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jeudi 14 mai 2026

À l’école, le masculinisme résiste à la prévention qui monte

À l’école, 
le masculinisme résiste 
à la prévention qui monte 





La lettre pour tous·tes
vendredi 08 mai 2026

Voici notre lettre consacrée au mouvement #MeToo, aux questions de genre, aux mobilisations féministes et LGBTQ+.

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Le mot de la semaine
À l’école, le masculinisme résiste à la prévention qui monte


Par Livia Garrigue, journaliste
« Lors d’une séance en 5e, une élève a pris la parole pour expliquer qu’il était difficile de parler des violences, puisqu’elle voyait en chaque adulte un agresseur potentiel : le chauffeur de bus, l’enseignant, le médecin, le policier. J’ai demandé si d’autres élèves ressentaient la même chose, et la grande majorité des mains se sont levées. »

Marie Simon, enseignante, a publié un texte dans le Club de Mediapart après avoir témoigné pour cet article sur la difficile mise en place de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) dans les écoles. Malgré l’adoption d’un programme officiel en 2025, victoire d’une mobilisation de plusieurs décennies, cet enseignement repose encore sur le bon vouloir individuel des personnels de l’éducation.


Imprimer dans les jeunes esprits les mécanismes de la discrimination, leur apprendre à détricoter les stéréotypes de genre, comprendre les contours de leur intimité et les frontières du consentement : l’Evars pourrait être le nerf de la guerre contre les violences sexuelles.

Mais désemparée face à un groupe d’élèves imprégnés de culture raciste et masculiniste, Marie Simon témoigne de son esseulement, et raconte comment, identifiée comme sensible à ces sujets (« madame égalité femme-homme »), des comportements menaçants l’ont amenée à demander la protection fonctionnelle.


Outre l’histoire de Marie, paradigmatique des manques et hypocrisies institutionnelles, les enseignant·es doivent échafauder des subterfuges pour contourner les parents réfractaires, bidouiller ProNote pour éviter les absentéismes volontaires, faire oeuvre pédagogie préventive. En l’absence de volontarisme politique, l’éducation à la vie affective et sexuelle demande des trésors d’inventivité et de motivation. ll manque du temps, de l’argent, des dispositifs pour contrecarrer les campagnes de désinformation des collectifs d’extrême droite qui, de loin en loin, instillent des doutes et créent des méfiances infondées.


Mais pour la sociologue Yaëlle Amsellem-Mainguy, en contraste avec l’époque des ABCD de l’égalité, malgré des protestations sonores, la prise en compte des violences a imperceptiblement progressé à l’école. Grâce à la mobilisation des féministes, de profs avant-gardistes et du Planning familial aujourd’hui mis au ban de l’école, un consensus solide s’est malgré tout construit autour de l’Evars, et le corps enseignant est peuplé d’enseignant·es qui savent combien ces séances sont essentielles à la construction d’une culture collective d’égalité.


Et surtout, les enfants parlent, davantage qu’autrefois - c’est même ce qui pousse certains établissements, submergé·es ou en sous-effectif, à freiner les séances d’Evars. Mais en laissant seul·es les plus investi·es sur le sujet, la « neutralité complice » de l’institution, comme l’écrit Marie Simon, ajoute de la violence à la violence. Or, « si cette élève de 5e pense que tous les adultes sont des agresseurs potentiels », ajoute-t-elle, « alors la question n’est pas seulement de protéger les enfants. Elle est de savoir dans quelles conditions cette protection peut redevenir crédible. »

 

vendredi 14 février 2025

Viols à Bétharram : Bayrou a menti, Mediapart publie de nouveaux documents


Viols à Bétharram : 
Bayrou a menti, 
Mediapart publie de nouveaux documents
 
Le premier ministre a déclaré, mardi 11 février à l’Assemblée, n’avoir « jamais » été informé des violences commises dans cet établissement catholique de la région de Pau. Mediapart publie un courrier avec son accusé de réception ainsi qu’une photo d’archive qui font voler en éclats sa défense.

Interrogé ce mardi à l’Assemblée, François Bayrou a affirmé n’avoir « jamais » été informé des violences physiques et pédocriminelles commises dans l’établissement privé sous contrat Notre-Dame-de-Bétharram.
Le premier ministre a annoncé porter plainte en diffamation.
Mediapart publie de nouveaux documents prouvant les mensonges du premier ministre devant la représentation nationale.
 
En mars 2024, François Bayrou a reçu un courrier avec accusé de réception à la mairie de Pau d’une victime ayant subi plusieurs viols et reconnue comme victime depuis par l’Église. Il n’a jamais répondu.
 
En 1996, François Bayrou s’était lui-même exprimé sur Notre-Dame-de-Bétharram pour défendre l’institution mise en cause pour des violences physiques. Mediapart publie une archive de Sud Ouest relatant sa visite au sein de l’établissement.
 
En 1998, François Bayrou était de nouveau alerté après des accusations de violences sexuelles pesant sur le directeur de l’institution mis en examen pour viol sur mineur. Le premier ministre avait même rencontré le juge d’instruction saisi de l’affaire pour l’interroger de manière totalement officieuse.
 
Sûr de son fait, François Bayrou l’a répété à deux reprises devant l’Assemblée nationale. « J’affirme que je n’ai jamais été informé de quoi que ce soit de violences ou de violences a fortiori sexuelles. Jamais », a déclaré le premier ministre, mardi 11 février, face à la représentation nationale. Le chef du gouvernement venait d’être interrogé par le député La France insoumise (LFI) Paul Vannier sur les révélations de Mediapart portant sur ses mensonges pour défendre l’établissement catholique Notre-Dame-de-Bétharram, dans la région de Pau, où ont été scolarisés ses enfants.
 
L’institution est au cœur d’un immense scandale de violences physiques et pédocriminelles – 112 plaintes pour des faits s’étalant des années 1950 aux années 2010 – que l’élu béarnais n’a jamais dénoncées.
 
« Pourquoi n’avez-vous pas protégé les élèves de l’école Notre-Dame-de-Bétharram victimes de violences pédocriminelles ? […] Avez-vous depuis reçu d’autres alertes ? Voulez-vous l’impunité de cet établissement financé sur fonds publics ? », a aussi demandé le député du Val-d’Oise, spécialiste des questions d’éducation, poussant le premier ministre à s’enferrer dans le mensonge.
 
