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jeudi 9 juin 2022

Ces lobbyistes qui adorent la guerre en Ukraine

 

Ces lobbyistes 

qui adorent la guerre 

en Ukraine

Quel est le rapport entre l'agriculture bio et la guerre en Ukraine ? Fabrice Nicolino vous explique comment les lobbies de l'agriculture industrielle profitent de la situation géopolitique pour avancer leurs pions et refuser, au nom de la souveraineté alimentaire, toute concession à un système de production plus respectueux de l'environnement.

Retenez ce nom : Erik Fyrwald, américain. S’il y avait un concours mondial alliant stupidité et cupidité, nul doute qu’il serait dans les tout premiers. Il est par excellence l’homme de la chimie de synthèse, passé par plusieurs géants des pesticides, comme DuPont, mais aussi par le lobby en chef de l’agriculture industrielle, CropLife International. Il est ­aujourd’hui patron de Syngenta, leader mondial de l’agrochimie. Comme Syngenta est aux mains du chinois ChemChina, on peut dire sans calomnie que Fyrwald bosse pour un pays totalitaire.

Dans un entretien au journal suisse de langue allemande Neue Zürcher Zeitung – son édition du dimanche –, il lance ce qui pourrait passer, en première analyse, pour une provocation : « Les rendements de l’agriculture biologique peuvent être jusqu’à 50 % inférieurs, selon les produits. Nous ne pouvons pas simplement ignorer la production plus faible. Des gens en Afrique sont privés de nourriture parce que nous voulons des produits bio et que nos gouvernements soutiennent l’agriculture biologique 1. » Bien entendu, c’est un propos de lobbyiste, et je ne m’attarderai pas ici à répondre à tant de mensonges en si peu de mots. Disons que des études bien plus sérieuses que son pauvre couplet, y compris ceux venus de colloques de la FAO, montrent que l’agriculture biologique peut nourrir le monde à un coût écologique incomparablement plus bas.

Le présent se résume à une alternative. Ou l’on continue sur le chemin tracé par les assassins du vivant, ou l’on généralise des systèmes alimentaires cohérents, locaux, sans poisons, économes en eau. Le dérèglement climatique en cours nous rapproche à très grande vitesse d’un choix fondamental. J’ignore si Fyrwald croit au moins un peu à ses conneries, mais il est la pointe avancée d’une stratégie mondiale.

Concentrons nos lorgnons sur la France. Pour la première fois, en 2021, les ventes de produits bio ont baissé. De 3,1 %, après une croissance folle à deux chiffres chaque année depuis près d’un quart de siècle. Néanmoins, la nouvelle a pris une place démesurée, et réveillé tous les soutiens de la structure paratotalitaire qui regroupe les administrations centrales du ministère de l’Agriculture, certains cadres de l’institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), institut public, l’industrie agrochimique, bien sûr, et, in fine, le syndic(at) de faillite de l’agriculture industrielle, la FNSEA. Je précise pour les malentendants que « para » signifie ici « presque ». Je sais établir des différences. Mais le vrai est que tous les points de la décision publique sont entre les mains de cette camarilla née en 1945 de la volonté de Fernand Willaume, premier lobbyiste connu de l’histoire des pesticides en France.

Place à leur système fou. Partout

Que se passe-t-il ? La guerre en Ukraine est pour ces gens une aubaine. Dans un communiqué intitulé « Conséquences de la guerre en Ukraine : l’Union européenne doit remettre la souveraineté alimentaire en priorité absolue », la FNSEA vole cette notion de « souveraineté alimentaire », défendue par La Via Campesina depuis vingt ans et plus. Sous la plume des communicants, cette volonté de nourrir sans détruire devient une ode à leurs maîtres de l’industrie. Pour la ­FNSEA, « la ­logique de décroissance souhaitée par la stratégie européenne « Farm to Fork » doit être profondément remise en question. Il faut au contraire produire plus sur notre territoire, produire durablement mais produire ». La traduction est aisée : place à leur système fou. Partout. Deuxième extrait : « L’obligation dans la future PAC de consacrer 4 % à des surfaces dites « non productives » doit immédiatement être remise en question. » Présents dans la nouvelle PAC, ces 4 % sont une ridicule concession à la biodiversité. Mais même cela, la FNSEA n’en veut pas. Ses directions, via les coopératives et les chambres d’agriculture, ont trop à perdre, eux qui vivent en partie de la vente de pesticides.

Attention, lecteurs ! La propagande va s’emparer des gosses africains affamés. Des villes et fermes ukrainiennes dévastées, à l’abandon. C’est une guerre, mais pas celle qu’on dit. ●

 

1. Voir aussi : https://www.reference-agro.fr/erik-fyrwald-syngenta-lagriculture-biologique-nuit-au-climat-et-encourage-lutilisation-des-terres/

 

Source : https://charliehebdo.fr/2022/05/ecologie/ces-lobbyistes-qui-adorent-la-guerre-en-ukraine/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=QUOTIDIENNE_27052022_-_NON_ABONNES&utm_medium=email

mercredi 29 décembre 2021

PAC : la France a raté l’occasion de soutenir l’agriculture écologique

PAC : 

la France a raté l’occasion 

de soutenir 

l’agriculture écologique

 

22 décembre 2021

Manifestation de la Confédération paysanne le 13 avril 2021 à Rennes, en Bretagne.

 

C’est fait : la France a déposé sa déclinaison locale des objectifs de la politique agricole commune. Aides environnementales insuffisantes, néopaysans peu soutenus... « Une PAC de la continuité », résume un paysan.

 

PAC, PSN [1], Maec [2], écorégimes… C’est un monde d’acronymes, mais derrière ces termes obscurs et ces débats techniques se cache un enjeu crucial : celui de l’avenir de notre agriculture. Un avenir en grande partie décidé par la politique agricole commune (PAC). Cette politique européenne distribue 60 milliards d’euros chaque année aux agriculteurs d’Europe, dont 9 milliards en France. De quoi déterminer qui cultive quoi et comment. En l’occurrence, la PAC a largement contribué à l’avènement d’une agriculture à base de pesticides et d’engrais industriels, dénoncent les écologistes et organisations paysannes.

