Ce blog rassemble, à la manière d'un journal participatif, les messages postés à l'adresse lemurparle@gmail.com par les personnes qui fréquentent, de près ou de loin, les cafés repaires de Villefranche de Conflent et de Perpignan.
Mais pas que.
Et oui, vous aussi vous pouvez y participer, nous faire partager vos infos, vos réactions, vos coups de coeur et vos coups de gueule, tout ce qui nous aidera à nous serrer les coudes, ensemble, face à tout ce que l'on nous sert de pré-mâché, de préconisé, de prêt-à-penser. Vous avez l'adresse mail, @ bientôt de vous lire...
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vendredi 24 juillet 2026
La fin d'un mondial de la honte
mardi 14 juillet 2026
Pions - Mordillat mord
Pions
Le
Peter Newell, illustration pour Lewis Caroll, De l’autre côté du miroir, 1902
Il y a la canicule, le mondial de foot, le Tour de France pour nous distraire et il y a pour 2027 la mise en place d’un régime autoritaire (pour le dire sans excès), voire d’un régime néo-fasciste pour le dire plus vertement. Plus que jamais, la fable de la grenouille qu’on fait bouillir à feu doux dans une casserole s’impose. L’union des droites (de Macron à Zemmour et consorts) compte sur le climat, les vacances et les sports pour profiter que la population a la tête ailleurs et avancer ses pions un par un.
Les trois derniers avancés sur l’échiquier politique ont de quoi nous alarmer.
Premier pion : supposant qu’ils agissent toujours en légitime défense – même quand ils tirent dans le dos d’un manifestant ou d’un passant (la liste, hélas, est longue) –, l’Assemblée nationale vient de voter une loi accordant aux policiers un droit de tuer. Désavouant de fait cette loi, Claire Hédon, la Défenseure des droits, vient de rendre public un rapport pointant que lors de la manifestation à Sainte-Soline, malgré tous les témoignages (visuels et enregistrés), aucune procédure disciplinaire n’a été engagée contre les gendarmes « auteurs de tirs non réglementaires et disproportionnés, ainsi qu’à l’ensemble de la chaîne de commandement » [1]. Elle rappelle aussi – ce que tout le monde a pu entendre grâce à Mediapart et Libération – « l’accumulation des propos dégradants, stigmatisant l’ensemble des manifestants ». En clair : soutenus par leur hiérarchie, les gendarmes se sont régalés à viser, blesser, éborgner ceux qui protestaient contre l’installation d’une méga-bassine. « 200 blessés parmi les manifestants, dont au moins 40 blessés graves » : une véritable partie de chasse qui n’a fait l’objet d’aucune enquête ni d’aucun désaveu. Darmanin n’assurant n’avoir rien vu ni rien entendu de répréhensible et soutenant les gendarmes obligés de faire face à la violence inouïe des « écoterroristes » !
Deuxième pion : Claire Hédon est en fin de mandat et pour la remplacer, le président Macron a trouvé la perle rare, le parlementaire idéal qui jamais ne contrariera les néo-fascistes à l’œuvre : François-Noël Buffet, sénateur Les Républicains, opposant au mariage homosexuel, chargé de l’immigration par Nicolas Sarkozy, soutien de François Fillon, de Wauquiez, opposant à la constitutionnalisation de l’IGV, contre l’extension de la PMA, etc. Le Défenseur des droits devient le défenseur des droites ! Autre rapport, celui de Domique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, elle aussi en fin de mandat, dénonçant les conditions d’incarcération observées à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe : « il ressort des constats effectués et des témoignages reçus – tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants – que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention » [2]. Une fois encore, Darmanin assure qu’il n’y a là rien de répréhensible et assure la hiérarchie pénitentiaire de son soutien indéfectible.
Troisième pion : gageons que Dominique Simonnot qui, comme Claire Hédon, aura effectué un travail exceptionnel pendant tout son mandat, sera remplacé par – au hasard – un partisan d’Éric Ciotti, Marion Maréchal ou un député du Rassemblement national.
L’union des droites a déjà pour elle l’argent, les médias, l’armée et la police, avec ces trois pions elle peaufine sa mainmise sur la République assurée de l’appui, jamais démenti, d’Emmanuel Macron. Combien de temps avant que ces victoires des néo-fascistes deviennent le modèle ordinaire d’organisation de notre société ? Combien de temps encore resterons-nous amorphes, résignés, vaincus ? Gramsci disait qu’il haïssait l’indifférence. Combien de temps encore resterons-nous indifférents à ce qui nous tue à petit feu ?
