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samedi 14 février 2026

Alchimie - 20 février 20h - Doole Doole - Film au profit de l'association SOS METITERRANEE


 

SYNOPSIS


Dans un contexte international où la mer méditerranée est devenue une frontière pour la jeunesse africaine, le film s’interroge sur les motivations de cette migration à haut risque. A St Louis du Sénégal depuis plus de 3 siècles les habitants de la Langue de Barbarie travaillent et vivent dans le pays où ils sont nés. Le film montre comment et pourquoi peu à peu la mer les envahit, la surpêche de leur côte les prive de leur gagne-pain, des projets industriels les exproprient et les poussent à l’émigration. Tonton et Madou, deux jeunes pêcheurs, racontent comment ils se trouvent contraints d’envisager de quitter Ndar Tout, le quartier où ils sont nés, et partir en Europe ; même si une digue vient d’être construite, censée les sauver et les protéger.

Tout se passe comme si leur vie ne leur appartenait plus complètement : ils doivent se résoudre à abandonner la pêche ou partir pêcher ailleurs. La mer envahit leur maison et les pousse à se reloger dans les terres. Un projet de port gazier et pétrolier sème le doute sur la possibilité de continuer à vivre sur la langue de Barbarie. Dans ces conditions la tentation est grande, pour qui sait naviguer, de partir pour l’Europe.

A travers le questionnement de plusieurs habitants du quartier, il apparait que les côtes de St Louis, comme toutes celles du Sénégal, sont un enjeu de la surpêche européenne et asiatique qui provoque peu à peu l’extinction de la pêche artisanale locale. Plusieurs habitants ou salariés dénoncent également des entreprises multinationales françaises bénéficiaires de contrats d’exploitation (TOTAL) ou de construction (EIFFAGE) qui tiennent peu compte des habitants du quartier et de leurs emplois. Le film montre ainsi la construction par EIFFAGE d’une digue de protection du quartier qui sera détruite deux mois plus tard par la mer. Car l’érosion côtière, depuis 3 ans, devient de plus en plus dévastatrice avec des phénomènes de houle spectaculaire qui démolissent les premières rangées de maisons. Ces événements récents ont fourni l’occasion de la venue du président Macron en février 2018 au nom de la solidarité climatique. 

Le film dévoile cette politique d’aide qui, sous couvert de générosité et de solidarité, continue en fait de financer des projets de développement qui abondent directement les intérêts de sociétés françaises. Les habitants du quartier ne sont pas dupes, ils savent qu’ils ne peuvent compter que sur leur propre force, DOOLE DOOLE, et balancent entre révolte et résignation en continuant, comme tout humain, de rêver d’une vie meilleure pour leurs enfants. Car pour les jeunes, la question demeure cruciale. Ils doivent continuer à se débrouiller pour vivre comme ils peuvent dans un pays diminué ou tenter de traverser la mer au péril de leur vie.

jeudi 27 novembre 2025

Soudan - Revendiquer la liberté dans la révolution comme dans la guerre

Revendiquer la liberté 

dans la révolution 

comme dans la guerre

 


Une introduction à la lutte du Groupe Anarchiste du Soudan

 9 novembre 2025 

Depuis plusieurs années, nous coopérons avec Sudfa Media pour partager des informations sur la révolution et la contre-révolution au Soudan. Alors que les Forces de Soutien Rapide multiplient les massacres, les camarades de la Black Rose/Rosa Negra Anarchist Federation aux Etats-Unis, qui s’organisent depuis longtemps en solidarité avec le mouvements anarchiste soudanais, proposent de revenir sur l’histoire et le rôle de ce mouvement au coeur du processus révolutionnaire.

Sur le site de Sudfa Media et sur leurs réseaux sociaux, vous pourrez trouver de nombreuses informations et analyses critiques sur les récents massacres opérés par les FSR, sur les puissances étrangères qui les arment, les financent et les soutiennent. Vous trouverez aussi de nombreuses informations sur les mulitples formes d’auto-organisation dans la résistance populaire soudanaise.


En 2024, le Comité des relations internationales de Black Rose/Rosa Negra a commencé à travailler en étroite collaboration avec des révolutionnaires anarchistes au Soudan. Cette relation a donné lieu à des échanges d’idées, de conseils pratiques et de soutien.

Au début de l’année 2025, Black Rose/Rosa Negra a organisé une campagne visant à collecter 20 000 dollars américains pour nos camarades soudanais, qui ont depuis utilisé cette somme pour acheter une presse à imprimer.

Dans cet article, rédigé avec l’aide de nos camarades soudanais, nous retraçons l’histoire de la création de l’organisation désormais connue sous le nom de Groupe Anarchiste du Soudan - GAS (Anarchist Group in Sudan - AGS)

By Morgan P.

