Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
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À Berlin, Elif Eralp, candidate de Die Linke (gauche radicale), arrive en tête des élections régionales avec près de 26 % des voix,devant la CDU, en plaçant notamment la crise du logement au cœur de sa campagne. Dans le même temps, l’AfD réalise une percée dans deux autres Länder et atteint 16,3 % à Berlin. (Courrier international)
2. L’Europe serre la vis contre le greenwashing
Une directive européenne, entrant en vigueur le 27 septembre, interdit notamment les allégations environnementales trompeuses et les labels créés par les entreprises sans certification indépendante. La France, mise en demeure par Bruxelles, tarde toutefois à transposer ces nouvelles règles dans son droit national. (Reporterre)
3. Aider les arbres résistants à la sécheresse à migrer
Le paysan-herboriste Thierry Thévenin propose d’observer les arbres qui résistent le mieux à la sécheresse et d’aider à disséminer leurs graines vers des territoires plus fragilisés. Il cite notamment le noisetier de Byzance, le frêne à fleurs et l’érable de Montpellier comme des espèces particulièrement résistantes. (La Relève et la Peste)
4. Aix-en-Provence crée des « trames noires » pour protéger la biodiversité nocturne
À Aix-en-Provence, la municipalité réduit ou adapte l’éclairage nocturne autour de la Torse et de l’Arc pour préserver les déplacements de la faune, notamment des chauves-souris. Extinctions, détecteurs de mouvement, baisse d’intensité et éclairage plus chaud sont expérimentés, avec un suivi scientifique encore trop récent pour tirer des conclusions définitives. (La Relève et la Peste)
5. Un réseau social européen conçu pour limiter la désinformation
L’ingénieur français Clément Étoré a lancé Bulle, un réseau social disponible en sept langues qui mise sur une modération intégrée dès sa conception, des algorithmes transparents et une protection renforcée des données.La plateforme impose notamment une charte de déontologie aux créateurs et une vérification d’identité aux utilisateurs. (Actualité Positive)
6. La Corée du Sud transforme massivement ses déchets alimentaires
En Corée du Sud, le recyclage des déchets alimentaires est passé de 2,6 % en 1996 à près de 97 % en 2023, grâce notamment au tri obligatoire, à l’interdiction de leur mise en décharge et aux bacs connectés. New York s’inspire désormais de ce modèle, avec le tri obligatoire des biodéchets et plus de 400 bornes de compostage, mais rencontre encore des difficultés de participation. (BBC)
7. Barcelone repense son littoral face au changement climatique
Barcelone investit 150 millions d’euros pour transformer une partie de son littoral en infrastructure résiliente, en reculant notamment les digues et certains aménagements afin d’élargir les plages et mieux absorber les tempêtes et la montée des eaux. Le projet, qui doit créer 22 hectares d’espaces publics adaptés aux fortes chaleurs et restaurer des habitats marins, est finaliste du Earthshot Prize 2026. (EuroNews)
8. Un monte-escalier pour éviter que les personnes en fauteuil restent bloquées chez elles
À Marseille, la société SAMV déploie son monte-escalier électrique Vertimove pour permettre aux personnes à mobilité réduite de sortir de leur logement en cas de panne d’ascenseur. Le dispositif est actuellement expérimenté par 13 Habitat et s’appuie aussi sur l’insertion de jeunes via Humando. (Marcelle)
9. Il construit une voiture solaire capable de rouler jusqu’à 120 km
Après 12 000 heures de travail, Denis Baulier a conçu la Scaramobile, un véhicule d’environ 700 kg recouvert de panneaux solaires, capable de parcourir jusqu’à 120 km grâce à l’énergie solaire. Soutenu par 140 000 euros de l’Ademe dans le cadre du programme eXtrême Défi, le prototype homologué pour la route continue d’être amélioré, tandis que deux nouveaux modèles sont en préparation. (Reporterre)
10. Bristol interdit les publicités pour les produits à forte empreinte carbone
Bristol devient la première ville britannique à interdire sur ses supports municipaux les publicités pour la fast fashion, les SUV, les vols, les croisières et les entreprises liées aux combustibles fossiles.Malgré une perte de recettes estimée à 80 000 livres par an, la municipalité présente cette mesure comme un moyen delimiter la promotion de produits fortement émetteurs et d’encourager des modes de consommation moins carbonés.(Actualité positive)
Une manifestation « stop pesticides » se prépare le 3 octobre contre la multinationale agrochimique Syngenta. « Notre force, c’est notre nombre » explique Fleur Breteau, fondatrice du collectif Cancer Colère, dans un entretien à « Basta! ».
Basta! : Il y a un peu plus d’un an, lors du vote de la première loi Duplomb, vous manifestiez votre colère à l’Assemblée nationale en pointant du doigt les députés de toutes les droites qui avaient voté pour cette loi. Êtes-vous toujours en colère face aux décisions politiques prises sur les pesticides ?
