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lundi 21 janvier 2019

Glyphosate : la justice pourrait contraindre l’État à agir

Glyphosate : 

la justice 

pourrait contraindre 

l’État à agir




18 janvier 2019 / Marie Astier (Reporterre) 



Mardi 15 janvier, le tribunal administratif de Lyon a interdit un produit à base de glyphosate, le Roundup Pro 360. Cette première victoire juridique pourrait susciter de nouveaux recours et mener à l’interdiction du glyphosate plus rapidement que prévu par le gouvernement.
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Par ce temps hivernal, la végétation est au repos, mais pas l’actualité du glyphosate. L’herbicide controversé de Monsanto, le plus vendu au monde, était épinglé hier soir [jeudi 17 janvier] par la journaliste d’investigation la plus connue de France, Élise Lucet, dans le magazine de France 2 « Envoyé spécial ».

Mardi 15 janvier, deux chercheurs présentaient un rapport commandé par des députés européens, confirmant que la décision de réautorisation du glyphosate, en 2017, par l’Union européenne, s’était appuyée sur des documents reprenant largement la prose de Monsanto.

Et puis, fort à propos, mardi 15 janvier également, le tribunal administratif de Lyon annulait l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360, l’une des préparations à base de glyphosate de Monsanto. « La vente de ce produit en France est désormais une infraction pénale », se félicite Corinne Lepage. L’avocate et ex-ministre de l’Environnement a porté le recours au nom de l’association Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique). « Cette action juridique me paraissait nécessaire au regard des tergiversations sempiternelles sur l’interdiction ou pas du glyphosate », poursuit-elle.

« Une erreur d’appréciation au regard du principe de précaution » 

 

Le président de la République, Emmanuel Macron, a beau avoir twitté, le 27 novembre 2017, que le glyphosate serait en France interdit « au plus tard dans trois ans », la voie politique paraît incertaine à beaucoup de partisans de son interdiction. « L’histoire des trois ans est comme celle de la fermeture de la centrale de Fessenheim ! » dit Corinne Lepage. Par exemple, au printemps dernier, le gouvernement avait demandé aux parlementaires de ne pas inclure l’interdiction du glyphosate d’ici trois ans dans la loi Agriculture et Alimentation.

La décision du tribunal administratif de Lyon est une première en France. Le juge a analysé dans le détail des évaluations de l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments), qui considère que le glyphosate n’est pas cancérogène, et du Circ (Centre international de recherche sur le cancer), qui l’a au contraire classé comme « cancérogène probable ». Il en a conclu que « la méthodologie utilisée par l’Efsa (…) est inappropriée », notamment parce que l’indépendance des scientifiques l’ayant réalisée n’a pas été correctement vérifiée. Il se range donc à l’avis du Circ, et considère que « le Roundup Pro 360 est probablement cancérogène pour l’homme (...), est une substance suspectée d’être toxique pour la reproduction humaine (…) et est particulièrement toxique pour les organismes aquatiques. Dès lors (…), l’utilisation du Roundup Pro 360 porte une atteinte grave à l’environnement susceptible de nuire de manière grave à la santé. Par suite l’Anses [Agence nationale de sécurité sanitaire, qui délivre les autorisations de mise sur le marché des pesticides] a commis une erreur d’appréciation au regard du principe de précaution. » Après l’annonce de cette décision, l’Anses a indiqué qu’elle « contest[ait] toute erreur d’appréciation dans l’application de la réglementation nationale et européenne ».


Monsanto et l’Anses peuvent encore faire appel de la décision du juge, celle-ci ne fait donc pas encore jurisprudence. Mais Corinne Lepage se félicite déjà de sa résonance : « Compte tenu des reprises dans la presse internationale, le New York Times, la presse allemande, j’ai même reçu des coups de fil d’Afrique, la nouvelle de cette décision est en train de se répandre comme une traînée de poudre. »

En France, elle ouvre de nouvelles possibilités juridiques. Car l’argumentation du juge est valable pour tous les produits à base de glyphosate. Sur cette base, le Criigen compte, dans les jours qui viennent, lancer une nouvelle procédure devant le tribunal administratif. « Nous allons saisir le ministre de l’Agriculture et lui demander de retirer tous les produits contenant du glyphosate sans attendre le délai de trois ans », annonce Corinne Lepage à Reporterre.

