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jeudi 12 mars 2026

« Ici, tant pis pour ceux qui meurent » : à Fos-sur-Mer, les malades passent après les industries

« Ici, tant pis 

pour ceux qui meurent » : 

à Fos-sur-Mer, 

les malades passent 

après les industries

 

 
Des pêcheurs de loisir devant une raffinerie​, à Fos-sur-Mer, le 24 février 2026.
 

Municipales — À Fos-sur-Mer, les habitants encerclés d’usines continuent de tomber malades. Ils sont « les sacrifiés de la pollution », mais ce sujet est quasiment absent de la campagne électorale. « Surtout, il ne faut pas vexer les industries. »

Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), reportage

À l’entrée de la ville, tandis qu’un panneau nous souhaite la bienvenue à Fos-sur-Mer — cet « écrin de vie » —, de fines poussières recouvrent les bords de la route sur laquelle des camions défilent en direction des usines. Ici, les Fosséens et Fosséennes sont deux fois plus touchés qu’ailleurs par des cancers et des maladies chroniques comme l’asthme et le diabète. La présence de polluants (plomb, furanes, polychlorobiphényles) dans l’organisme des habitants a maintes fois été mise en évidence scientifiquement. Les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières de la ville, les communes autour de l’étang de Berre, en particulier celles situées à l’ouest, sont concernées.

Sur la route qui longe l’étang, le soleil, vif en cette fin février, se reflète dans cette immense lagune d’eau salée. Quelques minutes après avoir franchi la ville de Martigues, les cheminées se dessinent au loin. Apparaissent ensuite les pylônes électriques, torchères, cuves pour les aciéries, raffineries, usines chimiques et pétrochimiques. 

À Fos-sur-Mer, les usines sont partout. © Maïté Baldi / Reporterre

Située à 50 km à l’ouest de Marseille, la zone industrielle et portuaire de Fos-sur-Mer est l’une des plus grandes du pays. Sur 10 000 hectares, elle abrite près de 400 installations — notamment le géant de l’acier ArcelorMittal —, dont 58 sites sont classés Seveso. La zone est aussi gigantesque que polluante : elle rejette environ 10 millions de tonnes d’équivalent CO2 chaque année, soit le quart des émissions de CO2 de l’industrie française. [1]

40 000 personnes travaillent dans cette zone industrielle et portuaire, dont 9 000 Fosséens et Fosséennes, soit près de 58 % des électeurs inscrits sur les listes électorales. Alors forcément, on s’attend à ce que ce sujet occupe toutes les discussions entourant les élections municipales. Et pourtant.

« On vit dans une soupe toxique »

Le sujet est peu abordé dans la campagne, presque comme s’il était tabou. Dans leur programme, les quatre candidats évoquent la santé et l’environnement, la plupart proposent par exemple la création d’un nouveau centre médical avec plus de spécialistes ou de préserver les étangs à l’est de la ville des industries. Seul l’un d’eux, Jean Fayolle, candidat centriste, en parle. Il souhaite notamment lancer une « véritable étude épidémiologique pour connaître précisément les risques induits par la pollution ».

À côté, sur la ligne de départ, la gauche est divisée : Rémi Esnault, directeur de cabinet du maire sortant qui ne se représente pas, mène la liste divers gauche face à une liste dissidente, menée par Jean-Michel Leroy, conseiller municipal auparavant dans la majorité. La droite et l’extrême droite sont unies sous la candidature de Philippe Maurizot, ex-Les Républicains qui bénéficie du soutien du Rassemblement national.

Des enfants près de l’usine d’Imerys. © Maïté Baldi / Reporterre

Des subventions stoppées ou en sursis

Fin février, cinq associations, dont Respire et le collectif Cistude, ont interpellé l’ensemble des candidats des communes du pourtour de l’étang de Berre afin qu’ils se positionnent clairement sur ces enjeux sanitaires. Si les activités industrielles de Fos-sur-Mer sont un enjeu d’intérêt national, la mairie dispose de leviers en matière de prévention sanitaire.

Dans leur plaidoyer, les associations formulent dix-neuf propositions. Parmi elles figurent un plan de lutte contre les torchages abusifs, le renfort de la lutte contre les dégazages, la création d’un registre départemental des cancers, ou encore le développement de la formation des professionnels à la santé environnementale, pour améliorer la détection et la prévention des maladies liées aux pollutions.

