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mardi 13 octobre 2026

Gaza, effacer tout un peuple

Trois ans après les massacres du 7 octobre en Israël

Gaza, effacer tout un peuple

Le

« Si la seule attaque du 7-Octobre a poussé tant d’Israéliens à se déshumaniser, imaginez ce que ça fait aux Palestiniens qui subissent ces attaques depuis des décennies. » (Gideon Levy)

Trois ans après les massacres du 7-Octobre suivis de la destruction génocidaire de Gaza, pour la journaliste israélienne Amira Haas, la question n’est plus le débat sur l’État palestinien mais sur l’effacement de tout un peuple [1].

Des membres de la famille Jabarin chargent leurs moutons et leurs chèvres dans une camionnette après avoir été expulsés de leur domicile dans le village d’al-Minya, au sud de Bethléem, le vendredi 21 août. La police israélienne a qualifié cette expulsion d’« erreur humaine » (photo : Amira Hass/HAARETZ)

Dans une interview accordée au quotidien Israel Hayom le 28 août, Gadi Eisenkot, favori des élections générales du 27 octobre prochain et chef du parti Yashar (centre) a déclaré : « Ceux qui envisagent une solution à deux États après le 7 octobre se font tout simplement des illusions. » Mais sa position, en fin de compte, n’a aucune importance. Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas une « solution diplomatique », mais l’existence même du peuple palestinien entre le Jourdain et la Méditerranée. Les forces israéliennes qui s’efforcent de les « effacer » ne connaissent ni limites ni contraintes. Leurs partisans sont trop nombreux pour que nous puissions nous fier uniquement à la fermeté et au soumoud [2] d’un peuple qui a déjà subi les plans d’expulsion mis en œuvre par Israël.

Le monde reste impassible. La gauche est minuscule, faible et aphone à force de lancer des avertissements. L’opposition anti-Nétanyahou oscille entre minimisation du danger, indifférence et soutien sans réserve à l’expulsion. Les condamnations sporadiques, principalement suscitées par une publication sur X, le 13 août, de l’ambassadeur états-unien en Israël, Mike Huckabee, à propos du siège de trois maisons de Qusra par plusieurs dizaines de colons sionistes religieux — « Les actions de ceux derrière cet acte de terreur horrible, visant à intimider et à harceler cette famille, sont répugnantes » —, sont aussi efficaces qu’un tamis sous une averse. Les « phalangistes » juifs attaquent constamment et partout, pas seulement à Qusra.

Le débat sur un État, deux États ou une fédération est plus théorique que jamais. Toute solution consensuelle exige d’abord la reconnaissance du problème et une définition claire de celui-ci. Trop de juifs en Israël ont été conditionnés à croire que le problème réside dans la présence même, sur cette terre, d’un peuple palestinien enraciné, bénéficiant d’une continuité historique et économique, d’un patrimoine culturel et matériel, d’un riche héritage agricole et d’un profond attachement à sa patrie.

Effacer tout un peuple

« L’effacement » est la solution cauchemardesque qui se concrétise chaque jour davantage. Lois de la Knesset, déclarations politiques, ordres militaires, manuels scolaires et sacro-saints bataillons immobiliers opérant à Gaza, en Cisjordanie et dans le Néguev, tous œuvrent, ensemble et séparément, à la mise en œuvre de cette « solution » avec diligence et sans crainte de condamnation internationale.

Après les avoir privés de conditions de vie digne, la politique israélienne vise à rendre la vie insupportable aux Palestiniens où qu’ils soient, afin que leur départ puisse être présenté comme volontaire, et non comme une expulsion. En Israël même, les autorités laissent carte blanche aux organisations criminelles arabes pour s’armer et tuer des citoyens palestiniens chez eux. En Cisjordanie, ces mêmes autorités israéliennes donnent carte blanche aux « bataillons de Dieu » pour s’armer, tuer et expulser, tandis que l’armée officielle poursuit ses raids jour et nuit. À Gaza, dévastée et assoiffée, le gouvernement et l’armée alimentent des milices armées de collaborateurs criminels, tandis que les pilotes israéliens continuent de lancer des missiles de représailles qui fauchent la vie d’encore plus d’enfants. Toutes ces viriles démonstrations de force sont liées entre elles.