Par ailleurs, l’avocate estime que cette décision met le gouvernement au pied du mur. « Vous avez un produit dont un tribunal dit qu’il présente un risque pour la santé humaine. Et l’État l’autorise quand même. Le gouvernement a là un problème. » Les victimes des pesticides auraient désormais un fondement solide pour elles aussi lancer des recours contre l’État, et éventuellement lui demander des comptes…

Par ailleurs, cette décision va pouvoir être réutilisée dans d’autres procédures en cours contre le glyphosate. Ainsi, Julien Bayou porte lui aussi, mais pour EELV (Europe Écologie-Les Verts), un recours visant à obtenir l’interdiction des produits à base de glyphosate. Il est en attente d’une audience devant le tribunal administratif de Paris. « La décision du tribunal de Lyon est nourrie, solide, c’est un atout », se réjouit-il.

Une « task force » qui avance à petits pas 


Dans ce contexte, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a réagi mardi devant l’Assemblée nationale aux révélations sur l’expertise de l’Efsa, et à la décision du tribunal de Lyon, qui conteste cette expertise : « Nous nous battons pour changer le système et pour que l’Efsa puisse s’appuyer sur des études indépendantes menées par des organismes publics et non sur des études fournies par des entreprises privées. » Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, a lui répondu sur RMC mercredi matin : « Je ne suis ni juge ni scientifique, je ne peux pas commenter cette décision de justice. Le gouvernement et moi-même sommes là pour protéger les Français. L’Europe ne voulait plus utiliser de glyphosate au bout de cinq ans, le Président a dit, en France, ce sera trois ans », a-t-il rappelé.




Une « task force » pour la sortie du glyphosate a en effet été annoncée en juin dernier par le gouvernement. Depuis, elle semble avancer à petits pas. Son site, glyphosate.gouv.fr, illustre ce lent démarrage : le compteur ne recense que 10 agriculteurs sortis du glyphosate. Son coordinateur, le préfet et conseiller d’État Pierre-Étienne Bisch, n’a été nommé qu’en décembre dernier. Elle a déjà organisé des réunions, mais difficile encore de connaître sa composition. Syndicats agricoles, industriels, distributeurs, services de l’État, coopératives, chambres d’agriculture, instituts de recherche et d’innovation, parlementaires et représentants des régions y sont présents. Mais difficile de connaître précisément quels sont ses membres. « Elle reste encore à compléter », indique Jean-Baptiste Moreau, député LREM qui suit de près le dossier pour l’Assemblée nationale. « Les choses se mettent en place, et des programmes de recherche sur les alternatives au glyphosate sont déjà en cours », poursuit-il.

« L’histoire de la sortie du glyphosate en trois ans ressemble à une tentative pour gagner du temps, estime de son côté Julien Bayou. On agit en justice pour contraindre le gouvernement à prendre des décisions que l’opinion publique a déjà prises. » « On est dans l’émergence de ce que j’appelle une “justice sanitaire”, au même titre qu’il y a une “justice climatique” », ajoute Corinne Lepage.


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Lire aussi : Se passer du glyphosate ? C’est possible


Source : Marie Astier pour Reporterre
Photos :
. chapô, capture du reportage de « Glyphosate, comment s’en sortir ? », l’émission d’« Envoyé spécial » consacrée à ce pesticide et diffusée jeudi 17 janvier 2019, à 21 h, sur France 2.
. Lepage : © Corinne Lepage
. Bayou : @julienbayou sur Twitter


Source : https://reporterre.net/Glyphosate-la-justice-pourrait-contraindre-l-Etat-a-agir


dimanche 20 janvier 2019

UE : 32 OGM transgéniques autorisés ou renouvelés en 2018


UE : 

32 OGM transgéniques 

autorisés ou renouvelés en 2018



En 2018, 32 OGM ont été autorisés pour l’importation et la commercialisation dans l’alimentation humaine ou animale dans l’Union européenne. Grâce à une simplification administrative datant de 2013, ces 32 autorisations ont été données en seulement sept décisions administratives dont les deux dernières datent du 19 décembre 2018. Plusieurs de ces nouveaux OGM n’ont pourtant fait l’objet d’aucune analyse de risque spécifique.


Rosmarie Voegtli


La pratique est récente mais efficace. Depuis 2013 et l’adoption du règlement 503/2013, une seule demande peut suffire pour obtenir l’autorisation d’une dizaine voire une vingtaine de plantes transgéniques. Coupant court à une évaluation des risques au cas par cas, la gestion administrative des demandes d’autorisation a pris le pas sur la rigueur scientifique. En effet, certains OGM sont maintenant autorisés sans qu’aucune analyse scientifique spécifique ne soit fournie comme Inf’OGM l’a largement détaillé fin 2018 [1] [2] [3]. En 2017, cette modification réglementaire avait permis d’autoriser 33 OGM en onze décisions et en 2016, 14 OGM en quatre décisions. Un rythme qui s’est donc accéléré en 2018, avec une moyenne de quatre à cinq autorisations par décisions (contre trois en 2017).

