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samedi 28 mars 2026

Ferme municipale, cantine 100% bio… À Mouans-Sartoux, une politique alimentaire exemplaire qui inspire au-delà des frontières


Ferme municipale, 

cantine 100% bio… 

À Mouans-Sartoux, 

une politique alimentaire exemplaire 

qui inspire au-delà des frontières


La délégation européenne visite la ferme municipale de Mouans-Sartoux, le 5 février 2026. © Pierre Isnard-Dupuy/Vert


Ah, les champs ! Cette commune des Alpes-Maritimes a engagé une transition alimentaire écologique depuis maintenant quinze ans. Elle incite les habitant·es à cultiver, attribue de nouvelles terres à l’agriculture… Des pratiques qu’elle voudrait voir se développer ailleurs, y compris au-delà des frontières. Vert s’est rendu sur place à l’occasion de la visite d’une délégation européenne.
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Au pied des platanes et du petit immeuble d’un quartier résidentiel se développe un potager promu par la mairie et cultivé par les habitant·es. Bienvenue à Mouans-Sartoux, ville de 11 000 âmes située dans les Alpes-Maritimes, à mi-chemin entre Cannes et Grasse. « La municipalité met à disposition les terrains et l’eau en échange d’un engagement des citoyens à ne pas utiliser de chimie et à participer à des événements pour promouvoir l’autoproduction alimentaire », explique Sylvain Bourdon, animateur du foncier agricole de la Ville. Entre le persil et les cébettes, il s’adresse à une délégation européenne qui découvre la commune en ce début de mois de février.

La quinzaine de personnes vient de six villes européennes : Liège (Belgique), Cagliari (Italie), Idanha-a-Nova (Portugal), Ljubljana (Slovénie), Rozdilna (Ukraine) et Faaborg (Danemark). Elles et ils sont là pour un voyage d’étude sur la politique alimentaire municipale de Mouans-Sartoux. La commune est connue pour être la première ville française, en 2010, à avoir ouvert une ferme municipale pour alimenter ses cantines. Dans celles-ci, elle propose depuis 2012 100% de nourriture biologique. Une démarche entreprise sous la mandature du maire écologiste André Aschieri, et prolongée par son fils, Pierre Aschieri (divers écologistes), qui a pris la suite en 2015. 

Les membres de la petite délégation représentent des villes parties prenantes d’un programme européen d’échanges baptisé Eat4Climate (« Mangez pour le climat », en anglais). L’objectif est de « découvrir et s’approprier les bonnes pratiques », résume François Jégou, animateur du programme. Une initiative de même nature a été menée fin 2025 avec des élu·es et candidat·es aux municipales de ce mois de mars, venu·es découvrir Mouans-Sartoux. « Je suis impressionnée par cette ville. Nous sommes venus voir comment apporter de la nourriture locale en centre-ville, afin de promouvoir les légumes pour la santé des citoyens, et de réduire l’empreinte carbone », confie Mette Abrahamsen, élue en charge de l’économie à Faaborg, ville portuaire de 7 000 habitant·es.

Un réseau national de 55 fermes publiques

À l’image de la visite en cours, la municipalité de Mouans-Sartoux agit pour diffuser ses pratiques auprès d’autres collectivités. À l’initiative de la commune azuréenne, le réseau national des fermes publiques a vu le jour en 2025. « Il rassemble 55 fermes et vise à offrir un espace d’échange », expose Arthur Garrigue, animateur du réseau au sein de la Maison d’éducation à l’alimentation durable de Mouans-Sartoux.

Une serre et des cultures en plein champ sur la ferme municipale de Mouans-Sartoux. © Pierre Isnard-Dupuy/Vert

Elles cultivent en agriculture bio et s’engagent également dans une démarche pédagogique auprès de la population. Depuis 2020, un diplôme universitaire (DU) de « chef de projet en alimentation durable » a aussi été mis en place par l’université de Nice (Alpes-Maritimes), en lien avec Mouans-Sartoux. L’objectif est de former des agent·es de collectivités en charge de politiques alimentaires, en particulier pour mener des projets alimentaires territoriaux (PAT).

