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Dans les Pyrénées-Orientales, des habitants ont reçu l’ordre d’évacuer des jardins communaux afin que soit créée une «ceinture de protection» contre les incendies. Ils dénoncent la violence de cette décision et l’hypocrisie des autorités locales.
Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), reportage
«Les jardins ne nous menacent pas, ils nous nourrissent»,
arbore une pancarte décorée avec des arbres, une poule géante et un
minipoulailler. En cette matinée du 3 août, près de 80 personnes sont
rassemblées devant l’hôtel de ville d’Ille-sur-Têt, dans les
Pyrénées-Orientales. En plus des journalistes, des habitants de la
commune et des alentours sont venus manifester leur colère.
Une semaine après les incendies de Trévillach ayant parcouru 4 900
hectares, la municipalité élue en mars et dirigée par Alain Fabresse,
délégué départemental de l’Union des droites pour la République (UDR),
a décidé de supprimer dix-neuf jardins familiaux situés en contrebas de
la ville, près de la route départementale 66. Le 5 juillet, le feu
s’est introduit dans cette zone, détruisant la plupart de ces jardins,
ainsi que des champs et des habitations.
Pour les bénéficiaires, cette décision est «brutale». Avertis par un simple courrier ou la visite d’un représentant de la mairie, sans «explications, ni lettre recommandée ni préavis», la commune ne leur laisse que quelques semaines pour récupérer leurs affaires avant de procéder à la «remise en état du site».
«Ces jardins, on les travaille. Même s’ils appartiennent à la ville, on n’a pas le droit de nous les reprendre comme ça!»
entonne Hayat devant l’assemblée réunie. Mère de quatre enfants, dont
deux d’entre eux sont porteurs d’un handicap, elle décrit son jardin
comme un véritable «coin de paradis».
Seule la porte avait survécu aux flammes, mais celle-ci a été volée le
matin même. Malgré la perte subie, les jardiniers se disent prêts à
repartir de zéro. «On veut bien payer de notre poche pour tout refaire», déclare Fatima, dont le jardin a aussi brûlé durant l’incendie.
Depuis 1949, la commune met des parcelles à disposition des familles à faibles revenus. «Je
ne comprends pas qu’une mairie se permette de fermer des jardins
familiaux alors qu’on vit dans un moment critique, où les produits des
grandes surfaces deviennent inaccessibles», déplore Michèle, membre de l’association En commun 66.
Les jardiniers évacués pourraient bénéficier d’autres parcelles
situées derrière le camping municipal. Mais plusieurs d’entre eux se
disent attachés à ces terres. «Pour moi, ce jardin a une valeur sentimentale, relate Marie-José, 67 ans, à l’entrée de sa parcelle, l’une des seules encore intactes. Mon
mari a planté l’abricotier, il a construit la cabane et fait la
clôture. Il est décédé il y a quatre ans de la maladie de Charcot et
l’année dernière, j’ai perdu mes deux sœurs. Je commençais à peine à m’y
remettre puis les incendies sont arrivés et maintenant cette décision…»
Dans la presse, Alain Fabresse invoque la nécessité de créer, à la place de ces jardins, une «ceinture de protection» contre les incendies. Il souligne que plusieurs parcelles n’étaient pas entretenues et pointe dans un communiqué «que
certains aménagements présents dans cette zone (cabanons, bouteilles de
gaz, etc.) ont contribué à favoriser la propagation du feu en direction
des premières habitations». Contactée par Reporterre, la mairie n’a pas répondu à nos questions.
Francis, 84 ans, fait remarquer que le champ de pêchers entièrement
calciné derrière les jardins, détenu par la commune, n’a jamais été
entretenu par celle-ci. Pas plus que les abords du canal longeant les
parcelles, propriété de la ville de Perpignan.
Les usagers y voient surtout un prétexte «pour se débarrasser de ces jardins». Avant les incendies, certains proches de la mairie les auraient qualifiés de «bidonvilles» et de «dépotoirs». «C’est du mépris de classe», dénonce Romain, membre des Jeunesses populaires du Conflent.
