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jeudi 26 mars 2026

Des chasseurs déploient une bâche en plastique de 1,7 km pour « piéger » les cerfs

Des chasseurs déploient 

une bâche en plastique de 1,7 km 

pour « piéger » les cerfs

 

 

Stanislas Broniszewski, fondateur et porte-parole du collectif Abolissons la vénerie aujourd’hui, dans la forêt de Dreux,

Pour prévenir l’irruption d’animaux dans les zones habitées, un équipage de chasse à courre a installé une bâche dans la forêt de Dreux. Une expérimentation à laquelle s’opposent certains riverains et des associations.

Saint-Georges-Motel (Eure), reportage

Au matin du samedi 14 février, la salle des associations de Saint-Georges-Motel (Eure) est en ébullition. Environ 150 personnes ont répondu à l’appel de cette première réunion publique organisée par Abolissons la vénerie aujourd’hui (AVA), l’association Animal Protection du Vivant, basée à Rambouillet, et le tiers-lieu local Le ResSourc’Eure. Quelques jours plus tôt, le collectif AVA avait distribué des tracts dans les boîtes aux lettres des communes voisines de la forêt de Dreux avec un appel à signer une pétition en ligne qui comptabilise à ce jour près de 45 000 signatures, et un message clair : « Exigeons le retrait de la bâche ».

« En octobre, nous avons commencé à recevoir des alertes de riverains qui nous ont signalé la présence d’une bâche le long du chemin de grande randonnée », raconte Caroline Piffero, d’AVA en Picardie. À l’origine des remous dans les petites communes voisines de la forêt domaniale de Dreux, il y a une bâche verte installée en lisière du bois par un équipage de chasse à courre, le Normand Piqu’Hardi, qui chasse le cerf une à deux fois par semaine pendant la période autorisée entre septembre et mars.

Dispositif de sécurité ou piège pour les animaux ?

La bâche, une toile de paillage synthétique de 3 mètres de hauteur, suspendue à l’aide de câbles, et déployée sur 1,7 kilomètre le long du sentier, les jours de chasse, a été autorisée à titre expérimental par l’Office national des forêts (ONF) pour la première fois en France, après avoir obtenu l’avis favorable de l’Office français de la biodiversité (OFB). Selon l’ONF, ces « rideaux souples » sont déployés « environ vingt jours par an » sur une « faible emprise (moins de 4 % du périmètre concerné) ». Néanmoins, « l’acceptabilité sociale » que l’ONF souhaite évaluer à l’issue de cette expérimentation est loin d’être gagnée, à en juger par l’ambiance survoltée de la réunion publique. Pour les opposants, il s’agit en réalité d’un « piège » pour « réorienter les cerfs et mieux les tuer », plutôt que d’un « dispositif de sécurité » pour empêcher les cerfs d’aller vers les habitations. 

La bâche a été autorisée à titre expérimental par l’Office national des forêts (ONF) pour la première fois en France, après avoir obtenu l’avis favorable de l’Office français de la biodiversité (OFB). © Mathieu Génon / Reporterre

Dans la salle se trouvaient des militants antichasse, des riverains, des randonneurs et quelques dizaines de chasseurs qui s’indignent de « ne pas avoir été invités à prendre la parole ». Assis en face de la salle comble, Stanislas Broniszewski, fervent opposant à la chasse à courre et fondateur d’AVA, est venu de Compiègne (Oise), où il suit très régulièrement des équipages en action. En janvier, il a diffusé des images sur les réseaux sociaux d’un cerf « affolé » devant la bâche, qui démontrent selon lui le « piège » qu’elle constitue pour l’animal : « Soit ils font demi-tour directement dans la meute [de chiens] qui les poursuivait, soit ils longent désespérément la bâche dans l’espoir de trouver une issue. »

« Pourquoi ne pas arrêter de faire paniquer les animaux pour éviter qu’ils empruntent ce trajet vers les zones habitées ? »