Or, le premier ministre n’a pas reçu une mais au moins trois alertes.
 
Une récente alerte ignorée par François Bayrou 
 
Un nouveau courrier que révèle Mediapart prouve en effet que François Bayrou a été directement saisi par une victime de Bétharram en mars 2024. La lettre en question lui a été adressée par Jean-Marie Delbos, un ancien élève aujourd’hui âgé de 78 ans, ayant subi plusieurs viols de la part d’un religieux dans les années 1950, lorsqu’il était adolescent. Son témoignage est difficilement contestable, puisque cette victime a été reconnue comme telle par l’Église. L’homme a même été indemnisé à la suite de la signature d’un protocole d’accord signé le 20 mars 2023 avec la Commission reconnaissance et réparation (CRR).
 
Un an plus tard, le 16 mars 2024, Jean-Marie Delbos entreprend d’écrire au maire de Pau, qui règne sur le département depuis des décennies (ancien ministre, député, président du conseil général…), pour dénoncer son silence et l’inviter à écouter les témoignages sur les violences au sein du pensionnat. 
Orphelin, la victime a rejoint Bétharram en 1956, à l’âge de 10 ans. « Tout aurait pu être idyllique, dormir et manger sans prétentions, je connaissais », témoigne Jean-Marie Delbos dans son courrier à François Bayrou, avant de poursuivre : « Sauf qu’en 1957 arrive au dortoir un jeune ecclésiastique dont nous avions une peur irraisonnée. La suite, vous la subodorez… »
 
L’ancien pensionnaire raconte les « attouchements » et « fellations » subis, commis par ce prélat qui le rejoint la nuit, « soutane ouverte », en lui répétant : « Rendormez-vous, c’est rien. » « Cela a duré jusqu’en fin 1961 où nous avons décidé de nous plaindre à notre directeur de conscience… », appuie Jean-Marie Delbos dans sa lettre. Le septuagénaire y rappelle enfin toutes les étapes de son long combat jusqu’à la reconnaissance de son statut de victime. 
Précautionneux, il envoie son courrier au maire de Pau avec un accusé de réception, prouvant que le document a été remis le 20 mars 2024. 
 
Mais malgré la précision de ce témoignage écrit, et la souffrance qui s’en dégage, la victime n’a jamais reçu la moindre réponse. « Moi je ne suis qu’un pauvre baylet [un domestique, en béarnais – ndlr], je subodore que Bayrou n’en a rien à faire de moi », analyse-t-il auprès de Mediapart. Dans son courrier, déjà, Jean-Marie Delbos relevait la responsabilité de « notables locaux » – pendant des décennies, Notre-Dame-de-Bétharram a attiré les enfants de bonnes familles de toute l’Aquitaine – dans l’omerta ayant permis aux violences de se répéter sur des décennies.
 
Sollicitées par Mediapart, les équipes de Matignon n’ont pas répondu à nos questions quant à l’absence de réponse à ce courrier, qui contredit formellement les déclarations du premier ministre devant l’Assemblée nationale. 
 
La deuxième alerte ignorée par François Bayrou
 
Dans sa réponse au député Paul Vannier, François Bayrou a également énoncé des contre-vérités sur d’autres alertes ignorées. « Lorsque la première plainte [dénonçant des violences à Betharram – ndlr] est déposée, j’ai quitté déjà le ministère de l’éducation nationale depuis des mois, puisque c’est en décembre 1997-1998 et que j’ai quitté le ministère en mai 1997 », a par exemple affirmé le maire de Pau.
 
C’est faux. La première condamnation d’un surveillant général pour des faits de violences date de juin 1996, à une période où le Béarnais était donc bien au gouvernement. Comme nous l’avions raconté, le ministre avait même cru bon d’organiser une visite officielle dans l’établissement en mai 1996, un mois après le dépôt de la plainte de la victime et alors que l’affaire était largement commentée dans les médias, y compris nationaux.
 
Il avait alors fait directement référence à cette première plainte et défendu Bétharram. « Nombreux sont les Béarnais qui ont ressenti ces attaques [contre Bétharram] avec un sentiment douloureux et un sentiment d’injustice », avait-il déclaré dans Sud Ouest. Avant d’engager sa responsabilité pour défendre l’établissement : « Toutes les informations que le ministre pouvait demander, il les a demandées. Toutes les vérifications ont été favorables et positives. Le reste suit son cours. Les autres instances qui doivent s’exprimer le feront. »
 
À la même période, une enseignante en poste à Bétharram de septembre 1994 à septembre 1996 déclare elle aussi avoir alerté celui qui cumulait alors les casquettes de président du conseil général et de ministre de l’éducation nationale.
 
Françoise Gullung, ancienne professeure de mathématiques, explique avoir parlé de violences physiques contre des élèves à Élisabeth Bayrou, qui assurait le catéchisme dans l’établissement, puis avoir prévenu son époux à l’occasion d’une remise de médaille. « Il a minimisé en disant que j’exagérais sans doute un peu, a-t-elle témoigné en juillet 2024 dans Le Point. Je sais que l’infirmière de l’école lui a aussi écrit des courriers. » 
 
Des affirmations qu’elle maintient auprès de Mediapart, malgré les dénégations du premier ministre, en racontant avoir tiré la sonnette d’alarme auprès de toutes les autorités, civiles comme religieuses. « Le problème, c’est que nous sommes dans un monde extrêmement clos », appuie-t-elle. L’avocat historique de Bétharram, Serge Legrand, autour duquel une grande partie du barreau palois a fait bloc lors de l’affaire de 1996, était aussi engagé en politique à l’Union pour la démocratie française (UDF), le parti de François Bayrou.
 
