Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
1. L’Arménie veut protéger 20 % de son territoire d’ici 2030
L’Arménie prévoit de porter la part de son territoire classée en aires naturelles protégées de 13 % à 20 % d’ici 2030,
dans le cadre de ses engagements internationaux en faveur de la
biodiversité. Une réforme de la législation introduit notamment une
nouvelle catégorie de paysages protégés afin de renforcer la préservation des écosystèmes. (Hetq)
2. Le RN débouté dans sa plainte contre deux médias indépendants
Le tribunal judiciaire de Nîmes a rejeté la plainte en référé de la mairie RN de Beaucaire contre L’Arlésienne et StreetPress, poursuivis après une enquête sur de possibles discriminations dans l’attribution de locaux commerciaux. Le juge a estimé que la bonne foi des journalistes constituait un élément sérieux, permettant aux deux médias de poursuivre leur travail. (Le Poing)
3. Le renard roux regagne peu à peu sa place dans les campagnes françaises
Longtemps considéré comme un « nuisible », le renard rouxbénéficie d’une image plus favorable, portée par des agriculteurs qui
soulignent son rôle dans la régulation des rongeurs et par une opinion
publique plus sensible à la biodiversité. Malgré cette évolution, l’espèce reste massivement chassée et demeure classée comme susceptible d’occasionner des dégâts dans une grande partie du territoire. (Socialter)
4. À Marseille, d’anciens jeunes de la Castellane misent sur le sport pour éloigner les adolescents du trafic
À la Castellane, quatre amis d’enfance organisent des tournois de football et un festival de musique pour offrir des perspectives aux adolescents et les détourner des réseaux de stupéfiants. À travers ces initiatives, ils revendiquent une démarche de transmission et de solidarité entre générations au seindes quartiers populaires. (StreetPress)
5. La France lance une expérimentation pour le dépistage du cancer du poumon
La France déploie Impulsion, un programme
pilote de dépistage du cancer du poumon destiné aux fumeurs et anciens
fumeurs de 50 à 74 ans dans plusieurs régions. L’objectif est d’évaluer l’intérêt d’un dépistage organisé à l’échelle nationale, après des études ayant montré qu’un scanner régulier pouvait réduire d’au moins 20 % la mortalité liée à cette maladie. (Que Choisir)
6. L’euro numérique prend forme pour réduire la dépendance à Visa et Mastercard
Les institutions européennes poursuivent les négociations sur l’euro numérique, un projet porté par la Banque centrale européenne visant à créer un moyen de paiement public et à renforcer la souveraineté européenne face aux réseaux américains comme Visa et Mastercard. Les discussions portent notamment sur la protection des données, le plafond de détention et les frais appliqués aux transactions. (Alternatives Économiques)
7. Canicule : Lyon multiplie les refuges de fraîcheur pour protéger ses habitants
Face aux épisodes de chaleur de plus en plus fréquents, Lyondéploie
son plan « Objectif fraîcheur », avec plus de 700 lieux frais
accessibles au public, des musées gratuits, des parcs ouverts en soirée
et même des cours d’école transformées en refuges climatiques.
La municipalité présente ces mesures comme une réponse d’urgence, tout
en rappelant qu’elles ne remplaceront pas la lutte contre le
réchauffement climatique. (Vert)
8. En Bretagne, des collégiens accueillent de jeunes Palestiniens pour un échange culturel
Huit adolescents du camp de réfugiés de Balata, en
Cisjordanie, ont été accueillis en Bretagne dans le cadre d’un projet
mêlant danse, rencontres scolaires et découvertes culturelles. Pour les organisateurs, cette initiative visait à offrir une parenthèse de sérénité aux jeunes Palestiniens tout en favorisant le dialogue et la sensibilisation autour de leur quotidien. (La Relève et la Peste)
9. À Montpellier, un immeuble bioclimatique mise sur l’architecture pour mieux résister aux canicules
À Montpellier, un immeuble bioclimatique conçu avec des patios, des loggias végétalisées et des appartements traversants
cherche à limiter naturellement les effets des fortes chaleurs. Si ses
habitants constatent un meilleur confort qu’un bâtiment classique, les
architectes rappellent que l’architecture seule ne pourra pas compenser l’intensification du réchauffement climatique. (franceinfo)
10. Le NHS veut récompenser les Britanniques qui marchent 30 minutes par jour
Le NHS England lancera début 2027 un défi invitant les participants à marcher 30 minutes par jour, soit l’équivalent d’un marathon par mois. Les personnes qui relèveront le défi pourront bénéficier de récompenses ou de réductions, dans le but d’encourager l’activité physique et de prévenir les maladies liées à la sédentarité. (BBC News)
En mai 2025, l'ONG Greenpeace a immergé 15
blocs de calcaire au large du Barcarès et de Port-Leucate, entre l'Aude
et les Pyrénées-Orientales, pour dénoncer le chalutage de fond dans une
aire marine protégée. Poursuivie par le préfet des Pyrénées-Orientales,
l'ONG a obtenu gain de cause devant le tribunal administratif de
Montpellier, qui a annulé les poursuites.