Le maître d’équipage de chasse à courre, Benoît Dulac, précise que deux cerfs ont été « pris » à moins de 100 mètres des bâches depuis le début de la saison, mais que « quatre ou cinq autres » ont été tués à plusieurs kilomètres de là, sur les « quinze fois » où l’équipage a chassé. Il argue que l’animal « peut passer à droite ou à gauche » de la bâche et court sur plusieurs kilomètres lors d’une chasse. « Ce n’est pas un filet qui capture le cerf », réaffirme le chasseur. « L’objectif, c’est d’éviter un incident », poursuit-il : « Arriver dans un village avec des cerfs et 40 chiens ce n’est pas simple à gérer, et si ça arrive de manière répétée, on va nous traiter d’irresponsables. » 

Environ 150 personnes ont répondu à l’appel de cette première réunion publique organisée par Abolissons la Vénerie Aujourd’hui (AVA), l’association Animal Protection du Vivant, basée à Rambouillet, et le tiers-lieu local Le ResSourc’Eure. © Mathieu Génon / Reporterre

« J’habite le manoir de Montreuil et je suis sur le passage des animaux », débute au micro Jean-François. Il raconte subir régulièrement « les dangers » du cerf et de chiens qui « viennent dans [son] jardin », malgré une clôture qui serait « détruite par les cerfs ». « Cette bâche est une sécurité pour moi », conclut-il. « Si on veut sécuriser les abords de nos communes, interrogeons-nous sur certaines activités humaines ! », rétorque François Bordes, président de la Fédération Environnement d’Eure-et-Loire. « Pourquoi ne pas tout simplement arrêter de faire paniquer les animaux pour éviter qu’ils empruntent ce trajet vers les zones habitées ? », adhère Stanislas Broniszewski, du collectif AVA, sous les applaudissements d’une partie de l’assistance.

Un enjeu de partage de la forêt

« Je me félicite de la mobilisation autour de ce sujet », se réjouit le militant qui dénonce une installation réalisée « en catimini » et « sans concertation ». Les maires de deux communes qui jouxtent la forêt, Saint-Georges-Motel et Montreuil, regrettent quant à eux de ne pas avoir été consultés avant la mise en place de la bâche. Même son de cloche du côté de la Fédération française de randonnée pédestre, représentée par le baliseur Gérard Sallaud : « Cette bâche crée une gêne et trouble l’harmonie pour laquelle les gens sont venus se balader, elle n’a pas lieu d’être là. »

Les critiques contre la bâche sont nombreuses, de son apparence qui détonne avec l’environnement, à la pollution générée par des filaments qui se détachent et se dispersent aux alentours, en passant par « l’entrave à la circulation des animaux » et la découpe d’arbres pour installer le câble de déploiement des toiles. « Les organisations qui veulent notre abolition sont prêtes à raconter n’importe quelle contre-vérité et mensonge pour appuyer leur propos, mais elles ne connaissent rien à ce qu’on fait et de ce qu’on est », réagit Benoît Dulac, du Normand Piqu’Hardi, auprès de Reporterre. Il se dit néanmoins prêt à revoir l’emplacement de la bâche pour l’éloigner du chemin de randonnée et le type de matériau qui la compose.

Lire aussi : Accidents de chasse : en patrouille avec l’OFB pour sécuriser la forêt

Dans la salle, le débat dépasse la seule question de la bâche pour porter sur la légitimité de la chasse à courre en elle-même et sur des enjeux de partage de la forêt, entre ses différents usages, voire entre les êtres vivants. « On n’a jamais entendu parler de nous, alors qu’on chasse le cerf depuis 1961 », défend Benoît Dulac qui y voit « la preuve de [leur] sérieux, rigueur et sens des responsabilités ». « On est des gens soucieux de bien faire, avec une vraie compréhension de ce qu’est le partage d’un territoire », conclut-il.