Contacté, Rémi Esnault ne compte pas répondre à l’interpellation des associations, estimant que la démarche n’est « pas totalement sincère », l’une d’elles soutenant l’un de ses adversaires. Sur la pollution, il assure qu’il ne souhaite pas en faire un « joujou électoral » et que « ce sujet doit dépasser les postures politiciennes ». 

Le cimetière de Fos-sur-Mer surplombe la ville. © Maïté Baldi / Reporterre

À part ça ? Le candidat promet, s’il est élu, de rétablir la subvention municipale de 200 000 euros à l’Institut Écocitoyen de Fos-sur-Mer que le maire actuel, René Raimondi, a supprimée cet automne pour des « raisons budgétaires ». Créé en 2010, sous l’impulsion de ce même maire, l’institut propose une démarche scientifique associant des chercheurs et des citoyens afin d’étudier l’impact des pollutions sur la qualité de l’air et la santé.

Toujours à gauche, Jean-Michel Leroy promet aussi de rétablir ce soutien, voire de l’augmenter. Et explique avoir concentré son programme sur l’environnement autour de la préservation des étangs, « parce qu’un programme doit rester digeste, on ne peut pas tout y mettre », mais que la pollution fait bien évidemment partie des sujets à traiter. Philippe Maurizot, le candidat de droite et d’extrême droite, n’a pas répondu à nos sollicitations.

« Surtout, il ne faut pas vexer les industries »

Et il ne faut pas compter sur les acteurs suivant de près ces pollutions pour imposer ce sujet dans la campagne électorale. Plusieurs ont confié à Reporterre avoir peur de se mettre les futurs élus à dos. Le directeur de l’Institut Écocitoyen, Philippe Chamaret, explique qu’« il n’a pas vocation à participer à l’interpellation politique durant la campagne ». Ayant déjà perdu ses subventions municipales, il souhaite seulement que le futur maire les rétablisse. Sans cela, « la plateforme de suivi des particules ultrafines risque de ne plus fonctionner correctement », prévient-il.

Aussi, « une grande partie du temps de l’équipe est désormais consacrée à chercher des financements et la subvention de la métropole reste insuffisante ». Il remarque pourtant l’intérêt croissant de la population sur ces sujets : « On n’a jamais eu autant de participants aux ateliers de travail que ces deux dernières années. » Pour lui, le suivi scientifique est essentiel, d’autant plus avec l’arrivée d’industries décarbonées sur le territoire.

« Ici, on ne mord pas la main qui nous nourrit »

Même son de cloche du côté de Daniel Moutet. Le président de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF), qui se bat depuis vingt-cinq ans contre la pollution et scrute inlassablement les fumées des usines, ne veut pas mettre en danger les subventions de son association.

Lorsqu’on le rencontre dans le local de la structure avec d’autres membres, le septuagénaire aux yeux bleus vifs commence par faire défiler sur son ordinateur des photos prises ces dernières semaines.

« L’autre jour, il y a encore eu un nuage noir à la sortie de l’aciérie, visible plusieurs minutes. Même si la situation s’est beaucoup améliorée grâce aux systèmes de filtration par rapport à il y a quelques années, il y a toujours des rejets de polluants toxiques, dont certains cancérogènes comme les particules fines, le benzène ou le plomb, au-delà des seuils légaux », soupire cet ancien conducteur d’engins au grand port maritime de Marseille. Son objectif, insiste-t-il, « n’est pas de mettre les usines à l’arrêt, mais qu’elles respectent les valeurs limites d’émission fixées par la réglementation ».

Daniel Moutet​, président de l’ADPLGF, qui se bat depuis vingt-cinq ans contre la pollution. © Maïté Baldi / Reporterre

Il ne compte toutefois pas sur les élus locaux pour cela : « Les différents maires autour de l’étang de Berre ne se sont jamais mis en travers de l’industrie. C’est normal que les candidats n’en parlent pas : surtout il ne faut pas vexer les industries, ici on ne mord pas la main qui nous nourrit ! Mieux vaut parler des nouveaux emplois. »

« Les sacrifiés de la pollution »

Asthme, diabète, cancer… Autour de la table, tous ou presque souffrent de maladies. Linda Grassi a découvert en 2019, à l’âge de 39 ans, qu’elle avait un cancer du sein.

