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BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
Les arbres laissés avec leur port naturel, c'est autre chose. Un platane non taillé développe une couronne de 15 à 20 mètres de diamètre qui ombrage 200 m² au sol en été. Le même platane étêté chaque année produit des rejets verticaux sans structure, qui cassent au premier coup de vent et obligent à intervenir en urgence — plus cher que la taille elle-même.
La taille en têtard forcé est le geste le plus coûteux et le plus destructeur de l'arboriculture urbaine. Chaque coupe rase sur le tronc ouvre une plaie que l'arbre ne referme jamais complètement. Les champignons lignivores — polypores, armillaire — pénètrent par ces ouvertures et décomposent le bois de cœur de l'intérieur. Un arbre étêté dix années de suite est souvent creux à vingt ans — et c'est cet arbre affaibli que la mairie déclare « dangereux » pour justifier l'abattage. La taille a créé le danger qu'elle prétendait prévenir.
Un arbre avec son port naturel vit deux à trois fois plus longtemps qu'un arbre étêté. Il produit plus de biomasse foliaire, absorbe plus de CO2, intercepte plus d'eau de pluie et abrite plus de cavités de nidification pour les mésanges, les sittelles, les chouettes et les chauves-souris. Chaque étêtage supprime les branches maîtresses où ces espèces nichaient — le couple de mésanges bleues qui occupait la cavité d'un vieux platane ne retrouvera pas de site équivalent dans un arbre recépé.
Plusieurs villes françaises sont passées à la taille douce — suppression uniquement du bois mort et des branches interférentes, respect de la structure de l'arbre, interventions espacées de trois à cinq ans au lieu de chaque année. Le résultat : des arbres plus beaux, plus sains, plus sûrs et un budget d'entretien divisé par deux à trois sur dix ans.
L'étêtage, c'est une habitude. L'arbre libre, c'est un patrimoine qui grandit au lieu de mourir à chaque passage de la tronçonneuse.
À
L’Houmeau, près de La Rochelle, la mairie acquiert des parcelles
polluées aux pesticides pour les mettre en prairie. « La santé n’a pas
de prix », assure l’édile. Un choix politique qui lui a valu des menaces
d’une figure locale de la FNSEA.
« On me dit : ’’vous êtes écolo’’. Je réponds, je suis centre droit. »
Jean-Luc Algay est un maire qui a décidé de protéger sa population des
pesticides. Élu depuis 2014 à L’Houmeau, une commune de 3000 habitants
au nord-ouest de La Rochelle (Charente-Maritime), il se bat pour
racheter les terres agricoles qui bordent les habitations. « Pour le moment, on a racheté quasiment 20 hectares. »
Dans une salle de la mairie, l’homme de 61 ans nous montre la carte de L’Houmeau. « Vous voyez la partie orange ? Ce sont des cultures intensives. »
Des céréales y sont essentiellement cultivées, avec leur lot
d’insecticides, de fongicides et d’herbicides épandus régulièrement.
Quand on évoque la mise en place de zones tampons entre les habitations
et les épandages, Jean-Luc Algay balaie la mesure : « il faudrait au minimum 100 mètres » quand une distance de 5 à 10 mètres est aujourd’hui préconisée par le ministère de l’Agriculture. « Ça ne sert à rien », tranche-t-il.
Son équipe et lui ont fait un autre choix. « On s’est battus pour que ces 44 hectares passent en espace naturel sensible, explique-t-il. Si tel est le cas, quand un propriétaire vend, c’est la collectivité qui est prioritaire pour acheter et non plus la Safer [instance collective qui attribue le foncier, ndlr]. » Une délibération en ce sens est adoptée par la commune, soutenue par le département. « La chambre d’agriculture a répondu non, mais hors délai », précise Jean-Luc Algay.