Les plantes empilées multiplient les OGM autorisés


La mise en culture d’une plante génétiquement modifiée ayant quatre transgènes par exemple induit l’apparition à la récolte de plantes génétiquement modifiées ayant quatre, trois, deux, voire un seul transgène. Ces plantes, appelées sous-combinaisons, sont le fruit du phénomène biologique de « ségrégation ». Le terme de ségrégation renvoie au fait que lors de la production de gamètes (ovule et pollen) par une plante, les chromosomes ségrègent dans l’un ou l’autre des gamètes produits. Ces gamètes contiennent alors une partie seulement du patrimoine génétique de la plante parent, donc tout ou partie des transgènes selon comment la ségrégation des chromosomes s’est faite. Inf’OGM a déjà expliqué comment ce phénomène biologique avait permis à la Commission européenne d’obtenir avec le règlement 503/2013 que toute demande d’autorisation pour une plante à plus de deux transgènes (dite empilée) doive obligatoirement couvrir les sous-combinaisons de cette plante. Une possibilité qui ne concerne pas que les sous-combinaisons apparues au champs mais toutes sous-combinaisons, quelle que soit leur origine.

Le même règlement prévoit également que les demandeurs d’autorisation ne soient plus obligés de fournir les analyses scientifiques pour évaluer les risques potentiels des sous-combinaisons, alors même que les experts européens de l’AESA avaient reconnu que les conclusions concernant une descendance issue de ségrégation au champ ne pouvaient pas automatiquement être étendues à toutes sous-combinaisons, quelle que soit leur origine [4]. Avant d’oublier cette conclusion dans leurs avis ultérieurs...

En 2018, quatre renouvellements et trois nouvelles autorisations


Pour les quatre renouvellements d’autorisation délivrés en 2018, il s’agit des maïs 59122, Ga21 et Nk603*Mon810 et de la betterave H7-1. L’importation et l’utilisation commerciale de ces quatre plantes dans l’alimentation humaine et/ou animale est désormais autorisée jusqu’en 2028 [5].
Pour les trois décisions de nouvelles autorisations, il s’agit du maïs Mon87427*Mon89034*NK603, du maïs 1507*59122*Mon810*NK603 et du maïs Mon87427*Mon89034*1507*Mon88017*59122. Chacune des décisions autorisant l’importation et l’utilisation commerciale de ces maïs en alimentation humaine et animale couvrant également des sous-combinaisons [6], ce sont donc 28 nouveaux OGM qui ont été autorisés.

Certains OGM autorisés plus de dix ans


28 nouveaux OGM ? Pas exactement en fait. Parmi les OGM « sous-combinés » autorisés en 2018, certains étaient déjà autorisés et le délai décennal d’expiration de leur autorisation non encore atteint. Il en est ainsi du maïs 59122*NK603 autorisé jusqu’au 29 octobre 2019, des maïs Mon89034*NK603 et 1507*59122 autorisés jusqu’au 27 juillet 2020, du maïs 59122*1507*NK603 autorisé jusqu’au 2 août 2020, et du maïs Mon89034*Mon88017 autorisé jusqu’au 16 juin 2021. Bénéficiant du tir groupé opéré par la Commission européenne, ces cinq OGM n’auront donc pas à repasser par la case renouvellement d’autorisation avec dépôt de dossier et analyses de risques à fournir. Leur autorisation vient d’être de facto prolongée, selon les cas, de sept à neuf ans…

[6Le dossier du maïs Mon87427*Mon89034*NK603 couvre les sous-combinaisons Mon87427*NK603, Mon89034*NK603 et Mon87427*Mon89034.

Le dossier du maïs 1507*59122*Mon810*NK603 couvre les sous-combinaisons 1507*59122*Mon810, 59122*1507*NK603, 1507*Mon810*NK603, 59122*Mon810*NK603, 1507*59122, 1507*Mon810, 59122*Mon810 et 59122*NK603.

Le dossier du maïs Mon87427*Mon89034*1507*Mon88017*59122 couvre les sous-combinaisons Mon87427*Mon89034*1507*Mon88017, Mon87427*Mon89034*1507*59122, Mon87427*Mon89034*Mon88017*59122, Mon87427*1507*Mon88017*59122, Mon87427*Mon89034*1507, Mon87427*Mon89034*Mon88017, Mon87427*Mon89034*59122, Mon87427*1507*Mon88017, Mon87427*1507*59122, Mon87427*Mon88017*59122, Mon87427*1507, Mon87427*Mon88017, Mon87427*59122 et Mon89034*Mon88017.

