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dimanche 7 février 2021

En Guyane, le combat contre les mines d’or industrielles continue

 

En Guyane, 

le combat 

contre les mines d’or industrielles 

continue

 

 11 janvier 2021 / Hélène Ferrarini (Reporterre]

 

 

C’était l’une des propositions de la Convention citoyenne pour la climat : un moratoire sur l’exploitation industrielle minière en Guyane. Aujourd’hui absente du projet de loi Climat, l’idée n’est pas abandonnée pour autant : parmi celles et ceux qui se sont mobilisés contre la Montagne d’or et refusent de voir le sous-sol guyanais exploité par des multinationales, elle paraît de plus en plus convaincante.

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Début décembre, des chefs coutumiers des six peuples autochtones de Guyane réunis au village autochtone Kuwano ont réaffirmé leur opposition aux mines industrielles. « J’ai présenté aux chefs les derniers projets miniers », raconte à Reporterre Kadi Éléonore Johannès, qui représente les peuples autochtones au sein de la commission départementale des mines et a participé au combat contre la Montagne d’or, ce projet de mégamine porté par un consortium russo-canadien pour exploiter 85 tonnes d’or dans l’ouest de la Guyane. « Ils ont dit que, de toute façon, cela ne se fera pas, ils ne le laisseront pas faire », dit-elle.

La mobilisation contre la Montagne d’or a permis de médiatiser le fonctionnement d’une mine industrielle, jusqu’à présent absente du territoire guyanais : fosse à ciel ouvert de plusieurs centaines de mètres de profondeur et plusieurs kilomètres de longueur, concassage de la roche où l’or se trouve à des teneurs très faibles de l’ordre de quelques grammes par tonne, recours au cyanure pour extraire le métal… « Montagne d’or a été notre galop d’essai réussi. Nous avons surpris tout le monde par notre capacité à comprendre le fonctionnement de cette mine. Ce combat magnifique nous a permis de pousser l’État à mettre un premier coup d’arrêt au projet », explique Michel Dubouillé, secrétaire de Guyane Écologie et membre du collectif Or de question, qui se bat contre la Montagne d’or depuis 2016. La question qui se pose désormais aux militants est de savoir comment faire pour que ce « galop d’essai » ne se transforme pas en une interminable course de fond. « Si l’on ne parle que d’un seul projet à la fois, on va s’user, on ne tiendra pas », prévient Michel Dubouillé.

Le projet Montagne d’or est toujours en piste, et d’autres s’annoncent

Car les projets miniers industriels se multiplient en Guyane. Les sociétés brouillent les cartes : l’entreprise canadienne Columbus Gold, à l’origine du projet Montagne d’or, se fait désormais appeler Orea. De nouvelles techniques apparaissent : il est question de mine souterraine pour le site de Maripa, à une soixantaine de kilomètres de Cayenne, comme l’annonce la compagnie Orea dans un document d’août 2020. En avril dernier, l’avis favorable de la commission des mines à un projet de mine d’or du nom d’Espérance, dans lequel la multinationale Newmont a des intérêts, a rappelé que le coup de frein donné à Montagne d’or ne signifiait en rien l’arrêt de l’industrialisation de la filière aurifère, et n’avait certainement pas coupé l’appétit des grandes entreprises du secteur. Le 24 décembre 2020, la décision du tribunal administratif de la Guyane est venue confirmer l’absence de volonté réelle de l’État de mettre un terme à Montagne d’or : le juge a annulé le refus implicite du ministère de l’Économie de renouveler les concessions de la Compagnie de la Montagne d’or et a enjoint à l’État de prolonger ces titres miniers. La justice a souligné « la faiblesse » des arguments de l’État, qui n’a même pas envoyé de représentant pour défendre sa position à l’audience.

 

Carte réalisée par le collectif Or de question en avril 2019.

 

Dès le mois de mai dernier, le collectif Or de question et ses soutiens demandaient dans une tribune publiée par Libération l’adoption d’un « moratoire sur l’exploitation minière industrielle en Guyane ». Dans la foulée, le collectif reformulait sa pétition en ligne, qui a recueilli plus de 563.000 signatures : d’une opposition à la Montagne d’or, elle est passée à un refus de « la mine d’or industrielle en Guyane ». Si le terme de « moratoire » fait débat — Michel Dubouillé y voit « un palliatif qui permet de stopper ce qui se passe et n’engage que dans une certaine durée » —, la nécessité de dénoncer l’industrialisation de la filière minière dans son ensemble est désormais évidente. « Nous sommes contre les grosses mines industrielles, qui détruisent la terre », résume Kadi Éléonore Johannès, qui rappelle que le collectif Or de question milite depuis des années pour l’interdiction du cyanure, tout comme le député guyanais Gabriel Serville et le sénateur de Seine-Saint-Denis Fabien Gay. L’interdiction du cyanure dans les activités minières couperait l’herbe sous le pied de l’industrie aurifère, car le recours à ce produit hautement toxique est indispensable pour assurer la rentabilité économique des gisements d’or primaire. Instaurer un moratoire ou une interdiction des mines industrielles permettrait également de mettre un terme à ces activités.

L’atélope de Guyane, espèce rare et endémique, pourrait voir son habitat chamboulé par les projets miniers.

 

C’est ce qu’ont défendu les membres de la Convention citoyenne pour le climat. En juin dernier, ils ont voté pour l’« adoption d’un moratoire sur l’exploitation industrielle minière en Guyane », afin de répondre à l’objectif de « protection des écosystèmes et de la biodiversité » au sein de la thématique Travailler et produire. Pour la petite histoire, il s’agit d’un effet collatéral de la série télévisée Guyane, dont le tournage avait mis en lumière le drame de l’exploitation aurifère en Guyane. L’acteur principal, Mathieu Spinosi, a été tiré au sort pour être l’un des 150 membres de la Convention citoyenne, où il a fait le lien entre l’enjeu climatique et les questions minières.