« Toutes ces saloperies qu’on jette dans les champs »
Pourquoi avoir fait du rachat des terres une priorité du mandat ? « Ce qui m’éveille, ce sont les premières mesures de l’Atmo [observatoire de la qualité de l’air, ndlr] en 2014 » qui relève notamment les données concernant les pesticides dans l’air. « Je découvre qu’il y a potentiellement un gros impact sur la santé humaine. » Jean-Luc Algay évoque aussi le souvenir de son père, agriculteur. « Je
reste marqué par les grands gants qu’il portait pour remuer les
produits. Sa peau était fripée. Il me disait : ’’regarde toutes ces
saloperies que l’on jette dans les champs". »
« Certains habitants ne comprenaient pas pourquoi on voulait racheter les terres », se souvient Aurélie Crouzeau, maire adjointe à l’enfance et la jeunesse de L’Houmeau. « Il a fallu beaucoup expliquer et communiquer. »
La commune met en avant la protection de l’environnement et du cadre de
vie avec ses zones de marais et son espace Natura 2000. « Le bourg
est aussi sous vent dominant ouest à 80 %, on reçoit beaucoup de
molécules. Et le ruissellement pose la question de la qualité des eaux », ajoute Jean-Luc Algay, alors que des ostréiculteurs sont installés à proximité.
Le maire écrit donc des courriers aux propriétaires, dont une grande
partie ne vit plus sur la commune et loue ses terres à des agriculteurs.
Il renouvelle l’opération chaque année. « Les personnes m’appellent
pour me dire qu’elles ne veulent pas vendre. Je les laisse cogiter et
mûrir leur décision. Chaque fois qu’il y a un article dans la presse sur
les pesticides, cela décante. Et cette année, une dame nous a vendu 11
hectares d’un coup. » Au prix de 0,5 euro le mètre carré,
l’acquisition de ces onze hectares représente une somme de 55 000 euros
pour la commune. Avec quel retour sur investissement ? « La qualité de vie ! La santé n’a pas de prix », assume Jean-Luc Algay.
Menacé de séquestration par la FNSEA locale
Ces rachats de terres agricoles ne sont pas du goût du syndicat
agricole majoritaire, la FDSEA. Ses adhérents déversent, le 22 mars
2023, du fumier et des pneus à l’entrée et à la sortie de L’Houmeau. « Ce
n’était qu’un premier avertissement. S’il faut séquestrer le maire dans
sa mairie, nous le ferons. Nous voulons être tranquilles pour
travailler. Si nous laissons faire, ce qui se passe à L’Houmeau, se
passera ailleurs », menace à cette occasion Sébastien Brochet, président de la FNSEA pour le canton de La Rochelle, dans le journal Sud-Ouest.
« Un représentant cantonal de la FNSEA n’a pas à dire ce genre de choses. Ma famille a eu peur, nous confie Jean-Luc Algay, trois ans après les faits. Je
ne comprends pas qu’on soit de suite dans l’agression. Alors, j’ai
déposé plainte. J’ai reçu un courrier d’excuses mais sans signature. Ce
n’était pas suffisant. Le procureur a convoqué ce représentant, qui a
fait l’objet d’un rappel à la loi. Ça a fonctionné. » Les menaces ont cessé.
Localement, le dialogue n’a pas non plus toujours été évident avec
les deux exploitations agricoles qui louaient les terres en cours de
rachat par la commune. « Je ne leur jette pas la pierre, nous devons
les accompagner à la transformation de l’agriculture. On a proposé que
la commune les rémunère pour transformer en cultures raisonnées. Ils
nous ont dit ’’non, nous, on nourrit le monde’’. »
Le maire assure que les relations avec ces agriculteurs sont aujourd’hui apaisées. « On ne met pas les agriculteurs dehors. »
Une fois les terres rachetées, la commune laisse les baux courir. Quand
ceux-ci sont terminés, les agriculteurs cessent de cultiver les terres
qui sont mises en prairie par la commune. « On laisse la végétation
faire son évolution, et on fauche une à deux fois par an. On veut
replanter des haies, avec un projet de cheminement à travers les 44
hectares. »
L’eau du sous-sol polluée aux pesticides
Initialement, la mairie projetait aussi d’installer un maraîcher en
agriculture biologique. Mais des analyses de la qualité de l’eau de la
nappe phréatique, menées par le laboratoire Qualyse en mars 2024,
entravent ce projet. La découverte fait suite à des forages menés à 15
mètres de profondeur pour développer du chauffage par géothermie sur
nappe à destination du groupe scolaire. C’est l’opérateur qui a alerté
la commune. La teneur en nitrates – qui proviennent principalement des
engrais azotés utilisés en agriculture pour favoriser la croissance des
plantes – est supérieure à la norme (64,2 mg/l d’eau), quand, dans l’eau
potable, elle doit être au maximum de 50 mg/l pour les adultes et de 10
mg/l pour les nourrissons.