Source : https://la-bas.org/la-bas-magazine/chroniques/pions
mercredi 24 juin 2026
Julien Le Guet : « Monsieur Darmanin est le plus grand écoterroriste de France »
Julien Le Guet :
« Monsieur Darmanin
est le plus grand écoterroriste
de France »
6 juin 2026
Julien Le Guet, porte-parole du mouvement contre les mégabassines. - © Mathieu Génon / Reporterre
« La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui vont causer notre perte », dit le militant Julien Le Guet dans ce grand entretien. Fer de lance de la lutte contre l’accaparement de l’eau, il subit une répression judiciaire.
Julien Le Guet est batelier dans le Marais poitevin et porte-parole du collectif Bassines non merci. Engagé de longue date dans la lutte pour l’eau et contre les mégabassines, il subit une répression judiciaire et a été condamné à six mois de prison aménagée sous forme d’assignation à résidence avec un bracelet électronique. Il a rarement eu l’occasion de s’exprimer en longueur. Exceptionnellement, il explique ici pourquoi les mégabassines sont nuisibles, comment le système agro-industriel détruit l’agriculture, comment le mouvement s’est relevé après la violence policière de Sainte-Soline et... l’avenir qu’il espère pour le Marais poitevin. « Des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter. »
Vous pouvez lire ci-dessous ce grand entretien, ou l’écouter intégralement sur une plateforme de votre choix et le regarder en vidéo.
Reporterre — Pourquoi jugez-vous que les mégabassines sont une mauvaise solution au problème d’eau agricole ?
Julien Le Guet — Pour répondre, il faut revenir en arrière. Le Marais poitevin est la deuxième zone humide de France, aménagée depuis le Moyen Âge autour d’activités pastorales et d’activités maraîchères qui étaient compatibles avec la biodiversité. Depuis la Seconde Guerre mondiale, comme la Bretagne ou la Beauce, les politiques d’aménagement du territoire ont simplifié les paysages, détruisant les haies et les prairies. De ce fait, le Marais poitevin est une zone en péril pour la biodiversité et la gestion de l’eau depuis les années 1970, et depuis que la culture du maïs, cette plante tropicale qui a besoin d’eau en juillet-août quand elle est rare, y a été favorisée. Elle a tout de suite engendré une raréfaction de l’eau.
Dès la fin des années 1990, il a été démontré que l’État français ne
respectait pas ses engagements sur la préservation des zones humides et
la France a été condamnée par la Cour européenne de justice. On
découvrait que ce qui avait généré le déséquilibre était la culture du
maïs. Au lieu que l’État réfléchisse à installer une agriculture
compatible avec ces enjeux de biodiversité, il a été dans la direction
inverse : puisque le maïs consomme trop d’eau en été, on a décidé de
faire du stockage hivernal de l’eau, quand elle est abondante, pour
limiter l’impact sur les rivières et les nappes phréatiques en été.
Pour regarder sur YouTube c'est ici : https://www.youtube.com/watch?v=zRe69udNAGQ
Cela parait de bon sens quand on n’y connaît rien, non ?
En fait, des nappes phréatiques pleines redonnent l’eau tout au long
de la saison sèche et les rivières continuent de couler jusqu’aux pluies
d’automne. Les nappes recèlent aussi des eaux beaucoup plus faciles à
potabiliser que l’eau de la Seine, par exemple. Et puis, les nappes
phréatiques protègent l’eau du réchauffement et de l’évaporation. Donc,
pomper l’eau de la nappe phréatique pour constituer des réserves
aériennes dans des bâches noires exposées au soleil, aux pollutions
aériennes et à la chaleur, est un non-sens : on perd beaucoup d’eau par
évaporation pendant l’été. Et au-delà de la problématique de
l’évaporation, le stockage en mégabassines accélère la dégradation de la
qualité de l’eau. Le réchauffement favorise le développement de
bactéries ou d’algues.
En quoi les mégabassines constituent-elles un accaparement de l’eau ?
