ma tête, ça a fondu la bande magnétique.
Justificatif possible:
la pleine lune m'avait usée les nerfs, j'étais à bout.
la`position sociale et le discours pour-contre, contre-pour,  me les brisent et me glacent en même temps.
Après réflexions :
j'ai exprimé comme j'ai pu ce que j'étais à ce moment, et ce que je suis dans mon fond, privé de béquilles sociales.
Je voulais sortir du totem
du totem du contre
du totem du pour

ce que je peux dire, maintenant:
j'étais très confuse le lendemain comme si  j'avais perdu d'un coup, tous les points de mon permis de conduire.
Cependant, sur la base de cette égalité qui me tient à coeur, je ne peux faire de différence entre les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux, les moyens, les petits enfants et les grands, et ça, quelque soit leur camp, y'a pas de camp qui tienne pour moi.
Sauf à reproduire celui que nos parents ont connu en 39-45 et que j'ai l'impression d'avoir dans la tête, à chaque fois que j'adhère ou m'oppose.

Avec mes excuse pour le ''pas savoir-vivre'', il paraît que sans, on tombe vite dans la barbarie.

La liste plus haut, c'est pas pour rire, ce sont des mots  qui  charrient des évidences, et des évidence que charrient la rumeur, et c'est quoi la rumeur ?
Le fleuve médiatique entre autres !
Je proposerais bien aux repères de réfléchir entre nous, sur ce qui dans nos sociétés, clean, zen et moderne, est vécu comme barbare, au quotidien et le plus banalement du monde, genre vieille habitude ...
A plus.

Lysiane.

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Affiche de Ronan et compte rendu par Lysiane du 3ème café repaire du conflent


Café-Repère du 17 février 2011.

Villefranche de Conflent


Ce que j'ai entendu (retrouvé) des propos du dernier café-repère
Ceci n'est ni objectif ni subjectif.
Plutôt noyé (pas seulement dans le vin ou autre chose) mais beaucoup plus dans des courants de sensations, sentiments, émotions tirant dans un sens, pis dans l'autre, mais quand-même chargés de sens et d'une ''certaine volonté'' ou ''d'une volonté'' certaine''.
C'est pas simple de vivre le repère et de vivre tout court .... c'est pas couru d'avance ... (à souhaiter)
Strictement perso, sans idée à défendre, ni cause particulière, le passage de (la) table de réunion, au trottoir,  clope  et cour de récré m'a été fatal, mais comme à chaque fois, d'abord tenue, après joyeux flottement et retour à table, plus lâchée.
Le ''corps'' a ses habitudes. Ses réflexes ...
Bon ! Attaquons le menu, c'était bon et nourrissant grâce à la variété des propos et des situations de chacun (pas de ligne directe-tive)
Comme ça me vient, dans le re-souvenir :
D'abord, y'a eu des jeunes qui galèraient avec leur caravane, déjà qu'ils s'étaient fait virer une fois, ils s'inquiétaient de savoir s'ils allaient pouvoir la poser quelque part, à cause de la loi loppsi 2 ... la poser et faire leur vie autour.
Ça tombait bien, juste à trois chaises, un peu plus en avant, il y avait un élu du conseil municipal de Codalet  qui, sans vraiment leur répondre, a mis l'accent sur les responsabilités du maire et du conseil municipal
Responsables ? Oui, par exemple, d'un incendie dont aurait à souffrir la terre sur sa commune, comme de certaines maltraitances dont auraient à pâtir ses administrés.
Enfin c'est ce qu'il m'a semblé entendre.

Petit aparté dans ma tête, en tentant, la synthèse.