Ce n’est pas l’avis d’un certain nombre de participants à la réunion. « Une bâche qui défigure la forêt pour le plaisir de quelques-uns, je dis non ! », s’exclame l’un d’eux. « Ça nous gâche le paysage et ça embête les animaux ! », ajoute une habitante de Montreuil. Aux yeux de Bertille, habitante de Louye, ce dispositif relève d’une « appropriation de la forêt par un groupe peu représentatif de tous ses usagers ». Quant à Marie-Claire, promeneuse régulière dans la forêt domaniale, elle juge sévèrement les chasseurs à courre qui se comportent selon elle « comme s’ils avaient tous les droits » pour une pratique « moyenâgeuse, sadique et violente, rejetée par une majorité de la population », dit-elle, faisant référence à un sondage selon lequel 72 % des Français souhaitent son abolition. 

Les caméras de la discorde

Certains dénoncent des « intimidations » de la part des chasseurs, tandis que ceux-ci pointent des « vandalisations » de leur dispositif, en indiquant avoir déjà déposé plusieurs plaintes. L’équipage a d’ailleurs installé des caméras le long du chemin pour surveiller la toile.

L’équipage de chasse à courre a installé des caméras le long du chemin pour surveiller la toile. © Mathieu Génon / Reporterre

Interrogé par Reporterre, Rémi Hérault, responsable de l’unité territoriale d’Eure-et-Loir au sein de l’agence de l’ONF Val de Loire indique que « le substitut du procureur de Chartres a été sollicité à ce sujet et aucune autorisation préalable n’est nécessaire dans le cadre de la pose de pièges photographiques en forêt domaniale par un locataire de chasse ». Il ajoute que « seul le propriétaire des caméras pourra consulter ces images ainsi que les autorités judiciaires en cas de procédure pénale ». Pour les opposants, ces caméras relèvent davantage de la « vidéosurveillance » que du « piège photographique ».

Nicolas, habitant de Saint-Georges-Motel, a lui vécu une expérience qui traduit bien le niveau de tension qui s’est emparé du territoire. Il y a deux semaines, il s’est rendu dans la forêt « pour voir la bâche de [ses] propres yeux » et réaliser des vidéos pour la dénoncer sur son compte Instagram. « Quand je suis sorti de la forêt, je suis tombé sur la gendarmerie », raconte-t-il à Reporterre. Embarqué, il est « accusé d’avoir dégradé les caméras et les câbles de la bâche ». « Prises d’empreintes et d’ADN, palpations, photos portrait et des tatouages, voiture fouillée de fond en comble »... Nicolas relate qu’il est ensuite auditionné : « Ils m’ont demandé si j’étais pour ou contre la chasse à courre. »

 



 



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Source : https://reporterre.net/Des-chasseurs-deploient-une-bache-en-plastique-de-1-7-km-pour-pieger-les-cerfs 


mercredi 25 mars 2026

Fillols - 28 mars 20h30 - Avant-première Un Lugar Mas Grande, N.Défossé, 2025 CHIAPAS

Un film qui parlera à tous les consommateurices de café zapatiste, autonome et solidaire !

 
 

 
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Le Foyer laïque de Fillols vous invite au

CINÉ TCHATCHE
SAMEDI 28 MARS

 
20h30 - salle des fêtes
entrée à prix libre

pour une   

AVANT-PREMIÈRE DU FILM

UN LUGAR MÀS GRANDE

Un documentaire de Nicolas Défossé (Mexique/France, 2025, 115 mn) sortie nationale en salle le 22 avril 2026


EN PRÉSENCE DU RÉALISATEUR

Au Chiapas, dans le sud du Mexique, les habitants de Tila et d’autres villages ayant expulsé la mairie et la police se confrontent au défi de l'autogouvernement.  
 
UN LUGAR MÀS GRANDE explore la construction de l'autonomie au quotidien, révélant une large trame de personnes, de générations, d'esprits et de paysages, et des images inédites. 
 
Une plongée au cœur d'un processus collectif, quand l'autogouvernement devient une responsabilité envers soi-même et envers les autres. 
 
Une aventure d’inspiration zapatiste en territoire maya ch'ol. 
 