La révolution soudanaise a été l’un des grands soulèvements révolutionnaires du XXIe siècle. Comme trop souvent, elle a été étouffée dans le sang et la dictature, du moins pour l’instant. Mais comme toutes les grandes révolutions, en son cœur s’est forgé de nouvelles idéologies et de nouvelles tendances politiques importantes.

Si l’anarchisme n’est pas nouveau en Afrique, comme dans beaucoup d’autres régions du monde, il a récemment eu du mal à dépasser le stade de tradition intellectuelle ou de mode de vie pour devenir un mouvement vivant avec des recommandations stratégiques substantielles. En s’investissant pleinement dans les mouvements sociaux qui ont conduit à la révolution soudanaise tout en développant leur propre organisation politique formelle, les anarchistes au Soudan ont pu mettre en place une pratique révolutionnaire qui a une réelle signification pour la lutte des classes dans leur pays. Bien que leurs conditions soient très différentes des nôtres ici aux États-Unis, nous pouvons néanmoins tirer de précieuses leçons de leurs expériences, tant dans le processus révolutionnaire que dans la situation actuelle de survie sous la guerre civile et la répression intense.

Avant le déclenchement des manifestations de masse dans les rues en décembre 2018, le Soudan connaissait déjà une opposition latente à la dictature d’Omar el-Béchir et aux conditions économiques écrasantes auxquelles le peuple était confronté sous son règne. Et cette atmosphère de révoltes successives des étudiant·es et des travailleur·euses a encouragé la jeunesse, les militant·es et étudiant·es à explorer et approfondir des idéologies qui les aideraient à surmonter les nombreux obstacles auxquels ils étaient confrontés. C’est à cette période que certains des membres fondateurs du Groupe Anarchiste du Soudan (AGS) ont découvert l’anarchisme et ont fondé une organisation en avril 2017, sous la forme d’un petit groupe de cinq camarades.

Le GAS était au départ une petite organisation étudiante qui a commencé par axer ses efforts sur la création d’une base dans les universités soudanaises. Ils s’organisaient clandestinement et se concentraient sur les campus plus petits et plus périphériques, où le regard de l’État n’était pas aussi intense. Dans le contexte de l’opposition soudanaise, la clandestinité était une pratique courante. Le GAS elle-même évitait stratégiquement toute confrontation directe avec le pouvoir, ses membres préférant s’immerger dans les espaces de lutte populaire, en particulier les syndicats étudiants. La portée du groupe s’est élargie à mesure qu’il entrait en contact avec de plus en plus de jeunes militant·es à la recherche d’alternatives aux idéologies politiques dépassées et obsolètes d’hier.

Au fur et à mesure de sa croissance, l’organisation a attiré des professionnels tels que des avocat·es et des ingénieur·es, qui, par l’intermédiaire de l’Association des Professionnels Soudanais, constituaient une organisation de premier plan représentant une classe sociale spécifique à l’origine de la révolution. Le GAS a commencé à mettre davantage l’accent sur le recrutement, s’est étendu à de nombreuses universités et a acquis une certaine influence au sein de la coalition des syndicats étudiants. Au fur et à mesure de sa croissance, elle a utilisé le nom « Fédération Anarchiste du Soudan », sous lequel plusieurs de ses déclarations apparaissent en ligne, mais a fini par utiliser le terme « groupe » plutôt que « fédération », car elle fonctionnait comme une organisation unitaire unique.

La création et la croissance initiale du GAS ont coïncidé avec l’explosion de la révolution soudanaise en décembre 2018. La révolution était menée par des mouvements sociaux populaires tels que les syndicats de travailleurs, les syndicats étudiants, les organisations de femmes et les comités de résistance de quartier. 

Des manifestant·es célèbrent la chute du gouvernement du président Omar el-Béchir en 2019.

Les comités de résistance méritent une attention particulière. À l’instar des comités de coordination locaux de la révolution syrienne de 2011, les comités de résistance soudanais sont essentiellement de petits groupes de voisins qui s’organisent de manière autonome pour participer aux manifestations et au processus révolutionnaire. En se mettant en réseau avec des centaines d’autres comités locaux, ils ont formé le tissu du mouvement visant à renverser al-Bashir. Nous les considérons comme un exemple classique du pouvoir populaire en action, où des voisins affrontent le pouvoir étatique tout en commençant à prendre le contrôle de leur propre quartier et à créer les structures organisationnelles d’autogestion qui pourraient remplacer l’État.