Fleur Breteau : Bien sûr, et c’est une colère sur laquelle nous avons mis des mots, des chiffres. Nous avons nommé nos adversaires, qui sont les industriels de l’agriculture et de la chimie, et leurs soutiens au Parlement, dans les partis du centre, des droites et de l’extrême droite.
Mais il n’y a pas que la colère qui met en mouvement. Depuis plus d’un an, il y a tout ce processus de joie, de rencontrer des gens, de se retrouver de plus en plus nombreuses et nombreuses. Que ce soit dans le collectif, dans des réunions publiques ou dans la rue, les gens nous arrêtent, nous parlent.
À Cancer Colère, on reçoit énormément de messages de sympathie, de soutien. Cela montre bien que la libération de la parole allège l’âme, et a des effets très puissants de ricochet à l’échelle des individus, de leurs familles, de leurs proches. Et ça fait vaciller le système.
Quel est le déclic qui vous a permis de politiser le cancer ?
Il y a plusieurs étapes, mais c’est le diagnostic de mon deuxième cancer, à 19 h 30. Et puis, à 2 h 30 du matin, Nicolas, un de mes plus proches amis, meurt d’un cancer à 46 ans. Sa fille allait avoir dix ans un mois plus tard. Ça, c’est un moment de colère.
Mais il y a aussi le vote de la loi Duplomb par les sénateurs [en juillet 2025, ndlr], qui se réjouissent, dans les médias, d’avoir voté une loi qui aide les agriculteurs. J’étais en chimiothérapie ce jour-là, quand j’ai appris que les fabricants de pesticides peuvent aussi fabriquer des traitements contre le cancer.
C’est pour cela que mettre des mots sur sa colère, s’informer, est indissociable de la colère, pour qu’elle prenne une forme et lui donner un sens. Sur cancercolere.org, il y a plein de ressources, des tracts, des manuels... On documente ensemble. Ce n’est pas notre métier, mais on le fait pour trouver des chiffres fiables, vérifiables, sourcés.
On comprend ainsi qu’on n’est pas responsable de nos maladies. Les pouvoirs publics, le gouvernement et les législateurs du centre, des droites et de l’extrême droite votent des lois qui nous font tomber malade et qui vont faire exploser notre système de santé. Le cancer est le premier poste de dépense maladie en France : plus de 27 milliards d’euros en 2023.
Vous évoquez à plusieurs reprises dans votre livre le nom de Laure Marivain, fleuriste, qui a perdu sa fille Emmy d’une leucémie, à cause de son exposition aux pesticides quand elle était enceinte. En quoi l’exposition aux risques chimiques, dans le cadre du travail, vous a-t-elle interpellée ?
Tomber malade à cause de son travail... On a déjà de plus en plus de mal à gagner notre vie par le travail. Si, en plus, on doit sacrifier notre santé et la santé des enfants, puisqu’un parent, par son métier, peut transmettre une contamination à son enfant... C’est la preuve qu’on est dans la faillite totale des pouvoirs publics censés nous protéger des dangers collectifs et qui préfèrent ne pas déranger l’activité économique.
C’est d’autant plus insupportable que les femmes sont plus précarisées – elles gagnent en moyenne 23 % de moins que les hommes – et sont moins bien indemnisées quand elles sont malades. Il y a un scandale de genre sur le cancer et les épidémies de maladies chroniques en termes de recherche, de protection, de traitements aussi : beaucoup de traitements ont été testés sur le corps des hommes et pas sur le corps des femmes.
Aujourd’hui, le cancer du sein n’est pas reconnu comme maladie professionnelle. Or, la France est championne du monde du cancer du sein. 97 % des études faites sur les cancers professionnels concernent le corps des hommes ou une population non différenciée par le genre. Seuls 2,9 % des études sur les cancers professionnels concernent le corps des femmes. Alors que plus de 90 % des produits chimiques ont des effets de perturbations hormonales et que la grande majorité des tissus physiologiques des femmes réagissent aux perturbations hormonales.
On est face à un scandale sanitaire ! On ne protège pas les femmes dans leur métier. L’ouvrage collectif dirigé par Anne Marchand, Ce que le travail fait aux femmes. Au cœur de l’épidémie de cancer du sein (octobre 2026, Éditions de l’atelier), est édifiant sur l’invisibilisation des cancers professionnels de femmes.
Que répondez-vous à celles et ceux qui arguent que les cancers peuvent être provoqués par bien des facteurs – mode de vie, tabac, pollution de l’air, expositions professionnelles, vulnérabilité génétique... – pour relativiser le rôle des pesticides ?
Faire douter aujourd’hui du lien entre pesticides et maladies est irresponsable, puisque des personnes tombent malades alors qu’elles ne devraient pas. La désinformation empêche les politiques de prévention de santé publique. Pour contrer ce déni, nous avons réalisé sur cancercolere.org un document avec les six arguments irréfutables concernant les liens entre maladies et pesticides.