« S’il y a beaucoup de nitrates, quid du reste ? » s’interroge
alors Jean-Luc Algay. Inquiet, il demande de nouvelles analyses portant
cette fois sur une centaine de résidus de pesticides connus. Les
analyses montrent la présence, en quantité importante, de diméthachlore
(résidu d’un herbicide pour le colza), de dieldrine (insecticide utilisé
en agriculture et pour la protection des bois de charpente contre les
termites, pourtant interdit depuis 1972) et d’un fongicide, le
chlorothalonil, qui a entraîné la fermeture de captages d’eau potable
sur le territoire de La Rochelle. Ce dernier est mesuré à 1,3 mg/l, soit
au-delà de la limite, fixée à 0,1 mg/l.
« J’ai envoyé ces analyses à l’ARS [Agence régionale de santé, ndlr],
en précisant qu’il y avait de nombreux puits dans la commune dont les
habitants se servaient pour arroser leur potager. Fallait-il leur dire
que leur eau était polluée ? » se remémore le maire.
Dans un courrier du 3 mai 2024 que nous avons consulté, l’ARS demande
à la commune d’avertir les habitants de la pollution des eaux de leur
puits, en conseillant de laver abondamment les légumes avec l’eau du
réseau public avant consommation. En cas d’installation de maraîchers,
ces derniers doivent réaliser des analyses préalables pour contrôler la
qualité des terres et de l’eau utilisée.
« On a donc informé les habitants et on a, pour le moment, mis en
suspens le projet d’installer des producteurs maraîchers. On attend que
les prairies fassent leur œuvre, et on refera un sondage dans quelques
années pour voir l’état des nappes », décrit Jean-Luc Algay.
Une cantine à 82 % de produits bio et labellisés
La mairie mise tout de même sur des approvisionnements en bio et en
local – dans un rayon d’une centaine de kilomètres – pour la cantine
scolaire, qui sert en moyenne 200 repas par jour. Aux manettes, on
retrouve Thiébaut Lévêque, cuisinier et responsable du restaurant
scolaire depuis 2019. « Nous sommes à 82 % de produits bio et labellisés sur tous les produits qu’on commande », souligne-t-il, quand la loi Egalim exige un minimum de 20 % en produits bio.
La viande comme les fruits et légumes sont à plus de 80 % en bio. « Ce
qui nous fait tomber le pourcentage, ce sont les goûters, plus
conventionnels. Financièrement, on retombe sur nos pieds : certains
produits locaux sont moins chers, plus faciles à cuisiner et il y a
moins de pertes », explique le cuisinier.
Pour limiter les coûts, un gros travail a été mené sur le gaspillage,
avec des sessions de pesée et la mise en place d’un compost. « On
sert les enfants au fur et à mesure, en petite quantité, et ils peuvent
redemander. On est aujourd’hui à 25 grammes par élève de déchets quand
la moyenne nationale est de 110 grammes. Sachant que le but reste de
faire plaisir aux enfants et qu’ils mangent. » Thiébaut Lévêque a
lancé un groupe Facebook, « Ma cuisine bien aimée », dont l’accès est
réservé aux parents d’élèves. Il y présente chaque jour le menu des
enfants et réalise des photos et vidéos des produits cuisinés dans le
but de rassurer sur la provenance et l’équilibre de ce qui est proposé.
