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jeudi 16 juillet 2026

L’écologie selon Marine Le Pen ? Tout pour les fossiles et l’agriculture productiviste

L’écologie selon Marine Le Pen 

Tout pour les fossiles 

et l’agriculture productiviste

 
Par Jeanne Cassard
9 juillet 2026

 

Marine Le Pen a officialisé sa candidature au 20 heures de TF1 le 8 juillet 2026.

Elle veut climatiser le pays et démonter les éoliennes, soutient les énergies fossiles, est muette sur les ravages de l’agriculture productiviste... Anti-écologiste, Marine Le Pen défend la fuite en avant vers un monde inhabitable.

Jugée coupable, elle reste malgré tout présidentiable. Finalement, Marine Le Pen sera bien la candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle de 2027, et ce pour la quatrième fois d’affilée.

Malgré sa condamnation en appel, mardi 7 juillet, pour « détournement et complicité de détournement de fonds publics » à hauteur de 2,8 millions d’euros dans l’affaire des assistants parlementaires européens, la cheffe du parti d’extrême droite a annoncé sa candidature quelques heures après sur le plateau de TF1.

Condamnée à trois ans de prison dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, une amende de 100 000 euros et quinze mois d’inéligibilité effective — une peine qu’elle a déjà effectuée — la députée du Pas-de-Calais peut donc se présenter en 2027. Exit l’option Jordan Bardella, qui en cas de victoire, serait nommé Premier ministre. On ignore toutefois quelle forme prendra la campagne et si la candidate portera bien un bracelet électronique. C’est pour tenter d’y échapper qu’elle s’est pourvue en cassation.

Une chose, en revanche, est certaine : l’écologie ne sera pas au cœur de sa campagne. Si ses propos sur le sujet ont un peu évolué depuis sa prise du parti en 2011, c’est seulement pour gagner en crédibilité et parfaire son image. Bien qu’elle ne remette plus explicitement en cause le consensus scientifique sur l’origine humaine du changement climatique comme elle le faisait encore en 2012 dans Terra Eco, sa vision de l’écologie reste inchangée.

Une « écologie nationale » fondée sur le localisme — qu’elle présente comme un moyen de relocaliser la production, de consommer local et de protéger les frontières — qui sert uniquement à promouvoir un projet nationaliste. Vide de véritable contenu, cette vision n’est jamais accompagnée de propositions précises, chiffrées ni structurantes. Un seul mot d’ordre : s’opposer à « l’écologie punitive ». « Son objectif est la défense de l’identité nationale. Elle développe une manière de percevoir la question environnementale à travers ce schéma logique », observait Bruno Villalba, auteur de L’écologie politique en France (éd. La Découverte), en 2022.

Tout pour la clim

Dernier exemple en date avec le fameux « plan clim », la solution magique de Marine Le Pen pour supporter les fortes chaleurs. Évoqué pour la première fois en juin 2025 sur X, il a été remis en avant au moment de la canicule historique du mois de juin.

Sauf que ce « grand plan d’équipement pour la climatisation », censé aider écoles, Ehpad et hôpitaux à faire face aux températures caniculaires, est très flou, jamais détaillé ni chiffré. Aucun député RN interrogé sur le sujet n’a été capable de donner plus de précisions. L’objectif était simplement de dénoncer l’impréparation du gouvernement face aux canicules.

La position peut surprendre alors qu’en 2022 lors du débat du second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen déclarait vouloir ralentir la transition écologique : « Il faut qu’elle soit dans le temps, beaucoup moins rapide que ce que l’on impose aux Français. »

Rebelote il y a seulement trois ans, quand elle estimait dans Le Journal du dimanche que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) avait « toujours été très alarmiste ». En 2012, elle qualifiait même ses membres « de prêtres et d’évêques du changement climatique ».

La climatisation est donc la seule proposition du Rassemblement national en matière d’adaptation des bâtiments au chaos climatique. Marine Le Pen est ainsi opposée au Fonds vert, l’un des principaux dispositifs destinés à adapter le pays avec par exemple la rénovation énergétique des écoles. « Le Fonds vert exclut expressément la climatisation, donc ça me pose un problème. Je pense qu’il y a des structures plus efficaces et plus pertinentes à mettre en œuvre », disait-elle sur France Culture, mercredi 24 juin.

« Démonter les éoliennes »

Et du côté de la baisse des émissions de gaz à effet de serre, la seule solution pour Marine Le Pen, c’est toujours plus de nucléaire. Lors de la campagne présidentielle de 2022, la candidate avait promis une vingtaine de nouveaux réacteurs nucléaires, dont dix dès 2031. Un scénario jugé irréaliste même par les plus ardents défenseurs de l’atome.

Sur les énergies renouvelables, toujours en 2022, elle assurait vouloir la suspension de la construction d’éoliennes et le lancement « d’un grand chantier pour les démonter » — elle estime qu’elles défigurent les paysages français. Tous les experts, notamment le Réseau de transport d’électricité (RTE), s’accordent pourtant à dire que le pays ne pourra pas atteindre la neutralité carbone sans les énergies renouvelables. Elle soutient également un moratoire sur le solaire.

Marine Le Pen et ses troupes entendent surtout maintenir notre addiction aux énergies fossiles. En 2022, elle proposait déjà de revenir sur l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en mer. Depuis de nombreuses années, elle promet aussi d’abaisser la TVA sur le gaz, le fioul et le carburant afin de protéger le pouvoir d’achat des Français. « Cette énergie, c’est un bien de première nécessité, donc l’État doit faire un effort pour ne pas la taxer », répétait-elle sur France Culture fin juin.