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a dénoncé en juillet 2025 une « hystérie » autour des pesticides. Cette accusation d’hystérie, la biologiste américaine Rachel Carson en a aussi fait les frais dès 1962, année de la publication de son ouvrage « Printemps Silencieux ». Les preuves qu’elle apporte sur les effets sanitaires catastrophiques du DDT vont pourtant concourir à l’interdiction de cet insecticide dix ans plus tard. Comment agir face au dénigrement orchestré par les partisans des pesticides ?
À l’évidence, on a une force, c’est notre nombre. Une fois qu’on comprend que notre santé est menacée et qu’on n’arrivera pas à guérir dans un monde qui nous empoisonne, c’est un moteur bien plus fort que des dividendes d’actionnaires. Il s’agit de notre vie à nous, de toutes les personnes qu’on aime, de notre environnement. Ces gens-là nous volent aussi notre imaginaire, ce pouvoir de se projeter dans dix ou vingt ans en train de danser, de bosser, de faire des trucs trop cool qui nous passionnent dans la vie.
Notre nombre fera la différence. Aujourd’hui, on est en train de se retrouver, de se rassembler autour de tout ce qui nous est commun : la défense de l’eau potable, de la santé des enfants, de l’hôpital, de l’accès aux soins, de la Sécurité sociale.
Personne n’a envie de tomber malade pour sauver une filière agricole industrielle. Cette lutte est en train de dépasser tous les clivages politiques, de classe sociale aussi. Beaucoup de femmes sont impliquées. Et c’est aussi une lutte très créative. Les gens ont un million d’idées et se sont emparés de Cancer Colère. Aujourd’hui, on est des millions de colères qui, mises en action, sont très puissantes.
C’est un rassemblement de la société civile qui ne s’est jamais vu, à l’appel de la Confédération paysanne, de Cancer Colère, des Soulèvements de la terre, et d’un collectif qui accompagne les victimes de pesticides dans la reconnaissance officielle de leur maladie. On va être des milliers.
Une mobilisation Stop Pesticides appelle à se rassembler le samedi 3 octobre devant le site de la multinationale Syngenta dans l’Eure.
Des malades, des victimes, des paysans et paysannes et des soignants, vont être en tête de cortège. Des gens qui ne sont pas dans des collectifs nous rejoignent parce qu’ils sont impactés et se sentent profondément concernés. Des mutuelles de santé appellent aussi à la mobilisation, ainsi que des associations de parents d’élèves, des infirmières scolaires, des collectifs de juristes, d’avocats... Comme nous sommes mis en danger par le législateur lui-même, c’est à nous de nous défendre.
On va aussi se compter, et brandir haut et fièrement des pancartes avec un prénom, une pathologie et un âge d’arrivée de diagnostic ou de décès, pour des pathologies qui nous concernent nous, ainsi que des proches qui ne peuvent pas se déplacer. Des milliers de personnes vont brandir ces vies impactées du fait des causes environnementales délibérément ignorées par les pouvoirs publics et qui s’aggravent avec leurs lois agricoles. Nous ne sommes pas en train de défendre une idéologie, mais la vie des gens, nos vies à nous. On défend le principe de la vie.
Bien que le mouvement Cancer Colère ait été initié il y a seulement quelques mois, des antennes locales émergent dans plein de localités. Qu’est-ce que cette présence et ces récits sur la maladie changent ?
C’est un acte politique de témoigner de sa maladie. On relie la réalité à des politiques. C’est ce ping-pong entre l’intime et le politique qui fait vaciller le récit selon lequel le cancer fait partie de la vie humaine ou que la souveraineté alimentaire passe forcément par les industriels et les pesticides. On sait que tout cela est faux.
Parler de nos vies permet de démasquer ces politiques qui sont en train de foutre en l’air les politiques de prévention de santé publique. Tout cela se passe au niveau très local, du repas de famille à la machine à café avec les collègues, à l’échelle d’un hameau, d’un quartier, d’une petite ville...
Je pense à cet agriculteur du Lot qui m’a dit : « Fleur, j’ai parlé au café pour la première fois de mes cancers devant tous les collègues, qui sont tous malades. J’ai dit que c’était à cause des pesticides. Il y a eu un silence de mort, ils sont tous venus me taper sur l’épaule et ils sont sortis un à un. Et après, la patronne du café m’a dit “merci”. » C’est d’une puissance ! Il pensait qu’il allait s’effondrer, mais il en est ressorti grandi, plus fort. Elle fait peur cette parole, mais quand les mots sont dits, personne ne peut dire que tu te trompes. C’est irréfutable.
« Si nous, les malades, incarnons un système économique qui part en vrille, il existe des gens qui incarnent notre guérison. » Qu’avez vous envie de dire aux paysans qui dépendent des pesticides ?
On comprend bien qu’ils sont enfermés dans un système. Ce qu’on veut, c’est que l’agriculture paysanne soit subventionnée. On ne veut plus que les subventions publiques aillent massivement vers les industriels de l’agriculture et la chimie, comme c’est le cas aujourd’hui. Il faut que l’État investisse massivement et exclusivement dans les pratiques paysannes respectueuses de la santé et de l’environnement. Et qu’il soutienne aussi les paysannes et paysans dans la sortie des pesticides.