Une commission « enfance-jeunesse-restauration » a aussi été établie,
composée notamment de parents d’élèves. La maire adjointe Aurélie
Crouzeau en fait également partie. « Le passage au bio a été discuté en interne entre l’adjointe déléguée et le cuisinier. Les parents en sont très contents. » Un travail est actuellement amorcé sur les nuisances sonores dans la cantine et sur la filtration de l’eau.
L’élue l’assure : « On ne pourra pas tout changer mais cette cantine avec beaucoup de bio, c’est une solution que l’on propose aux gens. »
Jean-Luc Algay, candidat à sa réélection pour les municipales de mars,
n’a par ailleurs pas renoncé au projet d’installer à moyen terme des
maraîchers. « Si nous sommes réélus, on prévoit des logements pour eux. »
Municipales — Face à la sécheresse, le maire RN
de Perpignan Louis Aliot a réagi à l’opposé des recommandations
environnementales : pas de vision sur le long terme, et des mégaprojets
qui artificialiseraient encore plus de terres.
Perpignan (Pyrénées-Orientales), reportage
Au plus fort de la crise de l’eau, qui a assoiffé l’ensemble du
département des Pyrénées-Orientales, Perpignan a prié. À l’occasion de
leur sortie la plus médiatique autour de cet épisode dramatique,
plusieurs élus de la municipalité Rassemblement national (RN) ont rétabli un rituel médiéval consistant à conduire les reliques de Saint-Gaudérique vers la rivière
de la Têt pour invoquer la pluie en mars 2023. À la question de savoir
s’il en était à l’origine, l’ancien élu dédié à l’eau, Georges Puig,
assume : «Et ça a très bien fonctionné…»
En place depuis 2022, les restrictions préfectorales liées à la
sécheresse n’ont pourtant quasiment jamais été levées jusqu’aux pluies
diluviennes de ces derniers jours. Une situation sans précédent à
l’échelle du territoire national. Les nappes phréatiques étaient à sec,
l’approvisionnement en eau potable menacé, les cours d’eau asséchés… Et
les agriculteurs, contraints de réduire leurs prélèvements en eau de 30 à
80% selon les systèmes d’irrigation utilisés.
Paillage des plantations et festival de l’eau
Un déficit historique auquel le maire RN
Louis Aliot a répondu par quelques petites mesures, sans toutefois
changer de paradigme. Ici, on a surtout réutilisé l’eau de la piscine
municipale pour nettoyer les rues du centre-ville, paillé les
plantations de l’espace public et organisé un festival de l’eau, destiné
à sensibiliser le public perpignanais une fois par an. Au programme :
des jeux, des conférences sur l’approche religieuse de la ressource, et
des spectacles «son et lumière»… Mais c’est à peu près tout. Contacté à maintes reprises, Louis Aliot n’a pas souhaité répondre à nos questions.
En interne, certains élus regrettent de n’avoir eu aucune directive. «Depuis
le départ de Frédéric Bort [ex-directeur de cabinet qui a quitté le
maire en 2023], il n’y a même plus de réunions d’adjoints», confie-t-on à Reporterre.
Et visiblement, dans les services, les informations passent mal, au
point que des agents ont arrosé le stade de rugby en pleine période de
restriction.
800 euros d’amende pour usage illicite de l’eau
Une erreur pour laquelle la Ville de Perpignan a été condamnée à une
amende de 800 euros pour usage illicite de l’eau, et dont le maire n’a
appris l’existence que lors de son propre procès en appel, en janvier dernier, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du RN.
«Cet arrosage avait été
demandé par la Fédération française de rugby, conformément aux règles
applicables à l’organisation des compétitions sportives
professionnelles, et présentées au préfet du département alors en
fonction», s’est-il justifié après coup sur ses réseaux sociaux.
Vice-présidente de la Région Occitanie pour les questions environnementales, Agnès Langevine pointe un désintérêt structurel : «Louis
Aliot n’était pas à la table de l’État et de l’agence de l’eau lors des
réunions de crise. Il s’est totalement déchargé sur la communauté
urbaine [...] Il relève d’une vision plus globale qui relativise le
changement climatique, et il n’en tient pas compte en termes
d’aménagement urbain», dit l’élue, qui est aussi candidate (Place publique et PS) pour l’élection municipale.
