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mardi 28 avril 2026

Occitanie. Non au plan Delga !

 


Numéro 20 (hiver 2026)

Occitanie 

Non au plan Delga !

Le 24 janvier, de nombreuses organisations de gauche et syndicats appelaient au rassemblement devant le Conseil régional à Montpellier, pétition à l’appui, pour exiger l’annulation immédiate des 200 millions d’euros que Carole Delga a promis d’investir dans l’industrie de l’armement.

 Nous dénoncions dans notre numéro de juillet ces « profiteurs de guerre subventionnés » par l’État et par la région PS d’Occitanie, qui vendent des armes à toute une série de pays autoritaires, mafieux ou belligérants. 

Plutôt que de jouer les va-t-en-guerre macronistes, la région pourrait – au pif – aller à la rescousse de l’Area, une association de Montpellier qui s’est vu couper ses subs en octobre par la préfecture car elle critiquait trop ouvertement les expulsions de bidonvilles où elle intervenait. 

Mais Delga préfère mettre une robe à 400 balles et prendre rencart avec les « pépites industrielles » du coin qui fabriquent obus et drones tueurs.

 

Source : https://lempaille.fr/occitanie-non-au-plan-delga 

lundi 27 avril 2026

« C’est une aberration » : pour les besoins de l’IA, les data centers veulent tourner au gaz fossile

« C’est une aberration » : 

pour les besoins de l’IA

les data centers veulent tourner 

au gaz fossile

 
 
Par Erwan Manac’h
13 avril 2026  
 
 

Les constructeurs des centres de données géants, nécessaires au développement de l’intelligence artificielle, demandent à être raccordés au réseau de gaz français. « Aberrant », selon GRDF. Et écologiquement catastrophique.

Des centres de données branchés sur le réseau de gaz ? En France, ce scénario pourrait paraître absurde : l’électricité y est disponible en abondance. Pourtant, des entreprises portant ces projets de data centers, des usines abritant des serveurs informatiques nécessaires au fonctionnement de l’intelligence artificielle, envisagent bel et bien de se tourner vers cette énergie fossile pour gagner du temps. Et émettre au passage des millions de tonnes de CO₂ dans l’atmosphère.

C’est la directrice du réseau français de distribution de gaz (GRDF), Laurence Poirier-Dietz, qui l’a partagé à une poignée de journalistes le 1ᵉʳ avril. « Nous sommes régulièrement sollicités par des opérateurs de data centers. Ils viennent vers nous pour explorer des solutions de raccordement au réseau gazier. Parce que les délais annoncés sur le réseau électrique — parfois cinq à sept ans — ne sont pas compatibles avec leurs calendriers. Il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. »

La responsable ne parle pas ici d’une alimentation ponctuelle, pour faire du gaz une énergie de secours en cas de coupure d’électricité, comme c’est envisagé par de nombreux centres de données, mais bel et bien d’un fonctionnement en continu grâce au gaz. Une gabegie climatique et une absurdité énergétique, quand on sait que les centres de données nouvelle génération ont une consommation électrique équivalente à celle de grandes métropoles.

Une coûteuse aberration

« C’est une aberration, poursuit Laurence Poirier-Dietz. Ces usages reposeraient sur des cycles combinés gaz [soit des centrales fabriquant de l’électricité grâce à la combustion de gaz] dont le rendement est d’environ 50 %. » Autrement dit, pour produire une quantité donnée d’électricité avec cette méthode, il faut brûler deux fois cette quantité sous forme de gaz.

« Ce serait un contresens, d’autant plus que le prix du gaz est bien moins attractif que celui de l’électricité », dit à Reporterre Lorraine de Montenay, experte en sobriété numérique pour GreenIT et co-autrice d’un rapport sur les centres de données pour l’Ademe.

Tout ceci ne semble toutefois pas de nature à refroidir les géants de la tech, à l’heure où Google, Amazon, Meta et Microsoft prévoient un total de 650 milliards de dollars (550 milliards d’euros) d’investissements pour surfer sur l’explosion de l’IA.

Pas de « refus de vente »

Les demandes de raccordement sont des informations confidentielles. GRDF ne communique ni le volume de gaz demandé, ni l’emplacement des projets de centres de données qui ont formulé ces demandes. Aucun raccordement n’est prévu à court terme, rassure l’opérateur public, mais le scénario n’est plus écarté dans les années à venir, alors que la France prévoit d’ouvrir une soixantaine de ces mégacentres de données.

Lire aussi : Data centers : une carte exclusive des sites en projet

Une chose est sûre, ce n’est pas GRDF qui pourra refuser d’ouvrir les robinets. L’opérateur n’a pas le droit de refuser de fournir en gaz, aussi absurde que puisse être la demande. « En tant qu’entreprise de service public, nous avons l’obligation de répondre à l’ensemble de nos clients et ne pouvons pas procéder à un refus de vente », dit Laurence Poirier-Dietz.