Sur le domaine de Haute-Combe, au nord de la ville, six hectares sont cultivés en régie agricole par quatre maraîchers employés de la mairie. « De quoi fournir 90% des besoins des cantines pour 1 200 repas quotidiens. Nos produits étant livrés en direct, ça permet aussi d’éduquer les enfants sur la saisonnalité », expose Frédéric Rebuffel. Le directeur du service environnement de la Ville accueille la délégation dans une allée d’oliviers multicentenaires.

« Nous produisons 200 litres d’huile d’olive lorsque la saison est favorable », indique-t-il. Les champs et serres se distribuent de part et d’autre des arbres noueux. La Maison d’éducation à l’alimentation durable a été installée dans le vieux mas attenant, on y accède depuis la rue par « un jardin à la fois citoyen et pédagogique pour les enfants », présente Gilles Pérole, l’adjoint à l’alimentation.

Gilles Pérole, adjoint à l’alimentation, et Sylvain Bourdon, animateur du foncier agricole de Mouans-Sartoux. © Pierre Isnard-Dupuy/Vert

L’auditoire est captivé, mais certain·es sont parfois sceptiques sur la possibilité d’ouvrir une ferme publique dans leur ville, dans un contexte sociétal, réglementaire ou environnemental différent. « Pourquoi vous n’avez pas fait le choix d’acheter à des maraîchers déjà installés ? », interroge Isabella Ligia, responsable du service de planification de la Ville de Cagliari (148 000 habitant·es), en Sardaigne. « Il y avait un maraîcher qui avait déjà ses débouchés. Nous ne lui faisons pas concurrence, nous ne vendons pas à la population », argumente Gilles Pérole.

Une ceinture « aliment-terre »

« En Slovénie, nous sommes obligés par la loi de vendre les produits entre les différents départements de la municipalité », explique Maruška Markovčič, qui s’occupe du développement rural au département de protection de l’environnement de Ljubljana (300 000 habitant·es), la capitale. En clair, des légumes produits par une régie publique agricole ne peuvent pas être cédés gratuitement à celle s’occupant des cantines. Son équipe « travaille à connecter 25 producteurs locaux pour la nourriture scolaire » et accompagne la création de potagers pédagogiques dans les écoles.

Au Danemark, on ne dispose pas d’un climat propice à la même diversité de cultures qu’en terres méditerranéennes. « On n’a que des pommes de terre et des topinambours », ironise Mette Abrahamsen. « Et puis, le temps du déjeuner ne dure qu’une demi-heure : c’est difficile d’avoir le temps de discuter avec les enfants pour les éduquer sur ce qu’ils mangent. »

Quatre hectares sur six sont cultivés à la ferme de Mouans-Sartoux, qui pratique la rotation des cultures pour préserver les sols. © Pierre Isnard-Dupuy/Vert 

Dans le cadre de la révision de ses documents d’urbanisme, la municipalité s’apprête à faire passer les surfaces agricoles de son territoire à 150 hectares – contre 112 à l’heure actuelle. Un mouvement à rebours de celui des communes voisines, au cœur d’une Côte d’Azur marquée par « l’artificialisation à tout-va, où il y a une grosse spéculation », expose Gilles Pérole. « Jusqu’en 2011, on n’avait que 40 hectares inscrits en terres agricoles ; on a donc déjà triplé ces surfaces », se satisfait l’adjoint à l’alimentation, qui défend un modèle global apportant des bienfaits au-delà du sujet de la nourriture.