 Entendu ... comme ça, peut-être parce que j'ai connu un maire dans l'Aude, dans le village où j'habitais, avant. Il était plutôt cool, il aimait les gens, il était tolérant, il écoutait ... mais ...
Quand une secte a débarqué, peu de temps après les néo-ruraux et qu'une famille de gitans s'est installée … (et qui  pour le moins ne faisait pas d' histoire …)
Et bien ... tout se passait bien, ces beaux mondes cohabitaient, en s'ignorant pas mal, chacun son monde, en se mélangeant les uns, les autres tout de même.
Les anciens avec leurs vieilles querelles  n'étaient pas mécontents de voir arriver de '' jeunes drôles'', ils en avaient vu d'autres, (depuis après 68), c'était pas leur vie, mais  ça les distrayait vaguement.
Et quand c'était possible il ne manquait pas de vous en faire partager, une tranche de la leur ... et ça valait le détour.
Les néo-ruraux,  mats, avec leurs embrouilles entre eux et  leur recherche pour un choix de vie en accord avec leurs principes éthiques, qui ne collaient pas forcement avec comment faire bouillir la marmite pour les petiots. Et leurs coups de coeur qui ne se discutent même pas, mais qui ne sont pas sans effet.
La secte et ses membres qui se disputaient les faveurs de leur gourou  et qui auraient bien voulu contaminer le village déjà qu'ils avaient avec leur pognon mis la main sur tout un plateau, pour en faire un centre de spiritualité à la pointe, en plus … la main  sur quelques néos-ruraux …et jeunes disponibles du village..
 Bref, y'avait pas d'eau sur le plateau, le projet tomba à l'eau ... etc, etc, etc
Plus la famille de gitans, on ne peut plus discrète, je n'aurais pas connu leur existence, si bien plus tard mon fils ne m'avait raconté comment et dans quel occasion il les avait rencontrés, ils avaient un fils de son âge qui n'avait jamais fréquenté l'école publique  et avait reçu une autre initiation ... sur ce, tout jugement serait  mal venu.
Non, je veux pas raconter ma vie,  on vit un Repère avec toute l'épaisseur  d'une mémoire oubliée et encore prête à ressurgir, brusquement ...
Bref, c'est bref quand ça jaillit, mais pour le parler, c'est long le déploiement,  JE VEUX, le parler c'est ce qui m'agite. .
Bref, tous s'ignoraient, se respectaient, vivaient en bonne entente, se mélangeaient  dans la rumeur, sans savoir comment ... et ça faisaient des situations électriques, insupportables, lors des fêtes et de certaines réunions. Que de bagarres !  Des bagarres, visibles, à grands coups pas seulement de gueule, ça soulage, et des invisibles, beaucoup plus douloureuses
Et ce monsieur le maire de ce petit village,  viticulteur de profession, en avait bien du souci, c'est le moins que l'on puisse dire.
On lui avait dit qu'il était responsable de ce qui se passait sur la terre de sa commune, et il y avait cru. Personnellement, je crois qu'il avait besoin d'aider les gens d'où qu'ils viennent. Est-ce une maladie ?
Donc ce que j'ai apprécié dans la présence de l'élu du conseil municipal de Codalet, c'est qu'il a d'abord dit :
“Je suis venu m'informer, sans doute aurait-il aimé écouter ? Se renseigner ? Prendre la température ? Enfin savoir quel accueil, ''on'', les gens pouvaient réserver à cette loi bien accablante pour les responsables des communes, aussi.
Cependant il a surtout parlé pour se justifier, et justifier certains aspects de la loi soucieuse de protéger  sa commune, une petite partie de notre terre-mère qui redoute et souffre lors des incendies allumés par mégarde, insouciance ou aussi par colère, parfois.
-Là ... Impression d'oublier quelque chose, de ne pas respecter la chronologie et de tout faire sauf une synthèse, mais de respecter mes préférences et mes saisissements.
Ça m'a plu d'entendre l'intervention de Thierry Diomine, (un petit côté les points sur les i)  de mémoire je cite ''un gouvernement, ça pond, et ça pond des lois, il en applique certaines quand ça l'arrange, lui, mais nous, nous devons,  quand y' en a une qu'il veut appliquer et que nous, nous trouvons vraiment inacceptable, nous devons nous tenir prêts à agir et réagir immédiatement, en nombre et efficacité, enfin nous devons nous mobiliser pour lui faire barrage.
Putain ! C'était clair, net, précis.
Réflexions, après coup :
C'est pour le moment notre raison d'être, là (aux repères) une nécessité et notre seule liberté.

Jean-Luc a évoqué les peuples dit ''primitifs'' : leur art de vivre cueillette et chasse,  comparé au nôtre,  immergé, tenu par toute notre brillante technologie,  il se demandait où était la ''civilisation''.
Ici ou avant ?
Sa compagne, je m'excuse  je n'ai plus son prénom en mémoire, a prolongé sa réflexion en la recalant ici et maintenant. Elle  revendiquait pour chacun, sans contrepartie  et sans obligation de rechercher un turbin, un revenu minimum d’existence lui  permettant de se loger, se nourrir et se vêtir.
C'est sans forfanterie que mon esprit applaudissait à deux mains, il me semblait n'avoir rêvé que de cela.
Réflexions, vasouillantes, après coup :
Naturellement, dans nos régions, Gaïa est bien généreuse, combien de noyau-germes, dans une seule courgette, avec toutes celles que l'on cultive, on peut nourrir tous les affamés de la planète.
Peut-être !
Naturellement, y' a le désert … c'est peut-être à lui que l'on doit nos plus belles histoires, nos plus grandioses fictions et nos lois, arrivées sans crier gare, et disparues comme si de rien n'était.
Civilisations, traditions ?

