Un abandon de la classe populaire
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L’association de consommateurs annonce avoir déposé une plainte contre l’entreprise française concernant la présentation de l’origine de ses miels.
L’UFC-Que choisir a annoncé mercredi 29 mai avoir déposé plainte auprès du tribunal judiciaire de Paris contre le groupe français Famille Michaud Apiculteurs, propriétaire de la marque Lune de miel, qu’elle accuse de « pratique commerciale trompeuse » sur l’origine de ses produits, ce que le groupe conteste.
L’association de consommateurs dénonce le « frenchwashing » du plus gros acteur du miel en France « par l’apposition des mentions laissant penser aux consommateurs que le produit a été récolté en France, alors que tel n’est pas le cas », selon la plainte déposée le 21 mai.
L’UFC-Que choisir déplore notamment que les mentions sur l’origine française de l’entreprise et la localisation dans les Pyrénées de la mise en pot soient « survalorisées » sur l’emballage, alors qu’il s’agit de miels importés de l’étranger. « Plusieurs produits » de l’entreprise Famille Michaud Apiculteurs, connue pour les marques Lune de miel, Miel l’Apiculteur, Famille Michaud et La Ruche aux Délices, sont concernés, affirme l’association dans un communiqué.
« L’origine exacte des produits est en outre souvent reléguée en petits caractères à l’arrière des pots, voire même sur le capuchon et via des abréviations parfois peu intelligibles », reproche également l’UFC-Que choisir. Cette présentation « nuit clairement à une information claire, loyale et transparente » et « peut dès lors s’apparenter à une pratique commerciale trompeuse », estime l’association.
Marie Lecal-Michaud, directrice générale de Famille Michaud Apiculteurs, « conteste fermement ces allégations » et précise que le groupe prépare une action contre l’UFC-Que choisir pour « dénonciation calomnieuse ».
L’entreprise assure qu’elle « indique toutes les origines des miels contenus dans ses pots conformément à la réglementation ». Depuis le printemps 2022, toutes les entreprises qui commercialisent du miel en France sont obligées d’indiquer les pays d’origine des mélanges de miels lorsque ces derniers sont conditionnés sur le territoire national.
« L’entreprise garantit également la qualité de ses miels puisque 100 % des pots conditionnés sur son site de Gan [dans les Pyrénées-Atlantiques] sont contrôlés pour assurer l’origine géographique (France, Espagne, etc.), l’origine florale (acacia, lavande) et la pureté du miel (non-adultération) », ajoute Mme Michaud.
Aujourd’hui, la France produit en moyenne 20 000 tonnes de miel par an, tandis que les Français en consomment en moyenne 45 000 tonnes par an, selon la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français.
Le Monde avec AFP
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Des charges trop élevées, un frelon asiatique plus virulent du fait du réchauffement climatique et des abeilles moins productives… Les apiculteurs français sont mobilisés dans le mouvement des agriculteurs, pour alerter sur leur situation.
Vendredi 26 janvier, lors d'un blocage sur la RN113 à Salon-de-Provence, ils ont intercepté un camion venu d'Ukraine, transportant du miel, à destination d'un conditionneur français.
"C'est un miel vendu à moins de 2€ le kilogramme pour les grandes et moyennes surfaces", dénonce Romain Nardi, apiculteur. "Les apiculteurs français ne peuvent pas se permettre de vendre le même type de miel en dessous de 5€ le kilogramme. "On en est presque à vendre notre miel à perte", dénonce-t-il.
Vu la provenance, par solidarité avec l'Ukraine, les apiculteurs n'ont pas souhaité détruire la marchandise. Mais ils en ont prélevé une partie et envoyé à un laboratoire, pour s'assurer, d'une part, qu'il s'agissait de miel véritable (en raison des prix élevés et de la baisse de production, certains pays n'hésitent pas à fabriquer des miels de synthèse) et d'autre part, que la provenance était bien ukrainienne. "Les produits importés d'Ukraine ont été détaxés par solidarité, sans qu'aucune compensation ne soit versée sur la filière française, explique Silvère Bru, apiculteur. Nous tenions à nous assurer de la provenance, car des producteurs pourraient être tentés de transiter par l'Ukraine pour profiter de cette baisse de taxe".