Un centre de Google pollue autant que San Francisco

Selon une estimation de Reporterre, au regard de la consommation électrique moyenne des 352 centres de données d’ancienne génération existants en France (28 000 mégawattheures (Mwh)), faire fonctionner un tel équipement uniquement au gaz rejetterait, au minimum, 15 000 tonnes de CO₂ dans l’atmosphère par an, soit l’équivalent de l’empreinte carbone de 1 600 Français. [1]

Le risque réel est largement supérieur à cette estimation, puisque les usines à serveurs de nouvelle génération, calibrées pour l’intelligence artificielle générative, atteignent une taille jamais égalée. Le dernier projet connu, qui a passé fin 2025 l’étape du débat public, lorgne sur une emprise de 70 hectares, en Seine-et-Marne, et nécessitera une capacité électrique de 1,4 GW à lui tout seul, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires.

Au Texas (États-Unis), où Google s’apprête à brancher un gigantesque centre de données sur le gaz, l’émission de CO₂ anticipée grimpe à 4,5 millions de tonnes par an. C’est plus que la ville entière de San Francisco, rapportait The Guardian le 2 avril.

La demande devient insoutenable pour le réseau électrique

Depuis un peu plus d’un an, la France fait tout pour devenir un eldorado de centres de données. Elle cherche ainsi à s’attirer une industrie florissante et à régler un épineux problème de souveraineté sur nos données numériques et les applications liées à l’IA. Ces technologies sont en effet largement hébergées aux États-Unis et répondent ainsi aux lois étasuniennes.

Jusqu’à aujourd’hui, cette course folle est présentée comme neutre pour le climat, car ces centres sont censés fonctionner à l’électricité, abondante et largement décarbonée en France « grâce » au nucléaire et aux énergies renouvelables.

Lire aussi : 10 infos clés pour survivre aux débats de Noël sur l’intelligence artificielle

Mais la demande explose à un niveau insoutenable, pour le réseau électrique. Les demandes de raccordement au réseau reçues par RTE, le gestionnaire du réseau, représentent trois fois la consommation électrique totale de l’industrie française. Impossible, pour l’opérateur public, de suivre. D’où l’idée pour les promoteurs des centres de données, au moins transitoirement, de faire turbiner des générateurs au gaz.

C’est aussi ce que semble préparer la Commission européenne, à travers un projet de réforme omnibus allégeant les obligations de reporting environnemental des centres de données et facilitant l’utilisation de petites centrales au gaz d’appoint. « Cela laisse penser à une évolution qui pourrait pousser des acteurs à adopter le gaz comme source d’énergie, en France », dit à Reporterre, Benoit Petit, expert du coût environnemental du numérique et co-auteur d’un rapport de l’Ademe sur les centres de données.

Aux États-Unis, une situation déjà critique

Ailleurs dans le monde, la course à l’intelligence artificielle a déjà largement dérapé en une relance des énergies fossiles. Des centrales au charbon sont maintenues en activité pour alimenter les centres de données et le gaz est appelé en renfort. « En Irlande ou aux États-Unis, par exemple, les porteurs de projet sont incités à produire leur propre électricité pour ne pas trop solliciter le réseau qui est bien plus limitant qu’en France. La solution la plus rapide sont des turbines à gaz et il y a de nombreux investissements dans le nucléaire, notamment des petits réacteurs SMR dédiés », dit à Reporterre Thomas Hemmerdinger, directeur du département énergie et climat de l’Institut Paris région.

Aux États-Unis, le gaz apparaît comme l’unique moyen de disposer rapidement d’électricité. Plus d’un tiers de la capacité gazière du pays est déjà consacré aux centres de données [2] et au moins 80 centrales électriques au gaz sont en projet d’ici à 2030 [3].

Meta, la maison mère de Facebook, prévoit la construction d’un centre de données de 2 GW, en Louisiane, alimenté au gaz. 2 GW, c’est aussi la puissance des turbines à gaz que compte installer Elon Musk grâce à une récente levée de fonds à 20 milliards de dollars. Tout comme Microsoft qui vient de signer un accord avec Chevron pour la construction d’une centrale électrique au gaz de 2,5 GW dans l’ouest du Texas.

Lire aussi : Derrière la course à l’IA, des puces très chères et peu écologiques

Au Royaume-Uni, également, le régulateur de l’énergie alertait en novembre 2025 sur l’explosion des demandes de connexion au réseau énergétique, en grande partie liée aux projets de centres de données. Cela fragilise le réseau électrique et risque d’entraîner une hausse de la demande en gaz.

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Source : https://reporterre.net/C-est-une-aberration-pour-les-besoins-de-l-IA-les-data-centers-veulent-tourner-au-gaz?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_hebdomadaire

dimanche 26 avril 2026

40 ans après Tchernobyl, la catastrophe continue...

 



40 ans après Tchernobyl, 

la catastrophe continue...


Pour les «liquidateurs» c'est plus de 100 000 morts et plus de 200 000 invalides, et pour les populations exposées à la contamination le bilan (serait déjà selon les estimations) probablement supérieur à 985 000 de morts à travers le monde.