La Convention a ainsi conclu à l’incompatibilité du « bilan carbone de ces projets miniers industriels […] avec les engagements de l’accord de Paris », en s’appuyant sur l’exemple de la Montagne d’or. Son exploitation nécessiterait « la déforestation de 1.513 ha, dont 575 ha de forêt primaire à forte valeur écologique », « le déboisement d’une route de 120 km de long », « 400 aller-retours journaliers de camion-tombereaux », pendant douze ans, et des besoins en énergie équivalents à « 8,5 % de la consommation électrique de la Guyane », « générés par une centrale au fioul ».

Le fonctionnement d’une mine, un gouffre énergétique

L’association SystExt, composée d’ingénieurs miniers critiques des pratiques de leur profession, a également produit des données pour illustrer la « voracité de la mine industrielle ». Pour « une mine “moyenne” d’or, les consommations annuelles d’électricité et en énergies fossiles correspondraient respectivement à celle de 31.000 foyers français pendant un an, et à celle de 3.000 voitures particulières françaises pendant un an », « les rejets annuels de gaz à effet de serre correspondraient à la quantité de CO2 émise par 190.000 voitures particulières françaises pendant un an ». « À l’échelle de la filière internationale d’or, cette équivalence s’élève à 116 % des émissions du parc automobile particulier français pendant un an », ajoute SystExt, qui précise ne pas avoir pris en compte l’aval de la filière, c’est-à-dire le transport et le raffinage. S’y ajoutent de nombreux « dommages écologiques », souvent « en milieu forestier », qui poussent l’association à demander « l’arrêt de l’exploitation industrielle aurifère ».

Le comité légistique — les experts mandatés pour accompagner la Convention citoyenne pour le climat — s’est refusé à transcrire juridiquement le moratoire sur l’exploitation industrielle minière en Guyane, voulu par les citoyens, arguant d’un ensemble d’« inconnues » et de « difficultés ». Dans une note écrite, il souligne le manque de précisions juridiques et techniques, l’absence de définition de la « mine industrielle », le risque d’une rupture d’égalité entre la Guyane et le reste du territoire national. De plus, ce comité semble résumer l’industrie minière guyanaise au seul projet de la Montagne d’or, en insistant sur son abandon, faisant fi de la réalité juridique de cette affaire et des autres dossiers en cours de développement.

 

La mine d’or à ciel ouvert de Kalgoorlie, en Australie.

 

 Depuis, le moratoire a disparu du projet de loi Climat, issu des travaux de la Convention citoyenne pour le climat, où il a été remplacé par la réforme du Code minier que le gouvernement a élaboré sans la moindre concertation avec les citoyens de la Convention. Or, rien dans la réforme du Code minier présentée par le gouvernement ne prévoit d’interdire les mines industrielles. Pourtant, ailleurs, des exemples existent. En 2017, le Salvador devenait le premier pays au monde à interdire les mines de métaux. En Europe, l’Allemagne, la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie ont interdit le recours à la cyanuration, coupant court aux velléités d’exploitation industrielle de l’or sur leur territoire.

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C’est maintenant que tout se joue…

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 Lire aussi : En Guyane, les groupes miniers préparent « la grande braderie » du territoire


Source : Hélène Ferrarini pour Reporterre

Photos :
. chapô : la forêt guyanaise en 2012. © Jody Amiet/AFP
. carte : © Or de question
. Atélope de Guyane : CC BY-SA 3.0 Christopher McHale/Wikimedia Commons
. Australie : CC0 - Domaine public/Pxhere

 

 Source : https://reporterre.net/En-Guyane-le-combat-contre-les-mines-d-or-industrielles-continue

samedi 9 janvier 2021

Montagne d’Or : la défense faiblarde de l’Etat français ne convainc pas la justice

 

Montagne d’Or : 

la défense faiblarde de l’Etat français 

ne convainc pas la justice

 

 Lors de l’audience qui s’est tenue le 3 décembre dernier, le rapporteur public a relevé la « faiblesse » et l’absence de « pertinence » des arguments de l’État pour justifier son refus, un « point difficile du dossier » qui n’était « pas à l’avantage de l’administration ». Comme l’explique le jugement du tribunal, le ministère des finances n’a pas même mandaté de représentant à l’audience et n’a « produit aucune pièce justificative pour appuyer ses allégations au cours de l’instruction ».

 

 

29 décembre 2020 - Augustin Langlade 

 

Le tribunal administratif de Cayenne, en Guyane, donne six mois à l’État pour prolonger pendant vingt-cinq ans les deux concessions de la Compagnie Montagne d’Or, rouvrant la voie au plus grand projet d’extraction d’or de France. 

 

Mauvaise nouvelle en Guyane, à la veille de Noël. Jeudi 24 décembre, le tribunal administratif de Cayenne a ordonné à l’État de prolonger sur une durée de vingt-cinq ans les concessions minières de la Compagnie Montagne d’Or, « dans un délai de six mois ». C’est un revers immense pour la centaine d’associations et les milliers de citoyens qui luttent depuis des années contre les deux plus grands projets d’extraction d’or de France.

Les deux concessions mentionnées par le jugement se trouvent à la frontière nord-ouest de la Guyane, dans le territoire des communes de Saint-Laurent du Maroni et Apatou, entre deux réserves biologiques intégrales (RBI Lucifer et Dékou-Dékou), à très haute valeur de biodiversité. Il s’agit de Montagne d’or (15 km2) et d’Élysée (25 km2), des gisements d’or primaire, c’est-à-dire situés dans la roche et devant être exploités à ciel ouvert. Sur une piste historique, le projet remonte au début des années 2010.

Le concessionnaire, la Compagnie Montagne d’or (CMO), est une filiale des sociétés canadienne Colombus Gold (exploitation) et russe Nordgold (extraction), propriété du milliardaire Alexeï Mordachov. La CMO envisage d’extraire sur les deux sites, en douze ans, une somme de 85 tonnes d’or, à l’aide du procédé de cyanuration en circuit fermé.

Les porteurs du projet ne cessent de marteler l’argument de l’emploi : dans une région où le chômage est endémique (il touche 30 % des jeunes), l’ouverture de telles mines pourrait selon eux nourrir 750 emplois directs et 3 000 indirects.