Parmi les projets qui témoignent de cette gestion contre-intuitive : la nouvelle avenue des Baléares, au sud du centre-ville, «qui est en fait un nouvel îlot de chaleur, argue-t-elle. Il
y a des arbres certes, mais ils ne rendent pas le même service que ceux
qui ont été arrachés, et on retrouve le goudron noir tel qu’on
l’utilisait il y a 15 ans et nécessitant des substances toxiques.»
Il existe bien des revêtements alternatifs, tant d’un point de vue
écologique que thermique, mais, à Perpignan, il n’en a pas été question.
La commune n’a pas non plus initié de «campagne de renaturation de la voirie ou des écoles», qui ont pourtant tendance à suffoquer dès le début du mois de juin. «Il
[le maire, Louis Alliot] ne prend pas la trajectoire de la sécheresse,
il ne l’intègre pas dans sa vision, ni dans ses investissements», insiste la candidate.
Farouche opposant à la loi Zéro artificialisation nette,
l’année dernière, Louis Aliot a bataillé dur au moment des négociations
autour du Plan local d’urbanisme intercommunal pour qu’il absorbe — en
vain — deux projets de parcs pharaoniques. Dans les tuyaux depuis 2023,
le premier concerne un parc d’attractions sur le thème du jeu vidéo et du cinéma,
et pourrait voir pousser des montagnes russes, 1 400 chambres d’hôtel,
des studios de cinéma, et une arène d’e-sport, et fait mathématiquement
exploser le nombre de surfaces artificialisées…
Un projet « bien ficelé »
Au micro d’Ici Roussillon en juin 2024, le maire de Perpignan défendait toujours le projet, qu’il jugeait «bien ficelé». Il dit aussi compter sur une intervention de l’État «pour déroger à la règle»
et contourner le Schéma de cohérence territoriale, un document
d’urbanisme visant à anticiper les conséquences du dérèglement
climatique.
Le deuxième gros projet ambitionne de faire du mas Delfau un petit
temple catalan des loisirs nautiques, mais sur un terrain de 18 hectares
totalement à sec. Cédé par la Ville à deux promoteurs pour la somme
totale d’un million d’euros, cet ancien domaine viticole pourrait
accueillir trois plans d’eau d’une capacité annoncée d’environ 60 000
mètres cubes, avec canoës, paddles, téléskis, et guinguette.
Il comprendrait également des chambres d’hôtes, et un ensemble de bureaux sur une surface de 10 000 m². Un projet jugé «aberrant»
par les militants d’Alternatiba, qui ont organisé un happening en
maillot de bain sur cette friche enherbée, il y a près d’un an.
«C’est toujours la même
logique : nos élus disent que l’eau est perdue parce qu’elle va à la
mer. Ils disent qu’ils alimenteront les lacs grâce au canal de Perpignan
et à l’agouille de Fontcouverte, qui avait été créée par les rois de
Majorque pour alimenter le mas, mais il n’y a quasiment jamais d’eau»,
soupire Philippe Poisse, militant d’Alternatiba, devant le maigre
ruisseau qui encadre cette zone où la nature a repris ses droits. «Pour eux, ce n’est pas un problème de raréfaction, c’est un problème de gestion», complète encore Mélina Dufraigne, qui milite dans le même mouvement écologiste.
Un problème de gestion, mais aussi de priorité. «La zone manquait d’activités de bien-être et de loisirs», s’est justifié l’adjoint au maire Frédéric Gourier lors de la présentation du projet en juillet dernier. «Les
responsables d’entreprises qui viennent nous voir pour prendre un
premier contact avec la ville demandent des services de bureau un peu
particuliers. Ils espèrent du loisir pour leurs collaborateurs et des
espaces agréables», rapporte encore le média local Made in Perpignan.
Même constat du côté d’Oxfam, dont la dernière enquête épingle la municipalité pour le projet de ZAC
Pou de los Colobrès, qui prévoit la création de 800 logements et
20 000 m² de bureaux sur un terrain de 34 hectares, sans jamais se
demander si la ressource en eau sera suffisante.