Sans antécédents familiaux, elle se souvient que son oncologue lui avait parlé d’un « cocktail de vie » pour lui expliquer l’origine de son cancer. Les bras croisés, elle lève les yeux au ciel : « Moi je me suis fait ma propre opinion, j’habite à Fos. » Dans sa rue, les cas s’accumulent : cancer du sein chez une voisine, cancer de la thyroïde chez une autre. « Ici, personne n’est vraiment en bonne santé, on est les sacrifiés de la pollution. »

Linda Grassi​ : «  Ici, personne n’est vraiment en bonne santé, on est les sacrifiés de la pollution.  » © Maïté Baldi / Reporterre

Linda Grassi fait partie des 250 riverains, ainsi que 7 associations dont l’ADPLGF et un syndicat, ayant déposé plainte contre ArcelorMittal en 2019 pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui », afin de dénoncer les rejets de polluants toxiques dépassant les seuils légaux et des falsifications de données de rejet. Six ans plus tard, le groupe sidérurgique a été mis en examen par le pôle environnemental du tribunal de Marseille.

Las, celle qui est aujourd’hui en rémission commence à perdre patience. « La solution ne peut que venir du gouvernement. Déjà, si tous les maires du pourtour s’unissaient contre les rejets de polluants qui ne sont pas aux normes, ça enverrait un signal. Mais ici, chacun reste dans son coin et on est une ville riche, tant pis pour ceux qui meurent. »

C’est pour faire avancer les choses que le docteur Patrick Courtin s’est spécialisé en médecine environnementale, notamment sur la recherche des effets sanitaires de la pollution. « Sans données solides, rien ne bougera, l’intérêt de l’industrie primera toujours », affirme l’ancien chef de service de réanimation et d’anesthésie du Centre hospitalier de Martigues. Pendant des années, en réanimation, il a vu défiler des malades en fin de vie. « Beaucoup me demandaient s’il y avait un lien avec les usines, je me suis dit qu’il fallait aller chercher des réponses et, au fur et à mesure, j’ai compris que l’on vivait dans une soupe toxique », se souvient-il en remuant son café.

Pour le docteur Patrick Courtin, «  sans données solides, rien ne bougera  »​. © Maïté Baldi / Reporterre

Le septuagénaire structure désormais un programme de recherche sur le cancer du pancréas autour de l’étang de Berre. « Le nombre de cas explose et on ne peut plus réduire cette maladie aux comportements individuels, les preuves avec la pollution chimique existent dans la littérature scientifique internationale, il faut davantage les documenter ici. »

Ces données sont précieuses pour les habitants qui, à l’instar de Linda Grassi, refusent de déménager. Comme beaucoup d’habitants de Fos, son fils et son mari travaillent pour les raffineries. De son côté, elle a toujours vécu autour de l’étang de Berre. « Pourquoi ce serait à nous de s’en aller ? »



Retrouvez tous nos articles sur les municipales ici.

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Source : https://reporterre.net/Ici-tant-pis-pour-ceux-qui-meurent-a-Fos-sur-Mer-les-malades-passent-apres-les-industries?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

mardi 10 mars 2026

Conseils et Astuces pour Jardiner - Taille des arbres en ville

 

 
Les arbres laissés avec leur port naturel, c'est autre chose. Un platane non taillé développe une couronne de 15 à 20 mètres de diamètre qui ombrage 200 m² au sol en été. Le même platane étêté chaque année produit des rejets verticaux sans structure, qui cassent au premier coup de vent et obligent à intervenir en urgence — plus cher que la taille elle-même.
 
La taille en têtard forcé est le geste le plus coûteux et le plus destructeur de l'arboriculture urbaine. Chaque coupe rase sur le tronc ouvre une plaie que l'arbre ne referme jamais complètement. Les champignons lignivores — polypores, armillaire — pénètrent par ces ouvertures et décomposent le bois de cœur de l'intérieur. Un arbre étêté dix années de suite est souvent creux à vingt ans — et c'est cet arbre affaibli que la mairie déclare « dangereux » pour justifier l'abattage. La taille a créé le danger qu'elle prétendait prévenir.
 
Un arbre avec son port naturel vit deux à trois fois plus longtemps qu'un arbre étêté. Il produit plus de biomasse foliaire, absorbe plus de CO2, intercepte plus d'eau de pluie et abrite plus de cavités de nidification pour les mésanges, les sittelles, les chouettes et les chauves-souris. Chaque étêtage supprime les branches maîtresses où ces espèces nichaient — le couple de mésanges bleues qui occupait la cavité d'un vieux platane ne retrouvera pas de site équivalent dans un arbre recépé.
 
Plusieurs villes françaises sont passées à la taille douce — suppression uniquement du bois mort et des branches interférentes, respect de la structure de l'arbre, interventions espacées de trois à cinq ans au lieu de chaque année. Le résultat : des arbres plus beaux, plus sains, plus sûrs et un budget d'entretien divisé par deux à trois sur dix ans.
 