Dans le même temps, Israël détruit ou restreint considérablement la capacité des Palestiniens à gagner leur vie. À Gaza, cette mission est accomplie. Une population de deux millions de « morts-vivants » dépendants de l’aide humanitaire — portant le poids de quelque 74 000 tombes récentes, de familles et de souvenirs, de talents et de professions, et d’économies anéanties — est entassée sur environ 150 kilomètres carrés de terre brûlée. La créativité, l’ingéniosité et l’entraide sont étouffées par l’ampleur de la destruction et par l’interdiction faite par Israël de reconstruire et de se relever.

En Cisjordanie, l’étau économique du ministère des finances se resserre autour d’environ trois millions de personnes et de l’Autorité palestinienne. Le détournement systématique des recettes est aggravé par les campagnes de destruction menées par l’armée dans les villes et les camps de réfugiés, ainsi que par d’autres méthodes employées pour empêcher les Palestiniens de cultiver et de développer leurs terres : points de contrôle, interdictions bureaucratiques, clôtures et présence de bergers juifs israéliens.

En Israël même, la « judaïsation de la Galilée et du Néguev » était et demeure un euphémisme pour désigner le vol des terres et des ressources aux citoyens palestiniens d’Israël. Les discriminations à leur encontre en matière d’attribution de terres, de subventions et d’emploi, ainsi que les interdictions de construire et les démolitions, ont toujours occupé une place prépondérante dans la politique officielle menée de l’autre côté de la Ligne verte.

« Une terre débarrassée des Arabes »

Je le répète : l’existence même du peuple palestinien entre la mer et le Jourdain est aujourd’hui menacée. Trop de forces agissantes contribuent à ce danger : la puissance et les capacités militaires d’Israël ; le culte du service militaire en toutes circonstances et sous tous les gouvernements ; l’obéissance érigée en valeur ; le recours systématique aux armes et aux attaques militaires ; la banalisation du syndrome de stress post-traumatique et des suicides chez les soldats ; l’attrait d’une carrière militaire et les opportunités qu’elle offre ; la tentation d’une villa abordable dans une communauté exclusive de Galilée ou dans une banlieue de colons en Samarie ; les mensonges de la propagande officielle et officieuse ; l’indifférence face à l’enfer sur terre qu’Israël a créé dans la bande de Gaza ; le déni de soixante ans d’occupation et de domination par la force ; le réflexe pavlovien du « Mais le 7 octobre… » ; la synergie entre l’armée, le gouvernement, les rabbins et les milices portant la kippa en Cisjordanie ; l’indifférence face à la destruction du Liban ; le mépris pour l’occupation de nouvelles régions de Syrie ; la normalisation du discours sur l’expulsion ; les systèmes judiciaire et éducatif entachés de racisme tant laïque que religieux ; et l’armée de geôliers qui maltraitent des milliers de prisonniers palestiniens, sur ordre ou de leur propre chef.

Ensemble, ces forces — et d’autres similaires — créent au sein de la société juive israélienne l’infrastructure matérielle, idéologique et psychologique nécessaire à une nouvelle expulsion massive des Palestiniens et à ce qui pourrait l’accompagner : un massacre de masse. Les « héros » des milices de colons proclament ouvertement que l’expulsion est leur objectif. Ils reconnaissent clairement la disposition de larges pans de la société juive israélienne à y participer, activement ou passivement, directement ou indirectement. Par leurs provocations et crimes quotidiens, commis au grand jour et rendus possibles uniquement grâce à un soutien institutionnel, les « phalangistes » cherchent constamment à provoquer un acte de rage et de vengeance palestinien qui « réussisse » afin de l’instrumentaliser pour déclencher une nouvelle guerre sainte.

Les « phalangistes » juifs et les organisations de droite qui les alimentent comptent sur une mobilisation massive — incluant les dirigeants, électeurs et partisans de Yashar et du parti Les Démocrates (centre gauche) — en faveur d’une guerre qui pourrait déjà se résumer au slogan : « Un peuple, une armée, une terre débarrassée des Arabes ».