Pour réaliser ce documentaire, Nicolas Défossé a tourné pas moins de huit années au cœur de la résistance ch’ol au Chiapas, où il vit.


mardi 24 mars 2026

Mediapart prouve le nazisme de Quentin Deranque

 


Contre Attaque
Vendredi 16 mars 2026


UNE SEMAINE APRÈS NOTRE ENQUÊTE, ET APRÈS LES RÉVÉLATIONS DE MéDIAPART, LA CLASSE POLITIQUE ET ET LES MéDIAS DOMINANTS DOIVENT S'EXCUSER
 
– Médias et classe politique ont menti à un niveau sans précédent, et organisé un hommage à un néo-nazi violent qui s’entraînait au combat et venait de passer à l'acte : c'est un scandale d’État –
L'avocat de la famille de Quentin Deranque parade dans les médias depuis deux jours pour affirmer que son client n'était pas violent, et s'en prend à « l’indécence de ceux qui veulent salir la mémoire de Quentin ». Ce dernier s'en chargeait pourtant très bien tout seul sur internet.

Dans le cadre de nos recherches, notre équipe avait identifié les comptes Twitter de Quentin Deranque depuis le mois de février : @gavariou et @ultragavariou. Nous y étions parvenu en recoupant ses cercles d'amis néo-nazis, dont nous avions retrouvé plusieurs interactions. Par exemple celle de son colocataire, un fasciste assumé. Malheureusement, ces comptes avaient précipitamment été paramétrés en privé après la bagarre. Ses amis cherchaient à dissimuler quelque chose, mais quoi ?

Ce jeudi 12 mars, Médiapart donne la réponse dans un long article. 
https://files.catbox.moe/61zbsl.pdf
 
Les tweets des comptes de Quentin Deranque sont révélés, le média d'investigation ayant réussi à accéder au contenu. Il s'avère que le néo-nazi présenté comme un « petit ange » par tous les médias a publié des milliers de messages d'un antisémitisme, d'un racisme et d'un nazisme dévorant. Par exemple : « Je soutiens Adolf », « Mort totale des n*gres » ou encore « Il faudra déterrer et fusiller (((Halimi))) », à propos de l'avocate féministe, juive et anticolonialiste Gisèle Halimi.

Dans une logorrhée haineuse ininterrompue, Quentin Deranque évoque « les millions d’arabes et de noirs présents sur le sol français » qu’il faudrait « déporter ». Un internaute écrit que « 100% des électeurs du RN sont racistes », Quentin Deranque répond : « Ils ont raison c’est 100 % normal. » Toujours sur le RN, quand un député Insoumis rappelle que le parti a « été fondé par des SS », Quentin Deranque répond : « C’est très bien ».
Sur les trains allemands en retard, il répond : « On les a trop culpabilisés d’avoir eu une excellente utilisation des réseaux ferrés ». En 2025, il publie une archive historique de la Bibliothèque Nationale de France sur la traque des esclaves noirs qui se sont enfuis des plantations, intitulée « La chasse aux n***s ». Il écrit : « Projet 2027 », c'est-à-dire l'année des élections. Il reprend régulièrement l'acronyme « TND », pour « Total N**er Death », soit « mort totale des n***s ».

Il y a une semaine, le 6 mars, Contre Attaque prouvait que Quentin Deranque était en première ligne dans la bagarre qui avait conduit à sa mort, et qu'il avait donné des coups dans l'affrontement. Notre équipe s'était basée sur une vidéo prise juste après l'affrontement, on y voyait le nervis d’extrême droite avec un de ses camarades, les deux ayant les mains couvertes de sang. Il est debout, conscient, discute avec des passants. L'un d'eux lui conseillait d’aller à l’hôpital «Saint Jo’», ce qu’il n'écoutera pas, et fera donc un malaise quasiment deux heures plus tard.