« Quel est l’intérêt d’avoir de l’agriculture chimique si c’est pour polluer l’eau, alors que nous produisons l’eau potable via notre régie municipale et que cela engendrerait des coûts supplémentaires de traitement ? », pointe Gilles Pérole. Du point de vue de l’adaptation au changement climatique, avoir « des sols vivants permet de retenir l’eau et donc de réduire le risque d’inondations, alors que l’artificialisation dans notre région les aggrave. Les friches agricoles sont sujettes aux incendies mais, si on les remet en culture, elles font coupe-feu », souligne l’élu.

Cette politique municipale a des effets durables. Selon une thèse en géographie soutenue en 2024 à l’université de Nice, 71% des habitant·es ont changé leurs habitudes alimentaires en cinq ans, en réduisant de 30% leur consommation de produits ultratransformés  et de 23% celle de viande. L’impact carbone de leur alimentation a été réduit d’un quart. Et, selon une étude du CHU de Nice, le taux d’obésité chez les enfants qui déjeunent à la cantine de Mouans-Sartoux est inférieur de 45% à la moyenne nationale.

Une politique qui fait des émules à proximité. Quelques communes et le département des Alpes-Maritimes développent leurs propres fermes publiques. Gilles Pérole se félicite : « On montre que l’écologie est possible sur des terres de droite. » Et pour l’élection à venir, il est assuré d’être réélu. La liste de Pierre Aschieri n’aura pas de concurrence.

 

Source : https://vert.eco/articles/ferme-municipale-cantine-100-bio-a-mouans-sartoux-une-politique-alimentaire-exemplaire-qui-inspire-au-dela-des-frontieres

vendredi 27 mars 2026

Les 10 bonnes nouvelles de la semaine - Espagne, dugongs et IVG

 

Espagne, dugongs et IVG : 

10 bonnes nouvelles de la semaine

 


 

 

Pas le temps de suivre l’actu ? 

Voici 10 bonnes nouvelles 

à ne surtout pas manquer cette semaine. 

 

1. Espagne : un projet de méga-usine abandonné sous pression citoyenne

Une mobilisation massive en Galice a contraint les autorités à abandonner une usine de pâte à papier jugée polluante, privée de financements et de soutien politique. (Reporterre)

2. Maine-et-Loire : des cafés associatifs recréent du lien après la disparition des bistrots

À Rochefort-sur-Loire et ailleurs, des habitants rouvrent des lieux de convivialité pour pallier la fermeture des bars, alors qu’une étude relie leur disparition à la hausse du vote d’extrême droite. (Rural)

3. Thaïlande : un influenceur se mobilise pour protéger les derniers dugongs

À Phuket, un passionné utilise un drone pour suivre les dugongs et alerter sur la disparition de leur habitat, devenu critique. (Oneplanet)

4. Cantines : les fermes municipales se développent pour produire du bio local

À Lyon, Auray et ailleurs, des collectivités créent leurs propres exploitations agricoles pour approvisionner les cantines en produits bio, contourner les industriels et reprendre le contrôle de l’alimentation publique. (Observatoire des multinationales)

5. Eau potable : des collectivités agissent contre pesticides, PFAS et accaparement

À Lens, Rennes ou Lyon, des territoires protègent l’eau en aidant les agriculteurs à réduire les intrants, en créant des débouchés locaux, et en luttant contre les pollutions industrielles et les mégabassines. (La Relève et La Peste)

6. Zurich : 5 millions de m² de toits végétalisés imposés par la ville

Pionnière depuis 1991, la ville impose la végétalisation des toitures, atteignant jusqu’à 40 % des toits plats, pour rafraîchir l’air et favoriser la biodiversité urbaine. (La Relève et La Peste)

7. Brésil : une réserve marine géante créée pour protéger dauphins menacés et biodiversité

Le pays classe plus d’un million d’hectares au large du Rio Grande do Sul, refuge de 25 espèces menacées dont des dauphins rares, malgré des tensions avec les projets d’éolien offshore. (Mongabay)