Amira Haas
Journaliste, Haaretz, 1er septembre 2026 (traduction Orient XXI)
 

Notes

[1] Journaliste israélienne née en Israël. Correspondante en Palestine (Gaza puis Ramallah) du quotidien israélien Haaretz, autrice de Correspondante à Ramallah. 1997-2003 et de Boire la mer à Gaza, La Fabrique, Paris, 2004 et 2001.

[2] NDLR. Le terme soumoud n’a pas d’équivalent exact en français. Il renvoie au fait de tenir bon dans la résistance.

 

Voir aussi

– Amira Haas, « Israël. La marche vers l’expulsion des Palestiniens », Orient XXI, 15 septembre 2026

– Amira Hass, « Terreur coloniale en Cisjordanie », Le Monde diplomatique, octobre 2026

Source : https://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/gaza-effacer-tout-un-peuple 

lundi 12 octobre 2026

L’Éducation nationale se débarrasse de centaines d’enseignants contractuels en dépit des services rendus

L’Éducation nationale 

se débarrasse 

de centaines d’enseignants contractuels 

en dépit des services rendus

 Les enseignants contractuels, au statut précaire, paient le prix fort de la suppression de plus de 3000 postes dans l’Éducation nationale, qui s’ajoute à la réforme du concours. Des mobilisations s’organisent, alors que nombre de classes restent sans prof. 

 

Maïa Courtois

Élève dans une classe du dispositif “unité localisée pour l’inclusion scolaire”, au collège Chantereine de Sarcelles. Valentina Camu

Cette rentrée aurait dû signer la fin d’années de contrats précaires pour Benjamin*. Le jeune homme de 33 ans travaille depuis fin 2020 comme enseignant contractuel dans l’Éducation nationale, dans l’académie de Versailles. Un statut particulièrement précaire, fait de missions en CDD, réservé aux personnes non titulaires du concours du Capes (collèges et lycées) ou du CRPE (premier degré). Et moins bien payé que les enseignants titulaires.

Cette année, Benjamin aurait pu enfin obtenir son CDI. C’est la règle : au bout de six ans à exercer comme agent contractuel, l’Éducation nationale a l’obligation d’embaucher en CDI. Mais, alors que, depuis cinq ans, Benjamin se voyait renouveler sans encombre son contrat en mai-juin pour une nouvelle affectation à la rentrée scolaire suivante, cette fois : rien.

Le jeune homme, qui enseignait l’histoire-géographie, vient de recevoir son attestation pour s’inscrire à France Travail. « J’ai toujours eu de bons avis de mes chefs d’établissements, des retours positifs de mes inspections... Avec d’autres collègues comme moi, on se projetait dans le CDI, évidemment. On ne s’y attendait pas, puisque d’une année sur l’autre on n’avait pas de souci à être renouvelé. Ça nous a fait tomber de haut », déplore Benjamin.

Pour lui, l’espoir du CDI s’éloigne car, après quatre mois de carence, l’ancienneté de l’agent contractuel est remise à zéro. Encore quelques semaines sans affectation et ce sera le retour à la case départ pour le professeur d’histoire-géographie.

« Si c’est pour être maltraité comme ça après avoir travaillé six ans... »

Aujourd’hui, le jeune homme vit dans le brouillard. Que faut-il faire ? Attendre que le rectorat l’appelle plus tard, peut-être, pour un remplacement ? Quitter l’Île-de-France pour tenter sa chance dans une autre académie ? Passer le concours, lui qui n’a jamais pu le faire, faute de temps ? « Je privilégiais mes cours au jour le jour. C’était difficile de sortir de l’engrenage, entre les corrections de copies, la préparation des cours qui demande une adaptation permanente – puisqu’en tant que contractuel, on fait du collège et du lycée, des bouts de cours, de nouvelles classes… »

Sauf que la motivation nécessaire pour passer le concours n’est plus vraiment là. « Si c’est pour être maltraité comme ça après avoir travaillé six ans... Cela fait beaucoup réfléchir. Y compris à une reconversion professionnelle », lâche-t-il.