"Nous estimons que les principaux responsables sont les grandes et moyennes surfaces, qui mettent la pression sur les tarifs, ajoute l'apiculteur. Le conditionneur est complice, mais il est entre le marteau et l'enclume, le client est également complice, car il accepte d'acheter du miel à moins de 5€ le kilogramme, et l'État l'est également, quand il détaxe sans compenser sur la filière française."
Les apiculteurs ont tagué symboliquement les futs de miel après en
avoir prélevé une partie pour analyse. Une rencontre avec le
conditionneur est prévue, pour discuter des perspectives de l'apiculture
française, menacée par la concurrence étrangère.
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Une cargaison de barils de miel a été photographiée par des agriculteurs qui organisaient un blocage sur une route du sud de la France. De nombreux internautes s’interrogent sur la destination de ce miel, acheté par l’entreprise Famille Michaud apiculteurs.
Vincent Coquaz
Publié le 30 janvier 2024
«Vous en faites quoi, Famille Michaud, de ce miel conditionné en baril en provenance d’Ukraine ?» Le 26 janvier, lors d’un blocage à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), des agriculteurs et apiculteurs ont arrêté un poids lourd venu d’Ukraine, «transportant du miel à destination d’un conditionneur français», selon France 3 Paca. De quoi agacer les apiculteurs : «C’est un miel vendu à moins de 2€ le kilo pour les grandes et moyennes surfaces, dénonçait l’un d’eux. Les apiculteurs français ne peuvent pas se permettre de vendre le même type de miel en dessous de 5€ le kilo. On en est presque à vendre notre miel à perte.»
Au-delà de cette différence de prix de gros, c’est surtout la destination du miel qui a suscité commentaires et indignations. Selon certaines publications sur les réseaux sociaux, ce miel en bidon ukrainien aurait ainsi été acheté par l’entreprise « Famille Michaud apiculteurs », étiquette à l’appui. Ce que nous confirme l’entreprise française, leader sur le marché.
Plusieurs consommateurs s’étonnent donc publiquement sur les réseaux sociaux : quand ils achètent du « miel de France » commercialisé par la même entreprise Michaud, et qu’il est indiqué qu’il est « 100 % récolté en France », ils s’attendent légitimement à ce que le produit soit exclusivement français, et non ukrainien.
Et c’est bien le cas, assure l’entreprise, qui met en avant la «transparence» de ces étiquettes.
« Les agriculteurs » ne sont pas un tout homogène : il y a d’un côté des gros exploitants qui cherchent à faire toujours plus d’argent avec des méthodes toujours plus polluantes, et de l’autre, des petits paysans qui galèrent et subissent la concurrence et le libéralisme de plein fouet.
Macron n’a cédé qu’aux premiers, en faisant un cadeau à la FNSEA, le lobby de l’agro-industrie, en autorisant un usage maximal d’engrais chimiques. Il n’a en revanche rien réglé pour tous les petits exploitants. Le mouvement de colère n’est donc pas fini.
Parmi les grands ennemis du monde paysan : le groupe Lactalis, numéro un mondial des produits laitiers, qui possède les marques Lactel, Président, Société, Galbani ou La Laitière. Lactalis est le numéro 1 de l’agroalimentaire en France, devant Danone. C’est un véritable empire qui règne sans partage sur l’industrie du lait et exploite les producteurs. Son patron, Emmanuel Besnier, est la 6ème plus grande fortune de France, avec plus de 20 milliards d’euros.