L’eau est un commun, qui ne devrait pas être transformé en marchandise. En fait, quand on paye l’eau, on ne paye pas l’eau elle-même, mais sa dépollution et sa distribution. La matière en tant que telle appartient à tous et à toutes. L’avantage des mégabassines pour ceux qui en bénéficient est que l’eau y est stockée en hiver. Et si on a un été très sec durant lequel des arrêtés préfectoraux vont limiter puis interdire l’irrigation, ceux qui ont l’eau des mégabassines sont affranchis de cette contrainte.
« Les mégabassines créent une irrigation à deux vitesses »
Les mégabassines créent une irrigation à deux vitesses, entre les
connectés aux mégabassines qui ne sont plus concernés par les arrêtés
préfectoraux et les non connectés qui n’ont plus d’eau. D’autant que
vider les nappes phréatiques au printemps engendre une baisse de la
nappe précoce, si bien que la sécheresse fait sentir ses effets plus
tôt. La mégabassine permet de cultiver une plante tropicale sur des
territoires qui subissent maintenant des sécheresses à répétition. Il
faudrait au contraire repenser les plans de semences pour s’adapter à
cette réalité. Mais non, on s’entête à vouloir faire du maïs à tout
prix.
Pourquoi le lobby du maïs est-il aussi fort ?
Une grande partie du maïs produit en France n’est pas le maïs qu’on
va retrouver dans sa table avec une sympathique petite salade, c’est un
maïs qui a vocation à nourrir l’agro-industrie, en servant à l’élevage
intensif dans les fermes-usines.
En fait, l’opposition aux mégabassines est l’opposition à l’agriculture agro-industrielle ?
Oui. La mégabassine n’est que le symptôme de pratiques agroindustrielles qui sont en train de causer notre perte. La raison essentielle de l’extinction de la biodiversité en France n’est pas le changement climatique, mais la destruction des habitats naturels, des nappes phréatiques, des rivières. À travers cette lutte sur les bassines, c’est le système agricole en France qu’on critique. Mais ce n’est pas un argumentaire antimaïs. Il n’y a pas de plantes maudites, il y a juste les usages qu’on en fait. Le maïs est une plante sacrée en Amérique du Sud, qui a nourri toute une civilisation. Et il existe en France des agriculteurs qui pratiquent la semence de maïs population, qui sont des maïs sélectionnés pour supporter mieux la sécheresse.
« Les procès que je vais subir sont des procès politiques », dit ce porte-voix de la lutte contre les bassines. © Mathieu Génon / ReporterreCe n’est ni une lutte anti-irrigation, ni même une lutte
antistockage, ni même une lutte antimaïs. C’est une lutte contre
l’accaparement de tout au profit de quelques-uns.
Pourquoi, en 2001, les projets de mégabassines ont-ils commencé à se développer ? À l’époque, on était peu sensibilisés au changement climatique.
C’est venu suite à ces plaintes au niveau européen : l’État devait
présenter à la Cour de justice européenne un plan de sauvegarde du
Marais poitevin. Les bassines, sous le nom de « réserves de substitution »
ont été présentées comme un moyen de préserver le Marais poitevin et
les zones humides. On prétendait que, plutôt que de prélever le mètre
cube en été, on allait le prendre en hiver et ainsi limiter l’impact des
prélèvements estivaux. Sauf qu’on a constaté assez rapidement, quand
elles ont commencé à être mises en place, que les volumes consacrés à
l’irrigation augmentaient sur certains bassins jusqu’à 50 ou 70 %.
En quoi le changement climatique aggrave-t-il cette situation ?
Dans la physiologie du maïs, il y a un stade où l’irrigation va
augmenter les rendements. Mais passé 35 °C, on peut mettre toute l’eau
qu’on veut, la plante végète. Une alternative très simple pour nourrir
des herbivores, c’est le retour à l’herbe. Si on prend le territoire du
Marais poitevin et de ses bassins versants, la prairie comptait pour 70 % des surfaces agricoles au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, c’est 17 %.
On ne voit plus une vache dehors, pour la simple et bonne raison que
les vaches sont en stabulation. Et là encore, on atteint une limite avec
le réchauffement climatique.
