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lundi 9 mars 2026

Pour protéger ses habitants des pesticides, une commune rachète les terres agricoles avoisinantes

Pour protéger ses habitants 

des pesticides, 

une commune rachète 

les terres agricoles avoisinantes

parcelle agricole longeant des habitations


À L’Houmeau, près de La Rochelle, la mairie acquiert des parcelles polluées aux pesticides pour les mettre en prairie. « La santé n’a pas de prix », assure l’édile. Un choix politique qui lui a valu des menaces d’une figure locale de la FNSEA.

Nolwenn Weiler, Sophie Chapelle
 

Jean-Luc Algay, maire de L’Houmeau, montre les parcelles rachetées par la commune, le 3 février 2026. © Nolwenn Weiler

« On me dit : ’’vous êtes écolo’’. Je réponds, je suis centre droit. » Jean-Luc Algay est un maire qui a décidé de protéger sa population des pesticides. Élu depuis 2014 à L’Houmeau, une commune de 3000 habitants au nord-ouest de La Rochelle (Charente-Maritime), il se bat pour racheter les terres agricoles qui bordent les habitations. « Pour le moment, on a racheté quasiment 20 hectares. »

Dans une salle de la mairie, l’homme de 61 ans nous montre la carte de L’Houmeau. « Vous voyez la partie orange ? Ce sont des cultures intensives. » Des céréales y sont essentiellement cultivées, avec leur lot d’insecticides, de fongicides et d’herbicides épandus régulièrement. Quand on évoque la mise en place de zones tampons entre les habitations et les épandages, Jean-Luc Algay balaie la mesure : « il faudrait au minimum 100 mètres » quand une distance de 5 à 10 mètres est aujourd’hui préconisée par le ministère de l’Agriculture. « Ça ne sert à rien », tranche-t-il.

Son équipe et lui ont fait un autre choix. « On s’est battus pour que ces 44 hectares passent en espace naturel sensible, explique-t-il. Si tel est le cas, quand un propriétaire vend, c’est la collectivité qui est prioritaire pour acheter et non plus la Safer [instance collective qui attribue le foncier, ndlr]. » Une délibération en ce sens est adoptée par la commune, soutenue par le département. « La chambre d’agriculture a répondu non, mais hors délai », précise Jean-Luc Algay.

« Toutes ces saloperies qu’on jette dans les champs »

Pourquoi avoir fait du rachat des terres une priorité du mandat ? « Ce qui m’éveille, ce sont les premières mesures de l’Atmo [observatoire de la qualité de l’air, ndlr] en 2014 » qui relève notamment les données concernant les pesticides dans l’air. « Je découvre qu’il y a potentiellement un gros impact sur la santé humaine. » Jean-Luc Algay évoque aussi le souvenir de son père, agriculteur. « Je reste marqué par les grands gants qu’il portait pour remuer les produits. Sa peau était fripée. Il me disait : ’’regarde toutes ces saloperies que l’on jette dans les champs". »

« Certains habitants ne comprenaient pas pourquoi on voulait racheter les terres », se souvient Aurélie Crouzeau, maire adjointe à l’enfance et la jeunesse de L’Houmeau. « Il a fallu beaucoup expliquer et communiquer. » La commune met en avant la protection de l’environnement et du cadre de vie avec ses zones de marais et son espace Natura 2000. « Le bourg est aussi sous vent dominant ouest à 80 %, on reçoit beaucoup de molécules. Et le ruissellement pose la question de la qualité des eaux », ajoute Jean-Luc Algay, alors que des ostréiculteurs sont installés à proximité.

Vue sur une parcelle de L’Houmeau, achetée par la commune en 2024. © Nolwenn Weiler

Le maire écrit donc des courriers aux propriétaires, dont une grande partie ne vit plus sur la commune et loue ses terres à des agriculteurs. Il renouvelle l’opération chaque année. « Les personnes m’appellent pour me dire qu’elles ne veulent pas vendre. Je les laisse cogiter et mûrir leur décision. Chaque fois qu’il y a un article dans la presse sur les pesticides, cela décante. Et cette année, une dame nous a vendu 11 hectares d’un coup. » Au prix de 0,5 euro le mètre carré, l’acquisition de ces onze hectares représente une somme de 55 000 euros pour la commune. Avec quel retour sur investissement ? « La qualité de vie ! La santé n’a pas de prix », assume Jean-Luc Algay.

Menacé de séquestration par la FNSEA locale

Ces rachats de terres agricoles ne sont pas du goût du syndicat agricole majoritaire, la FDSEA. Ses adhérents déversent, le 22 mars 2023, du fumier et des pneus à l’entrée et à la sortie de L’Houmeau. « Ce n’était qu’un premier avertissement. S’il faut séquestrer le maire dans sa mairie, nous le ferons. Nous voulons être tranquilles pour travailler. Si nous laissons faire, ce qui se passe à L’Houmeau, se passera ailleurs », menace à cette occasion Sébastien Brochet, président de la FNSEA pour le canton de La Rochelle, dans le journal Sud-Ouest.