 

L’industrie minière est la plus polluante du monde

Soutenu par le patronat local, des élus et dans une certaine mesure la préfecture elle-même, le projet Montagne d’or suscite depuis ses débuts une opposition catégorique de la part des associations environnementales et des organisations représentatives des populations autochtones.

De fait, comme le rappellent les 1 700 scientifiques signataires d’une tribune publiée par Le Monde le 5 octobre 2018, sa mise en œuvre serait une véritable catastrophe écologique : elle signerait la destruction de 1 500 hectares de forêt amazonienne primaire recelant 1 700 espèces sauvages protégées, élèverait l’empreinte carbone de la région d’au moins 50 %, scinderait définitivement les deux réserves biologiques et porterait atteinte à un sanctuaire des peuples amérindiens.  

Mais surtout, l’exploitation de ces gisements aurifères entraînera, conséquence la plus prévisible, des pollutions irrémédiables et de très grande envergure.

L’extraction d’une seule tonne d’or exige cent cinquante tonnes de cyanure, une composé chimique dont quelques millilitres suffisent à faire passer un être humain au royaume des morts. La seule présence de ce poison dans une industrie au contact direct de l’environnement devrait être rédhibitoire.

Par ailleurs, les deux concessions consommeront des centaines de milliers de litres d’eau par heure et nécessiteront de générer et stocker 350 millions de tonnes de déchets toxiques (soit 20 tonnes pour une bague en or), retenus par une digue de 57 mètres de haut et 1,9 kilomètre de long qui pourrait un jour céder, comme ce fut le cas au Brésil.

En 2015, la rupture du barrage de Fundao, dans l’État du Minas Gerais, a libéré 60 millions de mètres cubes de déchets d’une mine de fer, causant des dégâts irréversibles sur le fleuve Rio Doce et les terres adjacentes.

 

 Cette photo d'archive prise le 3 mai 2017 montre une vue aérienne du futur site de forage «Montagne d'Or» du projet aurifère de la société internationale Nordgold, à 180 kilomètres à l'ouest de la capitale, Cayenne, et 80 kilomètres au sud du département capitale, Saint-Laurent-du-Maroni. - Le gouvernement français a rejeté le 23 mai 2019 le controversé projet d'exploitation aurifère industrielle «Montagne d'Or» en Guyane, point de tension entre les tenants du développement économique et les associations environnementales qui restent sceptiques. A l'issue du premier Conseil de défense écologique et à trois jours des élections européennes, le Premier ministre français et le ministre français de la Transition écologique et solidaire ont confirmé l'abandon du projet, le jugeant «incompatible avec la exigences de la protection de l'environnement «. (Photo par jody amiet / AFP)

 

Le jeu de dupes du gouvernement

Sommé par le collectif citoyen « Or de question », que soutiennent cent dix ONG, de mettre fin aux exploitations aurifères en Guyane, le gouvernement ne cesse de louvoyer depuis deux ans. Le 21 janvier 2019, sous pression médiatique, le ministre des finances, Bruno Le Maire, en charge des mines, effectue un « rejet implicite » des deux concessions, en laissant tout simplement sans réponse la demande de prolongation déposée fin 2016 par la CMO. Un premier signal est alors donné.

Le 6 mai de la même année, le président de la République reçoit une délégation de scientifiques de l’IPBES, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité, et déclare à l’issue de la rencontre que « de manière très claire aujourd’hui, l’état de l’art du projet [Montagne d’or] ne le rend pas compatible avec une ambition écologique et en matière de biodiversité ».

Quelques semaines plus tard, le 23 mai, le tout nouveau Conseil de défense écologique, garant de la cohérence des politiques de l’État, se réunit pour la première fois à l’Élysée, qui annonce en grande pompe « l’annulation du projet minier Montagne d’or en Guyane, jugé incompatible avec nos exigences environnementales ». Plusieurs ministres s’en félicitent. Cette fois-ci, le combat semble gagné.

C’était sans compter l’esprit retors de ceux qui nous gouvernent et savent tirer les ficelles juridiques en temps opportun. Car à peine six mois après cette décision, voilà que le tribunal administratif de Cayenne, saisi comme il se devait par la CMO, annule le rejet implicite du ministère des finances, rouvrant la voie au projet. Tous les éléments indiquent que le gouvernement avait anticipé l’issue du jugement.

Lors de l’audience qui s’est tenue le 3 décembre dernier, le rapporteur public a relevé la « faiblesse » et l’absence de « pertinence » des arguments de l’État pour justifier son refus, un « point difficile du dossier » qui n’était « pas à l’avantage de l’administration ». Comme l’explique le jugement du tribunal, le ministère des finances n’a pas même mandaté de représentant à l’audience et n’a « produit aucune pièce justificative pour appuyer ses allégations au cours de l’instruction ».

La préfecture de Cayenne, quant à elle, « n’a pas [non plus] été en mesure de fournir une quelconque défense » et n’a fait aucune observation, selon les mots de journal Guyaweb, qui était sur place. En somme, d’une évidente passivité, l’exécutif a laissé l’instance judiciaire annuler sa décision.

Pendant ce temps, le cours mondial de l’or a culminé et le consortium russo-canadien eu toute latitude pour élaborer un nouveau projet. En se fondant sur de nouvelles études d’ingénierie et d’environnement, il affirme désormais être en mesure de développer de manière plus sûre ses mines, en accord avec les exigences du législateur, qui procède actuellement à une réforme attendue du code minier. Et si l’autorisation étatique ne vient jamais, la CMO pourra toujours, avec ce nouveau projet, exiger de grasses indemnités…

L’État français a maintenant six mois pour prolonger les deux concessions ou faire appel. Le gouvernement n’a pas encore réagi, ce 30 décembre, à la décision du tribunal administratif de Cayenne.

Si ce projet minier venait à entrer en activité, il marquerait un précédent terrible pour la Guyane, assaillie depuis longtemps par les compagnies désireuses d’y extraire de l’or : la France va-t-elle ouvrir la boîte de Pandore ? Rappelons que la Convention citoyenne pour le climat a voté à 94,4 % en faveur de l’adoption d’un moratoire sur l’exploitation industrielle minière en Guyane : qu’attendons-nous pour l’appliquer ?