Imaginez les pauvres bêtes, là, à 50 °C.... Une voie de sortie
vertueuse, qui permettrait aux agriculteurs de se désendetter, serait un
vrai plan de retour à la prairie. Parce qu’en plus, ces mégabassines
sont extrêmement coûteuses : une installation d’une dizaine d’hectares
coûte près de 4 millions d’euros, financée à hauteur de 70 % par de l’argent public ;
il reste 1 million à dépenser par les irrigants bénéficiaires. En
réalité, c’est une eau qui est de plus en plus chère. On atteint la
limite de ce système.
Êtes-vous hostile par principe aux réserves d’eau ?
Ni par principe au stockage de l’eau, ni par principe à l’irrigation.
Pour la simple et bonne raison qu’au sein du collectif, nombre de
camarades sont agriculteurs et notamment avec la Confédération paysanne.
Au sein du collectif, on est d’accord pour dire que si on partage l’eau
équitablement et si cela permet la création d’emplois, si on prend en
compte des critères sociaux et environnementaux tels que l’autonomie
alimentaire et la relocalisation des productions, on pourrait dans
certains cas soutenir certains systèmes de stockage d’eau. Le maraîchage
devrait être un usage prioritaire. Ou des éleveurs qui utilisent de la
luzerne et pas du soja venu du bout du monde.
Où en est-on aujourd’hui sur les constructions ?
Depuis 2017, on a réussi à empêcher les seize mégabassines qui
étaient en projet dans les Deux-Sèvres, par des recours juridiques, des
manifestations de plus en plus nombreuses et massives, avec tout un
travail également auprès des collectivités. Tout cela a généré
énormément de succès au niveau des tribunaux administratifs.
Aujourd’hui, la plupart des bassines sont illégales – même celle de
Sainte-Soline. Elle n’est pas remplie. On se retrouve dans une situation
paradoxale où on utilise les méthodes de la désobéissance civile pour
que le droit soit appliqué, alors que les préfets mettent tout en œuvre
pour contourner le droit, pour répondre aux desiderata de la FNSEA [1] et de la Coordination rurale.
Mais la manifestation à Sainte-Soline, le 23 mars 2025, a été très violemment réprimée ?
Elle a causé 200 blessés, et aussi des blessures de l’âme, des acouphènes, des problèmes psychiques... Mais cela a créé un précédent. Aujourd’hui, dès que le mot mégabassines ou réserves de substitution est formulé par des élus ou des techniciens sur d’autres territoires, cela crée une espèce de grosse reculade, même chez des élus de droite : « Oh là là, pas de Sainte-Soline chez nous ! »
Notre revendication principale depuis quatre ans est la mise en place d’un moratoire, pour qu’un travail d’évaluation scientifique au long cours puisse être établi qu’avant qu’on dépense des millions, voire des milliards d’euros dans ce type d’équipement. Ce moratoire, on l’a obtenu de fait. Ça montre qu’on a raison de se mobiliser, de se soulever et de résister à cette barbarie technologique. Sauf qu’on subit un nouvel assaut avec le passage en force à l’Assemblée nationale du projet de loi d’urgence agricole dont de nombreux articles visent à lever les freins juridiques aux mégabassines.
« Il y a de très fortes connivences entre Macron et sa sphère et le monde de l’agro-industrie. » © Mathieu Génon / ReporterreEt par ailleurs, les bassines sont considérées d’« intérêt général majeur »,
ce qui signifie que devant les tribunaux administratifs, ce n’est plus
aux porteurs de projets de démontrer que leur projet pourrait être
d’intérêt général majeur, mais aux associations de démontrer qu’elles ne
le sont pas. Cela change le rapport de force et la manière d’instruire
les dossiers.
Comment expliquez-vous l’imposition d’une politique sur l’eau aussi problématique ?
Il y a de très fortes connivences entre Macron et sa sphère et le monde de l’agro-industrie. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est censé être représentant des agriculteurs de France, mais il est le PDG d’un des gros groupes agro-industriel, Avril. C’est un agro-industriel, certainement pas un petit paysan. Et avant d’être président de la République, Macron travaillait à la banque Rothschild et il a fait la négociation entre Nestlé et le groupe Pfizer [Neslé a acquis en 2012 la branche nutrition de Pfizer pour 8,98 milliards d’euros].
Dans le scandale de l’affaire Nestlé,
pourquoi les services de l’État ne montent-ils pas au créneau, alors
qu’ils ont connaissance du fait que l’eau est vendue comme une eau
minérale alors qu’elle est filtrée et qu’en plus on y trouve des
micropolluants ?