« Nous refusons la propagande des gauches »

Pour ce qui concerne le soutien à l’agriculture intensive dopée aux pesticides, Marine Le Pen n’est pas en reste. La loi Duplomb, qui prévoit notamment la réintroduction d’un pesticide interdit de la famille des néonicotinoïdes, a été adoptée par le Parlement le 8 juillet grâce à son vote et ceux de ses députés.

Elle a tout de même fini par soutenir la pétition historique (deux millions de signatures) qui visait à exiger un débat au Parlement... car elle refusait que la propagande des gauches puisse laisser imaginer à nos compatriotes que cette loi menace leur santé et notre environnement », comme elle l’écrivait sur X deux semaines plus tard.

Ces derniers mois, Marine Le Pen a loupé toutes les occasions de protéger la santé et l’environnement des Français. À l’Assemblée nationale, elle a récemment voté pour la loi d’urgence agricole, vivement critiquée pour ses effets dévastateurs sur la biodiversité.

Elle aime les animaux mais est muette sur l’élevage industriel

En revanche, la cheffe de parti était absente lors des votes sur la loi interdisant les PFAS (des polluants éternels dangereux pour la santé), celle visant à réduire progressivement la teneur en cadmium dans les aliments, ou encore celle destinée à financer la recherche sur les cancers pédiatriques. Et à chaque fois, les députés de son parti ont voté contre.

Même logique concernant les animaux. Celle qui ne cache pas son affection pour les chats se dit très sensible à la cause animale. Si elle souhaite accorder une « reconnaissance constitutionnelle au statut juridique des animaux » et renforcer les peines liées aux infractions commises contre ces derniers, elle reste muette sur la régulation de la chasse, l’élevage industriel et la pêche intensive.

En revanche, la députée fait de l’interdiction de l’abattage sans étourdissement (pratique rituelle liée aux cultes musulmans et juifs) l’une de ses priorités. La preuve encore que chez Marine Le Pen, l’écologie ne vise pas à protéger le vivant, mais sert avant tout à défendre un projet nationaliste et identitaire.

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Source : https://reporterre.net/Clim-fossiles-et-agro-industrie-l-ecologie-selon-Marine-Le-Pen 

mercredi 15 juillet 2026

Près de 8,4 millions d’euros engloutis pour un barrage jamais rempli : la justice vient d’ordonner sa destruction totale aux frais du département du Tarn

 

Source : DR

 

Près de 8,4 millions 

d’euros engloutis 

pour un barrage jamais rempli : 

la justice vient d’ordonner 

sa destruction totale 

aux frais du département du Tarn

  Dans ce bilan merci de ne pas oublier de mentionner la mort de Rémi Fraisse, pas seulement en toute fin d'article

 Trois hectares de forêt rasés, une digue à moitié construite, une zone humide éventrée : voilà ce qu’il restait du projet de barrage de Sivens quand la justice a fini par trancher. 
Le tribunal administratif de Toulouse a annulé les autorisations qui permettaient au chantier d’exister, condamnant de fait le département du Tarn à démolir ce qu’il avait entrepris et à remettre en état les lieux, aux frais de la collectivité. Un projet censé sécuriser l’irrigation d’une vingtaine d’exploitations agricoles s’est ainsi transformé en gouffre financier et en symbole national de l’aménagement du territoire raté.

À retenir

  • Un tribunal administratif annule rétroactivement tout fondement légal du projet de barrage
  • Les experts eux-mêmes jugeaient le projet surdimensionné et disproportionné aux besoins réels
  • La démolition et restauration coûteront plus cher que ne l’aurait coûté l’abandon initial du chantier

Un chantier lancé malgré tous les signaux d’alerte

Le projet portait sur la construction d’un barrage-réservoir sur le Tescou, un petit affluent du Tarn, près du lieu-dit du Testet. Ce projet aurait créé un lac de barrage permettant la constitution d’une réserve d’eau d’un volume de 1,5 million de m3 utilisable notamment pour l’irrigation de terres agricoles et le contrôle de l’étiage du Tescou. Sur le papier, l’ouvrage devait profiter à une trentaine d’agriculteurs pratiquant la culture du maïs. Dans les faits, les experts mandatés par l’État eux-mêmes doutaient de la pertinence du projet.

Le rapport d’expertise commandé après le début du chantier ne mâchait pas ses mots. Les experts jugeaient le projet surdimensionné, estimaient que l’étude d’impact avait été « de qualité très moyenne » et déploraient que le choix d’un barrage en travers de la vallée ait été privilégié « sans réelle analyse des solutions alternatives possibles ». Et le chiffrage financier interpellait déjà à l’époque : « Ceci est d’autant plus regrettable que le coût d’investissement (8,4 millions d’euros hors taxe, Ndlr) rapporté au volume stocké est élevé », notaient les deux ingénieurs, qui estimaient également que 40 exploitants bénéficieraient du barrage, alors que le Conseil général en annonçait le double.

Les conséquences écologiques, elles, ne se sont pas fait attendre. Depuis le début du défrichement sur le site d’une superficie totale de 34 hectares, les opposants ont mené toutes sortes d’opérations pour tenter d’empêcher la destruction d’une zone humide de 13 hectares. Peine perdue : le décapage du sol a déjà condamné définitivement la zone humide qui abritait plusieurs dizaines d’espèces protégées. Un membre du collectif d’opposants résumait la situation avec une formule qui a marqué les esprits : « Elle est détruite à 90% (…) Jamais, elle ne reviendra à l’état initial ».

La justice tranche : tout était illégal

Il aura fallu attendre juillet 2016 pour que le couperet tombe vraiment. Le tribunal administratif de Toulouse a annulé trois arrêtés fondateurs du premier projet de barrage de Sivens, une victoire juridique de taille qui remettait en cause sur le fond l’utilité du projet de retenue d’eau. Trois décisions, trois coups portés au même dossier : le tribunal a annulé la déclaration d’utilité publique (DUP), l’autorisation de défrichement et la dérogation à la loi sur les espèces protégées, alors que la zone humide de Sivens en comportait une centaine.

