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samedi 25 avril 2026

Arthur Sarradin : écrire l’indicible

Arthur Sarradin : écrire l’indicible

Le journaliste français libère la parole d’anciens détenus des prisons du régime syrien.

 

Arthur Sarradin. Photo Édouard ÉLIAS

Arthur Sarradin n’a ni l’oralité ni l’écriture de son âge. À 25 ans, le journaliste français impressionne par sa polyvalence et son audace. D’abord fixeur pour arrondir ses fins des mois alors qu’il étudie à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, il prend ensuite la plume, avant de passer derrière la caméra en pleine thaoura en 2019. Il coréalise le documentaire La Révolution naît des entrailles du chagrin (2021) et collabore notamment avec Libération, Radio France, TF1/LCI et Paris-Match. Finaliste du Prix Albert Londres en 2024 et 2025 en presse écrite, il a publié cet automne Le Nom des ombres. Sortir de l’enfer concentrationnaire syrien, un récit percutant où, à travers les témoignages bruts d’anciens rescapés, il dresse un portrait glaçant des prisons sous le régime Assad et explore la difficile reconstruction des anciens détenus après la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024.

Dans l’introduction, vous indiquez avoir commencé ce livre le jour de la chute de Bachar el-Assad. Qu’est-ce qui vous a fait sentir que cet événement nécessitait un livre plutôt qu’un reportage ?

Ce livre est né d’une frustration : aucun format journalistique ne permettait de rendre compte de l’ampleur du crime contre l’humanité. Les témoignages que je recueillais étaient trop longs, trop denses, trop précis pour être coupés. Il fallait un médium capable d’accueillir ces récits sans les mutiler. Le format littéraire permettait aussi d’aborder des questions plus difficiles à traiter dans un reportage et d’élargir le champ de la réflexion.

Votre livre mêle enquête journalistique et écriture littéraire. Quelle méthodologie avez-vous adoptée pour trouver cet équilibre ?

J’ai d’abord admis mes limites : je ne suis ni historien ni politiste. Beaucoup ont déjà écrit sur l’univers concentrationnaire syrien, souvent à partir de leur propre détention. Je pouvais apporter un regard choral sur toute la Syrie libérée, au moment précis de la chute du régime, à travers la parole d’anonymes, de marginalisés. Les récits étaient encore brûlants, peu après la sortie des prisons.

La méthodologie : l’entretien libre. Pas de thème imposé, ni de chronologie ou grille d’analyse, mais laisser la mémoire surgir par éclats. J’y ai mêlé des petites enquêtes, comme reconstituer un massacre, retrouver l’auteur d’un poème. L’ensemble forme un récit fragmenté mais traversé par un même propos.

Tous les témoignages bruts que vous reconstituez dans le livre vous ont donc été transmis à l’oral ?

Oui. Deux livres m’ont influencé : Dans le nu de la vie de Jean Hatzfeld, sur le génocide rwandais, avec son alternance entre récit écrit et témoignages bruts, et La Supplication de Svetlana Alexievitch, entièrement fondé sur la parole des survivants de Tchernobyl. Ils m’ont rappelé l’importance de l’oralité dans la culture syrienne et levantine.

L’équilibre littéraire s’est construit autour d’une exigence : ne pas trahir cette oralité. Tous les témoignages ont été traduits en essayant de préserver les rythmes et la musicalité de chaque voix. L’enjeu : que la parole se libère et conserve son identité.

Comment avez-vous convaincu les rescapés de parler dans une Syrie où l’on a appris à se taire ?

Je m’attendais à un silence total. Au Liban déjà, la méfiance est grande, en Syrie, je pensais que ce serait pire. Mais quand les Syriens ont compris que Bachar el-Assad ne reviendrait pas, la parole s’est libérée. Pour beaucoup, témoigner était une nécessité. Certains voulaient exercer une parole politique, d’autres verbaliser leur vécu, même s’entraîner à raconter à leurs proches. Il a fallu plus de temps pour établir la confiance avec les femmes, dont les histoires touchaient parfois à des violences sexuelles.

Vous évoquez les camps nazis. Le régime syrien a-t-il reproduit un système concentrationnaire ?

Il s’est inspiré du nazisme et des fascismes de son époque. Rifat el-Assad admirait les goulags soviétiques et d’anciens nazis avaient trouvé refuge à Damas. Chaque totalitarisme a ses codes, mais tous cherchent à domestiquer l’individu. Le baasisme a créé son propre univers concentrationnaire : motifs d’arrestation absurdes, surpeuplement carcéral, identités remplacées par des numéros. La répétition des architectures, salles et procédures bureaucratiques a transformé tout le territoire en archipel carcéral, faisant basculer la tyrannie syrienne en véritable État concentrationnaire.

Vous parlez de « torture blanche ». Que signifie ce terme ?

Popularisé par des militants iraniens, il désigne les tortures sans traces visibles. En Syrie, la bureaucratie en est une forme : après les interrogatoires violents, le détenu doit signer un aveu fabriqué. Beaucoup disent que le traumatisme le plus profond est d’avoir été arrêtés pour rien, accusés de crimes imaginaires, jugés sans avocat, réduits à quelques pages circulant entre les services. La « torture blanche », c’est être broyé par la logique administrative qui efface le nom, l’histoire, et transforme une vie en un fichier. Le fonctionnaire, qui ne voit jamais le prisonnier, appose un tampon qui décide d’un destin. Cette distance absout le crime et dissout les responsabilités.

Les mots sont le fil rouge de votre livre. Quelle place tenaient-ils dans les prisons ?