Source : https://www.infogm.org/6692-europe-32-ogm-transgeniques-autorises-ou-renouveles-2018

samedi 19 janvier 2019

Les voitures électriques roulent encore sur les droits humains


Une voiture électrique en charge © Martin Pickard/Getty Images 


Les voitures électriques 

roulent encore 

sur les droits humains


 Publié le 03.12.2018.





Des milliers d'amateurs de voitures vont se rendre dans le sud de la Californie ce week-end pour le début du Salon de l'auto de Los Angeles. Cependant, le faste des voitures exposées masque une réalité plus sombre.






Les véhicules électriques sont en vedette au salon de cette année, avec des dizaines de modèles exposés. Les constructeurs affichent leurs dernières technologies, mais ne déploient pas les mêmes efforts pour éliminer les abus dans leurs chaînes d'approvisionnement. 

L'industrie n'arrive toujours pas à s'approvisionner de manière responsable en cobalt, un élément essentiel pour ses batteries.

Plus de la moitié du cobalt – composant essentiel des batteries lithium-ion – extrait à travers le monde provient de la République démocratique du Congo (RDC). 

En 2016, nous avons dévoilé que le minerai y était extrait à la main, par des enfants et des adultes, dans des conditions dangereuses et abusives, parfois dans des tunnels creusés profondément sous la terre.

Les clients soucieux de l'environnement ont le droit de savoir si leurs nouvelles voitures sont aussi éthiques que le prétendent les publicités.

Daimler, Renault, Volkswagen, General Motors, Tesla, BMW et Fiat-Chrysler sont les six principaux constructeurs qui présenteront des voitures électriques au cours des deux prochaines semaines. 

Malgré certains progrès en 2018, aucune de ces entreprises n'ont pris les mesures nécessaires pour que leurs clients potentiels puissent s’assurer du caractère éthique de leurs chaînes d'approvisionnement en cobalt.

En novembre 2017, nous avons évalué les pratiques des entreprises en matière d'approvisionnement en cobalt. Nous avions montré que, par rapport à d'autres secteurs, les constructeurs de véhicules électriques tardaient à adopter de bonnes pratiques pour l’élaboration de leurs batteries.

Lors d'une visite récente dans la ville minière de Kolwezi (sud de la RDC), un de nos chercheurs a constaté une augmentation significative de l'exploitation à petite échelle du cobalt l’an passé, alors que les cours du cobalt ont enregistré une forte hausse en réponse à l’augmentation de la demande des consommateurs.

Les abus ne sont pas inévitables dans les mines artisanales et le gouvernement de la RDC a promis de prendre des mesures pour mieux réglementer cette activité et éliminer le travail des enfants d'ici 2025. 

Cependant, l'expansion rapide du secteur signifie que les entreprises doivent plus que jamais assurer la traçabilité du cobalt qu’elles utilisent, et pouvoir démontrer qu'il n'a pas été extrait dans des conditions dangereuses.



Manquements des géants de l’industrie

 

En octobre, nous avons écrit à sept grands constructeurs de véhicules électriques pour demander si leurs contrôles en matière de droits humains étaient adéquats : Daimler, Groupe Renault, Volkswagen, General Motors, Tesla, BMW et Fiat-Chrysler Automobiles NV. Au total, six ont répondu. 

Tesla n’a fourni aucune réponse.

En vertu des principes directeurs de l’OCDE, les entreprises qui utilisent du cobalt extrait en RDC doivent être en mesure d'identifier les sociétés qui fondent et raffinent leur minerai. Elles doivent ensuite rendre publiques leurs évaluations des pratiques de diligence raisonnable des fonderies et des raffineries. Si elles ne sont pas en mesure de le faire, il n'y a aucun moyen de s'assurer que leur cobalt est éthique.

Seules deux des entreprises ont fourni des informations détaillées sur leurs sources de cobalt : BMW a identifié ses fonderies ou raffineries et Renault a désigné ses fournisseurs.

Les entreprises qui ont répondu déclaraient avoir renforcé leurs politiques au sein de leurs chaînes d'approvisionnement, et exigé davantage d'audits, mais aucune n'avait pris la mesure cruciale consistant à publier une évaluation de la diligence requise en matière de respect des droits humains chez les fournisseurs.



Quelques signes de progrès

 

Volkswagen affirme avoir renforcé ses règles appelant à une « transparence maximale » entre fournisseurs. Daimler s'est efforcé d'améliorer la transparence des chaînes d'approvisionnement lors de l'attribution de nouveaux contrats à des fournisseurs, mais aucune des deux entreprises n'a encore donné les noms de ses fonderies et raffineries.