Le GAS a activement travaillé au sein des comités de résistance et des organisations étudiantes pendant les premiers mois de la révolution, tout en restant dans la clandestinité. Les militants ont pu défendre des positions anarchistes et influencer l’orientation des groupes sans s’afficher publiquement comme anarchistes. En participant à cette vague massive d’auto-organisation associée à des affrontements de rue de grande ampleur, l’anarchisme est passé d’une idée à une pratique stratégique vécue. Ils considéraient l’anarchisme comme un moyen pragmatique de s’impliquer dans la lutte sociale tout en combattant toutes les forces autoritaires qui oppriment le peuple soudanais, qu’elles soient tribales, culturelles, militaires ou religieuses — une lutte globale contre tout cela et pour la liberté et les droits individuels.

« Les stratégies proposées par les anarchistes au Soudan sont sans précédent dans la manière d’aborder cette crise sociale complexe. Le principe consistant à rejeter même les petites autorités locales, telles que la domination tribale et le racisme fondé sur l’ethnicité, est au cœur du démantèlement des structures de pouvoir dans la société soudanaise. Cela a des effets psychologiques sur les individus et des conséquences sociales qui peuvent les amener à entrer en confrontation directe avec les autorités établies. Cependant, nous croyons que la liberté est indivisible et que chaque individu mérite d’être libre, même en dehors du pouvoir institutionnel, y compris le pouvoir sur son propre comportement. L’autorité est un comportement social enraciné dans le désir de l’individu de monopoliser la violence et de priver les autres de leur liberté. »

— Membre de le GAS lors d’un dialogue avec des membres du Black Rose/Rosa Negra, septembre 2025

Au sein des comités de résistance, le GAS coordonnait les activités anarchistes afin d’orienter les comités vers une direction plus anti-autoritaire. Les comités de résistance étaient à bien des égards une expression organique de la société soudanaise existante — les éléments fondamentaux de solidarité et d’entraide qui ont été nécessaires pour survivre dans un pays où le gouvernement ne fournit rien pour la survie de la population. Même si cette situation a permis au Groupe Anarchiste du Soudan de gagner de la force, cela signifiait également qu’il y avait beaucoup de travail à faire pour construire un pouvoir populaire organisé avec la vision nécessaire pour défier l’État. Le GAS s’est efforcé, par exemple, d’élargir la nature de nombreux comités, - qui étaient des groupes plus limités avec des membres sélectionnés et un président, un vice-président, etc. -, pour les ouvrir à tou·tes les habitant·es du quartier afin qu’iels puissent s’y joindre et y participer.

Des manifestants affrontent les forces de sécurité après le coup d’État militaire initié par le général Abdel Fattah al-Burhan en 2021.
 

Parallèlement au travail d’organisation pratique, le GAS a lancé la mise en place de « cercles de réflexion » pour discuter des idées anarchistes et s’est efforcée de rendre les textes anarchistes disponibles en arabe. Elle a utilisé les modestes cotisations de ses membres pour imprimer des brochures anarchistes et organiser des événements universitaires.

Alors que les mouvements sociaux soudanais ont réussi à renverser al-Bashir en avril, l’armée a pris le contrôle du gouvernement et la lutte s’est intensifiée. Le 3 juin 2019, les forces gouvernementales ont massacré un sit-in à Khartoum, faisant plus de 100 morts et violant plus de 70 personnes. Ce n’était que le plus grand des nombreux massacres commis pendant cette période, au cours de laquelle de nombreux manifestants et camarades ont été assassinés par les forces de l’État. Les travailleur·euses ont réagi au massacre du 3 juin à Khartoum par une grève générale qui a paralysé le pays et amené les dirigeants militaires à la table des négociations. C’est dans ce contexte, alors que le pays était au bord du gouffre et que les comités de résistance prenaient le contrôle du territoire, que le GAS s’est présentée pour la première fois au public lors d’une grande marche à Khartoum le 30 juin.

Comme on pouvait s’y attendre, ils ont dû faire face à une vive réaction après s’être déclarés publiquement comme une organisation anarchiste. Mais comme ils s’étaient intégrés dans les syndicats étudiants et les comités de résistance, et s’étaient fait connaître auprès de leurs camarades étudiants et voisins comme des compagnons engagés aux idées sensées, ils ont pu recruter de nombreux nouveaux membres. De nombreux jeunes, déçus par les faux choix proposés par les soi-disant dirigeants – y compris les communistes étatiques de la « libération nationale » qui avaient soutenu la dictature – ont été attirés par la position de principe des anarchistes en faveur de la liberté.