Quand on est aux responsabilités, on s’explique, on assume et on ne profite pas de son pouvoir pour continuer à tout étouffer.
Jérôme, père de la première victime
 
Pendant trente ans, François Bayrou n’avait d’ailleurs eu aucun mot pour les victimes ou les plaignants de cette affaire. Ce mardi, à l’Assemblée, il les a évoqués pour la première fois en exprimant sa « sympathie » et ses « premières pensées » pour « les hommes ou les garçons qui ont été en souffrance dans ces affaires-là ». Interrogé par Mediapart, Jérôme, père de la première victime de violences physiques de 1996 dont l’enfant a perdu l’audition depuis, ne décolère pas. Son fils était dans la même classe que Calixte Bayrou lorsqu’il avait alerté tout l’établissement des violences qui y existaient.
 
« En tant que ministre de l’éducation nationale, il était responsable. Qu’a-t-il fait de nos alertes ? rien », dénonce-t-il encore, accusant François Bayrou de « cacher le fait de ne rien avoir fait à l’époque ». « Aujourd’hui, François Bayrou doit s’expliquer et arrêter de se réfugier derrière son amnésie. Quand on est aux responsabilités, on s’explique, on assume et on ne profite pas de son pouvoir pour continuer à tout étouffer, implore-t-il. Et s’il est véritablement amnésique, Bayrou ne peut plus assumer ses fonctions et doit quitter son poste. »
 
La troisième alerte ignorée par François Bayrou 
 
Il y a bien eu une affaire judiciaire, datant de 1998, qui est survenue alors que François Bayrou n’était plus ministre, comme il l’a souligné devant les député·es : un directeur de Notre-Dame-de-Bétharram, le père Carricart, mis en examen pour viol. Mais là encore, si François Bayrou prétend ne jamais avoir été alerté, des éléments prouvent le contraire.
 
Comme nous l’avons déjà écrit, le maire de Pau, qui n’était effectivement plus ministre, avait rencontré le juge d’instruction saisi de l’affaire pour évoquer ce dossier pourtant couvert par le secret de l’instruction. « Notre rencontre de l’époque ne portait pas sur autre chose, c’était spécifiquement sur ce dossier, notamment parce que l’un de ses enfants était scolarisé à Notre-Dame-de-Bétharram », a confirmé le juge Christian Mirande à Mediapart. François Bayrou avait d’abord démenti cette rencontre, avant de la reconnaître, tout en la minimisant. 
 
Auprès de Mediapart, Thierry Sagardoytho, avocat du plaignant pour viol, estimait d’ailleurs « évident » que François Bayrou « ait été avisé de la plainte ». Et ce, d’autant plus qu’Élisabeth Bayrou s’était rendue aux obsèques du père mis en cause pour viol, qui s’était suicidé juste avant une nouvelle convocation par le juge d’instruction. 
 
François Bayrou persiste à blanchir Notre-Dame-de-Bétharram
 
Devant la représentation nationale et sous certains applaudissements, le premier ministre a annoncé porter plainte pour diffamation et posé cette question comme « deuxième preuve » du fait qu’il n’était au courant de rien : « Est-ce que vous croyez que nous aurions scolarisé nos enfants dans des établissements dont il aurait été soupçonné ou affirmé qu’il se passe des choses de cet ordre ? »
 
Par cette interrogation, François Bayrou blanchit une nouvelle fois l’établissement de ses enfants. Pourtant, il y avait bien plus que des soupçons ou des affirmations sur Notre-Dame-de-Bétharram, puisqu’un surveillant a été condamné pour des violences physiques en 1996. En 2000, lorsque l’élu questionnait le juge Mirande, le directeur de l’établissement était lui mis en examen pour viol. Si François Bayrou assume avoir laissé son enfant dans une institution gravement mise en cause, il l’a fait en toute connaissance de cause.
 
David Perrotin et Antton Rouget (Via Mediapart)

vendredi 9 février 2024

Menu végétarien : des collèges et lycées hors la loi


Menu végétarien : 

des collèges et lycées 

hors la loi


5 février 2024


L’Association végétarienne de France (AVF) a publié une enquête le 5 février dans laquelle elle révèle que presque 40 % des collèges et lycées n’appliquent toujours pas la loi Égalim de 2018.

Près de 4 collèges et lycées sur 10 ne proposent pas un menu végétarien par semaine, pourtant prévu par la loi depuis six ans. Les établissements dénoncent un accompagnement de l’État « insuffisant ».

Rôti de porc, raviolis au bœuf, steak haché… Où est passé le repas végétarien hebdomadaire prévu par la loi ? L’Association végétarienne de France (AVF) a publié une enquête, le 5 février, dans laquelle elle révèle que presque 40 % des collèges et lycées n’appliquent toujours pas la loi Égalim de 2018.

Le texte prévoit pourtant que tous les restaurants scolaires français proposent un menu végétarien une fois par semaine. L’objectif est aussi inscrit dans la loi Climat et résilience de 2021. Dans les faits, comme le montrait un rapport de Greenpeace dès 2020, l’application de la loi est très inégale.

L’AVF a envoyé un questionnaire à tous les collèges et lycées de France, privés comme publics, généraux comme professionnels – soit plus de 10 000 établissements – et a reçu 567 retours « On pourrait penser que seuls les bons élèves allaient répondre. Au vu des résultats, on constate que non », réagit Camille Serny, chargée d’étude Végécantines. Ainsi, 38 % des établissements secondaires reconnaissent proposer moins d’un menu végétarien par semaine, 37 % disent en proposer une fois par semaine, et 25 % vont au-delà.

« Il faut des bras »

« Ce n’est pas un échantillon représentatif au sens scientifique du terme, reconnaît Camille Serny. Mais ça donne un taux de réponse intéressant pour dégager des tendances. » L’enquête conclut par exemple que les collèges sont particulièrement mauvais élèves : 46 % des répondants ont moins d’un menu végétarien hebdomadaire à leur carte, tandis que les trois quarts des lycées respectent la loi. L’AVF se réjouit d’ailleurs de cette « nette évolution par rapport à 2020, où [les lycées] n’étaient que la moitié à le faire ».

Un accompagnement de l’État « insuffisant »

L’association affirme que le but de cette enquête n’est pas de « pointer du doigt les établissements qui font mal ou bien », mais plutôt de comprendre ce qui pose problème dans l’application concrète de la loi. Dans leurs réponses, 60 % des établissements déplorent justement un accompagnement de l’État « insuffisant, voire très insuffisant ». « Beaucoup d’établissements ont le sentiment qu’on leur dit : voilà la loi, débrouillez-vous », détaille Camille Serny.