Plusieurs entreprises ont déclaré avoir rejoint les initiatives de l'industrie pour la coopération sur les chaînes d'approvisionnement en cobalt. 

Bien que ces efforts soient les bienvenus, ils ne suffisent pas à eux seuls. Les entreprises doivent également assumer la responsabilité individuelle de l’assainissement de leurs chaînes d'approvisionnement.

D'autres entreprises ont déclaré qu'elles finançaient des projets pilotes destinés à collecter des données relatives aux accidents sur le lieu de travail, à la production, au travail des enfants et aux conditions sociales. Il est encore trop tôt pour savoir si ces initiatives auront un impact.

Les initiatives visant à éliminer le travail des enfants et à garantir que tous les travailleurs sont en sécurité et bien payés sont les bienvenues. 

Cependant, les entreprises peuvent et doivent faire plus. Elles doivent assumer la responsabilité de leurs chaînes d'approvisionnement et prendre les mesures correctives qui s’imposent si des atteintes aux droits humains se sont produites à un moment quelconque. Rien ne saurait excuser qu’elles n’investissent pas du temps et des ressources pour révéler ce qui alimente réellement leurs véhicules.

Au moment où la demande de voitures électriques augmente, les constructeurs du salon de cette année ont tout intérêt à prouver qu'ils ne profitent pas des atteintes aux droits humains. Ils doivent la vérité à leurs clients – et aux mineurs qui souffrent pour fabriquer leurs produits.


Source : https://www.amnesty.fr/responsabilite-des-entreprises/actualites/les-voitures-electriques-roulent-encore-sur-les-droits

jeudi 17 janvier 2019

Ces territoires pastoraux adaptés au changement climatique, mais abandonnés par l’État



Ces territoires pastoraux 

adaptés au changement climatique, 

mais abandonnés par l’État


par





Ce sont des territoires qui étaient autrefois habités, cultivés, pâturés. Seules les ruines disséminées dans les paysages rappellent encore cette époque, révolue avec l’exode rural. Aujourd’hui, des paysans tâchent de faire revivre ces surfaces pastorales, mais se heurtent à une politique agricole fixant des normes parfois déconnectées de la réalité de leur travail et des territoires. Avec pour conséquence de les exclure des aides publiques, alors que ces territoires et leurs pratiques pastorales se révèlent particulièrement résistants aux aléas climatiques. Reportage en Ardèche.

En cette fin novembre, au cœur des Hautes-Cévennes ardéchoises, le fond de vallée affiche encore quelques touches de couleurs automnales. Les châtaignes et les feuilles recouvrent un chemin bordé de petits murs en pierres. « Ici, c’est le pays des murettes », lance Fanny Métrat, éleveuse de brebis. « Il faut imaginer que ces murs étaient beaucoup plus hauts avant. Ils empêchaient les bêtes de venir manger les cultures. » Voilà neuf ans que Fanny et son compagnon Manu se sont installés comme paysans au hameau du Mazoyer, à une heure en voiture de Privas. Pour y accéder, il faut emprunter sur six kilomètres une petite route parfois vertigineuse, se faufilant de temps en temps au milieu des forêts de châtaigniers.

« Quand nous sommes arrivés ici, nous avions peur que les brebis n’aient pas assez à manger, se rappelle Fanny. Il n’y a que de la broussaille, des forêts et des landes ! » Cette année encore, ils ont fait face à un été très sec. L’herbe des prairies a été grillée par le soleil, contraignant nombre d’éleveurs à puiser dans le foin, normalement prévu pour l’hiver. Fanny et Manu n’ont pas eu les mêmes difficultés. « On se rend compte qu’il y a une énorme diversité dans les surfaces embroussaillées. Dans les pâturages en sous-bois par exemple, il y a toujours de l’herbe sous les genêts qui reste fraîche. Pourtant, selon l’Union européenne, nos terres sont considérées comme "non productives". »

Des zones exclues des aides par les critères européens et français

 

L’Union européenne (UE) estime que les surfaces avec moins de 50 % d’herbe ne relèvent pas de la production agricole, et ne sont donc pas éligibles aux aides. En pratique, Fanny doit calculer sur chaque parcelle quel est le pourcentage de rochers, mais aussi d’arbustes ou de buissons qui ne sont pas considérés par l’administration comme source de nourriture pour les animaux. Un vrai casse tête, tant pour les paysans que pour les Directions départementales du territoire qui viennent réaliser les contrôles. Du nombre d’hectares déclarés dépend ensuite le montant des aides reçues. « Nous avons ici la preuve qu’il faut repenser les choses ! Il faut imaginer un système qui prenne en compte ces surfaces. Ces zones pastorales sont beaucoup moins fragiles face aux aléas climatiques », souligne Fanny.

