Pions
Le
Peter Newell, illustration pour Lewis Caroll, De l’autre côté du miroir, 1902
Il y a la canicule, le mondial de foot, le Tour de France pour nous distraire et il y a pour 2027 la mise en place d’un régime autoritaire (pour le dire sans excès), voire d’un régime néo-fasciste pour le dire plus vertement. Plus que jamais, la fable de la grenouille qu’on fait bouillir à feu doux dans une casserole s’impose. L’union des droites (de Macron à Zemmour et consorts) compte sur le climat, les vacances et les sports pour profiter que la population a la tête ailleurs et avancer ses pions un par un.
Les trois derniers avancés sur l’échiquier politique ont de quoi nous alarmer.
Premier pion : supposant qu’ils agissent toujours en légitime défense – même quand ils tirent dans le dos d’un manifestant ou d’un passant (la liste, hélas, est longue) –, l’Assemblée nationale vient de voter une loi accordant aux policiers un droit de tuer. Désavouant de fait cette loi, Claire Hédon, la Défenseure des droits, vient de rendre public un rapport pointant que lors de la manifestation à Sainte-Soline, malgré tous les témoignages (visuels et enregistrés), aucune procédure disciplinaire n’a été engagée contre les gendarmes « auteurs de tirs non réglementaires et disproportionnés, ainsi qu’à l’ensemble de la chaîne de commandement » [1]. Elle rappelle aussi – ce que tout le monde a pu entendre grâce à Mediapart et Libération – « l’accumulation des propos dégradants, stigmatisant l’ensemble des manifestants ». En clair : soutenus par leur hiérarchie, les gendarmes se sont régalés à viser, blesser, éborgner ceux qui protestaient contre l’installation d’une méga-bassine. « 200 blessés parmi les manifestants, dont au moins 40 blessés graves » : une véritable partie de chasse qui n’a fait l’objet d’aucune enquête ni d’aucun désaveu. Darmanin n’assurant n’avoir rien vu ni rien entendu de répréhensible et soutenant les gendarmes obligés de faire face à la violence inouïe des « écoterroristes » !
Deuxième pion : Claire Hédon est en fin de mandat et pour la remplacer, le président Macron a trouvé la perle rare, le parlementaire idéal qui jamais ne contrariera les néo-fascistes à l’œuvre : François-Noël Buffet, sénateur Les Républicains, opposant au mariage homosexuel, chargé de l’immigration par Nicolas Sarkozy, soutien de François Fillon, de Wauquiez, opposant à la constitutionnalisation de l’IGV, contre l’extension de la PMA, etc. Le Défenseur des droits devient le défenseur des droites ! Autre rapport, celui de Domique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, elle aussi en fin de mandat, dénonçant les conditions d’incarcération observées à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe : « il ressort des constats effectués et des témoignages reçus – tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants – que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention » [2]. Une fois encore, Darmanin assure qu’il n’y a là rien de répréhensible et assure la hiérarchie pénitentiaire de son soutien indéfectible.
Troisième pion : gageons que Dominique Simonnot qui, comme Claire Hédon, aura effectué un travail exceptionnel pendant tout son mandat, sera remplacé par – au hasard – un partisan d’Éric Ciotti, Marion Maréchal ou un député du Rassemblement national.
L’union des droites a déjà pour elle l’argent, les médias, l’armée et la police, avec ces trois pions elle peaufine sa mainmise sur la République assurée de l’appui, jamais démenti, d’Emmanuel Macron. Combien de temps avant que ces victoires des néo-fascistes deviennent le modèle ordinaire d’organisation de notre société ? Combien de temps encore resterons-nous amorphes, résignés, vaincus ? Gramsci disait qu’il haïssait l’indifférence. Combien de temps encore resterons-nous indifférents à ce qui nous tue à petit feu ?
Source : https://la-bas.org/la-bas-magazine/chroniques/pions




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