« Les chefs de cuisine nous disent qu’il y a beaucoup de turn-over dans les équipes, qu’ils sont en sous-effectif, poursuit-elle. Or [pour proposer un menu végétarien] il faut des bras pour couper les légumes, ça demande plus de temps, il faut du personnel qualifié en cuisine végétale… Bref, il faut mettre des sous sur la table ! » L’AVF appelle donc l’État à recruter davantage de personnel qualifié, et à déployer à grande échelle une offre de formation initiale et continue (en CAP cuisine par exemple) spécifique à la cuisine végétale.

Pour proposer un menu végé, « il faut des bras pour couper les légumes, il faut du personnel qualifié en cuisine végétale… Bref, il faut mettre des sous sur la table ! » Flickr / CC BY 2.0 / Ted Murphy

Sans oublier la sensibilisation de tous les acteurs, des équipes pédagogiques des établissements scolaires – notamment celles qui encadrent les jeunes au moment des repas – en passant par les élèves. Car les réponses à l’enquête de l’AVF montrent en majorité une réticence des adolescents à manger végétarien. « L’environnement familial joue beaucoup, estime Camille Serny. S’ils ont l’habitude de manger chez eux des repas en boîte, surgelés, ou avec de la viande, ça va être compliqué pour eux de vouloir un menu végétarien. Il faut une éducation à l’alimentation et au goût à l’école. »

L’association émet également plusieurs propositions pour faciliter l’approvisionnement en produits végétaux de qualité, comme le soutien des Projets alimentaires territoriaux (PAT) – en y incluant un volet obligatoire sur la diversification des sources de protéines – et le développement de plateformes d’achats groupés spécifiques aux produits végétaux.

Santé et écologie

La végétalisation de notre alimentation est, en plus d’un enjeu de santé, un levier majeur pour réduire notre impact sur l’environnement. Dans un rapport publié le 25 janvier, le Haut Conseil pour le climat a rappelé que l’alimentation représente 22 % de l’empreinte carbone de la France. L’instance recommandait justement d’élargir « l’offre de produits bas carbone, en particulier les produits d’origine végétale, dans la restauration collective publique et privée via un renforcement des critères de la commande publique ».

« Il faut une éducation à l’alimentation et au goût à l’école. » © AFP / Charly Triballeau

« Adopter une alimentation végétale permet de limiter notre impact sur la biodiversité, sur la ressource en eau, sur diverses pollutions, énumère Camille Serny. La restauration collective est vraiment un levier important, parce que c’est un endroit fréquenté par beaucoup de personnes, mais aussi parce que c’est un endroit où l’on apprend à manger, où l’on prend de bonnes habitudes. »

L’AVF alerte donc l’État, et l’appelle à mener un vrai suivi pour obtenir des chiffres plus précis et plus fiables sur les 10 000 établissements secondaires. Il faudra également étudier la qualité des menus proposés : l’association relève que, parmi les cantines qui cuisinent déjà un repas végétarien par semaine, le recours aux produits transformés et aux protéines animales (œufs et produits laitiers) est « encore trop fréquent ».

L’association ne désespère pas et rappelle que 25 % des établissements proposent un menu végétarien plus d’une fois par semaine. Conclusion : « Il est donc possible d’appliquer la loi, et même d’aller au-delà ! »


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Nous avons eu tort.

Quand nous avons créé Reporterre en 2013, nous pensions que la question écologique manquait de couverture médiatique. 

Nous nous disions qu’il suffirait que la population et les décideurs politiques soient informés, que les journaux et télévisions s’emparent du sujet, pour que les choses bougent.

Nous savons aujourd’hui que nous avions tort.

En France et dans le monde, l’écrasante majorité des médias est désormais aux mains des ultra-riches. 

Les rapports du GIEC sont commentés entre deux publicités pour des SUV.

Des climatosceptiques sont au pouvoir dans de nombreuses démocraties. 

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Source : https://reporterre.net/Menu-vegetarien-a-la-cantine-38-des-colleges-et-lycees-hors-la-loi

vendredi 26 mai 2023

Info Politis : l’exécutif veut déployer le SNU dans les lycées

L’exécutif veut déployer 

le SNU dans les lycées

 

Dès septembre prochain, tous les enseignants au lycée pourront déposer une candidature pour que leur classe réalise un séjour de cohésion de 12 jours, en uniforme et sur temps scolaire.

Hugo Boursier  • 17 mai 2023

 

Manifestation contre un village SNU à Versailles, le 27 avril 2023.
© Lily Chavance

 

Nouveau chapitre dans la longue histoire controversée du service national universel. Après l’obligation promise par Emmanuel Macron dans Le Parisien, fin avril, puis les nuances apportées par la secrétaire d’État chargée du SNU, Sarah El Haïry, quelques jours plus tard, c’est un projet inédit que le gouvernement vend aux syndicats depuis le début de la semaine.

D’après nos informations, afin d’aller progressivement vers la généralisation du SNU, l’exécutif souhaite lancer une forme de « volontariat collectif » avec la création de « classes d’engagement » thématiques dans les lycées. Ce dispositif s’ajoutera à la forme actuelle du SNU, basée sur le « volontariat individuel » des jeunes.

Traduction : tous les enseignants ou chefs d’établissement des lycées pourront répondre à un appel à projet, dès septembre prochain, pour obtenir ce label sur la base d’un programme pédagogique qu’ils auront préparé. Ce projet devra être présenté en conseil d’administration de l’établissement concerné.

Douze jours sur le temps scolaire

Une fois ce label reçu, les élèves de seconde d’une ou de plusieurs classes du lycée réaliseront les douze jours de séjour de cohésion sur le temps scolaire. Les professeurs à l’initiative de cette classe « d’engagement » seront, eux, récompensés financièrement grâce au « Pacte » que le chef de l’État annonçait le 20 avril. Ils pourront aussi accompagner leur classe pendant une partie du séjour de cohésion.