Si le maire semble déterminé à mettre en œuvre cette mesure, les
jardiniers ne comptent pas se laisser faire. Une pétition est en cours
et un recours administratif a été déposé contre cette décision. Une
manifestation paysanne pourrait aussi se dérouler à Ille-sur-Têt d’ici
septembre.
Voici notre lettre consacrée au mouvement #MeToo, aux questions de genre, aux mobilisations féministes et LGBTI+. C’est l’été, nous faisons une pause en août et on se retrouve en septembre !
Cette lettre vous a été transférée par un·e ami·e ? Vous pouvez vous inscrire directement en cliquant ici
Le livre pour tous·tes
« Les Filles de la librairie » de Giulia Foïs (Flammarion)
Comment écrire un roman sociétal, féministe, sans être didactique,
tomber dans le manifeste ni sacrifier le romanesque ? Giulia Foïs avec Les Filles de la librairie, paru aux éditions Flammarion, relève le défi avec une grâce réjouissante. La journaliste et autrice met en scène dans sa première œuvre de fiction une librairie féministe et queer de Nice,
Les Affranchies, épicentre de l’intrigue. Ouvert par un couple, Maud et
Malika, le lieu est à lui seul une profession de foi. Non sans humour,
on trouve dans ses rayonnages l’œuvre de Frédéric Beigbeder, au grand
étonnement de Stéphane, ex-cadre reconverti en professeur de yoga et
féministe autoproclamé. Autour de ce microcosme gravite une
galerie de personnages aussi attachants qu’imparfaits, servis par des
dialogues percutants et drôles. Le roman choral laisse une part
importante à Rose, journaliste engagée qui s’échine à faire passer dans
sa rédaction des sujets liés aux droits des femmes. Quant à
Camille, 20 ans, elle élève seule Léna, 2 ans, et s’enfonce dans une
maternité qu’elle n’a jamais choisie. Leïla tente de se maintenir à flot
après avoir découvert l’infidélité de son mari, tout en s’occupant de
Djibril, son fils de 5 ans, dont les troubles du développement
interrogent. Il y a aussi Yseult, amie d’enfance de Maud,
enfermée dans une relation d’emprise avec un mari toxique, commodément
rebaptisé Tristan. Et Ambre, la fille de Maud, adolescente ballottée
entre deux parents séparés. Il y a aussi les hommes, de
qualité variable, dont le très serviable Paolo, un anarchiste italien
réfugié en France, Yazid, le maçon attitré, ou Michael, l’ex-mari de
Maud jamais avare de piques, encore blessé de voir son ex en couple avec
une femme, d’origine algérienne de surcroît. Sans oublier Léon,
étudiant fan de Taylor Swift, ex-stagiaire de la librairie qui rêve de
rencontrer de beaux hommes. Tous ces personnages se croisent à
la librairie et, de fil en aiguille, en viennent à s’entraider. Sans
jamais alourdir son récit, Giulia Foïs ancre son roman dans le réel.
Elle évoque des personnalités au centre d’enquêtes journalistiques,
comme Gérard Depardieu, mais aussi les obstacles auxquels se heurtent
les victimes de violences sexistes et sexuelles : la difficulté de
porter plainte, d’obtenir justice ou, plus simplement, d’être crue.
À travers Camille, enceinte à 18 ans, l’autrice aborde également les
entraves à l’IVG. La jeune femme raconte qu’une sage-femme lui a imposé
d’entendre les battements de cœur du fœtus, contre son gré, lui faisant
renoncer à son avortement. Le roman évoque aussi le climat incestuel qui
entoure la famille de Rose, les guets-apens visant les personnes
homosexuelles, ainsi que le racisme et l’homophobie auxquels sont
confrontées les minorités. De manière frontale, Giulia Foïs
pointe aussi les contradictions d’un pouvoir qui érige les violences
faites aux femmes en grande cause nationale sans que les actes suivent
les discours, à travers notamment la baisse des crédits aux
associations. Résultat, ce roman, sous ses atours faussement
légers, dit beaucoup. Mais il donne aussi de l’espoir. Car ce qui rend
le roman de Giulia Foïs attachant et addictif n’est pas seulement sa
plume alerte, ou sa portée politique, mais les liens qui se nouent entre
les personnages. Ces femmes s’entraident même si ça doit leur
coûter leur place, leur tranquillité ou leur confort. Elles se
soutiennent dans un territoire hostile, une Nice conservatrice où les
voix discordantes sont étouffées. Et au-delà, Giulia Foïs parvient à
créer, par cette sororité et cette solidarité, une bulle hermétique aux
vents mauvais dont on ne peut que rêver dans une société de plus en plus
rabougrie.