29 décembre 2020 - Augustin Langlade


Source : https://lareleveetlapeste.fr/montagne-dor-la-defense-faiblarde-de-letat-francais-ne-convainc-pas-la-justice/

mercredi 23 octobre 2019

Guyane : l’Etat donne son feu vert à la prolongation de la concession de la Montagne d’or

Guyane : 

l’Etat donne son feu vert 

à la prolongation 

de la concession 

de la Montagne d’or

Par


Le méga-projet de mine Montagne d’or en pleine forêt amazonienne est potentiellement relancé par l’avis favorable que l’administration doit présenter mercredi 16 octobre, et que Mediapart a pu lire. La ministre de l'écologie dit mercredi matin que le gouvernement s'oppose au projet.


En août, Emmanuel Macron appelait le monde à agir pour préserver l’Amazonie contre les méga-feux. En octobre, son administration rend un avis favorable à la prolongation de la concession du méga-projet minier Montagne d’or en Guyane. Ce gigantesque projet d’extraction d’or en pleine forêt amazonienne est combattu par les peuples autochtones de Guyane ainsi que les écologistes réunis dans la coalition Or de question.


Mardi 15 octobre après-midi, ils ont annoncé sur leur blog Mediapart que la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) de Guyane, qui regroupe les services déconcentrés du ministère de la transition écologique, allait donner son accord à la demande des sociétés minières Nordgold et Columbus Gold Corporation.

Ces deux entreprises, actionnaires respectivement à hauteur de 55 % et 45 % de la Compagnie minière Montagne d’or, veulent étendre les concessions dites Élysée et Bœuf-Mort, qui s’étendent sur les territoires de Saint-Laurent-du-Maroni et d’Apatou. Elles correspondent au périmètre géographique du projet Montagne d’or, une immense mine qui pourrait s’étendre sur 800 hectares, dont près de la moitié de forêt primaire (voir ici le reportage de Christophe Gueugneau en Guyane).

Ces concessions, attribuées depuis de nombreuses années, sont arrivées à expiration le 31 décembre 2018. Les industriels en profitent pour solliciter une extension de l’autorisation de chercher des métaux : cuivre, plomb, zinc, argent, molybdène, tungstène, chrome, nickel, et platine.

Sous l’égide du préfet de Guyane, la DEAL doit présenter son rapport d’instruction mercredi 16 octobre à la Commission départementale des mines, une instance propre au territoire guyanais, qui réunit des représentant·e·s des industriels, des collectivités territoriales, de l’État, des peuples autochtones, et des associations écologistes.

Mediapart a pu lire le rapport d’instruction de la DEAL, sur 34 pages, daté du 7 octobre 2019. Considérant que la Compagnie Montagne d’or « dispose des capacités techniques nécessaires pour poursuivre le développement » du projet minier, des moyens de les financer et que « les programmes d’exploration et d’exploitation proposés sont rationnels et réfléchis », le service instructeur propose un avis favorable au prolongement des concessions. Le pétitionnaire demande un rallongement de vingt-cinq ans pour les deux dossiers. Seul bémol, la DEAL recommande de limiter à quinze ans la concession dite Élysée, compte tenu des incertitudes pesant sur le gisement.


Document de 34 pages à consulter sur le site de l'article


Si cet avis est confirmé par la puissance publique – les avis de la commission des mines sont consultatifs –, le calendrier est déjà établi : les travaux miniers devraient être déposés au cours du second semestre 2019. Le démarrage prévisionnel de la construction de la mine serait fixé fin 2020 ou fin 2021, en fonction de la date de dépôt et de l’avancée de l’instruction de la demande d’autorisation environnementale et minière. Mercredi matin, Élisabeth Borne a réagi via son compte Twitter : « Notre position est claire : le projet Montagne d’Or est incompatible avec nos exigences environnementales, le gouvernement y est opposé. L’avis de la commission des mines de Guyane ne peut en aucun cas autoriser des travaux d’exploitation, il ne changera rien à notre décision. »



La position de l’exécutif n’est pas si claire en réalité : la commission des mines n’est en effet pas chargée d’autoriser l’exploitation du site mais de prolonger la concession. La ministre joue sur les mots, et par sa réponse floue, continue de nourrir l'ambiguïté.

Les impacts néfastes sur l’environnement de la mine sont évoqués par la DEAL, mais très rapidement : « Les incidences éventuelles des travaux projetés sur l’environnement sont étudiées, et des mesures de maîtrise de l’impact sont proposées, notamment l’élaboration sur chacune des concessions d’un projet de réhabilitation et de revégétalisation. » Pourtant, la destruction d’une forêt primaire est par définition irréparable, puisque une plantation d’arbres n’a rien à voir avec un écosystème forestier millénaire. La DEAL ne s’arrête pas là, dans la licence qu’elle accorde aux sociétés minières : des « risques majeurs » liés à l’utilisation du cyanure, une substance très toxique, sont bien « identifiés », mais, selon l’administration, « le pétitionnaire précise les mesures à prendre pour stocker et surveiller les produits, ainsi que celles à suivre pour que son utilisation se fasse dans les meilleures conditions ». À en croire ce rapport, pas d’inquiétude à avoir, donc.

Manifestation contre la Montagne d'or à Saint-Laurent-du-Maroni. © CG


Pourquoi l’État se montre-t-il si favorable aux désirs des industriels ? En mai dernier, Emmanuel Macron a déclaré que ce projet de méga-mine d’or n’était pas « compatible avec une ambition écologique et en matière de biodiversité ». Alors que la plateforme internationale de recherche sur la biodiversité (IPBES) présentait son rapport alarmant sur la destruction des espèces animales et végétales, le chef de l’État a ajouté : «Il y aura une évaluation complète pour le prochain conseil de défense [écologique] sur ce sujet et une décision formelle et définitive sera prise, en concertation avec le territoire. »

Cette déclaration faisait suite au débat public qui avait récolté des avis massivement négatifs sur le projet. La Commission nationale du débat public avait demandé plus d’informations aux sociétés minières, notamment sur la gestion des risques. Mais en juin, le président de la Compagnie Montagne d’or, Pierre Paris, a écrit une tribune dans Les Échos pour réaffirmer son intention de mener à bien le projet minier.