L'étêtage, c'est une habitude. L'arbre libre, c'est un patrimoine qui grandit au lieu de mourir à chaque passage de la tronçonneuse.
 

lundi 9 mars 2026

Pour protéger ses habitants des pesticides, une commune rachète les terres agricoles avoisinantes

Pour protéger ses habitants 

des pesticides, 

une commune rachète 

les terres agricoles avoisinantes

parcelle agricole longeant des habitations


À L’Houmeau, près de La Rochelle, la mairie acquiert des parcelles polluées aux pesticides pour les mettre en prairie. « La santé n’a pas de prix », assure l’édile. Un choix politique qui lui a valu des menaces d’une figure locale de la FNSEA.

Nolwenn Weiler, Sophie Chapelle
 

Jean-Luc Algay, maire de L’Houmeau, montre les parcelles rachetées par la commune, le 3 février 2026. © Nolwenn Weiler

« On me dit : ’’vous êtes écolo’’. Je réponds, je suis centre droit. » Jean-Luc Algay est un maire qui a décidé de protéger sa population des pesticides. Élu depuis 2014 à L’Houmeau, une commune de 3000 habitants au nord-ouest de La Rochelle (Charente-Maritime), il se bat pour racheter les terres agricoles qui bordent les habitations. « Pour le moment, on a racheté quasiment 20 hectares. »

Dans une salle de la mairie, l’homme de 61 ans nous montre la carte de L’Houmeau. « Vous voyez la partie orange ? Ce sont des cultures intensives. » Des céréales y sont essentiellement cultivées, avec leur lot d’insecticides, de fongicides et d’herbicides épandus régulièrement. Quand on évoque la mise en place de zones tampons entre les habitations et les épandages, Jean-Luc Algay balaie la mesure : « il faudrait au minimum 100 mètres » quand une distance de 5 à 10 mètres est aujourd’hui préconisée par le ministère de l’Agriculture. « Ça ne sert à rien », tranche-t-il.

Son équipe et lui ont fait un autre choix. « On s’est battus pour que ces 44 hectares passent en espace naturel sensible, explique-t-il. Si tel est le cas, quand un propriétaire vend, c’est la collectivité qui est prioritaire pour acheter et non plus la Safer [instance collective qui attribue le foncier, ndlr]. » Une délibération en ce sens est adoptée par la commune, soutenue par le département. « La chambre d’agriculture a répondu non, mais hors délai », précise Jean-Luc Algay.

« Toutes ces saloperies qu’on jette dans les champs »

Pourquoi avoir fait du rachat des terres une priorité du mandat ? « Ce qui m’éveille, ce sont les premières mesures de l’Atmo [observatoire de la qualité de l’air, ndlr] en 2014 » qui relève notamment les données concernant les pesticides dans l’air. « Je découvre qu’il y a potentiellement un gros impact sur la santé humaine. » Jean-Luc Algay évoque aussi le souvenir de son père, agriculteur. « Je reste marqué par les grands gants qu’il portait pour remuer les produits. Sa peau était fripée. Il me disait : ’’regarde toutes ces saloperies que l’on jette dans les champs". »

« Certains habitants ne comprenaient pas pourquoi on voulait racheter les terres », se souvient Aurélie Crouzeau, maire adjointe à l’enfance et la jeunesse de L’Houmeau. « Il a fallu beaucoup expliquer et communiquer. » La commune met en avant la protection de l’environnement et du cadre de vie avec ses zones de marais et son espace Natura 2000. « Le bourg est aussi sous vent dominant ouest à 80 %, on reçoit beaucoup de molécules. Et le ruissellement pose la question de la qualité des eaux », ajoute Jean-Luc Algay, alors que des ostréiculteurs sont installés à proximité.

Vue sur une parcelle de L’Houmeau, achetée par la commune en 2024. © Nolwenn Weiler

Le maire écrit donc des courriers aux propriétaires, dont une grande partie ne vit plus sur la commune et loue ses terres à des agriculteurs. Il renouvelle l’opération chaque année. « Les personnes m’appellent pour me dire qu’elles ne veulent pas vendre. Je les laisse cogiter et mûrir leur décision. Chaque fois qu’il y a un article dans la presse sur les pesticides, cela décante. Et cette année, une dame nous a vendu 11 hectares d’un coup. » Au prix de 0,5 euro le mètre carré, l’acquisition de ces onze hectares représente une somme de 55 000 euros pour la commune. Avec quel retour sur investissement ? « La qualité de vie ! La santé n’a pas de prix », assume Jean-Luc Algay.