Le
projet consiste à court-circuiter un passage parfois à sec du fleuve
Agly en alimentant les canaux en aval pour les agriculteurs, côté
Espira-de-l’Agly et Rivesaltes, par une conduite qui récupère de l’eau
plus haut. Alors que la sécheresse menace toujours davantage, le point
sur les conséquences et inquiétudes soulevées par ce projet, dont les
travaux pourraient commencer en 2027.
Par Virginie Demorget et Philippe Becker
Cet
article est en accès libre, et nous voulons qu’il le reste. Mais après
dix ans, Made In Perpignan est menacé. Sans le soutien de ses lecteurs,
notre média ne passera pas l’année ➡️ Si vous le pouvez, faites un don.
L’enjeu est de taille. Le Premier ministre
a intégré le maillage de l’Agly dans une liste de 13 projets
prioritaires au niveau national. Le canal d’irrigation de
Latour-de-France se finit à Estagel. Plus en aval, on retrouve d’autres
canaux qui arrosent les secteurs de Cases-de-Pène, Espira-de-l’Agly et
Rivesaltes. Entre les deux, seulement le fleuve, avec des passages où
l’eau ne circule, par périodes, qu’en souterrain.
Le projet à plus de 18 millions d’euros,
soutenu par la préfecture, la Communauté urbaine Perpignan Méditerranée
Métropole ou encore la Chambre d’agriculture, profite d’une fenêtre de
tir autorisant en ce moment près de 14 millions de subventions, dans le
cadre du plan de résilience pour l’eau des Pyrénées-Orientales. Il
consiste d’abord à rénover les canaux existants. « Il y aura des
remblais, des renforcements de cuvelages, du tunnel… », liste Christine
Portero-Espert, directrice de projet pour le plan de résilience.
L’étanchéité gagnée devrait limiter les fuites du canal.
Comme l’explique Jean-Louis Fusillier,
agro-hydrologue et président de l’ASA* de la Plaine qui gère notamment
les canaux d’irrigation, le fonctionnement normal d’une ASA est en effet
de s’engager à économiser la ressource et redistribuer en échange des
travaux assurés sur le réseau.
La promesse d’un usage de derniers recours
Le volet principal concerne ce tuyau qui
sera tiré entre Estagel et Cases-de-Pène, sur près de 12 kilomètres,
pour irriguer plusieurs centaines d’hectares de cultures en aval.
L’adducteur devrait être également connecté à des cuves et bornes pour
les pompiers.
Christine
Portero-Espert le promet, « il aura un fonctionnement de type
assurantiel. Il ne sera utilisé que quand la prise d’eau de Rivesaltes
ne pourra plus fonctionner parce qu’il n’y aura pas assez d’eau dans
l’Agly. Ce n’est pas l’adducteur qui impose les restrictions, elles
s’imposeront avec ou sans. »
Qui décidera de l’usage précis du tuyau ? A
quel moment la crise sera jugée suffisante pour le mettre en route ?
Selon la directrice, il faudra compter sur un comité décisionnaire qui
pourrait être celui du barrage de Caramany, incluant les services
départementaux, la Chambre d’agriculture et les gestionnaires de
l’irrigation, notamment les trois ASA* concernées. La Communauté urbaine
et les irriguants bénéficiaires en aval devraient financer le
fonctionnement du dispositif. Christine Portero-Espert évoque des
cotisations qui resteront abordables pour les agriculteurs.
Le tuyau qui peut le plus se contentera-t-il du moins ?
Les études réalisées jusqu’à présent ont pris en compte, selon la directrice, les années les plus sèches,
dont 2023. Les gestionnaires, notamment les ASA qui gèrent
l’irrigation, et les intercommunalités concernées ont signé les
protocoles. Plusieurs émettent cependant des réserves et s’inquiètent.
