Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Communiqué de proches de prisonniers à la prison de Moulins
Depuis des mois, au sein du quartier maison centrale (QMC) de
Moulins-Yzeure, les conditions d’hygiène relatives à la nourriture sont
tout simplement inhumaines et dégradantes.
Les gamelles, sorties de frigos régulièrement en panne, sont servies
pourries, « avec une odeur du fumier » comme en témoigne l’un des
prisonniers du QMC. L’odeur des plats est plus pestilentielle encore que
l’usine de croquettes pour chiens attenante à la prison.
Les légumes en boîte qui y sont servis sont périmés depuis 2 ans,
mais continuent à être servis. Même chose pour les desserts,
systématiquement périmés depuis plusieurs jours.
Bien entendu, il ne vient pas à l’esprit du personnel de
l’administration pénitentiaire d’avoir la décence de resservir une autre
gamelle – saine ! – dès qu’un prisonnier se retrouve confronté à l’une
de ces gamelles au fumier. De nombreux prisonniers se retrouvent donc à
ne plus être en mesure de se nourrir.
Le risque est d’autant plus grand que dès que l’on tombe malade à
cause de la gamelle, il n’y a aucun docteur disponible pour apporter le
moindre soin. Et bizarrement, lorsque des prisonniers, pour alerter sur
leur situation, écrivent à leur avocat·e – en principe sous pli
confidentiel – les courriers « disparaissent » dans la nature… Même
chose pour les appels aux avocat·es, qui semblent étrangement fuiter.
La cheffe de la cuisine est clairement responsable de tels
dysfonctionnements. Le fait qu’elle bombarde ses gamelles à l’arôme de
purin d’épices cheloues ne change rien à la teneur du plat. Et comme
plusieurs prisonniers l’ont constaté eux-mêmes : « En plus, Madame se
permet de toucher la bouffe sans gants. Elle se gratte les fesses puis
trempe ses doigts dans les plats. »
Livrer de tels repas aux prisonniers est absolument indigne, en plus
d’être particulièrement dangereux. Instaurer un climat de pression à
l’encontre des prisonniers souhaitant alerter avocat·es et juridictions
compétentes est intolérable.
Il devient urgent que cela cesse immédiatement. Nous appelons toute
personne choquée par la situation actuelle à appeler la prison :
Tél. : 04.70.35.15.00.
Adresse postale : Direction du Centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, 21 rue de Millepertuis, BP 24, 03401 Yzeure Cedex
Dans la région d’Ashburn, la capitale des data centers aux États-Unis qui concentre 70%
du trafic internet, les centres de données ont été construits juste en
face des maisons. Ses habitants en paient le prix fort, entre nuisances
sonores et pollutions.
Vu du ciel, l’horizon est saturé de data centers — à perte de vue,
partout. Tout autour d’Ashburn (Virginie), de gigantesques mastodontes
sans âme et sans charme surplombent de verdoyantes résidences
pavillonnaires. Au nombre de 150, ces serveurs informatiques, devenus
essentiels pour faire fonctionner ChatGPT et toute autre intelligence
artificielle, concentrent à eux seuls 70% du trafic mondial d’internet et forment le Data Center Alley, l’allée des centres de données.
Réfugiés dans la commune voisine mais tout aussi bruyante de
Sterling, Blandine Maréchal et Craig Dobbs vivent littéralement à la
porte d’un complexe de trois data centers appartenant à l’entreprise
Vantage. Avec comme seul rempart de petits arbustes plantés aux abords
d’une route censée mener vers le progrès. «Ce bruit est constant et nous reste continuellement dans les oreilles : c’est comme si vous aviez un moteur dans votre maison», confient les deux ingénieurs en aérospatiale, «désabusés» face à l’appétit grandissant des géants de la tech.
Depuis la poussée des data centers en 2023, le couple
franco-étasunien s’endort et se réveille au rythme de ces
infrastructures et tente de survivre face à ces voisins encombrants aux
ronflements incessants. Un autre voisin, bien réel lui, dit avoir
enregistré une pointe à 82 décibels, le 4 avril — une mesure bien
supérieure au seuil maximal de 55 décibels recommandé par l’Agence
étasunienne de protection de l’environnement (EPA) pour les zones résidentielles.