Qu’est-ce que Sainte-Soline, cette confrontation avec une violence énorme de l’État, a changé dans la lutte ?
Cette violence policière cherchait à mettre nos vies tellement en danger que ça dégoûte tout le monde de retourner un jour en manifestation. Quand on a subi une telle violence, on n’est pas prêt à tout de suite prendre le risque de se retrouver face à ces bleus carapacés ultraviolents. Alors comment le mouvement a-t-il survécu ? On a fait face collectivement. Ça nous a obligé à vraiment faire corps et à se rendre compte que le soin dans la lutte était une condition sine qua non.
Mais il est très pesant d’être qualifié d’écoterroristes, ce n’est
pas sans conséquence sur l’opinion publique. ll y a certes des
écoterroristes en France. Un écoterroriste, c’est quelqu’un qui
terrorise, qui mène une politique de terreur vis-à-vis de l’écologie et
de ceux qui la défendent. Et je le dis, Monsieur Darmanin est le plus
grand écoterroriste de France.
Vous-même subissez une répression judiciaire très dure. Allez-vous continuer la lutte face à une répression aussi féroce ?
Évidemment que tout ça mis bout à bout impacte le quotidien, impacte la vie, impacte les relations et c’est loin d’être anodin. Mais il est hors de question de donner satisfaction à nos bourreaux. Et si leur objectif est de nous réduire au silence, raison de plus pour l’ouvrir encore plus fort. Dans les mois qui viennent, ma liberté de mouvement va être contrainte. Mais je n’ai pas prévu d’arrêter de m’exprimer. Les procès que je vais subir sont des procès politiques. Chaque fois qu’on est convoqué, on politise ces moments, on en fait des moments de rassemblement, on en fait des moments d’éducation populaire et on se renforce.
Julien Le Guet, ici en mars 2024, arpente depuis quarante ans les canaux du Marais poitevin, qu’il a vu se transformer. © Mathieu Génon / ReporterreDans le monde que nous souhaitons faire grandir, les zones humides pourraient-elles se reconstituer et grandir à nouveau ?
Oui. La solution est dans le retour à l’herbe. Permettre aux vaches de manger de l’herbe dans les prairies a plein d’intérêts, notamment en termes d’infiltration d’eau et de dépollution de l’eau. Parce que tout végétal participe à un mécanisme qu’on appelle la phytoépuration. Il faudrait aussi refaire le maillage des haies qui permet que l’eau ne parte pas directement à la mer mais s’infiltre et rejoigne la nappe phréatique.
Donc oui, on pourrait soigner, sur un pas de temps de dix ans, le Marais poitevin. Mais son avenir à plus long terme ne dépend plus de l’homme. Les 100 000 hectares du Marais poitevin sont compris entre 0 et 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le marais poitevin était un golfe il y a mille ans, avant que les hommes établissent des digues. Ce que la mer a, ce que la mer a donné, elle le reprendra. Sera-ce dans 100 ans, dans 200 ans, dans cinq siècles ou dans trente ans ? Il y aura le retour de l’océan. Je pense qu’il faut l’accepter. Ce qui est inacceptable, c’est qu’entre-temps, on détruise tout.
Dans la lutte qu’on vit sur les bassines, il y a le pire — la barbarie de cet État, de ces préfets, de ces fachos en carapaces. Et puis il y a toute la beauté de notre mouvement, de ces solidarités très fortes, de la joie, de la culture, de la diversité. On se dit qu’en fait, des lendemains peuvent refleurir, des printemps peuvent chanter.
Notes
[1] Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles.
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mardi 9 juin 2026
Perpignan 10 juin 18h30 - Liberté d’informer : un Combat Démocratique
Liberté d’informer :
un Combat Démocratique
Mercredi 10 juin 2026 18h30
Conférence–débat
Avec David Dufresne,
Mathieu Molard et Maïté Torres
Le Nautilus, Perpignan
Entrée libre
Trois responsables de médias indépendants (les nationaux Au Poste et Streetpress, le local Made in Perpignan) croisent leurs regards, partagent leurs expériences et interrogent les enjeux et combats qui traversent aujourd’hui un paysage médiatique soumis à la pression, la prédation et la polarisation.