Le rapporteur public n’a pas mâché ses mots sur le bilan de l’opération. Il avait estimé qu’il y avait un « bilan négatif compte tenu du caractère excessif du barrage au regard des besoins, de l’atteinte à l’environnement et du coût ». Sur la question des espèces protégées, la sanction a été tout aussi nette : « le projet ne répond pas à des raisons impératives d’intérêt majeur compte tenu de ses dimensions et des mesures compensatoires inadéquates ». Détail qui a son importance pour la suite : les juges ont choisi l’annulation pure et simple des trois arrêtés, et non leur simple abrogation, une nuance juridique qui efface rétroactivement toute base légale au projet, aussi bien pour l’ouvrage existant que pour toute tentative de le faire renaître au même endroit.

Grand perdant de ce jugement : le département du Tarn, maître d’ouvrage. Le Conseil général du Tarn se retrouvait sans aucune base légale pour planifier un projet à Sivens, alors qu’un nouveau barrage redimensionné et déplacé nécessiterait une nouvelle déclaration d’utilité publique et une nouvelle enquête publique. Autant dire repartir de zéro, après avoir déjà englouti des millions dans des travaux devenus, du jour au lendemain, purement et simplement illégaux.

Démolir, indemniser, restaurer : la double peine du département

Une annulation de ce type n’est jamais qu’une formalité juridique. Elle emporte une obligation concrète : remettre les lieux en l’état, c’est-à-dire démolir ce qui a été bâti sans droit et restaurer la zone humide détruite. Un jugement ultérieur du tribunal administratif de Toulouse a d’ailleurs rappelé cette obligation de l’État à « prescrire les mesures de remise en état du site de Sivens » et à appliquer les mesures de police relatives aux opérations de défrichements.

Sur le plan financier, l’addition a été douloureuse pour les finances départementales. Au-delà des 8,4 millions d’euros déjà investis dans un ouvrage jamais mis en eau, un protocole d’accord a organisé le règlement du contentieux : l’accord transactionnel portait sur une compensation de 3,4 millions d’euros de l’État au Département sur l’abandon du projet, soit 2,1 millions pour les dépenses en pure perte et 1,3 million pour réhabiliter la zone humide. Les travaux de démolition et de restauration ont fini par démarrer avec plus d’un an et demi de retard : le 21 août 2017 démarrent les travaux de réhabilitation du site, avec pour objectif de restituer au site son état initial avant travaux, notamment en remettant en place la terre déplacée.

Curieusement, ce délai n’a pas été jugé fautif par les tribunaux, contrairement à d’autres manquements de l’État sur ce dossier. Un jugement a précisé que l’État, y compris dans un protocole d’accord transactionnel conclu avec le département du Tarn, avait mis du temps à s’occuper des mesures compensatoires consécutives à la destruction des zones humides, mais qu’un tel délai n’était pas fautif pour le juge administratif. En revanche, sur le défrichement lancé avant toute autorisation légale, l’addition judiciaire a été plus salée : l’État a été condamné à verser une indemnité de 10 000 euros pour chacune des deux associations requérantes.

Ce dossier a également coûté une vie humaine : celle de Rémi Fraisse, jeune naturaliste de 21 ans tué en marge des manifestations d’opposition à l’automne 2014, un drame qui a précipité l’abandon du projet initial et accéléré la prise de conscience politique sur le dimensionnement réel des besoins agricoles locaux. Aujourd’hui encore, la vallée du Tescou reste citée en exemple dans les débats sur les retenues d’eau et les mégabassines, preuve qu’un chantier mal ficelé peut coûter bien plus cher à démolir qu’à ne jamais avoir été construit.

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mardi 7 juillet 2026

Paysan en détresse incendie Pyrénées orientales : cagnotte en ligne

https://www.cotizup.com/@marie-7/paysan-en-detresse-incendie-pyrenees-orientales




Bonjour, 


Quelqu’un a mis en place une cagnotte pour m’aider que je dois diffuser.
Et j'avoue que c’est difficile d’en arriver là..🥲

🙏 J'ai besoin de toi pour participer à cette cagnotte : Paysan en détresse incendie Pyrénées orientales

Chaque don compte. Et si tu ne peux pas donner, merci de PARTAGER autour de toi.

💚 1 partage = 1 don de plus grâce à toi.

👉 https://www.cotizup.com/@marie-7/paysan-en-detresse-incendie-pyrenees-orientales




jeudi 2 juillet 2026

Nouveaux pesticides interdits chez BASF

Nouveaux pesticides interdits 

chez BASF

 

NOUVELLE INSPECTION CITOYENNE 

SUR LE SITE CHIMIQUE DE BASF À GENAY (69)


EN TOUTE IMPUNITE, 

BASF CONTINUE A PRODUIRE DES PESTICIDES 

INTERDITS EN FRANCE

 

Communiqué de presse – 30 juin 2026

 




1) CMR : Cancérigène, Mutagène er Reprotoxique

 

Source : https://faucheurs-volontaires.fr/nouveaux-pesticides-interdits-chez-basf.htm 

mercredi 24 juin 2026

Julien Le Guet : « Monsieur Darmanin est le plus grand écoterroriste de France »

Julien Le Guet : 

« Monsieur Darmanin 

est le plus grand écoterroriste 

de France »

 

6 juin 2026

 

Julien Le Guet, porte-parole du mouvement contre les mégabassines.

« La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui vont causer notre perte », dit le militant Julien Le Guet dans ce grand entretien. Fer de lance de la lutte contre l’accaparement de l’eau, il subit une répression judiciaire.