Sans ce vacarme quasi quotidien, le couple s’accommoderait presque de
la situation, mais ces turbines à gaz pour alimenter ces data centers
en électricité les ulcèrent. «Notre vie de tous les jours en est impactée : promener le chien ou simplement être sur la terrasse n’est plus un moment paisible», confie Craig Dobbs, d’une voix calme et douce.
De leur fenêtre, Lindsay Shaw et son fiancé Bob Salehi voient, eux
aussi, grues et pelleteuses continuer de grignoter, jour après jour, le
comté de Loudoun et ce qu’il reste de la sérénité des 420 000 habitants
de la région. Pourtant «très favorable au projet» — toujours mieux, à ses yeux, qu’un «centre commercial et ses voitures entassées par centaines dans les rues du quartier» —,
cette ancienne employée dans la cybersécurité ne s’imaginait pas se
retrouver au cœur du réacteur mondial de l’intelligence artificielle.
«Mes voisins et moi ne devrions pas sacrifier notre santé et notre bien-être pour le confort numérique du monde»
Entre deux aboiements de son chien Raven, elle hausse le ton face aux géants de la tech qui emportent tout sur leur passage;
les dollars du comté et les souvenirs des habitants d’une région
autrefois boisée où ne subsistait qu’un concessionnaire automobile. «Je
ne suis pas contre le progrès, il est difficile à proscrire et nous en
avons besoin. Mais pas à ce prix-là, pas si proche des communautés, souffle-t-elle. On nous a vendu un projet “propre” [1], sauf que la réalité est tout autre.» Et de s’interroger sur l’intelligence artificielle : «À quel moment devons-nous l’arrêter ou la surveiller?»
Lui aussi las de ce triste spectacle, Gregory Pirio envisage de
poursuivre ces géants en justice. Il est temps, selon lui, de lever le
voile sur «la réalité
invisible, inaudible et nocive qui se cache derrière le bruit et la
pollution permanents, qui transforment [leurs] quartiers en Cloud’s
Hurricane Alley», l’allée des ouragans du cloud. «Mes
voisins et moi ne devrions pas sacrifier notre santé, notre bien-être
et notre tranquillité pour le confort numérique du monde», assène-t-il encore.
Irritations des yeux et des poumons, maux de tête, quintes de toux et
autres troubles... Gregory Pirio, lui, voit sa santé se dégrader
pendant que ces infrastructures, elles, prospèrent à plein régime.
Contactée par Reporterre, l’entreprise étasunienne Vantage n’a pas donné suite à nos sollicitations.
De « fausses promesses » ?
Lové dans son sofa turquoise aux teintes brunes, Gregory Pirio regrette aussi les «fausses promesses» de Vantage et un «projet six fois plus grand que ce qui [leur] avait été présenté» avec «des générateurs des deux côtés et toute une centrale électrique à l’arrière» dont les habitants disent n’avoir jamais entendu parler avant leur construction.
Parmi les citoyens les plus actifs, cet ancien journaliste originaire
de Californie n’hésite pas non plus à reprendre la plume pour exprimer
son ras-le-bol dans la presse locale pour alerter le reste de la planète. «Tout le monde devrait être traité avec dignité, mais ici, on fait tout pour le profit», souffle-t-il, comparant sa région d’adoption à la Data Center Death, en référence à la Death Valley (la Vallée de la mort).
Ensemble, les habitants de ce quartier autrefois paisible
surveillent, documentent et dénoncent la pollution et les dérives de
Vantage. Ils se tiennent informés presque quotidiennement dans une
boucle WhatsApp pour centraliser les signalements et suivre l’évolution
de la situation.
Lors d’une tempête de neige fin janvier, Lindsay Shaw a filmé
d’épaisses fumées noires s’échappant du data center, sans que les
autorités locales et l’entreprise étasunienne ne lui apportent de
réponse quant à la toxicité de ces émissions. Plusieurs habitants ont
également installé des capteurs d’air et ont détecté des particules
fines, sans qu’un lien de corrélation avec les data centers ait été
établi.