À ce stade, le gouvernement songe à la possibilité, pour les jeunes, de refuser de participer à ces séjours de cohésion. Ceux qui acceptent cette option seront, eux, récompensés sur Parcoursup. « On sent que l’Élysée a dit à ses équipes : ‘gardez le SNU coûte que coûte, mais en gommant ce qui est le plus critiqué, à savoir l’obligation », explique une source proche du dossier. « Le tout, pour que le SNU puisse être développé plus tard, sans faire de vague ».  Contacté, le cabinet de Sarah El Haïry n’a pas répondu à nos sollicitations à l’heure où nous publions.

 

Les séjours de cohésion fonctionneront sous le même modèle que le SNU actuel : un encadrement partagé entre des personnels de l’Éducation nationale, de l’Éducation populaire et des anciens militaires. Le maintien de gradés dans le dispositif interroge, alors que l’attitude de certains d’entre eux est dénoncée par de nombreux syndicats et des politiques, notamment suite à nos révélations sur des cas de violences sexistes et sexuelles.

Militarisation du lycée

Lors de ce SNU 2.0, les élèves continueront de porter l’uniforme. Ils participeront à la levée des couleurs et chanteront La Marseillaise chaque matin. Tous les frais engagés par le séjour (transport, séjour, projet pédagogique) seront pris en charge par l’Éducation nationale et non par l’établissement. « Quand on pense que les enseignants galèrent des semaines à financer leurs voyages scolaires… », grince-t-on du côté des professeurs, outrés que cette « lubie du président » soit prioritaire par rapport aux autres programmes pédagogiques.

En revanche, contrairement aux séjours de cohésion actuels, les cohortes de jeunes ne seront pas éclatées sur tout le territoire. Dans cette nouvelle version, ce sont les classes entières qui seront concernées par ces douze jours d’engagement. Une nouveauté qui remet en question la promesse de mixité sociale rabâchée par Sarah El Haïry pour vanter les qualités du SNU.

Cette nouvelle étape sur la voie de la généralisation impose un grand défi logistique. Une problématique qui sera la charge notamment des services départementaux à la jeunesse, à l’engagement et aux sports. Ce sont ces services qui gèrent le moindre imprévu technique avec les centres SNU. En avril, des horaires de trains décalés et des bus qui ne sont jamais venus ont contraint des dizaines de mineurs de la zone B à trouver, dans l’urgence, une solution de repli. Ces difficultés vont-elles se multiplier avec ces nouvelles « classes d’engagement » ?

Au-delà de l’organisation, c’est l’influence de l’armée dans les établissements scolaires qui inquiète une syndicaliste reçue par Sarah El Haïry, cette semaine. Elle regrette une « militarisation du lycée ». « C’est moins l’Éducation nationale qui entre dans l’armée que la discipline militaire et sa symbolique qui s’immiscent dans l’Éducation nationale », conclut-elle.

 

Source : https://www.politis.fr/articles/2023/05/info-politis-lexecutif-veut-deployer-le-snu-dans-les-lycees/

vendredi 16 décembre 2022

Écoles américaines : Dieu fait la classe

Écoles américaines : 


 Dieu fait la classe     


 

 











De la Caroline du Nord à l’Arizona, en passant par New York et le Colorado, Charlie est allé voir à quoi ressemble le système éducatif américain, aussi hétérogène que peuvent l’être les 50 États fédérés. En cause, une sacro-sainte liberté de décider des programmes scolaires au niveau le plus local, ouvrant un boulevard aux religions et à leurs croyances farfelues.
 

 
C’est une première du genre. Le 12 octobre 2022, l’État de New York exhorte une école hassidique privée pour garçons de Brooklyn à modifier ses programmes, afin de fournir aux élèves un minimum de compétences éducatives. Selon le New York Times, 100 % des élèves de l’établissement, adepte d’un courant mystique fondamentaliste du judaïsme, ont échoué à un examen standardisé de mathématiques, de lecture et d’écriture. Une seconde enquête faisait la lumière sur une utilisation massive de l’argent public par les écoles hassidiques de la région ces dernières années, à travers divers programmes de lutte contre la pauvreté. Cette affaire illustre à elle seule la plupart des dysfonctionnements du système éducatif américain, miné par une décentralisation à l’extrême dans les choix pédagogiques et par une influence inouïe des religions dans la sphère politique. Pour s’en rendre compte, nul besoin d’ouvrir les portes d’une école intégriste.
 
Si, à Washington, le département de l’Éducation finance une partie des écoles publiques, qui composent 70 % du paysage éducatif américain, les États fédérés se chargent de définir les programmes scolaires dans les (très) grandes largeurs. « La déclinaison de ces exigences souvent abstraites dans les programmes et manuels scolaires reste à la discrétion des school districts [« circonscriptions scolaires », ndlr], dont le nombre diffère drastiquement d’un État à l’autre », explique Glenn Branch, directeur adjoint du National Center for Science Education, chargé d’encourager les professeurs à enseigner la théorie de l’évolution en biologie. Ainsi, pour le même profil démographique, l’Ohio comptabilise plus de 600 school districts, quand la Floride en compte seulement une soixantaine. Tout au bout de la chaîne de la décentralisation, chaque école décide de la manière d’appliquer les programmes, à travers son propre conseil d’administration (school board).

 

À Phoenix, en Arizona, « les manuels scolaires de nos écoles publiques ne contiennent par exemple aucun élément sur la riche histoire des Amérindiens », raconte Scott Jacobson, directeur exécutif au sein d’un organisme à but non lucratif dédié à l’éducation à la santé publique. Un comble pour l’un des États les plus représentés par la première population d’Amérique, théâtre jusque dans les années 1950 d’effroyables pensionnats pour autochtones, dans lesquels étaient amenés de force les jeunes Amérindiens pour les assimiler à la culture chrétienne des colons.
Cette disparité à peine croyable à l’intérieur même des États ­engendre une compétition féroce entre établissements scolaires et entretient le business juteux d’organismes privés chargés d’évaluer leur qualité. En Caroline du Nord, dans une petite ville de 35 000 habitants, les employés municipaux nous présentent l’excellent niveau des écoles du coin comme des VRP vendraient des bouteilles de Coca-Cola. « Que des professeurs extraordinaires fassent cours à des élèves issus d’un milieu défavorisé n’est pas du tout pris en compte dans le système de notation », finissent-ils par concéder.
 