Des usagers craignent que l’exception
devienne la règle. Dimensionné pour 400 litres par seconde, le tuyau
devrait en laisser passer 200 litres au maximum, dont 140 pour l’ASA de
Rivesaltes, et le reste pour Espira-de-l’Agly et le secteur de Cabanac.
Sera-t-on tenté, avec l’outil en main, de faire plus, ou plus souvent,
c’est-à-dire davantage que lors de crises très exceptionnelles une
poignée de fois par décennie ? Pour Jérémy Pastor, irriguant, « rien
n’interdit qu’un jour le débit maximum soit atteint toute l’année. » Il
s’inquiète d’un manque de projections sur le remplissage du barrage de
Caramany dans les années à venir.
L’étude environnementale jugée inutile par la DREAL
Pour Jean-Louis Fusillier, il n’y a pour
le moment que des accords de principe, en attendant la signature finale
prévue en septembre. Selon Christine Portero-Espert, le dossier déposé à
la DREAL mentionne bien les 200 l/s maximum. De son côté, l’association
FRENE 66 regrette une précipitation sur une réalisation en 2027, au
détriment d’un temps plus long pour étudier l’impact. Si le dossier
comprend un diagnostic écologique et une étude hydrologique, la DREAL** a
en revanche jugé qu’une étude environnementale n’était pas nécessaire.
Le canal qui alimentera le futur adducteur, vu au niveau de Latour-de-France
Christine Portero-Espert explique. « Les
ouvrages ont été dimensionnés de manière plus importante pour un projet
sans regrets. Si jamais à un moment on s’aperçoit, peut-être dans dix
ans, qu’on est en capacité d’envoyer plus d’eau à l’aval pour se
substituer à des forages qui prélèvent dans les nappes profondes, et qu’on a les autorisations environnementales, on sera en capacité de le faire. »
« On sait que sur les
nappes en aval on est sur des zones déficitaires, ajoute Christine
Portero-Espert. Mieux vaut surdimensionner plutôt que de casser et
refaire plus tard. »
L’autre question porte sur l’usage de
cette eau. Mieux partager vers l’aval, d’accord, mais pour qui ?
Plusieurs centaines d’hectares du côté de Cases-de-Pène, Baixas,
Espira-de-l’Agly et Rivesaltes sont concernés. Selon la directrice du
plan de résilience, le périmètre irrigué en aval, contenant à ce jour
des exploitations viticoles et d’abricotiers, ne sera pas étendu. Mais à
l’intérieur de ce périmètre, rien n’interdit de nouvelles
exploitations. « Dans les périmètres sécurisés, il y aura de moins en
moins de friches, les exploitations vont s’y regrouper. » L’avenir dira
si des maraîchers, vignerons ou arboriculteurs feront le pari de
s’installer, rassurés par ce nouveau maillage.
Garder de l’eau pour le précieux karst
Enfin les craintes émises par les
gestionnaires et riverains pointent la recharge du fameux karst des
Corbières, ce réseau souterrain d’eau douce qui se diffuse dans tout le
massif. Il est en partie rechargé par l’Agly. Selon l’irriguant Jérémy
Pastor, la prise d’eau pour le maillage se situe en amont d’une zone
d’infiltration du fleuve.
L’eau qui partira dans le tuyau
manquera-t-elle ? Christine Portero-Espert assure le contraire. Si elle
reconnait des connaissances incomplètes sur les volumes et le
fonctionnement du karst, elle évoque un minimum autour de 1100 litres
par seconde en sortie de barrage, qui permet de le garder en pression.
Le barrage peut lâcher 1800 litres par seconde les années normales. Si
l’on retire les 450 pour les canaux, dont 250 côté Latour-de-France et
200 pour l’aval via l’adducteur, il resterait encore de la marge pour le
karst.
Mais quid des années
sèches ? Les relevés du SMBVA (Syndicat Mixte du Bassin Versant de
l’Agly) de mai 2023 indiquent que « les débits des rivières sont très
faibles pour la saison » et que « le barrage de l’Agly est seulement
rempli à 37 % de son niveau de stockage maximum. » A cette période le
débit sortant du barrage tombe, selon le document, à 600 litres par
seconde.