C’est une nécessité que les malades, les victimes, l’ensemble des citoyennes et citoyens soient aux côtés de la Confédération paysanne, de Solidarité Paysans, et de toutes ces personnes qui réclament des moyens pour un revenu digne, et pour sortir des pesticides. On sait qu’ils sont les premières victimes des pesticides. On sait aussi que moins de paysans et de paysannes, c’est plus de malades.
L’autonomie du monde paysan, c’est ce que les industriels de l’agriculture et de la chimie veulent détruire. Nous, on veut que le monde paysan subsiste, retrouve son autonomie, grandisse et soit fort.
Depuis sa nomination par le pape en 2005, le très discret monseigneur Centène a laissé son évêché devenir un lieu où s’épanouissent certaines des figures les plus conservatrices du catholicisme breton. Au détriment des plus progressistes de l’Église.
L’expression est à l’image du bonhomme. Aussi percutante qu’inattendue. Col romain épousant un broussailleux collier de barbe blanchi par le temps, Jean-Eudes Fresneau s’arrête un instant. Puis lâche, dans un sérieux désarmant : « L’Église n’est pas une poupée Barbie™. C’est un hôpital de campagne avec des blessés dont il faut savoir prendre soin. »
Parmi ces « blessés », le curé de Sarzeau (56) ne fait aucune distinction, englobant aussi bien les « cathos de gauche » que les « tradis ». Même si, depuis quelque temps, l’ecclésiastique note comme une forme de déséquilibre qui s’installerait parmi les fidèles et les prêtres du diocèse de Vannes : « Qu’on accueille cette frange de l’Église, oui. Mais plus qu’ailleurs en Bretagne, notre évêché favorise le catholicisme identitaire. »
Ce sentiment, Jean-Eudes Fresneau n’est pas le seul à l’exprimer. « Si la Bretagne a donné de multiples militants de l’action catholique ouvrière à l’institution, nous assistons à la disparition de cette génération », décrypte un ancien responsable national de cet ensemble de mouvements s’inscrivant dans la doctrine sociale de l’Église. Maryvonne Kermarec en sait quelque chose. Présidente pendant dix ans de Chrétiens dans le monde rural du Morbihan, elle explique à Splann ! et StreetPress que cette instance est la dernière du mouvement catholique ouvrier à recevoir une aide financière du diocèse, lui permettant ainsi de salarier une personne à temps partiel. Longtemps terre démocrate-chrétienne, la Bretagne voit disparaître ces courants progressistes, à mesure que disparaissent leurs militants.
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Le diocèse de Vannes au défi d’un « catholicisme intransigeant » : Une enquête de Splann !, en partenariat avec StreetPress.
Le média breton Splann ! revient dans une série d’enquêtes sur les particularismes d’un diocèse qui verrait des nostalgiques « d’une France blanche et chrétienne »préférer les valeurs de l’Ancien Régime monarchiste à celles d’un Évangile rassembleur et républicain.
Comme à Sainte-Anne-d’Auray (56) où, depuis maintenant neuf ans, s’élance le Feiz e Breizh. Pèlerinage au départ familial, devenu aujourd’hui l’un des points de rendez-vous de différents groupuscules de l’extrême droite française.Ou à Lorient (56) qui a vu l’aumônerie des étudiants servir de lieu de socialisation à une poignée d’identitaires, à la poigne résolument vindicative, parfois même violente. Peut-être plus qu’ailleurs, cette structuration et cette radicalisation – au sens d’un durcissement poussé jusqu’à l’extrême d’une pratique religieuse – ont été rendues possibles en Bretagne, terre historiquement démocrate-chrétienne.
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« Voyage en puberté »
À en croire deux enseignants d’établissements privés sous contrat avec l’État, cette évolution serait « assez calquée sur ce que vit actuellement la société ». Jusqu’à s’immiscer dans le fonctionnement de l’enseignement morbihannais. « Quand j’ai été formé, il y avait ce discours assumé de dire qu’en tant qu’école confessionnelle, on devait être aussi une école d’accueil des autres religions », explique Matthieu (1) à Splann ! et StreetPress. Une vingtaine d’années plus tard, dont quatre passées comme directeur,Matthieu dit « regretter la disparition de cette dimension d’ouverture ».