Chemin bordé de murettes, au milieu des pâturages. CC Sophie Chapelle

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Si l’administration européenne a du mal à reconnaître l’utilité de ces surfaces, c’est aussi le cas de l’État français. En 2015, les agriculteurs pouvaient encore déclarer des surfaces pastorales partout en France. L’année suivante, le ministère de l’Agriculture a limité le zonage à 23 départements [1].
Résultat : en 2017, les surfaces situées en dehors de ces départements, comprenant moins de 50 % d’herbe, se sont retrouvées sans aide de la Politique agricole commune (Pac). 14 600 hectares de fermes pastorales, qui bénéficiaient jusque-là de ces revenus, ont été exclus, conduisant certains éleveurs à mettre la clé sous la porte [2].

Les mobilisations, portées notamment par la Confédération paysanne, ont conduit à ce que quinze départements soient finalement ajoutés au zonage, en 2018. Mais tout n’est pas réglé pour autant... Fin mars, le ministère de l’Agriculture a introduit les épineux – tels que les églantiers, rosiers sauvages, ronces et prunelliers – et les résineux comme le pin noir, dans la liste de plantes supposées inconsommables par les animaux. Or, c’est exactement ce dont se nourrissent les troupeaux élevés sur les surfaces pastorales, comme le confirment des études de l’Institut national de la recherche agronomique [3].




« Ni l’UE ni le ministère ne veulent reconnaître que nos troupeaux mangent des châtaignes ! »

 

Pour leur troupeau de brebis, Manu et Fanny ont fait le choix de races du Massif central – les Bizet et les Noire du Velay –, adaptées aux terres acides, granitiques et très rustiques. « Elles ont de grandes pattes, ce sont de bonnes marcheuses. Dans les épisodes de sécheresse, les Bizet sont plus dégourdies pour se débrouiller, a pu observer Fanny. Elles apprennent à manger les feuilles de ronce par exemple. Avec les Noire du Velay, il faut compter un peu plus de temps d’adaptation. » Or, ces races sont en voie de disparition car elles ne sont pas conformes aux normes définies par l’Union européenne.


- Lire sur le sujet : Comment les multinationales font main basse sur la reproduction animale


Fanny a l’œil aiguisé. Pour nourrir un troupeau en système pastoral, il est nécessaire de connaître les besoins des animaux et la végétation présente à chaque saison. « Quand il fait très sec, les frênes font des espèces de boules. On dit qu’ils sont "têtards", illustre Fanny. C’est le moment où l’on coupe les branches pour donner les feuilles à manger aux brebis. C’est très appétant ! » Elle désigne les frênes qu’elle et son compagnon ont ratiboisés. Au printemps, les branches repousseront et redonneront aux arbres leur apparence initiale. Une astuce que tous les anciens du coin connaissent bien. « Parfois, on fait aussi des choses de façon complètement instinctive », s’amuse Fanny.


Les brebis sous les châtaigniers (CC Sophie Chapelle)
 
Elle nous conduit vers son troupeau de brebis au milieu des châtaigniers. Pendant trois mois, le fruit constitue leur principal aliment et leur permet d’engranger des réserves pour affronter l’hiver. « Les premières années, les Noire du Velay ne mangeaient pas de châtaignes, se souvent Fanny. Je leur portais les châtaignes à la bouche pour qu’elles apprennent à les manger, je crois même que je les décortiquais ! Aujourd’hui, elles ont appris : elles savent ouvrir les bogues toutes seules. » Or, ces surfaces de châtaigniers ne sont pas non plus éligibles aux aides agricoles [4]. « Ni l’Union européenne, ni le ministère de l’Agriculture ne veulent reconnaître que nos troupeaux mangent des châtaignes. Nous on leur dit de venir voir ! »


« D’un point de vue administratif, nos surfaces ne valent rien »

 

Au milieu des châtaigniers, des hêtres et des frênes, on trouve aussi des prés, sur de petites surfaces. « Sans élevage, ils seraient recouverts. Les brebis maintiennent ces espaces ouverts. Il suffit de cinq ou six ans sans activité pour que les broussailles prennent le dessus » Fanny évoque avec tristesse les vallées au creux desquelles il n’y a plus rien. « Dans les Alpes-Maritimes, quand on transhume à pied, on trouve des hameaux en ruine, des zones désertées. Cinquante ans plus tôt, il y avait de la vie dans tous ces territoires. » La vallée où vit Fanny a connu un fort exode rural. De nombreuses ruines, cachées par les arbres, entourent sa ferme. Le Mazoyer a longtemps eu sa propre école, aujourd’hui fermée. Seules deux familles vivent désormais sur le hameau à l’année.