Le tribunal administratif de Montpellier a rejeté, le 2 juillet
2026, les poursuites engagées par le préfet des Pyrénées-Orientales
contre Greenpeace et le capitaine de l'Arctic Sunrise, après l'action menée par l'ONG en mai 2025 dans le parc naturel marin du golfe du Lion.
Cette
décision met un terme à la procédure engagée par le représentant de
l'État. Si le volet judiciaire est désormais clos, le combat est loin
d'être terminé pour Greenpeace.
🚨Nous venons de construire une barrière de blocs de pierre à 6 km au
large des côtes méditerranéennes. On vous explique pourquoi. #ProtectTheOceans
Le préfet avait lancé 15 procédures distinctes, une pour chaque bloc
de roche immergé. Il réclamait plusieurs amendes, pour un montant total
de 90 000 euros, ainsi que le retrait des rochers sous astreinte
financière.
Le tribunal a estimé qu'au sein d'un parc naturel
marin, seul le directeur de l'Office français de la biodiversité (OFB),
ou ses représentants par délégation, est compétent pour engager de
telles poursuites. L'ONG accueille cette décision avec soulagement, tout
en assurant rester mobilisée.
Aujourd'hui encore, l'action du gouvernement est insuffisante face aux activités de pêche dans les zones protégées.
François Chartier
Chargé de campagne Océans chez Greenpeace France
Rochers anti-chalut
Une
action pour dénoncer l'absence de protection effective des aires
marines protégées. En mai 2025, Greenpeace avait immergé 15 blocs de
calcaire dans le parc naturel marin du golfe du Lion afin d'empêcher les
chalutiers de pratiquer le chalutage de fond dans cette zone protégée.
L'ONG
souhaitait avec cette opération dénoncer l'inaction des autorités face à
une méthode de pêche qu'elle juge particulièrement destructrice.
Cette action s'était déroulée en marge de la 3e Conférence des
Nations unies sur l'océan (UNOC), organisée à Nice en juin 2025, alors
que la France affichait son ambition de devenir un pays moteur de la
protection des océans.
Greenpeace affirme avoir constaté que les aires marines protégées ne
sont pas épargnées par le chalutage de fond. Une pratique qu'elle
présente comme l'une des techniques de pêche les plus destructrices pour
les écosystèmes marins. En raclant les fonds, les engins de pêche
peuvent dégrader les habitats marins et contribuer à la destruction de
la biodiversité.
Sur
le papier, plus de 30 % des eaux françaises sont protégées. Mais, en
réalité, moins de 0,1 % le sont réellement. Ce sont des protections de
façade !
François Chartier
Chargé de campagne Océans chez Greenpeace France
Greenpeace estime que la Méditerranée est touchée par la surpêche. Selon
l'ONG, la protection effective de zones marines protégées permettrait
de préserver les écosystèmes marins et de reconstituer les stocks de
poissons.
Dans ce bilan merci de ne pas oublier de mentionner la mort de Rémi Fraisse, pas seulement en toute fin d'article
Trois hectares de forêt rasés, une digue à moitié construite, une zone
humide éventrée : voilà ce qu’il restait du projet de barrage de Sivens
quand la justice a fini par trancher. Le tribunal administratif de
Toulouse a annulé les autorisations qui permettaient au chantier
d’exister, condamnant de fait le département du Tarn à démolir ce qu’il
avait entrepris et à remettre en état les lieux, aux frais de la
collectivité. Un projet censé sécuriser l’irrigation d’une vingtaine
d’exploitations agricoles s’est ainsi transformé en gouffre financier et
en symbole national de l’aménagement du territoire raté.
À retenir
Un tribunal administratif annule rétroactivement tout fondement légal du projet de barrage
Les experts eux-mêmes jugeaient le projet surdimensionné et disproportionné aux besoins réels
La démolition et restauration coûteront plus cher que ne l’aurait coûté l’abandon initial du chantier
Un chantier lancé malgré tous les signaux d’alerte
Le projet portait sur la construction d’un barrage-réservoir sur le
Tescou, un petit affluent du Tarn, près du lieu-dit du Testet. Ce projet
aurait créé un lac de barrage permettant la constitution d’une réserve
d’eau d’un volume de 1,5 million de m3 utilisable notamment pour
l’irrigation de terres agricoles et le contrôle de l’étiage du Tescou.