«Les communes dirigées par l’extrême droite agissent à contresens de l’urgence climatique»
«Les communes dirigées par
l’extrême droite agissent à contresens de l’urgence climatique en
prenant des décisions qui aggravent l’exposition de leurs habitants aux
risques climatiques», estime l’ONG, qui a pointé des logiques similaires à Fréjus, Moissac, Beaucaire et Hénin-Beaumont.
En période de pénurie, ces projets gourmands en ressources et en
béton font tache. Pour le chercheur Éric Rémy, professeur en sciences de
gestion à l’université de Perpignan, ils sont symptomatiques de l’«économie de rente» qui sclérose le territoire. «Ils s’appuient sur un potentiel climatique qui a été positif pendant pas mal d’années, mais qui ne l’est plus, dit-il en référence aux effets du changement climatique sur la région.
«Il faudrait passer d’un paradigme d’attractivité à un paradigme d’habitabilité; mais à l’inverse, les acteurs cherchent à produire plus d’eau et ils ne réfléchissent pas assez à la question de la sobriété», poursuit le chercheur, qui est aussi membre du Cat’ecopol, un atelier d’écologie politique créé dans la foulée d’une tribune signée par 92 chercheurs catalans, «Pour un territoire habitable et résilient», en février 2024.
Du déni au techno-solutionnisme
Au même moment, Louis Aliot réclamait l’ouverture d’un «plan Marshall pour l’eau»
et des aides financières de l’État. Aujourd’hui encore, il milite pour
la création d’une unité de dessalement de l’eau de mer, sans se pencher
sur les risques de pollution thermique liée au rejet des boues salines.
«Il se réfère à un projet porté par la ville de Barcelone, mais c’est le niveau zéro du techno-solutionnisme, regrette David Berrué, militant écologiste. Après
trois ans de sécheresse, quand elle n’a plus les moyens de dire que ce
n’est pas un sujet, l’extrême droite se mure dans une foi illimitée
envers les solutions techniques. Elle est dans une logique urgentiste et
ça lui suffit.» En bref, soit elle se défausse sur la technologie, soit elle s’en remet à la volonté de Dieu…
Retrouvez tous nos articles sur les municipales ici.
Par Sarah Benhaïda, journaliste au pôle politique de Mediapart
Chaque jour, des gens prennent le temps de taper des messages
d’insulte, de réaliser des photomontages racistes ou de laisser des
commentaires xénophobes, islamophobes ou négrophobes pour les insulter :
pour les candidats et candidates racisées aux municipales des 15 et 22
mars, cette élection est celle de la déferlante raciste. Une vague bien
plus grande encore qu’aux élections précédentes, disent celles et ceux
qui se sont déjà soumis au suffrage.
Dans un pays où la
représentation nationale se lève pour une minute de silence en hommage à
un militant d’extrême droite, où des néofascistes peuvent défiler aux cris de «sale bougnoule» et «sale race de merde»
sous les saluts nazis, la parole raciste – si elle en avait besoin –
s’est libérée. Les débats des municipales l’ont encore montré. On ne
compte plus le nombre de digues qui ont sauté quand citer Maurras (Aurore Bergé) ou Pétain (Martine Vassal) n’est désormais plus tabou, mais revendiqué et répété.
Les candidats et candidates que Mediapart a rencontré·es s’accrochent. Mais combien d’autres ont jeté l’éponge? Combien d’autres continuent à se dire que la fonction d’élu·e, ce n’est pas pour eux ou pour elles?
Des partis, comme Les Écologistes, se sont dotés de charte appelant à
plus de diversité. Mais ces textes non coercitifs sont généralement
ignorés dès le lendemain de leur adoption. Des associations lancent
aussi des appels à des villes antiracistes ou des listes représentatives. Mais là aussi, nulle contrainte pour imposer cette nouvelle parité.