Julien Le Guet est batelier dans le Marais poitevin et porte-parole du collectif Bassines non merci. Engagé de longue date dans la lutte pour l’eau et contre les mégabassines, il subit une répression judiciaire et a été condamné à six mois de prison aménagée sous forme d’assignation à résidence avec un bracelet électronique. Il a rarement eu l’occasion de s’exprimer en longueur. Exceptionnellement, il explique ici pourquoi les mégabassines sont nuisibles, comment le système agro-industriel détruit l’agriculture, comment le mouvement s’est relevé après la violence policière de Sainte-Soline et... l’avenir qu’il espère pour le Marais poitevin. « Des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter. »

Vous pouvez lire ci-dessous ce grand entretien, ou l’écouter intégralement sur une plateforme de votre choix et le regarder en vidéo.


Reporterre — Pourquoi jugez-vous que les mégabassines sont une mauvaise solution au problème d’eau agricole ?

Julien Le Guet — Pour répondre, il faut revenir en arrière. Le Marais poitevin est la deuxième zone humide de France, aménagée depuis le Moyen Âge autour d’activités pastorales et d’activités maraîchères qui étaient compatibles avec la biodiversité. Depuis la Seconde Guerre mondiale, comme la Bretagne ou la Beauce, les politiques d’aménagement du territoire ont simplifié les paysages, détruisant les haies et les prairies. De ce fait, le Marais poitevin est une zone en péril pour la biodiversité et la gestion de l’eau depuis les années 1970, et depuis que la culture du maïs, cette plante tropicale qui a besoin d’eau en juillet-août quand elle est rare, y a été favorisée. Elle a tout de suite engendré une raréfaction de l’eau.

Dès la fin des années 1990, il a été démontré que l’État français ne respectait pas ses engagements sur la préservation des zones humides et la France a été condamnée par la Cour européenne de justice. On découvrait que ce qui avait généré le déséquilibre était la culture du maïs. Au lieu que l’État réfléchisse à installer une agriculture compatible avec ces enjeux de biodiversité, il a été dans la direction inverse : puisque le maïs consomme trop d’eau en été, on a décidé de faire du stockage hivernal de l’eau, quand elle est abondante, pour limiter l’impact sur les rivières et les nappes phréatiques en été.


Pour regarder sur YouTube c'est ici : https://www.youtube.com/watch?v=zRe69udNAGQ

Cela parait de bon sens quand on n’y connaît rien, non ?

En fait, des nappes phréatiques pleines redonnent l’eau tout au long de la saison sèche et les rivières continuent de couler jusqu’aux pluies d’automne. Les nappes recèlent aussi des eaux beaucoup plus faciles à potabiliser que l’eau de la Seine, par exemple. Et puis, les nappes phréatiques protègent l’eau du réchauffement et de l’évaporation. Donc, pomper l’eau de la nappe phréatique pour constituer des réserves aériennes dans des bâches noires exposées au soleil, aux pollutions aériennes et à la chaleur, est un non-sens : on perd beaucoup d’eau par évaporation pendant l’été. Et au-delà de la problématique de l’évaporation, le stockage en mégabassines accélère la dégradation de la qualité de l’eau. Le réchauffement favorise le développement de bactéries ou d’algues.

En quoi les mégabassines constituent-elles un accaparement de l’eau ?

L’eau est un commun, qui ne devrait pas être transformé en marchandise. En fait, quand on paye l’eau, on ne paye pas l’eau elle-même, mais sa dépollution et sa distribution. La matière en tant que telle appartient à tous et à toutes. L’avantage des mégabassines pour ceux qui en bénéficient est que l’eau y est stockée en hiver. Et si on a un été très sec durant lequel des arrêtés préfectoraux vont limiter puis interdire l’irrigation, ceux qui ont l’eau des mégabassines sont affranchis de cette contrainte.

« Les mégabassines créent une irrigation à deux vitesses »

Les mégabassines créent une irrigation à deux vitesses, entre les connectés aux mégabassines qui ne sont plus concernés par les arrêtés préfectoraux et les non connectés qui n’ont plus d’eau. D’autant que vider les nappes phréatiques au printemps engendre une baisse de la nappe précoce, si bien que la sécheresse fait sentir ses effets plus tôt. La mégabassine permet de cultiver une plante tropicale sur des territoires qui subissent maintenant des sécheresses à répétition. Il faudrait au contraire repenser les plans de semences pour s’adapter à cette réalité. Mais non, on s’entête à vouloir faire du maïs à tout prix.

Pourquoi le lobby du maïs est-il aussi fort ?

Une grande partie du maïs produit en France n’est pas le maïs qu’on va retrouver dans sa table avec une sympathique petite salade, c’est un maïs qui a vocation à nourrir l’agro-industrie, en servant à l’élevage intensif dans les fermes-usines.

En fait, l’opposition aux mégabassines est l’opposition à l’agriculture agro-industrielle ?

Oui. La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui sont en train de causer notre perte. La raison essentielle de l’extinction de la biodiversité en France n’est pas le changement climatique, mais la destruction des habitats naturels, des nappes phréatiques, des rivières. À travers cette lutte sur les bassines, c’est le système agricole en France qu’on critique. Mais ce n’est pas un argumentaire antimaïs. Il n’y a pas de plantes maudites, il y a juste les usages qu’on en fait. Le maïs est une plante sacrée en Amérique du Sud, qui a nourri toute une civilisation. Et il existe en France des agriculteurs qui pratiquent la semence de maïs population, qui sont des maïs sélectionnés pour supporter mieux la sécheresse.

«  Les procès que je vais subir sont des procès politiques  », dit ce porte-voix de la lutte contre les bassines. © Mathieu Génon / Reporterre

Ce n’est ni une lutte anti-irrigation, ni même une lutte antistockage, ni même une lutte antimaïs. C’est une lutte contre l’accaparement de tout au profit de quelques-uns.