Non content de pressuriser les paysans pour faire de mégaprofits, Lactalis fraude le fisc. Le 6 février, le groupe a été perquisitionné par les enquêteurs du Parquet National Financier, à la fois au siège national, à l’hôtel particulier parisien du PDG et dans ses bureaux dans la tour Montparnasse, dans le cadre d’une enquête pour « fraude fiscale aggravée » et « blanchiment de fraude fiscale aggravée ».Pendant plus de 10 ans, de 2009 à 2020, Lactalis aurait soustrait avec des montages financiers des sommes colossales aux impôts : on parle de plusieurs centaines de millions d’euros !
La Confédération Paysanne, syndicat de gauche du monde agricole, avait déjà dénoncé en 2019 Lactalis au Parquet National Financier, pour avoir « mis en place un système de refacturation intragroupe particulièrement complexe ainsi qu’un système d’achat fictif d’actions ».
Cette année, avant même la flambée médiatique des actions d’agriculteurs fin janvier, des mobilisations avaient lieu partout en France contre le prix imposé par Lactalis aux producteurs de lait.
Car oui, une entreprise aussi énorme fonctionne comme une mafia : elle contrôle le marché, et peut donc fixer les prix d’achats. Lactalis avait proposé un prix de 405 euros la tonne de lait, « complètement déconnecté du marché et des attentes des producteurs » selon la Confédération Paysanne. Plusieurs rassemblements ont ainsi eu lieu devant les usines de Lactalis dès le début du mois de janvier. Sous pression, le groupe a fait une nouvelle proposition : 420 euros la tonne. Cela prouve que la lutte fonctionne, mais cela reste très insuffisant.
Médiapart rappelle qu’en 2001, une brique de lait se vendait en moyenne 55 centimes hors taxes, un prix sur lequel les éleveurs gagnaient 25 centimes d’euro, soit 45% du prix. Aujourd’hui, sur une brique à 83 centimes, les éleveurs ne gagnaient plus que 24 centimes, soit seulement 29% du prix. Autrement dit, les agriculteurs ont perdu de l’argent, alors que les grands magasins et les entreprises comme Lactalis ont fait exploser leurs marges ! Ce prix qui augmente, payé par le consommateur, ce n’est pas pour les paysans, mais dans la poche des intermédiaires qui se comportent comme des parasites.
Partant de ce constat, la Confédération Paysanne a décidé de taper du poing sur la table. Ce mercredi 21 février, 200 de ses membres ont organisé une action contre le siège social de Lactalis, situé à Laval en Mayenne. Le bâtiment a été envahi pour exiger une rencontre avec le PDG du groupe.
Des pancartes ont été affichées devant et dans les locaux, aux cris de « Lactalis ! Lacto terroriste ! » Des CRS ont été envoyés pour évacuer les occupants.
Vu les mégaprofits du patron de Lactalis et la précarité grandissante des paysans, la revendication est pourtant plus que justifiée. Mais étonnamment, les médias parlent moins de cette juste occupation, vite expulsée, que des blocages de la FNSEA il y a quelques semaines.
Alors à nous de faire savoir que la lutte continue pour un revenu paysan et contre l’agro-industrie, avant le salon de l’agriculture qui commence ce samedi et qui s’annonce agité.
Il y a les beaux discours sur la « sobriété énergétique », la « transition climatique » ou le « capitalisme vertueux » et il y a les actes. Les dirigeants et les capitalistes multiplient les choix suicidaires les plus scandaleux qui soient. À tel point que l’on peut se demander s’il ne s’agit pas de provocations délibérées :
À Lorient, dès cette année 2024, des tonnes de poissons venus du sultanat d’Oman, à plusieurs milliers de kilomètres dans le Golfe Persique, pourront être amenés par avion pour être vendus dans ce port de pêche breton ! Des responsables du port de pêche de Lorient veulent « développer leur activité à l’étranger. Dans le cadre d’un consortium omano-français, le deuxième port de pêche français va investir dans le développement d’un ensemble portuaire de 250 hectares, au sud du sultanat d’Oman » écrit le quotidien Ouest-France qui ajoute que « sur la criée du port, des poissons en provenance du sultanat feront peut-être bientôt leur apparition ».