Au regard de ces années de crise, le
Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) recommande d’écarter
les deux premiers scénarios soumis en 2025, trop généreux pour
l’adducteur, et propose de retenir un troisième modèle présenté en
février 2026 avec une gestion repensée des lâchers qui permettrait de
préserver les ressources souterraines.
« Nous sommes solidaires des usagers en aval »
En juin 2026, l’ASA de la Plaine organise
une réunion à Estagel. Habitants et usagers du canal regrettent un
manque de vision d’ensemble pour étudier tous les enjeux de la
ressource, alors que des lotissements sont encore créés ou envisagés sur
plusieurs communes et entraîneront des prélèvements futurs.
Un viticulteur résume
« nous sommes évidemment solidaires des usagers en aval de l’Agly et
nous sommes pour le partage de l’eau. Mais nous voulons l’assurance de
garder le débit nécessaire à nos usages et nous ne pouvons pas naviguer à
vue, avec les périodes de sécheresse qui s’accentuent. »
Quand les Corbières donnent à boire à la Salanque
La zone d’ombre, ce sont les années
futures. Le karst est un mystère partiel. Il est déjà exploité à
Cases-de-Pène, qui renvoie de l’eau potable vers la plaine, et devrait
pouvoir pomper davantage avec la nouvelle installation en cours de
déploiement. Depuis les lâchers expérimentaux en 2023 et 2024, la
connaissance du réseau souterrain s’affine. À l’entrée, une alimentation
en grande partie par l’Agly et le Verdouble. A la sortie, plusieurs
points. Deux résurgences bien connues se jettent dans les étangs, l’eau
douce devenant alors saumâtre, c’est-à-dire contaminée par le sel. Il
s’agit du gouffre de Font Estramar près de l’autoroute, et de la sortie
sous-marine de Font Dame dans le fond de l’étang de Salses. Pomper trop
près de ces résurgences pourrait déséquilibrer le système et faire
remonter l’eau saumâtre.
La résurgence de Font Estramar, à Salses-le-Château
Mais il existe une troisième issue au
karst des Corbières. Via des connexions souterraines entre Cases-de-Pène
et Salses-le-Château, il alimente les nappes profondes du Pliocène.
L’eau potable de la Salanque, celle qui alimentera le futur Club Med
du Barcarès par exemple, mais aussi l’eau d’irrigation, dépendent de ce
karst à hauteur d’environ 15 millions de m3 par an. Un volume
considérable qu’on ne peut prendre à la légère. Ce qu’on ignore encore
aujourd’hui, c’est le volume total du karst.
Un test d’entente avant le tuyau du Rhône ?
En dépit des réserves, des projets tels
que le maillage pourraient être les prémices d’autres réalisations
essentielles pour l’avenir de l’eau. D’une part un second adducteur de
sécurisation est d’ores et déjà en réflexion du côté du Conseil
départemental et du syndicat de bassin. Ce tuyau, qui ne verrait le jour
que d’ici une dizaine d’années, partirait directement du barrage de
Caramany pour gagner le canal de la plaine à Latour-de-France. Des
premières études sont en cours. « L’idée est de construire quelque chose
qui puisse être complémentaire » précise Christine Portero-Espert.
Mais surtout c’est
l’occasion de montrer un territoire enfin uni derrière un projet. « Les
financeurs n’ont pas oublié que le territoire a refusé Aqua Domitia il y a quinze ans. »
Or le projet de tuyau du Rhône refait
surface. Sera-t-il accordé à un département où les collectivités ne
parviennent pas à faire corps sur le partage de l’eau ? « Si on a un
territoire un peu désuni, ou quelque chose qui n’apparaît pas
suffisamment solide, ça semblerait incompréhensible, alors que le
secteur de l’Agly est particulièrement fragile. » Dans une vallée qui
s’assèche, fixer des règles communes avant les prochaines crises sera un
chantier en soi.
