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mercredi 5 août 2026

Un tuyau à 18 millions dans la vallée de l’Agly : quel partage de l’eau dans un avenir sec ?

 

Un tuyau à 18 millions 

dans la vallée de l’Agly : 

quel partage de l’eau 

dans un avenir sec ?

Philippe Becker

Le projet consiste à court-circuiter un passage parfois à sec du fleuve Agly en alimentant les canaux en aval pour les agriculteurs, côté Espira-de-l’Agly et Rivesaltes, par une conduite qui récupère de l’eau plus haut. Alors que la sécheresse menace toujours davantage, le point sur les conséquences et inquiétudes soulevées par ce projet, dont les travaux pourraient commencer en 2027.  

Par Virginie Demorget et Philippe Becker


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L’enjeu est de taille. Le Premier ministre a intégré le maillage de l’Agly dans une liste de 13 projets prioritaires au niveau national. Le canal d’irrigation de Latour-de-France se finit à Estagel. Plus en aval, on retrouve d’autres canaux qui arrosent les secteurs de Cases-de-Pène, Espira-de-l’Agly et Rivesaltes. Entre les deux, seulement le fleuve, avec des passages où l’eau ne circule, par périodes, qu’en souterrain.

Le projet à plus de 18 millions d’euros, soutenu par la préfecture, la Communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole ou encore la Chambre d’agriculture, profite d’une fenêtre de tir autorisant en ce moment près de 14 millions de subventions, dans le cadre du plan de résilience pour l’eau des Pyrénées-Orientales. Il consiste d’abord à rénover les canaux existants. « Il y aura des remblais, des renforcements de cuvelages, du tunnel… », liste Christine Portero-Espert, directrice de projet pour le plan de résilience. L’étanchéité gagnée devrait limiter les fuites du canal.

Comme l’explique Jean-Louis Fusillier, agro-hydrologue et président de l’ASA* de la Plaine qui gère notamment les canaux d’irrigation, le fonctionnement normal d’une ASA est en effet de s’engager à économiser la ressource et redistribuer en échange des travaux assurés sur le réseau.

La promesse d’un usage de derniers recours

Le volet principal concerne ce tuyau qui sera tiré entre Estagel et Cases-de-Pène, sur près de 12 kilomètres, pour irriguer plusieurs centaines d’hectares de cultures en aval. L’adducteur devrait être également connecté à des cuves et bornes pour les pompiers.

Christine Portero-Espert le promet, « il aura un fonctionnement de type assurantiel. Il ne sera utilisé que quand la prise d’eau de Rivesaltes ne pourra plus fonctionner parce qu’il n’y aura pas assez d’eau dans l’Agly. Ce n’est pas l’adducteur qui impose les restrictions, elles s’imposeront avec ou sans. »

Qui décidera de l’usage précis du tuyau ? A quel moment la crise sera jugée suffisante pour le mettre en route ? Selon la directrice, il faudra compter sur un comité décisionnaire qui pourrait être celui du barrage de Caramany, incluant les services départementaux, la Chambre d’agriculture et les gestionnaires de l’irrigation, notamment les trois ASA* concernées. La Communauté urbaine et les irriguants bénéficiaires en aval devraient financer le fonctionnement du dispositif. Christine Portero-Espert évoque des cotisations qui resteront abordables pour les agriculteurs.

Le tuyau qui peut le plus se contentera-t-il du moins ?

Les études réalisées jusqu’à présent ont pris en compte, selon la directrice, les années les plus sèches, dont 2023. Les gestionnaires, notamment les ASA qui gèrent l’irrigation, et les intercommunalités concernées ont signé les protocoles. Plusieurs émettent cependant des réserves et s’inquiètent.

Des usagers craignent que l’exception devienne la règle. Dimensionné pour 400 litres par seconde, le tuyau devrait en laisser passer 200 litres au maximum, dont 140 pour l’ASA de Rivesaltes, et le reste pour Espira-de-l’Agly et le secteur de Cabanac. Sera-t-on tenté, avec l’outil en main, de faire plus, ou plus souvent, c’est-à-dire davantage que lors de crises très exceptionnelles une poignée de fois par décennie ? Pour Jérémy Pastor, irriguant, « rien n’interdit qu’un jour le débit maximum soit atteint toute l’année. » Il s’inquiète d’un manque de projections sur le remplissage du barrage de Caramany dans les années à venir.

