Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan. Mais pas que. Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
BLOG EN COURS D'ACTUALISATION... ...MERCI DE VOTRE COMPREHENSION...
1. En Bretagne, la « prescription de nature » testée pour améliorer la santé
Le projet breton Sainbiote expérimente la « prescription de nature » : des
professionnels de santé peuvent proposer à leurs patients de passer du
temps dans des espaces naturels en complément de leur traitement. Fondée sur des travaux scientifiques, cette démarche vise à améliorer la santé physique et mentale tout en renforçant le lien avec la nature. (Eco-Bretons)
2. Une ordonnance de protection créée pour les enfants
L’Assemblée nationale a adopté la création d’une ordonnance
de protection pour les enfants, inspirée de celle qui existe pour les
victimes de violences conjugales.Cette mesure, réclamée
depuis plusieurs années par des associations, figurait parmi les
principales recommandations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. (Mediapart)
3. À Marseille, la posidonie devient une alliée contre l’érosion
La ville de Marseille conserve désormais les banquettes de posidonie
sur certaines plages, alors qu’elles étaient autrefois retirées. Cette plante
marine, longtemps perçue comme une nuisance, est aujourd’hui reconnue
pour son rôle dans la protection du littoral, notamment en limitant
l’érosion des plages.(Marcelle)
4. À Milan, un « parlement » donne une voix aux animaux urbains
La ville de Milan a organisé le premier « Parlement des espèces vivantes », où des représentants incarnant des animaux débattent de projets d’aménagement urbain.Cette initiative vise à intégrer les besoins de la biodiversité dans les décisions d’urbanisme et à favoriser une meilleure cohabitation entre humains et faune en ville. (Euronews)
5. Quimper met fin aux balades à dos d’âne
La mairie de Quimper a annoncé l’arrêt définitif des balades à dos d’âne après une pétition ayant recueilli plus de 20 000 signatures. Cette décision fait suite aux critiques dénonçant les conditions de vie
des animaux et leur utilisation comme attraction en milieu urbain.(Mobilisation pour la Cause Animale)
6. New York suspend pendant un an les nouveaux grands centres de données
L’État de New York a instauré un moratoire pouvant aller jusqu’à un an sur la construction de nouveaux centres de données de grande taille.Cette pause doit permettre d’élaborer des règles encadrant leurs
impacts sur le réseau électrique, la consommation d’eau et
l’environnement, dans un contexte de forte croissance des besoins liés à l’intelligence artificielle. (Tech Xplore)
7. Le Burkina Faso interdit le « poverty porn »
Le Burkina Faso a interdit le « poverty porn », une pratique consistant à mettre en scène des personnes vulnérables lors de distributions d’aide sur les réseaux sociaux.
Cette mesure s’inscrit dans un nouveau cadre réglementaire de l’aide
humanitaire visant à mieux protéger la dignité des bénéficiaires et à
promouvoir leur autonomie. (La Santé Publique)
8. Grenoble réduit drastiquement la publicité dans l’espace public
Grenoble a supprimé la majorité de ses panneaux publicitaires, qui ont désormais disparu de 90 % du territoire communal.La ville poursuit cette politique en contrôlant les affichages restants et affirme inspirer d’autres collectivités souhaitant limiter la pollution visuelle dans l’espace public.(Le Parisien)
9. Les livreurs Uber Eats et Deliveroo obtiennent une forte hausse de leur revenu minimal
Uber Eats et Deliveroo ont accepté de porter le revenu minimal horaire garanti des livreurs de 11,75 € à 19 € brut à partir du 1er septembre.