Pour Marine Calmet, porte-parole du collectif Or de question : « Nous n’avons jamais cru aux paroles d’Emmanuel Macron parce qu’on savait que le dossier de la concession était en cours de renouvellement. Nous avons sollicité François de Rugy lorsqu’il était ministre de l’écologie : aucune réponse. Nous avons sollicité Élisabeth Borne : aucune réponse. »

Mediapart a interrogé le cabinet de la ministre de l’écologie mardi soir à ce sujet, sans réponse au moment de la publication de l’article. Mais mercredi matin la ministre de l'écologie a répondu sur Twitter à l'interpellation du député européen Yannick Jadot. Pour Or de question, la cause est entendue : « Si cette concession est prolongée, le projet de mine ne peut pas être enterré. Si ce n’est pas la Compagnie Montagne d’or qui la creusera, ce sera une autre société. Elle s’appellera autrement, peut-être “Trou béant dans l’Amazonie”, mais ce sera pareil. La seule manière de l’arrêter, c’est de ne pas renouveler la concession. »

Puis mercredi en début de matinée, le ministère a répondu par courriel que l’examen en commission des mines de Guyane « est une simple étape de cette procédure » et que « la DEAL a donné un avis favorable, sur la seule base de critères techniques et financiers conformément au code minier, mais qui ne préjuge pas de la décision finale qui sera prise ». Selon le cabinet d’Élisabeth Borne, c’est dans le cadre de la procédure d'autorisation environnementale que « sont examinés les critères environnementaux du projet : c’est donc dans ce cadre que pourra être constatée l’incompatibilité de l’exploitation prévue avec les exigences de protection de l’environnement ».

Pour le gouvernement, il faut attendre la réforme du code minier pour « intégrer à l’avenir le critère de protection de l’environnement dès la délivrance des concessions : il sera à l’avenir possible de refuser en amont la délivrance d’un titre minier sans attendre la phase des travaux, dans le cas où le projet serait manifestement incompatible avec la protection de l’environnement ». Problème : cette réforme du code minier est promise depuis plus de dix ans et les premiers mouvements contre l’exploitation des gaz de schiste, par tous les gouvernements, mais n'a jamais été mise en œuvre.

Député européen LREM, ancien directeur général du WWF, ONG très engagée contre le projet Montagne d’or, Pascal Canfin explique mardi soir qu’« en l’état actuel du schéma régional et du code minier », l’État « n’a pas le choix, sauf à s’exposer à des risques d’indemnisations. D’où la nécessité de réformer le code minier ».

Juridiquement, la situation est beaucoup moins claire, selon Guyane Nature Environnement. Car les deux concessions guyanaises ont expiré fin décembre 2018. L’État n’ayant pas répondu à cette date, la demande de prolongement est en droit d’être considérée comme implicitement rejetée. Au point que la société Montagne d’or a attaqué ce rejet implicite devant le tribunal administratif de Cayenne – le jugement n’a pas encore été rendu. 
Par ailleurs, pour qu’une demande de prolongement de concession soit valide, il faut qu’elle fasse l’objet d’une exploitation. Or les deux périmètres visés, Bœuf-Mort et Élysée, ne sont plus forés à l’heure actuelle, comme en atteste une note de la DEAL que Mediapart a pu consulter. Ils n’ont pas non plus fait l’objet des travaux de réhabilitation, accordant de droit aux entreprises la prolongation de l’autorisation de rechercher des minerais.

La puissance publique disposait donc d’arguments à opposer à la demande des industriels. Pourquoi ne pas en avoir tenu compte ? Interrogé à ce sujet mardi soir, le ministère de la transition écologique ne nous a pas répondu.




Cet article a été actualisé mercredi matin vers 8 h 30 pour intégrer la réaction de la ministre de la transition écologique, Élisabeth Borne. Puis vers 10 h 15 pour ajouter les réponses envoyées par son cabinet, arrivées par mail en début de matinée.

Une erreur a été corrigée : Marine Calmet est la porte-parole du collectif Or de question.

Source :https://www.mediapart.fr/journal/france/161019/montagne-d-or-l-etat-fait-marche-arriere



vendredi 26 mai 2017

Pétition : Président Macron, non à la mine d’or industrielle en Guyane !

Président Macron, 

non à la mine d’or industrielle 

en Guyane !





Ce qui attend la Guyane et ses forêts avec l’industrialisation de la filière aurifère (© Droits réservés - Montage : Sauvons la forêt)

En toute discrétion, l’Etat français encourage l’industrialisation de la filière aurifère en Guyane. Le projet Montagne d’Or, prévu pour 2018, deviendrait la plus grande mine du territoire français. Il aurait de graves impacts humains et environnementaux et ouvrirait la porte aux autres multinationales minières en attente !

Un monstre industriel : le projet «Montagne d’Or» s’inscrit sur 190 km2 de concessions et prévoit une fosse de 2,5km de long, 500m de large et 400m de profondeur. Son usine de traitement de minerai par cyanuration exige l'énergie de 20% de la consommation annuelle de la Guyane.

Les sites industriels de ce type détruisent immanquablement la forêt et les écosystèmes sur lesquels ils s’implantent et bien au-delà, du fait du probable drainage minier acide. Le risque majeur repose sur le stockage en digue de millions de tonnes de boues cyanurées. Au moins 25 ruptures de digue ont eu lieu depuis 2000 dans le monde. En 2015, le Brésil a connu un accident similaire considéré comme l'une des pires catastrophes écologiques.

La Guyane inclut une partie encore intacte de la forêt amazonienne, poumon de notre planète, et zone de biodiversité extraordinaire. Ce territoire doit absolument être préservé d’activités aussi destructrices.

L’exploitation minière de l’or n’est pas indispensable. Les besoins industriels représentent seulement 8% de l’or extrait. La filière du recyclage en a fourni 3 fois plus en 2015.