Comme Benjamin, 160 agents contractuels se sont découverts sans affectation en cette rentrée scolaire dans l’académie de Versailles, selon les décomptes syndicaux. La situation n’est pas plus reluisante dans d’autres académies. Selon les premières données centralisées par la CGT-Éduc’action, on compte 200 postes de moins dans l’académie de Bordeaux, moins 412 dans celle de Créteil, moins 200 à Paris, moins 275 pour Poitiers, et environ moins 200 dans celle de Toulouse. Soit près de 1500 postes de contractuels en moins dans 6 académies (sur les 25 que compte la France métropolitaine).

« On assiste à une nouvelle tendance de fond. Un tiers des effectifs en moins à Poitiers, on n’a jamais vu ça », commente Jean-François Petit, secrétaire régional Rhône-Alpes, qui suit de près le dossier pour la CGT-Éduc’action. « C’est massif. Du jamais vu, depuis la rentrée 2021 et sa réforme du lycée qui avait provoqué des centaines de non-affectations », confirme Cecilia Varela, déléguée syndicale à Sud Éducation 92 (Hauts-de-Seine).

À Paris, les enseignants contractuels se sont vu prévenir très tard des 200 non-affectations. L’annonce est tombée comme un couperet dans un mail groupé, envoyé par le rectorat le 21 août. Laura, contractuelle en français âgée de 33 ans, venait d’emménager, deux mois auparavant, dans un nouveau logement, un petit peu plus spacieux, avec un jardin : « Cela me faisait du bien pour ma santé mentale. » Dès réception du mail, fin août, « j’ai fait mes cartons, raconte-t-elle. Impossible de continuer à payer mon loyer sans affectation. Je suis donc aujourd’hui hébergée chez quelqu’un, en attendant de me retourner. »

Une conséquence des choix budgétaires

Dans son mail, le rectorat de Paris indique : « Cette situation s’explique notamment par les mesures de rentrée, ainsi que par l’augmentation du nombre d’enseignants stagiaires, qui bénéficient d’une priorité d’affectation sur les supports disponibles. »

Traduction : d’abord, le gouvernement a fait, l’année dernière, le choix politique et budgétaire de supprimer plus de 3000 postes d’enseignants à la rentrée. Les situations de Benjamin, Laura et tous les autres en sont une conséquence directe. La baisse démographique, argument avancé par le gouvernement, est balayée par les syndicats et agents contractuels. D’abord, elle n’est pas valable partout : cela dépend des territoires et des niveaux de classe. Ensuite, « c’est de la petite économie, de la vision court terme », déplore Benjamin. « S’il y a une baisse démographique, alors, il faut en profiter pour, enfin, mieux accompagner les élèves et réduire les effectifs par classe », souligne Laura.

À ces suppressions de postes s’ajoute la réforme des concours Capes et CRPE. Ces concours, auparavant réservés aux diplômés d’un bac+5, se sont ouverts aux bac+3 en 2026. Leurs lauréats intègrent, à partir de cette rentrée de septembre, un master professionnalisant et rémunéré impliquant une période de stage en classe. « Les concours cette année ont été marqués par une forte augmentation du nombre de postes offerts et ont permis de recruter davantage de lauréats. Dans ce contexte, davantage de fonctionnaires (stagiaires ou élèves fonctionnaires) ont été affectés », explique ainsi à Basta! le ministère de l’Éducation nationale.

Pendant deux ans, les deux versions du concours vont cohabiter, ce qui implique davantage de personnes à placer. « Ça ne va pas durer. Mais dans deux ans, quand tout sera rodé, on retombera sur les mêmes besoins que les années précédentes. Sur le long terme, cela ne tient pas » de se séparer d’autant de contractuels à cette rentrée, regrette Jean-François Petit, de la CGT-Éduc’action.

Déjà, des alertes concernant des postes non pourvus remontent des différentes académies. Y compris de celles de Benjamin et Laura, qui apprennent chaque jour, via leurs collègues, qu’il manque tel ou tel enseignement dans tel ou tel établissement. Comme le rappelle le rapport de la Cour des comptes paru en juin 2026, les académies de Versailles et de Créteil, qui concentrent 17 % des élèves français mais sont peu attractives, ne parviennent jamais à attribuer l’ensemble des postes, et ce, depuis près de dix ans.