Cependant, l’anarchisme au Soudan n’a pas pu se développer librement pendant longtemps. Le soulèvement populaire a remporté une victoire historique en renversant la dictature militaire en juillet 2019, avec la mise en place d’un gouvernement civilo-militaire de transition issu d’un compromis. Mais il s’agissait d’une solution intrinsèquement instable, et l’armée et les « Forces de Soutien Rapide » (FSR) ont mené ensemble une contre-révolution en octobre 2021 qui a entraîné le retour d’une dictature sévère. [1] Cette solution était elle aussi instable, et les FSR et les Forces armées soudanaises (SAF) se sont affrontées dans une lutte pour le pouvoir et ont déclenché une guerre civile en avril 2023. Les tragédies qui se sont abattues sur le pays depuis lors sont trop profondes et trop nombreuses pour être détaillées dans le présent compte rendu.

Membres lourdement armés des Forces de Soutien Rapide (FSR)

La guerre civile, qui trouve ses racines profondes à la fois dans l’héritage du colonialisme britannique et dans l’histoire locale de domination, est également une guerre pour la survie des populations noires contre une tentative de génocide. Les pouvoirs en place au Soudan, en particulier la FSR, sont des suprémacistes arabes qui cherchent à dominer et à purifier ethniquement les groupes ethniques soudanais à la peau plus foncée de leurs terres. Nos camarades rapportent que l’esclavage est pratiqué à l’encontre des personnes noires au Soudan, et ils considèrent donc la lutte actuelle comme un combat pour la libération de l’autoritarisme racial.

Alors que le mouvement révolutionnaire poursuivait sa lutte acharnée contre le retour du pouvoir militaire, cette période a vu de nombreux martyrs tomber, notamment des camarades anarchistes tels qu’Omar Habbash, médecin à Al Fashir, Sara, militante de premier plan à Khartoum, et d’autres encore. Où qu’ils se trouvent, les camarades sont constamment menacés d’emprisonnement, et généralement, celui-ci mène assez vite à la mort dans le courant du mois qui suit l’arrestation. Face à ces pertes, le GAS s’engage à poursuivre sa lutte avec abnégation et détermination. Face à l’élargissement du conflit armé, les camarades anarchistes ont adopté deux approches générales : se battre aux côtés des milices de résistance indépendantes qui tentent de défendre la population contre les ravages des FSR et des forces armées soudanaises, ou s’efforcer d’éviter les affrontements armés en diffusant des idées et en s’organisant à la base pour développer le mouvement. Le GAS soutient actuellement ces deux approches stratégiques.

Alors que le pays est déchiré par une guerre de proxy menée par des puissances étrangères telles que les Émirats arabes unis et l’Égypte, déterminées à exploiter ses ressources naturelles, et que sept factions militaires différentes sèment la terreur parmi la population soudanaise, le GAS a néanmoins survécu. Ses membres ont été dispersés, devenant des réfugiés internes et parfois externes, mais ils ont réussi à rester en contact et à se coordonner. Dans la mesure du possible, ils aident à gérer des cuisines communautaires, ils aident les réfugié·es à se mettre en sécurité, ils fournissent des soins médicaux, ils soutiennent les milices de résistance et ils continuent à faire de la propagande anarchiste chaque fois que cela est possible.

Black Rose / Rosa Negra coordonne la solidarité avec le GAS en collaboration avec nos organisations camarades de la Coordination internationale pour l’anarchisme organisé (ICOA), en particulier Die Plattform en Allemagne et l’Union communiste libertaire en France. Parallèlement à des initiatives de moindre envergure, une campagne publique de collecte de fonds a permis de récolter plus de 20 000 dollars américains afin d’aider le GAS à acheter une presse industrielle qui servira à la fois à diffuser la propagande anarchiste et à assurer son autonomie financière. Bien que la presse n’ait pas encore été mise en service à plein régime en raison des lignes de front en constante évolution et des vagues de répression, elle symbolise la détermination du GAS à poursuivre la lutte anarchiste révolutionnaire, une nécessité pratique même au milieu de l’une des pires catastrophes humanitaires de la planète.

Image de la presse à imprimer achetée par le GAS grâce aux fonds récoltés par la campagne de solidarité Black Rose/Rosa Negra.

Les anarchistes soudanais·es estiment que la solidarité internationale sera essentielle pour mettre fin au conflit, en particulier en ciblant les puissances qui alimentent la guerre civile :

Pour lutter contre l’intervention étrangère dans la guerre au Soudan, il faut un soulèvement mondial des réseaux de lutte afin de dénoncer les entités qui profitent du sang des peuples, non seulement au Soudan, mais dans toute la région. Idéalement, les populations des pays de la région devraient s’opposer à leurs gouvernements pour mettre fin au bain de sang qui se fait en échange de l’accumulation de richesses. Chacun peut contribuer à dénoncer ces crimes de guerre dans son propre pays et sensibiliser la population sur le fait que la guerre au Soudan peut cesser si le soutien extérieur qui la rend possible prend fin, et que la paix s’ensuivra.