Les mots sont le socle de la résistance à la tyrannie assadiste. La révolution a commencé par eux : ces enfants de Deraa qui ont tagué « Ton tour viendra, docteur ». Dans les prisons, écrire est un acte de survie. Dans les archives du régime, les vies sont réduites à quelques lignes. En les fouillant, à Soueida, j’ai aussi trouvé un dessin coloré et, derrière, le poème d’un prisonnier.

Les hommes résistent par la poésie et l’écriture, reprenant par-là possession de leur humanité. Les anciens détenus m’ont dit que sans les mots, ils auraient perdu la raison. Écrire sur un mur, lire ce qu’un autre avait griffonné avant eux, c’était affirmer son identité face à un système qui voulait la dissoudre et introduire un peu de beauté dans un monde absurde. Ces mots formaient un véritable continent littéraire, une mémoire souterraine, une force que le régime n’a jamais pu égaler.

Et le dessin ?

Certains dessinaient la grande roue de Hama pour continuer à la faire tourner, d’autres des portes ouvertes ou des oiseaux s’envoler. Ces dessins, comme les mots, n’étaient pas là pour « tuer l’ennui » mais pour maintenir un ailleurs et leur humanité. Bayan racontait que lorsqu’il sentait la folie le gagner, il dessinait des raisins pour avoir l’impression de les manger.

Le titre Le Nom des ombres s’inspire-t-il de ces mots ?

Au départ, je pensais intituler le livre Les Indicibles, car il portait sur tout ce qui ne peut pas se dire. L’éditrice souhaitait un titre plus poétique. J’ai repéré un motif récurrent dans les témoignages : l’ombre. Beaucoup de survivants disaient être devenus des ombres, privés d’une part de leur humanité, certains qualifiant Saydnaya de « mère des ombres ». Wadah, poète syrien, parle des noms gravés sur les murs comme des noms des ombres : ces mots ont une âme qu’il faut préserver. Le livre tourne autour de ce geste : redonner un nom à ce qui a été déshumanisé.

L’ombre permet de conserver l’indicible, avec une portée poétique. La chute de Bachar el-Assad a transformé le sous-titre : « sortir de l’enfer concentrationnaire syrien » au lieu de « dans l’enfer », car la quête des mots vise aussi à exorciser la prison, à imaginer l’après et à se débarrasser de l’assadisme.

Qu’entendez-vous par assadisme ?

L’assadisme ne se limite pas au clan Assad ni à son régime déchu : il laisse un héritage de violence et d’État de barbarie qui hante la Syrie. On le voit dans les massacres après la chute et dans les méthodes de torture reprises par d’autres acteurs, souvent par d’anciens prisonniers reproduisant ce qu’ils ont subi. Il survit dans les regards, les peurs, les traumatismes, et dans la reconstruction du pays. La chute n’a pas marqué une rupture nette : la Syrie connaît une liberté inédite, mais l’ombre de l’assadisme plane encore. C’est peut-être cette ombre qu’il fallait aussi nommer pour comprendre ce qui perdure après la fin du tyran.

La littérature peut-elle jouer un rôle dans le chantier mémoriel auquel la Syrie fait face ?

Elle a déjà longtemps éclairé l’univers concentrationnaire syrien de l’étranger. Mais son rôle ne doit pas être surestimé : la Syrie est en crise, le livre y reste coûteux et la culture est davantage orale. Pour autant, figer ces expériences dans la littérature reste crucial. La « quête des mots » dépasse le livre : elle inclut l’art, la recherche et l’oralité citoyenne. Nommer, raconter, dire ce qui a été fait est essentiel. Cette parole pourra nourrir la justice transitionnelle, lever les tabous et ouvrir la voie à une Syrie réinventée.

Le Nom des ombres. Sortir de l’enfer concentrationnaire syrien d’Arthur Sarradin, Seuil, 2025, 305 p.


Source : https://www.lorientlejour.com/article/1490669/arthur-sarradin-ecrire-lindicible.html 

vendredi 24 avril 2026

Mycle Schneider : « Le nucléaire est une industrie en déclin »


Mycle Schneider : 

« Le nucléaire est une industrie 

en déclin »

 
Par Hervé Kempf
11 avril 2026
 
Mycle Schneider, début 2026 à Paris.

Investir dans le nucléaire est à la fois douteux économiquement et contre-productif pour le climat, explique l’analyste Mycle Schneider. Les renouvelables, et en particulier le solaire, sont bien plus efficaces à court terme.

Mycle Schneider est un expert international de l’énergie nucléaire. Il dirige l’équipe qui produit chaque année un rapport de référence sur l’état du nucléaire dans le monde, le WNISR (World Nuclear Industry Status Report). Dans cet entretien, il démonte l’idée que le nucléaire serait « en renaissance ». Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, la crise énergétique relance le débat sur la sortie des fossiles, Mycle Schneider souligne la vigueur de la révolution solaire : selon lui, elle dessine le monde d’après énergétique, dont la France est largement absente.

Reporterre — Le nucléaire est-il une énergie d’avenir ?

Mycle Schneider — Une énergie est d’avenir si ses équipements se renouvellent. Or les parcs nucléaires, dans quasiment tous les pays, vieillissent rapidement. Le parc nucléaire français vieillit depuis le milieu des années 80, celui des États-Unis depuis le milieu des années 70.

Quel est l’âge moyen des réacteurs nucléaires ?

Sur le plan mondial, 32 ans à peu près. Il y a l’exception de la Chine, dont l’âge moyen des réacteurs est autour de 11-12 ans.

Combien de réacteurs y a-t-il dans le monde ?

Un peu plus de 400 réacteurs en fonctionnement. La France a toujours un peu plus de capacité installée que la Chine, mais celle-ci produit déjà plus de kilowattheures par le nucléaire.

Quelle est la part du nucléaire dans l’électricité mondiale ?