Il manque au moins un professeur dans la moitié des collèges et lycées

Les chiffres du Snes-FSU parus cette semaine sont, à ce sujet, édifiants. Il manque au moins un professeur dans plus de la moitié (53 %) des collèges et des lycées à la rentrée. Cette pénurie « devrait se poursuivre quand les besoins en remplacement vont augmenter en cours d’année. D’autant plus que les rectorats ont fait le choix de ne pas renouveler un nombre conséquent de professeurs non titulaires en CDD », fait remarquer le premier syndicat du second degré.

Dans au moins trois académies – Paris, Créteil et Versailles –, des agents contractuels et leurs syndicats se sont particulièrement mobilisés. Par le biais des boucles WhatsApp, où ils s’apportent soutien moral et informations au quotidien, ceux-ci ont organisé des rassemblements devant leurs rectorats. Des audiences ont été obtenues à Paris et Créteil à la suite de ces manifestations.

Dans ces deux rectorats, l’engagement a été pris d’affecter en priorité, pour les ajustements et remplacements des premières semaines de rentrée, les dossiers les plus urgents. À savoir, les contractuels qui étaient proches de la CDIsation. Mais aussi ceux qui n’ont pas la nationalité française.

La galère des enseignants de nationalité étrangère

Car l’Éducation nationale fait largement appel à des enseignants de nationalité étrangère, tout en leur bloquant strictement l’accès aux concours, réservé aux personnes de nationalité française ou issues de l’Union européenne. Un grand nombre d’entre eux dépendent de ce travail pour renouveler leurs titres de séjour courant septembre, et se retrouvent donc dans une situation d’urgence absolue.

Nadia* est contractuelle depuis 2022, à Paris, comme prof d’anglais. Algérienne, elle doit chaque année renouveler son titre de séjour. Pour ce faire, la préfecture exige qu’elle lui envoie son nouveau contrat 2026-2027 d’ici fin septembre. « J’attends le mail de la préfecture avec appréhension, car je n’ai rien à leur montrer. Le gestionnaire, les inspecteurs, personne ne me répond, à part le syndicat. Et mon récépissé expire en décembre », confie Nadia. Pour conserver son titre de séjour, l’administration française ne lui donne pas le droit de travailler dans un autre domaine que celui qui correspond à ses études, l’anglais. « C’est révoltant : on accepte de travailler un peu partout, peu importe les conditions, sur plusieurs établissements, et là, on se retrouve sans rien, à la dernière minute », dénonce-t-elle.

« Je connais même des gens en poste dans des filières en tension, par exemple en éco-gestion, qui n’ont même pas de titre de séjour et sont dans des galères de renouvellement », confie Laura. « L’État français profite de la situation précaire des gens, qu’il trouve très légitimes pour enseigner quand il en a besoin mais dès que ce n’est plus nécessaire, on les jette », regrette-t-elle.

Si les rectorats de Paris et Créteil ont pris un engagement verbal, ils n’ont cependant pas donné de précisions concernant le nombre de dossiers urgents, comme celui de Nadia, qui seront résolus. Ni de délai, selon les syndicats. Contactées par Basta!, les académies de Paris et Créteil n’ont, pour l’heure, pas répondu à nos questions.

Celle de Versailles explique faire face, avec la réforme du concours, à un contexte inédit. « Pour la première fois dans l’académie, des contrats n’ont pas été renouvelés en raison d’une absence de postes. Cette situation n’existait pas les années précédentes. Les services du rectorat se sont engagés à prioriser la réembauche des contractuels non renouvelés si des besoins venaient à apparaitre. », indiquent à Basta! ses services.

« Nous ne méconnaissons ni l’expérience acquise ni l’engagement des enseignants contractuels qui ont contribué à assurer la continuité du service public d’Éducation. Une attention particulière est portée par les académies aux situations individuelles, notamment celles des personnels disposant d’une ancienneté importante. Des possibilités de recrutement restent ouvertes afin de répondre aux besoins de suppléance des établissements s’ils apparaissent au cours de l’année scolaire », souligne, de son côté, le ministère de l’Éducation nationale.