— Membre de le GAS lors d’un dialogue avec des membres du Black Rose/Rosa Negra, septembre 2025

L’objectif politique immédiat du GAS est désormais de mettre fin à la guerre et aux massacres commis par les FSR et l’armée. À plus long terme, elle continue de lutter pour surmonter les divisions tribales et ethniques exacerbées par le colonialisme raciste afin de mener à bien la révolution sociale et de créer une société socialiste et féministe autogérée au Soudan et dans toute l’Afrique.

En tant que révolutionnaires au cœur de l’impérialisme, nos vies sont très éloignées de celles de nos camarades au Soudan. Néanmoins, nous avons beaucoup à apprendre de leur expérience : s’insérer dans un mouvement de masse, transformer l’anarchisme en une pratique vivante qui a du sens pour la vie des travailleurs, agir collectivement en tant que force politique pour influencer l’orientation de la lutte du mouvement, et leur détermination à poursuivre la lutte anarchiste même dans les conditions les plus difficiles. Le soutien à nos camarades au Soudan est important pour tous ceux d’entre nous qui souhaitent voir l’anarchisme renaître en tant que véritable force de libération mondiale.

 

[1Les Forces de Soutien Rapide (FSR) ont été créées en tant que groupe paramilitaire composé principalement de membres de la tribu des Janjawids. Auparavant, elles agissaient comme une force auxiliaire de l’État soudanais et étaient utilisées par la junte militaire qui a pris le pouvoir en 2019 pour réprimer violemment les manifestations populaires. Depuis 2023, elles sont en conflit armé avec les Forces armées soudanaises (SAF).

Source : https://enquetecritique.org/projets/auto-defense-auto-education-auto-organisation/processus-revolutionnaire-au-soudan/article/revendiquer-la-liberte-dans-la-revolution-comme-dans-la-guerre

samedi 22 février 2025

Macron et TotalEnergies : l’art français de saccager la planète

 


mercredi 19 février 2025 

Un mercredi sur deux, retrouvez les enquêtes, reportages et entretiens de Mediapart sur l'écologie. 

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 Edito
Macron et TotalEnergies : l’art français de saccager la planète

Importer massivement des carburants fossiles. S’acoquiner avec les pires régimes autoritaires. Ravager des aires de biodiversité uniques au monde.

À l’heure de l’économie numérique et de la techno-puissance des géants de la Silicon Valley, on pensait ces pratiques délétères remisées à l’histoire sombre de l’extractivisme du XXe siècle. Au Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle le 11 février, en réponse au slogan de campagne trumpiste pro-pétrole « Drill, baby, drill ! »  Fore, bébé, fore »), Macron s’est gaussé : « En France, il n’y a aucun besoin de forer. C’est simplement “plug, baby, plug !”  Branche, bébé, branche » – ndlr] », vantant ainsi l’énergie nucléaire tricolore « bas-carbone ».

C’était oublier notre fleuron industriel national, TotalEnergies. Trois ans après le début de la guerre en Ukraine, l’Hexagone vient de se hisser au rang du plus gros importateur européen de gaz naturel liquéfié russe, une énergie fossile très néfaste pour le climat. En un an, les importations de ce GNL en provenance de Russie ont explosé de 81 % en France, malgré une baisse de la demande.

Une des raisons du boom de gaz russe est que TotalEnergies est engagé dans un contrat de fourniture de gaz à long terme depuis le complexe sibérien Yamal LNG. En 2016, alors qu’Emmanuel Macron était ministre de l’économie, la France a soutenu le financement de l'infrastructure gazière Yamal LNG à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros, par l’intermédiaire de la banque publique d’investissement Bpifrance, sous forme de crédits export.

Par ailleurs, en Ouganda, la firme française fore plus de 400 puits de pétrole depuis 2023 avec le discret soutien du président Emmanuel Macron, sous prétexte que l’or noir sortirait les Ougandaise·s de la pauvreté. Mais Mediapart a dévoilé que les investissements hors norme de TotalEnergies dans ce pays bénéficient en partie à plus d’une trentaine de membres ou de proches de la famille de Yoweri Museveni, dictateur à la tête du pays depuis trente-neuf ans.

Pour terminer, des documents confidentiels que s’est procurés Mediapart révèlent que des bureaux d’étude subordonnés à TotalEnergies, tel le Français Biotope, ont délivré pour ce mégaprojet des « permis de détruire » les écosystèmes et les espèces menacées dans une zone mondialement reconnue pour sa biodiversité exceptionnelle. Éléphants, lions et hippopotames seront fortement touchés par les velléités pétrolières de la compagnie.