Le hameau du Mazoyer (CC Sophie Chapelle)
 
« Pour faire vivre ces zones, il faut permettre aux gens de tenir, souligne Fanny. Mais d’un point de vue administratif, nos surfaces ne valent rien. Le fait qu’on ne puisse pas y accéder en tracteur, que l’on ne puisse pas semer, amène le ministère à considérer ces zones comme "non productives". A leurs yeux, ce n’est pas de la "vraie" agriculture... » Fanny et Manu estiment être au contraire entourés de « petits trésors ». Alors que l’état de catastrophe naturelle dû à la sécheresse a été reconnu fin octobre dans 71 départements français, leur ferme est entourée de sources. « Cette source par exemple n’arrête jamais de couler. Nous sommes dans les pentes du Massif central. Depuis notre installation il y a neuf ans, et même d’après les anciens, il n’y a jamais eu de tarissement. »

Une petite mare au milieu des prés (CC Sophie Chapelle)
 

Concevoir l’autonomie agricole par zone de territoire


Autour de chez eux, beaucoup de paysans sont installés en polyculture-élevage. Ils complètent leur activité d’élevage par la production de pommes de terres, de châtaignes, de pommes ou de plantes médicinales. C’est le cas aussi de Fanny et Manu qui cultivent des pommes de terres sur les rares terrasses plates autour de leur ferme, et transforment les châtaignes en farine et confitures. Face au changement climatique, la diversification des activités semble être un point fort. « On n’est pas dans la spécialisation à outrance, la monoculture... Nous sommes dans des structures où l’on peut faire des choses différemment, décider d’ajouter une activité sur la ferme si le besoin s’en fait sentir. »
Fanny et Manu se heurtent toutefois au manque d’autonomie fourragère, en dépit de leurs quinze hectares sur le plateau pour faire du foin. Vivant sur une zone où ils ne peuvent pas cultiver, ils achètent leurs céréales et une partie des fourrages auprès d’autres paysans installés dans un périmètre de 50 kilomètres. « Face au changement climatique, il faut réfléchir à une forme d’autonomie, non pas à l’échelle de la ferme, mais par zone de territoire, en construisant des partenariats avec d’autres paysannes et paysans. » Un potentiel auquel les pouvoirs publics, à l’heure du réchauffement et face aux ravages de l’agriculture intensive, feraient peut-être bien de prêter une attention rapide.

Texte et photos* : Sophie Chapelle

*Sauf photomontage réalisé par l’Inra.



Les murettes (CC Sophie Chapelle)

P.-S.


Cet article entre dans le cadre d’une collaboration avec un collectif de journalistes sur le climat, qui publient eux aussi de longs reportages sur les impacts du dérèglement climatique dans la France d’aujourd’hui à Politis, Mediapart, Reporterre et dans les pages de la revue Projet.

- « On se croyait dans un congélateur » : voyage au cœur de la précarité énergétique dans le 93, par Jade Lindgaard sur Mediapart
 
- Huîtres, sentinelles du climat, par Vanina Delmas, sur Politis
 
- Reportage chez des ostréiculteurs à l’étang de Thau, par Vanina Delmas, sur Politis
 
- Le moustique et la dengue à la Réunion, par Ingrid Merckx sur Politis
 
- Témoignage de Nathalie Becker, enseignante-chercheuse à La Réunion, par Ingrid Merckx sur Politis
 
- Dans les Alpes, le changement climatique est déjà une réalité, par Emilie Massemin sur Reporterre
 
- Climat : « Nos moules meurent à cause de leur milieu naturel », par Aurore Chaillou dans la Revue Projet

 

Notes

 

[1Voir l’arrêté du 25 juillet 2016 qui définit les départements concernés par les surfaces pastorales. Lire également la réponse du ministère de l’Agriculture interpellé à ce sujet, le 28 juin 2018.

[2Lire à ce sujet "Défendre le pastoralisme", un dossier de la revue Campagnes solidaires, N° 341 juillet-août 2018.

[3Télécharger la note de l’Inra.

[4Selon la réforme de la Pac en 2015, les terrains avec moins de 50% d’herbe sont, donc, considérés comme non agricoles, sauf s’ils font l’objet d’une « pratique locale établie » : c’est le cas par exemple pour les AOC Pélardon, dans les Cévennes, dont le cahier des charges précise que les produits sont issus de troupeaux pâturant sous des chênes ou des châtaigniers.