Un quart des effectifs sont « une variable d’ajustement »

Plutôt que de faire des contractuels une simple « variable d’ajustement », la CGT-Éduc’action revendique depuis longtemps, à l’instar d’autres syndicats, « un plan de titularisation pour que les non-titulaires puissent continuer à exercer leur métier. C’est aussi une question de reconnaissance de leur savoir-faire », souligne Jean-François Petit.

À l’heure actuelle, les agents contractuels - enseignants et non-enseignants (technique, administratif, informatique...) - représentent pas moins de 26 % des effectifs de l’Éducation nationale, selon le rapport publié en juin 2026 par la Cour des comptes. Celle-ci souligne la hausse continue du nombre d’agents contractuels dans la fonction publique, tous secteurs confondus. L’Éducation nationale demeure leur premier employeur : elle embauche près de 80 % des contractuels de la fonction publique. Le ministère de l’Éducation indique qu’à la rentrée 2025, la part des contractuels parmi les enseignants s’élevait à 2,6% dans le premier degré et 11,2% dans le second degré.

« Ces dernières années, parce qu’on avait besoin d’eux, les contractuels ont vu leurs conditions s’améliorer un peu, ils ont aussi obtenu le droit aux congés payés : comme si on leur déroulait le tapis rouge. Là, d’un coup, on repart en arrière et on enlève des postes », soupire Justine Louis, contractuelle enseignant l’anglais en filière professionnelle. Cette filière est moins touchée : les postes y sont davantage non pourvus et le système y dépend encore plus des contractuels. « En Seine-Saint-Denis, on a des lycées professionnels avec 70 % de personnel contractuel ! » témoigne Louise Paternoster, de la CGT-Éduc’action 93.

Ce personnel constitue une main-d’œuvre bien moins chère. Selon la Cour des comptes, en 2023, dans l’Éducation nationale, le salaire net pour le premier décile est de 2092 € pour les fonctionnaires, contre 1465 € pour les contractuels. Laura indique, par exemple, gagner 1800 euros pour un temps plein, primes comprises, du fait d’exercer en région parisienne.

Pour ceux qui se retrouvent au chômage en cette rentrée, l’incertitude financière est grande. « Le salaire d’un contractuel est constitué de beaucoup de primes. Et puis, j’ai enchaîné des contrats chaotiques : certains de deux semaines, parfois des temps partiels dans plusieurs établissements en même temps... Donc, je n’ai aucune idée du montant des allocations de retour à l’emploi auxquelles j’ai droit, confie Noam*, enseignant contractuel en mathématiques, à Paris. Les réformes de l’assurance-chômage ont aussi tellement changé les règles d’indemnisation. C’est une source d’anxiété pour moi. Je ne sais même pas quel revenu je vais pouvoir avoir là, à la fin du mois. »

*Prénom modifié

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Nous rentrons dans une période cruciale...

L’extrême droite pourrait remporter les prochaines élections présidentielles dans un an et arriver au pouvoir pour la première fois depuis le régime de Vichy.

Mais rien n’est joué. Cette catastrophe peut encore être évitée.

C’est pourquoi Basta! va redoubler d’effort dans les mois à venir :

  • En documentant le travail des forces de l’ordre grâce à une base de données interactive, pour alerter sur les dangers d’un élargissement de l’arbitraire policier promu par le RN au travers de la « présomption de légitime défense »
  • En enquêtant sur les soutiens du RN, tant dans les milieux économiques que religieux, politiques, qu’intellectuels.
  • En exposant les contradictions d’un parti prétendument « du côté des classes populaires » mais qui se range le plus souvent du côté des puissants.
  • En faisant briller le travail de cette presse libre qui « tient les digues » grâce à notre Portail des médias indépendants.

Pour nous soutenir dans cette mission, faites un don, même de quelques euros. Chaque soutien compte !


Source : https://basta.media/rentree-scolaire-Education-nationale-se-debarrasse-de-centaines-d-enseignants-contractuels-en-depit-des-services-rendus

dimanche 11 octobre 2026

Alchimie - Prades - Programme - 🍂 L'infolettre Alchimique du 10/10 - Au plaisir de vous croiser par ici ou par là !

 

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