Sur le papier, l’ouvrage devait profiter à une trentaine d’agriculteurs
pratiquant la culture du maïs. Dans les faits, les experts mandatés par
l’État eux-mêmes doutaient de la pertinence du projet.
Le rapport d’expertise commandé après le début du chantier ne mâchait
pas ses mots. Les experts jugeaient le projet surdimensionné,
estimaient que l’étude d’impact avait été « de qualité très moyenne » et
déploraient que le choix d’un barrage en travers de la vallée ait été
privilégié « sans réelle analyse des solutions alternatives possibles ».
Et le chiffrage financier interpellait déjà à l’époque : « Ceci est
d’autant plus regrettable que le coût d’investissement (8,4 millions
d’euros hors taxe, Ndlr) rapporté au volume stocké est élevé », notaient
les deux ingénieurs, qui estimaient également que 40 exploitants
bénéficieraient du barrage, alors que le Conseil général en annonçait le
double.
Les conséquences écologiques, elles, ne se sont pas fait attendre.
Depuis le début du défrichement sur le site d’une superficie totale de
34 hectares, les opposants ont mené toutes sortes d’opérations pour
tenter d’empêcher la destruction d’une zone humide de 13 hectares. Peine
perdue : le décapage du sol a déjà condamné définitivement la zone
humide qui abritait plusieurs dizaines d’espèces protégées. Un membre du
collectif d’opposants résumait la situation avec une formule qui a
marqué les esprits : « Elle est détruite à 90% (…) Jamais, elle ne
reviendra à l’état initial ».
La justice tranche : tout était illégal
Il aura fallu attendre juillet 2016 pour que le couperet tombe
vraiment. Le tribunal administratif de Toulouse a annulé trois arrêtés
fondateurs du premier projet de barrage de Sivens, une victoire
juridique de taille qui remettait en cause sur le fond l’utilité du
projet de retenue d’eau. Trois décisions, trois coups portés au même
dossier : le tribunal a annulé la déclaration d’utilité publique (DUP),
l’autorisation de défrichement et la dérogation à la loi sur les espèces
protégées, alors que la zone humide de Sivens en comportait une
centaine.
Le rapporteur public n’a pas mâché ses mots sur le bilan de
l’opération. Il avait estimé qu’il y avait un « bilan négatif compte
tenu du caractère excessif du barrage au regard des besoins, de
l’atteinte à l’environnement et du coût ». Sur la question des espèces
protégées, la sanction a été tout aussi nette : « le projet ne répond
pas à des raisons impératives d’intérêt majeur compte tenu de ses
dimensions et des mesures compensatoires inadéquates ». Détail qui a son
importance pour la suite : les juges ont choisi l’annulation pure et
simple des trois arrêtés, et non leur simple abrogation, une nuance
juridique qui efface rétroactivement toute base légale au projet, aussi
bien pour l’ouvrage existant que pour toute tentative de le faire
renaître au même endroit.
Grand perdant de ce jugement : le département du Tarn, maître
d’ouvrage. Le Conseil général du Tarn se retrouvait sans aucune base
légale pour planifier un projet à Sivens, alors qu’un nouveau barrage
redimensionné et déplacé nécessiterait une nouvelle déclaration
d’utilité publique et une nouvelle enquête publique. Autant dire
repartir de zéro, après avoir déjà englouti des millions dans des
travaux devenus, du jour au lendemain, purement et simplement illégaux.
Démolir, indemniser, restaurer : la double peine du département
Une annulation de ce type n’est jamais qu’une formalité juridique.
Elle emporte une obligation concrète : remettre les lieux en l’état,
c’est-à-dire démolir ce qui a été bâti sans droit et restaurer la zone
humide détruite. Un jugement ultérieur du tribunal administratif de
Toulouse a d’ailleurs rappelé cette obligation de l’État à « prescrire
les mesures de remise en état du site de Sivens » et à appliquer les
mesures de police relatives aux opérations de défrichements.