L’étude environnementale jugée inutile par la DREAL

Pour Jean-Louis Fusillier, il n’y a pour le moment que des accords de principe, en attendant la signature finale prévue en septembre. Selon Christine Portero-Espert, le dossier déposé à la DREAL mentionne bien les 200 l/s maximum. De son côté, l’association FRENE 66 regrette une précipitation sur une réalisation en 2027, au détriment d’un temps plus long pour étudier l’impact. Si le dossier comprend un diagnostic écologique et une étude hydrologique, la DREAL** a en revanche jugé qu’une étude environnementale n’était pas nécessaire.

Le canal qui alimentera le futur adducteur, vu au niveau de Latour-de-France

Christine Portero-Espert explique. « Les ouvrages ont été dimensionnés de manière plus importante pour un projet sans regrets. Si jamais à un moment on s’aperçoit, peut-être dans dix ans, qu’on est en capacité d’envoyer plus d’eau à l’aval pour se substituer à des forages qui prélèvent dans les nappes profondes, et qu’on a les autorisations environnementales, on sera en capacité de le faire. »

« On sait que sur les nappes en aval on est sur des zones déficitaires, ajoute Christine Portero-Espert. Mieux vaut surdimensionner plutôt que de casser et refaire plus tard. »

L’autre question porte sur l’usage de cette eau. Mieux partager vers l’aval, d’accord, mais pour qui ? Plusieurs centaines d’hectares du côté de Cases-de-Pène, Baixas, Espira-de-l’Agly et Rivesaltes sont concernés. Selon la directrice du plan de résilience, le périmètre irrigué en aval, contenant à ce jour des exploitations viticoles et d’abricotiers, ne sera pas étendu. Mais à l’intérieur de ce périmètre, rien n’interdit de nouvelles exploitations. « Dans les périmètres sécurisés, il y aura de moins en moins de friches, les exploitations vont s’y regrouper. » L’avenir dira si des maraîchers, vignerons ou arboriculteurs feront le pari de s’installer, rassurés par ce nouveau maillage.

Garder de l’eau pour le précieux karst

Enfin les craintes émises par les gestionnaires et riverains pointent la recharge du fameux karst des Corbières, ce réseau souterrain d’eau douce qui se diffuse dans tout le massif. Il est en partie rechargé par l’Agly. Selon l’irriguant Jérémy Pastor, la prise d’eau pour le maillage se situe en amont d’une zone d’infiltration du fleuve.

L’eau qui partira dans le tuyau manquera-t-elle ? Christine Portero-Espert assure le contraire. Si elle reconnait des connaissances incomplètes sur les volumes et le fonctionnement du karst, elle évoque un minimum autour de 1100 litres par seconde en sortie de barrage, qui permet de le garder en pression. Le barrage peut lâcher 1800 litres par seconde les années normales. Si l’on retire les 450 pour les canaux, dont 250 côté Latour-de-France et 200 pour l’aval via l’adducteur, il resterait encore de la marge pour le karst.

Mais quid des années sèches ? Les relevés du SMBVA (Syndicat Mixte du Bassin Versant de l’Agly) de mai 2023 indiquent que « les débits des rivières sont très faibles pour la saison » et que « le barrage de l’Agly est seulement rempli à 37 % de son niveau de stockage maximum. » A cette période le débit sortant du barrage tombe, selon le document, à 600 litres par seconde.

Au regard de ces années de crise, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) recommande d’écarter les deux premiers scénarios soumis en 2025, trop généreux pour l’adducteur, et propose de retenir un troisième modèle présenté en février 2026 avec une gestion repensée des lâchers qui permettrait de préserver les ressources souterraines.

« Nous sommes solidaires des usagers en aval »

En juin 2026, l’ASA de la Plaine organise une réunion à Estagel. Habitants et usagers du canal regrettent un manque de vision d’ensemble pour étudier tous les enjeux de la ressource, alors que des lotissements sont encore créés ou envisagés sur plusieurs communes et entraîneront des prélèvements futurs.