Par l'intermédiaire de son ambassade à Paris, l'Ukraine qui a engagé 250 000 liquidateurs à Tchernobyl, communique à la presse qu'en 2004, 84% des liquidateurs sont malades. En janvier 2010, l'Académie des sciences de New York (NYAS) a publié le recueil (sous la direction d'Alexei Yablokov) le plus complet de données scientifiques concernant la nature et l'étendue des dommages infligés aux êtres humains et à l'environnement à la suite de l'accident de Tchernobyl «Chernobyl: Consequences of the catastrophe for people and the environment». Cet ouvrage (dont on peut lire en PDF la traduction de la 5ème édition) met à la disposition du lecteur une grande quantité d'études collectées dans les pays les plus touchés: la Biélorussie, la Russie et l'Ukraine (voir "Leçons de Tchernobyl" 22mn (youtube) réalisée à l'occasion du symposium organisé par la fondation Helen Caldicott en Mars 2013 à New York). Les auteurs estiment que les émissions radioactives du réacteur en feu ont atteint dix milliards de curies, soit deux cents fois les retombées des bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki, que sur les 830 000 «liquidateurs»* intervenus sur le site après les faits, 112 000 à 125 000 sont morts, et que le nombre de décès à travers le monde attribuables aux retombées de l'accident, entre 1986 et 2004, est de 985 000, un chiffre qui a encore augmenté depuis cette date.

(* d'après différentes sources sur les liquidateurs envoyés à Tchernobyl : Ukraine 305 à 360 000 - Russie 250 à 284 000 - Belarus 130 000 - Lettonie > 6 500 - Lithuanie > 7 000 - Estonie 4 833 - Kazakhstan 32 000 - Arménie 3 000 - reste de l'URSS 35 000.)

Les sommes colossales dépensés par l'URSS pour « liquider Tchernobyl » :

 
- «  Pour les vingt premières années, les dépenses directes provoquées par la catastrophe pour les trois pays les plus touchés dépassent 500 milliards de dollars, ce qui, rapporté au coût de la vie dans l'Union européenne, représente plus de 2 000 milliards d'euros. Autant, donc, sinon plus, que le coût de construction de toute l'infrastructure nucléaire mondiale ! » Alison Katz, décembre 2010, Le Monde Diplomatique


- La catastrophe de Tchernobyl aurait coûté 700 milliards de dollars en 30 ans, estime l'ONG Green Cross dans un rapport, publié le 21 avril 2016.


- «  25 ans après, Tchernobyl dévore chaque année 7 % du budget ukrainien. La somme colossale de 18 milliards de roubles dépensés par l'URSS pour « liquider l'incident » du 26 avril 1986 furent à l'époque considérés comme un des facteurs de l'effondrement du système soviétique. Le Belarus consacrait 22,3 % de son budget à Tchernobyl en 1991, un taux en régression rapide (6,1 % en 2002). Le gouvernement biélorusse a estimé les pertes à 235 milliards de dollars sur trente ans. [...]

 
C'est bien sûr le coût humain qui reste à la fois le plus tragique et le plus difficile à chiffrer.

 
Le ministère de la Santé dénombre 100.000 citoyens rendus complètement invalides par la catastrophe. Auxquels il faut ajouter près de 80.000 enfants nés avec des déformations congénitales dans les régions voisines de Tchernobyl et un taux de cancers de la thyroïde qui a été multiplié par dix dans l'ensemble du pays.
» La Tribune

 

Source : https://www.dissident-media.org/infonucleaire/special_tcherno.html 

samedi 25 avril 2026

Arthur Sarradin : écrire l’indicible

Arthur Sarradin : écrire l’indicible

Le journaliste français libère la parole d’anciens détenus des prisons du régime syrien.

 

Arthur Sarradin. Photo Édouard ÉLIAS

Arthur Sarradin n’a ni l’oralité ni l’écriture de son âge. À 25 ans, le journaliste français impressionne par sa polyvalence et son audace. D’abord fixeur pour arrondir ses fins des mois alors qu’il étudie à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, il prend ensuite la plume, avant de passer derrière la caméra en pleine thaoura en 2019. Il coréalise le documentaire La Révolution naît des entrailles du chagrin (2021) et collabore notamment avec Libération, Radio France, TF1/LCI et Paris-Match. Finaliste du Prix Albert Londres en 2024 et 2025 en presse écrite, il a publié cet automne Le Nom des ombres. Sortir de l’enfer concentrationnaire syrien, un récit percutant où, à travers les témoignages bruts d’anciens rescapés, il dresse un portrait glaçant des prisons sous le régime Assad et explore la difficile reconstruction des anciens détenus après la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024.

Dans l’introduction, vous indiquez avoir commencé ce livre le jour de la chute de Bachar el-Assad. Qu’est-ce qui vous a fait sentir que cet événement nécessitait un livre plutôt qu’un reportage ?

Ce livre est né d’une frustration : aucun format journalistique ne permettait de rendre compte de l’ampleur du crime contre l’humanité. Les témoignages que je recueillais étaient trop longs, trop denses, trop précis pour être coupés. Il fallait un médium capable d’accueillir ces récits sans les mutiler. Le format littéraire permettait aussi d’aborder des questions plus difficiles à traiter dans un reportage et d’élargir le champ de la réflexion.