Car sans presse réellement libre, il n’y a pas de démocratie.
Source : https://nostremar.com/liberte-dinformer-un-combat-democratique/
samedi 6 juin 2026
Françoise d’Eaubonne (1920-2005), l’imagination comme seul pouvoir
Françoise d’Eaubonne (1920-2005),
l’imagination
comme seul pouvoir
Samedi 20 novembre 2021
![]() |
| Portrait de Françoise d'Eaubonne (1920-2005), le 14 mai 1964 - CC BY-SA 4.0 - Wikimedia Commons - Fond privé - Auteur inconnu |
Pionnière en France de l’écoféminisme dont elle invente le nom, Françoise d’Eaubonne a embrassé, et devancé, les mouvements politiques du XXe siècle. En 1974, face à un capitalisme “au stade du suicide”, elle théorise: "C’est le féminisme ou la mort".
Je lègue à tous ceux qui m’ont aimée et me liront ou m’ont lue avec compréhension la haine irréductible d’une société plus immonde que toutes celles qui l’ont précédée, l’amour des hommes et des femmes qu’elle broie et dégrade de toutes les façons et à tous les niveaux, l’amour de l’environnement à ressusciter s’il est encore possible, et le soin de continuer la lutte contre le pouvoir patriarcal et impérialiste que mes dernières forces seront employées à maudire et mes derniers écrits à combattre.
"Testament politique" (1991), cité par Élise Thiébaut dans L’Amazone verte (Leduc, 2021) Françoise d'Eaubonne
L’imagination comme seul pouvoir. En détournant le slogan iconique de mai 68 “l’imagination au pouvoir”, Françoise d’Eaubonne raconte à la fois les errements d’un mouvement auquel elle prit part mais dont elle dénonce immédiatement ou presque les impasses, l’absence de considération des pensées révolutionnaires qu’elle appelle du Désirant et du Refus, féministes et homosexuelles et la non remise en cause de la vicissitude fondamentale de notre structure sociale : Le pouvoir. Pour elle, tout mouvement révolutionnaire doit viser non pas le pouvoir mais la destruction de celui-ci.
Le pouvoir pourrit l'imagination, or l’imagination est un pouvoir. Pour Françoise d’Eaubonne, l’imagination comme seul pouvoir, c’est revendiquer la nécessité d’engager nos imaginaires dans la lutte contre le système mâle.
Il faut réinvestir et réinventer les mythes, s’emparer du pouvoir de la poésie, des mots, pour appréhender, et tordre, le réel. Renverser l’ordre établi passe par un renversement des imaginaires.
Un pouvoir de l’imagination dont son œuvre visionnaire et l’inventivité de de sa praxis militante faite de happenings et d’action directe sont les reflets.
C’est l’après 68, qui sera le sommet de sa vie. Hétérosexuelle en lutte contre l’institutionnalisation de l’hétérosexualité, elle qui fut en couple avec des hommes très violents, elle participera au mouvement de libération des femmes et cofondera le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, où elle rencontrera ses grands amours, des hommes bisexuels.
C’est aussi au FHAR qu’elle a l’un de ses déclics écologiques, qui lui fera écrire en 1974 dans Le Féminisme ou la mort :
"Le moment nous semble venu d’exposer que le féminisme n’est pas seulement - ce qui lui a déjà donné sa dignité fondamentale - la protestation de la catégorie humaine la plus anciennement écrasée et exploitée, puisque la femme était esclave avant que l’esclave fût. Mais que le féminisme, c’est l’humanité toute entière en crise, et c’est la mue de l’espèce ; c’est véritablement le monde qui va changer de base. Et beaucoup plus encore : il ne reste pas le choix ; si le monde refuse cette mutation qui dépassera toute révolution comme la révolution a dépassé l’esprit de réforme, il est condamné à mort. Et à une mort à la plus brève échéance."Françoise d'Eaubonne
Tout au long des années 70, elle s’attache à articuler écologie et féminisme en théorie, en littérature et en pratique(s), elle fomentera ainsi un attentat matériel contre l'usine en construction de Fessenheim. Face à un capitalisme - dernier stade du patriarcat - responsable selon elle de la négation et de la mort du vivant (illimitisme, surpollution, impérialisme, génocides, surpopulation, destruction de la biodiversité…), elle en appelle à une mue - féministe - de l'humanité sinon quoi c'est l'espèce toute entière qui succombera.