Sur le plan financier, l’addition a été douloureuse pour les finances
départementales. Au-delà des 8,4 millions d’euros déjà investis dans un
ouvrage jamais mis en eau, un protocole d’accord a organisé le
règlement du contentieux : l’accord transactionnel portait sur une
compensation de 3,4 millions d’euros de l’État au Département sur
l’abandon du projet, soit 2,1 millions pour les dépenses en pure perte
et 1,3 million pour réhabiliter la zone humide. Les travaux de
démolition et de restauration ont fini par démarrer avec plus d’un an et
demi de retard : le 21 août 2017 démarrent les travaux de
réhabilitation du site, avec pour objectif de restituer au site son état
initial avant travaux, notamment en remettant en place la terre
déplacée.
Curieusement, ce délai n’a pas été jugé fautif par les tribunaux,
contrairement à d’autres manquements de l’État sur ce dossier. Un
jugement a précisé que l’État, y compris dans un protocole d’accord
transactionnel conclu avec le département du Tarn, avait mis du temps à
s’occuper des mesures compensatoires consécutives à la destruction des
zones humides, mais qu’un tel délai n’était pas fautif pour le juge
administratif. En revanche, sur le défrichement lancé avant toute
autorisation légale, l’addition judiciaire a été plus salée : l’État a
été condamné à verser une indemnité de 10 000 euros pour chacune des
deux associations requérantes.
Ce dossier a également coûté une vie humaine : celle de Rémi Fraisse,
jeune naturaliste de 21 ans tué en marge des manifestations
d’opposition à l’automne 2014, un drame qui a précipité l’abandon du
projet initial et accéléré la prise de conscience politique sur le
dimensionnement réel des besoins agricoles locaux. Aujourd’hui encore,
la vallée du Tescou reste citée en exemple dans les débats sur les
retenues d’eau et les mégabassines, preuve qu’un chantier mal ficelé
peut coûter bien plus cher à démolir qu’à ne jamais avoir été construit.
Toute l’équipe de rédaction Sciencepost vous éclaire sur les
découvertes et innovations qui façonnent notre monde. Espace, santé,
environnement, technologies ou phénomènes étonnants : nous analysons
l’actualité scientifique avec rigueur et pédagogie pour rendre la
science accessible, compréhensible et passionnante au quotidien.
Se désintoxiquer du racisme, raconter des imaginaires pour s’en libérer
mercredi 08 juillet 2026
Deux fois par mois, retrouvez ici une sélection d’articles de Mediapart
et des contenus inédits pour se désintoxiquer du racisme. Ce numéro
vous a été transféré par un·e ami·e? Vous pouvez vous inscrire directement ici.
L'édito
Bienvenue dans le monde de Trump à la française !
Par Sabrina Kassa, journaliste, responsable éditoriale aux questions raciales à Mediapart
Après la panique morale visant le jeune Hamza orchestrée par l’extrême
droite et la droite extrême, les chants fascistes proclamant «Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir!»,
à peine condamnés par le gouvernement, après le harcèlement policier à
Clermont-Ferrand visant des gamins racisés à la recherche d’un peu de
fraîcheur en pleine canicule, voilà que la journée du 7 juillet a
enfoncé les derniers clous du cercueil démocratique dans lequel nous
sommes condamné·es à nous débattre.
Tout en ayant à souffrir
de l’arrogance et de l’omniprésence médiatique de celles et ceux qui
capitalisent sur les privilèges que leur accorde leur assignation
raciale à la blanchité.
Ainsi, l’ultime pirouette de Marine Le Pen, tout sourire, au «20 heures»
de TF1, mardi soir, pour annoncer sa candidature à l’élection
présidentielle, après sa condamnation – très clémente – en appel dans
l’affaire des assistant·es parlementaires européen·nes, qui lui laisse
le choix de briguer l’Élysée. Ce palais construit avec des capitaux liés
à la traite et au commerce esclavagiste dans les colonies françaises
d’Amérique. Un hasard ? Je ne crois pas.
Mais aussi la
nomination comme défenseur des droits, à la demande encore une fois de
l’Élysée, de François-Noël Buffet, sénateur Les Républicains proche de
Bruno Retailleau, cet homme atteint d’une hypermétropie raciale qui lui
permet de voir le racisme d’une sénatrice paraguayenne, mais jamais le
racisme qui émane de lui. Les «Français de papier» et autres «barbares», pour reprendre les mots de l’ancien ministre de l’intérieur, le remercient de ses fulgurances antiracistes pétries d’opportunisme pour «défendre» Kylian Mbappé !
Et puis, bonjour misère, hier encore, la présomption de légitime défense
pour le policier ou le gendarme qui ferait usage de son arme à feu a
été approuvée par l’Assemblée nationale, avec le soutien du
gouvernement, de la droite et de l’extrême droite.