Sans surprise, les écoles privées ont le champ encore plus libre, tandis que les charter schools, écoles principalement financées sur fonds publics mais gérées comme des établissements privés, ont le vent en poupe. Nées de la promesse d’utiliser plus efficacement l’argent du contribuable, leur nombre est en constante augmentation, malgré des polémiques sur leur tendance à ne sélectionner que des bons élèves afin de dégager d’importants bénéfices.
 
L’école à la maison enregistre, quant à elle, la progression la plus nette ces dernières années et concerne désormais près de 7 % des élèves. Nichée dans les montagnes du Colorado, une mère de famille l’admet : « Il n’y a quasiment aucun contrôle sur l’éducation que je donne à mes deux filles à la maison, mis à part un test standardisé qu’elles doivent passer en ligne chaque année. »
 
Sur le papier, les écoles publiques américaines sont laïques : on n’y enseigne pas la religion, et les professeurs n’y font pas de prosélytisme. Sur le papier seulement. Joanne Maguire, professeure et responsable du département d’études religieuses à l’université de Caroline du Nord, à Charlotte, estime qu’environ « deux tiers de [ses] étudiants sont sceptiques vis-à-vis des sciences de l’évolution ». De New York à Phoenix, en passant par Denver, ce chiffre n’étonne personne. Et pour cause : 70 % des Américains croient en Dieu, 63 % sont chrétiens, et plus de la moitié des adultes rejettent l’évolution, la plupart au profit du créationnisme. Comment en sont-ils arrivés là ? « Les créationnistes ont usé de stratégies pour contourner le premier amendement, qui assure une stricte séparation entre l’Église et l’État, raconte Glenn Branch, évoquant certaines affaires remontées au niveau de la Cour suprême. Ils ont commencé par utiliser le terme « théorie » pour relativiser les sciences de l’évolution, qui sont évoquées de manière expéditive dans certains manuels scolaires. Certains se focalisent sur une vision macroscopique de l’évolution au sein d’une même espèce. D’autres encore parlent de « dessein intelligent », sans évoquer explicitement l’existence de Dieu. » Pour eux, les hommes et la nature pourraient tout aussi bien être l’oeuvre des extraterrestres.
 
Dans un pays où l’expression religieuse est autorisée partout, y compris au plus haut niveau de l’État, les conséquences sont implacables : « De nombreux professeurs préfèrent éviter d’enseigner l’évolution plutôt que d’entrer en conflit avec les convictions religieuses des parents d’élèves », se désespère Joanne Maguire. Dans ce contexte, la liberté de conscience, celle de croire ou de ne pas croire, relève avant tout de la théorie. « Lorsqu’il était petit, mon fils a un jour fièrement dit à ses camarades qu’il était athée : il a très vite été victime de harcèlement », poursuit la professeure d’université, bondissant de sa chaise lorsqu’on lui raconte que le modèle américain attire de plus en plus la jeune génération française. « Aux États-Unis, ne pas croire en Dieu est surtout perçu comme un manque de ­morale. » D’autres professeurs adoptent une stratégie purement bureaucratique, acceptant de suivre les recommandations des États, tout en laissant ostensiblement aux élèves le choix de rejeter les théories scientifiques.
 
À Phoenix, « la séparation entre l’Église et l’État a disparu, estime Scott Jacobson. Par exemple, les mormons ont tranquillement et résolument infiltré les conseils d’administration des écoles publiques. Ainsi, tous les jours, pendant une heure, les élèves mormons quittent leurs camarades au beau milieu des cours pour aller recevoir l’éducation religieuse dans un autre bâti­ment. Cela dure depuis des décennies et entraîne une séparation entre les élèves. » Dans les écoles privées ou à domicile, « vous pouvez passer tout votre cursus scolaire dans votre bulle religieuse à apprendre le créationnisme, mais à un moment donné, vous allez devoir vous confronter au monde laïque, surtout lorsque vous souhaitez accéder aux études supérieures », raconte Glenn Branch. Pour combler ces immenses lacunes, « les élèves issus de milieux favorisés bachotent et se font aider par des professeurs privés afin de passer le fameux SAT Reasoning Test, un ­examen standardisé au niveau national et utilisé pour l’admis­sion à l’université », explique Dustin Ngo, ancien étudiant à l’université Yale.
 
Difficile de compter sur la sphère politique pour faire bouger les choses, elle est elle-même largement infiltrée par les groupes d’influence religieux. D’autant que « les politiques ont bien du mal à se présenter devant les électeurs sans étiquette religieuse », estime Joanne Maguire. On se souvient des théories du complot ­autour de la prétendue affiliation à l’islam de Barack ­Obama, ou des clins d’oeil lourdingues de Donald Trump vers la commu­nauté catholique. À New York, le maire, Eric Adams, a gagné les élections en 2021 avec l’appui d’une grande partie des juifs orthodoxes. En pleine campagne, le candidat démocrate s’était dit « impressionné » par la qualité des cours donnés dans une école hassidique de Brooklyn. « Nous devons nous battre pour changer la façon dont nous évaluons les écoles et comprenons l’importance de la culture et de la religion à l’école. » La boucle est bouclée. ●
Edgar Lalande

 

Source : https://charliehebdo.fr/2022/12/international/ecoles-americaines-dieu-fait-classe/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NEWSLETTER%20QUOTIDIENNE%20-%20LARTICLE%20OFFERT%20-%20011222%20-%20NON%20ABONNES&utm_medium=email

mercredi 5 octobre 2022

Quand le bâtiment va…


Quand le bâtiment va…

 


 

C’est un impératif écologique : bâtir une filière du bâtiment. Mais qui se fera par la volonté, et non par la main invisible du marché. Mes petits reportages dans une briqueterie, en lycée pro, dans une menuiserie. 

 

« Le capital tue le travail. »

C’est pas moi qui le dis, c’est un patron. C’est le patron de la briqueterie Tellus Ceram, à Libos, en Lot-et-Garonne.