Pourquoi, en 2001, les projets de mégabassines ont-ils commencé à se développer ? À l’époque, on était peu sensibilisés au changement climatique.

C’est venu suite à ces plaintes au niveau européen : l’État devait présenter à la Cour de justice européenne un plan de sauvegarde du Marais poitevin. Les bassines, sous le nom de « réserves de substitution » ont été présentées comme un moyen de préserver le Marais poitevin et les zones humides. On prétendait que, plutôt que de prélever le mètre cube en été, on allait le prendre en hiver et ainsi limiter l’impact des prélèvements estivaux. Sauf qu’on a constaté assez rapidement, quand elles ont commencé à être mises en place, que les volumes consacrés à l’irrigation augmentaient sur certains bassins jusqu’à 50 ou 70 %.

En quoi le changement climatique aggrave-t-il cette situation ?

Dans la physiologie du maïs, il y a un stade où l’irrigation va augmenter les rendements. Mais passé 35 °C, on peut mettre toute l’eau qu’on veut, la plante végète. Une alternative très simple pour nourrir des herbivores, c’est le retour à l’herbe. Si on prend le territoire du Marais poitevin et de ses bassins versants, la prairie comptait pour 70 % des surfaces agricoles au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, c’est 17 %. On ne voit plus une vache dehors, pour la simple et bonne raison que les vaches sont en stabulation. Et là encore, on atteint une limite avec le réchauffement climatique. Imaginez les pauvres bêtes, là, à 50 °C.... Une voie de sortie vertueuse, qui permettrait aux agriculteurs de se désendetter, serait un vrai plan de retour à la prairie. Parce qu’en plus, ces mégabassines sont extrêmement coûteuses : une installation d’une dizaine d’hectares coûte près de 4 millions d’euros, financée à hauteur de 70 % par de l’argent public ; il reste 1 million à dépenser par les irrigants bénéficiaires. En réalité, c’est une eau qui est de plus en plus chère. On atteint la limite de ce système.

Êtes-vous hostile par principe aux réserves d’eau ?

Ni par principe au stockage de l’eau, ni par principe à l’irrigation. Pour la simple et bonne raison qu’au sein du collectif, nombre de camarades sont agriculteurs et notamment avec la Confédération paysanne. Au sein du collectif, on est d’accord pour dire que si on partage l’eau équitablement et si cela permet la création d’emplois, si on prend en compte des critères sociaux et environnementaux tels que l’autonomie alimentaire et la relocalisation des productions, on pourrait dans certains cas soutenir certains systèmes de stockage d’eau. Le maraîchage devrait être un usage prioritaire. Ou des éleveurs qui utilisent de la luzerne et pas du soja venu du bout du monde.

Où en est-on aujourd’hui sur les constructions ?

Depuis 2017, on a réussi à empêcher les seize mégabassines qui étaient en projet dans les Deux-Sèvres, par des recours juridiques, des manifestations de plus en plus nombreuses et massives, avec tout un travail également auprès des collectivités. Tout cela a généré énormément de succès au niveau des tribunaux administratifs. Aujourd’hui, la plupart des bassines sont illégales – même celle de Sainte-Soline. Elle n’est pas remplie. On se retrouve dans une situation paradoxale où on utilise les méthodes de la désobéissance civile pour que le droit soit appliqué, alors que les préfets mettent tout en œuvre pour contourner le droit, pour répondre aux desiderata de la FNSEA [1] et de la Coordination rurale.

Mais la manifestation à Sainte-Soline, le 23 mars 2025, a été très violemment réprimée ?

Elle a causé 200 blessés, et aussi des blessures de l’âme, des acouphènes, des problèmes psychiques... Mais cela a créé un précédent. Aujourd’hui, dès que le mot mégabassines ou réserves de substitution est formulé par des élus ou des techniciens sur d’autres territoires, cela crée une espèce de grosse reculade, même chez des élus de droite : « Oh là là, pas de Sainte-Soline chez nous ! »

Notre revendication principale depuis quatre ans est la mise en place d’un moratoire, pour qu’un travail d’évaluation scientifique au long cours puisse être établi qu’avant qu’on dépense des millions, voire des milliards d’euros dans ce type d’équipement. Ce moratoire, on l’a obtenu de fait. Ça montre qu’on a raison de se mobiliser, de se soulever et de résister à cette barbarie technologique. Sauf qu’on subit un nouvel assaut avec le passage en force à l’Assemblée nationale du projet de loi d’urgence agricole dont de nombreux articles visent à lever les freins juridiques aux mégabassines.

«  Il y a de très fortes connivences entre Macron et sa sphère et le monde de l’agro-industrie.  » © Mathieu Génon / Reporterre

Et par ailleurs, les bassines sont considérées d’« intérêt général majeur », ce qui signifie que devant les tribunaux administratifs, ce n’est plus aux porteurs de projets de démontrer que leur projet pourrait être d’intérêt général majeur, mais aux associations de démontrer qu’elles ne le sont pas. Cela change le rapport de force et la manière d’instruire les dossiers.

Comment expliquez-vous l’imposition d’une politique sur l’eau aussi problématique ?

Il y a de très fortes connivences entre Macron et sa sphère et le monde de l’agro-industrie. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est censé être représentant des agriculteurs de France, mais il est le PDG d’un des gros groupes agro-industriel, Avril. C’est un agro-industriel, certainement pas un petit paysan. Et avant d’être président de la République, Macron travaillait à la banque Rothschild et il a fait la négociation entre Nestlé et le groupe Pfizer [Neslé a acquis en 2012 la branche nutrition de Pfizer pour 8,98 milliards d’euros].

Dans le scandale de l’affaire Nestlé, pourquoi les services de l’État ne montent-ils pas au créneau, alors qu’ils ont connaissance du fait que l’eau est vendue comme une eau minérale alors qu’elle est filtrée et qu’en plus on y trouve des micropolluants ?