Le pic a eu lieu il y a 30 ans, en 1996, à 17,5 % du mix électrique. En 2024, la part était de 9 %. Même en Chine, la part du nucléaire baisse — elle est de 4,5 % — parce que ce pays investit beaucoup plus dans les énergies renouvelables et en particulier dans le solaire. En 2025, seulement deux réacteurs ont démarré en Chine, soit 2,5 gigawatts. La même année, la Chine a connecté au réseau plus de 300 gigawatts de solaire.

Le nucléaire est donc une industrie en déclin ?

Oui. Il ne se passe rien dans le nucléaire en dehors de la Chine et un peu de la Russie. Sur les 51 réacteurs qui ont été mis en construction depuis six ans, 37 l’ont été par la Chine, dont un au Pakistan. Les quatorze autres par l’industrie russe dans des pays comme l’Égypte, le Bangladesh et la Turquie. On parle toujours de renaissance, mais nous ne la voyons pas dans les statistiques.

N’est-ce pas différent en France ?

Non. Si un nouveau réacteur est mis en construction dans les années qui viennent, comme c’est prévu à Penly, ça ne changera rien durant les quinze prochaines années. Officiellement, il est censé entrer en fonctionnement en 2038. Mais depuis des décennies, les mises en marche sont toujours en retard par rapport aux prévisions.

On dit qu’on va construire 6 EPR 2, voir 14 d’ici 2040. On investit énormément pour embaucher des ingénieurs et des techniciens, on réorganise EDF et la construction. Peut-être que ça va marcher ?

Peut-être. Nous, on ne prédit pas l’avenir. Par contre, ce qu’on connaît très bien, c’est l’état passé et actuel des choses. Et qu’est-ce que ça nous dit ? Les premiers EPR ont démarré en Chine à Taishan. Le deuxième projet était en Finlande. Et puis le troisième projet a été Flamanville et le quatrième Hinkley Point, en Angleterre. Le deuxième projet a coûté plus cher et a mis plus longtemps que le premier. Le troisième a mis plus longtemps et a été plus cher que les deux premiers. Et Hinkley Point est très bien parti pour battre tous les records de coût et de durée de construction.

Si on n’a pas su faire un effet de série avec l’EPR, on voit mal comment les EPR 2 pourraient se réaliser selon un rythme cadencé.

Exactement. L’expérience ne montre pas d’apprentissage. Et il faut aussi rappeler que l’EPR 2 n’existe pas, son design n’est même pas certifié, c’est-à-dire autorisé par les autorités de sûreté. Pourtant, les bulldozers ont été envoyés sur le site de Penly.

On veut lancer des EPR 2, mais on n’a pas les plans de ces réacteurs. C’est bien ça ?

Exactement. Il y a sans doute beaucoup d’éléments qui ont été développés et qui sont arrivés à une définition, par exemple, la taille de certaines machines ; on peut se donner une certaine marge et construire un bâtiment. Par contre, quels sont les détails de l’arrangement du bâtiment ? Donc oui, j’ai dit exactement ça : on parle de coûts et de préparation de site sans avoir les plans finaux des EPR 2.

Il y a quelques années, les six EPR 2 étaient annoncés à 52 milliards d’euros, et maintenant on est proche de 100 milliards d’euros. Cette augmentation va-t-elle se poursuivre ou a-t-on atteint un plafond de dépenses ?

D’après l’expérience qu’on peut avoir sur des programmes, pas seulement en France, mais aussi ailleurs, on observe toujours une augmentation des estimations de coûts après le début de construction.

  Même en Chine, la part du nucléaire baisse, parce que ce pays investit beaucoup plus dans les énergies renouvelables et en particulier dans le solaire  », explique Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

N’y a-t-il pas là une forme de manipulation ? On annonce qu’on va lancer des réacteurs nucléaires, que ça va coûter 50 milliards d’euros. Et puis on commence à couler du béton, on passe une loi, le système se met en branle. De semestre en semestre, les estimations de coût augmentent. Mais comme on a déjà engagé les travaux, on se dit qu’on ne peut plus revenir en arrière. Ce type de manipulation décrit-il la réalité ?

Ce n’est pas à moi de faire ces qualifications. Je suis analyste et je constate qu’il y a un vrai problème de gestion des fonds publics et de divergence entre les analyses économiques et industrielles à un moment donné, les décisions politiques, et la réalité telle qu’elle se développe.

Pour l’EPR de Flamanville, la décision avait été prise autour de 2000, le chiffrage était de l’ordre de 2,5 milliards et on est arrivé à un chiffre dix fois supérieur. C’est un constat. On est parti pour refaire la même chose. Mais avec une différence majeure, c’est qu’entre-temps, une révolution énergétique a commencé, et on peut se poser la question : qu’est-ce qu’EDF va vendre dans un marché européen de l’électricité où le solaire pourrait avoir une capacité de 800 GW en 2030 ?

La France passe-t-elle à côté de la révolution du solaire ?

Oui. Et l’Europe elle-même est très en retard par rapport à la Chine, et aussi par rapport à certains États des États-Unis, comme le Texas.

«  On observe toujours une augmentation des estimations de coûts après le début de construction  », rappelle Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

Pour Reporterre, Laure Noualhat a mené une enquête qui a conduit à un livre, « Le nucléaire va ruiner la France ». Es-tu d’accord avec l’idée que le choix actuel en faveur du nucléaire par la France est mauvais pour l’économie française ?

Je pense qu’il a une influence catastrophique sur l’économie. Parce qu’il immobilise des sommes phénoménales. Et les durées de ces projets sont totalement irréalistes par rapport à la vitesse à laquelle change le domaine énergétique en Europe.

On est aujourd’hui dans une situation où on parle d’urgence climatique. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que si je dépense 1 euro, il faut que je baisse les émissions un maximum et que je le fasse vite. Il faut combiner le facteur financier et le facteur climatique.