Un art tout français de saccager la planète qui a permis, en ce même mois de février, à TotalEnergies de déclarer 15 milliards d’euros de profits pour l’année 2024 et d’augmenter de 7 % les dividendes de ses actionnaires. « Pocket, baby, pocket ! » Empoche, bébé, empoche ! »)


jeudi 20 février 2025

Prades à l'Alchimie mardi 25 février 18h - Rencontre avec Armelle Mabon autour de son livre : Le massacre de Thiaroye - 1er décembre 1944 - Histoire d'un mensonge d'état


 

Mardi 25 février à 18h - 

Rencontre à Prades 

avec Armelle Mabon 

autour de son dernier ouvrage 

 Le massacre de Thiaroye - 1er décembre 1944 - 

Histoire d'un mensonge d'État 

(Ed. Le Passager clandestin),  

à L’Alchimie 

(3 rue de L’Hospice, à Prades)


Invitée par l’association SURVIE 66 et par la Librairie La Libambulle, l’auteure, historienne, chercheuse, membre du Collectif Secret Défense, retrace dans ce livre, publié à l’occasion de la commémoration du 80e anniversaire de ce tragique événement, l’enchaînement des faits qui, ce jour-là au camp militaire de Thiaroye (Sénégal), ont conduit au massacre, commis par l’armée française, de « Tirailleurs sénégalais » de retour sur le continent africain après avoir combattu le nazisme en Europe, y compris pour certains au sein de la Résistance. 

Armelle Mabon y témoigne également de son combat scientifique et personnel contre la censure et l’omerta qui ont frappé ce massacre, pour en établir toute la vérité. Pour l’écrivain Boubacar Boris Diop qui en a rédigé la préface, c’est « un livre où triomphent tout ensemble le cœur et la raison ».

 

 Et à Perpignan le lendemain



samedi 5 octobre 2024

Les enfants métis sacrifiés

Les enfants métis sacrifiés

 Emission à écouter ici : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/les-enfants-metis-sacrifies-6401481

Vendredi 27 septembre 2024

 

Monique, aujourd'hui - Monica Fernandes

Monique et Léa avaient 4 et 2 ans quand "Papa l'État" est venu les arracher à leurs parents dans leur village du Congo Belge. Les deux petites filles sont métisses : un crime pour les uns, un péché pour les autres. Elles ont porté plainte pour "crime contre l'humanité "contre l'État belge.

Monique est née au Congo d'un père belge et d'une mère congolaise, alors que la loi coloniale belge interdisait aux blancs du Congo d'avoir des enfants avec des femmes noires. En 1953, Monique est enlevée à sa famille et placée dans une institution religieuse dans une ville à 300 kilomètres de chez elle, par des fonctionnaires de l'État belge colonial. Elle change de nom de famille et devient, comme les autres enfants métis, un "enfant de l'État".

C'est aussi le sort que connaît Léa, dont la mère est congolaise et le père portugais. Elle décrit les conditions de vie des jeunes enfants métis au sein de cette institution : "Non seulement tu ne comprends pas la langue, tu ne connais pas la nourriture, tu ne connais personne, on t'enlève tous tes vêtements et on te laisse pieds nus, tu ne manges pas..." Léa.

"Tu es enlevée de ton milieu familial et tu n'es plus rien."

Lors de l'indépendance du Congo en 1960, les prêtes et les sœurs de l'institution religieuse sont évacués par les Nations Unies. Jusqu'à la dernière minute, Monique, 11 ans désormais, pense faire partie du voyage. "La pirogue est venu chercher les sœurs, pour aller prendre l'avion, et pas les enfants." Monique.

"Mon père savait qu'il avait laissé un enfant au Congo et qu'il fallait venir me chercher. Mais mon nom avait changé alors il ne pouvait pas me trouver."

Ce sont les enfants de Monique qui, en 2014, trouvent des traces de sa famille paternelle en Argentine, pays d'origine de sa nouvelle femme. Monique décide d'y aller, avec ses enfants. "Quand nous sommes arrivés, il y avait une foule. Je vois mon frère qui me ressemblait beaucoup. Il y avait des enfants avec des fleurs. [...] J'ai compris que "papa l'État" m'avait privé de tout ça." Monique

Le parcours de Léa est un peu différent : "Quand j'ai eu huit ans, les sœurs m'ont donné 50 francs pour partir seule et aller chercher ma maman." Léa. Sur sa route, elle rencontre une femme dont le fils avait aussi était enlevé. De fil en aiguille, elle parvient à trouver sa mère, Alphonsine. Le bonheur est de courte durée, car l'enfant est sous la tutelle de l'État belge, et ne peut rester avec sa mère.

Comme Monique, elle part s'installer en Belgique avec ses enfants. "Je n'ai jamais raconté cette histoire ni à mon mari, ni à mes enfants [...] je ne voulais pas les traumatiser" Léa.