Une folie promue par la société Ker’Oman qui a décroché un appel d’offres pour concevoir et gérer ce nouveau port dans le sultanat. Son responsable explique : « L’avion, c’est un transport normal pour du poisson aujourd’hui. » La « normalité » est désormais de faire venir par les airs des poissons de l’autre bout du monde plutôt que de consommer ceux pêchés localement. Cela alourdirait « de 10 fois l’empreinte carbone du poisson » alertent des écologistes, et les pêcheurs lorientais craignent une mise en concurrence désastreuse.
Le Parlement Européen a approuvé, mercredi 22 novembre, à une large majorité, la ratification d’un accord de libre-échange entre l’Union Européenne et la Nouvelle-Zélande. Celui-ci prévoit de faciliter les « échanges commerciaux » entre l’Europe et cette île située à 20.000 kilomètres de la France.
Pour importer des produits très spécifiques qu’on ne peut pas produire ici ? Pas du tout. Cet accord qui entre en vigueur en 2024 va supprimer les droits de douanes sur les oignons, les pommes, le poisson, le vin, le lait et la viande de Nouvelle-Zélande. Encore une absurdité complète. D’abord parce que la France est un grand pays agricole qui n’a absolument pas besoin d’importer de lait ou de viande : nous en produisons trop et en exportons ! Ensuite parce que cela va créer une concurrence entre les agriculteurs européens et néo-zélandais, sachant que le pays est le premier producteur mondial de lait. Enfin, il va sans dire qu’importer à 20.000 kilomètres des produits agricoles que l’on fabrique ici est une catastrophe écologique. Tout cela est totalement irrationnel et même criminel, mais cela paraît sous doute cohérent dans la tête de ceux qui pensent que le monde n’est rien d’autre qu’un grand marché.
Dans le même esprit, une start-up du Groenland, Arctic Ice, a choisi de « récolter » de la glace du pôle nord pour l’envoyer aux Émirats Arabes Unis, selon une information du journal anglais The Guardian. L’entreprise utilise un bateau équipé d’une grue, arrache des gros bouts de glace du Groenland qui sont ensuite envoyés au Danemark puis vers Dubaï.
Difficile de trouver une métaphore plus évidente de la fin du monde : les glaces du Pôle Nord sont condamnées par le réchauffement climatique, mais elles seront sirotées dans les cocktails de riches résidents d’une pétromonarchie située sous d’autres latitudes.
La start-up se vante d’exporter des glaces datant de milliers d’années qui « n’ont pas été en contact avec des sols ou contaminées par des polluants produits par les activités humaines. Cela fait de l’Arctic Ice l’eau la plus propre de la planète ». Le cynisme complet : les pires pollueurs veulent de l’eau pure dans leurs glaçons. Avec un peu de chance, un émir se retrouvera bientôt contaminé par un virus néolithique et pourra le refiler au reste de la planète.
Et le pire, c’est que la start-up Artic Ice prétend ainsi « aider le Groenland dans sa transition écologique ». Dans un monde où les mots n’ont plus de sens, c’est sans doute un argument logique dans pour les conseillers marketing de l’entreprise.
https://framaforms.org/la-
- Le lien vers le site national pour signer l'appel international et rejoindre les 150 orgas, syndicats, associations, collectifs déjà signataires... Vous pouvez y récupérer des visuels tels que des affiches :
- Le lien vers le fil Telegram créé pour l'événement :
https://t.me//feteaubeton10_12
Aux États-Unis, l’entreprise Recompose propose de composter les corps dans une usine. On appelle cela la terramation « hors-sol ». - © Recompose / Sabel Roizen
Terramation, aquamation... Il est possible de faire des funérailles non polluantes. En France, des freins culturels et économiques persistent pourtant, analyse Martin Julier-Costes, spécialiste de ces questions.
Martin Julier-Costes est socio-anthropologue, spécialiste de la mort et des rites funéraires, et chercheur associé au laboratoire de sciences sociales Pacte, à l’université Grenoble Alpes.