Un léger virage qui peut prendre des formes parfois plus radicales. Comme dans l’école de Camille (1), directeur depuis une quinzaine d’années dans différents établissements du Morbihan. « Il est peu de dire que nous sommes débordés dans notre quotidien. Il arrive donc que nous demandions des moyens humains pour nous décharger », reconnaît ce dernier. C’est ainsi qu’un jour, il accepte la venue, dans l’une de ses classes, de deux bénévoles de la paroisse mitoyenne de son école. Camille raconte :
« Et voilà qu’en plein cours de catéchèse, elles se mettent à digresser sur la place de l’islam en France, sur les figures centrales de Trump et de Poutine. »
« Aujourd’hui, ces gens sont hyper présents dans nos écoles », regrettent les deux enseignants. « Et sont porteurs d’un message qui privilégie le côté “droite réac” de l’enseignement catholique. » Toujours selon ces deux témoins, ce message ferait également son entrée dans les salles de classe par le biais du « voyage en puberté ».
Depuis sa mise en place, en 2025, 90 écoles du primaire morbihannais auraient ainsi bénéficié de ce service diocésain. Pendant catholique de l’Evars – programme d’éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle, rendu obligatoire la même année dans les écoles publiques –, ce « voyage » a fait l’objet d’un reportage du Télégramme. Dans celui-ci, Domitille de Chabot, infirmière coordinatrice en Ears – éducation affective, relationnelle et sexuelle – déclare que « sur la sexualité, les enfants ont besoin de beau, d’espérance […] Si on en parle sous l’angle hygiénique et prévention, ça ne suffit pas ». Un discours « très orienté au niveau religion », insiste Camille qui tempère : « Après, ils font attention parce que les enseignants et moi sommes présents lors de leurs interventions. »
Sollicitée sur ces différents aspects, la direction diocésaine n’a pas retourné nos questions. Du côté de l’évêché, on se contente de dire que « dans l’Enseignement catholique au niveau national, l’Ears existe depuis plus de 20 ans, anticipant le programme scolaire de l’Evar(s) qui est entré en vigueur à la rentrée 2025 ».
Curé CNews
À en croire nos témoins, cette orientation serait plus prégnante en Morbihan que dans les autres départements bretons. Et potentiellement liée à la nomination de l’abbé Fagot comme délégué diocésain à la pastorale de l’enseignement catholique. Alors qu’il est nommé curé de la paroisse Saint-Patern de Vannes en 2023, celui-ci occupait déjà cette fonction. « C’est son expérience de l’enseignement et son profil universitaire qui expliquent cette mission », dit l’évêché à Splann ! et StreetPress. L’institution précise que « du fait de sa charge importante de curé de paroisse, depuis 2024, l’abbé Fagot n’a plus la responsabilité immédiate de ce service, confié à un salarié, même s’il reste prêtre accompagnateur de l’enseignement catholique ».
De l’avis de tous, l’abbé Fagot est un personnage. Affable et séducteur. « On sent aussi qu’il est capable de se fâcher si on ne le suit pas comme des moutons », relatent Matthieu et Camille qui s’interrogent sur « un choix diocésain pas anodin. Davantage politique que religieux ». Preuve du rayonnement de celui qui a été ordonné prêtre en décembre 2012 par monseigneur Centène, c’est dans son église de Saint-Patern que la messe de l’Ascension 2026 a été retransmise en direct par CNews. Couvrant l’est de Vannes jusqu’au nord de la commune voisine de Séné, Saint-Patern fait partie de ces églises qui proposent deux rites à leurs paroissiens. La messe ordinaire, en français, et celle, dite tridentine, en latin.
« Si notre évêque a confié Saint-Patern à l’abbé Fagot, c’était justement pour rattraper les fidèles qui lui avaient préféré les fraternités », se veut indulgent Ronan Graziana, curé de la paroisse d’Hennebont. Lieux de vie traditionalistes, les « fraters » sont soit intégrées à l’Église, à l’image de celle de Saint-Pierre, soit ouvertement intégristes et sans statut canonique, comme c’est le cas de Saint-Pie X, fraternité sacerdotale qui compte parmi ses sites français le prieuré Saint-Vincent Ferrier, situé à Saint-Nolff, près de Vannes. « En voulant les faire revenir dans l’Église, monseigneur Centène s’est fait doubler sur sa droite », reconnaît le prêtre d’Hennebont qui se dit convaincu que le prélat « ne souhaitait pas que ça se durcisse à ce point ».
« Le diocèse de Vannes compte trois cents églises paroissiales et sept cents chapelles : dans toutes, la messe en français est célébrée », rétorque l’évêché. « Vous n’en retenez qu’une, l’église Saint-Patern à Vannes, où en plus de la messe en français est célébrée la messe en rite traditionnel », poursuit l’institution qui précise que « cette situation n’est pas le fait de l’évêque actuel mais de son prédécesseur, monseigneur Gourvès. »
C’est dans l'église de Saint-Patern que la messe de l’Ascension 2026 a été retransmise en direct par CNews.
/ Crédits : Placide pour Splann !