Elle est révisée tous les cinq ans : quelles seront les nouvelles règles pour la période 2023-2027 ? Et notamment en France ? Car si un cadre est décidé au niveau de l’Union européenne, chaque pays décline ensuite ces principes chez lui, avec une certaine marge de manœuvre. C’est à cette étape que nous en sommes aujourd’hui. Le gouvernement a donné la dernière touche, lundi 20 décembre, à son plan stratégique national (PSN). Il le dépose à Bruxelles mercredi 22 décembre.

De nouvelles règles du jeu qui ne changeront pas la donne, estime la plateforme Pour une autre PAC, coalition d’ONG et de syndicats paysans. Elles n’apporteront « aucune amélioration de l’impact de l’agriculture sur le climat, la gestion des ressources naturelles ou la biodiversité », dénonçait le président de la coalition, Mathieu Courgeau, dans une lettre ouverte à Jean Castex publiée par La Tribune en novembre.

Pour le prouver, il brandissait deux avis d’instances très sérieuses :

  • Un rapport de la Cour des comptes, paru en octobre, expliquait que les règles actuelles avaient abouti à concentrer les aides environnementales sur une toute petite partie (9 %) des terres agricoles. Insuffisant pour rendre l’agriculture plus écolo selon la Cour. Elle invitait à ne pas « reproduire les écueils » dans la nouvelle mouture. Et demandait aussi des critères environnementaux « ambitieux » pour l’attribution des subventions.
  • L’avis de l’Autorité environnementale, aussi publié en octobre. Elle remarquait que le gouvernement n’avait pas saisi l’occasion de « renforcer les aides conditionnées à des pratiques plus favorables à l’environnement ». Autre regret de l’autorité : une « conviction » que la trajectoire choisie ne permet pas de remplir les engagements en terme de climat, biodiversité et qualité de l’eau de la France.

Las : deux mois après ces alertes, le gouvernement n’a pas rectifié le tir. « C’est une PAC de la continuité, le ministre l’a dit lui-même, constate Mathieu Courgeau auprès de Reporterre. Or, vu les résultats depuis 2015, la continuité ne permet pas de relever les défis des années à venir ! »

« C’est une PAC de la continuité »
Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a annoncé les derniers arbitrages lors d’une large réunion lundi 20 décembre. Parmi les annonces, un « consensus sur l’interdiction de cumuler retraite et aide de la PAC » pour les agriculteurs de plus de 67 ans. En effet, de nombreux agriculteurs continuent de travailler après l’âge légal de la retraite. Insuffisant selon Mathieu Courgeau, car ce n’est pas s’attaquer au problème de fond : « Certains agriculteurs préfèrent continuer de faire cultiver leur ferme par des entreprises pour toucher les aides de la PAC et le revenu de la production. Ils continueront, car cela rapportera toujours plus qu’une retraite agricole en général très faible. » C’est donc autant de fermes où de jeunes agriculteurs ne pourront pas s’installer. Le ministère signale des exceptions possibles, qui seront discutées à partir de janvier.

De nombreux obstacles pour les néopaysans

Autre obstacle pour les néopaysans, le ministre a également arbitré sur le diplôme et l’âge nécessaires pour recevoir l’aide « Jeune agriculteur », quand un agriculteur s’installe. « C’est 20 000 à 40 000 euros selon les régions », souligne Mathieu Courgeau. Un coup de pouce non négligeable, qui restera réservé aux moins de 40 ans et aux détenteurs d’un diplôme agricole niveau bac. Les détenteurs d’autres diplômes ou plus âgés, de plus en plus nombreux à s’installer, ne pourront pas demander cette aide précieuse.

« L’objectif partagé est le renouvellement des générations », maintient pourtant le ministère. L’agriculture a du mal à attirer les jeunes : la France a perdu 100 000 fermes en dix ans, notamment à cause des difficultés à s’installer. « Le gouvernement avait des outils et a décidé de ne pas les utiliser », déplore Mathieu Courgeau. Proposer une aide adaptée aux fermes avec peu d’hectares, augmenter la prime aux cinquante premiers hectares, limiter les aides données aux plus grosses fermes, le tout pour mieux redistribuer l’argent public : autant de mesures qui n’ont pas été retenues. Rappelons qu’à l’échelle de l’Union européenne, 80 % des subventions vont à seulement 20 % des fermes.

Du point de vue environnemental, les déceptions sont aussi nombreuses pour les organisations écolos et paysannes. Par exemple, le budget des mesures agro-environnementales et climatiques (Maec) « va probablement un peu diminuer, déplore Mathieu Courgeau. Ce sont des contrats sur cinq ans pour faire évoluer la ferme vers moins de pesticides et d’engrais chimiques. Le faible budget fait que beaucoup d’agriculteurs qui le voudraient ne peuvent pas y avoir accès. »


L’agriculture a du mal à attirer les jeunes : la France a perdu 100 000 fermes en dix ans. © Estelle Pereira/Reporterre

 

Autre terme barbare, les « écorégimes », eux, manquent d’ambition. Cela soumet une partie des aides que reçoit un agriculteur à des conditions environnementales. Mais les critères choisis font que la grande majorité des agriculteurs y auront déjà accès. « L’objectif du ministère était de faire entrer un maximum d’agriculteurs sans qu’ils aient à changer les pratiques actuelles », déplore encore M. Courgeau.

Trop de contraintes pourraient mettre les agriculteurs français « dans une situation de concurrence déloyale » a rappelé, lundi soir, le ministère de l’Agriculture. Pour lui, la priorité est d’harmoniser les règles européennes, « pour que l’on n’aboutisse pas à diminuer la production en France, augmenter les importations, et donc délocaliser nos impacts environnementaux ».

Le cabinet de M. Denormandie s’est félicité des nombreux « échanges constructifs » lors de l’élaboration de ce plan, et le fait qu’il soit rendu dans les délais à la Commission européenne. Celle-ci doit donner son avis dans les trois mois. La plateforme Pour une autre PAC appelle l’instance à exiger plus d’ambition environnementale. Car de son côté, M. Courgeau a eu « l’impression que M. Denormandie était sourd à tout ce que l’on disait ».

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C’est maintenant que tout se joue…

La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale et quotidienne dans le traitement de l’actualité.

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Notes

[1Plan stratégique national.

[2Mesures agroenvironnementales et climatiques.