Un viticulteur résume « nous sommes évidemment solidaires des usagers en aval de l’Agly et nous sommes pour le partage de l’eau. Mais nous voulons l’assurance de garder le débit nécessaire à nos usages et nous ne pouvons pas naviguer à vue, avec les périodes de sécheresse qui s’accentuent. »

Quand les Corbières donnent à boire à la Salanque

La zone d’ombre, ce sont les années futures. Le karst est un mystère partiel. Il est déjà exploité à Cases-de-Pène, qui renvoie de l’eau potable vers la plaine, et devrait pouvoir pomper davantage avec la nouvelle installation en cours de déploiement. Depuis les lâchers expérimentaux en 2023 et 2024, la connaissance du réseau souterrain s’affine. À l’entrée, une alimentation en grande partie par l’Agly et le Verdouble. A la sortie, plusieurs points. Deux résurgences bien connues se jettent dans les étangs, l’eau douce devenant alors saumâtre, c’est-à-dire contaminée par le sel. Il s’agit du gouffre de Font Estramar près de l’autoroute, et de la sortie sous-marine de Font Dame dans le fond de l’étang de Salses. Pomper trop près de ces résurgences pourrait déséquilibrer le système et faire remonter l’eau saumâtre.

La résurgence de Font Estramar, à Salses-le-Château


Mais il existe une troisième issue au karst des Corbières. Via des connexions souterraines entre Cases-de-Pène et Salses-le-Château, il alimente les nappes profondes du Pliocène. L’eau potable de la Salanque, celle qui alimentera le futur Club Med du Barcarès par exemple, mais aussi l’eau d’irrigation, dépendent de ce karst à hauteur d’environ 15 millions de m3 par an. Un volume considérable qu’on ne peut prendre à la légère. Ce qu’on ignore encore aujourd’hui, c’est le volume total du karst.

Un test d’entente avant le tuyau du Rhône ?

En dépit des réserves, des projets tels que le maillage pourraient être les prémices d’autres réalisations essentielles pour l’avenir de l’eau. D’une part un second adducteur de sécurisation est d’ores et déjà en réflexion du côté du Conseil départemental et du syndicat de bassin. Ce tuyau, qui ne verrait le jour que d’ici une dizaine d’années, partirait directement du barrage de Caramany pour gagner le canal de la plaine à Latour-de-France. Des premières études sont en cours. « L’idée est de construire quelque chose qui puisse être complémentaire » précise Christine Portero-Espert.

Mais surtout c’est l’occasion de montrer un territoire enfin uni derrière un projet. « Les financeurs n’ont pas oublié que le territoire a refusé Aqua Domitia il y a quinze ans. »

Or le projet de tuyau du Rhône refait surface. Sera-t-il accordé à un département où les collectivités ne parviennent pas à faire corps sur le partage de l’eau ? « Si on a un territoire un peu désuni, ou quelque chose qui n’apparaît pas suffisamment solide, ça semblerait incompréhensible, alors que le secteur de l’Agly est particulièrement fragile. » Dans une vallée qui s’assèche, fixer des règles communes avant les prochaines crises sera un chantier en soi.

*ASA : Association Syndicale Autorisée, en charge de l’irrigation et notamment des canaux
** DREAL : Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement

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Source : https://madeinperpignan.com/tuyau-18-millions-vallee-agly-eau/

mardi 4 août 2026

Les 10 bonnes nouvelles de la semaine - Nature, enfants et posidonie


 

Nature, enfants et posidonie : 

les 10 bonnes nouvelles 

de la semaine

 

 

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? 

Voici 10 bonnes nouvelles 

à ne surtout pas manquer cette semaine.

 

1. En Bretagne, la « prescription de nature » testée pour améliorer la santé

Le projet breton Sainbiote expérimente la « prescription de nature » : des professionnels de santé peuvent proposer à leurs patients de passer du temps dans des espaces naturels en complément de leur traitement. Fondée sur des travaux scientifiques, cette démarche vise à améliorer la santé physique et mentale tout en renforçant le lien avec la nature. (Eco-Bretons)


2. Une ordonnance de protection créée pour les enfants

L’Assemblée nationale a adopté la création d’une ordonnance de protection pour les enfants, inspirée de celle qui existe pour les victimes de violences conjugales. Cette mesure, réclamée depuis plusieurs années par des associations, figurait parmi les principales recommandations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. (Mediapart)


3. À Marseille, la posidonie devient une alliée contre l’érosion

La ville de Marseille conserve désormais les banquettes de posidonie sur certaines plages, alors qu’elles étaient autrefois retirées. Cette plante marine, longtemps perçue comme une nuisance, est aujourd’hui reconnue pour son rôle dans la protection du littoral, notamment en limitant l’érosion des plages. (Marcelle)