En 1978, elle avertissait : Il vaut mieux avoir rendez-vous avec les femmes qu'avec l’Apocalypse.
A voir sur Youtube ici : https://www.youtube.com/watch?v=7nSA84zfURM
Intervenants
- Marie-Jo BonnetOuverture dans un nouvel onglet, historienne, camarade de lutte
- Élise ThiébautOuverture dans un nouvel onglet, journaliste féministe, biographe de Françoise d’Eaubonne
- Alain Lezongar, “fils adoptif”
- Isabelle CambourakisOuverture dans un nouvel onglet, historienne, éditrice (Éditions CambourakisOuverture dans un nouvel onglet), la collection SorcièresOuverture dans un nouvel onglet de la maison d’édition Cambourakis a très largement participé de la diffusion de textes et pensées écoféministes en France.
- Vincent d’Eaubonne, fils de Françoise d’Eaubonne. PhotographeOuverture dans un nouvel onglet des arts vivants, Arts de la Rue et Cirque principalement. Son site Instants de scènesOuverture dans un nouvel onglet
- Aurore TurbiauOuverture dans un nouvel onglet, doctorante en littérature, ses recherches portent sur les littératures féministes et lesbiennes francophones des années 70. Une partie de ses trouvailles et analyses précieuses se trouvent sur son blog Littératures engagéesOuverture dans un nouvel onglet
- Myriam BahaffouOuverture dans un nouvel onglet, doctorante en philosophie et en études de genre, co-préfacière de la réédition du Féminisme ou la mort (Passager clandestin, 2021)
Un documentaire de Clémence Allezard, réalisé par Annabelle Brouard. Prise de son Christophe Papon et Jean Guilin Mège. Mixage, Olivier Dupré. Archives Ina, Anne Delaveau. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France. Page web, Sylvia Favre.
Un très grand merci à :
- Élise Thiébaut pour l’élan et la confiance
- Benjamin Toix, d’avoir bien voulu me confier pour un temps indéterminé son exemplaire de Les Bergères de l’Apocalypse dont je sais l’inestimable valeur
- Julie Gorecki, pour la riche conversation et le temps accordé
- Renda des Bombes Atomiques, pour le bel échange et l’interprétation à brûle pourpoint du chant
- Centre Audiovisuel Simone de BeauvoirOuverture dans un nouvel onglet (28 place St Georges, Paris 9ème) pour nous avoir permis de visionner des archives du FHAROuverture dans un nouvel onglet (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire)
- L’IMECOuverture dans un nouvel onglet (Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine), et tout particulièrement à Daniela Scancella, pour son accueil
Lecture de textes (extraits) par Anne Stephens : Féminisme ou la mort, Contre-violence et Bergères de l’Apocalypse de Françoise d'Eaubonne
![]() |
Couverture du roman de Françoise d'Eaubonne "Les bergères de l'apocalypse" - |
Bibliographie
- Le Féminisme ou la mort Ouverture dans un nouvel onglet (réédition 2020, Le Passager clandestin. 1974)
- Les Bergères de l’Apocalypse (Jean-Claude Simöen, 1977)
- Écologie et Féminisme. Révolution ou mutation ?Ouverture dans un nouvel onglet (éditions Libre et Solidaire, 1978)
- Mémoires irréductibles, De l’entre-deux guerres aux années 2000 (Dagorno, 2001)
- Contre-violence (1978. Réédition à paraître en 2022, Cambourakis)
- Eros minoritaire (Balland, 1970)
- Le complexe de DianeOuverture dans un nouvel onglet (réédition 10.2021, Julliard. Première édition, 1951)
Couverture de l'ouvrage "L'Amazone verte.