« Défendre la mission sacerdotale sur les places »
Pour comprendre cette fracture, il faut pousser les portes de Saint-Patern. En ce dimanche d’avril, l’édifice sobre et lumineux est plein à craquer. Balancés à bout de bras par des enfants de chœur, les encensoirs saturent l’air de leurs âcres volutes. La moyenne d’âge des paroissiens tutoie les 40 ans. Des hommes enchaînent les génuflexions pendant que les mères surveillent leur progéniture. Au gré des rites en latin, l’abbé Fagot change de chasuble, entonnant d’une voix pleine des chants envoûtants. Jusqu’à cette inhabituelle montée en chaire. Un sermon en surplomb durant lequel il exhorte ses fidèles « à défendre la mission sacerdotale jusque sur les places ».
Surpris de nous voir débarquer dans son presbytère, Frédéric Fagot assure d’emblée à Splann ! et StreetPress « ne pas être issu des courants traditionalistes ». Et insiste plusieurs fois :
« Je suis un simple prêtre diocésain. L’aspect politique des choses ne m’intéresse pas. »
Avant d’être ordonné sur le tard, l’homme aurait pourtant prêté sa plume à des politiques.Un article de Ouest-France relate même que l’abbé aurait été attaché parlementaire. Une affirmation que Splann ! et StreetPress n’ont pas été en mesure de confirmer. En revanche, l’homme est titulaire d’une maîtrise d’histoire intitulée « Un peuple en armes : histoire militaire de la chouannerie dans le district de Fougères (1793-1799) ». Une expertise consolidée par un doctorat, qui lui a ouvert les portes du Puy du Fou de Philippe de Villiers, chroniqueur phare du CNews de Bolloré.
« Éveiller les consciences aux exigences de l’Évangile »
À la différence de l’abbé Fagot, l’évêque de Vannes Raymond Centène cultive la discrétion. Décrit comme quelqu’un de « fermé et verrouillé », le prélat s’ouvre effectivement rarement. La dernière fois, c’était à l’occasion des 400 ans du sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray. Le journaliste choisi pour recueillir ses confidences n’est autre que Constantin de Vergennes. Habitué des plateaux télé et radio de Pascal Praud, c’est lui qui signe cet entretien du 17 juillet 2025 pour le compte de France catholique. Fondée en 1924 par « l’aile d’extrême droite du catholicisme français », la revue a depuis été rachetée par Bolloré. En 2018, le milliardaire breton place à sa tête un homme de confiance : Aymeric Pourbraix. Également animateur de l’émission « En quête d’esprit », diffusée sur CNews, ce dernier avait créé la polémique en qualifiant en février 2024 l’IVG de « première cause de mortalité dans le monde ».
Sanctionnée par l’Arcom à hauteur de 100.000 euros, la chaîne a fini par exprimer publiquement des regrets– un fait assez rare pour être souligné. Ce qui n’a visiblement pas empêché l’abbé Fagot de participer à l’émission du 26 juillet 2025, au cours de laquelle il commente, en direct du sanctuaire morbihannais, la messe du jubilé de Sainte-Anne-d’Auray célébrée par le cardinal Sarah – figure emblématique du courant catholique ultraconservateur,qu’apprécie Vincent Bolloré.
Interrogé sur ces apparitions cathodiques, l’abbé a préféré botter en touche. Sollicité, l’évêché répond à Splann ! et StreetPress : « Comme tout pasteur, il a la charge d’éveiller les consciences aux exigences de l’Évangile, quelles que soient les personnes qui s’adressent à lui. Et c’est bien en sa qualité d’historien qu’il est intervenu dans l’émission télévisée “En quête d’Esprit” qui fait appel à beaucoup d’intervenants, prêtres ou laïcs. »
2027 en préparation
En cet été 2025, le cardinal Sarah fait de son homélie dans le diocèse vannetais un discours politique. Face aux 30.000 fidèles réunis sur le parvis de Sainte-Anne-d’Auray, cet influent membre de la curie romaine lance : « Ne profanez pas la France avec vos lois barbares et inhumaines qui prônent la mort alors que Dieu veut la vie. » Une prise à partie, pas du goût de tous, à en croire le curé de Sarzeau Jean-Eudes Fresneau :
« Alors que la Bretagne est une région démocrate-chrétienne par excellence, nous sommes nombreux à avoir reçu cette homélie comme la validation d’une Église verticale qui place la politique au-dessus de la foi. »
Au point de voir l’ecclésiastique questionner par deux fois son évêque au sujet de « la nouvelle orientation pastorale, voire politique [du] diocèse ». Dans ces deux adresses, que Splann ! et StreetPress ont pu consulter, le prêtre évoque sans détour « les invitations faites au cardinal Sarah et à la chaîne CNews pour le grand jubilé à Sainte-Anne d’Auray ».
Sollicité sur la direction que semble prendre l’évêché depuis sa nomination à la tête du diocèse de Vannes, monseigneur Centène rétorque, par la voix de son délégué diocésain à la communication : « En France, l’Église entend exercer librement sa mission puisque le libre exercice du culte catholique est garanti par la loi pourvu que soit respecté l’ordre public. Cette mission n’est pas de nature politique mais se situe au plan de la charité, c’est-à-dire de l’amour de Dieu accepté par l’être humain pour le communiquer aux autres. » Une réponse qui laisse comme un goût amer au père Fresneau. « Ce jour-là, j’ai clairement eu l’impression que le cardinal Sarah préparait 2027, encourageant un vote extrémiste dans son homélie », fulmine le prêtre, pour qui « tout cela commence à faire beaucoup ».