4. À Milan, un « parlement » donne une voix aux animaux urbains

La ville de Milan a organisé le premier « Parlement des espèces vivantes », où des représentants incarnant des animaux débattent de projets d’aménagement urbain. Cette initiative vise à intégrer les besoins de la biodiversité dans les décisions d’urbanisme et à favoriser une meilleure cohabitation entre humains et faune en ville. (Euronews)


5. Quimper met fin aux balades à dos d’âne

La mairie de Quimper a annoncé l’arrêt définitif des balades à dos d’âne après une pétition ayant recueilli plus de 20 000 signatures. Cette décision fait suite aux critiques dénonçant les conditions de vie des animaux et leur utilisation comme attraction en milieu urbain.(Mobilisation pour la Cause Animale)


6. New York suspend pendant un an les nouveaux grands centres de données

L’État de New York a instauré un moratoire pouvant aller jusqu’à un an sur la construction de nouveaux centres de données de grande taille. Cette pause doit permettre d’élaborer des règles encadrant leurs impacts sur le réseau électrique, la consommation d’eau et l’environnement, dans un contexte de forte croissance des besoins liés à l’intelligence artificielle. (Tech Xplore)

 

7. Le Burkina Faso interdit le « poverty porn »

Le Burkina Faso a interdit le « poverty porn », une pratique consistant à mettre en scène des personnes vulnérables lors de distributions d’aide sur les réseaux sociaux. Cette mesure s’inscrit dans un nouveau cadre réglementaire de l’aide humanitaire visant à mieux protéger la dignité des bénéficiaires et à promouvoir leur autonomie. (La Santé Publique)

 

8. Grenoble réduit drastiquement la publicité dans l’espace public

Grenoble a supprimé la majorité de ses panneaux publicitaires, qui ont désormais disparu de 90 % du territoire communal. La ville poursuit cette politique en contrôlant les affichages restants et affirme inspirer d’autres collectivités souhaitant limiter la pollution visuelle dans l’espace public. (Le Parisien)

 

9. Les livreurs Uber Eats et Deliveroo obtiennent une forte hausse de leur revenu minimal

Uber Eats et Deliveroo ont accepté de porter le revenu minimal horaire garanti des livreurs de 11,75 € à 19 € brut à partir du 1er septembre. Le nouvel accord prévoit aussi un calcul hebdomadaire de cette garantie, l’exclusion des pourboires de la rémunération minimale et une révision annuelle des conditions. (Libération)

 

10. Le Royaume-Uni investit 90 millions de livres pour sauver les espèces menacées

Le gouvernement britannique consacre 90 millions de livres à un vaste programme de restauration de la biodiversité, dont 60 millions pour financer 130 projets en faveur de 364 espèces menacées en Angleterre. L’objectif est de protéger des espèces en déclin, restaurer leurs habitats et contribuer à enrayer la perte de biodiversité. (GOV.UK)




Photo de couverture : TS Sergey – âne en liberté / Unsplash

– Mauricette Baelen

  

Source : https://mrmondialisation.org/nature-enfants-et-posidonie-les-10-bonnes-nouvelles-de-la-semaine/ 

lundi 3 août 2026

« C’est un carnage » : ces nouveaux maires d’extrême droite s’acharnent contre des projets écolos

 

« C’est un carnage » : 

ces nouveaux maires 

d’extrême droite 

s’acharnent contre des projets écolos

 

Michel Blanchard, ancien élu chargé des cantines à Carpentras (Vaucluse), devant les serres de la régie agricole abandonnées par la nouvelle mairie Rassemblement national.

 

Jardins, écoquartiers, ferme municipale... Une fois élus, les maires d’extrême droite ne s’attaquent pas qu’à la culture et aux syndicats. Ils sabotent aussi des projets écologiques. Exemples dans trois villes du sud de la France.

Carpentras (Vaucluse), reportage

« C’est un carnage. J’en suis malade. » Sous un soleil de plomb, qui brûle la terre du Vaucluse, Olivier Ceyte découvre pour la première fois l’ampleur du désastre, dans un champ à quelques kilomètres à l’ouest de Carpentras : des rangées de plantations clairsemées, mal entretenues, jalonnées d’herbes folles. « L’an dernier, à la même époque, nous avions de belles salades », nous montre-t-il sur son smartphone.