8. Nigeria : maintenir les filles à l’école fait chuter les mariages précoces de 80 %

Un programme mené avec des leaders religieux dans le nord du pays a permis de maintenir les adolescentes scolarisées, réduisant drastiquement les mariages précoces dans des zones où ils restent très répandus. (Nature)

9. Luxembourg : la « liberté d’avorter » inscrite dans la Constitution

Le Parlement a adopté à une large majorité un amendement constitutionnel garantissant l’IVG, sans modifier les règles actuelles, faisant du pays le deuxième en Europe après la France. (Gènéthique)

10. Le Pays de Galles va interdire les courses de lévriers

Le Pays de Galles a voté l’interdiction des courses de lévriers après une décision du parlement gallois (Senedd). Cette mesure mettra fin à cette pratique controversée pour des raisons de bien-être animal. (BBC)

* Image de couverture : Unsplash

– Mauricette Baelen


Source : https://mrmondialisation.org/espagne-dugongs-et-ivg-10-bonnes-nouvelles-de-la-semaine/ 

jeudi 26 mars 2026

Des chasseurs déploient une bâche en plastique de 1,7 km pour « piéger » les cerfs

Des chasseurs déploient 

une bâche en plastique de 1,7 km 

pour « piéger » les cerfs

 

 

Stanislas Broniszewski, fondateur et porte-parole du collectif Abolissons la vénerie aujourd’hui, dans la forêt de Dreux,

Pour prévenir l’irruption d’animaux dans les zones habitées, un équipage de chasse à courre a installé une bâche dans la forêt de Dreux. Une expérimentation à laquelle s’opposent certains riverains et des associations.

Saint-Georges-Motel (Eure), reportage

Au matin du samedi 14 février, la salle des associations de Saint-Georges-Motel (Eure) est en ébullition. Environ 150 personnes ont répondu à l’appel de cette première réunion publique organisée par Abolissons la vénerie aujourd’hui (AVA), l’association Animal Protection du Vivant, basée à Rambouillet, et le tiers-lieu local Le ResSourc’Eure. Quelques jours plus tôt, le collectif AVA avait distribué des tracts dans les boîtes aux lettres des communes voisines de la forêt de Dreux avec un appel à signer une pétition en ligne qui comptabilise à ce jour près de 45 000 signatures, et un message clair : « Exigeons le retrait de la bâche ».

« En octobre, nous avons commencé à recevoir des alertes de riverains qui nous ont signalé la présence d’une bâche le long du chemin de grande randonnée », raconte Caroline Piffero, d’AVA en Picardie. À l’origine des remous dans les petites communes voisines de la forêt domaniale de Dreux, il y a une bâche verte installée en lisière du bois par un équipage de chasse à courre, le Normand Piqu’Hardi, qui chasse le cerf une à deux fois par semaine pendant la période autorisée entre septembre et mars.

Dispositif de sécurité ou piège pour les animaux ?

La bâche, une toile de paillage synthétique de 3 mètres de hauteur, suspendue à l’aide de câbles, et déployée sur 1,7 kilomètre le long du sentier, les jours de chasse, a été autorisée à titre expérimental par l’Office national des forêts (ONF) pour la première fois en France, après avoir obtenu l’avis favorable de l’Office français de la biodiversité (OFB). Selon l’ONF, ces « rideaux souples » sont déployés « environ vingt jours par an » sur une « faible emprise (moins de 4 % du périmètre concerné) ». Néanmoins, « l’acceptabilité sociale » que l’ONF souhaite évaluer à l’issue de cette expérimentation est loin d’être gagnée, à en juger par l’ambiance survoltée de la réunion publique. Pour les opposants, il s’agit en réalité d’un « piège » pour « réorienter les cerfs et mieux les tuer », plutôt que d’un « dispositif de sécurité » pour empêcher les cerfs d’aller vers les habitations. 