Le destin incroyable de la première écoféministe" d'Élise Thiébaut - Éditions Charleston (2021)
Autour de Françoise d’Eaubonne et de l’écoféminisme
- L’Amazone verte. Le destin incroyable de la première écoféministeOuverture dans un nouvel onglet, Élise Thiébaut (Leduc, 2020)
- Françoise d’Eaubonne & l’écoféminismeOuverture dans un nouvel onglet, Caroline Goldblum (Le Passager clandestin, 2019)
- Reclaim, recueil de textes écoféministesOuverture dans un nouvel onglet, sous la direction d’Émilie Hache (Cambourakis, 2016)
- Des femmes contre les missilesOuverture dans un nouvel onglet, Alice Cook et Gwyn Kirk (Cambourakis, 2016)
- Écologies déviantesOuverture dans un nouvel onglet, Cy Lecerf Maulpoix (Cambourakis, 2021)
- Françoise d’Eaubonne, à l’origine de la pensée écoféministeOuverture dans un nouvel onglet, article de Caroline Goldblum dans la revue Hommes & Société (n° 203-204, 2017)
- Marie-Jo Bonnet, Mon MLFOuverture dans un nouvel onglet (Albin Michel, 2018)
- Marie-Jo Bonnet, La maternité symboliqueOuverture dans un nouvel onglet (Albin Michel, 2020)
Autour de la contre-violence
- Mutinerie et autres textesOuverture dans un nouvel onglet, Ulrike Meinhof (Des femmes, 1977)
- Sommes-nous trop sages devant la catastropheOuverture dans un nouvel onglet ?Ouverture dans un nouvel onglet un article d’Isabelle Cambourakis paru dans TerrestresOuverture dans un nouvel onglet, revue des livres, des livres et des écologies
Autour de la lutte féministe et antinucléaire à Bure
- Le site Bombes atomiques, collectifs féministes et antinucléairesOuverture dans un nouvel onglet, avec de nombreuses ressources
Films et documentaires vidéos
- Françoise d’Eaubonne, une irréductible rebelle, Denise BrialOuverture dans un nouvel onglet (Atalante Vidéos FéministesOuverture dans un nouvel onglet, 2006)
- La révolution du désir, Alessandro Avellis (Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, 80 mn, 2006)
- Le FHAR, Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, Carole Roussopoulos (Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, 26 mn, 1971)
Archives Ina :
- Radioscopie, Jacques Chancel (France Inter, 1977)
- Journal, Inter actualités, (France Inter, 1975)
Musique
- À la fin du documentaire : Poem for a Nuclear Romance (album Changing places) de Anne Clark
- Au fil de l'émission, des musiques des groupes Madensuyu, Pan Sonic et de Chamberlain, Sarah Neufeld.
A voir sur Youtube ici : https://www.youtube.com/watch?v=APr32fNoBNA
J’espère qu’on dira : Qu’est-ce qu’elle a pu nous faire rire! Et aussi que j’ai pu aider quelqu'un à se sentir plus libre. Françoise d'Eaubonne
Pour aller plus loin
- Françoise d'EaubonneOuverture dans un nouvel onglet sur le site Le Maitron, dictionnaire biographique. Mouvement ouvrier, mouvement social
- Françoise d’Eaubonne, pionnière de l’écoféminisme et adepte du sabotageOuverture dans un nouvel onglet, article publié dans le quotidien de l’écologie Reporterre (10 octobre 2019)
- Et Françoise d’Eaubonne, "l'Amazone verte", créa l'écoféminismeOuverture dans un nouvel onglet, entretien avec Élise Thiébaut auteur de L'Amazone verte, le roman de Françoise d'Eaubonne (Charleston, 2021) à lire sur les pages dédiées aux Terriennes du site de TV5 Monde
- L’écoféminisme de Françoise d’Eaubonne. Une pensée de gauche escamotée ?Ouverture dans un nouvel onglet article d’Iris Derzelle, paru dans la Vie des idées (décembre 2020)
- Françoise d’Eaubonne, entretien avec Marina Galimberti et Joëlle Palmieri, recueilli en juin 1999. En ligne sur le site de Joëlle Palmieri
- A propos des Bergères de l’Apocalypse (1977), article en deux parties d’Aurore Turbiau, publié sur son blog, Littératures engagées : Un “roman qui n’est — humblement qu’une épopée” : Françoise d’Eaubonne, Les Bergères de l’Apocalypse 1/2 (1977)Ouverture dans un nouvel onglet - Une prophétie : mutation planétaire, terrorisme de contre-violence, destruction du régime hétéropatriarcal (d’Eaubonne, Les Bergères de l’Apocalypse 2/2)Ouverture dans un nouvel onglet
- Françoise d’Eaubonne, Éros minoritaire : tel qu’il est vécu, dans Genre, sexualité & société (n°3, printemps 2010)















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