(1) Le prénom a été modifié.
Dessin de Une de Placide pour Splann !
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« Naza ». À quelques jours de la sortie en France, les réalisateurs israéliens menacés de mort présentent leur film dont tout le monde parle sans l’avoir vu
« Naza »,
un système génocidaire
vu de l’intérieur
Le
NAZA suscite des réactions de plus en plus violentes en Israël contre les deux réalisateurs Rachel Szor et Yuval Abraham. Après la réaction furieuse de Nétanyahou de déchoir de leur nationalité les personnes qui « diffament » les soldats d’Israël, la quasi-totalité des médias et des responsables politiques israéliens condamnent le documentaire, y compris Gadi Eisenkot, le principal rival de Nétanyahou aux prochaines élections du 24 octobre prochain.
Selon un sondage, 68 % des Israéliens ne croient pas aux affirmations du film. Manifestations violentes devant les demeures des réalisateurs, menaces, appel à représailles, l’extrême droite réclame la peine de mort pour les auteurs, « ils devraient être jugés et pendus » [1]. Pour le quotidien Haaretz, « si cette folie n’est pas stoppée, une agression mortelle n’est plus qu’une question de temps » [2]. Mais comment protéger les deux cinéastes quand leurs agresseurs sont souvent des membres du parti Otzma Yehudit dirigé par le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben-Gvir ?
Les réalisateurs Rachel Szor et Yuval Abraham ont reçu un prix spécial du jury de la Mostrea de Venise pour leur film Naza (photo : Tiziana Fabi/AFP)
« Primés à la Mostra de Venise avec une standing ovation de 25 minutes et en même temps accusés de "trahison" en Israël, les réalisateurs israéliens de NAZA expliquent dans +972 Magazine pourquoi avoir fait témoigner des soldats de Tsahal impliqués dans la guerre à Gaza. Pour Yuval Abraham et Rachel Szor, il s’agit de documenter le mécanisme d’un système fondé sur l’idée qu’"il n’y a pas d’innocents" du côté palestinien. »
Courrier international
Si nous nous sommes entretenus avec ces soldats, ce n’est pas parce que c’était le seul moyen de savoir ce qu’Israël a fait dans la bande de Gaza. Toute personne qui a vu les ravages sur ce territoire, écouté les témoignages de Gazaouis ou simplement pris au mot les dirigeants israéliens aura compris cette vérité il y a déjà des années.
« Un acte prémédité, calculé et délibéré »
Nous avons réalisé ce film pour une raison simple : nous étions conscients qu’avec les témoignages d’officiers et de soldats appartenant à l’armée qui a rasé Gaza – les militaires responsables de la surveillance, ceux qui ont calculé combien d’innocents seraient probablement tués dans chaque logement, ceux qui n’ont cessé de donner leur feu vert au bombardement de familles entières –, il serait plus difficile encore de démentir ces crimes. Et c’est notamment ce déni qui permet à ces crimes de perdurer jusqu’à aujourd’hui.
Pendant trois ans, nous avons interviewé de nuit, sur les toits de Tel-Aviv, 24 soldats israéliens qui ont activement participé à l’offensive d’Israël contre Gaza. La plupart d’entre eux travaillaient dans les services du renseignement derrière des écrans d’ordinateur, où ils prenaient part à distance au massacre de populations palestiniennes. C’est sur leurs témoignages que s’est construit le documentaire Naza, que nous avons réalisé.
Ce documentaire analyse un système. Il braque une loupe sur des ordres, des politiques et des modes opératoires habituels, et non sur des exceptions. Nous tirons des témoignages une conclusion claire : le massacre de populations civiles à Gaza n’a pas été le « corollaire tragique » d’une guerre contre le Hamas, contrairement à la version des faits souvent présentée en Israël ; c’était un acte prémédité, calculé et délibéré.
C’est pour cette raison qu’une commission des Nations unies, les principales organisations internationales de défense des droits humains ainsi que des universitaires palestiniens, israéliens et d’autres nationalités emploient le mot de « génocide ».
« Le but est d’anéantir »
En choisissant le titre Naza, acronyme hébreu des termes « dégât collatéral » [nezek agavi], nous critiquons la façon dont Israël décrit ses exécutions de civils : l’État dissimule qu’il sait en amont combien de personnes seront sans doute tuées lors de chaque frappe et cache son intention de détruire, qui était dès le départ celle de cette campagne militaire.