Si la France autorise l’exploitation à grande échelle de ce premier gisement, elle s’exposera nécessairement à la multiplication de projets miniers équivalents.
Ce choix de société n'est pas une solution de développement pérenne. La population n'a d'ailleurs pas été consultée et les procédures imposant de recourir au Conseil Consultatif des Populations Amérindiennes et Bushinengué n'ont pas été respectées.

Le collectif Or de question qui regroupe des ONG locales et nationales, demande au gouvernement français l'arrêt immédiat des projets de méga-industrie minière. L’économie guyanaise doit s’orienter vers un développement écologiquement et socialement soutenable.

Merci de le soutenir en signant la pétition

 PÉTITION  
  https://www.sauvonslaforet.org/petitions/1084/#updates


 
Au Président et au gouvernement de la France

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,

L’Etat français semble encourager des multinationales étrangères à lancer de gigantesques exploitations minières en plein coeur de la forêt guyanaise. Parmi elles, le projet « Montagne d’Or » dont le démarrage est prévu pour 2018.

Avec son gisement s'étendant sur 190 km2, sa fosse de 2,5 km de long, de 500 m de large et de 400 m de profondeur, il s’agirait alors de la plus grande mine d’or jamais exploitée sur le territoire français. Il signifierait l’industrialisation de la filière aurifère dans la seule forêt tropicale humide de l’Union européenne.

Les mines industrielles d’or ont été et sont encore aujourd’hui à l’origine d’impacts humains et environnementaux graves, souvent irréversibles. Le Brésil, pays frontalier de la Guyane, peut en témoigner avec son « accident » en 2015 considéré comme l'une des pires catastrophes écologiques.

On ne peut accepter de détruire une partie de l’exceptionnelle biodiversité guyanaise et de prendre le risque d’accidents majeurs pour l’extraction d’une substance dont l’utilité sociale et industrielle est négligeable aujourd'hui.

Par la présente lettre, nous souhaitons manifester notre soutien aux revendications du Collectif « Or de question ! ».

Nous vous demandons en conséquence l'arrêt immédiat des divers projets de méga-industrie minière en commençant par celui de la « Montagne d'or » et d'orienter l''économie guyanaise vers un développement écologiquement et socialement soutenable.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, l'expression de notre profond respect.



Lettre ouverte du Collectif Or de question ! au président Macron


22 mai 2017

Lettre ouverte du Collectif Or de question ! à Emmanuel Macron qui, en tant que Ministre de l’Economie et des mines du gouvernement Valls, poussait le projet de méga-mine industrielle en forêt guyanaise.

Président Macron, non à la mine d’or industrielle en Guyane !

Lors de votre visite protocolaire en Guyane (août 2015), en tant que Ministre de l’Economie du gouvernement Hollande, vous avez martelé votre fort attachement pour un projet de méga-mine industrielle dans la seule forêt primaire, tropicale et humide, de la communauté européenne. « Nous allons tout faire pour qu'un projet de cette envergure puisse voir le jour ici. » (…) aviez-vous d’abord déclaré, puis, citant la multinationale Colombus Gold, instigatrice du projet minier : « Cet industriel est l’un des fers de lance de la mine responsable. ».

Jacques Attali, votre soutien et mentor, saura vous donner tous les éléments sur ce dossier puisqu’il a occupé le poste de Conseiller consultatif de la Colombus Gold ! jusqu’à très récemment

Maintenant que vous avez atteint le plus haut sommet des responsabilités de l’Etat, Monsieur le Président, nous en appelons à votre courage politique pour rester objectif sur les impacts négatifs du projet minier du consortium russo-canadien Colombus-Nordgold, car ce chantier gigantesque, gouffre financier, inutile et insensé, risque fort de conduire à un désastre sanitaire et écologique pour les générations futures à l’instar de la grande majorité des anciens sites miniers.

Le territoire guyanais est un joyau de biodiversité pour ses habitants et pour l’Humanité toute entière.

Le Collectif Or de question !


lundi 3 avril 2017

Soutenu par Macron, Attali et Juppé, un minier russe s’apprête à saccager la forêt guyanaise

Soutenu par Macron, Attali et Juppé, 

un minier russe s’apprête 

à saccager la forêt guyanaise


7 juillet 2016 / Fabrice Nicolino



La Guyane est « menacée par un tsunami affairiste » : le gouvernement entend confier la gestion d’une mine d’or à une transnationale russe, explique Fabrice Nicolino dans cette tribune. Il en appelle à Nicolas Hulot, Allain Bougrain-Dubourg, Pierre Rabhi, et aux lecteurs de Reporterre pour que débute la « grande bagarre de Guyane ».


Journaliste engagé pour l’écologie, Fabrice Nicolino est chroniqueur à La Croix et à Charlie Hebdo, où il a été blessé dans l’attentat du 7 janvier 2015. Il s’exprime aussi sur son blog, Planète sans visa, et a publié Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture.


Fabrice Nicolino.

APPEL À NICOLAS HULOT, ALLAIN BOUGRAIN-DUBOURG, PIERRE RABHI ET A TOUS LES AUTRES

 

Je souhaite être solennel. Vous lirez ci-dessous un article que j’ai publié dans Charlie-Hebdo voici quelques semaines. Il n’a rien de banal, car il touche aux profondeurs de notre destin commun. Même s’il s’agit de criminels ordinaires, ordinaires dans notre monde criminel. Un groupe minier russe, qui travaille en Afrique dans des conditions scandaleuses, veut s’en prendre au joyau écologique qu’est la forêt tropicale de la Guyane dite française.

On ne peut laisser faire. À aucun prix. Nous sommes en face d’une modeste mais réelle responsabilité historique. Car la France détient sur le continent américain une fraction de la richesse biologique mondiale. Une mine d’or industrielle là-bas serait le signal que tout, désormais, est possible. Si un pays comme le nôtre accepte de sacrifier cette merveille, quel autre se sentirait tenu de s’arrêter pour réfléchir ? La Chine ? L’Indonésie ? Le Brésil ? Le Rwanda ? La Russie de Poutine ? Voyons, un peu de dignité.