*ASA : Association Syndicale Autorisée, en charge de l’irrigation et notamment des canaux ** DREAL : Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement
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1. En Bretagne, la « prescription de nature » testée pour améliorer la santé
Le projet breton Sainbiote expérimente la « prescription de nature » : des
professionnels de santé peuvent proposer à leurs patients de passer du
temps dans des espaces naturels en complément de leur traitement. Fondée sur des travaux scientifiques, cette démarche vise à améliorer la santé physique et mentale tout en renforçant le lien avec la nature. (Eco-Bretons)
2. Une ordonnance de protection créée pour les enfants
L’Assemblée nationale a adopté la création d’une ordonnance
de protection pour les enfants, inspirée de celle qui existe pour les
victimes de violences conjugales.Cette mesure, réclamée
depuis plusieurs années par des associations, figurait parmi les
principales recommandations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. (Mediapart)
3. À Marseille, la posidonie devient une alliée contre l’érosion
La ville de Marseille conserve désormais les banquettes de posidonie
sur certaines plages, alors qu’elles étaient autrefois retirées. Cette plante
marine, longtemps perçue comme une nuisance, est aujourd’hui reconnue
pour son rôle dans la protection du littoral, notamment en limitant
l’érosion des plages.(Marcelle)
4. À Milan, un « parlement » donne une voix aux animaux urbains
La ville de Milan a organisé le premier « Parlement des espèces vivantes », où des représentants incarnant des animaux débattent de projets d’aménagement urbain.Cette initiative vise à intégrer les besoins de la biodiversité dans les décisions d’urbanisme et à favoriser une meilleure cohabitation entre humains et faune en ville. (Euronews)
5. Quimper met fin aux balades à dos d’âne
La mairie de Quimper a annoncé l’arrêt définitif des balades à dos d’âne après une pétition ayant recueilli plus de 20 000 signatures. Cette décision fait suite aux critiques dénonçant les conditions de vie
des animaux et leur utilisation comme attraction en milieu urbain.(Mobilisation pour la Cause Animale)
6. New York suspend pendant un an les nouveaux grands centres de données
L’État de New York a instauré un moratoire pouvant aller jusqu’à un an sur la construction de nouveaux centres de données de grande taille.Cette pause doit permettre d’élaborer des règles encadrant leurs
impacts sur le réseau électrique, la consommation d’eau et
l’environnement, dans un contexte de forte croissance des besoins liés à l’intelligence artificielle. (Tech Xplore)
7. Le Burkina Faso interdit le « poverty porn »
Le Burkina Faso a interdit le « poverty porn », une pratique consistant à mettre en scène des personnes vulnérables lors de distributions d’aide sur les réseaux sociaux.
Cette mesure s’inscrit dans un nouveau cadre réglementaire de l’aide
humanitaire visant à mieux protéger la dignité des bénéficiaires et à
promouvoir leur autonomie. (La Santé Publique)
8. Grenoble réduit drastiquement la publicité dans l’espace public
Grenoble a supprimé la majorité de ses panneaux publicitaires, qui ont désormais disparu de 90 % du territoire communal.La ville poursuit cette politique en contrôlant les affichages restants et affirme inspirer d’autres collectivités souhaitant limiter la pollution visuelle dans l’espace public.(Le Parisien)
9. Les livreurs Uber Eats et Deliveroo obtiennent une forte hausse de leur revenu minimal
Uber Eats et Deliveroo ont accepté de porter le revenu minimal horaire garanti des livreurs de 11,75 € à 19 € brut à partir du 1er septembre.
Le nouvel accord prévoit aussi un calcul hebdomadaire de cette
garantie, l’exclusion des pourboires de la rémunération minimale et une
révision annuelle des conditions. (Libération)
10. Le Royaume-Uni investit 90 millions de livres pour sauver les espèces menacées
Legouvernement britannique consacre 90 millions de livres à
un vaste programme de restauration de la biodiversité, dont 60 millions
pour financer 130 projets en faveur de 364 espèces menacées en
Angleterre.L’objectif est de protéger des espèces en déclin, restaurer leurs habitats et contribuer à enrayer la perte de biodiversité. (GOV.UK)
Photo de couverture : TS Sergey – âne en liberté / Unsplash
Jardins, écoquartiers, ferme municipale... Une
fois élus, les maires d’extrême droite ne s’attaquent pas qu’à la
culture et aux syndicats. Ils sabotent aussi des projets écologiques.
Exemples dans trois villes du sud de la France.
Carpentras (Vaucluse), reportage
«C’est un carnage. J’en suis malade.»