Oui, mais voilà : ce vendeur de fruits et légumes de 56 ans, qui était l’adjoint aux jardins familiaux et à la régie agricole du précédent maire, Serge Andrieu (divers gauche), n’est plus élu. Hervé de Lépinau (Rassemblement national) a remporté en mars les clés de cette ville de 31 600 habitants. Depuis, cet avocat invoque l’endettement de la commune pour sabrer à tout va : nouveau gymnase, festival de courts-métrages, planning familial… Projets et subventions soutenus par l’ancienne équipe sautent les uns après les autres.

À Carpentras, à Elne (Pyrénées-Orientales) et à Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard), trois communes désormais dirigées par des maires d’extrême droite, les réalisations et projets écolos sont particulièrement ciblés.

  • À Carpentras, des champs à l’abandon

Le nouveau maire de Carpentras a ainsi rapidement acté la suppression de la régie agricole créée sous le mandat de son prédécesseur, sur 6,5 hectares de terrains légués par la commune voisine de Monteux. « L’idée était qu’elle alimente en produits bios les cantines de la ville. La régie fournissait 25 % des 1 600 repas servis aux écoliers et l’objectif était d’arriver à 100 % », nous explique Michel Blanchard, ex-élu chargé des cantines.

 

Le système d’irrigation installé par l’ancienne mairie n’est pas utilisé par les nouveaux élus de Carpentras sur les terrains de la régie agricole, où des zones sont laissées à l’abandon. © David Richard / Reporterre

 

1,5 hectare était déjà exploité et de nouvelles serres étaient en cours d’installation. Leurs arceaux vides se dressent désormais dans un champ voisin, à l’abandon. Le lieu accueillait régulièrement des scolaires. « On faisait découvrir le goût des salades et des tomates à des enfants qui n’en mangeaient pas chez eux », dit Michel Blanchard.

« C’était une exploitation qui fonctionnait à 20 % de ses capacités, affirme Joris Varjabedian, directeur de cabinet nouvellement nommé du maire de Carpentras. Il y avait deux agents municipaux et demi qui travaillaient dessus, il en aurait fallu une quinzaine pour tout cultiver. » Selon lui, « le prix de revient des légumes était totalement délirant, de l’ordre de 15 euros le kilo ».

Le maire RN promet de « faire mieux, plus grand et plus efficace » que la régie, en mettant ces champs en « fermage auprès d’un jeune agriculteur professionnel, dont c’est le métier ». Avec la promesse que « la moitié de la surface sera cultivée en bio, avec une production destinée aux cantines scolaires de Carpentras ».

 

Michel Blanchard, ex-élu chargé des cantines de Carpentras (Vaucluse), dans les serres que l’ancienne municipalité avait commencé à installer sur les terrains de la régie agricole. © David Richard / Reporterre

Olivier Ceyte hausse les épaules : « Nous avions commencé avec un agriculteur. Mais, au bout de six mois, il a changé d’avis. Il a vu la galère que c’était de travailler pour une mairie au niveau administratif. Et comment pourra-t-on garder le label Ecocert [l’un des principaux organismes certificateurs en bio] avec une moitié seulement en bio ? »

Pour les deux ex-élus, les explications financières avancées par le RN pour supprimer la régie ne sont qu’un prétexte. « Quand il était dans l’opposition, [Henri de Lépinau] ne s’intéressait pas au sujet. Sa seule vision, c’est de s’attaquer à tout ce qui relève du social, du culturel et de l’environnement. » Parmi les projets du nouveau maire, qui se dit partisan d’une « écologie positive » plutôt que d’une « écologie punitive » : agrandir un parking du centre-ville au cœur d’une coulée verte.

  • Un jardin planté par des enfants délaissé

À Elne (Pyrénées-Orientales), une commune littorale de 9 500 habitants, ce sont les dix potagers urbains et jardins-forêts de 200 à 4 000 m2, initiés par l’ancien maire communiste, avec la participation active des habitants, qui sont sur la sellette. Le nouveau maire d’extrême droite, Steve Fortel, a coupé les ponts avec l’association Slow Food Pays catalan, cheville ouvrière du projet depuis trois ans, qui avait le tort d’avoir été engagée par l’ancienne municipalité.

« Quand il m’a reçue, le maire m’a expliqué que ces jardins étaient “utopistes”, raconte Claire Mauquié, coordinatrice de l’association. Son souhait, c’est de “remettre du stationnement et du vrai ombrage, avec de grands arbres”. » Certains jardins, comme celui devant l’école Françoise-Dolto, auxquels les enfants ont participé, seraient conservés en l’état.