 

Source : https://reporterre.net/PAC-la-France-a-rate-l-occasion-de-soutenir-l-agriculture-ecologique

mardi 21 septembre 2021

Cette association veut réhabiliter les fermes pour créer des logements sociaux et paysans

 

Cette association 

veut réhabiliter les fermes 

pour créer des logements 

sociaux et paysans

 
 
Pour acheter et réhabiliter des fermes sans en faire porter le poids financier aux habitants et paysans, l’association a fait le pari un peu fou de faire venir les bailleurs sociaux dans le monde rural pour refaire naître des fermes d’un nouveau genre.

 


13 septembre 2021 - Laurie Debove

C’est n’est rien de moins qu’une petite révolution dans l’accès au logement social et foncier agricole que propose l’association ReNouveau Paysan. Sa stratégie : réhabiliter des fermes pour créer des logements sociaux accueillant paysans bien sûr, mais aussi d’autres familles pour créer des « communs alimentaires ». Après avoir lancé un premier projet dans le Béarn, la Ferme Mouliaa, l’association cherche maintenant à répliquer son projet au Pays Basque.

Redonner vie aux fermes pour favoriser l’installation agricole

Aujourd’hui, les fermes sont près de deux cents à disparaître chaque semaine en France. Départs à la retraite non renouvelés, suicides, mais aussi difficulté d’accès au foncier pour les aspirants paysans n’étant pas issus du monde agricole. En cause : l’agrandissement des fermes, poussées par les politiques publiques et notamment la PAC, et des investissements économiques importants qui nécessitent parfois l’engagement de toute une vie.

« Depuis plusieurs décennies le monde paysan se délite en silence entraînant dans sa chute l’inexorable extinction de leur outil de vie et de travail. S’ils ne tombent pas en ruine, les bâtiments perdent quant à eux leur vocation agricole pour devenir des lieux d’habitations classiques ou, pire, des résidences secondaires dont on ouvrira les volets quelques jours par an, à la belle saison. Dans tous les cas, le microsystème cohérent que constituait la ferme n’est plus. » s’inquiète l’association ReNouveau Paysan

Ces problématiques, Linda Rieu et Lulu Lugan les connaissent bien à travers leur histoire personnelle, ils ont pour point commun d’avoir grandi dans une ferme basque. A force d’échanges, leur est alors venue une idée :

« Créer des communs alimentaires sur les territoires en redonnant vie aux fermes qui en sont les pierres angulaires. »

Pour acheter et réhabiliter des fermes sans en faire porter le poids financier aux habitants et paysans, l’association a fait le pari un peu fou de faire venir les bailleurs sociaux dans le monde rural pour refaire naître des fermes d’un nouveau genre.

« Le schéma agricole dominant n’est pas d’installer des paysans mais de faciliter l’agrandissement des fermes. Quand j’ai commencé à regarder la loi LAAF, le sentiment c’est que tout est à la fois possible et impossible dans la loi. Lorsque les bailleurs sociaux se sont posés la question d’être compétents à lier logement social et terres agricoles, nous avons donc mandaté deux maîtres de conférence de Pau qui ont étudié le droit pour savoir où situer notre démarche, et ils nous ont confirmé que c’est légalement faisable. » explique Lulu Lugan pour La Relève et La Peste

De nombreux projets paysans montés en collectif voient le jour actuellement. Mais la pression des difficultés économiques, couplé à l’urgence d’obtenir un modèle agricole rentable pour plusieurs personnes, fait souvent capoter la dynamique de groupe. La formule proposée par ReNouveau Paysan veut permettre à chacun.e de garder une certaine autonomie et une sérénité d’esprit.

La Ferme Mouliaa sera bientôt rénovée dans le Béarn – Crédit : ReNouveau Paysan


Recréer du commun

A l’époque, plusieurs générations d’une même famille occupaient ces grandes surfaces. Aujourd’hui, l’association ReNouveau Paysan propose de transformer les fermes pour les diviser en plusieurs logements qui seront loués à des familles et aux paysans. Les familles civiles signeront un bail social classique tandis que les familles de paysans signeront un bail rural environnemental.

« L’un des facteurs de suicide des paysans, c’est la solitude. On ne croit pas non plus au collectif à 100% car de nombreux projets paysans échouent en collectif. Il était donc très important que chacun ait son espace et son intimité, mais le fait d’avoir du lien choisi est quelque chose qui peut permettre la redynamisation des milieux ruraux. » explique Linda Rieu pour La Relève et La Peste

Dans cette nouvelle forme d’habitat partagé, chaque logement reste indépendant. Des espaces communs permettront de favoriser un environnement convivial et des dynamiques collectives. Comme pour les familles, le loyer des paysans ne sera pas basé sur leur performance et leur rendement agricole, mais fixé par le bailleur social.

« Pour les paysans comme pour les familles, ce type de location est une vraie liberté et une sécurité. La location permet aux paysans de tester la pérennité de leur activité agricole sans s’endetter à vie. Redonner cette liberté est une vraie valeur ajoutée. » décrypte Lulu Lugan pour La Relève et La Peste

Évidemment, une telle démarche s’inscrit dans le respect de l’environnement. L’association souhaite qu’un inventaire écologique des lieux soit réalisé avant chaque rénovation, comme cela a été le cas en 2020 pour la Ferme Mouliaa, et les matériaux et techniques de construction seront choisis pour en faire des habitats innovants à basse consommation.

Proposition de réhabilitation de la ferme Mouliaa par le collectif Encore (architecture et paysages)


Dépasser les blocages

Dès le départ, la démarche de ReNouveau Paysan a été appuyée par la Région Nouvelle Aquitaine et le Conseil Départemental 64. En revanche, ils ont dû affronter plusieurs blocages émanant des organismes agricoles traditionnels et des bailleurs sociaux.

Les premiers avaient peur que cela entraîne une perte éventuelle des terres agricoles, « alors qu’il s’agit de faire un remaillage d’un écosystème », et les seconds de sortir de leur champ de compétence traditionnel.

« Surtout, la transversalité du projet a fait mettre différents acteurs des collectivités, qui n’ont pas l’habitude de se parler, autour d’une table ensemble. C’est la fin de la pensée par silo, les bailleurs sociaux et les collectivités n’ont pas du tout l’habitude de réfléchir comme ça mais c’est ce qu’on est censés faire ! Tout est lié ! Le fait de faire des zones de stockage de l’eau, on est en transversal avec l’agricole, le logement, la biodiversité : ce sont des passerelles auxquelles il faut habituer les gens. D’où l’importance de créer des convergences. » développe Lulu Lugan pour La Relève et La Peste

En avril 2019, Office 64 de l’Habitat, le plus important bailleur social public des Pyrénées-Atlantiques, a été convaincu par les arguments des deux comparses et décidé de s’engager dans l’aventure. Deux ans plus tard, il est devenu propriétaire de la ferme Mouliaa et de ses terres attenantes. C’est la première fois qu’un bailleur social lie un logement avec un espace professionnel agricole.