Le nouvel accord prévoit aussi un calcul hebdomadaire de cette
garantie, l’exclusion des pourboires de la rémunération minimale et une
révision annuelle des conditions. (Libération)
10. Le Royaume-Uni investit 90 millions de livres pour sauver les espèces menacées
Legouvernement britannique consacre 90 millions de livres à
un vaste programme de restauration de la biodiversité, dont 60 millions
pour financer 130 projets en faveur de 364 espèces menacées en
Angleterre.L’objectif est de protéger des espèces en déclin, restaurer leurs habitats et contribuer à enrayer la perte de biodiversité. (GOV.UK)
Photo de couverture : TS Sergey – âne en liberté / Unsplash
Jardins, écoquartiers, ferme municipale... Une
fois élus, les maires d’extrême droite ne s’attaquent pas qu’à la
culture et aux syndicats. Ils sabotent aussi des projets écologiques.
Exemples dans trois villes du sud de la France.
Carpentras (Vaucluse), reportage
«C’est un carnage. J’en suis malade.»
Sous un soleil de plomb, qui brûle la terre du Vaucluse, Olivier Ceyte
découvre pour la première fois l’ampleur du désastre, dans un champ à
quelques kilomètres à l’ouest de Carpentras : des rangées de plantations
clairsemées, mal entretenues, jalonnées d’herbes folles. «L’an dernier, à la même époque, nous avions de belles salades», nous montre-t-il sur son smartphone.
Oui, mais voilà : ce vendeur de fruits et légumes de 56 ans, qui
était l’adjoint aux jardins familiaux et à la régie agricole du
précédent maire, Serge Andrieu (divers gauche), n’est plus élu. Hervé de
Lépinau (Rassemblement national) a remporté en mars les clés de cette
ville de 31 600 habitants. Depuis, cet avocat invoque l’endettement de
la commune pour sabrer à tout va : nouveau gymnase, festival de
courts-métrages, planning familial… Projets et subventions soutenus par
l’ancienne équipe sautent les uns après les autres.
À Carpentras, à Elne (Pyrénées-Orientales) et à
Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard), trois communes désormais dirigées par
des maires d’extrême droite, les réalisations et projets écolos sont
particulièrement ciblés.
À Carpentras, des champs à l’abandon
Le nouveau maire de Carpentras a ainsi rapidement acté la suppression
de la régie agricole créée sous le mandat de son prédécesseur, sur
6,5 hectares de terrains légués par la commune voisine de Monteux. «L’idée était qu’elle alimente en produits bios les cantines de la ville. La régie fournissait 25% des 1 600 repas servis aux écoliers et l’objectif était d’arriver à 100%», nous explique Michel Blanchard, ex-élu chargé des cantines.
1,5 hectare était déjà exploité et de nouvelles serres étaient en
cours d’installation. Leurs arceaux vides se dressent désormais dans un
champ voisin, à l’abandon. Le lieu accueillait régulièrement des
scolaires. «On faisait découvrir le goût des salades et des tomates à des enfants qui n’en mangeaient pas chez eux», dit Michel Blanchard.
«C’était une exploitation qui fonctionnait à 20% de ses capacités, affirme Joris Varjabedian, directeur de cabinet nouvellement nommé du maire de Carpentras. Il y avait deux agents municipaux et demi qui travaillaient dessus, il en aurait fallu une quinzaine pour tout cultiver.» Selon lui, «le prix de revient des légumes était totalement délirant, de l’ordre de 15 euros le kilo».
Le maire RN promet de «faire mieux, plus grand et plus efficace» que la régie, en mettant ces champs en «fermage auprès d’un jeune agriculteur professionnel, dont c’est le métier». Avec la promesse que «la moitié de la surface sera cultivée en bio, avec une production destinée aux cantines scolaires de Carpentras».
Olivier Ceyte hausse les épaules : «Nous
avions commencé avec un agriculteur. Mais, au bout de six mois, il a
changé d’avis. Il a vu la galère que c’était de travailler pour une
mairie au niveau administratif. Et comment pourra-t-on garder le label
Ecocert [l’un des principaux organismes certificateurs en bio] avec une
moitié seulement en bio?»