Source : https://www.bastamag.net/rechauffement-climatique-agriculture-pastorale-resilience-territoire?fbclid=IwAR0VwGBoq50ObTjr5i2a0doxMgsz1ioeHIxO61CNSNlECWXV-7QrMK0NyLk


mercredi 16 janvier 2019

Une soirée plateau-télé au glyphosate, ça vous tente ?

Ne pas oublier ce même soir le documentaire sur la 3 à 23h45

(« Le Tarmac est dans le pré » ... histoire d'une « reconquête », celle des terres de Notre-Dame-des-Landes, un territoire devenu disponible après l'abandon du projet d'aéroport.")

Une soirée plateau-télé 

au glyphosate, 

ça vous tente ?


Par Aurélie Delmas 14 janvier 2019 à 06:07 
Elise Lucet, le 13 octobre 2017 à Paris Photo Joel Saget. AFP

France 2 consacre l'intégralité d'une émission «Envoyé spécial» à un seul thème pour la première fois. C'est la problématique du glyphosate, pesticide déversé sur le marché mondial par Monsanto, qui sera passée au crible des enquêteurs de la chaîne, jeudi 17 janvier.


Pour la première fois, l’émission Envoyé spécial de ce jeudi 17 janvier 2019 (initialement programmée en décembre) sera dédiée à un thème unique, un mot qu’on a vu fleurir partout dans les médias – notamment Libé – depuis deux ans : le glyphosate. Le pesticide de Monsanto le plus vendu au monde est ainsi scruté pendant plus de deux heures. Une somme en cinq volets successifs à laquelle le ministre français de la Transition écologique, François de Rugy, convié sur le gril d’Elise Lucet, devra réagir.

«C’est un sujet qui touche tout le monde, et il existe très peu de manières de s’en protéger», expliquait la journaliste la semaine dernière lors d’une présentation à la presse. «Notre volonté, pour un sujet aussi concernant, est de donner la parole à chacun, d’apporter des éléments d’enquête très précis, de donner un maximum d’informations aux gens pour qu’ils se forgent une opinion», a-t-elle ajouté, soulignant le fait que «peu d’émissions complètes, abordant plusieurs angles» auraient été consacrées à la molécule de synthèse.

Une seule thématique, mais différents formats. Vous n’avez rien suivi aux «Monsanto papers» et aux manipulations scientifiques du géant de l’agrochimie récemment racheté par Bayer ? Vous ne savez pas qui est Dewayne Johnson, le jardinier malade qui a fait plier le géant ?




Vous ignorez que le Sri Lanka a interdit la substance en 2015 mais peine à amorcer un changement définitif des pratiques ? Voici de quoi vous remettre à jour. En France, les changements traînent aussi malgré les promesses du président : après le double rejet des amendements destinés à interdire le glyphosate, les député·e·s de la majorité expliquent pourquoi les bancs de l’Assemblée étaient quasiment vides au moment de voter. Et une question reste posée : dans quelle mesure ont-ils vraiment eu le choix de leur vote ?




Plus original, l’émission s’aventure dans un reportage inspiré de la télé-réalité, du genre «Vis ma vie» ou «On a échangé nos mamans». Le pitch ? Olivier et Vincent sont tous les deux céréaliers. L’un, dans le Loiret, a abandonné les pesticides chimiques au début des années 90, l’autre défend tant qu’il peut son droit au «glypho» qu’il décrit comme un «produit de défense des cultures» ou même «produit de santé». Dans l’Aisne, ce dernier boit son café dans un mug estampillé «Roundup», quand son confrère s’extasie de la bonne odeur des phacélies. Chacun va passer 48 heures dans la ferme de l’autre. Nouveauté encore, l’émission a également organisé son propre «glyphotest», sollicitant une douzaine de personnalités et une quinzaine de citoyens lambda afin de les soumettre à des analyses d’urines… Et le résultat n’a rien d’une bonne surprise.

La plongée tous azimuts sur les traces de ce produit chimique omniprésent dont il semble si compliqué (mais pas impossible) de se débarrasser est dense et édifiante… Et pourtant bien des aspects ne sont pas abordés, des aveux mêmes de la célèbre présentatrice, l’équipe aurait pu fournir «une semaine d’émissions» sur le seul glyphosate !

Aurélie Delmas 

Source : https://www.liberation.fr/planete/2019/01/14/une-soiree-plateau-tele-au-glyphosate-ca-vous-tente_1701660