La façade de la Ferme Mouliaa – Crédit : ReNouveau Paysan

Située dans le village d’Espiute (64) qui compte aujourd’hui 100 habitants, la ferme Mouliaa se compose d’une maison et d’un hangar adjacent totalisant une surface plancher d’environ 640m2. Office 64 de l’Habitat va transformer les bâtiments existants en six logements sociaux à la location.

Deux d’entre eux sont destinés à des paysan.ne.s qui pourront cultiver les deux hectares de parcelles agricoles attenantes, immédiatement certifiables en BIO par leur qualité. Juridiquement, les paysans ont pour condition de cultiver les terres qui leur seront allouées.

Les quatre autres logements sont destinés à des familles avec des espaces allant du T2 au T4. Les familles pourront aussi, si elles le souhaitent, cultiver des petits jardins à disposition pour améliorer leur autonomie alimentaire.

« La zone humide ou les chauve-souris recensées seront bien sûr prises en compte dans l’aménagement de la future ferme. En complément, des haies vont être plantées à l’hiver prochain et des mares créées pour favoriser un renforcement de la biodiversité. La gestion de l’eau sera également pensée au maximum de manière circulaire : récupération des eaux de pluie, infiltration dans les sols, etc. » détaille l’association

Linda et Lulu restent humbles dans leur démarche : pour eux, réhabiliter les fermes pour les transformer en logements sociaux et paysans est l’UNE des solutions ayant la capacité de répondre aux défis écologiques et sociaux du XXIème siècle.

Le projet rêvé de la Ferme Mouliaa – Dessin de Clara Lang

Les familles seront sélectionnées par le bailleur social tandis que les paysans le seront par des partenaires agricoles qui vont évaluer la pertinence de leur projet, leur intégration dans le territoire et la non-mise en concurrence entre les deux paysans habitants. Un compagnonnage avec les chercheurs de Bordeaux Science Agro est également prévu pour évaluer la pérennité d’une microferme.

« Nous ce qu’on essaie de faire, c’est de mettre en place des outils pour que les gens se les approprient. On aimerait créer un réseau de fermes comme ça sur l’ensemble du territoire français. La biodiversité, tout citoyen en a besoin, c’est donc à la collectivité de financer les projets qui la protègent mais l’engagement officiel de l’État au niveau national se fait encore attendre. » précise Lulu Lugan pour La Relève et La Peste

En effet, bien que le projet soit intégré depuis janvier 2020 dans le dispositif France Expérimentation, le Ministère du Logement n’a pas encore déclaré son positionnement officiel sur la possibilité pour un bailleur social de lier logements et terres agricoles.

L’association ReNouveau Paysan a donc lancé une pétition en ligne  afin de mobiliser les citoyens pour demander aux services de l’État de s’impliquer dans la démarche d’expérimentation du Bail Social Paysan.

Pour étendre leur initiative, ReNouveau Paysan recherche sur tout le Pays Basque des fermes à la vente ou à la transmission possédant a minima 2ha de terres environnantes. L’association va aussi se rapprocher d’agriculteurs bientôt à la retraite et toujours sans repreneur identifié. Pour l’association, la réhabilitation de leurs fermes peut leur permettre de disposer d’un logement en restant sur les lieux où ils ont toujours vécu tout en transmettant leur outil de travail.

De son côté, la ferme Mouliaa devrait être prête à accueillir ses habitants en 2023. Un beau projet à suivre de près.

 

Crédit photo couv : Dessin de Clara Lang


Source : https://lareleveetlapeste.fr/cette-association-veut-rehabiliter-les-fermes-pour-creer-des-logements-sociaux-et-paysans/?fbclid=IwAR2Z71FJ9PLTeTDLAoo93NPZXYzfZiYRliP2u70hrSVjKfgVDiQj3AE4Vgc

mardi 15 juin 2021

Le ministre de l’Agriculture fait une PAC pour les gros et pas pour le bio

Le ministre de l’Agriculture 

fait une PAC pour les gros 

et pas pour le bio

 

 

22 mai 2021

 


 

Les annonces faites par le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, vendredi 21 mai, étaient très attendues : elles dessinent à quel type d’agriculture iront les milliards de subventions européennes à partir de 2023. Mais elles ont suscité l’ire des défenseurs de l’environnement, qui ne voient dans ces arbitrages aucun encouragement à aller vers une agriculture plus écologique.

 

Le torchon brûle entre le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, et les ONG environnementales unies au syndicat agricole la Confédération paysanne. Dans la matinée du vendredi 21 mai, le ministre annonçait lors de la réunion du Conseil supérieur d’orientation les premiers arbitrages concernant les fonds pour la France de la Politique agricole commune (PAC), 9,1 milliards d’euros par an distribués aux agriculteurs français.

Écologistes et paysans réunis dans la Plateforme pour une autre PAC ont dénoncé dans la foulée ces choix sans « aucune ambition », conduisant à « un statu quo irresponsable », alors que la PAC actuelle (les nouvelles règles de la PAC s’appliqueront à partir de 2023) est un « échec total » tant du point de vue du revenu des paysans que de la transition agroécologique. Et pour marquer leur courroux, ils ont quitté tout de go la réunion.

« Il est toujours facile en démocratie de ne pas considérer les contraintes des autres », a sèchement répondu le ministre, irrité par ce départ groupé.

Le désaccord porte d’abord sur la forme. « Ces arbitrages sont le fruit d’une longue période de concertation et d’un débat public », a affirmé le ministre. Il s’est également félicité que la France ait pu éviter une baisse du budget de la PAC au niveau européen. Les ONG dénoncent au contraire un manque criant d’écoute. La Plateforme pour une autre PAC assure avoir demandé à six reprises des rendez-vous avec le ministre. Ils n’ont finalement pu le rencontrer que jeudi 20 mai au soir, soit la veille des annonces. « Nous avons été convoqués le jour même pour une réunion que nous demandions depuis des mois », constate amèrement Marie-Catherine Schultz-Vannaxay, chargée des questions d’agriculture à France Nature Environnement (FNE).