Grâce à ces images, il est possible de prouver sans aucun doute que Quentin Deranque, qui portait des vêtements distinctifs – des chaussures grises New Balance et une doudoune à capuche – apparaissait en première ligne dans les violences. On le voit notamment donner des coups sur les images du Canard Enchainé. Sur d’autres extraits vidéos, on peut également l’identifier en garde, à l’avant du groupe d’extrême droite. Quentin Deranque porte une cagoule tout au long de la bagarre, cagoule qu'il porte rabaissée dans la vidéo d'après la rixe.

Nous sommes donc passés d'un «jeune catholique attaqué par des antifas» à un néo-nazi qui a organisé un guet-apens armé avec sa bande, et qui en est mort.

Mais encore une fois, Quentin Deranque le néo-nazi compulsif n'est pas «mort pour ses idées», mais bien pour ses actes. Il s’entraînait au combat avec l'un des groupes les plus violents de l'extrême droite radicale.

Médiapart révèle que le 1er février 2026, soit deux semaines seulement avant sa mort, Deranque est allé s’entraîner dans un parc avec le groupe Audace Lyon, un collectif néo-nazi violent qui prône «l'autodéfense blanche» et dont les vidéos montrent des cours d'art martial, accompagnés du slogan «Jeune blanc, rejoins ton clan».

Lors de cet entraînement, les animateurs auraient organisé un «jeu» avec de faux couteaux, dans lequel deux participants s'affrontent dans un cercle. Quentin Deranque a alors éliminé plusieurs adversaires à coups de poignard factice, «à la surprise générale». Dès lors, il apparaît que cet homme était d'une dangerosité extrême, non seulement nostalgique d'Hitler mais préparé au combat. Il est passé à l'acte le 12 février. Il a perdu, face à des antifascistes qui se sont défendus.

Aucun grand média n'a repris nos révélations sur la participation en première ligne de Quentin Deranque la semaine dernière. Notre vidéo a pourtant été vue des millions de fois sur les réseaux sociaux, mais c'est comme si le réel n'existait pas, dès qu'il ne sert pas le narratif de l'extrême droite. Qu'en sera-t-il des nouveaux éléments apportés par Médiapart ?
De même, aucun membre du commando d'extrême droite, qui avait pourtant des armes et qui a initié la bagarre, n'est poursuivi. Pire, aucun d'entre eux n'a été seulement auditionné, alors que ces individus portent la responsabilité de la mort de leur ami et que certains ont été identifiés grâce à notre travail d'investigation et nos sources.

La mascarade n'a que trop duré, c'est un scandale d’État.

Les groupes parlementaires qui ont fait une minute de silence pour un nazi violent doivent s'excuser, et en premier lieu ceux de gauche. Une enquête parlementaire doit être ouverte sur ces faits, et plus généralement les liens entre l'extrême droite violente, une partie de la classe politique, et les médias.

Les chaînes de télévision doivent diffuser un démenti sur le torrent de contre-vérités diffusées depuis un mois. Nous venons sans doute de subir la pire campagne d'intoxication médiatique de l'histoire française.

Enfin et surtout, les antifascistes injustement incarcérés doivent être libérés immédiatement.
 
 

lundi 23 mars 2026

La ville des rois morts et du peuple vivant


La ville des rois morts et 

du peuple vivant

Le
 

5 minutes et 40 secondes des réactions au soir du premier tour. 

Le racisme rend sourd. Quand vous dites la « ville des rois », le raciste comprend la « ville des Noirs ». Et le lynchage démarre. Le déchaînement raciste gagne la fachosphère jusqu’aux médias mainstream qui courent derrière le buzz.

Le 15 mars, au premier tour des élections municipales, le candidat de La France insoumise est élu au premier tour à Saint-Denis (93). Explosion de joie mais pas partout. Sur les plateaux télé, les mines sont un peu chiffonnées et le camp des perdants bouillonne de rage. La diabolisation acharnée de Mélenchon ne ferait pas peur à ces imbéciles ?