Sous un soleil de plomb, qui brûle la terre du Vaucluse, Olivier Ceyte
découvre pour la première fois l’ampleur du désastre, dans un champ à
quelques kilomètres à l’ouest de Carpentras : des rangées de plantations
clairsemées, mal entretenues, jalonnées d’herbes folles. «L’an dernier, à la même époque, nous avions de belles salades», nous montre-t-il sur son smartphone.
Oui, mais voilà : ce vendeur de fruits et légumes de 56 ans, qui
était l’adjoint aux jardins familiaux et à la régie agricole du
précédent maire, Serge Andrieu (divers gauche), n’est plus élu. Hervé de
Lépinau (Rassemblement national) a remporté en mars les clés de cette
ville de 31 600 habitants. Depuis, cet avocat invoque l’endettement de
la commune pour sabrer à tout va : nouveau gymnase, festival de
courts-métrages, planning familial… Projets et subventions soutenus par
l’ancienne équipe sautent les uns après les autres.
À Carpentras, à Elne (Pyrénées-Orientales) et à
Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard), trois communes désormais dirigées par
des maires d’extrême droite, les réalisations et projets écolos sont
particulièrement ciblés.
À Carpentras, des champs à l’abandon
Le nouveau maire de Carpentras a ainsi rapidement acté la suppression
de la régie agricole créée sous le mandat de son prédécesseur, sur
6,5 hectares de terrains légués par la commune voisine de Monteux. «L’idée était qu’elle alimente en produits bios les cantines de la ville. La régie fournissait 25% des 1 600 repas servis aux écoliers et l’objectif était d’arriver à 100%», nous explique Michel Blanchard, ex-élu chargé des cantines.
1,5 hectare était déjà exploité et de nouvelles serres étaient en
cours d’installation. Leurs arceaux vides se dressent désormais dans un
champ voisin, à l’abandon. Le lieu accueillait régulièrement des
scolaires. «On faisait découvrir le goût des salades et des tomates à des enfants qui n’en mangeaient pas chez eux», dit Michel Blanchard.
«C’était une exploitation qui fonctionnait à 20% de ses capacités, affirme Joris Varjabedian, directeur de cabinet nouvellement nommé du maire de Carpentras. Il y avait deux agents municipaux et demi qui travaillaient dessus, il en aurait fallu une quinzaine pour tout cultiver.» Selon lui, «le prix de revient des légumes était totalement délirant, de l’ordre de 15 euros le kilo».
Le maire RN promet de «faire mieux, plus grand et plus efficace» que la régie, en mettant ces champs en «fermage auprès d’un jeune agriculteur professionnel, dont c’est le métier». Avec la promesse que «la moitié de la surface sera cultivée en bio, avec une production destinée aux cantines scolaires de Carpentras».
Olivier Ceyte hausse les épaules : «Nous
avions commencé avec un agriculteur. Mais, au bout de six mois, il a
changé d’avis. Il a vu la galère que c’était de travailler pour une
mairie au niveau administratif. Et comment pourra-t-on garder le label
Ecocert [l’un des principaux organismes certificateurs en bio] avec une
moitié seulement en bio?»
Pour les deux ex-élus, les explications financières avancées par le RN pour supprimer la régie ne sont qu’un prétexte. «Quand
il était dans l’opposition, [Henri de Lépinau] ne s’intéressait pas au
sujet. Sa seule vision, c’est de s’attaquer à tout ce qui relève du
social, du culturel et de l’environnement.» Parmi les projets du nouveau maire, qui se dit partisan d’une «écologie positive» plutôt que d’une «écologie punitive» : agrandir un parking du centre-ville au cœur d’une coulée verte.
Un jardin planté par des enfants délaissé
À Elne (Pyrénées-Orientales), une commune littorale de
9 500 habitants, ce sont les dix potagers urbains et jardins-forêts de
200 à 4 000 m2, initiés par l’ancien
maire communiste, avec la participation active des habitants, qui sont
sur la sellette. Le nouveau maire d’extrême droite, Steve Fortel, a
coupé les ponts avec l’association Slow Food Pays catalan, cheville
ouvrière du projet depuis trois ans, qui avait le tort d’avoir été
engagée par l’ancienne municipalité.