Donc sur ce revenu minimal, moyen, permettant de se loger, se vêtir et se nourrir, un jeune homme a tenté une mise en garde.
Ça m'a touchée, c'était embrouillé, il n'osait pas employer certains mots, comme s'il avait eu peur de se griller dessus.
Je l'ai compris immédiatement. Je viens d'une famille communiste ... j'ai rompu (depuis 40 ans maintenant) parce qu'on m'a dit et expliqué communisme égal état totalitaire.
Les faits sont là, (enfin étaient là) et les documents encore plus.
Il se trouve qu'à ce moment  ou à un autre, mon conjoint a blagué avec Caroline, parce que je ne me rappelai plus ce que représentait la date immomériale du 22 mars, vu d'où je venais, et je me suis foutu en boule, en aparté, entre nous comme il se doit.
''T'a gueule avec ma descendance stal, t'en as bien profité, alors maintenant tu la ferme''
Brusque montée de colère.
Enfin, le besoin de récré, clope, picole et envolée sur le trottoir'' se faisait sentir.
C'est après coup que ça m'est venu, de mon lointain passé et l'impression que ce passé on me l'a fait tant et tant payé. J'en garde une meurtrissure, sans-doute ! 
Un parti, un parti-pris, une église, ou un temple,  qui peut dire qu'il n'est pas né de cela, qu'il se réfère à  la nature, à une idée alité ou à la technologie … diverse et variée.

Enfin, pour en revenir à ce jeune-homme. Il est tombé là, dans ce truc, pas du tout au goût du jour, on peut se demander comment, par quels hasards.
Enfin, après coup, en y repensant, je l'ai trouvé courageux
Parce que ...
Pour moi il s'opposait, sans trop oser,  mais quand même, il essayait, de dire quelque chose ... contre, contre un consensus
Un consensus ?
On ne sait jamais de quoi est fait cette bestiole.
Tant d'idées, d'opinions, charmeuses, charmantes, circulent dans l'air du temps.
Suffit d'en attraper une, et c'est tout bon.
Pour peu que quelqu'un se réclame d'une tentative humaine, (réalisée dans certains pays) et malgré leurs cuisant échecs, oser une réserve sur nos bonnes intentions, me parut héroïque.
Il ne pouvait connaître de première main, ces pays totalitaires, c'était une idée du communisme, qu'il défendait, malgré leurs terrifiantes dérives totalitaires.
Enfin comme beaucoup de notre génération, sont allés aux Indes, Afrique, Asie, j'ai visité les pays communistes, communistes trois mois, ou six, totalitaires, pour le reste de leur temps, et j'ai cru capter la mise en garde.
Qu'est-ce-que j'y ai vu:
1: Une résistance de la masse, au travail, à tout travail, usines, bureaux, super-marché, partout où je suis allée.
2: Une volonté de gestion stricte et de  performance de la part de la classe dirigeante. C'était à Kazan, en matinée, je bénéficiais de cours sur le matérialisme historique, et l'autre dialectique. A17 ans toute idée est enivrante. Enfin à l'époque.
3: Un désir de se laisser emballer par toutes sortes de jeux : jeux de cirques, théâtres, idées et sports, sports, sports ...

Réflexions, à part moi, que je vous livre
Si ça se trouve toutes les civilisations et leurs traditions, leurs réussites, leurs échecs ne peuvent que nous parler ... de nous.


Ah ! Voilà je me rappelle ce que j'ai oublié, le commencement de la réunion.
Caroline, ma copine,  nous a fait un résumé de ce qui c'était passé à Montpellier, à la journée consacrée à la loi loopsi 2 :
Rencontre avec un avocat, où il était question de comment faire avec, la contourner, l'interpréter, savoir faire avec ses vides.
Rencontre avec des gens qui ont tout essayé, de vivre ici, autrement dans l'espoir d'un autre, nôtre monde possible.
Enfin je me suis aperçue que durant leurs voyages, certains ont vécu un '' Ailleurs'' plutôt paradis et d'autres, un ''Ailleurs'' où les gens galéraient et crevaient vite fait, faute de médics.