« Un représentant cantonal de la FNSEA n’a pas à dire ce genre de choses. Ma famille a eu peur, nous confie Jean-Luc Algay, trois ans après les faits. Je ne comprends pas qu’on soit de suite dans l’agression. Alors, j’ai déposé plainte. J’ai reçu un courrier d’excuses mais sans signature. Ce n’était pas suffisant. Le procureur a convoqué ce représentant, qui a fait l’objet d’un rappel à la loi. Ça a fonctionné. » Les menaces ont cessé. 

Localement, le dialogue n’a pas non plus toujours été évident avec les deux exploitations agricoles qui louaient les terres en cours de rachat par la commune. « Je ne leur jette pas la pierre, nous devons les accompagner à la transformation de l’agriculture. On a proposé que la commune les rémunère pour transformer en cultures raisonnées. Ils nous ont dit ’’non, nous, on nourrit le monde’’. »

La parcelle en arrière-plan a été achetée par la commune de L’Houmeau en 2025. © Nolwenn Weiler

 Le maire assure que les relations avec ces agriculteurs sont aujourd’hui apaisées. « On ne met pas les agriculteurs dehors. » Une fois les terres rachetées, la commune laisse les baux courir. Quand ceux-ci sont terminés, les agriculteurs cessent de cultiver les terres qui sont mises en prairie par la commune. « On laisse la végétation faire son évolution, et on fauche une à deux fois par an. On veut replanter des haies, avec un projet de cheminement à travers les 44 hectares. »

L’eau du sous-sol polluée aux pesticides

Initialement, la mairie projetait aussi d’installer un maraîcher en agriculture biologique. Mais des analyses de la qualité de l’eau de la nappe phréatique, menées par le laboratoire Qualyse en mars 2024, entravent ce projet. La découverte fait suite à des forages menés à 15 mètres de profondeur pour développer du chauffage par géothermie sur nappe à destination du groupe scolaire. C’est l’opérateur qui a alerté la commune. La teneur en nitrates – qui proviennent principalement des engrais azotés utilisés en agriculture pour favoriser la croissance des plantes – est supérieure à la norme (64,2 mg/l d’eau), quand, dans l’eau potable, elle doit être au maximum de 50 mg/l pour les adultes et de 10 mg/l pour les nourrissons.

 « S’il y a beaucoup de nitrates, quid du reste ? » s’interroge alors Jean-Luc Algay. Inquiet, il demande de nouvelles analyses portant cette fois sur une centaine de résidus de pesticides connus. Les analyses montrent la présence, en quantité importante, de diméthachlore (résidu d’un herbicide pour le colza), de dieldrine (insecticide utilisé en agriculture et pour la protection des bois de charpente contre les termites, pourtant interdit depuis 1972) et d’un fongicide, le chlorothalonil, qui a entraîné la fermeture de captages d’eau potable sur le territoire de La Rochelle. Ce dernier est mesuré à 1,3 mg/l, soit au-delà de la limite, fixée à 0,1 mg/l. 

Extraits des analyses des eaux souterraines de L’Houmeau, réalisées par le laboratoire Qualyse en date du 4 décembre 2023 © DR

« J’ai envoyé ces analyses à l’ARS [Agence régionale de santé, ndlr], en précisant qu’il y avait de nombreux puits dans la commune dont les habitants se servaient pour arroser leur potager. Fallait-il leur dire que leur eau était polluée ? » se remémore le maire.

Dans un courrier du 3 mai 2024 que nous avons consulté, l’ARS demande à la commune d’avertir les habitants de la pollution des eaux de leur puits, en conseillant de laver abondamment les légumes avec l’eau du réseau public avant consommation. En cas d’installation de maraîchers, ces derniers doivent réaliser des analyses préalables pour contrôler la qualité des terres et de l’eau utilisée.

« On a donc informé les habitants et on a, pour le moment, mis en suspens le projet d’installer des producteurs maraîchers. On attend que les prairies fassent leur œuvre, et on refera un sondage dans quelques années pour voir l’état des nappes », décrit Jean-Luc Algay.

Une cantine à 82 % de produits bio et labellisés

La mairie mise tout de même sur des approvisionnements en bio et en local – dans un rayon d’une centaine de kilomètres – pour la cantine scolaire, qui sert en moyenne 200 repas par jour. Aux manettes, on retrouve Thiébaut Lévêque, cuisinier et responsable du restaurant scolaire depuis 2019. « Nous sommes à 82 % de produits bio et labellisés sur tous les produits qu’on commande », souligne-t-il, quand la loi Egalim exige un minimum de 20 % en produits bio.

La mairie de L’Houmeau vise l’acquisition de 44 hectares de terres agricoles au total. Elle a racheté, pour le moment, quasiment 20 hectares. © Sophie Chapelle

La viande comme les fruits et légumes sont à plus de 80 % en bio. « Ce qui nous fait tomber le pourcentage, ce sont les goûters, plus conventionnels. Financièrement, on retombe sur nos pieds : certains produits locaux sont moins chers, plus faciles à cuisiner et il y a moins de pertes », explique le cuisinier.