Reporterre — Plusieurs techniques funéraires existent pour que nos cadavres polluent le moins possible : la terramation (qui consiste à laisser des microbes décomposer les corps en humus), l’aquamation (qui permet de les dissoudre dans une solution aqueuse)… Pourquoi ne sont-elles pour le moment pas autorisées en France ?
Martin Julier-Costes — Ces techniques sont très récentes, et il existe très peu d’études scientifiques vraiment robustes sur les impacts écologiques de l’inhumation et de la crémation (pollution des sols, de l’air, etc.). Plus largement, elles se heurtent notamment au fait que nous avons, dans notre culture chrétienne, une forte tradition d’inhumation et que depuis plus d’un siècle, la crémation connaît une augmentation croissante en Occident.
En France, ces deux modes de sépulture nécessitent obligatoirement un cercueil, alors que la terramation et l’aquamation non, et le modèle économique des pompes funèbres s’est justement construit sur ce produit. Beaucoup de pays font différemment et, il n’y a encore pas si longtemps, on enterrait nos corps à même la terre, avec ou sans linceul.
16 % des Français seraient prêts à recourir à la terramation à leur mort, selon un sondage OpinionWay de 2022 pour l’association Humo Sapiens. Ceux opposés au processus évoquent la vision de la place de l’humain, le dégoût à l’idée que des micro-organismes dégradent leurs corps… Que vous évoquent ces résultats ?
Ce qui est valorisé dans la terramation, c’est l’idée de la mort régénératrice, de revenir à la terre et de participer au cycle naturel en étant utile aux sols, à la terre, aux plantes. C’est en décalage complet avec l’inhumation et la crémation telles qu’on les conçoit aujourd’hui.
Des auteurs comme Philippe Descola ou Bruno Latour ont montré que nous nous voyons, d’une certaine manière, comme distincts de la nature. Nous continuons de poursuivre, au moment du trépas, cette séparation du « cycle naturel » des choses. Cela passe par des procédés techniques comme la thanatopraxie — qui consiste notamment à drainer le sang et ajouter une solution à base de formol —, la construction de cercueils en chêne très hermétiques, l’installation de capitons en soie… Résultat, beaucoup de corps sont trop bien conservés quand on les exhume, ce qui peut poser un problème de place pour les collectivités.
Lire aussi : Cadavres non décomposés, cimetières engorgés
La crémation illustre également cette séparation, avec un procédé très industriel, énergivore et assez violent. La peur de la putréfaction, de se faire manger par des petits vers est un des dégoûts majeurs pour beaucoup d’entre nous, imaginaire auquel la crémation s’oppose avec des arguments d’efficacité et de pureté et en jouant sur des oppositions entre le propre et le sale.
Quels autres freins identifiez-vous au déploiement de cette technique ?
La terramation implique des changements de pratique. Les professionnels sont habitués à prendre en charge les défunts avec un cercueil, et non un linceul, et avec une réglementation et une législation très claires. Si cela devait changer, cela nécessiterait pas mal de chamboulements et d’ajustements (juridiques, pratiques, etc.) sur toute la trajectoire du défunt, de son lieu de décès à sa mise en terre.
Le cercueil, avec la marbrerie, étant la base du modèle économique des pompes funèbres en France, il y a des filières entières de professionnels qui travaillent le bois pour en produire. En 2022, il y a eu plus de 673 000 décès, et autant de cercueils. Ce sont de grosses chaînes de production, qui font vivre beaucoup de gens. Cela nécessiterait d’accompagner ces filières.
La maison funéraire Return Home est spécialisée dans la terramation à Auburn (États-Unis), où la technique est légale. Ici, en mars 2022. © AFP / Jason Redmond
Il y a aussi la question des collectivités, qui gèrent les cimetières. On retrouve, là encore, une opposition entre le propre et le sale. En France, les cimetières sont très minéralisés et, pour beaucoup d’entre nous, la pierre renvoie à la propreté et le végétal plutôt à la saleté, représentations qui sont ici reliées au respect dû aux morts. Ces considérations nécessiteraient de faire changer ces représentations.