Pour le côté info :
Tout auto-produit, Bruno, nous propose dans ces courts-métrages et sur inter-net sa vision de ses embrouilles avec le maire de Joch.
D'un point de vue perso, je trouve ça cool de le faire soi-même, plutôt qu'on vous le fasse tout prêt, tout cuit et tout digéré, aux infos, quelque soit la chaine, ça reste une chaine ...
Je me rappelle encore la proposition de constituer une caisse de soutien au cours des actions pour parer à l'urgence des plus démunis, ça fait beaucoup de plus démunis, sais pas si j'ai bien tout compris ...
Le besoin de récré se faisait sentir ...
Il a eu lieu, sur le trottoir, les échanges étaient plus déliés, moins sérieux, plus rigolos, comme sans valeur,  sans  jugement ... on a déconné.
Le sérieux,  j'en ai besoin pour défendre ce qui est plus que ma vie ... par exemple, mes enfants, ... mais sur le trottoir, on est tous des enfants.
Avec Caroline et Olivier, nous avons de fil en aiguille, en butant sur les mots et les maux parler du besoin de s'exprimer en chantant aussi, en chantant comme si le corps le réclamait ... mais que ça ne devait pas être trop lisse ou trop machiné, enfin le nom de choeur braillard nous a échappé.
Ce heurt terrible, entre volonté féroce et détachement total.
Drôle d'empreinte que nous laisse la vie.
Je le regrette souvent.
Le retour à la table m'a laissé dans un état tout différent de l'état à mon arrivée.
Mon conjoint m'a rappelée que j'avais prononcé au moins 10 fois le mot d'orchestration.
Peux pas ouvrir le bec sans avoir besoin de me justifier.

En vrai, je voulais pas parler du foot, en particulier,  mais de tous les grands trucs de masse, sport, concerts, élections, cirques, pub, pression et impression ; là où tous les balbutiements, les babillages d'une parole et d'une vie, se trouve projetés sur des écrans géants ....  le premier étant notre tête, peut-être !
On ...    Enfin , nous .... Enfin la masse ... la masse ne serions-nous que l'effet art-éthique-politique, d'une chair broyée.
Je ne veux dénoncer aucun état, aucune église, aucun parti, aurions nous été capable de nous réunir sans elle, sans eux, le problème c'est qu'ils nous ont fait taire et ont parlé à travers nous, jusqu'à cette chose ridicule et qui nous révèle ... la pub.
Excusez, je me sens un peu grandiloquente.
L'habitude de s'esclaffer a rendu la moindre tentative de penser, ridicule et obsolète.
Voir Ruquier, une seule fois, m'a démoralisée, à jamais, tant  il est proche ... de ce que nous avons fui et qui nous dépasse et nous rejoint éternellement.

Ah toutes ces peines, petites et grandes, tous ces grincements de dents, du berceau à la tombe, convertis en art ... de faire rire et pleurer et puis prendre parti.
C'était la rubrique besoin d'épanchements.

Enfin, les propositions concrètes
Un pique-nique, le 22 mars aux Amandiers. Stratégiquement parlant, très bien, Castex, le maire de Prades étant conseiller social de Sarko, en plus que le 22 mars étant une date historique, dans l'événement 68, ça pouvait drôlement bien le faire.
Cependant Olivier nous a informé des clauses, du contrat ''c'est une vieille dame qui a fait don à la mairie, de son terrain, ''les amandiers'' dans la mesure où les élus sauraient en faire bénéficier la jeunesse de Prades”.
D'autres propositions d'actions ont émergé :
- un théâtre forum
- un rassemblement à la mairie

Pour ma part, j'ai bien aimé la banderole ''PARTAGE'' qui s'est vu recouverte de graffitis dans tous les sens, sans truc unitaire,  comme ça au cours des manifs et avec les tout ce qui trainait dans l'air du temps.
Donner corps à des graffitis.
 La seule chose que nous pouvons revendiquer c'est de le faire nous même, sans autre cause que nous.
 Et notre raison et sa volonté de changer à notre façon et à la base, les rapports entre nous.
C'est rien à dire, c'est impossible à faire, nous avons été élevés par ceux que nous désignons comme nos ennemis.
Oh! je suis fatiguée...

Lysiane, j'aurais voulu faire plus court, ça m'est venu comme ça !

Mille excuses !


N'empêche, vous n'échapperez pas à un petit poème, tout simplet, si toutefois, vous arrivez jusque là !

Le ciel est plein d’étiquettes
On ne sent rien
Quand on vous la colle
Et plus tard
On la voit briller
Et on s'y sent fière
De la porter
Très haut d'où   
elle est venue.
Mais quand on vous
L'arrache, Ça fait mal
Et vous tombez
Comme une vieille colle pourrie
Sortir de la lourde glue
des jeunes et des vieilles étiquettes
C'est tout mon rêve
Retrouver un corps!"