«Quand il m’a reçue, le maire m’a expliqué que ces jardins étaient “utopistes”, raconte Claire Mauquié, coordinatrice de l’association. Son souhait, c’est de “remettre du stationnement et du vrai ombrage, avec de grands arbres”.» Certains jardins, comme celui devant l’école Françoise-Dolto, auxquels les enfants ont participé, seraient conservés en l’état.
«Quand les enfants vont rentrer de vacances, tout aura crevé»
«Mais nous n’avons pas eu le
temps avant les élections d’installer un paillage pour protéger les
plantations et d’installer le système d’irrigation. Or, la nouvelle
majorité n’a fait ni l’un ni l’autre. Quand les enfants, qui se sont
impliqués et ont donné des noms à leurs arbres, vont rentrer de
vacances, tout aura crevé…»
Selon elle, la mairie d’extrême droite a également arrêté net des
projets liés à ces jardins, pourtant financés par des fonds extérieurs,
dans le cadre de la politique de la ville, ou de l’Agence de l’eau.
Sollicité par Reporterre, Steve Fortel n’a pas donné suite. Lors du dernier conseil municipal, le 7 juillet, il a confirmé que les jardins-forêts «ne seraient pas maintenus en l’état». Mais seraient «repensés (…) avec du stationnement, sans imperméabiliser, et avec des espaces ou des îlots de fraîcheur arborés». «On va préserver la nature en ville», promet l’élu.
Dans le Gard, un écoquartier enterré
Près d’Alès (Gard), c’est un projet d’écoquartier porté par l’ancien
maire divers gauche qui a été aussitôt jeté aux orties par le nouvel
édile d’extrême droite de Saint-Hilaire-de-Brethmas (4 800 habitants).
Modeste par sa taille — une trentaine de logements —, le projet de la ZAC de la Diane portait de grandes ambitions : «L’empreinte
carbone était réduite grâce au choix des matériaux, qui permettait de
relancer plusieurs filières, comme celles du pin maritime et de la terre
crue pour la construction, et celle de la paille de riz pour
l’isolation des habitations», se désole l’ancien maire, Jean-Michel Perret.
Le projet promettait une «biodiversité inclusive dans l’emprise foncière constructible», avec «de l’habitat pour les insectes et les oiseaux dans le cœur même des bâtiments» et «des corridors pour les serpents et les hérissons». D’un montant de 11 millions d’euros, distingué par plusieurs prix nationaux, il avait décroché une subvention de plus de 3 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets France 2030.
Pas de quoi convaincre le nouveau maire, Gaël Mancuso : «On n’était pas sûrs d’avoir ces subventions, pour un projet qui a déjà coûté à la commune 850 000 euros», affirme-t-il à Reporterre. Selon lui, «le pin maritime, qui servait autrefois dans les mines, n’est pas un bon bois de construction». Et le coût, «de l’ordre de 7 000 euros le mètre carré, était trop élevé».
Il préfère donc «trouver un
promoteur qui achète le terrain directement et construise un lotissement
à taille humaine, pour que cela coûte le moins possible à la commune». Le nouveau maire, qui ne se dit «pas écolo, mais écoresponsable», estime qu’il «ne faut pas réduire l’écologie à un écoquartier». Il dit vouloir travailler à l’isolation des bâtiments et instaurer, dans sa ville, un «permis de végétaliser» pour contribuer à rafraîchir les rues en période de canicule.
L’élu, qui se dit proche, politiquement, de Marine Le Pen et Éric Ciotti, ne remet pas en question le réchauffement climatique. Certains des nouveaux maires RN
n’ont pas ces pudeurs. À Carcassonne (Aude), Christophe Barthès s’est
illustré, quand il était député, par ses sorties climatosceptiques : «Le
3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses
depuis vingt-cinq ans, avec -43 °C. À cette heure, nous n’avons pas
encore de commentaires du Giec», écrivait-il par exemple sur X.
Quant au maire de Carpentras, Hervé de Lépinau, il avait fustigé en 2023, sur le même réseau social, les «propagandistes du Giec» qui «suggéreront
bientôt l’extermination de l’espèce humaine, au motif qu’elle
constituerait une catastrophe pour la biodiversité et le climat».