Votre livre mêle enquête journalistique et écriture littéraire. Quelle méthodologie avez-vous adoptée pour trouver cet équilibre ?

J’ai d’abord admis mes limites : je ne suis ni historien ni politiste. Beaucoup ont déjà écrit sur l’univers concentrationnaire syrien, souvent à partir de leur propre détention. Je pouvais apporter un regard choral sur toute la Syrie libérée, au moment précis de la chute du régime, à travers la parole d’anonymes, de marginalisés. Les récits étaient encore brûlants, peu après la sortie des prisons.

La méthodologie : l’entretien libre. Pas de thème imposé, ni de chronologie ou grille d’analyse, mais laisser la mémoire surgir par éclats. J’y ai mêlé des petites enquêtes, comme reconstituer un massacre, retrouver l’auteur d’un poème. L’ensemble forme un récit fragmenté mais traversé par un même propos.

Tous les témoignages bruts que vous reconstituez dans le livre vous ont donc été transmis à l’oral ?

Oui. Deux livres m’ont influencé : Dans le nu de la vie de Jean Hatzfeld, sur le génocide rwandais, avec son alternance entre récit écrit et témoignages bruts, et La Supplication de Svetlana Alexievitch, entièrement fondé sur la parole des survivants de Tchernobyl. Ils m’ont rappelé l’importance de l’oralité dans la culture syrienne et levantine.

L’équilibre littéraire s’est construit autour d’une exigence : ne pas trahir cette oralité. Tous les témoignages ont été traduits en essayant de préserver les rythmes et la musicalité de chaque voix. L’enjeu : que la parole se libère et conserve son identité.

Comment avez-vous convaincu les rescapés de parler dans une Syrie où l’on a appris à se taire ?

Je m’attendais à un silence total. Au Liban déjà, la méfiance est grande, en Syrie, je pensais que ce serait pire. Mais quand les Syriens ont compris que Bachar el-Assad ne reviendrait pas, la parole s’est libérée. Pour beaucoup, témoigner était une nécessité. Certains voulaient exercer une parole politique, d’autres verbaliser leur vécu, même s’entraîner à raconter à leurs proches. Il a fallu plus de temps pour établir la confiance avec les femmes, dont les histoires touchaient parfois à des violences sexuelles.

Vous évoquez les camps nazis. Le régime syrien a-t-il reproduit un système concentrationnaire ?

Il s’est inspiré du nazisme et des fascismes de son époque. Rifat el-Assad admirait les goulags soviétiques et d’anciens nazis avaient trouvé refuge à Damas. Chaque totalitarisme a ses codes, mais tous cherchent à domestiquer l’individu. Le baasisme a créé son propre univers concentrationnaire : motifs d’arrestation absurdes, surpeuplement carcéral, identités remplacées par des numéros. La répétition des architectures, salles et procédures bureaucratiques a transformé tout le territoire en archipel carcéral, faisant basculer la tyrannie syrienne en véritable État concentrationnaire.

Vous parlez de « torture blanche ». Que signifie ce terme ?

Popularisé par des militants iraniens, il désigne les tortures sans traces visibles. En Syrie, la bureaucratie en est une forme : après les interrogatoires violents, le détenu doit signer un aveu fabriqué. Beaucoup disent que le traumatisme le plus profond est d’avoir été arrêtés pour rien, accusés de crimes imaginaires, jugés sans avocat, réduits à quelques pages circulant entre les services. La « torture blanche », c’est être broyé par la logique administrative qui efface le nom, l’histoire, et transforme une vie en un fichier. Le fonctionnaire, qui ne voit jamais le prisonnier, appose un tampon qui décide d’un destin. Cette distance absout le crime et dissout les responsabilités.

Les mots sont le fil rouge de votre livre. Quelle place tenaient-ils dans les prisons ?

Les mots sont le socle de la résistance à la tyrannie assadiste. La révolution a commencé par eux : ces enfants de Deraa qui ont tagué « Ton tour viendra, docteur ». Dans les prisons, écrire est un acte de survie. Dans les archives du régime, les vies sont réduites à quelques lignes. En les fouillant, à Soueida, j’ai aussi trouvé un dessin coloré et, derrière, le poème d’un prisonnier.

Les hommes résistent par la poésie et l’écriture, reprenant par-là possession de leur humanité. Les anciens détenus m’ont dit que sans les mots, ils auraient perdu la raison. Écrire sur un mur, lire ce qu’un autre avait griffonné avant eux, c’était affirmer son identité face à un système qui voulait la dissoudre et introduire un peu de beauté dans un monde absurde. Ces mots formaient un véritable continent littéraire, une mémoire souterraine, une force que le régime n’a jamais pu égaler.

Et le dessin ?

Certains dessinaient la grande roue de Hama pour continuer à la faire tourner, d’autres des portes ouvertes ou des oiseaux s’envoler. Ces dessins, comme les mots, n’étaient pas là pour « tuer l’ennui » mais pour maintenir un ailleurs et leur humanité. Bayan racontait que lorsqu’il sentait la folie le gagner, il dessinait des raisins pour avoir l’impression de les manger.

Le titre Le Nom des ombres s’inspire-t-il de ces mots ?

Au départ, je pensais intituler le livre Les Indicibles, car il portait sur tout ce qui ne peut pas se dire. L’éditrice souhaitait un titre plus poétique. J’ai repéré un motif récurrent dans les témoignages : l’ombre. Beaucoup de survivants disaient être devenus des ombres, privés d’une part de leur humanité, certains qualifiant Saydnaya de « mère des ombres ». Wadah, poète syrien, parle des noms gravés sur les murs comme des noms des ombres : ces mots ont une âme qu’il faut préserver. Le livre tourne autour de ce geste : redonner un nom à ce qui a été déshumanisé.

L’ombre permet de conserver l’indicible, avec une portée poétique. La chute de Bachar el-Assad a transformé le sous-titre : « sortir de l’enfer concentrationnaire syrien » au lieu de « dans l’enfer », car la quête des mots vise aussi à exorciser la prison, à imaginer l’après et à se débarrasser de l’assadisme.

Qu’entendez-vous par assadisme ?

L’assadisme ne se limite pas au clan Assad ni à son régime déchu : il laisse un héritage de violence et d’État de barbarie qui hante la Syrie. On le voit dans les massacres après la chute et dans les méthodes de torture reprises par d’autres acteurs, souvent par d’anciens prisonniers reproduisant ce qu’ils ont subi. Il survit dans les regards, les peurs, les traumatismes, et dans la reconstruction du pays. La chute n’a pas marqué une rupture nette : la Syrie connaît une liberté inédite, mais l’ombre de l’assadisme plane encore. C’est peut-être cette ombre qu’il fallait aussi nommer pour comprendre ce qui perdure après la fin du tyran.

La littérature peut-elle jouer un rôle dans le chantier mémoriel auquel la Syrie fait face ?

Elle a déjà longtemps éclairé l’univers concentrationnaire syrien de l’étranger. Mais son rôle ne doit pas être surestimé : la Syrie est en crise, le livre y reste coûteux et la culture est davantage orale. Pour autant, figer ces expériences dans la littérature reste crucial. La « quête des mots » dépasse le livre : elle inclut l’art, la recherche et l’oralité citoyenne. Nommer, raconter, dire ce qui a été fait est essentiel. Cette parole pourra nourrir la justice transitionnelle, lever les tabous et ouvrir la voie à une Syrie réinventée.

Le Nom des ombres. Sortir de l’enfer concentrationnaire syrien d’Arthur Sarradin, Seuil, 2025, 305 p.


Source : https://www.lorientlejour.com/article/1490669/arthur-sarradin-ecrire-lindicible.html 

vendredi 24 avril 2026

Mycle Schneider : « Le nucléaire est une industrie en déclin »


Mycle Schneider : 

« Le nucléaire est une industrie 

en déclin »

 
Par Hervé Kempf
11 avril 2026
 
Mycle Schneider, début 2026 à Paris.

Investir dans le nucléaire est à la fois douteux économiquement et contre-productif pour le climat, explique l’analyste Mycle Schneider. Les renouvelables, et en particulier le solaire, sont bien plus efficaces à court terme.

Mycle Schneider est un expert international de l’énergie nucléaire. Il dirige l’équipe qui produit chaque année un rapport de référence sur l’état du nucléaire dans le monde, le WNISR (World Nuclear Industry Status Report). Dans cet entretien, il démonte l’idée que le nucléaire serait « en renaissance ». Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, la crise énergétique relance le débat sur la sortie des fossiles, Mycle Schneider souligne la vigueur de la révolution solaire : selon lui, elle dessine le monde d’après énergétique, dont la France est largement absente.

Reporterre — Le nucléaire est-il une énergie d’avenir ?

Mycle Schneider — Une énergie est d’avenir si ses équipements se renouvellent. Or les parcs nucléaires, dans quasiment tous les pays, vieillissent rapidement. Le parc nucléaire français vieillit depuis le milieu des années 80, celui des États-Unis depuis le milieu des années 70.

Quel est l’âge moyen des réacteurs nucléaires ?

Sur le plan mondial, 32 ans à peu près. Il y a l’exception de la Chine, dont l’âge moyen des réacteurs est autour de 11-12 ans.

Combien de réacteurs y a-t-il dans le monde ?

Un peu plus de 400 réacteurs en fonctionnement. La France a toujours un peu plus de capacité installée que la Chine, mais celle-ci produit déjà plus de kilowattheures par le nucléaire.

Quelle est la part du nucléaire dans l’électricité mondiale ?

Le pic a eu lieu il y a 30 ans, en 1996, à 17,5 % du mix électrique. En 2024, la part était de 9 %. Même en Chine, la part du nucléaire baisse — elle est de 4,5 % — parce que ce pays investit beaucoup plus dans les énergies renouvelables et en particulier dans le solaire. En 2025, seulement deux réacteurs ont démarré en Chine, soit 2,5 gigawatts. La même année, la Chine a connecté au réseau plus de 300 gigawatts de solaire.

Le nucléaire est donc une industrie en déclin ?