Lire aussi : Cercueils en carton et corps rendus à l’humus : le cimetière devient écolo
Et puis, quand vous êtes confronté à un décès, vous avez 15 000 choses à gérer. Ce n’est pas à ce moment-là que vous allez commencer à militer pour un troisième mode de sépulture qui n’est pas légal. Vous faites avec l’existant, c’est-à-dire avec l’inhumation ou la crémation. Il faut aussi bien penser que la majeure partie des défunts aujourd’hui sont des personnes âgées, avec un rapport à la « nature » et l’écologie différent de celui que l’on entend aujourd’hui. Les pompes funèbres s’adaptent donc aussi à leurs publics.
Une autorisation de la terramation en France vous semble-t-elle envisageable à court et moyen termes ?
En janvier dernier, la députée MoDem Élodie Jacquier-Laforge a déposé une proposition de loi pour expérimenter l’humusation, en disant qu’il fallait proposer une troisième voie aux Français. Mais tout est encore à faire pour définir le quoi, le comment, et la mise en application concrète. Par exemple, rendre possible le fait de pouvoir enterrer quelqu’un avec un linceul semble déjà une montagne.
Une cérémonie proposée par l’entreprise Recompose, aux États-Unis, spécialisée en terramation « hors-sol ». © Recompose / Getty Images
Une autre question est celle du procédé utilisé. Le terme « terramation » englobe trois types de modèles qui ne sont pas tous légaux : le « hors-sol », légalisé dans certains États des États-Unis, le « en sol » — on creuse et on recouvre le corps de terre —, qui est légalisé dans certains États aux États-Unis, et le « au sol » — on place le corps sous une butte de broyat pour en tirer de l’humus. Ce dernier procédé a été proposé initialement par l’association Métamorphose en Belgique, et n’est légalisé nulle part. Quid donc du ou des modèles à promouvoir pour la France ?
Si la terramation venait à être autorisée en France, pourrait-elle contribuer à transformer notre rapport au monde ?
C’est en tout cas l’intention portée par l’association Humo Sapiens. Valoriser la mort régénératrice, cela va avec une vision du monde, selon laquelle il faudrait reconnaître que nous faisons partie du reste du vivant, et que nous y retournions. Qu’il faut, aussi, réparer et nourrir la terre, et chercher à être cohérent dans sa vie comme dans sa mort.
« La mort est considérée en Europe comme un marché »
L’écueil, comme pour toute chose développée pour notre société, c’est la récupération par le système néolibéral et capitaliste. Un peu comme avec le yoga. Le yoga, c’est super. Ça recouvre plein de valeurs géniales. Mais il peut tout à fait être récupéré à des fins de performance. Et la mort est aujourd’hui considérée en Europe comme un marché.
De quelle manière la terramation pourrait-elle être récupérée ?
Promouvoir la terramation va de pair avec l’intention de lutter contre une vision trop marchande de la mort. Mais la terramation, comme l’aquamation (légale par exemple au Canada), s’intègrent dans un monde libéral et capitaliste. Elles y représentent une nouvelle offre. Toutes les nouvelles idées peuvent, potentiellement, être réutilisées pour alimenter le système. C’est la force du capitalisme.
La terramation « hors-sol » pratiquée par l’entreprise Recompose aux États-Unis, par exemple, c’est de l’artificiel intégré dans un système très capitaliste et libéral. Vous payez, et votre corps est composté dans une usine. Cela fait référence à un imaginaire très futuriste, industriel et capitaliste, même si les valeurs portées par ces personnes vont dans le sens d’un retour à la terre.
Toute la question est de savoir comment proposer des pratiques funéraires plus sensées d’un point de vue écologique, sans qu’elles se fassent prendre dans les mailles de ce filet. À ce sujet d’ailleurs, un collectif français a vu le jour il y a peu de temps et milite pour une Sécurité sociale de la mort.
Source : https://reporterre.net/Compost-humain-Nous-avons-peur-d-etre-manges-par-des-petits-vers#forum20120