L’un des officiers que nous avons interviewés explique qu’il avait pleinement conscience, en temps réel, des centaines de fois où des familles vaquaient à leurs occupations – un homme qui discutait avec sa femme, le son d’une émission à la télé, une prière, les pleurs d’un bébé – au moment où il donnait l’autorisation de les bombarder. Interrogé à ce propos, il a déclaré : « nous comprenons que le but est d’anéantir. »
Sous cet angle, la présence d’une personne visée par Israël dans une maison en particulier devient l’élément « collatéral ». En réalité, dans de nombreux cas, la personne visée n’était même pas présente. L’homicide était l’objectif.
Les soldats qui apparaissent dans le film ont tous accepté de s’exprimer à condition que leur identité soit scrupuleusement dissimulée, car ils craignaient que leurs révélations accablantes ne soient suivies de représailles d’Israël.
La plupart des soldats avec qui nous nous sommes entretenus font partie de ce qu’on appelle communément l’élite socio-économique d’Israël, et ils étaient généralement membres d’unités prestigieuses du renseignement. Certains savaient qu’ils avaient participé à des crimes graves et espéraient que leur témoignage saperait le déni et les justifications, et forcerait la population israélienne à prendre conscience de la mission confiée à l’armée en son nom. D’autres n’ont accepté de parler qu’après des mois de réflexion, mus par la culpabilité, la honte, voire la fierté, car ils y voyaient parfois des accomplissements professionnels.
Nous avons fait le choix délibéré de ne pas nous appesantir sur leurs motivations. Le film se concentre principalement sur les meurtres eux-mêmes et sur les mécanismes qui les rendent possibles. S’attarder sur les considérations morales et politiques de nos sources aurait risqué d’écarter les victimes du centre de gravité du film, et ce n’était pas notre objectif.
Accorder l’anonymat à des individus qui, de leur propre chef, ont commis des crimes effroyables n’est pas une décision que nous avons prise à la légère. Mais compte tenu de la poursuite de ces atrocités, nous nous sommes sentis le devoir de rendre leurs récits publics, dans l’espoir qu’ils contribuent à faire cesser le massacre. Car le témoignage des soldats implique aussi l’existence d’un système bien plus vaste, dont la responsabilité incombe aux dirigeants politiques et militaires israéliens au plus haut niveau de l’État.
La bulle de Tel-Aviv
Nous avons également braqué nos caméras sur les nuits de Tel-Aviv et de ses habitants, pour interroger une ville où la vie ordinaire suit son cours comme dans une bulle, pendant que les Palestiniens sont massacrés à moins de 60 kilomètres. En portant notre regard sur la ville d’où est pilotée la guerre à Gaza, nous avons tenté d’éclairer les mécanismes de conformisme qui alimentent l’indifférence à si grande échelle.
Ce faisant, nous nous sommes retrouvés à nous poser les mêmes questions que la génération de nos grands-parents, des questions que des gens dans le monde entier se posent après avoir pris connaissance d’atrocités ou de génocides : comment un groupe d’êtres humains peut-il consentir à la plus totale déshumanisation d’un autre groupe ? À quoi ressemble un système génocidaire vu de l’intérieur ?
Dans les années à venir – dans une ère post-Nétanyahou peut-être, si tant est qu’elle advienne un jour –, certaines franges progressistes en Israël pourraient chercher à prendre leurs distances avec les crimes commis à Gaza et les attribuer au gouvernement d’extrême droite. À n’en pas douter, ce gouvernement est le premier responsable du massacre de plus de 73 000 personnes, en majorité des civils, lancé au lendemain des attaques meurtrières du 7 octobre menées par le Hamas.
Or une quantité non négligeable de ces crimes a été perpétrée par des soldats issus du cœur même du camp progressiste israélien, des officiers des services de renseignements et des forces aériennes servant dans les unités militaires les plus prestigieuses.
Les coulisses d’un système
Les pilotes de chasse pourront clamer qu’ils ne faisaient que suivre les ordres, qu’ils recevaient une série de coordonnées géographiques, larguaient des bombes puis s’en retournaient sans même savoir ce qu’ils avaient frappé. Les soldats d’infanterie se défendront en assurant qu’ils ignoraient souvent quelles étaient leurs cibles en raison des nébulosités de la guerre. Si l’on peut interroger ces lignes de défense, impossible en revanche de nier le niveau de connaissance des services de renseignements.
Témoins directs, ils ont vu, mais aussi entendu, que les habitations qu’ils « incriminaient » étaient occupées par des familles. Ils savaient que les multiples « validations Naza » ne concernaient pas des cibles militaires d’importance. Ils ont malgré tout pris part à cette industrie de la mort sans pratiquement aucun acte de refus ou de résistance.
Le film expose les coulisses d’un système meurtrier fondé sur l’idée qu’« il n’y a pas d’innocents à Gaza » – ou, comme le formulerait la terminologie des services de renseignements, qu’« il n’y a pas de Naza à Gaza ».
À ce titre, le film permettra peut-être de discréditer les négationnistes, les semeurs de doute et tous ceux qui continuent de vivre confortablement dans cette zone grise, où l’on sait sans savoir ce qui se déroule à soixante kilomètres au sud de Tel-Aviv.