Qu’est-ce que Sainte-Soline, cette confrontation avec une violence énorme de l’État, a changé dans la lutte ?

Cette violence policière cherchait à mettre nos vies tellement en danger que ça dégoûte tout le monde de retourner un jour en manifestation. Quand on a subi une telle violence, on n’est pas prêt à tout de suite prendre le risque de se retrouver face à ces bleus carapacés ultraviolents. Alors comment le mouvement a-t-il survécu ? On a fait face collectivement. Ça nous a obligé à vraiment faire corps et à se rendre compte que le soin dans la lutte était une condition sine qua non.

Mais il est très pesant d’être qualifié d’écoterroristes, ce n’est pas sans conséquence sur l’opinion publique. ll y a certes des écoterroristes en France. Un écoterroriste, c’est quelqu’un qui terrorise, qui mène une politique de terreur vis-à-vis de l’écologie et de ceux qui la défendent. Et je le dis, Monsieur Darmanin est le plus grand écoterroriste de France.

Vous-même subissez une répression judiciaire très dure. Allez-vous continuer la lutte face à une répression aussi féroce ?

Évidemment que tout ça mis bout à bout impacte le quotidien, impacte la vie, impacte les relations et c’est loin d’être anodin. Mais il est hors de question de donner satisfaction à nos bourreaux. Et si leur objectif est de nous réduire au silence, raison de plus pour l’ouvrir encore plus fort. Dans les mois qui viennent, ma liberté de mouvement va être contrainte. Mais je n’ai pas prévu d’arrêter de m’exprimer. Les procès que je vais subir sont des procès politiques. Chaque fois qu’on est convoqué, on politise ces moments, on en fait des moments de rassemblement, on en fait des moments d’éducation populaire et on se renforce.

Julien Le Guet, ici en mars 2024, arpente depuis quarante ans les canaux du Marais poitevin, qu’il a vu se transformer. © Mathieu Génon / Reporterre

Dans le monde que nous souhaitons faire grandir, les zones humides pourraient-elles se reconstituer et grandir à nouveau ?

Oui. La solution est dans le retour à l’herbe. Permettre aux vaches de manger de l’herbe dans les prairies a plein d’intérêts, notamment en termes d’infiltration d’eau et de dépollution de l’eau. Parce que tout végétal participe à un mécanisme qu’on appelle la phytoépuration. Il faudrait aussi refaire le maillage des haies qui permet que l’eau ne parte pas directement à la mer mais s’infiltre et rejoigne la nappe phréatique.

Donc oui, on pourrait soigner, sur un pas de temps de dix ans, le Marais poitevin. Mais son avenir à plus long terme ne dépend plus de l’homme. Les 100 000 hectares du Marais poitevin sont compris entre 0 et 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le marais poitevin était un golfe il y a mille ans, avant que les hommes établissent des digues. Ce que la mer a, ce que la mer a donné, elle le reprendra. Sera-ce dans 100 ans, dans 200 ans, dans cinq siècles ou dans trente ans ? Il y aura le retour de l’océan. Je pense qu’il faut l’accepter. Ce qui est inacceptable, c’est qu’entre-temps, on détruise tout.

Dans la lutte qu’on vit sur les bassines, il y a le pire — la barbarie de cet État, de ces préfets, de ces fachos en carapaces. Et puis il y a toute la beauté de notre mouvement, de ces solidarités très fortes, de la joie, de la culture, de la diversité. On se dit qu’en fait, des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter.

Notes

[1Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles.


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Source : https://reporterre.net/Julien-Le-Guet-Monsieur-Darmanin-est-le-plus-grand-ecoterroriste-de-France?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne 

samedi 20 juin 2026

Les 10 bonnes nouvelles de la semaine - Bio, Albanie et Irlande


 

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? 

Voici 10 bonnes nouvelles 

à ne surtout pas manquer cette semaine. 


1. Une étude associe les fruits et légumes bio à un moindre risque de cancer du sein

Selon une étude menée par Nutrinet auprès de plus de 31 000 adultes, remplacer des fruits et légumes conventionnels par des produits bio est associé à une réduction de 10 % du risque de cancer du sein post-ménopausique par portion quotidienne de 100 g, un résultat qui nécessite toutefois des recherches complémentaires. (Nutrinet)

 

2. En Albanie, un projet de complexe de luxe lié à Jared Kushner suscite une forte contestation

Des milliers de manifestants dénoncent un projet de complexe touristique de 1,4 milliard d’euros porté par une société liée à Jared Kushner, estimant qu’il menace une zone humide protégée abritant flamants roses, phoques et tortues marines, malgré les garanties environnementales avancées par le gouvernement albanais. (Reuters)

 

3. En Irlande, la restauration des tourbières montre ses effets sur la biodiversité et le climat

Après près de quarante ans de restauration écologique, un couple a redonné vie à une tourbière dégradée en plantant plus de 3 000 arbres et plantes indigènes, illustrant le potentiel de ces écosystèmes pour stocker le carbone, restaurer la biodiversité et renforcer la résilience climatique. (Happy Eco News)

 

4. Les baleines franches de l’Atlantique Nord enregistrent leur meilleure saison de reproduction depuis 2009

La saison 2026 a vu la naissance de 23 baleineaux, un record depuis près de vingt ans, avec un raccourcissement encourageant de l’intervalle entre les mises bas, un signe jugé positif pour le rétablissement de cette espèce toujours en danger critique. (NOAA Fisheries)

 

5. L’Espagne investit 9 milliards d’euros pour accélérer sa transition écologique

En Espagne, le gouvernement de Pedro Sánchez débloque un plan de 9 milliards d’euros, dont 4,7 milliards pour la rénovation énergétique des logements et 4,3 milliards pour décarboner les transports, avec une attention particulière portée aux territoires ruraux et à la justice sociale. (L’Humanité)