Pour les deux ex-élus, les explications financières avancées par le RN pour supprimer la régie ne sont qu’un prétexte. «Quand
il était dans l’opposition, [Henri de Lépinau] ne s’intéressait pas au
sujet. Sa seule vision, c’est de s’attaquer à tout ce qui relève du
social, du culturel et de l’environnement.» Parmi les projets du nouveau maire, qui se dit partisan d’une «écologie positive» plutôt que d’une «écologie punitive» : agrandir un parking du centre-ville au cœur d’une coulée verte.
Un jardin planté par des enfants délaissé
À Elne (Pyrénées-Orientales), une commune littorale de
9 500 habitants, ce sont les dix potagers urbains et jardins-forêts de
200 à 4 000 m2, initiés par l’ancien
maire communiste, avec la participation active des habitants, qui sont
sur la sellette. Le nouveau maire d’extrême droite, Steve Fortel, a
coupé les ponts avec l’association Slow Food Pays catalan, cheville
ouvrière du projet depuis trois ans, qui avait le tort d’avoir été
engagée par l’ancienne municipalité.
«Quand il m’a reçue, le maire m’a expliqué que ces jardins étaient “utopistes”, raconte Claire Mauquié, coordinatrice de l’association. Son souhait, c’est de “remettre du stationnement et du vrai ombrage, avec de grands arbres”.» Certains jardins, comme celui devant l’école Françoise-Dolto, auxquels les enfants ont participé, seraient conservés en l’état.
«Quand les enfants vont rentrer de vacances, tout aura crevé»
«Mais nous n’avons pas eu le
temps avant les élections d’installer un paillage pour protéger les
plantations et d’installer le système d’irrigation. Or, la nouvelle
majorité n’a fait ni l’un ni l’autre. Quand les enfants, qui se sont
impliqués et ont donné des noms à leurs arbres, vont rentrer de
vacances, tout aura crevé…»
Selon elle, la mairie d’extrême droite a également arrêté net des
projets liés à ces jardins, pourtant financés par des fonds extérieurs,
dans le cadre de la politique de la ville, ou de l’Agence de l’eau.
Sollicité par Reporterre, Steve Fortel n’a pas donné suite. Lors du dernier conseil municipal, le 7 juillet, il a confirmé que les jardins-forêts «ne seraient pas maintenus en l’état». Mais seraient «repensés (…) avec du stationnement, sans imperméabiliser, et avec des espaces ou des îlots de fraîcheur arborés». «On va préserver la nature en ville», promet l’élu.
Dans le Gard, un écoquartier enterré
Près d’Alès (Gard), c’est un projet d’écoquartier porté par l’ancien
maire divers gauche qui a été aussitôt jeté aux orties par le nouvel
édile d’extrême droite de Saint-Hilaire-de-Brethmas (4 800 habitants).
Modeste par sa taille — une trentaine de logements —, le projet de la ZAC de la Diane portait de grandes ambitions : «L’empreinte
carbone était réduite grâce au choix des matériaux, qui permettait de
relancer plusieurs filières, comme celles du pin maritime et de la terre
crue pour la construction, et celle de la paille de riz pour
l’isolation des habitations», se désole l’ancien maire, Jean-Michel Perret.
Le projet promettait une «biodiversité inclusive dans l’emprise foncière constructible», avec «de l’habitat pour les insectes et les oiseaux dans le cœur même des bâtiments» et «des corridors pour les serpents et les hérissons». D’un montant de 11 millions d’euros, distingué par plusieurs prix nationaux, il avait décroché une subvention de plus de 3 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets France 2030.
Pas de quoi convaincre le nouveau maire, Gaël Mancuso : «On n’était pas sûrs d’avoir ces subventions, pour un projet qui a déjà coûté à la commune 850 000 euros», affirme-t-il à Reporterre. Selon lui, «le pin maritime, qui servait autrefois dans les mines, n’est pas un bon bois de construction». Et le coût, «de l’ordre de 7 000 euros le mètre carré, était trop élevé».