« On fait de la brique réfractaire, qui résiste à la chaleur, extrêmement isolante. On les fournit à la sidérurgie, aux verreries, aux raffineries… Là où ça chauffe des plus de mille degrés. »

Lui a repris la boîte, qui coulait, en 2013. Il est repassé de 14 salariés à 50, a trouvé des marchés jusqu’en Australie, a mis sur pieds des nouveaux produits. Tout allait bien, presque. Et voici la crise de l’énergie : « Les prix du gaz sont multipliés par dix en un an… Mes factures, en deux mois, elles grimpent de 100 000 € à 500 000. Ça, c’est le marché libre. La concurrence devait faire baisser le prix, et à la place, c’est le renard dans le poulailler. Nous sommes la poule. L’Etat ne bouge pas. On va être obligé d’arrêter ce four… »

C’est pas un four de cuisine : il fait cinquante mètres de long. Les wagons, à l’intérieur, avancent toutes les deux heures. Et une brique y passe sept jours, sept jours de cuisson et refroidissement.

« L’Etat vous a fait une proposition ? Le ministère de l’Industrie ?
– Non, aucune. Ils laissent faire. On va remplir un dossier, mais on est seul. Un patron de PME, il est seul, seul, seul… »

La visite, on la mène accompagnés de Christiane, entrée « tout en bas, comme aide-chimiste », mais qui au fil de sa longue carrière a grimpé des échelons. Elle a retracé l’histoire de l’usine, depuis sa fondation, en 1908, en a fait une exposition à l’entrée, a collectionné les coupures de presse dans les classeurs.

« En 1980, on était Saint-Gobain, mais ils nous ont revendus à Lafarge. C’est là qu’ils ont dégraissé, de 350 salariés, on est passés à 29. En 86, ils nous ont revendus à Saint-Gobain. Puis à Silice en 87. Un Vesibus, un fonds américain, en 91. Et après, Alpine est encore venu, et d’autres groupes… »

Comment ça ne laisserait pas de traces, dans les cœurs, dans les âmes, ces ventes et ces reventes ? Devenir un jouet, sans volonté, impuissant, démuni, entre les mains des financiers ? Et avec un Etat qui ne les protège pas, qui ne protège leur savoir-faire, leur outil, un Etat qui laisse faire ?

Mais je ne viens pas pour ça : les désastres industriels, dans ma région, ne manquent pas. Je viens avec une autre question :

« Votre technique, là, d’hyper-isolation, est-ce que vous pensez qu’il pourrait être utile pour les logements ? Pour en finir avec les cinq millions de passoires thermiques ?
– Mieux que ça. On a concouru pour une maison à Dubaï, une maison complètement autonome, qui accumule la chaleur le jour, puis qui la restitue la nuit. Eh bien, on a remporté le premier prix de l’efficacité énergétique.
– Et ça pourrait se faire plus largement ? Par millions ?
– Bien sûr que oui. Mais nous, ici, on n’est pas capable de fournir des énormes quantités.
– Et en France, des usines le pourraient ?
– Il n’y a pas d’unité de production à cette échelle. »

C’est le rôle de l’Etat, à mon sens : non pas produire, produire directement, mais porter une filière.

***

Jeudi dernier, à ma permanence, je recevais des cadres d’ERDF, pour une ligne à 400 000 volts qui doit passer dans ma circonscription, qui doit relier la Picardie aux centrales nucléaires et/ou aux éoliennes en mer de Normandie, parce que – me disaient-ils – « demain, on va avoir besoin de plus d’électricité…
– Mais,
je leur demandais, sur quoi on peut faire des économies ?
– Sur le logement. D’abord, sur le logement. »

C’est le premier poste qu’ils m’ont mentionné, et c’est l’évidence. Je le répète depuis cinq ans en Commission des affaires économiques : « Investir des dizaines de milliards, chaque année, sur la rénovation thermique des bâtiments, c’est du gagnant-gagnant-gagnant-gagnant. Gagnant pour les factures des gens. Gagnant pour l’emploi, local. Gagnant pour la planète, avec moins d’émissions de gaz à effet de serre. Gagnant pour l’indépendance du pays, avec moins d’importations de gaz et de pétrole. »

Les macronistes s’en foutaient. Et avec quel bilan ? L’an dernier, nous avons rénové 2 500 passoires thermiques. Le pays en compte cinq millions. A ce rythme-là, il faudra donc deux millénaires ! L’équivalent d’entre Jésus-Christ et aujourd’hui ! C’est dire l’efficacité de la main invisible du marché, dopé par un peu de « MaPrimRénov » !

Désormais, les macronistes me disent : « Mais on n’a pas la main d’œuvre, de toute façon ! » Et ils font quoi, pour l’avoir ? Rien. Ils attendent que la main invisible du marché forment des centaines de milliers de travailleurs. Perso, on a des pubs à la télé pour l’Armée de l’Air : « Engagez-vous pour votre pays ! Vivez la grande aventure ! » Eh bien, pourquoi pas des pubs pour maçon, couvreur, menuisier ? « Engagez-vous pour votre pays ! Sauvez la planète ! Vivez l’aventure du bâtiment ! » Que les jeunes, les écolos activistes des manifs pour le climat, se lancent dans ces filières, non pas comme des impasses, comme des voies de garage, mais comme des métiers pleins de fierté. Voilà pour le volet spirituel, ce que j’appelle « la valeur travail ». Mais pour le matériel, pour la valeur du travail, il faut garantir à ces métiers, utiles, durs, 2 000 € par mois minimum, une semaine de congé payé supplémentaire, et à 50 ans, si le dos a souffert, la possibilité d’une seconde carrière – comme pour les militaires.

Mais à la place de ça, de cette volonté, à quoi j’ai assisté, ce mardi, au lycée pro Couffignal, à Villeneuve-sur-Lot ? A un abandon. « Ils ont fermé la section ‘gros œuvre, maçonnerie’… En CAP, avec les élèves les plus faibles, il me reste 1 h de français par semaine, une demie heure d’histoire-géo. Alors qu’avant, on avait cinq heures en tout, et deux heures de ‘vie sociale et professionnelle’ : pour leur apprendre à lire un contrat de travail, une fiche de paie… En peinture, on nous a réduits notre budget de moitié, et tout a été refait, le lycée général, mais pas notre atelier… A force de réformes, de re-réformes, de contre-réformes, on n’a plus envie… La rentrée scolaire, c’est : ‘Qu’est-ce qui va nous tomber sur le nez ?’… On est rentrés par passion, mais tout le monde se fantasme ailleurs : ‘Comment on va se reconvertir ?’… On dirait presque des machines pour casser tout ça… »

Ce lieu, qui devrait être un outil pour demain, un investissement pour l’avenir, est manifestement délaissé. Comme la briqueterie Tellus Ceram. Ou comme les menuiseries Grégoire.