Pour limiter les coûts, un gros travail a été mené sur le gaspillage, avec des sessions de pesée et la mise en place d’un compost. « On sert les enfants au fur et à mesure, en petite quantité, et ils peuvent redemander. On est aujourd’hui à 25 grammes par élève de déchets quand la moyenne nationale est de 110 grammes. Sachant que le but reste de faire plaisir aux enfants et qu’ils mangent. » Thiébaut Lévêque a lancé un groupe Facebook, « Ma cuisine bien aimée », dont l’accès est réservé aux parents d’élèves. Il y présente chaque jour le menu des enfants et réalise des photos et vidéos des produits cuisinés dans le but de rassurer sur la provenance et l’équilibre de ce qui est proposé.

Une commission « enfance-jeunesse-restauration » a aussi été établie, composée notamment de parents d’élèves. La maire adjointe Aurélie Crouzeau en fait également partie. « Le passage au bio a été discuté en interne entre l’adjointe déléguée et le cuisinier. Les parents en sont très contents. » Un travail est actuellement amorcé sur les nuisances sonores dans la cantine et sur la filtration de l’eau.

L’élue l’assure : « On ne pourra pas tout changer mais cette cantine avec beaucoup de bio, c’est une solution que l’on propose aux gens. » Jean-Luc Algay, candidat à sa réélection pour les municipales de mars, n’a par ailleurs pas renoncé au projet d’installer à moyen terme des maraîchers. « Si nous sommes réélus, on prévoit des logements pour eux. »

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Source : https://basta.media/Pour-proteger-ses-habitants-des-pesticides-commune-LHoumeau-rachete-terres-agricoles-avoisinantes-Charente-Maritime 

dimanche 8 mars 2026

Perpignan : en pleine crise de l’eau, la mairie RN mise sur Dieu, l’État et le béton

Perpignan : 

en pleine crise de l’eau, 

la mairie RN mise 

sur Dieu, l’État et le béton

 

 
Jean-Claude Fain, militant d'Alternatiba, compte les oiseaux sur un site vendu par la mairie RN pour construire un centre nautique à plus de 10 km de la mer.

Municipales — Face à la sécheresse, le maire RN de Perpignan Louis Aliot a réagi à l’opposé des recommandations environnementales : pas de vision sur le long terme, et des mégaprojets qui artificialiseraient encore plus de terres.

Perpignan (Pyrénées-Orientales), reportage

Au plus fort de la crise de l’eau, qui a assoiffé l’ensemble du département des Pyrénées-Orientales, Perpignan a prié. À l’occasion de leur sortie la plus médiatique autour de cet épisode dramatique, plusieurs élus de la municipalité Rassemblement national (RN) ont rétabli un rituel médiéval consistant à conduire les reliques de Saint-Gaudérique vers la rivière de la Têt pour invoquer la pluie en mars 2023. À la question de savoir s’il en était à l’origine, l’ancien élu dédié à l’eau, Georges Puig, assume : « Et ça a très bien fonctionné… »

En place depuis 2022, les restrictions préfectorales liées à la sécheresse n’ont pourtant quasiment jamais été levées jusqu’aux pluies diluviennes de ces derniers jours. Une situation sans précédent à l’échelle du territoire national. Les nappes phréatiques étaient à sec, l’approvisionnement en eau potable menacé, les cours d’eau asséchés… Et les agriculteurs, contraints de réduire leurs prélèvements en eau de 30 à 80 % selon les systèmes d’irrigation utilisés.

Paillage des plantations et festival de l’eau

Un déficit historique auquel le maire RN Louis Aliot a répondu par quelques petites mesures, sans toutefois changer de paradigme. Ici, on a surtout réutilisé l’eau de la piscine municipale pour nettoyer les rues du centre-ville, paillé les plantations de l’espace public et organisé un festival de l’eau, destiné à sensibiliser le public perpignanais une fois par an. Au programme : des jeux, des conférences sur l’approche religieuse de la ressource, et des spectacles « son et lumière »… Mais c’est à peu près tout. Contacté à maintes reprises, Louis Aliot n’a pas souhaité répondre à nos questions.

En interne, certains élus regrettent de n’avoir eu aucune directive. « Depuis le départ de Frédéric Bort [ex-directeur de cabinet qui a quitté le maire en 2023], il n’y a même plus de réunions d’adjoints », confie-t-on à Reporterre. Et visiblement, dans les services, les informations passent mal, au point que des agents ont arrosé le stade de rugby en pleine période de restriction.

800 euros d’amende pour usage illicite de l’eau

Une erreur pour laquelle la Ville de Perpignan a été condamnée à une amende de 800 euros pour usage illicite de l’eau, et dont le maire n’a appris l’existence que lors de son propre procès en appel, en janvier dernier, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du RN.

« Cet arrosage avait été demandé par la Fédération française de rugby, conformément aux règles applicables à l’organisation des compétitions sportives professionnelles, et présentées au préfet du département alors en fonction », s’est-il justifié après coup sur ses réseaux sociaux.

« Une vision qui relativise le changement climatique »

Vice-présidente de la Région Occitanie pour les questions environnementales, Agnès Langevine pointe un désintérêt structurel : « Louis Aliot n’était pas à la table de l’État et de l’agence de l’eau lors des réunions de crise. Il s’est totalement déchargé sur la communauté urbaine [...] Il relève d’une vision plus globale qui relativise le changement climatique, et il n’en tient pas compte en termes d’aménagement urbain », dit l’élue, qui est aussi candidate (Place publique et PS) pour l’élection municipale.