Reculer serait avouer que nous ne sommes pas de taille


Nous crevons sous le poids de discours illusoires et de déclarations qui n’engagent à rien. Du haut des tribunes frelatées, comme il est aisé de crier : « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ! » Elle brûle, en effet, et en enfer. Elle se tord, elle hurle sa douleur chaque seconde de chaque minute, et nous faisons comme si tout devait se passer entre gens de bonne compagnie. Cela ne peut plus durer. Qu’on le veuille ou qu’on le cache, une frontière sépare ceux qui accélèrent dans la dernière ligne droite discernable, et ceux qui se jettent de désespoir sur le frein.

Le noble combat de Notre-Dame-des-Landes est essentiel pour la France, car il affirme dans la clarté qu’on ne peut plus faire comme avant. Ici, dans ce pays-ci. La grande bagarre de Guyane que j’appelle de mes vœux est d’emblée internationale, mondiale, planétaire. Elle signifie que la défense de la biodiversité — nom savant de la vie — oblige à sortir du bois et à compter ses forces. Reculer, ce serait avouer que nous ne sommes pas de taille. Reculer, ce serait accepter tout, étape après étape. Je vous suggère, amis de l’homme, des bêtes et des plantes, d’organiser un voyage de protestation en Guyane même, dès qu’il sera possible. Le crime qui se prépare, car c’en est un, mérite que nous bandions toutes nos forces, et elles sont grandes, malgré tout.
Levons-nous ensemble, car sinon, autant se taire pour l’éternité.

Ci-dessous, l’article paru dans Charlie :


LA MINE D’OR GUYANAISE D’ATTALI, JUPPÉ ET MACRON


Attention les yeux, on va voir apparaître comme par magie un Attali, un Juppé, un Macron pour le prix de presque rien. Mais dès l’avance, il faut dire deux mots de la Guyane audacieusement appelée française. Il y a là-bas des Noirs marrons, descendants d’esclaves échappés des plantations philanthropiques. Des Indiens installés au profond de la forêt tropicale, le long des rivières et des fleuves. Et puis des Blancs, car il y a partout des Blancs. Autrement, qui tiendrait le nerf à bœuf, dites-moi ?

La forêt tropicale, qui couvre 95 % du pays, est à peu près intacte, ce qui se fait rarissime dans un monde qui crame tout. Et en théorie, les envolées permanentes des nobles politiques sur la biodiversité devraient pouvoir protéger les singes hurleurs, les aras et les jaguars pour l’éternité.

La puissance de feu des transnationales


Mais il y a l’or. Des milliers d’orpailleurs clandestins pourrissent les eaux de Guyane depuis des décennies en balançant à tout va de charmants produits comme le mercure — idéal pour extraire l’or de son substrat rocheux — dans les rivières. C’est pas bon, c’est pas beau, et c’est artisanal. Tout autre est la puissance de feu des transnationales, qui peuvent mobiliser des concasseurs de la taille d’un avion et pulvériser des millions de tonnes de roches sans coup férir.

Une barge d’orpaillage artisanal sur la rive surinamaise du fleuve Maroni.

Jusqu’ici, les projets les plus crapoteux ont échoué, mais celui dont on va parler a plus que ses chances. En 2011, la Columbus Gold, boîte canadienne junior — on va expliquer, c’est très malin —, achète huit concessions minières en Guyane. L’une des huit se trouve à 80 km au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, au-dedans d’un lieu appelé la Montagne d’Or. Il y aurait 155 tonnes d’or planquées, peut-être le double. Miam.

Pour récupérer la mornifle, il faudra creuser une fosse d’au moins 2,5 km de long, de 600 à 800 mètres de largeur, de 200 à 250 mètres de profondeur. Compter 460 millions de tonnes de roches à broyer, au bas mot, car on récupère au mieux qu’1,5 gramme d’or par tonne. Prévoir également de gros besoins d’énergie et d’électricité. Disons l’équivalent de ce que consomme la capitale, Cayenne, en un an.

« On ne veut pas que des lobbies écologistes viennent contrecarrer un projet qui serait créateur d’emplois »


Mais une telle apothéose, ami technophile, ne peut être déployée par une petite junior, qui apparaît en la circonstance comme le paravent d’une grosse mère, que les spécialistes nomment une major. La Columbus Gold ne fait qu’explorer, avant de refiler le bébé au vrai bénéficiaire, la Nordgold, sise à Moscou. Nordgold est seule capable d’exploiter et d’ouvrir les entrailles de Guyane. Et elle est, en plus, entre des mains charmantes. Une ONG suisse et catho, Action de carême, a publié en février 2016 un rapport sur les mines d’or au Burkina Faso, où l’on peut lire : « Dans beaucoup d’endroits, l’exploitation aurifère détruit les bases de l’existence de populations, porte atteinte aux droits humains. » Avant de préciser : « Les sociétés minières présentes au Burkina Faso, en l’occurrence Iamgold, Nordgold et Amara Mining, ont une grande responsabilité dans les violations des droits humains exposés. »

Depuis l’avion reliant Cayenne à Maripasoula.

Si cette mine ouvre, et tous les feux sont au vert, adieu à la forêt tropicale que l’on connaît. En toute certitude, ce sera la ruée vers l’Eldorado, car on trouve de l’or un peu partout. Il y aura des routes, des autoroutes, des barrages, des pylônes à haute tension. Et si tout est désormais sur les rails, c’est que la mine est soutenue par des autorités morales considérables. Jacques Attali, le preux lobbyiste international, siège au comité consultatif de la Columbus Gold. Alain Juppé, fervent écologiste, en meeting à Cayenne ces dernières semaines : « On ne veut pas que des lobbies écologistes viennent contrecarrer un projet qui serait créateur d’emplois. » Quant à l’immense Emmanuel Macron, il s’est carrément rendu sur le futur chantier, vantant l’excellence du projet, précisant : « Cet industriel [la Columbus Gold] est l’un des fers de lance de la mine responsable. »

C’est maintenant que tout se joue, nazes que nous sommes. Ou la mine ou la forêt. Si les écolos de France et de Navarre arrêtent de se branlotter une seconde, il y a peut-être une chance.