Cette campagne électorale va être longue, très longue. Prenez soin de vous.
Invalides,
c’est-à-dire impotents, impuissants, empêchés. On ne fait guère
attention à ce genre de mots, mais c’était bien la France des invalides
qui rendait un hommage national à Edgar Morin ce 03 juin dernier. Quel
hommage pour notre intello le plus populaire, sa longévité record et son
grand chapeau ? Officiels empaillés, musique de défilé, discours
ChatGPT et surtout pas de sujets qui fâchent, surtout pas. L’exact
contraire d’Edgar Morin, son contraire point par point. C’était
l’hommage des invalides à un coureur de fond.
Ludovic Marin/AFP
Un instant, un peu de vent
donnait un peu de vie et on espérait que le chapeau d’Edgar allait
s’envoler, quitter ce linceul tricolore avec tout ce beau monde courant
pour le rattraper, se montant sur les épaules, volant comme dans un
Chagall, appelant les hélicoptères et toute l’armée de l’air.
Une jolie scène, de belles images, un bel hommage. Chapeau l’artiste ! Mais même le chapeau était attaché.
Il manquait quelqu’un pour raconter tout ça : Edgar Morin lui-même.
Ces jours derniers, dans ce
fleuve d’hommages, toutes les facettes du bonhomme ont été évoquées,
exagérées ou minimisées, selon la coutume du costume que l’époque vous
taille pour vous faire entrer dans le cercueil de la renommée.
Mais il y a ce qui est passé
sous le tapis, ce qui est invalidé par les invalides, à commencer par
l’engagement d’Edgar Morin jusqu’au bout pour la cause palestinienne.
Pourtant, pour ça, en 2002, il fut poursuivi pour racisme et même pour terrorisme !
Vous le saviez ?
« Le 4 juin 2002, Edgar Morin publie dans le journal Le Monde, avec Sami Naïr et Danièle Sallenave, une tribune intitulée « Israël-Palestine : le cancer ». Cet article y développe l’idée que « ce
cancer israélo-palestinien s’est formé, d’une part, en se nourrissant
de l’angoisse historique d’un peuple persécuté par le passé et de son
insécurité géographique ; d’autre part, du malheur d’un peuple persécuté
dans son présent et privé de droit politique ».
Il critique « l’unilatéralisme » que porte la vision israélienne des choses. Pour lui, « c’est
la conscience d’avoir été victime qui permet à Israël de devenir
oppresseur du peuple palestinien. Le terme Shoah, qui singularise le
destin victimaire juif et banalise tous les autres (ceux du Goulag, des
Tsiganes, des Arméniens, des Noirs esclavagisés, des Indiens
d’Amérique), devient la légitimation d’un colonialisme, d’un apartheid
et d’une ghettoïsation pour les Palestiniens ».
Cet article vaut à Edgar Morin et à ses coauteurs un procès pour « diffamation raciale et apologie des actes de terrorisme »,
intenté par les associations France-Israël et Avocats sans frontières.
Ces associations obtiennent la condamnation du philosophe par la cour
d’appel de Versailles, mais ce jugement est cassé par un arrêt définitif
de la Cour de cassation, qui reconnaît que la tribune incriminée relève
de la liberté d’expression de ses auteurs [1]. »
La représentante de Palestine en France, Leïla Chahid, en compagnie de
l’ancien ministre communiste Jack Ralite et d’Edgar Morin, défile en
tête de la marche pour la Palestine organisée le 16 mai 1998 à Paris
pour commémorer le 50e anniversaire de la Nakba (photo : Jack Guez/AFP)
La deuxième intifada
(2000-2005) a été en France l’occasion pour l’extrême droite et le lobby
sioniste français d’accuser d’antisémitisme toute critique des attaques
israéliennes contre les Palestiniens. La méthode n’était pas nouvelle
mais elle est devenue alors plus systématique avec pour but essentiel
de faire passer l’accusation d’antisémitisme de l’extrême droite vers la
gauche et vers l’islam. L’avocat d’extrême droite Gilles-William
Goldnadel en était déjà l’inlassable militant, son djihad à lui.
Nous avons été relaxés et
presque tous ces procès ont échoué tout en laissant les taches de ce
quelque chose que la calomnie laisse pour longtemps dans les esprits.
Mais surtout, aujourd’hui, un
quart de siècle après, ce qui semblait alors grotesque s’est inversé.
Le Rassemblement national, parti d’extrême droite aux racines
profondément antisémites, est chaleureusement reçu en Israël et c’est au
contraire La France insoumise qui est soupçonnée d’antisémitisme.