Parmi les projets qui témoignent de cette gestion contre-intuitive : la nouvelle avenue des Baléares, au sud du centre-ville, « qui est en fait un nouvel îlot de chaleur, argue-t-elle. Il y a des arbres certes, mais ils ne rendent pas le même service que ceux qui ont été arrachés, et on retrouve le goudron noir tel qu’on l’utilisait il y a 15 ans et nécessitant des substances toxiques. »

Selon son opposante Agnès Langevine, Louis Aliot «  n’intègre pas  » la sécheresse dans sa vision politique. © David Richard / Reporterre
 

Il existe bien des revêtements alternatifs, tant d’un point de vue écologique que thermique, mais, à Perpignan, il n’en a pas été question. La commune n’a pas non plus initié de « campagne de renaturation de la voirie ou des écoles », qui ont pourtant tendance à suffoquer dès le début du mois de juin. « Il [le maire, Louis Alliot] ne prend pas la trajectoire de la sécheresse, il ne l’intègre pas dans sa vision, ni dans ses investissements », insiste la candidate.

Farouche opposant à la loi Zéro artificialisation nette, l’année dernière, Louis Aliot a bataillé dur au moment des négociations autour du Plan local d’urbanisme intercommunal pour qu’il absorbe — en vain — deux projets de parcs pharaoniques. Dans les tuyaux depuis 2023, le premier concerne un parc d’attractions sur le thème du jeu vidéo et du cinéma, et pourrait voir pousser des montagnes russes, 1 400 chambres d’hôtel, des studios de cinéma, et une arène d’e-sport, et fait mathématiquement exploser le nombre de surfaces artificialisées…

Un projet « bien ficelé »

Au micro d’Ici Roussillon en juin 2024, le maire de Perpignan défendait toujours le projet, qu’il jugeait « bien ficelé ». Il dit aussi compter sur une intervention de l’État « pour déroger à la règle » et contourner le Schéma de cohérence territoriale, un document d’urbanisme visant à anticiper les conséquences du dérèglement climatique.

Le deuxième gros projet ambitionne de faire du mas Delfau un petit temple catalan des loisirs nautiques, mais sur un terrain de 18 hectares totalement à sec. Cédé par la Ville à deux promoteurs pour la somme totale d’un million d’euros, cet ancien domaine viticole pourrait accueillir trois plans d’eau d’une capacité annoncée d’environ 60 000 mètres cubes, avec canoës, paddles, téléskis, et guinguette.

Il comprendrait également des chambres d’hôtes, et un ensemble de bureaux sur une surface de 10 000 m². Un projet jugé « aberrant » par les militants d’Alternatiba, qui ont organisé un happening en maillot de bain sur cette friche enherbée, il y a près d’un an. 

Ce champ à proximité du mas Delfau ferait partie de la zone du projet de parc nautique. © David Richard / Reporterre

« C’est toujours la même logique : nos élus disent que l’eau est perdue parce qu’elle va à la mer. Ils disent qu’ils alimenteront les lacs grâce au canal de Perpignan et à l’agouille de Fontcouverte, qui avait été créée par les rois de Majorque pour alimenter le mas, mais il n’y a quasiment jamais d’eau », soupire Philippe Poisse, militant d’Alternatiba, devant le maigre ruisseau qui encadre cette zone où la nature a repris ses droits. « Pour eux, ce n’est pas un problème de raréfaction, c’est un problème de gestion », complète encore Mélina Dufraigne, qui milite dans le même mouvement écologiste.

Un problème de gestion, mais aussi de priorité. « La zone manquait d’activités de bien-être et de loisirs », s’est justifié l’adjoint au maire Frédéric Gourier lors de la présentation du projet en juillet dernier. « Les responsables d’entreprises qui viennent nous voir pour prendre un premier contact avec la ville demandent des services de bureau un peu particuliers. Ils espèrent du loisir pour leurs collaborateurs et des espaces agréables », rapporte encore le média local Made in Perpignan.

Même constat du côté d’Oxfam, dont la dernière enquête épingle la municipalité pour le projet de ZAC Pou de los Colobrès, qui prévoit la création de 800 logements et 20 000 m² de bureaux sur un terrain de 34 hectares, sans jamais se demander si la ressource en eau sera suffisante.

« Les communes dirigées par l’extrême droite agissent à contresens de l’urgence climatique »

« Les communes dirigées par l’extrême droite agissent à contresens de l’urgence climatique en prenant des décisions qui aggravent l’exposition de leurs habitants aux risques climatiques », estime l’ONG, qui a pointé des logiques similaires à Fréjus, Moissac, Beaucaire et Hénin-Beaumont.

En période de pénurie, ces projets gourmands en ressources et en béton font tache. Pour le chercheur Éric Rémy, professeur en sciences de gestion à l’université de Perpignan, ils sont symptomatiques de l’« économie de rente » qui sclérose le territoire. « Ils s’appuient sur un potentiel climatique qui a été positif pendant pas mal d’années, mais qui ne l’est plus, dit-il en référence aux effets du changement climatique sur la région.