***

C’est une immense friche, à Saint-Martial, en Dordogne. En 115 années d’existence, l’usine a eu le temps de s’étendre : ici, durant plus d’un siècle, on fabriquait des portes et des fenêtres en bois, en PVC. « On fabriquait du Grégoire », énonce un ouvrier avec fierté, et « les gens achetaient du Grégoire », du « solide », des « gammes qui durent dans le temps », « quarante ans après, c’est encore là, ça n’a pas bougé », « on avait des contrats à l’international ». Et puis, la dynastie a périclité, une héritière a mal géré, un fonds de pension a ramassé la mise, revendu à un « machin Prudentia ».

« Après, on faisait du low-cost… Pour parler franchement, que de la merde.
– On n’y allait plus que pour le salaire. »

Elle m’intéresse, cette phrase : « que pour le salaire ». Ça signifie que, auparavant, il y avait autre chose que le salaire, un plus, un supplément d’âme.

« Et avant, vous y alliez pour quoi ?
– On était fiers. On était formés. On apportait quelque chose à la commune, à la Région. »

Assez vite, l’entreprise plonge : « On leur a dit souvent. Mais nous, on est des ouvriers, point-barre. C’est marche et ferme ta gueule. Même pour acheter les machines, on leur disait que ça n’irait pas. Mais nous, notre parole ne compte pas. »

Jusqu’à la débâcle, la liquidation :
« Qu’a fait l’Etat ? j’interroge.
– Rien. Rien. Absolument rien.
– Si, ils ont donné des millions sans contrôler. »

Le maire explique, en plus technique : « Les pouvoirs publics, ils ont dit : ‘On ne fait pas d’ingérence’. »

Mais pour moi, il y a un devoir d’ingérence. Pas seulement pour les subventions versées. Pas seulement pour les 237 salariés. Mais surtout, pour l’outil, l’outil industriel qui vole en éclats, les machines à tous les bouts de l’Europe, le collectif de compétences, de savoir-faire, de petits trucs qui s’éparpille façon puzzle, qui rentre à la maison, inutile, sans transmission. Et qui n’est plus là pour changer les cinq millions de portes, les dizaines de millions de fenêtres des passoires thermiques.

Voilà les succès de la main invisible du marché…


Source : https://francoisruffin.fr/renovation-thermique/

vendredi 2 septembre 2022

Ils·elles aimeraient aller à l’école, mais…

On a reçu ça : 

Ils·elles aimeraient aller à l’école, 

mais…


Lien pour faire un don : https://vu.fr/vrDx

 

Chère Amie, Cher Ami,

Retours de vacances, achats de fournitures… L’heure est bien à la rentrée des classes pour les enfants ! Mais hélas, certain·e·s d’entre eux·elles risquent d’en être privé·e·s cette année…

Vous le savez, chaque mineur·e isolé·e (enfant voyageant seul.e ou à plusieurs mais sans aucun représentant légal en France) qui arrive sur le territoire doit faire face à de nombreux obstacles dont celui de prouver sa minorité pour bénéficier de la protection et des droits dont il·elle a besoin. Une fois sa minorité et son isolement établis, il·elle pourra ainsi bénéficier par exemple d’un toit et aller à l’école.

Mais l’évaluation de la minorité et de l’isolement de l’enfant est marquée par de nombreux dysfonctionnements et les conclusions penchent la plupart du temps en faveur d’une majorité. 

 

Les enfants considéré.e.s comme non mineur.e.s et qui ont fait un recours devant le Juge des enfants, font face à de nombreux obstacles pour aller à l’école.

Pourtant, le Conseil d’État a confirmé en janvier 2022 que :

  • Le dépassement de l’âge légal d’instruction obligatoire (16 ans) n’est pas un obstacle à la scolarisation d’un enfant ;
     
  • Le doute émis dans un premier temps par le service de l’aide sociale à l’enfance sur l’âge d’un enfant ne constitue pas un motif de refus de scolarisation.

=> Cet arrêt vient confirmer les avis déjà rendus par le Tribunal Administratif (2018) et la Cour Administrative d’appel de Paris (2019).


Malgré les condamnations régulières de ces refus de scolarisations par les tribunaux, certains rectorats et établissement refusent toujours d’inscrire dans les écoles ces enfants en recours devant le juge, alors que l’attente de l’audience peut prendre plusieurs mois.

Face à cet acharnement à discriminer ces enfants étranger·ère·s en dépit de la loi, La Cimade continue donc d’agir :

  • Pour exiger la scolarisation pour toutes et tous et les protéger davantage grâce à des actions de plaidoyer
     
  • Pour faire évoluer les lois et les pratiques des institutions et administrations
     
  • Pour accompagner juridiquement chaque enfant qui n’a pas accès à ses droits fondamentaux (hébergement, scolarité, droits de santé)

Ainsi, dans les Hautes-Alpes, une dizaine d’enfants en attente de la décision du Juge des enfants faisaient face au refus de l’Académie, de la Préfecture et du Conseil départemental de les scolariser. 

Après plusieurs mois de lutte, ils ont finalement pu l’être, grâce aux manifestations et aux démarches juridiques menées notamment par des bénévoles de La Cimade.


Nos actions portent leurs fruits. 

Aidez-nous à les poursuivre pour que chaque mineur·e isolé·e puisse aller à l’école, comme tous les enfants !

Je fais un don

Lien pour faire un don :  https://vu.fr/DWmw

 

En cette veille de rentrée, merci de nous aider à faire respecter le droit à l’instruction pour tous·tes en France, y compris pour les mineur·e·s isolé·e·s.

L'ensemble des équipes de La Cimade,

Chaque don vient renforcer nos actions, que vous pouvez également soutenir avec un don régulier en cliquant ici.