Il faut préciser que le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est d’origine malienne. Il a grandi en HLM, dans la banlieue parisienne. Études à Paris-VIII, basketteur, engagé dans l’associatif, cadre à la RATP, père de quatre enfants. Et à 52 ans, le voilà maire de cette ville avec ses 150 nationalités. De quoi avoir depuis longtemps appris à riposter à la ségrégation ordinaire, raciale et sociale. « Nous sommes tout ce que l’extrême droite en fin de compte déteste », dit-il.

À peine élu, le nouveau maire est en direct sur LCI. Dans le brouhaha qui l’entoure, il tente d’évoquer sa ville. « La ville des rois ». Il le dit et le répète mais l’animateur Darius Rochebin interprète à sa façon : la ville des rois, la ville des Noirs ? Sans le dire, il le suggère.

Un impensé ? Une incontinence ? La « ville des Noirs » va se répandre au-delà des réseaux fascistes habituels.

Dès le lendemain matin, sur RMC, dans les Grandes gueules, c’est Emmanuel de Villiers, l’ex-directeur du Puy du Fou, le parent de Philippe de Villiers, qui dénonce « la ville des Noirs ». Puis c’est l’avocat Gilbert Collard, le soutien de Zemmour : « cette phrase est terrible par son séparatisme ». Un peu plus tard, c’est Jean Messiha, candidat Reconquête ! éliminé au premier tour qui s’y met : « Saint-Denis était la ville des rois, aujourd’hui c’est la ville des Noirs ». Puis c’est Apolline de Malherbe sur RMC, puis c’est Alexandre Devecchio dans C ce soir. Puis c’est le théoricien du « grand remplacement », l’écrivain Renaud Camus, qui lance un tweet : « la négropole des Rois » au sujet de Saint-Denis ou 42 rois de France ont leurs mausolées. Un haut lieu pour les amateurs d’histoire et les nostalgiques de l’Ancien régime. Sur BFMTV, le chroniqueur Tugdual Denis, directeur du magazine d’extrême droite Valeurs actuelles condamné en 2022 pour injure à caractère racial contre la députée Danielle Obono, affirme que le nouveau maire est soutenu par « de nombreux patrons de points de deal de la ville ». Il lui demande : « vous êtes dans la main de qui, Monsieur le maire, en fait ? ».

« Question irresponsable », lui répond le maire, qui au passage apporte une précision au sujet du mot « racisé ». Il tient à indiquer : « ce n’est pas le type de langage que je tiens », « je préfère "héritier de l’immigration" ».

Mais au départ, d’où vient cette expression sur la ville des rois ?

La phrase est attribuée à Jean Marcenac (1913-1984), un résistant communiste, écrivain, poète et journaliste. Bien qu’il fut ami des surréalistes, jamais il n’aurait pu imaginer que sa phrase pourrait un jour un susciter un tel débat.

Consciemment ou non, c’est une façon de renouer avec l’histoire de Saint-Denis et de la banlieue rouge. Car s’il fallait une couleur, celle-là lui irait mieux. La couleur de l’époque où les villes communistes autour de Paris étaient si nombreuses qu’on parlait de la « ceinture rouge », non sans une sale angoisse chez les rupins de l’époque dont nos fascistes actuels sont les descendants. Parmi ces communes rouges, Saint-Denis en était l’une des principales et Jean Marcenac en était une figure remarquable. Écrivain, poète, journaliste, ami des surréalistes, militant contre le fascisme et contre l’antisémitisme, engagé dans la résistance, notamment dans les maquis du Lot avec le peintre Jean Lurçat, il était proche d’Elsa Triolet et de Louis Aragon avec lequel il travaillait au journal Les Lettres françaises.

Des temps à jamais révolus mais auxquels pourtant à nouveau une mince phrase nous relie, histoire de redonner du sens à l’histoire.

La ville des rois morts et des peuples vivants.

Daniel Mermet

 

Source : https://la-bas.org/la-bas-magazine/la-bas-express/la-ville-des-rois-morts-et-du-peuple-vivant 

dimanche 22 mars 2026