Notre accusateur forcené,
Gilles-William Goldnadel, grand ami de Benjamin Nétanyahou, est devenu
une vedette omniprésente dans tous les médias d’extrême droite, de CNEWS
à Valeurs actuelles, avec des arguments délicats : « j’accuse la France insoumise d’être un nid de cloportes antisémites et d’excréments » (12 janvier 2026).
Il faut le rappeler,
l’instrumentalisation politique de l’antisémitisme mène inéluctablement à
sa banalisation. À un certain moment, il finit par ne plus alarmer
personne. Les responsables de cette instrumentalisation sont
responsables de l’augmentation de l’antisémitisme aujourd’hui. Voilà des
combats à mener pour saluer la mémoire d’Edgar.
Daniel Mermet
P.S. Deux émissions de Là-bas à retrouver sur ce sujet avec Edgar Morin :
1) « Israël-Palestine, le cancer » : ne pas se taire (25 juin 2002)
Programmation musicale : David Krakauer, Turntable Pounding
De livres en articles, Edgar Morin n’a pas cessé de se définir comme
un « juif spinozant », qui refuse toute idée de peuple élu et qui, comme
d’autres dans la persécution et l’exil, au contraire, s’est bâti une
sensibilité universaliste qui rejette tout communautarisme, tout
enfermement identitaire, toute fermeture aux autre persécutés, toute
indifférence aux autres malheurs du monde.
1. Animaux écrasés sur les routes : création de l’association Routes vivantes
Une association nommée Routes vivantes a été créée pour réduire la mortalité des animaux sauvages due aux collisions routières. Elle cherche à sensibiliser les automobilistes et à travailler avec les collectivités pour améliorer les passages à faune et mieux intégrer la biodiversité dans l’aménagement des infrastructures routières. (Le Zéphyr)
2. Des policiers appellent à désobéir aux ordres contre la liberté de la presse
Une association de policiers, PRC,dénonce les violences et entraves subies par les journalistes lors de manifestations.
Elle appelle à sanctionner les comportements abusifs et invite même les
policiers à refuser certains ordres jugés contraires à la liberté de la
presse, tout en critiquant la concentration des médias. (Blast)
3.Vallée de l’Arve : des habitants participent à la recherche sur les pollutions
Dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie), l’une des zones les
plus polluées de France, des habitants participent à un institut
écocitoyen qui associe citoyens, scientifiques, élus et acteurs locaux.
Ensemble, ils définissent les thèmes de recherche en
santé-environnement (qualité de l’air, de l’eau, des sols, impacts sur
la santé) afin de produire des études utiles aux décisions publiques et
mieux comprendre les effets des pollutions locales. (Vert)
4. Dans un village de la Meuse, les habitants décident directement des projets locaux
À Ménil-la-Horgne, une assemblée citoyenne permet aux
habitants de voter directement sur les projets du village (équipements,
services, énergie). Le maire et le conseil municipal mettent ensuite en
œuvre les décisions prises collectivement. Le dispositif renforce la participation et la cohésion locale, même s’il ne fait pas l’unanimité parmi les habitants.(Reporterre)
5. Au Brésil, réforme fiscale pour alléger la classe moyenne et taxer davantage les riches
Le gouvernement brésilien a adopté une réforme de l’impôt sur le revenu qui relève le seuil d’exonération,permettant à des millions de ménages de la classe moyenne de ne plus payer d’impôt. En parallèle, la contribution des plus riches est augmentéevia la taxation des dividendes et un impôt minimum sur les très hauts revenus. (La Relève et la Peste)
6. Sanctuaire pour éléphants au Portugal : une alternative à la captivité en Europe
Un sanctuaire pour éléphants ouvre dans le sud du Portugal, dans la région de l’Alentejo. Il doit accueillir des animaux issus de cirques et de zoos européens,
dont Julie, dernière éléphante de cirque du Portugal, et Kariba, une
éléphante vivant seule dans un zoo en Belgique. (The Guardian)
7. Un nouveau scanner pour détecter l’endométriose
Des chercheurs d’Oxford testent un nouveau type de scanner combiné à un traceur pour détecter plus tôt l’endométriose.L’objectif est de réduire les années d’attente avant diagnostic,
souvent très longues avec les méthodes actuelles. Les premiers
résultats sont encourageants mais doivent être confirmés par des études
plus larges. (BBC)
8. Victoire juridique contre la vénerie sous terre des blaireaux dans le Tarn-et-Garonne
Le tribunal administratif de Toulouse a annulé un arrêté
préfectoral autorisant la chasse des blaireaux en période complémentaire
dans le Tarn-et-Garonne.La décision juge cette pratique
illégale, notamment car elle pouvait toucher des jeunes blaireaux encore
dépendants dans les terriers. Les associations de protection de la
nature obtiennent ainsi une victoire après plusieurs années de recours.(ASPAS)
9. Un modèle de placenta artificiel pour mieux tester les médicaments pendant la grossesse
Des chercheurs de l’Université de Berne ont développé un modèle de placenta artificiel en laboratoire pour étudier comment les médicaments passent de la mère au fœtus.