Tous regrettent cet enlisement et le manque de solidarité du reste de
la communauté. À la mi-avril, seuls 140 foyers — presque autant que le
nombre de data centers à Loudoun — avaient signé la pétition de l’ONG Piedmont Environmental Council sur les nuisances sonores des data centers.
L’énergique Elena Schlossberg, installée dans le comté voisin de
Prince William, observe la situation avec attention et s’inquiète de
voir pulluler près de 600 centres de données en Virginie, jusqu’aux lisières du parc national du Manassas National Battlefield Park. «C’est l’étape 0 du développement des data centers dans le monde, lâche-t-elle, les mains serrées sur le volant de sa voiture blanche. Si vous vous souciez du changement climatique, attachez votre ceinture, parce que nous allons dans la mauvaise direction.»
Elle s’indigne du «pillage énergétique» et «regrette que la Virginie fasse peser le coût sur d’autres communautés»
avec une nouvelle dépendance au nucléaire de Pennsylvanie et la
réouverture de mines de charbon en Virginie-Occidentale et dans le
Maryland.
Cofondateur et actuel président de l’association Loudoun Climate Project, Chris Tandy estime que «les
habitants de Virginie subventionnent l’infrastructure énergétique des
plus grandes entreprises technologiques du monde, tout en supportant la
pollution et le bruit».
Factures à l’appui, plusieurs habitants du quartier disent payer le prix
fort des nouvelles lignes à haute tension, avec une hausse de
25 dollars (environ 21 euros) en près d’un an et demi, malgré une
consommation électrique stable.
Le réseau électrique étant insuffisant pour nourrir les data centers, l’activiste est également préoccupée par «l’utilisation normalisée de générateurs diesel de secours, censés être une solution d’appoint en cas de panne du réseau» et parle d’une «catastrophe à venir pour [leurs] objectifs climatiques», en contradiction avec le Virginia Clean Economy Act, censé permettre la transition vers une énergie 100% propre d’ici 2045 ou 2050.
Dans le comté de Loudoun, la demande en électricité a augmenté de 166% entre 2021 et 2025 et pourrait encore doubler d’ici cinq ans avec l’explosion de l’intelligence artificielle, selon les autorités locales elles-mêmes.
Une consommation excessive de l’eau pour refroidir les data centers est aussi pointée du doigt par les associations environnementales et «demeure l’un des aspects les moins transparents du système», précise une étude du Center for Secure Water de l’université de l’Illinois de janvier 2026.
Élu en novembre à la Chambre des délégués de Virginie sur fond de
controverse autour de ces data centers, le démocrate John McAuliff dit,
lui, observer «une prise de conscience qui n’était pas là auparavant».
Il plaide désormais pour conditionner les crédits d’impôt, dont
bénéficient largement les data centers, à l’usage d’énergies
renouvelables. Mais il reste lucide quant à l’ampleur du défi : «Il faudra probablement vingt ans pour résorber l’arriéré actuel.»
Le comté de Loudoun jure qu’il «n’ira pas plus loin dans la construction de data centers»
Directeur exécutif du développement économique du comté de Loudoun,
Buddy Rizer dit entendre les plaintes des citoyens mais préfère d’abord
louer les «vertus économiques» du Data Center Alley dont il est l’architecte. Selon lui, les entreprises représenteraient «45% des revenus fiscaux du comté» et généreraient «15 000 emplois dans et autour des centres de données» — les habitants interrogés par Reporterre disent toutefois ne pas en voir le bénéfice.
«Par manque de place et d’électricité», le comté de Loudoun «n’ira pas plus loin dans la construction de data centers», jure-t-il. À demi-mot, il reconnaît avoir fait «des erreurs», «regrettant» aujourd’hui que certains projets aient été construits «trop proches des maisons», mais «la majorité reste sur des terrains zonés commerciaux», insiste-t-il. Et de conclure : «Notre intention n’a jamais été d’être les plus grands, mais de faire le meilleur travail possible pour faire croître l’économie.» Au détriment de la tranquillité et de la santé de ses citoyens, donc.
Notes
[1] Divers contrôles auraient notamment dû être réalisés.