« Quand les enfants vont rentrer de vacances, tout aura crevé »

« Mais nous n’avons pas eu le temps avant les élections d’installer un paillage pour protéger les plantations et d’installer le système d’irrigation. Or, la nouvelle majorité n’a fait ni l’un ni l’autre. Quand les enfants, qui se sont impliqués et ont donné des noms à leurs arbres, vont rentrer de vacances, tout aura crevé… » Selon elle, la mairie d’extrême droite a également arrêté net des projets liés à ces jardins, pourtant financés par des fonds extérieurs, dans le cadre de la politique de la ville, ou de l’Agence de l’eau.

Les arbres plantés par les enfants de l’école Françoise-Dolto d’Elne (Pyrénées-Orientales), dont la nouvelle mairie d’extrême droite a cessé l’entretien. © Claire Mauquié / Slow Food Pays catalan

Sollicité par Reporterre, Steve Fortel n’a pas donné suite. Lors du dernier conseil municipal, le 7 juillet, il a confirmé que les jardins-forêts « ne seraient pas maintenus en l’état ». Mais seraient « repensés (…) avec du stationnement, sans imperméabiliser, et avec des espaces ou des îlots de fraîcheur arborés ». « On va préserver la nature en ville », promet l’élu.

  • Dans le Gard, un écoquartier enterré

Près d’Alès (Gard), c’est un projet d’écoquartier porté par l’ancien maire divers gauche qui a été aussitôt jeté aux orties par le nouvel édile d’extrême droite de Saint-Hilaire-de-Brethmas (4 800 habitants). Modeste par sa taille — une trentaine de logements —, le projet de la ZAC de la Diane portait de grandes ambitions : « L’empreinte carbone était réduite grâce au choix des matériaux, qui permettait de relancer plusieurs filières, comme celles du pin maritime et de la terre crue pour la construction, et celle de la paille de riz pour l’isolation des habitations », se désole l’ancien maire, Jean-Michel Perret.

Le projet promettait une « biodiversité inclusive dans l’emprise foncière constructible », avec « de l’habitat pour les insectes et les oiseaux dans le cœur même des bâtiments » et « des corridors pour les serpents et les hérissons ». D’un montant de 11 millions d’euros, distingué par plusieurs prix nationaux, il avait décroché une subvention de plus de 3 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets France 2030.

Une vue d’architecte de l’écoquartier qui était prévu à Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard). © Atelier Inextenso

Pas de quoi convaincre le nouveau maire, Gaël Mancuso : « On n’était pas sûrs d’avoir ces subventions, pour un projet qui a déjà coûté à la commune 850 000 euros », affirme-t-il à Reporterre. Selon lui, « le pin maritime, qui servait autrefois dans les mines, n’est pas un bon bois de construction ». Et le coût, « de l’ordre de 7 000 euros le mètre carré, était trop élevé ».

Il préfère donc « trouver un promoteur qui achète le terrain directement et construise un lotissement à taille humaine, pour que cela coûte le moins possible à la commune ». Le nouveau maire, qui ne se dit « pas écolo, mais écoresponsable », estime qu’il « ne faut pas réduire l’écologie à un écoquartier ». Il dit vouloir travailler à l’isolation des bâtiments et instaurer, dans sa ville, un « permis de végétaliser » pour contribuer à rafraîchir les rues en période de canicule.

L’élu, qui se dit proche, politiquement, de Marine Le Pen et Éric Ciotti, ne remet pas en question le réchauffement climatique. Certains des nouveaux maires RN n’ont pas ces pudeurs. À Carcassonne (Aude), Christophe Barthès s’est illustré, quand il était député, par ses sorties climatosceptiques : « Le 3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses depuis vingt-cinq ans, avec -43 °C. À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du Giec », écrivait-il par exemple sur X.

Quant au maire de Carpentras, Hervé de Lépinau, il avait fustigé en 2023, sur le même réseau social, les « propagandistes du Giec » qui « suggéreront bientôt l’extermination de l’espèce humaine, au motif qu’elle constituerait une catastrophe pour la biodiversité et le climat »

Source : https://reporterre.net/C-est-un-carnage-ces-nouveaux-maires-d-extreme-droite-s-acharnent-contre-des-projets?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne