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jeudi 26 février 2026

Les collaborateurs par Frédéric Lordon, 18 février 2026

 

Les collaborateurs

par Frédéric Lordon, 18 février 2026

 

         Odilon Redon. — « Et toutes sortes de bêtes effroyables surgissent », 1888.
 

 

Donc ils ont eu une éducation. Ils sont allés aux écoles — enfin à Sciences-Po, ou en école de journalisme. Donc on leur a enseigné. Donc, ils ont appris. Ils ont appris l’Histoire. L’ont régurgitée — dans des copies, puis dans des articles, dans des discussions mondaines. Ils ont vu des documentaires — sur Arte. Des films. Sur la montée. Sur ce qui s’est passé, les processus à l’œuvre, les accélérations. À quoi les processus ont conduit. Ils ont été invités — et ont invité — à « méditer ». Comment tout ça avait bien pu se passer. Au milieu de quelle inconscience, de quelle passivité, de quelles faillites, politiques, intellectuelles, morales. Après quoi, ils ont solennellement juré que « plus jamais ». Donc ils savent. Normalement.

Et puis voilà que tout se reproduit — mais comme à la parade. Il n’y a même pas à faire effort de généralisation ou de conceptualisation. Tout est à nouveau sous leurs yeux : l’enchaînement. À l’identique ou presque. Il n’y a qu’à regarder, et puis à qualifier. Mais rien. Non, non, il ne se passe rien — enfin rien de remarquable. En tout cas ici. Ailleurs, ah oui, c’est différent. Aux États-Unis, par exemple. C’est très différent, les États-Unis. Selon la règle la plus éprouvée du journalisme national, quand c’est « loin », on peut y voir — attention : ne pas utiliser pour Israël. A propos des États-Unis, par exemple, il est même autorisé maintenant de s’adonner au frisson de dire « fascisme ». En France ? Montée, enchaînement ? Franchement, non, on ne voit pas. Rien. RN, oui — quand même, on lit les sondages. Mais parfaitement républicain ; fascisme, non.

Inverser

À tout prendre, et dans la situation où nous sommes, « rien » serait de très loin préférable. Car, il n’y a pas « rien » : il y a l’inversion. Le problème politique en France n’est pas l’inexorable montée du fascisme, il est le bloc de la gauche antifasciste. Qui, à la limite, suggère-t-on mezza voce, pourrait bien être le « vrai fascisme ». Il n’est donc pas exact que « tout se reproduit » à l’identique. Le deuxième fascisme historique a cette particularité de nier absolument être un fascisme et d’en réserver l’infamie à ses opposants. À cet égard, une vidéo déjà ancienne a tout dit — c’est une parodie, mais elle est du dernier sérieux. On y voit un officier SS, apostrophé par un passant qui le traite de nazi, réagir outré et sarcastique : « Et pourquoi pas d’extrême-droite pendant que vous y êtes ; voilà quand on est à court d’argument, on ressort la polémique nazie ; et notre Führer, je suppose que c’est aussi un nazi », etc. Tel est très exactement l’état réel du débat aujourd’hui. Un reportage de France Info se clôt sur l’évocation des « fleurs pour Quentin ».

Il suffirait pourtant de trois minutes de vidéo pour faire connaître la nature des groupes auxquels ce malheureux appartenait. Nous aurons plutôt le « choriste et philosophe », ou l’« étudiant en mathématiques », ça varie, en tout cas une figure de sagesse, de modération et d’empathie chrétienne. Mais ce à quoi il était réellement affilié, les hordes noires, les parades aux flambeaux, les bannières à croix celtiques, les bras tendus, le défilé néonazi auquel il participa le 10 mai dernier par exemple — c’est-à-dire toutes les manifestations d’authentique fascisme aimablement autorisées par Darmanin-Retailleau-Nunez — cela, les médias ne le montreront pas. Ils ne montreront pas non plus les vidéos, pourtant largement disponibles, des milices fascistes à l’œuvre, manches de pioche à la main, dans les rues d’Angers, de Rennes, de Lyon et d’ailleurs. Ils ne diront pas ce que devient la vie nocturne, dans des bars, des boîtes ou des librairies, quand une descente peut avoir lieu à tout instant. Ils ne montreront pas la photo de Retailleau en agréable compagnie du « Jarl », notoire chef de milice, illustration pourtant parfaite de ce que c’est qu’un arc fasciste. Ils n’égrèneront pas la liste de tous les tués de l’extrême droite — il est vrai qu’ils ont tous des noms à consonances bien trop peu chrétiennes, et puis personne alors n’en avait pas parlé. Ils ne diront pas les compassions différentielles de Macron qui prend quasiment le deuil pour un militant fasciste mais ne dit rien pour les meurtres commis par des militants fascistes — occasions pourtant nombreuses.

Bref, ils ne diront pas que s’il y a un antifascisme, c’est peut-être parce qu’en premier lieu, il y a un fascisme — parce qu’on ne peut logiquement pas précéder ce contre quoi on se définit. Et que, lorsque la société est abandonnée à des milices, tolérées par tout l’appareil d’État, depuis les bas-fonds de sa police jusqu’aux sommets de l’administration et du gouvernement, préfets et ministres, ignorées par les médias qui, eux, auraient le pouvoir de faire naître une réprobation sociale à l’échelle du pays, alors, oui, quand plus rien ne dissuade les milices, il n’est pas étonnant que certains n’aient plus envie de subir, forment le projet de se défendre — accessoirement de défendre les autres —, s’en donnent les moyens. Et il n’est pas étonnant non plus que se passe ce qui doit prévisiblement se passer quand la désertion d’un État complice ne laisse plus que la possibilité des face-à-face violents. Auxquels il appartiendrait normalement à la police de s’opposer — mais tout le monde sait désormais de quel côté est la police. Tout le monde, sauf les médias.

La montée fasciste ôtée du paysage, il ne reste qu’un incompréhensible « antifascisme », une absurde aberration, une violence pure et sans cause. Alors, franchissant d’un coup dix crans dans le mensonge, on peut titrer « LFI, le nouvel ennemi », comme France-Info, la radio publique d’extrême-droite, dont on a ici retiré le « ? » parce qu’on n’est pas obligé de valider tous les degrés de l’hypocrisie. Ou bien, comme Sandrine Cassini, « LFI mise en cause par la droite et l’extrême-droite », quand il est assez évident que le titre véritable devrait être « LFI mise en cause par Le Monde ». Il va falloir se souvenir de ce week-end de février 2026, parce qu’il restera sans le moindre doute possible comme un moment historique. Non pas que ce qui s’y est passé soit absolument inédit — la négation de la course au fascisme sous Macron, l’accablement de l’unique formation politique réellement d’opposition (puisque le RN ne propose que des intensifications de ce qui se fait déjà, et pour le reste un parfait statu quo). Non pas donc que tout soit inédit, mais que tout y a été porté à ce genre de degré extraordinaire où les variations quantitatives font des différences qualitatives. La bascule dans ce que par commodité on appelle la trumpisation, c’est-à-dire une manière hors-norme de mentir, de déformer et de fabriquer, a saisi l’entièreté du paysage politique et médiatique, et cette bascule est totale.

Falsifier

Il n’est pas du tout adventice que cet événement suive de quelques jours à peine les propos de Nunez soutenant que les « contrôles au faciès n’existent pas », alors qu’ils ont été documentés par la Cour de cassation, la Cour européenne des droits de l’homme et le Conseil d’État. Et plus encore, l’ahurissante sortie du ministre des affaires étrangères, exigeant la démission de Francesca Albanese sur la base de propos qu’elle n’a simplement pas tenus. L’une et l’autre déclaration survenues sans qu’aucun média n’en relève la gravité exceptionnelle, se contentant (dans le meilleur des cas) de rendre compte pour solde de tout compte. Un système médiatique normalement « sain » est une instance de rectification, et même de dénonciation pour indécence de ces falsifications. Or le système contemporain est devenu lui-même un agent de la corruption intellectuelle contre laquelle il est censé lutter, désormais tout occupé à ne pas dire ce qui est, quand il ne travaille pas à dire que ce qui est est le contraire de ce qu’il est. Aussi la presse de « fact-checking », en croisade d’après ses propres prétentions contre la post-vérité, a-t-elle elle-même tourné — retournement voué à lui rester pour toujours incompréhensible — en formidable machine à post-vérité. Il n’y a pas de fascisme, et l’antifascisme est un fascisme ; la FI est la violence même en politique et les milices réellement meurtrières n’existent pas ; les mots de la FI tuent mais pas ceux du Grand remplacement, d’ailleurs « À bas le voile » n’a pas valu un clapotis de scandale à Retailleau ; la FI est l’antisémitisme reconstitué, quoique ceci ne puisse être documenté par la moindre procédure, mais la boue épaisse qui recouvre tout au RN, candidats ordinaires, groupes de messagerie, connexions miliciennes, est tenue pour non avenue, puisque le RN soutient Israël.

Israël, et son génocide. Voilà peut-être le lieu princeps — et symptomatique — de la bascule politique et médiatique. Le génocide à Gaza y fait l’objet de la même négation que la montée fasciste à l’intérieur, pour donner lieu à une alliance qui défie l’entendement, la logique et l’Histoire : le sionisme dans sa variante génocidaire (pas seulement) et le bloc aggloméré de défense de l’ordre bourgeois, depuis le PS jusqu’à l’extrême-droite la plus antisémite. Avec pour unique ciment la haine de la FI. Il est vrai que seule dans le champ institutionnel à dénoncer le génocide et seule de gauche, elle se désignait à tous. Viendra-t-il à un média de s’interroger sur ce monde parallèle devenu le nôtre, dans lequel, par exemple, le fils d’un chasseur de nazis en appelle à « des grandes rafles » ? S’étonnera-t-on que, dans ce renversement des pôles magnétiques, le mensonge extrême règne en maître.

Et ceci jusque dans les cénacles bien élevés, celui de C politique, par exemple, équivalent dominical sur France 5 de la machine à sédation quotidienne C ce soir. Jean-Yves Camus, supposément un universitaire, y délire, car il n’y a pas d’autre mot, que Rima Hassan a qualifié tous les juifs de « génocidaires ». Aussitôt enchaîné d’une autre falsification qui lui fait dire que « Du Jourdain à la mer » signifie expulsion des juifs — elle a systématiquement dit le contraire. Et pas un mot de reprise de Thomas Snegaroff, pas un mouvement d’interruption sèche et nette devant la fabrication à l’état pur. On préférera passer à autre chose — par exemple (au hasard) terminer avec la FI. Dont l’animateur note pour la formalité qu’elle n’est a priori nullement impliquée dans le drame de Lyon, mais ne tient pas moins à lui consacrer un bon dernier quart d’heure, qui donnera abondance d’occasions d’insinuer qu’un peu quand même.

Sans surprise, on pouvait compter sur Macron pour offrir une synthèse parfaite : LFI / extrême-gauche / arc républicain (hors de) / antisémite — à l’aimable invitation de Frédéric Haziza, camelot de Radio J, à qui le journalisme est aussi étranger que le harcèlement sexuel est familier. En tout cas, on n’en attendait pas moins de celui par qui tout sera arrivé, et dont le système médiatique se sera acharné à nier que tout sera arrivé par lui. Pétain (grand soldat), Maurras (référence), Zemmour (consolation téléphonique), Valeurs Actuelles (entretien), mais aussi : violences policières déchaînées, impunité garantie, menées législatives ahurissantes (interdiction de filmer la police, présomption de légitime défense), racisme autorisé des expressions ministérielles, police idéologique à l’université, surveillance des réseaux sociaux sous couleur de protection de la jeunesse, répression ou interdiction des manifestations de soutien à la Palestine — effondrement général des libertés et droits fondamentaux, rétrogradation de la France au rang de « démocratie empêchée » (Civicus), ou de « démocratie défectueuse » (The Economist). Et enfin, et surtout : l’obsession, documentée, de livrer le pouvoir au RN, au prix, s’il le faut, de s’assoir sur le résultat électoral, comme en 2024. Car, dans la presse française, on se prépare déjà à s’inquiéter avec délice de ce que Trump pourrait faire des midterms, sans jamais rappeler que, piétiner les élections, chez nous, c’est déjà fait. Dans un silence total.

Collaborer

Le génocide à Gaza aura été le premier lieu de la trumpisation, mais tout sera venu s’y accrocher, et notamment : « la violence » — de la seule FI, bien sûr. De la même manière qu’il n’y a pas d’antifascisme sans un fascisme qui le précède, il n’y a pas de violence qui monte de la société sans une violence qui lui a d’abord été faite — elle n’aura pas manqué depuis trois décennies, mais singulièrement sous la dernière, celle du macronisme. Plaise au ciel qu’il se soit trouvé une formation politique d’importance comme la FI pour capter cette violence réactionnelle, pour l’exprimer, mais en la mettant en forme, en lui donnant une élaboration, c’est-à-dire en transmutant la colère en conflictualité réglée — et que serait-elle advenue sinon, quels débouchés ne se serait-elle pas donnés ? On en finirait presque par rêver d’une insurrection en bonne et due forme, façon Gilets jaunes redux mais sous stéroïdes, qui viendrait chercher la bourgeoisie de pouvoir jusque chez elle, pour lui enseigner de première main la différence entre vraie violence et conflictualité politique. Mais la bourgeoisie ne tolère même plus la simple conflictualité, et la seule opposition de gauche qu’elle est capable d’envisager, c’est la droite — Hollande, Glucksmann, Cazeneuve, qui on veut mais la droite. En vérité, elle n’est plus en état de comprendre quoi que ce soit, et n’est plus menée que par l’unique désir de préserver son ordre — dont elle voit au moins que le RN ne lui ferait rien risquer. Et ce désir fanatique s’est emparé avec furie de toutes ses têtes, politiques et médiatiques, raison pour quoi il n’est nul besoin, comme disait Bourdieu, de l’hypothèse d’un chef d’orchestre pour penser cette orchestration. Car c’en est une. En réalité c’est même une campagne.

On peut, et on doit, qualifier de campagne une entreprise aussi générale, aussi cohérente et aussi violente d’élimination d’une formation politique, la seule de gauche dans le paysage institutionnel électoral. Benjamin Duhamel, face à Manuel Bompard, peut bien battre de ses petits bras, trépigner qu’« on en a parlé » — des connexions du RN et du GUD, par exemple responsable du meurtre d’Aramburu. La vérité est que non, ils n’en ont pas parlé — pas comme ils parlent, dans une explosion de jouissance, de ce qui s’est passé à Lyon, pas comme ils somment à comparaître la FI, et la FI seulement. Car il y a belle lurette que le RN ne comparaît plus. Des transfuges de médias d’extrême-droite sont devenus chroniqueurs du service public, jusqu’à France 5, à France Info surtout, devenue par excellence la radio de la collaboration. On y accroche quotidiennement les deux négationnismes, celui du crime contre l’humanité là-bas, celui de la montée fasciste ici, désormais profondément solidaires. Et dont le nouage ne s’exprime jamais si bien que dans ce topos inepte, mais repris partout, de « l’arc républicain », de qui y entre et de qui en sort — il restera sans doute comme le fétiche de cette classe imbécile, qui n’a même pas pour elle la grandeur particulière du cynisme : elle y croit dur comme fer. En réalité, elle restera comme le fait d’armes canonique des collaborateurs.

On en était à écrire, à propos de Quentin Deranque, que nous sommes à deux doigts de l’hommage national ou de la marche blanche, quand est tombée l’annonce de la minute de silence à l’Assemblée nationale. Un militant de l’extrême droite la plus violente. Honoré à l’Assemblée. Il fallait un dessinateur politique de génie comme Fred Sochard pour produire immédiatement l’antidote. « Et pour les victimes de crimes racistes ? », demande un personnage. « Des années de silence, ça vous suffit pas ? », répond Yaël Braun-Pivet.

Mais tout de même. Une classe entière, minoritaire, nuisible, radicalisée dans la défense fanatique de ses privilèges, prête à tout, installe littéralement l’extrême droite, quand elle ne l’appelle pas de ses vœux, niant bien sûr avoir la moindre intention de cette sorte, n’en faisant pas moins tout ce qui est nécessaire. L’extrême droite, ça n’est pas grave. Après tout, nous avons déjà bien dégagé la piste, bien préparé le terrain, nous sommes déjà racistes, libérés de l’État de droit et des élections, militants de toutes les autorisations policières, peu inquiets des milices — ne rendons-nous pas un bel hommage à l’un des leurs ? Non, ce qui est grave, ce sont « les autres », leurs impôts, leur passion pour les Arabes, ici et à Gaza, leurs objections au capitalisme, leur pénible tropisme pour les dominés, leur défaut de sympathie pour les puissants –- pour nous, quoi. Mais nous ferons tout ce qu’il faut. Nous avons appris, mais en fait non, nous avons tout oublié : de l’Histoire — nous nous sentons beaucoup plus légers. Alors nous distordrons, nous fabriquerons, nous falsifierons, nous inverserons — pour tout dire, nous ne nous voyons pas beaucoup de limites, un peu comme Epstein (c’était un trait d’humour). Nous n’aurons même pas l’impression de mentir car à force d’intoxiquer le public, nous nous sommes auto-intoxiqués et, maintenant, nous croyons à tout ce que nous disons. C’est l’âme claire et d’un mouvement très libre que nous collaborons. Donc non, nous n’avons rien appris de l’Histoire. C’est notre manière d’y entrer.

Frédéric Lordon

 

Source : https://blog.mondediplo.net/les-collaborateurs

mercredi 25 février 2026

27 Février au BOULOU, conférence avec la LPO : LES CERVIDÉS EN PAYS CATALAN

 Conférence avec la LPO 

 
Par Christian Dislair : 

LES CERVIDÉS EN PAYS CATALAN  
 
SALLE Claude PEUS, avenue du Stade  

 au Boulou 
le 27 février  à 19 heures

Venez nombreux ! 



mardi 24 février 2026

Leïla Shahid, toute une vie Palestine

Leïla Shahid, 

toute une vie Palestine

Le

Leïla Shahid vient de mourir. Une grande dame, une très grande dame répètent les messages. 76 ans. Malade, elle a mis fin à ses jours. Bouleversé, tout un monde est bouleversé, un monde bien plus grand que la Palestine. Elle lui a consacré toute sa vie mais sa voix porte bien plus loin. Elle le répétait sans cesse : « ne dites pas "conflit israélo-palestinien" mais dites "question de Palestine". Il s’agit bien d’un enjeu mondial de justice et de dignité qui survivra aux décombres, aux gravats et au génocide.

Née en 1949 à Beyrouth d’une grande famille palestinienne, elle fut déléguée générale de Palestine en France de 1994 à 2005 puis auprès de l’Union européenne jusqu’en 2015.

Diplomate, porte-parole, elle est allée bien plus loin que ce que ces fonctions supposent. Exemple, pendant des mois, en compagnie de l’Israélien Michel Warschawski et de l’historien Dominique Vidal, ils ont arpenté la France de collèges en salles des fêtes afin de démontrer qu’entre juifs et arabes, Palestiniens et Israéliens, l’entente est possible.

Je me souviens d’elle à Marseille devant une classe de terminale. Elle prend la parole et aussitôt le silence se fait. Il y a sa voix bien sûr, cet accent levantin mémorable. Mais il y a ce qu’elle dit. Elle explique que les Palestiniens subissent les conséquences de deux faits historiques qui ont eu lieu en Europe et dont ils ne sont en rien responsables : le génocide du peuple juif et l’antisémitisme d’une part, le colonialisme et le racisme anti-arabe d’autre part. Silence, silence attentif dans cette mosaïque marseillaise. Elle continue sans appel au martyre, sans blesser quiconque. Jusqu’aux applaudissements.

Après des années auprès d’Arafat, elle prend sa retraite et se tourne vers des activités culturelles. Mais le 7 octobre 2023, elle revient avec force en première ligne. Le 9 octobre, deux jours après le massacre, elle nous accorde cet entretien à chaud particulièrement clair et tranchant.

Nous vous proposons ce document en hommage à sa mémoire.

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Leïla Shahid, toute une vie Palestine [10 octobre 2023]

À quelqu’un qui lui demandait si elle avait des enfants, elle répondait pas encore mais j’attends un enfant qui s’appelle Palestine, c’est pour bientôt, je vous préviendrai.

Daniel Mermet

 entretien : Daniel Mermet
réalisation : Sylvain Richard

Source :  https://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/leila-shahid-toute-une-vie-palestine

lundi 23 février 2026

Crues : « On a détruit tout ce qui permettait d’absorber la pluie »

Crues : 
« On a détruit tout 
ce qui permettait 
d’absorber la pluie »


Par Lorène Lavocat
19 février 2026

Des employés municipaux traversent une route inondée par la Garonne en crue à La Réole (Gironde), le 17 février 2026.

 

Rues bétonnées, haies arrachées, rivières rectifiées... Nos pratiques ont appauvri les sols, aggravant davantage les crues dans l’ouest de la France, explique l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges.

Après le passage de la tempête Nils, toute la moitié ouest de la France était encore en vigilance pluies et inondations le 18 février. Si ces crues sont des aléas naturels, « certaines pratiques et activités humaines aggravent fortement la situation », explique l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges.

Dans son livre Eaux vives, paru le 4 février (éd. Actes Sud), elle résume : « En accélérant les flux d’eau en surface, en surexploitant l’eau douce et en l’évacuant rapidement vers la mer, nous nous rendons vulnérables aux sécheresses comme aux pluies intensifiées par le changement climatique. »


Reporterre — Une grande partie de la France connaît des crues et des inondations exceptionnelles. Comment expliquez-vous ces phénomènes ?

Charlène Descollonges — Nous assistons à un phénomène de crues généralisées, qui touchent plusieurs bassins versants, essentiellement sur la partie ouest de la France. Les inondations sont dues à un aléa naturel — des cumuls de précipitation importants sur un temps très court — intensifié par le changement climatique, et à des vulnérabilités — des constructions en zone inondable, par exemple.

Mais entre les deux, il existe tout un tas de facteurs aggravants : des sols agricoles drainés, des villes imperméables, des haies arrachées, des rivières rectifiées, transformées en autoroute à eau. En gros, tout ce qui permettait de ralentir et d’infiltrer l’eau a été détruit ou dégradé. Sur la carte de Vigicrues, les tronçons en rouge sont en aval des bassins versants, ce qui veut bien dire que l’eau qui tombe en amont n’est pas retenue, tout se concentre dans les cuvettes, dans les exutoires, et déborde.

Dans votre livre, vous expliquez que « les crues violentes et les sécheresses sont les deux faces d’une même pièce : celle de cycles de l’eau dégradés ». Qu’entendez-vous par là ?

On a perturbé le cycle de l’eau bleue, en rectifiant les rivières, en détruisant des zones humides. Résultat, il y a une accélération, on évacue très vite l’eau des territoires vers la mer — et quand il y en a trop, elle déborde en aval.

« On a détruit la capacité des milieux à absorber et à recycler la pluie »

On a également altéré le cycle de l’eau verte, cette eau essentielle, contenue dans les premiers mètres du sol, qui est évapotranspirée par les végétaux. Avec nos sols appauvris, nos forêts uniformes, nos villes imperméables, on a détruit la capacité des milieux à absorber et à recycler la pluie.

Quelles activités humaines participent à cette dégradation des cycles de l’eau ?

Depuis l’après-guerre, les pratiques agricoles intensives ont engendré une perte de la capacité d’absorption et de stockage des sols. On a asséché les zones humides, arraché des haies et converti les prairies humides pour faire de grandes cultures. Par-dessus, le surlabour et les produits chimiques ont appauvri les sols en espèces vivantes. Sans matière organique, ils ne sont plus capables de retenir l’eau.

« Nous avons développé un rapport de contrôle vis-à-vis de l’eau »

La sylviculture industrielle a produit les mêmes effets. Dans les forêts cultivées de manière intensive, l’eau de pluie est évacuée par des fossés, pour avoir une humidité et une croissance des arbres homogènes. On peut aussi s’interroger sur les conséquences des monocultures de résineux sur le cycle de l’eau.

Autre problème, les rivières en France ont été fortement artificialisées, d’abord pour le trafic fluvial. Endiguement, mise à grand gabarit, canalisation... Les barrages, hydrauliques ou hydroélectriques, induisent également une surévaporation de l’eau.

Lire aussi : Mares, haies, fossés… Face aux inondations, ils tentent de guider l’eau

En amont, les petits chevelus — ces ruisseaux en tête de bassin — ont bien souvent été comblés ou curés comme des fossés. On a supprimé des méandres et des zones humides qui sont des éponges naturelles. Enfin, l’étalement urbain, le développement d’infrastructures ont totalement imperméabilisé les sols.

Vous pointez également le rapport de domination et d’hypercontrôle que nous entretenons sur l’eau douce. Qu’entendez-vous par là ?

Nous avons développé un rapport de peur vis-à-vis de l’eau — peur de manquer ou d’en avoir trop — et donc un rapport de contrôle. C’est une vision très technique, héritée des ingénieurs, notamment ceux des ponts et chaussées, formés depuis des décennies à drainer, canaliser, irriguer. Il faudrait qu’on retrouve un rapport de respect et de soin pour les hydrosystèmes, passer d’un paradigme de contrôle à un paradigme de confiance et de libération.

On en est encore loin, semble-t-il. Aujourd’hui, face aux crues, on entend surtout parler de curage, de bassins de rétention, de digues…

C’est une fuite en avant. Tant qu’on n’aura pas pris la mesure de l’altération des cycles de l’eau, on risque de persévérer dans l’hypercontrôle hydraulique, avec un coût économique énorme. Construire des digues, canaliser des rivières, entretenir ces ouvrages… c’est extrêmement cher ! Ce faisant, on occulte les causes réelles des inondations, et on ne tient pas du tout compte des effets à venir du changement climatique.

Vous prônez plutôt la diffusion de l’hydrologie régénérative : de quoi s’agit-il ?

L’hydrologie régénérative est la science de la régénération des cycles de l’eau, bien que la notion fasse encore débat parmi les scientifiques [cette science est en phase d’émergence et doit faire l’objet d’études approfondies par un travail de recherches académiques]. Il s’agit d’un ensemble de pratiques, de principes — ralentir, infiltrer, stocker l’eau dans les sols — qui permettent de conserver l’eau dans les territoires. On cherche à réactiver des processus naturels qui permettent de régénérer les hydrosystèmes, en s’alliant avec les autres vivants.

« Il s’agit de cultiver l’eau »

À l’inverse de ce que j’ai décrit plus haut, on va chercher à cultiver l’eau, comme le fait la vie terrienne depuis des centaines de millions d’années. Des forêts diversifiées, des rivières libres, des paysages agricoles multispécifiques et agroforestiers, de l’hydraulique douce, des villes éponges.

Concrètement, en quoi peut-elle apporter des solutions aux extrêmes hydriques que nous traversons ?

Il ne s’agit pas d’une méthode miracle. On ne propose pas de creuser des mares partout ni de recréer des méandres à la pelle mécanique. L’idée est plutôt de partir du territoire, de privilégier le low tech à des méthodes interventionnistes, et de favoriser la participation citoyenne. L’objectif, c’est de viser l’autonomie des milieux naturels et des habitants.

Lire aussi : Cette paysanne qui voulait « cultiver l’eau »

Par exemple, autour de Valence, des agriculteurs travaillent à concevoir des agrosystèmes qui ralentissent et répartissent l’eau de pluie. Cela passe par des ouvrages d’hydraulique douce comme des baissières ou des mares, mais également par des pratiques agroécologiques pour nourrir les sols, et par l’agroforesterie. Autrement dit, il s’agit de cultiver l’eau.

À quelques semaines des élections municipales, que peuvent les communes pour régénérer les cycles de l’eau ?

Elles peuvent beaucoup ! Il existe déjà une dynamique forte en faveur des villes éponges. Cela consiste à désartificialiser, à désimperméabiliser là où on peut — dans les parkings, les cours d’école —, à créer des jardins de pluie, des noues [sortes de fossés végétalisés], des toitures végétalisées… Tout ce qui permet d’infiltrer l’eau à la parcelle plutôt que de l’envoyer vers les égouts. À la campagne aussi, les bourgs ruraux peuvent le faire.

Quelles sont les marges de manœuvre des citoyens face aux inondations et aux sécheresses ?

Quand on a la chance d’avoir un jardin, on peut faire plein de choses : planter des arbres, faire une mare, récupérer l’eau de pluie... Je recommande à ce propos le livre de Samuel Bonvoisin [Cultiver l’eau douce, éd. Ulmer]. Et dans tous les cas, en ville ou à la campagne, on peut s’engager, car les citoyens ont un énorme pouvoir pour impulser des projets sur leur territoire.

Encore une fois, l’hydrologie régénérative n’est pas une baguette magique ni une liste de techniques à dérouler. C’est une approche globale, à l’échelle d’un bassin versant. Si on se limite à quelques jardins ou parcelles agricoles, cela ne restaurera pas les cycles de l’eau. On a besoin de dynamiques collectives pour pousser ce changement, rendre la terre à l’eau.

Mon espoir, c’est que cela peut aller très vite. Autour de Valence, où nous travaillons avec l’association Pour une hydrologie régénérative (Puhr), un seul élu a finalement réussi à embarquer une dizaine d’agriculteurs, avec le soutien de la chambre d’agriculture. Le projet se fait désormais à l’échelle du bassin… C’est très encourageant !

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Source : https://reporterre.net/Crues-On-a-detruit-tout-ce-qui-permettait-d-absorber-la-pluie 

dimanche 22 février 2026

“90 % des meurtres à caractère idéologique sont le fait de l’extrême droite”

“ 90 % des meurtres 

à caractère idéologique 

sont le fait de l’extrême droite ”

 

©Crédit Photographie : Capture d’écran / LCI

Ce mardi 17 février 2026, une minute de silence a été observée à l’Assemblée nationale en l’hommage du militant d’extrême droite Quentin Deranque. 

L’étudiant de 23 ans est décédé à la suite de ses blessures lors d’une rixe opposant militants d’extrême droite et militants antifascistes à Lyon, le 12 février, survenue en marge d’une action du collectif identitaire Némésis contre la tenue d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. 

Alors que la majorité des médias et politiques pointent la responsabilité de l’extrême-gauche et que la mort tragique de Quentin Deranque est instrumentalisée comme jamais, les chercheurs peinent à rappeler les faits. Pourtant, lorsque vous lisez les études sur la violence politique en France, 90 % des meurtres à caractère idéologique sont le fait de l’extrême droite. Un “deux poids, deux mesures” qui, comme le montre notre analyse, joue largement en faveur de la progression de l’extrême droite française. 

Les faits vs l’indignation sélective

Si de nombreux élus et médias se sont empressés de pointer LFI du doigt (“C’est manifestement l’ultragauche qui a tué”, a déclaré le ministre de la justice, Gérald Darmanin dimanche 15 février), il faut souligner que l’enquête ne fait que commencer, et que les analyses de vidéos sont toujours en cours. “À ce stade, l’enquête cherche à identifier l’ensemble des auteurs directs des faits criminels, en se basant non pas sur des rumeurs, mais sur des éléments recueillis lors des investigations de police. Puis des interpellations seront effectuées”, a tempéré Thierry Dran, le procureur de Lyon, dans les pages du Monde. “Une enquête criminelle, ça ne peut pas se faire en quelques jours”.

S’il est encore trop tôt pour connaître toute la vérité sur cette mort tragique, le récit porté par le collectif d’extrême droite Némésis, repris partout sans vérification, d’une agression de Quentin Deranque par des militants antifascistes, commence à se fissurer : Le Canard Enchaîné montre ainsi, images à l’appui, que “les deux groupes étaient bien venus pour en découdre”. Rappelons que Lyon est le théâtre de confrontations depuis des années entre collectifs antifascistes et groupes d’extrême droite.

Toute violence, et a fortiori lorsqu’elle se solde d’un meurtre, doit bien sûr être condamnée sans ambiguïté. Il ne s’agit pas ici de minimiser la violence et la mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite passé par l’Action Française et ayant défilé avec des néonazis, mais d’interroger l’indignation sélective des médias et du gouvernement Macron.

La mort de Quentin Deranque tourne en effet en boucle sur les chaînes d’info en continu. Une attention médiatique et politique à laquelle nombre de personnes tuées par des militants d’extrême droite et/ou pour des raisons racistes n’ont pas eu droit – ou alors non sans réticences. 

Que l’on se souvienne de l’assassinat d’Aboubakar Cissé, tué d’une quarantaine de coups de couteau alors qu’il priait dans la mosquée de La Grand-Combe (Gard) le 25 avril 2025. Le suspect, Olivier A., avait filmé son acte en tenant des propos insultants envers l’islam : “Je l’ai fait, ton Allah de merde !” À l’époque, Yaël Braun-Pivet avait initialement refusé d’organiser une minute de silence à l’Assemblée nationale pour honorer la victime ; le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, avait quant à lui été accusé par la famille d’avoir refusé de la rencontrer. 

C’est sans parler des nombreuses victimes de militants ou d’idées d’extrême droite, qui n’ont pas eu droit à un tel hommage dans l’hémicycle :

  • Ismaël Aali, tué le 6 janvier 2026 à Loire-sur-Rhône (Rhône)
    Ce jeune homme a été retrouvé mort dans un étang après une soirée avec un “ami”. Le suspect invoque un accident, mais une vidéo le montre insultant Ismaël avec un mépris raciste peu avant les faits. Il est mis en examen pour meurtre à caractère raciste.

  • Hichem Miraoui, tué le 31 mai 2025 à Puget-sur-Argens (Var)
    Ce coiffeur de 45 ans a été abattu par un voisin. Le suspect, Christophe B, amateur d’armes, avait diffusé des vidéos appelant à “tirer sur la population maghrébine”. Il est mis en examen pour assassinat, la motivation raciste et l’intention terroriste de ce crime ont été retenues par les magistrats. 

  • Djamel Bendjaballah, tué le 31 août 2024, près de Dunkerque (Nord)
    Cet éducateur a été écrasé sous les yeux de sa propre fille par un militant d’extrême droite qui le harcelait. Malgré un arsenal de guerre saisi chez le suspect, et malgré plusieurs plaintes pour injures racistes déposées par la victime, la préméditation et le caractère raciste du meurtre n’ont pas été retenus.

  • Angela Rostas, tuée le 22 février 2024 en Haute-Savoie
    Enceinte de 7 mois et issue de la communauté dite des gens du voyage, elle a été tuée par balle sous les yeux de sa famille. Deux hommes de 26 et 30 ans, issus du milieu de la chasse locale, ont été mis en examen avec la circonstance aggravante du motif raciste.

  • Emine Kara, Aburrahman Kizil et Sirin Ayd, le 23 décembre 2022, à Paris
    William Malet, cheminot à la retraite et sympathisant du Front national de la première heure, ouvre le feu au Centre culturel kurde à Paris, faisant trois morts. Il a expliqué son geste par sa haine pathologique” des étrangers. En juillet 2025, il est renvoyé aux assises pour “assassinats racistes”.

  • Éric Casado-Lopez, à Paris le 14 mai 2022
    Militant d’extrême droite proche des sphères conspirationnistes, Martial Lanoir a tué d’une balle dans la tête ce Français aux origines marocaine et espagnole. Le mobile raciste n’a pas été retenu par la justice. L’homme a cependant été épinglé pour des messages haineux sur sa chaîne Telegram, appelant à “éliminer les cafards” et “le peuple juif”.

  • Federico Martín Aramburú, le 19 mars 2022, à Paris
    Deux militants d’extrême-droite, Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux anciens du GUD, sont accusés d’avoir tiré sur le rugbyman argentin Federico Martin Aramburu sur la terrasse d’un café parisien. Leur procès est prévu courant 2026, le premier pour assassinat et le second – qui l’a touché à la cuisse et au flanc – pour tentative d’assassinat. 

Ces faits s’inscrivent dans la longue histoire de la violence d’extrême droite marquée notamment par les assassinats d’Ibrahim Ali (tué par un militant du FN à Marseille en 1995) et de Clément Méric (tué par un membre du groupuscule néofasciste Troisième Voie en 2013 à Paris).

Une longue liste de violences

À cette liste non exhaustive de meurtres et assassinats, il faut ajouter la très longue liste des violences commises ces derniers mois par des personnes racistes et/ou d’extrême droite, dont on ne citera que quelques exemples :

  • En janvier 2026, près de Lyon, un lycéen de 17 ans d’origine syrienne a été violemment agressé par trois individus encagoulés. Il a subi des lacérations au visage. Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour violences aggravées, il a retenu le caractère racial et religieux des injures. 
  • Dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 septembre 2025, une vingtaine de personnes, visages camouflés, capuches sur la tête et battes de baseball à la main, ont fait irruption sur la place pour attaquer les clients du bar de La Plage, à Brest (Finistère). Selon des témoins, cités par L’Humanité, cette agression serait le fait d’individus d’extrême droite.

  • En mai 2025, neuf membres du groupuscule d’ultra-droite “Les Hussards” ont été interpellés pour leur participation présumée à une violente attaque armée contre un centre culturel kurde turque à Paris en février dernier. L’agression, menée par une vingtaine d’individus cagoulés aux cris de “Paris est nazi”, avait fait plusieurs blessés, dont un militant de la CGT grièvement atteint à l’arme blanche.
  • En novembre 2023, un jardinier de 29 ans est agressé et gravement blessé à la gorge au cutter après avoir été insulté de “bougnoule” par un retraité de 76 ans à Villecresnes. L’agresseur a été condamné à un an de prison ferme pour violences et injures à caractère raciste.

  • En mai 2023, le maire de Saint-Brévin-les-Pins, Yannick Morez, est visé par un incendie criminel à son domicile alors que sa famille y dormait. Cette attaque fait suite à des mois de harcèlement et de menaces de mort de la part de groupuscules d’extrême droite opposés à l’installation d’un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Dégoûté par l’absence de soutien de l’Etat et de la préfecture, le maire a démissionné.

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“La race tue deux fois”

Ces faits s’inscrivent dans un continuum de violences racistes systématiquement mal ou non prises en compte par les autorités politiques, médiatiques, policières et judiciaires en France. Dans son livre La race tue deux fois (Une histoire des violences racistes en France, Syllepse, 2021), la sociologue Rachida Brahim démontre la cécité volontaire de la justice et du droit français qui contribue à perpétuer les inégalités et le sentiment d’injustice.

Elle a recensé un très grand nombre de violences commises pour des motifs racistes entre 1970 et 2000 en France. Son travail démontre que, même quand ce mobile est évident voire revendiqué, la police, la presse et la justice privilégient d’autres motifs (légitime défense, le coup de sang, la jalousie ou l’alcool) et traitent ces affaires comme des fait-divers de droit commun.

Rachida Brahim cite par exemple un procès de skinheads, en 1988, qui avaient tiré volontairement sur des “Noirs et des Arabes” “pour leur faire peur”. Le tribunal a refusé de qualifier leurs actes de racistes. 

Aujourd’hui encore, le caractère raciste de certains assassinats est parfois nié par la justice et contesté par les proches des victimes. C’est le cas du meurtre d’Eric Casado-Lopez évoqué plus haut ou celui de Djamel Bendjaballah, tué par un militant des Brigades françaises patriotes l’ayant harcelé d’injures racistes avant sa mort. On peut aussi citer le cas de Mahamadou Cissé, abattu à Charleville-Mézières, le 9 décembre 2022, d’une balle de fusil à pompe par Hocine A., dans un hall d’immeuble. Le procureur qualifiera ce crime de “meurtre par exaspération”, éludant son caractère raciste dénoncé par la sœur de la victime, Assetou Cissé. Franceinfo rapporte pourtant qu’avant d’être interpellé, Hocine A. a appelé son ex-épouse en lui expliquant qu’il avait “tué un Noir”.

90 % des meurtres à caractère idéologique sont le fait de l’extrême droite

De manière purement statistique, on ne saurait en toute bonne foi mettre dos à dos les collectifs antifascistes et d’extrême droite. Selon la chercheuse Isabelle Sommier, entre 1986 et 2021, sur 53 meurtres à caractère idéologique, 9 sur 10 étaient le fait de l’extrême droite. (Ce type d’assassinat constitue 13 % des violences politiques, qui restent dominées à 70 % par les attaques meurtrières perpétrées par des islamistes, concentrées pour plus du tiers sur l’année 2015).

Si les coups portés à Quentin Deranque ont été commis par des groupes antifascistes en raison de ses opinions politiques, ce serait la première victime d’un groupe de gauche depuis Action Directe dans les années 1980”, souligne par ailleurs la sociologue dans une interview au Nouvel Obs

Elle précise que le camp progressiste a davantage recours à des actions de type “vandalisme” et “affrontements avec les forces de l’ordre”, tandis que l’extrême droite est adepte “des agressions racistes, homophobes ou contre des adversaires politiques”.

De quoi démentir l’affirmation de Marion Maréchal, selon laquelle “la violence d’extrême droite est dérisoire” et qu’elle “n’existe pas dans notre pays” (sur BFMTV, ce mardi 17 février).

À l’inverse, LFI – qui a pourtant condamnéla violence physique d’où qu’elle vienne” – est désormais attaquée de toutes parts, accusée d’avoir attisé la violence ayant mené à la mort de Quentin Deranque. Un peu partout, on peut lire que LFI est dans “l’engrenage de la violence” (L’Opinion) ou encore qu’il existe “une complaisance de LFI pour la violence politique” (Gérald Darmanin, sur RTL).

Ce “deux poids, deux mesures”, qui médiatise certains assassinats à caractère idéologique mais pas d’autres, est du pain bénit pour l’extrême droite (notoirement climatosceptique, faut-il le rappeler) qui y voit une occasion en or pour détourner l’attention de sa propre violence. Un discours largement soutenu par le gouvernement, jusqu’à son premier ministre Sébastien Lecornu qui a estimé – en visant la France insoumise – qu’ “on ne peut avoir la rhétorique de la confrontation en permanence et ne pas voir que ce qui se passe dans l’hémicycle peut infuser dans la société”.

Rétablir les faits est capital et constitue une responsabilité dont peu de médias se saisissent. Comment accepter d’avoir des néo-nazis défiler dans nos villes, des meurtres racistes et fermer les yeux sur la violence quotidienne de l’extrême droite d’un côté, et provoquer une indignation nationale de l’autre, bien alimentée par des dizaines de fake news relayées sans vérification ?

 

Source : https://bonpote.com/90-des-meurtres-a-caractere-ideologique-sont-le-fait-de-lextreme-droite/ 

samedi 21 février 2026

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