"L'État belge doit reconnaître ses crimes. Regarder ça en face et réparer."

Léa, Monique et leurs "sœurs de cœur", rencontrées au Congo chez les religieuses, ont décidé d'assigner l'État belge en 2020. Elles l'accusent de crime contre l'humanité. Leur demande a été rejetée en première instance le 8 décembre 2021, et les juges de la cour d’appel rendront leur arrêt d’ici début décembre. "Être métisse, c'est l'union entre blanc et noir. C'est merveilleux, c'est un honneur. Je suis contente d'être métisse, mais je l'ai payé très cher" Léa..

  • Reportage : Stéphanie Thomas
  • Réalisation : Somany Na
  • Mixage : Jordan Fuentès et Dali Yaha

Musique de fin : "All Your Sisters", Mazzy Star - Album : Among My Swan (1996)

Merci à Monique, Léa, Monica, Solange et Nicolas Engelet.

Pour aller plus loin

"Le drame oublié des métisses des colonies belges", Le Monde, 13 octobre 2021

"Les métis sacrifiés de l'ex-Congo belge en quête de justice", Le Monde, 24 mai 2023

Pour en savoir plus sur la question de la qualification de la politique de placement des enfants métis dans des institutions religieuses de "crime contre l'humanité", voir Vervoort J., "La Belgique face à son passé colonial : l'affaire des enfants métis et la qualification de crime contre l'humanité", Revue des droits de l'homme, n°23, 2023

 

Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/les-enfants-metis-sacrifies-6401481

lundi 23 septembre 2024

Des centaines de milliers de déplacés après des inondations en Afrique centrale

Des centaines de milliers de déplacés après des inondations en Afrique centrale

 

 17 septembre 2024

 

Du bétail sur une île du fleuve Niger près de Niamey où d'importantes inondations ont eu lieu cette année (image d'archive - illustration).

L’Afrique de l’Ouest et du Centre souffre de précipitations exceptionnelles. De la Guinée au Tchad, des pluies torrentielles ont affecté, depuis le début de l’année, environ 4 millions de personnes, selon l’Unicef. 500 000 personnes ont été déplacées, et plus de 300 000 habitations détruites.

Le Tchad fait partie des pays les plus touchés. Les inondations ravagent le pays depuis la fin du mois de juillet. Selon le gouvernement, près de 1,5 million de personnes ont déjà été touchées, 145 personnes sont mortes et 70 000 maisons ont été submergées. Des dizaines de milliers d’animaux et d’hectares de champs ont également été engloutis.

Une ville d’un million d’habitants inondée

Le 10 septembre, le barrage d’Alo, dans le nord du Nigeria, a cédé sous la violence de flots gonflés par les précipitations anormalement abondantes, rapporte Le Monde. Une partie de la ville — qui abrite environ un million de personnes — s’est retrouvée sous l’eau, et plusieurs milliers de maisons ont été détruites.

Les inondations sont récurrentes dans la région à la saison des pluies, qui dure entre juin et septembre. Mais elles ont tendance à s’intensifier sous l’effet du changement climatique. L’année 2022, notamment, avait été meurtrière, affectant 3,48 millions de personnes et détruisant 637 000 hectares de terres cultivées, toujours selon l’Unicef.

Hausse des températures et sols saturés

« Cette évolution confirme les scénarios climatiques établis pour cette région d’Afrique, a expliqué Yves Tramblay, hydroclimatologue, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), au Monde. La hausse des températures moyennes au niveau du globe entraîne une humidité plus grande de l’atmosphère et donc une plus forte probabilité de pluies anormalement abondantes. »

« Mais, en soi, cela ne suffit pas à expliquer les inondations actuelles, a-t-il poursuivi. Il faut aussi prendre en compte l’état des sols. Or, dès le mois de juin, les précipitations étaient un peu supérieures à la normale. Les sols se sont retrouvés saturés avant que ne surviennent les pluies violentes de ces dernières semaines, facilitant ainsi les phénomènes de crues. » La dégradation des terres contribue également à accentuer les phénomènes de ruissellement.

 

Source : https://reporterre.net/Des-centaines-de-milliers-de-deplaces-apres-des-inondations-en-Afrique-centrale?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

mardi 17 septembre 2024

Huit migrants meurent dans la Manche, 46 morts depuis le début de l'année


Huit migrants meurent 

dans la Manche, 

46 morts 

depuis le début de l'année

 
AFP
Une embarcation surchargée, peu de gilets de sauvetage, et un bateau qui se déchire sur les rochers à peine arrivé en mer : huit migrants sont morts dans un naufrage dimanche, portant à au moins 46 le nombre de candidats à l’exil vers la Grande-Bretagne décédés dans la Manche en 2024.