Si je dépense aujourd’hui 1 euro dans le nouveau nucléaire, j’aggrave le problème climatique. Pourquoi ? Parce qu’il y a plein d’autres options disponibles et moins chères. On ne peut pas dépenser l’argent deux fois. Donc c’est à la fois un investissement très douteux, et extrêmement contre-productif par rapport à la question du climat.

Pourquoi la classe dirigeante française est-elle autant focalisée sur le nucléaire, malgré tous les défauts que tu viens d’exposer ?

On observe sur le plan international un phénomène curieux : à la fin de 2025, il y avait 66 réacteurs en construction dans le monde. 63 sont construits soit dans des pays détenteurs d’armes nucléaires, soit par des sociétés industrielles contrôlées par des États détenteurs d’armes.

Les secteurs de la défense se sont rendu compte que si le nucléaire civil se terminait, la totalité des coûts du nucléaire militaire comme l’éducation, la formation, la recherche, le développement, tout cela qui coûte extrêmement cher, devrait être dans les budgets militaires. C’est impossible. Donc, il fallait sauver le nucléaire civil. Ça a été déclaré d’abord aux États-Unis, ensuite ailleurs.

Ensuite, il y a des raisons géopolitiques. L’administration Biden, aux États-Unis, a lancé lors de la COP28 à Dubaï, l’initiative de tripler la capacité nucléaire civile d’ici 2050 dans le monde. Pourquoi ? De même, quel est l’intérêt pour la Russie de financer des projets en Égypte, en Turquie ou au Bangladesh ? Parce que c’est le meilleur moyen pour coller deux pays ensemble pour un siècle. Il s’agit de verrouiller les partenariats entre pays.

Les projets nucléaires sont, pour les nations qui possèdent ces capacités et entreprises, «  le meilleur moyen pour coller deux pays ensemble pour un siècle  », explique l’expert. © Mathieu Génon / Reporterre

Revenons en Europe. La politique allemande de sortie du nucléaire est-elle un échec et maintient-elle à un niveau élevé les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne ?

Non, c’est faux. Si l’on compare la situation du mix électrique allemand en 2010, c’est-à-dire l’année avant Fukushima qui a conduit à la décision de sortir du nucléaire, avec l’année en cours, on voit que l’Allemagne a plus que compensé par les énergies renouvelables la réduction des énergies fossiles. Elle continue à réduire ses émissions. À mon goût, pas suffisamment vite. Parce qu’elle a échoué pour une partie de sa politique énergétique.

En 2012, l’Allemagne était championne du monde en ce qui concerne la connexion au réseau du photovoltaïque, avec 7 gigawatts. Aujourd’hui, la Chine fait plus de 300 gigawatts. L’Allemagne a réaugmenté aujourd’hui, mais entre-temps, on a tué l’industrie allemande du solaire.

Cela a été raconté dans Reporterre. Redis-nous ce qu’il s’est passé.

Les conservateurs ont pris un certain nombre de mesures qui ont conduit à la mort de l’industrie solaire en Allemagne. Mais d’autres caractères sont très problématiques. Il y a un millier de coopératives énergie en Allemagne, qui sont des gros acteurs exploitants de parcs éoliens, mais aussi quatre grandes compagnies de style EDF, comme Vattenfall.

On a mélangé de l’ultra centralisé avec du décentralisé, et ça conduit à des parcs éoliens marins gigantesques, si bien qu’il faut doubler le transport d’électricité vers le sud de l’Allemagne. Il vaudrait mieux réfléchir à reconstruire le système de distribution d’électricité. Car, avec la multiplication des panneaux solaires sur les maisons, plein de gens deviennent des producteurs d’électricité.

Si j’ai une maison solaire, je suis un producteur d’électricité ?

Mais bien sûr ! Et il y a maintenant plus d’un million de producteurs d’électricité en France. Avec le développement des batteries, on verra des changements structurels. Par exemple, on n’expliquait pas pourquoi le Pakistan, malgré l’augmentation de l’activité économique, réduisait sa consommation d’électricité [telle que mesurée par les compagnies nationales]. Que s’est-il passé ? Il a importé plus de 20 gigawatts de panneaux solaires depuis la Chine. L’Afrique du Sud connaît un phénomène similaire, ainsi que des pays en Amérique du Sud.

Aux États-Unis, on veut prolonger les réacteurs nucléaires pour aller jusqu’à 60 ans, voire 80 ou 100 ans. Cela te paraît-il réaliste ?

Non. Il y a des renouvellements d’autorisation, cela n’équivaut pas à des prolongations de fonctionnement. Si un réacteur qui a aujourd’hui 50 ans demande une autorisation de renouvellement à partir de 60 ans pour pouvoir fonctionner jusqu’à 80 ans, ça ne veut pas dire qu’il va fonctionner jusqu’à 80 ans. Et ce qu’on a constaté jusqu’à maintenant, c’est qu’une flopée de réacteurs ont été fermés aux États-Unis pour des raisons économiques.

Mais est-ce que des réacteurs peuvent aller sans problèmes de sûreté jusqu’à 80 ans ?

Personne ne le sait, ça dépend de tellement de facteurs… Il y a des composants irremplaçables. La cuve du réacteur est calculé pour une certaine irradiation, qui a des conséquences sur la stabilité des réacteurs. Il y a d’autres composants comme le béton, qui n’a pas une durée de vie éternelle.