L’objectif est de mieux évaluer les risques, car les effets sur les
femmes enceintes sont souvent mal connus et difficiles à tester. Ce
système pourrait aussi réduire le recours aux tests sur les animaux. (Swisscom / blue News)
10. À Varsovie, des canards prioritaires sur la route au printemps
À Varsovie, en Pologne, des bénévoles et la police interrompent temporairement la circulation chaque printemps pour permettre à des canards sauvages de traverser une route en toute sécurité. Ces opérations protègent notamment les jeunes harles bièvres lors de leur déplacement vers la rivière Vistule. (France 24)
Dans l’Hérault, un tiers-lieu agricole propose des événements culturels et solidaires pour «créer du lien, de la mixité». Las, cet «espace de liberté» en lisière des institutions est menacé par une fermeture administrative.
Paulhan (Hérault), reportage
Cerné par l’autoroute A75 et des vignes soigneusement désherbées, le
mas Nicolas fait figure de bastion rebelle. Entre les oliviers couverts
de fleurs blanches, des plants d’aromates diffusent leurs effluves
rafraîchissants. Quelques poulettes prennent le soleil non loin d’une
prairie colorée de coquelicots et de pissenlits.
Malgré cette effervescence printanière, le hangar paraît vide, et les
deux agriculteurs, Sylvain Roubira et Pierre Gulliez, ont le regard
las. Après un an de bataille administrative, ils se retrouvent au bord
de la banqueroute, accusant des pertes de plus de 60 000 euros. Avec le
désagréable sentiment d’être pris pour des pigeons (un comble pour des
éleveurs de volailles).
Tout avait pourtant bien commencé. Il y a dix ans à Montpellier
(Hérault), dans le sillon de Nuit debout et des Gilets jaunes, les deux
trentenaires créaient — avec d’autres — l’association la Cinquième
saison. «On défendait la réappropriation des terres et l’accès pour tous à une alimentation locale, de qualité», détaille Sylvain Roubira. Cantines populaires, glanages d’olives, paniers d’aide alimentaire avec des produits du coin…
En 2022, une poignée de ces militants firent un pari un peu fou :
racheter 6 hectares d’oliveraies en friche à Paulhan, un territoire
marqué par la viticulture conventionnelle et le vote pour le Rassemblement national. «On voulait participer à créer du lien, de la mixité», souligne Pierre Gulliez. «Ici, on est un peu dans un désert associatif, notamment pour les jeunes, enchérit son camarade. C’est la ruralité oubliée.»
Pour «faire infuser»
leurs idéaux d’autonomie et d’éducation populaire, ils y développent
des activités agricoles — huile d’olive, plantes aromatiques, pâtes et
farine de blés anciens. En complément, ils organisent des ateliers, des
chantiers participatifs avec les habitants du territoire, des colonies
de vacances «façon scout» et des soirées festives.
Dub, fanfare, reggae, techno : quinze soirées en trois ans, à prix
accessible, en partenariat avec des associations culturelles. Le tout en
extérieur, avec vente des produits de la ferme et toilettes sèches. «On était très attentifs à la prévention des violences sexistes et sexuelles et aux risques liés aux addictions, insiste Sylvain Roubira. Ça marchait bien, on sentait qu’il y avait une demande locale pour ce type d’événements.»
Entre les concerts et les ateliers, l’association a ainsi accueilli près de 4 000 personnes depuis la reprise de la ferme. «Ils font un travail hyper précieux»,
salue Florence Cros, de l’association locale Terre-contact, qui a
organisé des récoltes familiales d’olives et vend l’huile du mas dans
son épicerie solidaire. «Ça rapproche les gens de leur territoire, des sources vivrières locales.»
«On sentait qu’il y avait une demande locale pour ce type d’événements»
Un succès donc, qui assurait la viabilité économique du projet — «car ce n’est pas avec notre seule activité agricole qu’on arrivait à vivre». En bref, tout roulait… Jusqu’à ce 20 juin 2025.