Il préfère donc «trouver un
promoteur qui achète le terrain directement et construise un lotissement
à taille humaine, pour que cela coûte le moins possible à la commune». Le nouveau maire, qui ne se dit «pas écolo, mais écoresponsable», estime qu’il «ne faut pas réduire l’écologie à un écoquartier». Il dit vouloir travailler à l’isolation des bâtiments et instaurer, dans sa ville, un «permis de végétaliser» pour contribuer à rafraîchir les rues en période de canicule.
L’élu, qui se dit proche, politiquement, de Marine Le Pen et Éric Ciotti, ne remet pas en question le réchauffement climatique. Certains des nouveaux maires RN
n’ont pas ces pudeurs. À Carcassonne (Aude), Christophe Barthès s’est
illustré, quand il était député, par ses sorties climatosceptiques : «Le
3 janvier 2024, la Suède a enregistré les températures les plus basses
depuis vingt-cinq ans, avec -43 °C. À cette heure, nous n’avons pas
encore de commentaires du Giec», écrivait-il par exemple sur X.
Quant au maire de Carpentras, Hervé de Lépinau, il avait fustigé en 2023, sur le même réseau social, les «propagandistes du Giec» qui «suggéreront
bientôt l’extermination de l’espèce humaine, au motif qu’elle
constituerait une catastrophe pour la biodiversité et le climat».
Témoignage de Rami Abou Jamous, journaliste, depuis Gaza
Camp de réfugiés de Bureij, au
centre de la bande de Gaza, le 20 mai 2026. Une enfant palestinienne
déplacée se tient debout sur les décombres au lendemain d’une frappe
israélienne qui a visé une maison. EYAD BABA / AFP
Samedi 25 juillet
Salut les amis. Toujours vivant.
Chers lecteurs, chères lectrices, cela fait longtemps que je
n’ai pas donné de nouvelles, et je vous prie de me pardonner. Je sais
que vous vous êtes inquiétés et que les informations sur Gaza vous
manquent. J’ai eu quelques soucis de santé, mais ensuite, je ne sais pas
pourquoi, je n’ai pas repris l’écriture. Sabah, ma femme, me demandait
souvent : «Pourquoi n’écris-tu pas?»
Le problème, c’est que je n’avais pas de réponse. Depuis plus d’un
mois, je vivais avec un cerveau qui voulait parler de tout, et un cœur
saturé de chagrin et de tristesse qui n’avait pas envie de parler.
Peut-être que ce génocide qui ne cesse pas depuis trois ans, ces
catastrophes et massacres quotidiens, ce stress permanent pesaient trop
lourd.
Il y a beaucoup de choses à raconter et, en même temps, la communauté
internationale n’a rien à dire. Rien de ce qu’il se passe à Gaza n’a
d’écho dans le silence du monde. Ni dans mon propre silence que je ne
comprends pas moi-même. De quoi était-il fait?
Peut-être que j’avais simplement besoin de me reposer. Peut-être que
j’étais arrivé à un point où j’avais besoin de ne rien dire, où je
n’avais plus rien à dire.
Pendant le mois écoulé, nous sommes passés par de grands moments de
tristesse. Sabah a perdu sa tante, pas à cause d’un bombardement, mais à
cause des rats. Oui, à cause des rats. À Gaza, vous le savez, plus de
1,5 million de personnes vivent toujours sous des tentes dans des camps
de fortune. Ces gens sont entassés les uns à côté des autres, concentrés
dans 30% de la surface de Gaza,
c’est-à-dire à peu près 120 kilomètres carrés. Récemment, et surtout
avec la chaleur, la majorité de ces tentes ont été attaquées par les
rats, par les souris, par les reptiles, par les rongeurs.