 

6. Le tabagisme poursuit son recul en France, notamment chez les jeunes

Les ventes de tabac ont chuté de 8,2 % entre 2024 et 2025, tandis que la part des fumeurs quotidiens est tombée à 18,2 % des adultes et 5,6 % des lycéens, même si le vapotage continue de progresser chez les adolescents. (franceinfo)

 

7. À Mayotte, des agriculteurs se mobilisent contre un projet de nouvel aéroport

Des agriculteurs mahorais s’opposent à un projet d’aéroport qui pourrait artificialiser jusqu’à 400 hectares de terres fertiles et supprimer 5 à 10 % de la production alimentaire de l’île, craignant une menace pour la souveraineté alimentaire et leurs moyens de subsistance. (Reporterre)

 

8. L’Université de Lorraine élargit la distribution de culottes menstruelles gratuites

Après une première campagne réservée aux primo-entrantes, l’Université de Lorraine ouvre la distribution gratuite de culottes menstruelles à l’ensemble de ses étudiantes, afin de lutter contre la précarité menstruelle, avec plus de 4 600 demandes enregistrées lors de cette seconde phase. (ICI)

 

9. Face au réchauffement climatique, la vitiforesterie séduit de plus en plus de vignerons

Pour protéger les vignes des canicules, du gel et de la sécheresse, des viticulteurs réintroduisent des arbres au cœur de leurs parcelles, une pratique ancestrale qui améliore la résilience des cultures et pourrait devenir essentielle si les étés dépassent régulièrement les 40 °C. (ID, l’Info Durable)

 

10. Classés-sans-suite.com recense les plaintes abandonnées pour dénoncer les défaillances de la justice

Créée après le meurtre de Lyhanna, la plateforme classés-sans-suite.com a déjà recueilli 500 témoignages de victimes de violences sexuelles ou sexistes dont les plaintes ont été classées sans suite, avec l’objectif de mettre en lumière l’ampleur du phénomène et de réclamer une réforme de la chaîne pénale. (La Relève et la Peste)

 

* Visuel de couverture : Unplash

– Mauricette Baelen

 

Source : https://mrmondialisation.org/bio-albanie-et-irlande-les-10-bonnes-nouvelles-de-la-semaine/

jeudi 28 mai 2026

Soirées techno et huile d’olive : une ferme engagée menacée de fermeture


Soirées techno et huile d’olive : 

une ferme engagée 

menacée de fermeture

 
22 mai 2026


Sylvain Roubira et Pierre Gulliez organisent en complément de leur activité agricole, des ateliers, des colonies de vacances « façon scout » et des soirées festives.

Dans l’Hérault, un tiers-lieu agricole propose des événements culturels et solidaires pour « créer du lien, de la mixité ». Las, cet « espace de liberté » en lisière des institutions est menacé par une fermeture administrative.

Paulhan (Hérault), reportage

Cerné par l’autoroute A75 et des vignes soigneusement désherbées, le mas Nicolas fait figure de bastion rebelle. Entre les oliviers couverts de fleurs blanches, des plants d’aromates diffusent leurs effluves rafraîchissants. Quelques poulettes prennent le soleil non loin d’une prairie colorée de coquelicots et de pissenlits.

Malgré cette effervescence printanière, le hangar paraît vide, et les deux agriculteurs, Sylvain Roubira et Pierre Gulliez, ont le regard las. Après un an de bataille administrative, ils se retrouvent au bord de la banqueroute, accusant des pertes de plus de 60 000 euros. Avec le désagréable sentiment d’être pris pour des pigeons (un comble pour des éleveurs de volailles).

Tout avait pourtant bien commencé. Il y a dix ans à Montpellier (Hérault), dans le sillon de Nuit debout et des Gilets jaunes, les deux trentenaires créaient — avec d’autres — l’association la Cinquième saison. « On défendait la réappropriation des terres et l’accès pour tous à une alimentation locale, de qualité », détaille Sylvain Roubira. Cantines populaires, glanages d’olives, paniers d’aide alimentaire avec des produits du coin…

En 2022, une poignée de ces militants firent un pari un peu fou : racheter 6 hectares d’oliveraies en friche à Paulhan, un territoire marqué par la viticulture conventionnelle et le vote pour le Rassemblement national. « On voulait participer à créer du lien, de la mixité », souligne Pierre Gulliez. « Ici, on est un peu dans un désert associatif, notamment pour les jeunes, enchérit son camarade. C’est la ruralité oubliée. »

Après un an de bataille administrative, Sylvain Roubira et Pierre Gulliez se retrouvent au bord de la banqueroute. © David Richard / Reporterre

« Un travail précieux »

Pour « faire infuser » leurs idéaux d’autonomie et d’éducation populaire, ils y développent des activités agricoles — huile d’olive, plantes aromatiques, pâtes et farine de blés anciens. En complément, ils organisent des ateliers, des chantiers participatifs avec les habitants du territoire, des colonies de vacances « façon scout » et des soirées festives.

Dub, fanfare, reggae, techno : quinze soirées en trois ans, à prix accessible, en partenariat avec des associations culturelles. Le tout en extérieur, avec vente des produits de la ferme et toilettes sèches. « On était très attentifs à la prévention des violences sexistes et sexuelles et aux risques liés aux addictions, insiste Sylvain Roubira. Ça marchait bien, on sentait qu’il y avait une demande locale pour ce type d’événements. »

En 2022, une poignée de ces militants firent un pari un peu fou : racheter 6 hectares d’oliveraies en friche à Paulhan. © David Richard / Reporterre

Entre les concerts et les ateliers, l’association a ainsi accueilli près de 4 000 personnes depuis la reprise de la ferme. « Ils font un travail hyper précieux », salue Florence Cros, de l’association locale Terre-contact, qui a organisé des récoltes familiales d’olives et vend l’huile du mas dans son épicerie solidaire. « Ça rapproche les gens de leur territoire, des sources vivrières locales. »

« On sentait qu’il y avait une demande locale pour ce type d’événements »

Un succès donc, qui assurait la viabilité économique du projet — « car ce n’est pas avec notre seule activité agricole qu’on arrivait à vivre ». En bref, tout roulait… Jusqu’à ce 20 juin 2025.