Un gouffre d’incompréhension qui se retrouve sur le fond. Alors que ces organisations demandent une profonde évolution de la PAC, considérée comme injuste parce qu’elle privilégie les grandes surfaces plutôt que l’emploi et est très peu favorable à l’agroécologie, Julien Denormandie a répondu en mettant en avant la stabilité des aides aux revenus des agriculteurs. Un choix fait, explique-t-il, afin que les agriculteurs puissent investir sereinement. Il a donc assuré qu’aucun département ne verra les aides qui y sont distribuées varier de plus de 4 %.

 

Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, le 24 juillet 2020, à Creysse (Lot).

« Encore 30 % des agriculteurs ne reçoivent quasiment rien de la PAC », a dénoncé Mathieu Courgeau, paysan et président de la plateforme, pour souligner cette exigence de meilleure répartition. « La PAC française est une des plus redistributives de l’Union », estime de son côté le ministre.

Des choix politiques qui privilégient « les rentes »

Mais le ministère entend toucher le moins possible à ce qui fait la plus grosse partie des aides de la PAC : celles indexées sur le nombre d’hectares. Les ONG auraient au contraire souhaité que ces subventions à la surface soient revues et qu’une partie de l’enveloppe soit redirigée vers des aides plus qualitatives, liées aux mesures dites « agroenvironnementales » mises en place par certaines fermes.

Par ailleurs, ces aides sont historiquement inégalement réparties : le montant par hectare est inférieur pour les prairies, supérieur pour les cultures de céréales. L’Union européenne prévoit que les montants soient peu à peu lissés pour aboutir à un même forfait à l’hectare pour tous : c’est ce qu’on appelle la convergence. La France a choisi de n’aller qu’à 85 % de convergence. Les ONG demandaient 100 %.

« La France a choisi d’appliquer le minimum de ce que demandait l’Union européenne, proteste Mathieu Courgeau. Pourtant, cette aide à l’hectare est l’outil aveugle par excellence, il n’oriente pas du tout l’agriculture, il incite juste à avoir plus d’hectares pour plus d’aides, c’est une rente. »

Cet arbitrage a en revanche satisfait la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), qui salue « des engagements importants pour la stabilité du revenu des agriculteurs ». Une réforme des aides à l’hectare aurait retiré des aides perçues par les grands céréaliers, très représentés dans le syndicat. Ces céréaliers avaient d’ailleurs manifesté début avril, contre une possible baisse de leurs subventions. Ils ont été entendus.

Toujours concernant ces aides à l’hectare, une partie est soumise à des conditions environnementales : l’agriculteur doit attester de certaines pratiques favorables à la biodiversité, ou d’une labellisation pour les percevoir. 20 à 30 % des aides à l’hectare seront donc distribuées seulement si l’agriculteur remplit ces conditions. « La PAC accompagne la transition agroécologique », s’est félicité Julien Denormandie. « La France a d’ailleurs obtenu que ces écorégimes soient obligatoires pour tous les états membres. »

Mais là encore, organisations paysannes et écolos s’insurgent. « La France devrait aller jusqu’à 40 % », a plaidé Marie-Catherine Schultz-Vannaxay, de FNE. Surtout, les conditions pour obtenir ce bonus écologique lui paraissent indigentes : le ministre s’est réjoui que 79 % des exploitations en grande culture satisfassent déjà aux conditions qu’il pose. « Les écorégimes ne changeront rien », déplore Arnaud Gauffier, chargé des questions agricoles au WWF France. Les ONG plaidaient pour des conditions plus restrictives : moins d’agriculteurs l’auraient eu les premières années, mais un montant d’aides plus important les aurait accompagnés vers des pratiques de plus en plus agroécologiques.

Elles s’émeuvent également que le bio et la labellisation HVE (haute valeur environnementale) de niveau 3 aient droit aux mêmes montants dans ces écorégimes, alors que la HVE3 est bien moins exigeante que le bio : par exemple, elle n’exclut pas l’utilisation des pesticides de synthèse.

 


 

Dernier détail concernant ces aides à l’hectare, une évolution majeure de la précédente PAC était la mise en place d’une prime aux 52 premiers hectares, afin de soutenir davantage les petites fermes, qui génèrent plus d’emplois. Le montant de la prime ne bouge pas, signe que leur soutien n’est plus à l’ordre du jour gouvernemental.

La conversion au bio en danger

L’autre gros point de désaccord concerne les aides au bio. « L’aide à la conversion augmente de 250 à 340 millions d’euros par an », assure M. Denormandie. Certes, mais la Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique) souligne que cela cache la disparition de l’aide au maintien. Car, après les cinq premières années, les agriculteurs bio ne peuvent plus prétendre recevoir l’aide à la conversion, et l’aide au maintien prenait le relais. « On avait repris une promesse de campagne d’Emmanuel Macron à notre compte, qu’elle soit remplacée par des paiements pour services environnementaux, afin de reconnaître que la bio contribue à préserver l’eau, les sols, la santé », dit Loïc Madeline, de la Fnab. La promesse est partie aux oubliettes.

Pour certaines fermes, cette décision signifie des pertes d’aides allant jusqu’à 66 %, a calculé la Fnab. Christophe Osmont, éleveur de vaches laitières dans la Manche, risque de perdre 13 000 euros, alors que lui-même n’arrive à se verser que 300 euros de revenu par mois. « Je ne sais pas comment je vais faire », confie-t-il. La Fnab craint que cette décision décourage de nouvelles conversions vers la bio. « J’ai déjà trois coups de fil de conseillers agricoles, dans des zones céréalières, qui me disent que dans leurs secteurs, il va y avoir des déconversions », avertit Loïc Madeline.

Les annonces ont également porté sur des aides plus spécifiques. Ainsi, celle sur les protéines végétales va doubler. Une façon d’inciter à en produire en France, plutôt que d’importer du soja favorisant la déforestation en Amazonie. Pas mal, « mais il faudrait en parallèle réfléchir à comment diminuer ces importations, qui servent avant tout à nourrir les élevages industriels », souligne Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne.

10 millions d’euros ont aussi été mis sur la table pour un grand oublié de la PAC : le maraîchage. La Confédération paysanne le demandait depuis des années. « Mais 10 millions, ce sont des miettes. On a fait des simulations avec les services techniques du ministère, et on a vu qu’il faudrait fortement restreindre le nombre de maraîchers y ayant accès », déplore Nicolas Girod.