Quand ils installent leurs bâches, les déplacés essaient de trouver un mur auquel adosser leur abri, afin d’économiser les toiles sur un côté, et pour avoir un pan solide où planter des clous, par exemple. C’est ce qu’avait fait la tante de Sabah. Elle n’avait été déplacée qu’une fois, contrairement à la majorité des Gazaouis, qui ont dû errer d’un endroit à un autre sous les attaques israéliennes. Elle était originaire du quartier de Shejaya — dans l’est de la ville de Gaza —, qui a été complètement rasé par l’armée israélienne. Elle avait fini sous une tente dans le centre de la ville. Cette tente, elle l’avait plantée contre le mur resté debout d’une maison détruite. Il a fini par s’effondrer sur la famille : les rats avaient creusé des trous sous ses fondations fragiles. Toute la famille s’est retrouvée à l’hôpital. Huda est morte au bout de quelques jours. Qu’elle repose en paix. Sa fille a été amputée d’une jambe. Elle est diabétique, ce qui va aggraver ses souffrances.
Il y a aussi l’histoire de cet ami que vous connaissez peut-être, le rappeur palestinien Ayman Mghames1
qui travaillait avec moi quand j’étais fixeur. Il m’aidait pour les
contacts avec les journalistes et pour les traductions. Il a eu la
chance de pouvoir quitter Gaza avec sa femme et ses enfants, et est
actuellement en France. Malheureusement, il n’a pas pu faire évacuer sa
mère, ainsi que son frère et sa famille. Sa belle-sœur a été transférée
avec ses enfants en Égypte, où elle est traitée pour un cancer. Le frère
d’Ayman était resté à Gaza avec sa mère. Mais il souffrait d’une
insuffisance rénale qui lui a été fatale, faute de soins adéquats. Qu’il
repose en paix.
Ce n’est qu’un mort parmi tant d’autres. Chaque jour, on apprend la
mort d’un ami proche, d’un voisin, dans un bombardement ou à cause d’une
maladie non soignée. Tout cela dans le silence du monde entier. Bien
sûr, je ne parle pas des populations. Je sais qu’il y a une forte
mobilisation, que ce soit en France ou ailleurs, et je sais que beaucoup
de lecteurs et lectrices attendent mon journal parce qu’ils veulent
savoir ce qu’il se passe à Gaza. Ils veulent savoir la vérité, connaître
la réalité.
Je parle du silence des dirigeants et des décideurs de la communauté
internationale. Nous sommes étranglés par l’occupation, massacrés par
les Israéliens, dans une impunité totale, à Gaza comme en Cisjordanie où
les colons armés attaquent sans cesse les villages. L’objectif, c’est
la déportation des Palestiniens. Le plan est désormais sur la table. En
Cisjordanie, il est mis en œuvre par les colons, protégés par l’armée
d’occupation. Des agences de presse ont récemment rapporté la version
israélienne d’une attaque de colons contre un village proche de
Naplouse : des «randonneurs» auraient été «attaqués»
par des Palestiniens. De paisibles promeneurs amateurs de nature
parcourant les territoires palestiniens pour en admirer les paysages
auraient donc été agressés par des terroristes sanguinaires qui
détestent les sacs à dos.
Il s’agissait en réalité d’une milice de colons armés de fusils M16
venus, comme à leur habitude, harceler et brutaliser les habitants. Un
jeune Palestinien a saisi l’arme du chef de bande et l’a tué sur le
coup. Les «randonneurs»
ont le droit d’attaquer les villages, de brûler les mosquées et les
champs, de tuer qui ils veulent. Les Palestiniens qui veulent simplement
vivre sur leurs terres n’ont pas le droit de gâcher leurs promenades.
Comment relier ces deux réalités, celle de la propagande israélienne et celle du terrain?
Là aussi, je ne savais que dire, et c’est une des raisons pour
lesquelles j’ai gardé le silence pendant un moment. La réalité, la
voici : à Gaza, la situation est de pire en pire. Le génocide continue.
L’eau potable devient rare. Les ONG internationales, même les ONG
onusiennes, sont en train de réduire leur activité dans l’enclave. La
majorité de la population dépend de l’aide humanitaire qui diminue de
plus en plus. Le responsable des situations d’urgence du Programme
alimentaire mondial (PAM) vient d’annoncer que «ce mois-ci, l’aide en espèces qui était destinée à 75 000 personnes a été réduite de 25%, tandis que 220 000 foyers ont vu leurs rations alimentaires divisées par deux», ajoutant que «d’ici
le mois d’octobre, le PAM devra procéder à des coupes bien plus
importantes à moins que des financements supplémentaires ne soient
obtenus»2.