Contrôle inopiné
Ce soir de Fête de la musique, la soirée était portée par H2O,
une association connue dans le milieu des raves et free parties — un
détail qui n’en est pas un. Quelques heures avant le début des
festivités, les paysans ont vu débarquer dans leurs champs une équipe
inattendue. Des policiers, un élu municipal, un représentant du Service
départemental d’incendie et de secours (Sdis) et un autre de la
préfecture. Objectif de ce contrôle «inopiné» : vérifier la conformité du site aux normes des établissements recevant du public.
Dans le rapport de visite, que Reporterre a pu consulter, les autorités se sont particulièrement inquiétées du risque incendie, délivrant un avis «défavorable»
à l’ouverture du site au public. Quelques heures plus tard, c’était
chose faite : un arrêté municipal ordonnait la fermeture administrative
du lieu, jusqu’à sa mise en conformité avec la réglementation des
établissements recevant du public (ERP).
Pour les agriculteurs, ce fut la douche froide. «On a été contrôlés comme une salle de concert, alors qu’on organisait des soirées associatives avec moins de 250 personnes»,
soupire Sylvain Roubira. Malgré tout, l’association choisit de suivre
la procédure. Appel à un cabinet d’études pour le passage en ERP, annulation de tous les événements prévus, demandes de subventions… Le dossier fut finalement déposé en décembre 2025.
Le 2 avril, un courrier du maire de Paulhan, Claude Valéro, classe la demande «sans suite». Raison invoquée : le projet «n’est pas considéré comme un ERP» mais relève d’une autre catégorie, celle des installations ouvertes au public (IOP)... et les règles ne sont plus les mêmes.
Flou juridique
Retour à la case départ — avec un gros risque de casse pour cette ferme dépendante des revenus liés à l’événementiel. «On a joué le jeu, on a essayé de tout bien faire, lâche, amer, Pierre Gulliez. On a un peu le sentiment d’être pris pour des idiots.»
«Un exemple ubuesque»,
selon leur avocate, maître Sophie Mazas. Pour elle, le tiers-lieu se
trouvait dans un flou juridique : celui des soirées festives et
microfestivals, portés par des associations, des comités de fête, «qui jusqu’à présent ne posait aucun problème et qui aujourd’hui cristallise toutes les tensions».
«On a des hommes et femmes politiques qui ne supportent pas que des gens vivent sans le contrôle de l’État et se gèrent eux-mêmes, regrette l’avocate, également membre de la Ligue des droits de l’Homme. Il devient de plus en plus difficile d’avoir des espaces de liberté pour la société civile.»
Avec ses prairies d’herbes folles, son soutien aux Soulèvements de la Terre et ses soirées techno, la Cinquième saison incarne en effet «un espace de liberté» en lisière des institutions. Trop politique ou marginale pour les autorités? Sollicitées par Reporterre, ni la préfecture ni la mairie n’ont répondu à nos questions.
Membre de l’association France tiers-lieux, Akira Lavault connaît
bien ces écueils administratifs sur lesquels se fracassent nombre de
projets : «Les tiers-lieux, qui portent des innovations sociales, se retrouvent souvent dans des situations compliquées»,
constate celle qui gère également un lieu, Maison Glaz, dans le
Morbihan. Parce qu’ils expérimentent d’autres façons de faire,
d’habiter, de s’organiser, ces espaces se retrouvent régulièrement en
marge de la réglementation. Il suffit alors de fonctionnaires ou d’élus
un peu trop zélés pour faire capoter ces initiatives pourtant fertiles.
Pour elle, plutôt que d’enfoncer ces alternatives, il faudrait, au contraire «les accompagner», car «l’immense majorité des porteurs de projet veulent bien faire, personne n’a envie de créer des lieux dangereux ou inaccessibles».
Las, l’heure n’est pas au soutien politique : les aides publiques aux
quelque 3 500 tiers-lieux de l’Hexagone ont fondu de 14 millions d’euros
il y a deux ans à moins de 700 000 euros en 2026. «On se sent clairement abandonnés, alors qu’on remplit des missions d’intérêt général», dit Akira Lavault.
Pour le moment, au mas Nicolas, Sylvain Roubira et Pierre Gulliez ont
adressé une lettre au maire, lui demandant l’autorisation de rouvrir
cet été, en parallèle de leur mise aux normes IOP. «Si
le lieu ferme, ce sera un potentiel manque pour tous les partenaires et
associations qui œuvrent à lier agriculture et alimentation», regrette Florence Cros.