Menacé de séquestration par la FNSEA locale

Ces rachats de terres agricoles ne sont pas du goût du syndicat agricole majoritaire, la FDSEA. Ses adhérents déversent, le 22 mars 2023, du fumier et des pneus à l’entrée et à la sortie de L’Houmeau. « Ce n’était qu’un premier avertissement. S’il faut séquestrer le maire dans sa mairie, nous le ferons. Nous voulons être tranquilles pour travailler. Si nous laissons faire, ce qui se passe à L’Houmeau, se passera ailleurs », menace à cette occasion Sébastien Brochet, président de la FNSEA pour le canton de La Rochelle, dans le journal Sud-Ouest.

« Un représentant cantonal de la FNSEA n’a pas à dire ce genre de choses. Ma famille a eu peur, nous confie Jean-Luc Algay, trois ans après les faits. Je ne comprends pas qu’on soit de suite dans l’agression. Alors, j’ai déposé plainte. J’ai reçu un courrier d’excuses mais sans signature. Ce n’était pas suffisant. Le procureur a convoqué ce représentant, qui a fait l’objet d’un rappel à la loi. Ça a fonctionné. » Les menaces ont cessé. 

Localement, le dialogue n’a pas non plus toujours été évident avec les deux exploitations agricoles qui louaient les terres en cours de rachat par la commune. « Je ne leur jette pas la pierre, nous devons les accompagner à la transformation de l’agriculture. On a proposé que la commune les rémunère pour transformer en cultures raisonnées. Ils nous ont dit ’’non, nous, on nourrit le monde’’. »

La parcelle en arrière-plan a été achetée par la commune de L’Houmeau en 2025. © Nolwenn Weiler

 Le maire assure que les relations avec ces agriculteurs sont aujourd’hui apaisées. « On ne met pas les agriculteurs dehors. » Une fois les terres rachetées, la commune laisse les baux courir. Quand ceux-ci sont terminés, les agriculteurs cessent de cultiver les terres qui sont mises en prairie par la commune. « On laisse la végétation faire son évolution, et on fauche une à deux fois par an. On veut replanter des haies, avec un projet de cheminement à travers les 44 hectares. »

L’eau du sous-sol polluée aux pesticides

Initialement, la mairie projetait aussi d’installer un maraîcher en agriculture biologique. Mais des analyses de la qualité de l’eau de la nappe phréatique, menées par le laboratoire Qualyse en mars 2024, entravent ce projet. La découverte fait suite à des forages menés à 15 mètres de profondeur pour développer du chauffage par géothermie sur nappe à destination du groupe scolaire. C’est l’opérateur qui a alerté la commune. La teneur en nitrates – qui proviennent principalement des engrais azotés utilisés en agriculture pour favoriser la croissance des plantes – est supérieure à la norme (64,2 mg/l d’eau), quand, dans l’eau potable, elle doit être au maximum de 50 mg/l pour les adultes et de 10 mg/l pour les nourrissons.

 « S’il y a beaucoup de nitrates, quid du reste ? » s’interroge alors Jean-Luc Algay. Inquiet, il demande de nouvelles analyses portant cette fois sur une centaine de résidus de pesticides connus. Les analyses montrent la présence, en quantité importante, de diméthachlore (résidu d’un herbicide pour le colza), de dieldrine (insecticide utilisé en agriculture et pour la protection des bois de charpente contre les termites, pourtant interdit depuis 1972) et d’un fongicide, le chlorothalonil, qui a entraîné la fermeture de captages d’eau potable sur le territoire de La Rochelle. Ce dernier est mesuré à 1,3 mg/l, soit au-delà de la limite, fixée à 0,1 mg/l. 

Extraits des analyses des eaux souterraines de L’Houmeau, réalisées par le laboratoire Qualyse en date du 4 décembre 2023 © DR

« J’ai envoyé ces analyses à l’ARS [Agence régionale de santé, ndlr], en précisant qu’il y avait de nombreux puits dans la commune dont les habitants se servaient pour arroser leur potager. Fallait-il leur dire que leur eau était polluée ? » se remémore le maire.

Dans un courrier du 3 mai 2024 que nous avons consulté, l’ARS demande à la commune d’avertir les habitants de la pollution des eaux de leur puits, en conseillant de laver abondamment les légumes avec l’eau du réseau public avant consommation. En cas d’installation de maraîchers, ces derniers doivent réaliser des analyses préalables pour contrôler la qualité des terres et de l’eau utilisée.