Il a averti qu’une nouvelle famine risquait de s’installer à Gaza en
décembre prochain. L’ONG World Central Kitchen (WCK), qui livrait
jusqu’ici 1 500 000 repas par jour aux cuisines communautaires, a divisé
son aide par deux. La diminution de l’aide humanitaire touche aussi
l’emploi. Beaucoup d’habitants de la bande de Gaza employés par des ONG
internationales ou des associations locales ont été licenciés.
Le soutien de la diaspora tend pareillement à diminuer. Depuis le
début du génocide, de nombreuses familles gazaouies étaient soutenues
par leurs amis, par leurs frères, par leurs familles à l’étranger qui
leur envoyaient régulièrement de l’argent, ou à travers des cagnottes en
ligne. Trois ans après, beaucoup de ces familles n’ont plus les moyens
de financer leurs parents. Ceux qui en ont les moyens, ainsi que les
donateurs des cagnottes, peuvent se lasser devant une situation sans
issue. Et surtout, les Palestiniens de l’étranger peuvent être trompés
par les images renvoyées par des médias occidentaux et israéliens qui
prétendent que c’est la belle vie à Gaza. On nous parle d’un «cessez-le-feu»
qui n’existe pas. On nous montre des épiceries où l’on trouve du
chocolat, du Nutella et du ketchup. Ils ne montrent pas les 1,5 million
de personnes qui vivent sous des tentes dans des conditions de vie
atroces. Ils ne montrent pas le système de santé quasi anéanti, les
enfants qui courent après les camions-citernes pour récupérer un peu
d’eau, qui font la queue dans une chaleur torride pour un plat de
lentilles. En France, la canicule a quand même fait des milliers de
morts malgré un bon système de santé. Imaginez ses effets à Gaza, sur
des enfants, et des personnes âgées qui vivent sous des bâches. Sous le
soleil, ces bâches et ces toiles de tente se transforment en serres où
les gens brûlent.
Gaza est aujourd’hui étranglée économiquement, plus que
militairement. Pendant la période la plus intense du génocide, les prix
de l’alimentation pouvaient être multipliés par 100. Un kilo de pommes
atteignait 100 shekels (près de 29 euros), et l’on trouvait quand même
des acheteurs. Aujourd’hui, le kilo de pommes est à 10 shekels (près de
3 euros), mais presque plus personne ne peut se l’offrir. Les gens qui
avaient un peu d’argent n’en ont plus du tout. Ceux qui avaient un peu
d’économies les ont perdues. J’ai dépensé presque toutes mes économies
dans ce génocide. Je n’arrive plus à fournir à mes enfants une vie
normale.
Tous les jours, il y a des bombardements, tous les jours il y
a des morts soit dans les frappes, soit par manque de soins, comme le
frère d’Ayman. Ceux qui souffrent de maladies graves — cancer,
insuffisance rénale, problèmes respiratoires et dermatologiques —, ceux
qui ont été amputés ne peuvent être soignés. Tous ces malades sont en
train de mourir silencieusement, mais dans de grandes souffrances. Les
Israéliens nous tuent aussi par le manque d’hygiène. Les rats attaquent
des bébés. Selon Bassem Zaqout, directeur de l’organisation Palestinian
Medical Relief Society (l’Association de secours médical palestinien,
PMRS) :
"Il y a eu 3 958 fausses couches chez des femmes enceintes au cours
du premier semestre 2026, à cause des déplacements sur des routes
dégradées et à bord de moyens de transport non sécurisés, de l’état de
peur permanent provoqué par les bombardements, ainsi qu’aux conditions
de vie extrêmement difficiles : dormir à même le sol, absence d’eau
chaude et de produits d’hygiène, et propagation de conditions sanitaires
insalubres dans les camps de déplacés."