« Il faudrait passer d’un paradigme d’attractivité à un paradigme d’habitabilité ; mais à l’inverse, les acteurs cherchent à produire plus d’eau et ils ne réfléchissent pas assez à la question de la sobriété », poursuit le chercheur, qui est aussi membre du Cat’ecopol, un atelier d’écologie politique créé dans la foulée d’une tribune signée par 92 chercheurs catalans, « Pour un territoire habitable et résilient », en février 2024.

Du déni au techno-solutionnisme

Au même moment, Louis Aliot réclamait l’ouverture d’un « plan Marshall pour l’eau » et des aides financières de l’État. Aujourd’hui encore, il milite pour la création d’une unité de dessalement de l’eau de mer, sans se pencher sur les risques de pollution thermique liée au rejet des boues salines.

« Il se réfère à un projet porté par la ville de Barcelone, mais c’est le niveau zéro du techno-solutionnisme, regrette David Berrué, militant écologiste. Après trois ans de sécheresse, quand elle n’a plus les moyens de dire que ce n’est pas un sujet, l’extrême droite se mure dans une foi illimitée envers les solutions techniques. Elle est dans une logique urgentiste et ça lui suffit. » En bref, soit elle se défausse sur la technologie, soit elle s’en remet à la volonté de Dieu…



Retrouvez tous nos articles sur les municipales ici.

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Source : https://reporterre.net/Perpignan-en-pleine-crise-de-l-eau-la-mairie-RN-mise-sur-Dieu-l-Etat-et-le-beton?fbclid=IwY2xjawQXBDZleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeF6MH8li1-54GX3OMcrBmKmwX5hSFBonra4uaTlWEOJgDLi-xlVLDwNSwOIc_aem_H-aC4i89ew_WidP2VpgAHg

samedi 7 mars 2026

La lettre antiraciste de Mediapart - Aux municipales, la vague raciste monte et les digues ont sauté

 

In Extremis
 
 Se désintoxiquer du racisme,
raconter des imaginaires pour s’en libérer
 
 jeudi 05 mars 2026

Deux fois par mois, retrouvez ici 
une sélection d’articles de Mediapart 
 et des contenus inédits pour se désintoxiquer du racisme. 
Ce numéro vous a été transféré par un·e ami·e 
L'édito
Aux municipales, la vague raciste 

monte et les digues ont sauté





Par Sarah Benhaïda, journaliste au pôle politique de Mediapart

Chaque jour, des gens prennent le temps de taper des messages d’insulte, de réaliser des photomontages racistes ou de laisser des commentaires xénophobes, islamophobes ou négrophobes pour les insulter : pour les candidats et candidates racisées aux municipales des 15 et 22 mars, cette élection est celle de la déferlante raciste. Une vague bien plus grande encore qu’aux élections précédentes, disent celles et ceux qui se sont déjà soumis au suffrage.

Dans un pays où la représentation nationale se lève pour une minute de silence en hommage à un militant d’extrême droite, où des néofascistes peuvent défiler aux cris de « sale bougnoule » et « sale race de merde » sous les saluts nazis, la parole raciste – si elle en avait besoin – s’est libérée. Les débats des municipales l’ont encore montré. On ne compte plus le nombre de digues qui ont sauté quand citer Maurras (Aurore Bergé) ou Pétain (Martine Vassal) n’est désormais plus tabou, mais revendiqué et répété.

Les candidats et candidates que Mediapart a rencontré·es s’accrochent. Mais combien d’autres ont jeté l’éponge ? Combien d’autres continuent à se dire que la fonction d’élu·e, ce n’est pas pour eux ou pour elles ? Des partis, comme Les Écologistes, se sont dotés de charte appelant à plus de diversité. Mais ces textes non coercitifs sont généralement ignorés dès le lendemain de leur adoption. Des associations lancent aussi des appels à des villes antiracistes ou des listes représentatives. Mais là aussi, nulle contrainte pour imposer cette nouvelle parité.

Pourtant, la question est démocratique et urgente car, affirme Nassurdine Haidari, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), « toute une génération ne veut plus aller voter parce qu’elle se dit que ça ne sert à rien de voter pour des gens qui ne lui ressemblent pas et qui ne vivent pas ce qu’elle vit ». Et de prévenir : « Cette désertion des urnes, par ricochet, ça arrange les affaires du Rassemblement national. »


Le parti lepéniste et sa pratique du pouvoir, les habitant·es racisé·es de Perpignan (Pyrénées-Orientales) sont probablement celles et ceux qui en témoignent le mieux. Dans la vidéo de mes collègues Bérénice Gabriel et Khedidja Zerouali, ils et elles racontent les « provocations au quotidien » du maire Louis Aliot, entre nostalgie de la colonisation française en Algérie, brutalité urbanistique et campagnes islamophobes.

Une piqûre de rappel salutaire à l’approche de municipales pour lesquelles Jordan Bardella et Bruno Retailleau, toute honte bue, appellent à faire « barrage » et à dérouler le « cordon sanitaire » autour de La France insoumise.

vendredi 6 mars 2026

Nucléaire - Menace d’expulsion : gare à la revanche !

Menace d’expulsion : 

gare à la revanche !