Selon la Plateforme pour une autre PAC, cette fausse réforme de la politique agricole commune manque une occasion unique de réorienter l’agriculture française. Des années de perdues alors que les mesures annoncées s’appliqueront jusqu’en 2027. « On assiste à un effondrement de la biodiversité, une accélération du changement climatique, et on fait comme si tout allait bien », enrage Arnaud Gauffier. « On ne change rien, alors que les rapports de la Cour des comptes et de son homologue européenne ont montré que les mesures de verdissement de la précédente PAC n’ont pas eu d’effet. »

Mais les arbitrages annoncés ne sont pas encore figés. « On est prêts à revenir à la table des négociations si le gouvernement évolue », assure Nicolas Girod. Il reste en effet quelques étapes : les choix de la France doivent être formalisés d’ici au début de l’été, puis être évalués par l’autorité environnementale à l’automne 2021, et remis à l’Union européenne avant la fin de l’année.

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Précisions

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. chapô : un champ de blé en juin 2020. © Denis Charlet/AFP
. Denormandie : © Lionel Bonaventure/AFP
. dessin : © Étienne Gendrin/Reporterre

 

Source : https://reporterre.net/Le-ministre-de-l-Agriculture-fait-une-PAC-pour-les-gros-et-pas-pour-le-bio?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

samedi 29 mai 2021

Comment la PAC engraisse milliardaires et agroindustriels

Comment 

la PAC engraisse 

milliardaires et agroindustriels

 

20 mai 2021

 


La politique agricole commune a distribué des millions à Lactalis, Sodiaal et des milliardaires exilés en Suisse, selon une enquête financée par le collectif « Pour une autre PAC ». Ce dernier milite pour une autre redistribution des neuf milliards d’euros versés chaque année en France. Des annonces du ministère de l’Agriculture sont attendues vendredi 21 mai.

Qui sont les plus gros bénéficiaires de la politique agricole commune, la PAC ? Une famille de milliardaires exilés en Suisse, les géants du lait Sodiaal et Lactalis, un industriel breton du porc ou encore une usine de fabrication d’aliments pour chiens et chats… Grâce à une nouvelle enquête dévoilée mercredi 19 mai, réalisée par la journaliste Caroline Trouillet, la plateforme « Pour une autre PAC » enfonce le clou. Elle avait déjà dénoncé l’agro-industrie comme principale bénéficiaire de la PAC dans un premier rapport.

Alors que les négociations qui établiront les règles de la nouvelle PAC battent leur plein, le collectif d’associations milite pour une autre redistribution des neuf milliards d’euros versés chaque année en France.

Au niveau européen, États, Commission et Parlement finalisent leurs discussions. En France, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie devrait annoncer lors d’une réunion vendredi 21 mai les premières orientations nationales. « Les mécanismes actuels de la PAC permettent d’attribuer plusieurs millions d’euros de subventions à des acteurs économiques qui n’œuvrent pas pour l’intérêt général, dénonce le paysan Mathieu Courgeau. Il faut une réforme ambitieuse. »

Le président de Pour une autre PAC appuie son propos sur le rapport d’investigation de Caroline Trouillet. L’enquêtrice s’est d’abord intéressée au domaine de Mivoisin, dans le Loiret. Ses 1 700 hectares de grandes cultures lui ont permis de toucher aux environs de 450 000 euros de subventions directes en 2018, presque autant en 2019, indique le rapport. Le domaine appartient aujourd’hui à Stanley Primat, fils de milliardaires français installés en Suisse, où il est également domicilié. L’ensemble des propriétés agricoles de la famille touche près de 900 000 euros d’aides de la PAC, ce alors que « résidents fiscaux en Suisse, les Primat ne contribuent pas au budget de l’Union européenne », souligne l’enquête.

En 2019, une filiale de Lactalis a été condamnée à 100 000 euros d’amende pour pollution de l’Isère.

 

L’exemple vise à montrer comment les aides indexées sur l’hectare bénéficient à de très grandes exploitations employant peu de main-d’œuvre. Pour une autre PAC propose une solution qui permettrait d’éviter cette concentration des aides sur un petit nombre de grandes exploitations : les plafonner à 100 000 euros par ferme. « La France ne l’a pas mis en place, déplore Mathieu Courgeau. On a pourtant calculé qu’en appliquant cette mesure, on pourrait récupérer 61 millions d’euros. »

Le rapport épingle ensuite un autre type d’aides attribuées via la PAC : celles dédiées à l’investissement. De grosses entreprises ont su les capter ces dernières années, telles que Lactalis. Les Régions ayant la main sur une partie des aides de la PAC, le conseil régional de Bretagne aurait ainsi voté l’attribution de 2,3 millions d’euros de subventions au géant, en 2016 et 2017. Une somme qui a notamment financé le développement du site de Retiers (Ille-et-Vilaine), responsable d’une pollution catastrophique de la rivière Seiche. L’affaire n’a pas découragé l’attribution de nouvelles subventions : cinq millions en 2018, deux millions en 2019, liste encore l’enquête.

Deux maisons de champagne du groupe Pernod Ricard ont reçu cinq millions d’euros

Elle fournit d’autres exemples d’aides à l’investissement. Tels que celui de Sodiaal et son usine de lait en poudre à Carhaix (Finistère), qui n’a jamais tenu ses promesses de renouveau économique et se retrouve déficitaire. Ou celui de l’industriel du porc Jean Floc’h, dont le 1,4 million d’euros reçu pour « moderniser » sa production a permis d’augmenter les cadences, la productivité… mais pas les salaires des ouvriers. Une usine d’aliments pour chiens et chats du Lot-et-Garonne, appartenant à un groupe allemand, a également reçu 1,2 million d’euros en 2016, détaille le rapport d’investigation. Le tout pour un agrandissement de l’usine ayant abouti à une pollution — le système d’épuration était sous-dimensionné — et à un rythme de travail intense qui a poussé plusieurs salariés pourtant en CDI à partir, dénonce la CGT.