Et puis, dans cet océan de misère, il y a les nouvelles fortunes nées
des divers trafics, souvent en liaison avec les Israéliens. Ces
nouveaux riches aiment se montrer. Ils paradent dans des voitures à
100 000 euros, voire à 200 000 euros. Ils achètent des terrains, des
maisons, ou ce qu’il en reste, et les reconstruisent, ce qui coûte une
fortune à cause du manque de matériaux, mais les trafiquants trouvent
les moyens de s’en procurer au prix fort.
La guerre a déchiré le tissu social de Gaza. Bien sûr, il y a
toujours des cas de solidarité entre les familles, mais faute de moyens,
faute d’argent, faute de tout, c’est de plus en plus «chacun pour soi».
On est en mode survie, parce qu’il n’y a pas de vie à Gaza. C’est le
plus fort qui reste en vie. Le plus fort financièrement, le plus fort
physiquement, qui peut chercher du travail, et qui est le premier servi
dans les queues pour l’aide humanitaire et pour l’eau. Les moins forts
appartiennent à la catégorie de ceux qui vont mourir.
Tout cela, c’était sans doute la raison de mon silence. L’impression
d’avoir le cœur plein de choses à dire, mais en même temps de ne pas
arriver à les dire. C’est l’effet de trois ans d’un génocide sans fin.
Et surtout de ce sentiment de ne pas être écouté. Cette «communauté internationale», ces gouvernements qui nous voient, qui nous entendent, qui voient tout ce qu’il se passe… Pourquoi nous traitent-ils ainsi? Pourquoi ne nous considèrent-ils pas comme des êtres humains? Pourquoi cette impunité d’Israël? Pourquoi cet État est-il intouchable? Pourquoi ces massacres, ce terrorisme d’État?
Ils disent clairement qu’ils veulent nous déporter, qu’ils veulent
chasser la population de Gaza et y installer des colonies. Et l’Occident
ne bouge pas. Peut-être que j’avais besoin de me taire, de réfléchir à
ce que nous sommes en train de vivre. Parce que notre société a changé.
Nous avons changé. Nous essayons de continuer à vivre, de trouver des
moments de joie, mais nous y arrivons de plus en plus rarement.
La stratégie israélienne a évolué. Elle utilise maintenant
l’effet grenouille. Au lieu de nous tuer directement et en masse, ils
nous exterminent à petit feu, comme une grenouille plongée dans une eau
qui se réchauffe graduellement. Elle ne le sent pas, et, quand l’eau
bout, il est trop tard. Pour les Israéliens, leur ministre de la défense
en 2023 Yoav Gallant (inculpé par la Cour pénale internationale de «crimes de guerre» et de «crimes contre l’humanité») l’a dit, nous sommes des «animaux humains».
J’écris ces mots avec une grande tristesse. D’habitude, c’est mon
cerveau qui parle, mais là, c’est mon cœur. Je sens que la communauté
internationale sait très bien qu’à la fin, la grenouille va mourir.
Fondateur
de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux
journalistes occidentaux, Rami Abou Jamous a dû quitter en octobre 2023
son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de
celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l’armée
israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et
plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture
du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui
avec sa famille le 9 octobre 2025.
Le
12 octobre 2024, le Prix Bayeux pour les correspondants de guerre et le
quotidien Ouest France ont récompensé, par deux fois, dans la catégorie
presse écrite, Rami Abou Jamous pour son « Journal de bord de Gaza ».
Le
18 mai 2026, il a reçu le Prix Nord-Sud du Conseil de l’Europe — 31e
édition. Un prix décerné depuis 1995 aux personnalités engagées pour les
droits humains et la solidarité Nord-Sud.
1 Ayman Mghames, « Ma mère a enterré son fils seule à Gaza », [Politis, 21 juillet 2026.
2 Olivia Le Poidevin, « WFP warns of deeper cuts in Gaza aid due to donor fatigue », Reuters, 24 juillet 2026.