 Paru dans Sortir du nucléaire n°108 mis en ligne le 24 février 2026

 



Située près de Bure, sur le tracé de la voie ferrée par laquelle transiteraient les convois de déchets nucléaires, l’ancienne Gare de Luméville est un lieu emblématique de la lutte contre Cigéo. Rachetée par des militant·es dans les années 2000, elle a récemment subi une procédure d’expropriation, et est menacée d’expulsion depuis le 11 octobre 2025. Rencontre avec Camille et Clara pour comprendre comment s’organise l’occupation de la Gare.

 

Depuis cet été, il y a eu la Manif du Futur, et le camp Septembre Infini pour préparer son occupation. Une audience aura lieu le 17 décembre pour fixer le calendrier de la procédure d’expulsion. Comment vivez-vous cette occupation ?

Clara : L’audience devait se tenir le 5 novembre, on avait peur de l’expulsion chaque matin. Avec son report le sentiment d’urgence est retombé. C’est un lieu qui reste précaire, on attend l’audience de décembre qui risque de rendre le lieu expulsable. Ça impliquera une intervention des flics pour nous virer d’ici.

Vous produisez des vidéos humoristiques ou radicales sur ce qui s’y passe, qu’est-ce que vous avez eu envie de montrer de la vie de la Gare ?

Camille : Ça permet d’apporter un peu de légèreté à ce qu’on vit, de faire des trucs drôles et ironiques, dans un contexte répressif pesant.

Clara : D’autres vidéos sont à venir !

La répression policière en local s’intensifie, comment ce qui se passe à la gare influe sur le reste de la lutte à Bure ?

Camille : À la Gare, en septembre dernier, on ressentait de la surveillance et ça s’est accentué autour de la Manif du Futur. Sur les autres lieux, comme d’habitude, il y a des patrouilles de keufs qui passent régulièrement.

Clara : Les compagnies de gendarmes changent tous les mois ou toutes les deux semaines. Elles ont des types de répressions différentes : parfois ça va être plus ’calme’, d’autres fois l’occupation du terrain va être plus violente, avec du harcèlement policier, des provocations très fortes, des vols de matériels, de la violence physique et des arrestations abusives.

Comment vous envisagez les mois qui viennent ?

Clara : Il a plein de choses qui se déroulent en ce moment : les opérations DR0, les forages et travaux sur la voie ferrée, le défrichage du Bois-Lejuc... Perdre la gare ce serait perdre un lieu d’occupation, d’émancipation, un lieu de vie, un lieu où des gens se sentent mieux que dans les espaces habituels de la société, avec beaucoup de bons souvenirs. C’est une partie de ma vie, la Gare.

Camille : C’est aussi la perte d’un symbole de la lutte.

Vous êtes en lien avec d’autres luttes ou zones occupées ?

Clara : C’est une lutte antinuke ici, mais d’autres personnes portent des luttes diverses, d’émancipation. Récemment on s’est rapproché·es de luttes anti-technologies, antispécistes. Il y a des gens investis dans la lutte contre l’A69. Des personnes qui s’étaient mobilisées le 10 septembre. Des luttes sur les frontières, en soutien aux personnes sans-papiers. On a aussi quelques liens avec des collectifs antifa, comme avec le rassemblement à Bar-le-Duc contre un lieu néonazi.

Camille : Et puis il y a des gens d’autres pays, notamment de Suisse et d’Allemagne.

Un mot à ajouter ?

Camille : Venez occuper la gare si elle n’est pas déjà expulsée !

Clara : Venez réoccuper la gare si elle a déjà été expulsée !

Pour soutenir la gare à distance :

 bureburebure.info/comment-soutenir-la-gare-a-distance/
 bureburebure.info/nous-soutenir/

Propos recueillis par Garance Dupouy Bossu et Mathilde Damecour


  

Source : https://www.sortirdunucleaire.org/Menace-d-expulsion-gare-a-la-revanche?origine_sujet=LI202602 

jeudi 5 mars 2026

Les 10 bonnes nouvelles de la semaine - Sécu, climat et contre-loi

Sécu, climat et contre-loi : 

les 10 bonnes nouvelles 

de la semaine


Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? 

Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.

 

 

1. Bruxelles adopte une résolution sur la Sécurité sociale de l’alimentation

Le Parlement bruxellois a adopté à 60 % une résolution, non contraignante, en faveur d’une Sécurité sociale de l’alimentation, demandant une étude nationale et un soutien public aux projets existants. (La Relève et la Peste)

 

2. Climat : des communes misent sur l’adaptation locale

Un rapport d’Oxfam recense 24 mesures déjà mises en œuvre par des villes françaises pour faire face au dérèglement climatique (végétalisation, rénovation thermique, désimperméabilisation, ORE). Malgré ces initiatives, les communes manquent de financements face à des besoins estimés à 1,5 milliard d’euros par an. (La Relève et la Peste)

 

3. Agriculture : le collectif Nourrir propose sa contre-loi

Au Salon de l’agriculture, le collectif Nourrir a présenté une proposition de loi pour protéger les revenus paysans (interdiction des ventes à perte), développer le bio en grande distribution, renforcer la protection de l’eau et interdire certains additifs nocifs. (Vert)

 

4. Parlement européen : une résolution reconnaît les femmes trans

Le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante reconnaissant les femmes trans comme des femmes et affirmant leur inclusion dans les politiques d’égalité de genre. Les conservateurs et l’extrême droite ont voté contre. (Politis)