Alors qu’EDF dit que ses coûts de maintenance ont doublé, l’industrie étasunienne prétend qu’elle a baissé tous les ans les coûts de maintenance. C’est extraordinaire puisque les réacteurs y ont maintenant un âge moyen de 44 ans. Si ma voiture a 30 ans, il faut normalement que j’investisse plus pour la garder sur la route que si elle a 20 ans…

«  On peut aujourd’hui avec deux panneaux solaires et une batterie, fournir les services minimums garantis aux gens  », affirme Mycle Schneider. © Mathieu Génon / Reporterre

 En 1986 s’est produit l’accident de Tchernobyl. Le vieillissement des réacteurs crée-t-il des possibilités à nouveau d’un accident important ?

L’Autorité de sûreté nucléaire française a toujours dit qu’un accident grave n’est pas à exclure. Quand je donne l’exemple étasunien, je signifie justement qu’il y a de quoi être inquiet. Et si le vieillissement est accompagné d’un manque d’investissement, il n’y a que deux possibilités : soit ça conduit à un grave problème technique, soit il y a un mur d’investissement à un moment donné.

Les énergies renouvelables ne sont-elles pas handicapées par leur intermittence ?

L’éolien et le solaire sont déjà extrêmement complémentaires d’un point de vue saisonnal. Et on peut aujourd’hui, avec deux panneaux solaires et une batterie, fournir les services minimums garantis aux gens.

Les batteries qui permettent de stocker l’électricité et vont permettre de réguler l’éolien et le solaire ?

Les batteries sont en train de prendre un envol phénoménal. La Chine était en retard sur les grandes batteries connectées au réseau : ils avaient 30 gigawatts en 2024, ils sont à 100 en 2025. Ça explose et la même chose va se passer dans d’autres parties du monde, y compris en Europe.

En France, on construit aussi du solaire et on sait très bien que d’ici quinze ans, on ne va pas ajouter quoi que ce soit d’autre que des renouvelables. Il n’y a pas d’option à court terme par la voie nucléaire.

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On ne va pas vous le cacher : à Reporterre, on est inquiets.
En France, l’extrême droite progresse dans de nombreuses villes et dans l’espace médiatique.
Ailleurs, un néofascisme assumé gagne du terrain : l’extrême droite poursuit son ascension sur le continent américain, et pèse sur les décisions du Parlement Européen.

Ici, on rase des hectares de forêts, on bétonne des montagnes, on éventre des collines.
Là-bas, on bombarde des sites pétroliers, on extrait, on fore toujours plus.

Le désordre est global mais ses conséquences sont toujours locales.
Et la menace est écologique autant que démocratique.

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Source : https://reporterre.net/Mycle-Schneider-Le-nucleaire-est-une-industrie-en-declin?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

jeudi 23 avril 2026

40 ONG réclament l’arrêt des abattages de loups en Europe

40 ONG réclament 

l’arrêt des abattages 

de loups en Europe

 15 avril 2026 


 En France, où l'opposition au prédateur est particulièrement agressive, le nombre d'individus stagne à environ 1 080 loups depuis l'hiver 2021-2022.

Une mesure « antiscientifique ». C’est ainsi que plus de 40 ONG européennes qualifient la volonté de l’Union européenne (UE) de déclasser la protection du loup, dans un communiqué publié le 15 avril. Elles réclament un moratoire total sur les abattages et davantage de transparence sur les décisions européennes, qu’elles estiment influencées par des « intérêts particuliers ».

Le loup est protégé en Europe depuis la Convention de Berne de 1982. Cette protection a ensuite été reprise par la directive européenne Habitats de 1992. Mais à partir de 2022, les pressions se sont multipliées pour une révision de ce statut, émanant des organisations agricoles, des chasseurs et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen elle-même, dont le poney a été prédaté en septembre 2022.

Lire aussi : « Le loup, ou la nécessité d’une écologie fondée sur la délibération »

En juin 2025, le Conseil de l’UE a adopté le déclassement du statut du canidé de « strictement protégé » à « protégé », ce qui ouvre la voie à plus de flexibilité dans les tirs.

Or, même si les populations ont augmenté en nombre ces dernières années, « la science affirme que les loups en Europe n’ont pas atteint un état de conservation favorable », rappellent les ONG. En France, où l’opposition au prédateur est particulièrement agressive, le nombre d’individus stagne à 1 080 loups environ depuis l’hiver 2021-2022, en raison du nombre d’abattage élevé de 200 canidés par an. Avec le nouveau taux d’abattage des loups, passé de 19 % à 21-23 % de la population, prévu pour 2026, le nombre de loups a même de fortes chances (entre 61 et 66 %) de baisser.

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Source : https://reporterre.net/40-ONG-reclament-l-arret-des-abattages-de-loups-en-Europe

mercredi 22 avril 2026

Rima Hassan : chasse à la sorcière en bande organisée

Rima Hassan : 

chasse à la sorcière 

en bande organisée

Le


(photo : Frédéric Mercenier/L’EST RÉPUBLICAIN)


Jeudi 2 avril 2026, Rima Hassan est en garde à vue. L’eurodéputée La France insoumise, militante de la cause palestinienne, connaît bien le processus. En quelques mois, elle a été convoquée treize fois et treize fois le parquet a classé sans suite [1].

Les poursuites proviennent d’officines d’extrême droite proches du gouvernement israélien de Nétanyahou. Leur activité quotidienne consiste à scruter les tweets et les déclarations de la députée européenne puis d’engager des poursuites.

C’est la stratégie de la guerre juridique (« lawfare »). L’acharnement judiciaire exige beaucoup de temps et d’argent pour se défendre. Pour les accusateurs, gagner ou perdre n’est pas le plus important. Il s’agit de dissuader la contestation. C’est d’abord l’annonce de l’accusation qui frappe et discrédite. Le jugement qui intervient à froid des mois plus tard intéresse beaucoup moins l’opinion.

Il s’agit encore cette fois d’« apologie de terrorisme » pour laquelle elle sera jugée le 7 juillet prochain. La routine donc. Mais cette fois ses accusateurs ont tenté autre chose.