Oui. Il ne se passe rien dans le nucléaire en dehors de la Chine et un peu de la Russie. Sur les 51 réacteurs qui ont été mis en construction depuis six ans, 37 l’ont été par la Chine, dont un au Pakistan. Les quatorze autres par l’industrie russe dans des pays comme l’Égypte, le Bangladesh et la Turquie. On parle toujours de renaissance, mais nous ne la voyons pas dans les statistiques.

N’est-ce pas différent en France ?

Non. Si un nouveau réacteur est mis en construction dans les années qui viennent, comme c’est prévu à Penly, ça ne changera rien durant les quinze prochaines années. Officiellement, il est censé entrer en fonctionnement en 2038. Mais depuis des décennies, les mises en marche sont toujours en retard par rapport aux prévisions.

On dit qu’on va construire 6 EPR 2, voir 14 d’ici 2040. On investit énormément pour embaucher des ingénieurs et des techniciens, on réorganise EDF et la construction. Peut-être que ça va marcher ?

Peut-être. Nous, on ne prédit pas l’avenir. Par contre, ce qu’on connaît très bien, c’est l’état passé et actuel des choses. Et qu’est-ce que ça nous dit ? Les premiers EPR ont démarré en Chine à Taishan. Le deuxième projet était en Finlande. Et puis le troisième projet a été Flamanville et le quatrième Hinkley Point, en Angleterre. Le deuxième projet a coûté plus cher et a mis plus longtemps que le premier. Le troisième a mis plus longtemps et a été plus cher que les deux premiers. Et Hinkley Point est très bien parti pour battre tous les records de coût et de durée de construction.

Si on n’a pas su faire un effet de série avec l’EPR, on voit mal comment les EPR 2 pourraient se réaliser selon un rythme cadencé.

Exactement. L’expérience ne montre pas d’apprentissage. Et il faut aussi rappeler que l’EPR 2 n’existe pas, son design n’est même pas certifié, c’est-à-dire autorisé par les autorités de sûreté. Pourtant, les bulldozers ont été envoyés sur le site de Penly.

On veut lancer des EPR 2, mais on n’a pas les plans de ces réacteurs. C’est bien ça ?

Exactement. Il y a sans doute beaucoup d’éléments qui ont été développés et qui sont arrivés à une définition, par exemple, la taille de certaines machines ; on peut se donner une certaine marge et construire un bâtiment. Par contre, quels sont les détails de l’arrangement du bâtiment ? Donc oui, j’ai dit exactement ça : on parle de coûts et de préparation de site sans avoir les plans finaux des EPR 2.

Il y a quelques années, les six EPR 2 étaient annoncés à 52 milliards d’euros, et maintenant on est proche de 100 milliards d’euros. Cette augmentation va-t-elle se poursuivre ou a-t-on atteint un plafond de dépenses ?

D’après l’expérience qu’on peut avoir sur des programmes, pas seulement en France, mais aussi ailleurs, on observe toujours une augmentation des estimations de coûts après le début de construction.

  Même en Chine, la part du nucléaire baisse, parce que ce pays investit beaucoup plus dans les énergies renouvelables et en particulier dans le solaire  », explique Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

N’y a-t-il pas là une forme de manipulation ? On annonce qu’on va lancer des réacteurs nucléaires, que ça va coûter 50 milliards d’euros. Et puis on commence à couler du béton, on passe une loi, le système se met en branle. De semestre en semestre, les estimations de coût augmentent. Mais comme on a déjà engagé les travaux, on se dit qu’on ne peut plus revenir en arrière. Ce type de manipulation décrit-il la réalité ?

Ce n’est pas à moi de faire ces qualifications. Je suis analyste et je constate qu’il y a un vrai problème de gestion des fonds publics et de divergence entre les analyses économiques et industrielles à un moment donné, les décisions politiques, et la réalité telle qu’elle se développe.

Pour l’EPR de Flamanville, la décision avait été prise autour de 2000, le chiffrage était de l’ordre de 2,5 milliards et on est arrivé à un chiffre dix fois supérieur. C’est un constat. On est parti pour refaire la même chose. Mais avec une différence majeure, c’est qu’entre-temps, une révolution énergétique a commencé, et on peut se poser la question : qu’est-ce qu’EDF va vendre dans un marché européen de l’électricité où le solaire pourrait avoir une capacité de 800 GW en 2030 ?

La France passe-t-elle à côté de la révolution du solaire ?

Oui. Et l’Europe elle-même est très en retard par rapport à la Chine, et aussi par rapport à certains États des États-Unis, comme le Texas.

«  On observe toujours une augmentation des estimations de coûts après le début de construction  », rappelle Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

Pour Reporterre, Laure Noualhat a mené une enquête qui a conduit à un livre, « Le nucléaire va ruiner la France ». Es-tu d’accord avec l’idée que le choix actuel en faveur du nucléaire par la France est mauvais pour l’économie française ?

Je pense qu’il a une influence catastrophique sur l’économie. Parce qu’il immobilise des sommes phénoménales. Et les durées de ces projets sont totalement irréalistes par rapport à la vitesse à laquelle change le domaine énergétique en Europe.