Pourtant, la question est démocratique et urgente car, affirme
Nassurdine Haidari, président du Conseil représentatif des associations
noires (Cran), «toute
une génération ne veut plus aller voter parce qu’elle se dit que ça ne
sert à rien de voter pour des gens qui ne lui ressemblent pas et qui ne
vivent pas ce qu’elle vit». Et de prévenir : «Cette désertion des urnes, par ricochet, ça arrange les affaires du Rassemblement national.»
Le parti lepéniste et sa pratique du pouvoir, les habitant·es racisé·es
de Perpignan (Pyrénées-Orientales) sont probablement celles et ceux qui
en témoignent le mieux. Dans la vidéo de mes collègues Bérénice Gabriel
et Khedidja Zerouali, ils et elles racontent les «provocations au quotidien»
du maire Louis Aliot, entre nostalgie de la colonisation française en
Algérie, brutalité urbanistique et campagnes islamophobes. Une
piqûre de rappel salutaire à l’approche de municipales pour lesquelles
Jordan Bardella et Bruno Retailleau, toute honte bue, appellent à faire «barrage» et à dérouler le «cordon sanitaire» autour de La France insoumise.
Située près
de Bure, sur le tracé de la voie ferrée par laquelle transiteraient les
convois de déchets nucléaires, l’ancienne Gare de Luméville est un lieu
emblématique de la lutte contre Cigéo. Rachetée par des militant·es
dans les années 2000, elle a récemment subi une procédure d’expropriation,
et est menacée d’expulsion depuis le 11 octobre 2025. Rencontre avec
Camille et Clara pour comprendre comment s’organise l’occupation de la
Gare.
Depuis cet été, il y a eu la Manif du Futur, et le camp Septembre Infini pour préparer son occupation.
Une audience aura lieu le 17 décembre pour fixer le calendrier de la
procédure d’expulsion. Comment vivez-vous cette occupation ?
Clara : L’audience devait se tenir le 5 novembre, on
avait peur de l’expulsion chaque matin. Avec son report le sentiment
d’urgence est retombé. C’est un lieu qui reste précaire, on attend
l’audience de décembre qui risque de rendre le lieu expulsable. Ça
impliquera une intervention des flics pour nous virer d’ici.
Vous produisez des vidéos humoristiques ou radicales sur
ce qui s’y passe, qu’est-ce que vous avez eu envie de montrer de la vie
de la Gare ?
Camille : Ça permet d’apporter un peu de légèreté à
ce qu’on vit, de faire des trucs drôles et ironiques, dans un contexte
répressif pesant.
Clara : D’autres vidéos sont à venir !
La répression policière en local s’intensifie, comment ce qui se passe à la gare influe sur le reste de la lutte à Bure ?
Camille : À la Gare, en septembre dernier, on
ressentait de la surveillance et ça s’est accentué autour de la Manif du
Futur. Sur les autres lieux, comme d’habitude, il y a des patrouilles
de keufs qui passent régulièrement.
Clara : Les compagnies de gendarmes changent tous
les mois ou toutes les deux semaines. Elles ont des types de répressions
différentes : parfois ça va être plus ’calme’, d’autres fois
l’occupation du terrain va être plus violente, avec du harcèlement
policier, des provocations très fortes, des vols de matériels, de la violence physique et des arrestations abusives.
Comment vous envisagez les mois qui viennent ?
Clara : Il a plein de choses qui se déroulent en ce moment : les opérations DR0,
les forages et travaux sur la voie ferrée, le défrichage du
Bois-Lejuc... Perdre la gare ce serait perdre un lieu d’occupation,
d’émancipation, un lieu de vie, un lieu où des gens se sentent mieux que
dans les espaces habituels de la société, avec beaucoup de bons
souvenirs. C’est une partie de ma vie, la Gare.
Camille : C’est aussi la perte d’un symbole de la lutte.
Vous êtes en lien avec d’autres luttes ou zones occupées ?
Clara :C’est une lutte antinuke ici, mais d’autres
personnes portent des luttes diverses, d’émancipation. Récemment on
s’est rapproché·es de luttes anti-technologies, antispécistes. Il y a
des gens investis dans la lutte contre l’A69. Des personnes qui
s’étaient mobilisées le 10 septembre. Des luttes sur les frontières, en
soutien aux personnes sans-papiers. On a aussi quelques liens avec des
collectifs antifa, comme avec le rassemblement à Bar-le-Duc contre un lieu néonazi.