Le parquet de Paris annonce soudain au cours de cette garde à vue que de la drogue a été trouvée dans le sac de la députée européenne. C’est le scoop ! À la minute les médias se déchaînent. D’abord Le Parisien, puis CNEWS puis c’est toute la meute. C’est BFM avec ses douze bandeaux successifs en quelques heures. « 1,9 gramme de drogue de synthèse sur Rima Hassan ». C’est Europe 1 : « INFO EUROPE 1 - Rima Hassan en garde à vue : une boulette de CBD et près de 2g de 3-MMC retrouvés dans son sac ». Puis c’est l’AFP et la quasi-totalité des médias français.

Mais aussi des élus. Dans le « baise-en-ville » de la députée, on aurait trouvé du CBD, une substance légale certes mais aussi d’autres substances, la 3-MMC, une drogue de synthèse utilisée dans le chemsex, la drogue des rapports sexuels. Voilà la Jeanne d’Arc palestinienne transformée en Pierre Palmade. Le Parisien précise : « la députée européenne Rima Hassan est dans de sales draps ». Le parti Les Républicains balance sur X : « from the river to the shit ». D’autres révèlent qu’il s’agit d’une affaire liée à un problème d’immigration. Autant d’évidences.


Pas étonnant pour David Lisnard, le maire de Cannes, qui est aussi président des maires de France. David Lisnard est le Javier Milei français qui, lors de ses meetings, passe symboliquement le Code du travail et les lois sur l’environnement dans une broyeuse. Pas trop de succès encore mais une certitude. Pour lui, « La France insoumise sont même néo-fascistes. S’il devait y avoir un seul ennemi dans le champ politique actuel, c’est évidemment La France insoumise dont on a vu qu’ils étaient racistes, qu’ils étaient antisémites et qu’ils avaient une grande propension à être camés et à se droguer avec l’argent des contribuables de surcroît » [2].

Mais voici que, coup de théâtre, sept jours plus tard, le jeudi 9 avril, le parquet annonce avoir procédé à un classement sans suite. « Les investigations n’ont fait apparaître aucune infraction suffisamment caractérisée. »

Silence soudain dans les rangs. On regarde ailleurs. Le buzz a fait le plein d’audience mais il faut vite faire diversion. Sauf que, précision embarassante, Le Canard enchaîné révèle des échanges entre le porte-parole du ministère de la Justice Sacha Straub-Kahn et des journalistes, le jour même de la garde à vue, en violation flagrante du secret de l’instruction [3]. Voilà donc la source des accusations si largement diffusées sans aucune vérification par la quasi-totalité des médias français.

Des révélations pilotées directement par le ministère de la Justice et reprises allègrement par la presse ? On s’interroge. Le secret de l’instruction a été violé pour alimenter une presse aux ordres…

Secret de polichinelle, de longue date dans les médias on est habitué à recopier avec discrétion les infos données par la police ou la justice. Ce qu’on appelle les « sources proches de l’enquête ».

Barbouzerie judiciaire, naufrage médiatique : les chiens de garde se sont surpassés mais c’est Caroline Fourest qui est en haut du podium. En direct, sur LCI, elle accuse en révélant de lourds antécédents : « nous avons en notre possession des messages où elle raconte sa consommation de drogue dure et de drogue de synthèse. Ce sont des messages qui ont une dizaine d’années, qui remontent à la sortie de ses études. Et ce sont des messages qui parlent de cocaïne et qui parlent d’ecstasy et qui parlent de mélanges. Et des consommations parfois quotidiennes dont elle s’inquiète. »


https://www.facebook.com/watch/?v=801045363062982


Buzz énorme donc puis silence. Daniel Schneidermann résume : « entreprise de criminalisation en bande organisée d’une militante et d’une élue, la plus impressionnante de ces dernières années » [4].

Mais que dit réellement Rima Hassan ? Accusée de légitimer l’attaque du Hamas, elle ne cesse de répéter qu’elle a très tôt qualifié le 7-Octobre d’attaque terroriste. Dans ses interventions, en permanence, elle se défend d’être dans une logique anti-israélienne en précisant : « si vous condamnez le Hamas, il faut condamner aussi ceux qui ont nourri le monstre. Le gouvernement de Nétanyahou a joué un rôle très cynique : il a voulu sciemment nourrir le Hamas pour déjouer la perspective politique portée par l’Autorité palestinienne ». Sur France Inter, le 19 mars 2024, elle ajoute : « je n’aime pas me définir comme anti-sioniste, mais je veux avoir le droit de critiquer une doctrine politique ». Elle poursuit : « Israël est malade de son colonialisme ». « Mon rêve, c’est une cohabitation totale ».

Mais, heureusement, contre cette wokiste islamiste, voici la loi Yadan qui sera débattue le 16 avril à l’Assemblée (ndlr : débat reporté en juin), avec clairement pour but de faire taire les opposants à la politique de Nétanyahou et faire taire la dénonciation du génocide en cours et qui se poursuit.

Soutenue par la droite et l’extrême droite, mais aussi par François Hollande, Jérôme Guedj, Élisabeth Badinter ou Manuel Valls, le projet de la députée macroniste Caroline Yadan est de «  lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme » et surtout de faire amalgame entre anti-sionisme et antisémitisme. Il faut encore le rappeler, le sionisme est une doctrine politique qui comme telle peut être radicalement combattue. Ce qui n’est pas une mise en cause de l’existence d’Israël mais de sa politique coloniale et génocidaire.

L’antisémitisme est une forme de racisme dont on connaît les effets monstrueux. La loi de Caroline Yadan prévoit de faire amalgame et d’élargir la notion d’apologie du terrorisme aux propos implicites.