Enfin, Caroline Trouillet épingle un type d’aides peu connues de la PAC : celles qui soutiennent la promotion des produits français à l’étranger. Notre charcuterie et le champagne en ont ainsi bénéficié. Ou plus précisément la Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs et transformateurs de viande, qui a obtenu plus de 900 000 euros pour faire connaître ses produits au Japon. Deux maisons de champagne du groupe Pernod Ricard ont elles reçu cinq millions d’euros pour faire la promotion du précieux breuvage en Chine, au Japon et aux États-Unis. À l’inverse, Pour une autre PAC demande « que l’on encourage la diversification de nos productions pour tendre vers la souveraineté alimentaire ».

« C’est un modèle d’agriculture qui se dessine derrière ces fléchages », résume Caroline Trouillet. « Aucun de ces acteurs n’est hors la loi, complète Mathieu Courgeau. Ils ne font que profiter des règles du jeu de la PAC. Ce qui leur permet d’obtenir plusieurs millions d’euros pour des bénéfices sociaux et environnementaux nuls voire négatifs. »

La nouvelle PAC, qui entrera en vigueur en 2022, va-t-elle corriger le tir ? Les sommes sont telles que certains acteurs pèsent de tout leur poids pour ne pas perdre leurs subventions. Ainsi, les céréaliers d’Île-de-France syndiqués au sein de la FNSEA — qui gagnent de fortes sommes grâce à leurs grandes surfaces — ont défilé début avril pour demander un maintien des subventions attribuées en fonction de la taille de la ferme et des règles environnementales souples.

Les partisans d’une réforme plus ambitieuse, eux, ne sont guère optimistes. La Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) a ainsi dénoncé les scénarios qui lui ont été proposés. Ces derniers pourraient entraîner une baisse des aides allant jusqu’à 132 euros par hectare pour les fermes biologiques. « On est clairement face à un ministre qui manque de courage », estime Mathieu Courgeau. Joint par Reporterre, Loïc Madeline, secrétaire national de la Fnab, conclut : « Sur le verdissement, on va être à peine plus ambitieux que dans la précédente PAC. »

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En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
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Précisions

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. Chapô : champ de blé. Pxhere
. Manifestation de Gilets jaunes devant le siège de l’Étoile du Vercors, le 16 février 2019. © Arnaud Bertrand/Reporterre

Source : https://reporterre.net/Comment-la-PAC-engraisse-milliardaires-et-agroindustriels

mercredi 20 janvier 2021

Cyberaction : BASTA : À qui profite la PAC ?

 

https://www.youtube.com/watch?v=HTzU06B5MHI&feature=emb_imp_woyt

 

Cyberaction :  

BASTA : 

À qui profite la PAC ? 


La Politique Agricole Commune, financée par les impôts des citoyens européens, profite largement aux géants de l’agro-alimentaire comme Bigard, Avril, Savéol, Tereos et Agrial, en subventionnant une agriculture toujours plus industrielle.


Plus d'infos

BASTA 

La Politique Agricole Commune (PAC) représente l’ensemble des aides versées à l’agriculture européenne. C’est elle qui structure notre modèle agro-alimentaire. Chaque année, 9 milliards d’euros, financés par les impôts des citoyens européens sont dédiés à l’agriculture française. 

Mais qui en profite ?

Aujourd’hui, les principaux bénéficiaires de la PAC demeurent les producteurs intégrés dans un modèle de type agro-industriel, face auxquels les plus petits bénéficiaires ont du mal à exister. Grandes parcelles et grands cheptels, capacité à produire en quantité et à exporter, concentration, optimisation et surproduction : le système des aides de la PAC est particulièrement généreux avec les acteurs qui respectent ces principes. Par conséquent, la PAC incite financièrement les fermes à s’agrandir plutôt que d’opérer une transition agroécologique. 

Ces inégalités au niveau des fermes se répercutent et s’accentuent en aval de la chaîne de production. Les coopératives ou entreprises agro-alimentaires touchent elles aussi directement ou indirectement une part significative des subventions de la PAC. Le modèle agro-alimentaire actuel est ainsi dominé par l’agro-industrie, où quelques grandes entreprises imposent leur modèle au reste de la filière. 

Ce sont les BASTA, les profiteurs de la PAC !

BASTA,  Bigard, Avril, Savéol, Tereos, Agrial & Co…
LES PROFITEURS DE LA PAC !



#BASTA,
c'est l'acronyme des géants de l'agro-alimentaire à qui la Politique Agricole Commune (PAC) profite, au détriment des paysan.ne.s en France et en Europe, mais aussi en Afrique, en Amérique Latine et en Asie

BASTA, ce sont les entreprises Bigard, Avril, Savéol, Téréos, Agrial et compagnie, principales bénéficiaires des 9 milliards d'euros alloués à la France par la PAC.

En 2021, une nouvelle PAC va être adoptée pour 7 ans.


C’est le moment où jamais d’agir !

https://basta.pouruneautrepac.fr/wp-content/uploads/2021/01/Argumentaire_BASTA.pdf  


Monsieur Julien Denormandie,
Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation
78 rue de Varenne
75007 PARIS

Votre ville, date du jour

Objet : réforme de la Politique Agricole Commune via le Plan Stratégique National

Version longue proposée
Monsieur le Ministre,

Pendant les prochains mois, en bâtissant le Plan Stratégique National PAC, vous allez négocier la réforme qui aura probablement le plus d’ampleur sur l’agriculture française de tout le quinquennat. Selon la manière dont vous orienterez la prochaine PAC, elle pourra soit achever de mener notre agriculture dans le mur, soit constituer notre plus belle opportunité pour la réorienter vers plus de justice, d’écologie et de cohérence.

La France est l’État membre de l’Union européenne qui bénéficie le plus de la PAC. Il est donc normal qu’elle soit exemplaire en matière d’utilisation de ses fonds. En tant que citoyen/paysan/autre et contribuable, je demande à ce que l’argent public dépensé au titre de la PAC en France soit alloué en conformité avec l’agriculture et l’alimentation auxquelles nous aspirons, moi-même et des millions de mes concitoyen·ne·s, préoccupé·e·s par les défis à relever au cours de la prochaine décennie.

Je ne veux pas d’une agriculture qui paupérise les paysan·ne·s, pollue, vide les campagnes, mise sur l’export, mette en danger la santé publique, ferme les yeux sur les conditions d’élevage des animaux, ni sur les maux qu’elle entraîne à d’autres endroits de la planète. Je veux au contraire une agriculture qui crée de la valeur pour les paysan·ne·s, produise des services environnementaux, fasse vivre les territoires, mise sur la souveraineté et la relocalisation alimentaires, produise des denrées saines accessibles à tou·te·s, restaure un élevage paysan et tire les autres agricultures du monde vers le haut. C’est ça, et uniquement ça, que le Plan Stratégique National de la prochaine PAC doit soutenir.