« On a donc informé les habitants et on a, pour le moment, mis en suspens le projet d’installer des producteurs maraîchers. On attend que les prairies fassent leur œuvre, et on refera un sondage dans quelques années pour voir l’état des nappes », décrit Jean-Luc Algay.

Une cantine à 82 % de produits bio et labellisés

La mairie mise tout de même sur des approvisionnements en bio et en local – dans un rayon d’une centaine de kilomètres – pour la cantine scolaire, qui sert en moyenne 200 repas par jour. Aux manettes, on retrouve Thiébaut Lévêque, cuisinier et responsable du restaurant scolaire depuis 2019. « Nous sommes à 82 % de produits bio et labellisés sur tous les produits qu’on commande », souligne-t-il, quand la loi Egalim exige un minimum de 20 % en produits bio.

La mairie de L’Houmeau vise l’acquisition de 44 hectares de terres agricoles au total. Elle a racheté, pour le moment, quasiment 20 hectares. © Sophie Chapelle

La viande comme les fruits et légumes sont à plus de 80 % en bio. « Ce qui nous fait tomber le pourcentage, ce sont les goûters, plus conventionnels. Financièrement, on retombe sur nos pieds : certains produits locaux sont moins chers, plus faciles à cuisiner et il y a moins de pertes », explique le cuisinier.

Pour limiter les coûts, un gros travail a été mené sur le gaspillage, avec des sessions de pesée et la mise en place d’un compost. « On sert les enfants au fur et à mesure, en petite quantité, et ils peuvent redemander. On est aujourd’hui à 25 grammes par élève de déchets quand la moyenne nationale est de 110 grammes. Sachant que le but reste de faire plaisir aux enfants et qu’ils mangent. » Thiébaut Lévêque a lancé un groupe Facebook, « Ma cuisine bien aimée », dont l’accès est réservé aux parents d’élèves. Il y présente chaque jour le menu des enfants et réalise des photos et vidéos des produits cuisinés dans le but de rassurer sur la provenance et l’équilibre de ce qui est proposé.

Une commission « enfance-jeunesse-restauration » a aussi été établie, composée notamment de parents d’élèves. La maire adjointe Aurélie Crouzeau en fait également partie. « Le passage au bio a été discuté en interne entre l’adjointe déléguée et le cuisinier. Les parents en sont très contents. » Un travail est actuellement amorcé sur les nuisances sonores dans la cantine et sur la filtration de l’eau.

L’élue l’assure : « On ne pourra pas tout changer mais cette cantine avec beaucoup de bio, c’est une solution que l’on propose aux gens. » Jean-Luc Algay, candidat à sa réélection pour les municipales de mars, n’a par ailleurs pas renoncé au projet d’installer à moyen terme des maraîchers. « Si nous sommes réélus, on prévoit des logements pour eux. »

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Source : https://basta.media/Pour-proteger-ses-habitants-des-pesticides-commune-LHoumeau-rachete-terres-agricoles-avoisinantes-Charente-Maritime 

dimanche 8 mars 2026

Perpignan : en pleine crise de l’eau, la mairie RN mise sur Dieu, l’État et le béton

Perpignan : 

en pleine crise de l’eau, 

la mairie RN mise 

sur Dieu, l’État et le béton

 

 
Jean-Claude Fain, militant d'Alternatiba, compte les oiseaux sur un site vendu par la mairie RN pour construire un centre nautique à plus de 10 km de la mer.

Municipales — Face à la sécheresse, le maire RN de Perpignan Louis Aliot a réagi à l’opposé des recommandations environnementales : pas de vision sur le long terme, et des mégaprojets qui artificialiseraient encore plus de terres.

Perpignan (Pyrénées-Orientales), reportage

Au plus fort de la crise de l’eau, qui a assoiffé l’ensemble du département des Pyrénées-Orientales, Perpignan a prié. À l’occasion de leur sortie la plus médiatique autour de cet épisode dramatique, plusieurs élus de la municipalité Rassemblement national (RN) ont rétabli un rituel médiéval consistant à conduire les reliques de Saint-Gaudérique vers la rivière de la Têt pour invoquer la pluie en mars 2023. À la question de savoir s’il en était à l’origine, l’ancien élu dédié à l’eau, Georges Puig, assume : « Et ça a très bien fonctionné… »

En place depuis 2022, les restrictions préfectorales liées à la sécheresse n’ont pourtant quasiment jamais été levées jusqu’aux pluies diluviennes de ces derniers jours. Une situation sans précédent à l’échelle du territoire national. Les nappes phréatiques étaient à sec, l’approvisionnement en eau potable menacé, les cours d’eau asséchés… Et les agriculteurs, contraints de réduire leurs prélèvements en eau de 30 à 80 % selon les systèmes d’irrigation utilisés.