La bâche a été autorisée à titre expérimental par l’Office national des forêts (ONF) pour la première fois en France, après avoir obtenu l’avis favorable de l’Office français de la biodiversité (OFB). © Mathieu Génon / Reporterre

Dans la salle se trouvaient des militants antichasse, des riverains, des randonneurs et quelques dizaines de chasseurs qui s’indignent de « ne pas avoir été invités à prendre la parole ». Assis en face de la salle comble, Stanislas Broniszewski, fervent opposant à la chasse à courre et fondateur d’AVA, est venu de Compiègne (Oise), où il suit très régulièrement des équipages en action. En janvier, il a diffusé des images sur les réseaux sociaux d’un cerf « affolé » devant la bâche, qui démontrent selon lui le « piège » qu’elle constitue pour l’animal : « Soit ils font demi-tour directement dans la meute [de chiens] qui les poursuivait, soit ils longent désespérément la bâche dans l’espoir de trouver une issue. »

« Pourquoi ne pas arrêter de faire paniquer les animaux pour éviter qu’ils empruntent ce trajet vers les zones habitées ? »

Le maître d’équipage de chasse à courre, Benoît Dulac, précise que deux cerfs ont été « pris » à moins de 100 mètres des bâches depuis le début de la saison, mais que « quatre ou cinq autres » ont été tués à plusieurs kilomètres de là, sur les « quinze fois » où l’équipage a chassé. Il argue que l’animal « peut passer à droite ou à gauche » de la bâche et court sur plusieurs kilomètres lors d’une chasse. « Ce n’est pas un filet qui capture le cerf », réaffirme le chasseur. « L’objectif, c’est d’éviter un incident », poursuit-il : « Arriver dans un village avec des cerfs et 40 chiens ce n’est pas simple à gérer, et si ça arrive de manière répétée, on va nous traiter d’irresponsables. » 

Environ 150 personnes ont répondu à l’appel de cette première réunion publique organisée par Abolissons la Vénerie Aujourd’hui (AVA), l’association Animal Protection du Vivant, basée à Rambouillet, et le tiers-lieu local Le ResSourc’Eure. © Mathieu Génon / Reporterre

« J’habite le manoir de Montreuil et je suis sur le passage des animaux », débute au micro Jean-François. Il raconte subir régulièrement « les dangers » du cerf et de chiens qui « viennent dans [son] jardin », malgré une clôture qui serait « détruite par les cerfs ». « Cette bâche est une sécurité pour moi », conclut-il. « Si on veut sécuriser les abords de nos communes, interrogeons-nous sur certaines activités humaines ! », rétorque François Bordes, président de la Fédération Environnement d’Eure-et-Loire. « Pourquoi ne pas tout simplement arrêter de faire paniquer les animaux pour éviter qu’ils empruntent ce trajet vers les zones habitées ? », adhère Stanislas Broniszewski, du collectif AVA, sous les applaudissements d’une partie de l’assistance.

Un enjeu de partage de la forêt

« Je me félicite de la mobilisation autour de ce sujet », se réjouit le militant qui dénonce une installation réalisée « en catimini » et « sans concertation ». Les maires de deux communes qui jouxtent la forêt, Saint-Georges-Motel et Montreuil, regrettent quant à eux de ne pas avoir été consultés avant la mise en place de la bâche. Même son de cloche du côté de la Fédération française de randonnée pédestre, représentée par le baliseur Gérard Sallaud : « Cette bâche crée une gêne et trouble l’harmonie pour laquelle les gens sont venus se balader, elle n’a pas lieu d’être là. »

Les critiques contre la bâche sont nombreuses, de son apparence qui détonne avec l’environnement, à la pollution générée par des filaments qui se détachent et se dispersent aux alentours, en passant par « l’entrave à la circulation des animaux » et la découpe d’arbres pour installer le câble de déploiement des toiles. « Les organisations qui veulent notre abolition sont prêtes à raconter n’importe quelle contre-vérité et mensonge pour appuyer leur propos, mais elles ne connaissent rien à ce qu’on fait et de ce qu’on est », réagit Benoît Dulac, du Normand Piqu’Hardi, auprès de Reporterre. Il se dit néanmoins prêt à revoir l’emplacement de la bâche pour l’éloigner du chemin de randonnée et le type de matériau qui la compose.