On est aujourd’hui dans une situation où on parle d’urgence climatique. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que si je dépense 1 euro, il faut que je baisse les émissions un maximum et que je le fasse vite. Il faut combiner le facteur financier et le facteur climatique.

Si je dépense aujourd’hui 1 euro dans le nouveau nucléaire, j’aggrave le problème climatique. Pourquoi ? Parce qu’il y a plein d’autres options disponibles et moins chères. On ne peut pas dépenser l’argent deux fois. Donc c’est à la fois un investissement très douteux, et extrêmement contre-productif par rapport à la question du climat.

Pourquoi la classe dirigeante française est-elle autant focalisée sur le nucléaire, malgré tous les défauts que tu viens d’exposer ?

On observe sur le plan international un phénomène curieux : à la fin de 2025, il y avait 66 réacteurs en construction dans le monde. 63 sont construits soit dans des pays détenteurs d’armes nucléaires, soit par des sociétés industrielles contrôlées par des États détenteurs d’armes.

Les secteurs de la défense se sont rendu compte que si le nucléaire civil se terminait, la totalité des coûts du nucléaire militaire comme l’éducation, la formation, la recherche, le développement, tout cela qui coûte extrêmement cher, devrait être dans les budgets militaires. C’est impossible. Donc, il fallait sauver le nucléaire civil. Ça a été déclaré d’abord aux États-Unis, ensuite ailleurs.

Ensuite, il y a des raisons géopolitiques. L’administration Biden, aux États-Unis, a lancé lors de la COP28 à Dubaï, l’initiative de tripler la capacité nucléaire civile d’ici 2050 dans le monde. Pourquoi ? De même, quel est l’intérêt pour la Russie de financer des projets en Égypte, en Turquie ou au Bangladesh ? Parce que c’est le meilleur moyen pour coller deux pays ensemble pour un siècle. Il s’agit de verrouiller les partenariats entre pays.

Les projets nucléaires sont, pour les nations qui possèdent ces capacités et entreprises, «  le meilleur moyen pour coller deux pays ensemble pour un siècle  », explique l’expert. © Mathieu Génon / Reporterre

Revenons en Europe. La politique allemande de sortie du nucléaire est-elle un échec et maintient-elle à un niveau élevé les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne ?

Non, c’est faux. Si l’on compare la situation du mix électrique allemand en 2010, c’est-à-dire l’année avant Fukushima qui a conduit à la décision de sortir du nucléaire, avec l’année en cours, on voit que l’Allemagne a plus que compensé par les énergies renouvelables la réduction des énergies fossiles. Elle continue à réduire ses émissions. À mon goût, pas suffisamment vite. Parce qu’elle a échoué pour une partie de sa politique énergétique.

En 2012, l’Allemagne était championne du monde en ce qui concerne la connexion au réseau du photovoltaïque, avec 7 gigawatts. Aujourd’hui, la Chine fait plus de 300 gigawatts. L’Allemagne a réaugmenté aujourd’hui, mais entre-temps, on a tué l’industrie allemande du solaire.

Cela a été raconté dans Reporterre. Redis-nous ce qu’il s’est passé.

Les conservateurs ont pris un certain nombre de mesures qui ont conduit à la mort de l’industrie solaire en Allemagne. Mais d’autres caractères sont très problématiques. Il y a un millier de coopératives énergie en Allemagne, qui sont des gros acteurs exploitants de parcs éoliens, mais aussi quatre grandes compagnies de style EDF, comme Vattenfall.

On a mélangé de l’ultra centralisé avec du décentralisé, et ça conduit à des parcs éoliens marins gigantesques, si bien qu’il faut doubler le transport d’électricité vers le sud de l’Allemagne. Il vaudrait mieux réfléchir à reconstruire le système de distribution d’électricité. Car, avec la multiplication des panneaux solaires sur les maisons, plein de gens deviennent des producteurs d’électricité.

Si j’ai une maison solaire, je suis un producteur d’électricité ?

Mais bien sûr ! Et il y a maintenant plus d’un million de producteurs d’électricité en France. Avec le développement des batteries, on verra des changements structurels. Par exemple, on n’expliquait pas pourquoi le Pakistan, malgré l’augmentation de l’activité économique, réduisait sa consommation d’électricité [telle que mesurée par les compagnies nationales]. Que s’est-il passé ? Il a importé plus de 20 gigawatts de panneaux solaires depuis la Chine. L’Afrique du Sud connaît un phénomène similaire, ainsi que des pays en Amérique du Sud.

Aux États-Unis, on veut prolonger les réacteurs nucléaires pour aller jusqu’à 60 ans, voire 80 ou 100 ans. Cela te paraît-il réaliste ?

Non. Il y a des renouvellements d’autorisation, cela n’équivaut pas à des prolongations de fonctionnement. Si un réacteur qui a aujourd’hui 50 ans demande une autorisation de renouvellement à partir de 60 ans pour pouvoir fonctionner jusqu’à 80 ans, ça ne veut pas dire qu’il va fonctionner jusqu’à 80 ans. Et ce qu’on a constaté jusqu’à maintenant, c’est qu’une flopée de réacteurs ont été fermés aux États-Unis pour des raisons économiques.