Paillage des plantations et festival de l’eau

Un déficit historique auquel le maire RN Louis Aliot a répondu par quelques petites mesures, sans toutefois changer de paradigme. Ici, on a surtout réutilisé l’eau de la piscine municipale pour nettoyer les rues du centre-ville, paillé les plantations de l’espace public et organisé un festival de l’eau, destiné à sensibiliser le public perpignanais une fois par an. Au programme : des jeux, des conférences sur l’approche religieuse de la ressource, et des spectacles « son et lumière »… Mais c’est à peu près tout. Contacté à maintes reprises, Louis Aliot n’a pas souhaité répondre à nos questions.

En interne, certains élus regrettent de n’avoir eu aucune directive. « Depuis le départ de Frédéric Bort [ex-directeur de cabinet qui a quitté le maire en 2023], il n’y a même plus de réunions d’adjoints », confie-t-on à Reporterre. Et visiblement, dans les services, les informations passent mal, au point que des agents ont arrosé le stade de rugby en pleine période de restriction.

800 euros d’amende pour usage illicite de l’eau

Une erreur pour laquelle la Ville de Perpignan a été condamnée à une amende de 800 euros pour usage illicite de l’eau, et dont le maire n’a appris l’existence que lors de son propre procès en appel, en janvier dernier, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du RN.

« Cet arrosage avait été demandé par la Fédération française de rugby, conformément aux règles applicables à l’organisation des compétitions sportives professionnelles, et présentées au préfet du département alors en fonction », s’est-il justifié après coup sur ses réseaux sociaux.

« Une vision qui relativise le changement climatique »

Vice-présidente de la Région Occitanie pour les questions environnementales, Agnès Langevine pointe un désintérêt structurel : « Louis Aliot n’était pas à la table de l’État et de l’agence de l’eau lors des réunions de crise. Il s’est totalement déchargé sur la communauté urbaine [...] Il relève d’une vision plus globale qui relativise le changement climatique, et il n’en tient pas compte en termes d’aménagement urbain », dit l’élue, qui est aussi candidate (Place publique et PS) pour l’élection municipale.

Parmi les projets qui témoignent de cette gestion contre-intuitive : la nouvelle avenue des Baléares, au sud du centre-ville, « qui est en fait un nouvel îlot de chaleur, argue-t-elle. Il y a des arbres certes, mais ils ne rendent pas le même service que ceux qui ont été arrachés, et on retrouve le goudron noir tel qu’on l’utilisait il y a 15 ans et nécessitant des substances toxiques. »

Selon son opposante Agnès Langevine, Louis Aliot «  n’intègre pas  » la sécheresse dans sa vision politique. © David Richard / Reporterre
 

Il existe bien des revêtements alternatifs, tant d’un point de vue écologique que thermique, mais, à Perpignan, il n’en a pas été question. La commune n’a pas non plus initié de « campagne de renaturation de la voirie ou des écoles », qui ont pourtant tendance à suffoquer dès le début du mois de juin. « Il [le maire, Louis Alliot] ne prend pas la trajectoire de la sécheresse, il ne l’intègre pas dans sa vision, ni dans ses investissements », insiste la candidate.

Farouche opposant à la loi Zéro artificialisation nette, l’année dernière, Louis Aliot a bataillé dur au moment des négociations autour du Plan local d’urbanisme intercommunal pour qu’il absorbe — en vain — deux projets de parcs pharaoniques. Dans les tuyaux depuis 2023, le premier concerne un parc d’attractions sur le thème du jeu vidéo et du cinéma, et pourrait voir pousser des montagnes russes, 1 400 chambres d’hôtel, des studios de cinéma, et une arène d’e-sport, et fait mathématiquement exploser le nombre de surfaces artificialisées…

Un projet « bien ficelé »

Au micro d’Ici Roussillon en juin 2024, le maire de Perpignan défendait toujours le projet, qu’il jugeait « bien ficelé ». Il dit aussi compter sur une intervention de l’État « pour déroger à la règle » et contourner le Schéma de cohérence territoriale, un document d’urbanisme visant à anticiper les conséquences du dérèglement climatique.

Le deuxième gros projet ambitionne de faire du mas Delfau un petit temple catalan des loisirs nautiques, mais sur un terrain de 18 hectares totalement à sec. Cédé par la Ville à deux promoteurs pour la somme totale d’un million d’euros, cet ancien domaine viticole pourrait accueillir trois plans d’eau d’une capacité annoncée d’environ 60 000 mètres cubes, avec canoës, paddles, téléskis, et guinguette.