Monsieur le Ministre, je vous ai entendu défendre à plusieurs reprises les agriculteur·rice·s qui se sentent attaqué·e·s par les demandes citoyennes, en insinuant qu’aucune autre catégorie de la population ne serait prête à changer autant que ce que nous demandons au monde agricole. C’est faux ! Ouvrez les yeux : partout la jeunesse se mobilise, les modes de consommation évoluent, les appels à bâtir un nouveau pacte social se multiplient. Entendez nos voix Monsieur le Ministre et retranscrivez-les dans la réforme de la PAC.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées et espère trouver dans votre réponse à ce courrier les signes d’une volonté de votre part de réorienter la PAC.

 

Source : https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/basta-yaquiprofitelapac-4476.html

 

dimanche 25 octobre 2020

Une PAC paysanne pour réussir la transition agroécologique

 

Une PAC paysanne 

pour réussir 

la transition agroécologique

 
 
Par Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne

Un nouveau projet pour la politique agricole commune va être adopté par le Parlement européen. Il reste insuffisant pour assurer la souveraineté alimentaire de l'Europe, développer l'agroécologie et soutenir les paysans.

 

 

Tribune. Le Parlement européen doit adopter ces prochains jours un projet pour la prochaine politique agricole commune (PAC), outil majeur d’orientation de nos systèmes agricoles et alimentaires. Il s’agit de la première étape du processus qui conduira à la PAC post 2020. Le texte discuté n’est pas à la hauteur des enjeux et pire encore, à quelques jours du vote, les trois principaux partis viennent de s’entendre pour que rien ne change sur le fond !

La crise que nous traversons révèle pourtant le besoin d’une réponse politique forte face aux urgences écologiques et sociales. L’agriculture et l’alimentation, qui sont au carrefour des défis qui s’imposent à nous, devraient être au cœur des projets du « monde d’après ».

Souveraineté alimentaire

La future PAC doit tout d’abord s’occuper de nourrir tout le monde. L’explosion de la précarité causée par le Covid nous impose de revoir notre système alimentaire. Une situation où des paysan·ne·s sans revenu essaient de vendre des produits toujours moins chers à des consommateurs qui n’ont plus les moyens de les acheter, est une impasse. Une PAC qui a pour seul objectif « des prix bas » ne fait qu’aggraver les choses. Nous demandons au contraire de refonder la PAC sur un véritable projet de démocratie alimentaire. Pour exemple, les productions de fruits et légumes, pourtant essentielles pour l’alimentation de nos concitoyens·nnes, restent complètement absentes des politiques publiques dont la PAC fait partie.


La PAC est en outre un outil majeur pour construire notre souveraineté alimentaire. Mais plutôt que les pousser dans des impasses, elle doit protéger les paysan·ne·s et, en premier lieu, leur revenu. Les exemples des filières laitière et sucrière témoignent des problèmes provoqués par les dérégulations successives, aux conséquences dramatiques sur les prix. L’insuffisance d’harmonisation fiscale, sociale et environnementale européenne met les paysan·ne·s en compétition. Cette situation doit cesser : une harmonisation de ces normes par le haut, s’impose. Des mécanismes de régulation de marchés et de maîtrise des volumes doivent donc être remis en place. La poursuite des signatures d’accords de libre-échange est de plus une insupportable provocation, elles doivent cesser.

Un million de paysan·ne·s

« Relocaliser nos productions », tout le monde en parle, mais ça suppose d’avoir des paysan·ne·s nombreux sur tous les territoires. Or la PAC, dont le budget est majoritairement distribué en fonction de la taille des fermes, est la principale raison de la diminution du nombre de paysan·ne·s et du non-renouvellement des générations. Alors que la moitié des agriculteurs partira à la retraite d’ici dix ans, face aux vagues de suppressions d’emplois, l’agriculture et l’alimentation constituent un potentiel réservoir d’emplois qui doit être saisi. La Confédération paysanne fixe l’objectif d’un million de paysan·ne·s en France dans dix ans. Pour l’atteindre, orientons les soutiens vers les actifs plutôt que vers les hectares !

Ensuite, la PAC continue d’encourager un modèle agricole contraire à l’agroécologie paysanne, pourtant à même d’apporter des réponses aux défis auxquels notre système alimentaire est confronté. Les objectifs fixés par le « Green Deal », en matière de réduction d’utilisation de pesticides, d’engrais azotés et d’augmentation de la part d’agriculture biologique constituent des étapes importantes. Objectifs portés d’ailleurs par la Convention citoyenne pour le climat. Sans une PAC qui décline ces objectifs - ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui - il nous sera impossible de relever ces défis.

Occasion historique

Enfin, nous sommes particulièrement inquiets de la dérive « technologiste » que pourrait prendre la PAC, via le soutien à l’agriculture de précision et la digitalisation. Si demain, les paysan·ne·s auront besoin de nouvelles techniques et formes d’organisations, ces innovations doivent d’abord renforcer leur autonomie et valoriser leurs savoir-faire, non leur créer de nouvelles dépendances.

Malheureusement, la PAC que le Parlement européen s’apprête à voter a toutes les chances d’être très éloignée d’une politique agricole et alimentaire commune (PAAC) dont les quelques propositions ci-dessus esquissent les grandes lignes, et que nous portons au côté du collectif citoyen de la plateforme pour une Autre PAC. Elle risque de demeurer une politique de rente inacceptable, inefficace d’un point de vue social, alimentaire et écologique.

Voilà pourquoi, nous en appelons à tous les député·e·s européen·ne·s qui s’apprêtent à voter. L’occasion est historique, les circonstances l’exigent et les défis à relever urgents : c’est maintenant que les choix politiques qui s’imposent doivent être pris, soyons plus ambitieux !

Nicolas Girod porte-parole de la Confédération paysanne
 
 
Source : https://www.liberation.fr/debats/2020/10/19/une-pac-paysanne-pour-reussir-la-transition-agroecologique_1802564?fbclid=IwAR37b44UxdtnTSky8F5w3rs3rowtJ0P57KB5Tonofdu
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