AMIS LECTEURS, NE REMETTEZ PAS À DEMAIN 


Amis lecteurs de Reporterre, je vous demande de faire un effort personnel. Si vous êtes d’accord avec ce qui précède, diffusez, aussi massivement qu’il vous sera possible. Auprès de vos proches et de vos amis, auprès de vos élus — qui ne risque rien n’a rien —, auprès de tous les groupes possibles, auprès des personnes auxquelles s’adresse cette lettre ouverte, qui est évidemment destinée à tous. Je vous en prie : une heure de votre temps doit être consacrée à cette nouvelle bagarre, que j’espère nationale, internationale, planétaire. Ne remettez pas à demain. S’il vous plaît, commencez aujourd’hui même. Et merci.



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Lire aussi : La forêt guyanaise menacée par les mines d’or

Source : Planète sans visa

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.

- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.


Photos : © Hélène Ferrarini/Reporterre sauf :

. chapô : lever de soleil sur la forêt guyanaise. Flickr (romain legrand/CC BY-NC-ND 2.0)


Source : https://reporterre.net/Soutenu-par-Macron-Attali-et-Juppe-un-minier-russe-s-apprete-a-saccager-la

dimanche 24 juin 2012

Forages en Guyane : mauvaise nouvelle !

Shell finalement autorisé à forer en Guyane

Publié le 24/06/2012 | 10:04 , mis à jour le 24/06/2012 | 10:04
Une plateforme de forage pétrolier au large de la Guyane, le 17 septembre 2011.
Une plateforme de forage pétrolier au large de la Guyane, le 17 septembre 2011.
(JODY AMIET / AFP)

Forera, forera pas ? La compagnie pétrolière Shell a finalement reçu vendredi 22 juin les autorisations qu'elle espérait pour démarrer une campagne de forages controversée au large de la Guyane, après un imbroglio qui semble avoir coûté son maroquin à l'ex-ministre de l'Ecologie et de l'Energie Nicole Bricq.

Acte 1 : Nicole Bricq "remet à plat"

Séisme. Le 13 juin, la première ministre de l'Ecologie du gouvernement Ayrault annonce, avec le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, une "remise à plat" de tous les permis d'exploration pétroliers et gaziers, dont ceux déjà accordés à Shell en Guyane, en attendant une refonte du code minier. "On est très attachés à la protection de la faune marine et de l'environnement, et nous n'avons aucune garantie quant à ça", justifie Nicole Bricq.
Conséquence immédiate : les forages programmés cet été par Shell en Guyane, préparés depuis des mois, et qui n'attendent plus que les fameux arrêtés préfectoraux pour pouvoir démarrer, se retrouvent suspendus.
Le pétrolier est stupéfait : "C'est vraiment très surprenant si l'on considère le soutien qu'il y a eu à ce projet au niveau régional en Guyane, et compte tenu de l'opportunité majeure que cela représente pour la France et pour la Guyane française en particulier", déclare à l'AFP un porte-parole de Shell France.

Acte 2 : Shell résiste

Des élus guyanais, très attachés aux retombées socio-économiques des forages, montent au créneau. L'unique élu écologiste du département peine à se faire entendre. Le 16 juin, un second communiqué signé Bricq et Montebourg rectifie le tir. Les ministres y précisent qu'il n'est "pas envisagé de remettre en cause les permis déjà octroyés pour la recherche de pétrole et de gaz conventionnel", comme ceux de Shell.
Deux arrêtés sont signés mercredi 20 juin, qui autorisent Shell à lancer sa campagne de forages exploratoires au large de la Guyane, et à mener d'ici la fin de l'année des études sismiques qui permettront d'évaluer le potentiel guyanais en hydrocarbures, après la découverte l'an dernier d'or noir par 6 000 mètres de profondeur.
"C'est un soulagement", pour le président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), Jean-Louis Schilansky, qui y voit un "signe positif" pour la Guyane et la France et "pour les investisseurs internationaux".

Acte 3 : Nicole Bricq est évincée

Le lendemain, jour de remaniement Nicole Bricq fait partie du mouvement. La ministre de l'Ecologie est recasée à la tête du Commerce extérieur. Elle est remplacée par Delphine Batho, exfiltrée d'un ministère de la Justice où elle ne s'entend pas avec sa ministre de tutelle... la guyanaise Christiane Taubira.
Un transfert très mal vécu par les associations de défense de l'environnement, déjà sonnées par le revirement autour de la "remise à plat" du permis de Shell.
"Il est difficile de ne pas voir l'éviction de Nicole Bricq comme la conséquence possible d'un lobbying efficace mené par l'industrie pétrolière. Il est vrai qu'en période de crise, le chantage à l'emploi est d'une redoutable efficacité", s'alarme l'association France nature environnement.

Acte 4 : Delphine Batho promet

"Je suis fière d'appartenir à un gouvernement qui écoute la voix des écologistes". C'est Cécile Duflot qui le dit, samedi, en donnant les clés d'Europe Ecologie-Les Verts à Pascal Durand. "La nouvelle ministre de l'Ecologie m'a assuré que tous les enjeux environnementaux en Guyane seront amenés à être réexaminés", déclare-t-elle samedi. Ajoutant que "la réforme du code minier mettrait un terme définitif au recours à la fracturation hydraulique et tournerait la page de l'histoire sur les gaz de schiste", a ajouté Mme Duflot.

Acte 5 : Shell fore

Les arrêtés signés mercredi lui sont parvenus vendredi. Mais la compagnie pétrolière prépare sa campagne de forages depuis des mois déjà et le navire de forage "Stena Icemax" est arrivé sur la zone de forage en début de semaine. "Actuellement, nous sommes dans une phase préparatoire aux travaux de forage, notamment la vérification et la mise en service du matériel", selon le directeur délégué de Shell en Guyane, Bruno Thomé. Les travaux de forages pétroliers commenceront "la semaine prochaine".