Camille : Et puis il y a des gens d’autres pays, notamment de Suisse et d’Allemagne.
Un mot à ajouter ?
Camille :Venez occuper la gare si elle n’est pas déjà expulsée !
Clara :Venez réoccuper la gare si elle a déjà été expulsée !
Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.
1. Bruxelles adopte une résolution sur la Sécurité sociale de l’alimentation
Le Parlement bruxellois a adopté à 60 % une résolution, non contraignante, en faveur d’une Sécurité sociale de l’alimentation, demandant une étude nationale et un soutien public aux projets existants. (La Relève et la Peste)
2. Climat : des communes misent sur l’adaptation locale
Un rapport d’Oxfam recense 24 mesures déjà mises en œuvre par des villes françaises pour faire face au dérèglement climatique (végétalisation, rénovation thermique, désimperméabilisation, ORE). Malgré ces initiatives, les communes manquent de financements face à des besoins estimés à 1,5 milliard d’euros par an.(La Relève et la Peste)
3. Agriculture : le collectif Nourrir propose sa contre-loi
Au Salon de l’agriculture, le collectif Nourrir a présenté une proposition de loi pour protéger les revenus paysans (interdiction des ventes à perte), développer le bio en grande distribution, renforcer la protection de l’eau et interdire certains additifs nocifs. (Vert)
4. Parlement européen : une résolution reconnaît les femmes trans
Le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante reconnaissant les femmes trans comme des femmes et affirmant leur inclusion dans les politiques d’égalité de genre. Les conservateurs et l’extrême droite ont voté contre. (Politis)
5. Yangtsé : la biodiversité repart après l’interdiction de pêche
Depuis l’interdiction totale de pêche en 2021, la biodiversité du fleuve Yangtsé se rétablit : la biomasse de poissons a plus que doublé en trois ans et des espèces rares, comme le marsouin aptère, réapparaissent, selon une étude publiée dans Science.(CNRS)
6. États-Unis : des ONG attaquent l’abrogation d’un texte climatique
Une coalition d’associations environnementales poursuit l’administration Trump après l’abrogation du « constat de mise en danger » de 2009, fondement juridique des régulations fédérales sur les gaz à effet de serre.Elles jugent la décision illégale et annoncent une bataille judiciaire pouvant aller jusqu’à la Cour suprême. (Le Monde)
7. PFAS : 1 400 riverains poursuivent 3M en Belgique
Quelque 1 400 habitants près de l’usine 3M de Zwijndrecht accusent le groupe de les avoir exposés aux PFAS et réclament 20 000 euros chacun. L’affaire fait suite à la découverte, en 2021, de fortes contaminations des sols, de l’eau et du sang des riverains. (Reporterre)
8. Afrique du Sud : des cornes de rhinocéros rendues radioactives contre le braconnage
Une université sud-africaine injecte des isotopes radioactifs inoffensifs dans les cornes de rhinocéros pour les rendre détectables aux frontières. L’objectif est de lutter contre le trafic, alors qu’environ 500 rhinocéros sont braconnés chaque annéedans le pays.(L’actualité)
9. Norvège : fin des poulets à croissance rapide d’ici 2027
L’industrie avicole norvégienne abandonnera d’ici 2027 les races de poulets à croissance rapide, accusées de graves problèmes de bien-être, au profit de souches plus lentes. Le pays élève environ 70 millions de poulets par an et deviendrait le premier à généraliser ces races dites « à meilleur bien-être ».(The Canary)
10. Canicules : la végétalisation réduit la mortalité à Paris
Une étude de l’Inserm montre que les arrondissements parisiens les plus végétalisés enregistrent moins de décès lors des fortes chaleurs. L’effet des espaces verts apparaît plus déterminant que le niveau
socio-économique, avec un rôle clé de l’âge des habitants et du bâti
ancien. (ID, l’Info Durable)