 

5. Yangtsé : la biodiversité repart après l’interdiction de pêche

Depuis l’interdiction totale de pêche en 2021, la biodiversité du fleuve Yangtsé se rétablit : la biomasse de poissons a plus que doublé en trois ans et des espèces rares, comme le marsouin aptère, réapparaissent, selon une étude publiée dans Science.(CNRS)


6. États-Unis : des ONG attaquent l’abrogation d’un texte climatique

Une coalition d’associations environnementales poursuit l’administration Trump après l’abrogation du « constat de mise en danger » de 2009, fondement juridique des régulations fédérales sur les gaz à effet de serre. Elles jugent la décision illégale et annoncent une bataille judiciaire pouvant aller jusqu’à la Cour suprême. (Le Monde)


7. PFAS : 1 400 riverains poursuivent 3M en Belgique

Quelque 1 400 habitants près de l’usine 3M de Zwijndrecht accusent le groupe de les avoir exposés aux PFAS et réclament 20 000 euros chacun. L’affaire fait suite à la découverte, en 2021, de fortes contaminations des sols, de l’eau et du sang des riverains. (Reporterre)


8. Afrique du Sud : des cornes de rhinocéros rendues radioactives contre le braconnage

Une université sud-africaine injecte des isotopes radioactifs inoffensifs dans les cornes de rhinocéros pour les rendre détectables aux frontières. L’objectif est de lutter contre le trafic, alors qu’environ 500 rhinocéros sont braconnés chaque année dans le pays.(L’actualité)


9. Norvège : fin des poulets à croissance rapide d’ici 2027

L’industrie avicole norvégienne abandonnera d’ici 2027 les races de poulets à croissance rapide, accusées de graves problèmes de bien-être, au profit de souches plus lentes. Le pays élève environ 70 millions de poulets par an et deviendrait le premier à généraliser ces races dites « à meilleur bien-être ». (The Canary)


10. Canicules : la végétalisation réduit la mortalité à Paris

Une étude de l’Inserm montre que les arrondissements parisiens les plus végétalisés enregistrent moins de décès lors des fortes chaleurs. L’effet des espaces verts apparaît plus déterminant que le niveau socio-économique, avec un rôle clé de l’âge des habitants et du bâti ancien. (ID, l’Info Durable)

Image de couverture – Adrian Siaril – Unsplash

– Mauricette Baelen

  

Source : https://mrmondialisation.org/secu-climat-et-contre-loi-les-10-bonnes-nouvelles-de-la-semaine/ 

mercredi 4 mars 2026

Perpignan la déclassée : « Une radioscopie qui ressemble à une autopsie »

Perpignan la déclassée : 

« Une radioscopie qui ressemble 

à une autopsie »

 

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    Comment en est-on arrivé là ? Dans leur nouveau livre, Perpignan, déclassement et droitisation, publié aux éditions Trabucaire, Nicolas Lebourg, Dominique Sistach et David Giband décortiquent la ville. Perpignan scrutée, examinée et expliquée, à quelques semaines des élections municipales. Le mardi 27 janvier, Nicolas Lebourg et Dominique Sistach, excusant leur troisième collègue, sont venus présenter leurs conclusions auprès des ambassadeurs de Made in Perpignan.

    Scalpel en main, ils sont trois auteurs à avoir disséqué Perpignan. Nicolas Lebourg, historien spécialiste des extrêmes droites, Dominique Sistach, chercheur en sciences sociales, et David Giband, géographe et urbaniste, publient ce 25 février Perpignan, déclassement et droitisation. Leur thèse : Perpignan est engagé dans un processus de déclassement de long terme.

    La désindustrialisation entraîne Perpignan dans sa chute

    Premier déclassement : celui de la désindustrialisation. « Perpignan a été industrialisée mais elle n’a pas été capable d’innover technologiquement. » Cette perte de vitesse économique se poursuit avec la « mission Racine », plan d’aménagement touristique du nom de Pierre Racine, lancé en 1963. « L’État va investir des fortunes pour aménager l’héliotropisme (installation des populations dans des régions ensoleillées). Mais le réinvestissement va se faire en dehors du territoire. »

    « Le déclassement de Perpignan se fait dans l’immédiat après-guerre et ne fait que s’accélérer. » Et ce, d’après les chercheurs, malgré les « tentatives de sursaut » de Paul Alduy, élu maire en 1959. L’ouvrage détaille des années de perte de dynamisme économique, culturel et démographique, en particulier à Perpignan. « La ville se vide par le milieu. » Selon Dominique Sistach, des « sociétés du lotissement », se développent, portées par l’arrivée de nouveaux habitants.

    Un territoire sans boussole face aux velléités de l’extrême droite

    Dans le même temps, les auteurs notent une décomposition de la classe politique à partir de la démission de Jean-Paul Alduy. En 2009, le maire démissionne un an après sa réélection pour se consacrer à la présidence de la communauté d’agglomération. Il laisse la place à son adjoint Jean-Marc Pujol. « C’est ça qui redistribue les cartes. On est sur un territoire qui cherche un patron. »

    Un terreau fertile pour l’extrême droite. « Au bout de ce processus de déclassement et de droitisation, il ne reste qu’une solution. C’est le Rassemblement national qui rafle la mise. » Depuis le premier leader local du Front national (ex-RN), Mourad Kaouah, candidat aux législatives de 1986 jusqu’à l’élection de Louis Aliot à la mairie en 2020, le parti a progressé sur la pente du déclassement.