Il faut tenir vent debout contre ce projet de loi qui vise à soutenir la politique de Nétanyahou. La pétition augmente de minute en minute.

Avancer, c’est faire un pas, puis un pas, puis un pas, puis…

Daniel Mermet
 

Notes

[1Sur son blog, « Énorme manipulation : la justice confirme l’absence de drogue dans les affaires de Rima Hassan », Jean-Luc Mélenchon a rappelé les 13 procédures contre Rima Hassan qui ont été classées sans suite :

« 1) Des plaintes de l’OJE et de la LICRA ont dénoncé des propos tenus lors d’une interview de Rima Hassan par Le Crayon publiée en janvier 2024. Il est ressorti de l’enquête et notamment de l’exploitation des rushs qu’il s’agissait de propos tronqués et que Rima Hassan avait par ailleurs qualifié d’illégaux les actes commis le 7 octobre au préjudice de civils. La procédure a été classée au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, les propos ne pouvant s’analyser pénalement en apologie du terrorisme.

2) Des plaintes du BNVCA (Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme) et de B’nai B’rith ont dénoncé un tweet appelant au « soulèvement » devant Sciences Po. La procédure a été classée au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, en l’absence d’exhortation à commettre des atteintes à l’intégrité physique ou des destructions.

3) Des signalements de députés ont dénoncé des tweets du mois de juillet 2024 citant le poète Mahmoud Darwich, dans un contexte de rivalités avec François-Xavier Bellamy. Cette procédure a été classée pour absence d’infraction, en dépit de la virulence du propos, faute de précision suffisante pour qualifier les propos de menace de mort et ces propos ayant en outre été tenus dans un contexte d’opposition politique.

4) Des signalements de l’OJE et de B’nai B’rith ont dénoncé des propos tenus lors d’une interview à Sud Radio en février 2025. Cette procédure a été classée au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction : Rima Hassan ayant précisé que les exactions et prises d’otage perpétrées par le Hamas étaient condamnées par le droit international et constituaient des crimes de guerre, il ne pouvait être caractérisé d’infraction d’apologie du terrorisme.

5) Une plainte d’Avocats sans frontières lui reprochant l’intelligence avec une puissance étrangère a été classée au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, faute de la caractérisation d’un dol spécial exigé par le législateur.

6) Une plainte de l’imam Chalghoumi dénonçant des propos tenus sur X en mars 2025, en réaction aux propos qu’il avait lui-même tenus en interview consistant à suggérer le retrait de nationalité de l’eurodéputée, a été classée au motif qu’aucune infraction de provocation d’atteinte volontaire à la vie n’était suffisamment caractérisée.

7) Une plainte de l’OJF dénonçant un tweet datant de septembre 2025, comportant la photographie d’une suite de chiffres précédés d’un signe « + » inscrit sur un bras, avec un emoji avocat, a été classée sans transmission à un service enquêteur, au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, s’agissant d’un numéro de téléphone, dans le contexte de son interpellation à bord de la « flotille », et faute de toute référence à une religion quelconque.

8) Des plaintes du BNVCA et de La France en partage, dénonçant une citation de Frantz Franon repostée par Rima Hassan en juillet 2024, ont été classées au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, s’agissant d’une citation et en l’absence d’éléments présentant des agissements du Hamas le 7 octobre 2023 sous un jour favorable et ne pouvant donc constituer l’infraction d’apologie de terrorisme.

9) Un signalement émanant de députés en août 2024, dénonçant un tweet par lequel Rima Hassan repostait les propos de Mona Chollet, mentionnant elle-même la doctrine « Hannibal » selon laquelle l’état-major de Tsahal aurait donné l’ordre de tuer sans distinction (de nationalité des victimes, au risque de tirer sur ses propres citoyens), a été classé en février 2026, au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, s’agissant d’une citation et en l’absence d’éléments présentant des agissements du Hamas le 7 octobre 2023 sous un jour favorable.

10) Un signalement de la mairie de Paris dénonçant un tweet d’octobre 2024 a été classé au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, en l’absence de toute référence à un acte de terrorisme et ne pouvant donc en faire l’apologie.

11) Un signalement du préfet des Bouches-du-Rhône a dénoncé un tweet du 1er mars 2025, dans lequel Rima Hassan reprochait à l’entreprise marseillaise Eurolinks de fournir des armes à Israël, en précisant ses coordonnées. Cette procédure a fait l’objet d’un classement au motif que les investigations ne permettaient de caractériser suffisamment aucune infraction, en l’absence d’exhortation au harcèlement, de qualification pénale réprimant la provocation aux appels malveillants et ceux-ci – ayant été dénombrés à 2 – ne permettant pas non plus de caractériser l’infraction de complicité d’appels malveillants.

12) Un signalement de l’OJF dénonçant un tweet du 1er février 2026, dans lequel Rima Hassan repostait le message d’un tiers portant sur le positionnement d’Ariel Weil, et commentait la prise de position de ce dernier dans le conflit israélo-palestinien, a été classé en l’absence de propos injurieux en lien avec une origine ou religion (qu’elle soit réelle ou supposée).

13) Des signalements émanant du ministère de l’intérieur ainsi que de l’OJF, dénonçant un tweet de février 2026 par lequel Rima Hassan postait un article de RFI relatif aux frappes aériennes ayant fait 17 morts à Rafah, et précisait « aux sionistes qui me lisent, je veux leur dire que vous êtes pour nous ce que les nazis étaient pour vous », ont été classés en l’absence d’éléments permettant de caractériser suffisamment une éventuelle infraction de provocation à la haine, en l’absence d’exhortation. »

[2CNEWS, 8 avril 2026.

[3Marine Babonneau et Christophe Nobili, « Un problème de fuites de la PJ jusqu’à la Chancellerie », Le Canard enchaîné, 7 avril 2026.