Il comprendrait également des chambres d’hôtes, et un ensemble de bureaux sur une surface de 10 000 m². Un projet jugé « aberrant » par les militants d’Alternatiba, qui ont organisé un happening en maillot de bain sur cette friche enherbée, il y a près d’un an. 

Ce champ à proximité du mas Delfau ferait partie de la zone du projet de parc nautique. © David Richard / Reporterre

« C’est toujours la même logique : nos élus disent que l’eau est perdue parce qu’elle va à la mer. Ils disent qu’ils alimenteront les lacs grâce au canal de Perpignan et à l’agouille de Fontcouverte, qui avait été créée par les rois de Majorque pour alimenter le mas, mais il n’y a quasiment jamais d’eau », soupire Philippe Poisse, militant d’Alternatiba, devant le maigre ruisseau qui encadre cette zone où la nature a repris ses droits. « Pour eux, ce n’est pas un problème de raréfaction, c’est un problème de gestion », complète encore Mélina Dufraigne, qui milite dans le même mouvement écologiste.

Un problème de gestion, mais aussi de priorité. « La zone manquait d’activités de bien-être et de loisirs », s’est justifié l’adjoint au maire Frédéric Gourier lors de la présentation du projet en juillet dernier. « Les responsables d’entreprises qui viennent nous voir pour prendre un premier contact avec la ville demandent des services de bureau un peu particuliers. Ils espèrent du loisir pour leurs collaborateurs et des espaces agréables », rapporte encore le média local Made in Perpignan.

Même constat du côté d’Oxfam, dont la dernière enquête épingle la municipalité pour le projet de ZAC Pou de los Colobrès, qui prévoit la création de 800 logements et 20 000 m² de bureaux sur un terrain de 34 hectares, sans jamais se demander si la ressource en eau sera suffisante.

« Les communes dirigées par l’extrême droite agissent à contresens de l’urgence climatique »

« Les communes dirigées par l’extrême droite agissent à contresens de l’urgence climatique en prenant des décisions qui aggravent l’exposition de leurs habitants aux risques climatiques », estime l’ONG, qui a pointé des logiques similaires à Fréjus, Moissac, Beaucaire et Hénin-Beaumont.

En période de pénurie, ces projets gourmands en ressources et en béton font tache. Pour le chercheur Éric Rémy, professeur en sciences de gestion à l’université de Perpignan, ils sont symptomatiques de l’« économie de rente » qui sclérose le territoire. « Ils s’appuient sur un potentiel climatique qui a été positif pendant pas mal d’années, mais qui ne l’est plus, dit-il en référence aux effets du changement climatique sur la région.

« Il faudrait passer d’un paradigme d’attractivité à un paradigme d’habitabilité ; mais à l’inverse, les acteurs cherchent à produire plus d’eau et ils ne réfléchissent pas assez à la question de la sobriété », poursuit le chercheur, qui est aussi membre du Cat’ecopol, un atelier d’écologie politique créé dans la foulée d’une tribune signée par 92 chercheurs catalans, « Pour un territoire habitable et résilient », en février 2024.

Du déni au techno-solutionnisme

Au même moment, Louis Aliot réclamait l’ouverture d’un « plan Marshall pour l’eau » et des aides financières de l’État. Aujourd’hui encore, il milite pour la création d’une unité de dessalement de l’eau de mer, sans se pencher sur les risques de pollution thermique liée au rejet des boues salines.

« Il se réfère à un projet porté par la ville de Barcelone, mais c’est le niveau zéro du techno-solutionnisme, regrette David Berrué, militant écologiste. Après trois ans de sécheresse, quand elle n’a plus les moyens de dire que ce n’est pas un sujet, l’extrême droite se mure dans une foi illimitée envers les solutions techniques. Elle est dans une logique urgentiste et ça lui suffit. » En bref, soit elle se défausse sur la technologie, soit elle s’en remet à la volonté de Dieu…



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Source : https://reporterre.net/Perpignan-en-pleine-crise-de-l-eau-la-mairie-RN-mise-sur-Dieu-l-Etat-et-le-beton?fbclid=IwY2xjawQXBDZleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeF6MH8li1-54GX3OMcrBmKmwX5hSFBonra4uaTlWEOJgDLi-xlVLDwNSwOIc_aem_H-aC4i89ew_WidP2VpgAHg