Lire aussi : Accidents de chasse : en patrouille avec l’OFB pour sécuriser la forêt

Dans la salle, le débat dépasse la seule question de la bâche pour porter sur la légitimité de la chasse à courre en elle-même et sur des enjeux de partage de la forêt, entre ses différents usages, voire entre les êtres vivants. « On n’a jamais entendu parler de nous, alors qu’on chasse le cerf depuis 1961 », défend Benoît Dulac qui y voit « la preuve de [leur] sérieux, rigueur et sens des responsabilités ». « On est des gens soucieux de bien faire, avec une vraie compréhension de ce qu’est le partage d’un territoire », conclut-il.

Ce n’est pas l’avis d’un certain nombre de participants à la réunion. « Une bâche qui défigure la forêt pour le plaisir de quelques-uns, je dis non ! », s’exclame l’un d’eux. « Ça nous gâche le paysage et ça embête les animaux ! », ajoute une habitante de Montreuil. Aux yeux de Bertille, habitante de Louye, ce dispositif relève d’une « appropriation de la forêt par un groupe peu représentatif de tous ses usagers ». Quant à Marie-Claire, promeneuse régulière dans la forêt domaniale, elle juge sévèrement les chasseurs à courre qui se comportent selon elle « comme s’ils avaient tous les droits » pour une pratique « moyenâgeuse, sadique et violente, rejetée par une majorité de la population », dit-elle, faisant référence à un sondage selon lequel 72 % des Français souhaitent son abolition. 

Les caméras de la discorde

Certains dénoncent des « intimidations » de la part des chasseurs, tandis que ceux-ci pointent des « vandalisations » de leur dispositif, en indiquant avoir déjà déposé plusieurs plaintes. L’équipage a d’ailleurs installé des caméras le long du chemin pour surveiller la toile.

L’équipage de chasse à courre a installé des caméras le long du chemin pour surveiller la toile. © Mathieu Génon / Reporterre

Interrogé par Reporterre, Rémi Hérault, responsable de l’unité territoriale d’Eure-et-Loir au sein de l’agence de l’ONF Val de Loire indique que « le substitut du procureur de Chartres a été sollicité à ce sujet et aucune autorisation préalable n’est nécessaire dans le cadre de la pose de pièges photographiques en forêt domaniale par un locataire de chasse ». Il ajoute que « seul le propriétaire des caméras pourra consulter ces images ainsi que les autorités judiciaires en cas de procédure pénale ». Pour les opposants, ces caméras relèvent davantage de la « vidéosurveillance » que du « piège photographique ».

Nicolas, habitant de Saint-Georges-Motel, a lui vécu une expérience qui traduit bien le niveau de tension qui s’est emparé du territoire. Il y a deux semaines, il s’est rendu dans la forêt « pour voir la bâche de [ses] propres yeux » et réaliser des vidéos pour la dénoncer sur son compte Instagram. « Quand je suis sorti de la forêt, je suis tombé sur la gendarmerie », raconte-t-il à Reporterre. Embarqué, il est « accusé d’avoir dégradé les caméras et les câbles de la bâche ». « Prises d’empreintes et d’ADN, palpations, photos portrait et des tatouages, voiture fouillée de fond en comble »... Nicolas relate qu’il est ensuite auditionné : « Ils m’ont demandé si j’étais pour ou contre la chasse à courre. »

 



 



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Source : https://reporterre.net/Des-chasseurs-deploient-une-bache-en-plastique-de-1-7-km-pour-pieger-les-cerfs