[4Daniel Schneidermann, « Rima Hassan et la drogue : "priorité au direct" ! », Libération, 10 avril 2026.


Pour aller plus loin : https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-2-desinformation-de


Source : https://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/rima-hassan-chasse-a-la-sorciere-en-bande-organisee

mardi 21 avril 2026

Les 10 bonnes nouvelles - Tigres, cacatoès et maire

Tigres, cacatoès et maire : 

les 10 bonnes nouvelles

 



 




1. Kazakhstan : le retour des tigres, 70 ans après leur disparition

Le Kazakhstan prépare la réintroduction de tigres sur leurs terres historiques grâce à un vaste programme mêlant reforestation, restauration des proies sauvages et suivi des félins par satellite. Entre conservation spectaculaire et coexistence avec les habitants, le projet veut prouver qu’un grand prédateur peut retrouver sa place dans un écosystème reconstruit. (Marca)

 

2. Aires de jeux : des structures conçues pour les enfants des zones de guerre

Une ONG britannique développe des modules de jeux en bois, démontables et facilement transportables, pour offrir des espaces de joie et de reconstruction aux enfants vivant dans des camps de réfugiés, de l’Ukraine à l’Éthiopie. Au-delà du jeu, le projet mise aussi sur l’apprentissage collectif et la reconstruction symbolique dans des lieux marqués par l’exil. (The Guardian)

 

3. Haute-Saône : un maire reverse 1 800 € par mois de ses indemnités à deux assos locales

À Héricourt, le nouveau maire communiste Gilles Lazar a annoncé qu’il réduirait sa propre indemnité au niveau de celle de ses adjoints, soit 1 800 € mensuels de moins, pour reverser cette somme aux Restos du Cœur et au Magasin alimentaire social de la ville pendant tout son mandat. Le geste s’ajoutera aux subventions municipales existantes, avec en plus la promesse de nouveaux locaux mieux équipés pour ces structures. (20 Minutes)

 

4. Regensburg interdit les robots tondeuses la nuit pour protéger les hérissons

La ville impose l’arrêt des robots tondeuses de 30 minutes avant le coucher du soleil jusqu’au lever du jour afin de protéger les hérissons, qui ne fuient pas face au danger et sont souvent grièvement blessés par les lames. La mesure vise aussi crapauds, lézards et autres petits animaux nocturnes, avec des amendes potentiellement élevées en cas d’infraction. (BR24)

 

5. Les renouvelables frôlent 50 % des capacités électriques mondiales

En 2025, les énergies renouvelables ont atteint 49,4 % des capacités électriques mondiales, portées par un bond record du solaire (+511 GW), selon l’IRENA. Avec 692 GW supplémentaires en un an, le rythme actuel rapproche le monde de l’objectif de tripler les capacités d’ici 2030, tandis que la crise au Moyen-Orient rappelle la vulnérabilité persistante des énergies fossiles. (Reuters)

 

6. Australie : premier succès pour le sauvetage du cacatoès palmiste

Un poussin de cacatoès palmiste, espèce menacée en Australie, a quitté avec succès un nid artificiel installé par des conservationnistes dans le nord du Queensland. Cette première, obtenue à peine un mois après l’installation, redonne de l’espoir à une espèce dont il resterait moins de 2 000 individus sauvages, menacée par la disparition des cavités naturelles dans les vieux arbres. (Mongabay)

 

7. Côte d’Azur : un papillon déclaré éteint réapparaît après 40 ans

L’Hespérie du barbon, un petit papillon non observé en France depuis 1984 et classé éteint en PACA, a été redécouvert sur une falaise littorale des Alpes-Maritimes. La présence d’une femelle, d’œufs et de chenilles confirme qu’il s’agit d’une population locale toujours vivante, relançant les espoirs de conservation sur la Côte d’Azur. (La Relève et la Peste)

8. 130 ONG réclament la fin des guerres au Moyen-Orient et une taxe sur les pétroliers

Réunies autour de 350.org et de la Fight Inequality Alliance, plus de 130 organisations demandent une fin permanente des conflits au Moyen-Orient et une taxe exceptionnelle sur les superprofits du pétrole et du gaz, dopés par la flambée des prix liée à la guerre. L’objectif : financer aides d’urgence, services publics, renouvelables locales et allègement de la dette des pays du Sud, durement frappés par la hausse des coûts de l’énergie et des engrais. (Common Dreams)

 

9. Plus de 60 000 € récoltés pour des familles victimes de violences policières

La cagnotte solidaire « 1 euro contre les violences policières » a déjà dépassé 60 000 euros, permettant de soutenir six familles confrontées aux frais de justice, d’obsèques ou de suivi psychologique. Prolongée en avril, elle aidera une famille supplémentaire à chaque nouveau palier de 10 000 €. (Komune)

 

10. Royaume-Uni : le kelp revient cinq ans après l’interdiction du chalutage

Cinq ans après linterdiction du chalutage de fond au large du Sussex, les scientifiques observent un retour net de la biodiversité : hausse des daurades noires, bancs de moules sur plus d’un kilomètre et 92 espèces recensées en vidéo. La régénération progressive des forêts de kelp montre qu’une protection ciblée des fonds marins peut restaurer rapidement les habitats, avec à la clé protection côtière, nurseries pour les poissons et pêche plus durable. (BBC)

* Visuel de couverture : wikipédia

– Mauricette Baelen


lundi 20 avril 2026

Roc d’Aude (Pyrénées-Orientales) – Ecocide pour la méga-bassine des canons à neige des ANGLES

Ecocide pour la méga-bassine 

des canons à neige des ANGLES 

Le Roc d'Aude



Roc d’Aude (Pyrénées-Orientales) – Ecocide pour la méga-bassine des canons à neige des ANGLES