Mais est-ce que des réacteurs peuvent aller sans problèmes de sûreté jusqu’à 80 ans ?

Personne ne le sait, ça dépend de tellement de facteurs… Il y a des composants irremplaçables. La cuve du réacteur est calculé pour une certaine irradiation, qui a des conséquences sur la stabilité des réacteurs. Il y a d’autres composants comme le béton, qui n’a pas une durée de vie éternelle.

Alors qu’EDF dit que ses coûts de maintenance ont doublé, l’industrie étasunienne prétend qu’elle a baissé tous les ans les coûts de maintenance. C’est extraordinaire puisque les réacteurs y ont maintenant un âge moyen de 44 ans. Si ma voiture a 30 ans, il faut normalement que j’investisse plus pour la garder sur la route que si elle a 20 ans…

«  On peut aujourd’hui avec deux panneaux solaires et une batterie, fournir les services minimums garantis aux gens  », affirme Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

 En 1986 s’est produit l’accident de Tchernobyl. Le vieillissement des réacteurs crée-t-il des possibilités à nouveau d’un accident important ?

L’Autorité de sûreté nucléaire française a toujours dit qu’un accident grave n’est pas à exclure. Quand je donne l’exemple étasunien, je signifie justement qu’il y a de quoi être inquiet. Et si le vieillissement est accompagné d’un manque d’investissement, il n’y a que deux possibilités : soit ça conduit à un grave problème technique, soit il y a un mur d’investissement à un moment donné.

Les énergies renouvelables ne sont-elles pas handicapées par leur intermittence ?

L’éolien et le solaire sont déjà extrêmement complémentaires d’un point de vue saisonnal. Et on peut aujourd’hui, avec deux panneaux solaires et une batterie, fournir les services minimums garantis aux gens.

Les batteries qui permettent de stocker l’électricité et vont permettre de réguler l’éolien et le solaire ?

Les batteries sont en train de prendre un envol phénoménal. La Chine était en retard sur les grandes batteries connectées au réseau : ils avaient 30 gigawatts en 2024, ils sont à 100 en 2025. Ça explose et la même chose va se passer dans d’autres parties du monde, y compris en Europe.

En France, on construit aussi du solaire et on sait très bien que d’ici quinze ans, on ne va pas ajouter quoi que ce soit d’autre que des renouvelables. Il n’y a pas d’option à court terme par la voie nucléaire.

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On ne va pas vous le cacher : à Reporterre, on est inquiets.
En France, l’extrême droite progresse dans de nombreuses villes et dans l’espace médiatique.
Ailleurs, un néofascisme assumé gagne du terrain : l’extrême droite poursuit son ascension sur le continent américain, et pèse sur les décisions du Parlement Européen.

Ici, on rase des hectares de forêts, on bétonne des montagnes, on éventre des collines.
Là-bas, on bombarde des sites pétroliers, on extrait, on fore toujours plus.

Le désordre est global mais ses conséquences sont toujours locales.
Et la menace est écologique autant que démocratique.

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Source : https://reporterre.net/Mycle-Schneider-Le-nucleaire-est-une-industrie-en-declin?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

jeudi 23 avril 2026

40 ONG réclament l’arrêt des abattages de loups en Europe

40 ONG réclament 

l’arrêt des abattages 

de loups en Europe

 15 avril 2026 


 En France, où l'opposition au prédateur est particulièrement agressive, le nombre d'individus stagne à environ 1 080 loups depuis l'hiver 2021-2022.

Une mesure « antiscientifique ». C’est ainsi que plus de 40 ONG européennes qualifient la volonté de l’Union européenne (UE) de déclasser la protection du loup, dans un communiqué publié le 15 avril. Elles réclament un moratoire total sur les abattages et davantage de transparence sur les décisions européennes, qu’elles estiment influencées par des « intérêts particuliers ».

Le loup est protégé en Europe depuis la Convention de Berne de 1982. Cette protection a ensuite été reprise par la directive européenne Habitats de 1992. Mais à partir de 2022, les pressions se sont multipliées pour une révision de ce statut, émanant des organisations agricoles, des chasseurs et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen elle-même, dont le poney a été prédaté en septembre 2022.

Lire aussi : « Le loup, ou la nécessité d’une écologie fondée sur la délibération »

En juin 2025, le Conseil de l’UE a adopté le déclassement du statut du canidé de « strictement protégé » à « protégé », ce qui ouvre la voie à plus de flexibilité dans les tirs.

Or, même si les populations ont augmenté en nombre ces dernières années, « la science affirme que les loups en Europe n’ont pas atteint un état de conservation favorable », rappellent les ONG. En France, où l’opposition au prédateur est particulièrement agressive, le nombre d’individus stagne à 1 080 loups environ depuis l’hiver 2021-2022, en raison du nombre d’abattage élevé de 200 canidés par an. Avec le nouveau taux d’abattage des loups, passé de 19 % à 21-23 % de la population, prévu pour 2026, le nombre de loups a même de fortes chances (entre 61 et 66 %) de baisser.

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Source : https://reporterre.net/40-ONG-reclament-l-arret-des-abattages-de-loups-en-Europe