    Louis Aliot, le soir de sa victoire aux élections municipales de 2020

    « Le Rassemblement national n’a pas gagné cette ville. Gagner une ville, c’est la conquérir. Il l’a reçu », conclut Nicolas Lebourg.

    Les chercheurs voient une corrélation entre le nombre de personnes encartées dans un bureau de vote et le score du RN. Ces partisans, sans être forcément activement engagés, participent à sa normalisation. « Ça vous fait dire que ce ne sont pas des extrémistes, ce sont vos voisins. »

    Perpignan devient la périphérie culturelle de ses villages

    Les Déferlantes au Barcarès, le Bacchus Festival à Argelès-sur-Mer, les chercheurs notent également un décentrement de la culture des festivals. « C’est une configuration bien originale », notent les auteurs. Ils notent pourtant des succès à Perpignan. Nicolas Lebourg cite par exemple le festival Ida y Vuelta de la Casa Musicale, mais le territoire manque de mise en valeur de sa richesse culturelle. « On ne met pas en avant Nemir, un rappeur du coin qui fait des milliers de vues. Il a grandi dans le quartier Saint-Jacques, il a fait ses débuts à la Casa Musicale. Dans n’importe quelle ville, on l’érige en figure d’une jeunesse talentueuse. »

    Il ajoute : « il y a un effet miroir du déclassement », qui se retrouve plutôt dans le succès des figures telles que le snapchatteur de Saint-Jacques, Nasdas, et son concept de « chienneté ». « Il a retourné le stigmate de la pauvreté. Cela vient confirmer l’image du déclassement. » Pour rappel, à Perpignan, le taux de pauvreté s’élève à 34%, contre 15% en France.

    Ségrégation, racisme, criminalité : « Le laboratoire de ce que la France craint »

    Si Perpignan, déclassement et droitisation veut passer la ville à la loupe, le livre vise au-delà de l’analyse locale. « Il nous a semblé qu’on parlait aussi du reste de la France. Perpignan serait le laboratoire social de ce que la France craint. Cette France du déclassement que l’on ne veut pas voir. »

    Une France du déclassement et de la ségrégation. Nicolas Lebourg, Dominique Sistach et David Giband superposent des statistiques ethniques aux indices de niveau de vie. « Les quartiers les plus pauvres sont des quartiers massivement cosmopolites », note l’historien. Il explique que dans le quartier Clodion, 70% de la population porte un nom d’origine arabo-musulmane. « 70, ça veut dire que vous êtes sur le taux de ségrégation du recensement d’Alger en 1954. La force du Rassemblement national, c’est de mettre un clapet sur cette question. »

    Des questions évincées du débat public, il en existe d’autres selon les chercheurs. L’insécurité, notamment. Ni fantasmée, ni extrapolée. « On a une criminalité, elle aussi déclassée. » Le trafic de drogues surtout et la consommation qui l’accompagne. « On a vu la ville se transformer sous l’effet de la cocaïne », remarque Dominique Sistach. Selon le sociologue, Perpignan est la septième ville de France pour la consommation médicamenteuse de psychotropes. Environ 10% de la population y a recours.

    Une tolérance à la déviance

    Mais la problématique n’est jamais traitée à la racine, regrettent les chercheurs. « L’une des plaies de ce territoire, c’est l’absence d’espace public. Sans espace public, on ne discute pas rationnellement d’un problème. La moitié le met de côté, l’autre moitié raconte n’importe quoi. » Conséquences : dans les Pyrénées-Orientales, on s’habitue aux comportements hors cadre.

    « Nous sommes collectivement extrêmement tolérants face à un certain nombre de déviances. Il n’y a pas de plaintes pour racisme, homophobie, ou discrimination à la religion. Est-ce qu’on est dans un territoire dans lequel personne n’est discriminé par sa religion, par son ethnicité ou par son genre ? Ou bien alors c’est tellement la norme que personne ne va porter cette plainte. »

    Perpignan, déclassement et droitisation se penche sur une ville qui cherche à se comprendre et, peut-être, à se transformer. À quelques semaines des Municipales, le livre met en perspective des données qui ont été au centre de la campagne. Avant de mettre fin au débat, Made in Perpignan a demandé à Nicolas Lebourg et Dominique Sistach leur pronostic pour le soir du 22 mars. Ils ont là aussi rappelé les chiffres. Dans la région, 84% des maires sortants sont réélus, tout en rappelant que « l’aléa se joue dans les derniers jours d’une campagne. »

     Source : https://madeinperpignan.com/perpignan-la-declassee-une-radioscopie-qui-ressemble-a-une-autopsie/?fbclid=IwY2xjawQSZHVleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEepDzX_TnUZBNwfCISVm0VuDVbXxYxEr3ICOIy8My0znEJGAqES3ni_rDh64A_aem_sXIA6_ldC5F-uRMlU32pgg