Contrôle inopiné

Ce soir de Fête de la musique, la soirée était portée par H2O, une association connue dans le milieu des raves et free parties — un détail qui n’en est pas un. Quelques heures avant le début des festivités, les paysans ont vu débarquer dans leurs champs une équipe inattendue. Des policiers, un élu municipal, un représentant du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) et un autre de la préfecture. Objectif de ce contrôle « inopiné » : vérifier la conformité du site aux normes des établissements recevant du public.

Ils développent une activité agricole de vente d’huiles, de pâtes et de fleurs séchées. © David Richard / Reporterre

Dans le rapport de visite, que Reporterre a pu consulter, les autorités se sont particulièrement inquiétées du risque incendie, délivrant un avis « défavorable » à l’ouverture du site au public. Quelques heures plus tard, c’était chose faite : un arrêté municipal ordonnait la fermeture administrative du lieu, jusqu’à sa mise en conformité avec la réglementation des établissements recevant du public (ERP).

Pour les agriculteurs, ce fut la douche froide. « On a été contrôlés comme une salle de concert, alors qu’on organisait des soirées associatives avec moins de 250 personnes », soupire Sylvain Roubira. Malgré tout, l’association choisit de suivre la procédure. Appel à un cabinet d’études pour le passage en ERP, annulation de tous les événements prévus, demandes de subventions… Le dossier fut finalement déposé en décembre 2025.

Le 2 avril, un courrier du maire de Paulhan, Claude Valéro, classe la demande « sans suite ». Raison invoquée : le projet « n’est pas considéré comme un ERP » mais relève d’une autre catégorie, celle des installations ouvertes au public (IOP)... et les règles ne sont plus les mêmes.

Flou juridique

Retour à la case départ — avec un gros risque de casse pour cette ferme dépendante des revenus liés à l’événementiel. « On a joué le jeu, on a essayé de tout bien faire, lâche, amer, Pierre Gulliez. On a un peu le sentiment d’être pris pour des idiots. »

«  On a un peu le sentiment d’être pris pour des idiots  », lâche Pierre, amer. © David Richard / Reporterre

« Un exemple ubuesque », selon leur avocate, maître Sophie Mazas. Pour elle, le tiers-lieu se trouvait dans un flou juridique : celui des soirées festives et microfestivals, portés par des associations, des comités de fête, « qui jusqu’à présent ne posait aucun problème et qui aujourd’hui cristallise toutes les tensions ».

Tout cela dans un contexte de répression accrue du monde de la techno, et de difficultés économiques rencontrées par nombre d’événements culturels et autres tiers-lieux.

« On a des hommes et femmes politiques qui ne supportent pas que des gens vivent sans le contrôle de l’État et se gèrent eux-mêmes, regrette l’avocate, également membre de la Ligue des droits de l’Homme. Il devient de plus en plus difficile d’avoir des espaces de liberté pour la société civile. »

Le projet «  n’est pas considéré comme un ERP  » mais relève des installations ouvertes au public (IOP). © David Richard / Reporterre

Trop marginale ?

Avec ses prairies d’herbes folles, son soutien aux Soulèvements de la Terre et ses soirées techno, la Cinquième saison incarne en effet « un espace de liberté » en lisière des institutions. Trop politique ou marginale pour les autorités ? Sollicitées par Reporterre, ni la préfecture ni la mairie n’ont répondu à nos questions.

Membre de l’association France tiers-lieux, Akira Lavault connaît bien ces écueils administratifs sur lesquels se fracassent nombre de projets : « Les tiers-lieux, qui portent des innovations sociales, se retrouvent souvent dans des situations compliquées », constate celle qui gère également un lieu, Maison Glaz, dans le Morbihan. Parce qu’ils expérimentent d’autres façons de faire, d’habiter, de s’organiser, ces espaces se retrouvent régulièrement en marge de la réglementation. Il suffit alors de fonctionnaires ou d’élus un peu trop zélés pour faire capoter ces initiatives pourtant fertiles.

Cerné par l’autoroute A75 et des vignes soigneusement désherbées, le mas Nicolas fait figure de bastion rebelle. © David Richard / Reporterre

Pour elle, plutôt que d’enfoncer ces alternatives, il faudrait, au contraire « les accompagner », car « l’immense majorité des porteurs de projet veulent bien faire, personne n’a envie de créer des lieux dangereux ou inaccessibles ». Las, l’heure n’est pas au soutien politique : les aides publiques aux quelque 3 500 tiers-lieux de l’Hexagone ont fondu de 14 millions d’euros il y a deux ans à moins de 700 000 euros en 2026. « On se sent clairement abandonnés, alors qu’on remplit des missions d’intérêt général », dit Akira Lavault.

Pour le moment, au mas Nicolas, Sylvain Roubira et Pierre Gulliez ont adressé une lettre au maire, lui demandant l’autorisation de rouvrir cet été, en parallèle de leur mise aux normes IOP. « Si le lieu ferme, ce sera un potentiel manque pour tous les partenaires et associations qui œuvrent à lier agriculture et alimentation », regrette Florence Cros.


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Source : https://reporterre.net/Soirees-techno-et-huile-d-olive-une-ferme-engagee-menacee-de-fermeture