Les victimes de ce drame survenu en début de nuit au niveau d’Ambleteuse (Pas-de-Calais) sont des « hommes manifestement majeurs », a déclaré le préfet du Pas-de-Calais, Jacques Billant, lors d’un point-presse. Six rescapés ont été hospitalisés en urgence relative, dont un nourrisson de dix mois en hypothermie, a-t-il ajouté.

L’embarcation clandestine comptait près de 60 passagers, « originaires d’Erythrée, du Soudan, de Syrie, d’Afghanistan, d’Egypte et d’Iran » et « seule une personne sur six était équipée d’un gilet de sauvetage », a souligné M. Billant.

Parti depuis « le secteur de la Slack », fleuve côtier dont l’embouchure est située entre Wimereux et Ambleteuse, le bateau est « venu s’échouer » sur une pointe rocheuse et « s’est manifestement déchiré sur les rochers », a-t-il expliqué.

Ce drame survient moins de deux semaines après le pire naufrage de l’année dans cette région, qui avait fait douze morts, dont six mineurs, le 3 septembre.

Il porte, selon le préfet, à 46 le nombre de décès dans de telles traversées clandestines depuis janvier, confirmant que 2024 est de loin l’année la plus meurtrière depuis le début du phénomène des bateaux de fortune pour traverser la Manche en 2018.

Le parquet de Boulogne-sur-Mer a ouvert une enquête pour « aide à l’entrée et au séjour d’étrangers en situation irrégulière en bande organisée, avec la circonstance aggravante de mise en danger de la vie d’autrui », a indiqué à l’AFP Patrick Leleu. Aucune interpellation n’avait eu lieu dimanche en début de soirée, a-t-il précisé.

« Les Etats français et britannique doivent repenser leur politique migratoire immédiatement », a réclamé sur X l’Auberge des migrants, une association d’aide aux exilés, qualifiant la Manche de « frontière meurtrière ».

Traversées périlleuses

A la faveur d’une fenêtre météo favorable, de nombreuses tentatives de traversée ont eu lieu ces derniers jours.

En 24 heures entre vendredi et samedi, "200 naufragés ont été secourus », avait signalé samedi soir la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar).

Sur l’ensemble de la journée, "18 tentatives de départs d’embarcations ont été suivies » par le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage du cap Gris-Nez, a-t-elle précisé.

A Ambleteuse, après le naufrage de la nuit, un second départ a eu lieu vers 07H30 dimanche, a rapporté à l’AFP Christel Leclair, bénévole dans une association locale. Les départs, « c’est tout le temps, hiver, jour, nuit, été », (...) dès que la mer est calme », a-t-elle noté.

« Les embarcations sont de plus en plus chargées, ils n’ont pas de gilet de sauvetage, éventuellement une chambre à air, il y a des enfants, des femmes enceintes, des nourrissons », a-t-elle déploré. « On est tristes, démunis. »

Selon les chiffres des autorités britanniques, les embarcations arrivées sur les côtes britanniques depuis le 1er janvier comptent en moyenne 52 passagers chacune, contre seulement 13 en 2020.

Cette année, dans le Nord et le Pas-de-Calais, "20 filières d’immigration irrégulière ont été démantelées (...), entraînant l’interpellation de 77 personnes et le déferrement de 59 », a assuré le préfet Billant.

« Il est important de lutter contre les trafiquants, mais les voyages dangereux seront réduits en s’attaquant aux causes profondes et en créant des opportunités et des voies sûres sur les routes migratoires », a réagi le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, sur X.

Faute de voies sûres, « les gens continuent et continueront à prendre les mêmes risques, peu importe la quantité de contrôles et de moyens déployés à la frontière », a abondé Charlotte Kwantes, coordinatrice nationale d’Utopia 56, association d’aide aux migrants. « Les passeurs ne font que profiter et abuser d’un système qui leur laisse toute la place ».

Après le naufrage du 3 septembre, le ministre démissionnaire de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait appelé à la signature d’un « traité migratoire entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne ».

Depuis le début de l’année, plus de 22.000 migrants sont arrivés en Angleterre après avoir traversé la Manche, selon les autorités britanniques.

Élu en juillet, le gouvernement britannique du travailliste Keir Starmer a promis de s’attaquer à l’immigration illégale en augmentant le nombre d’expulsions de migrants et en luttant contre les passeurs.

Quelques heures après le naufrage, il a annoncé dimanche la mise en place d’un commandement d’élite chargé de la sécurité des frontières.

mardi 18 juin 2024

Un moment douloureux à bord

Un moment douloureux à bord

 Jeudi 13 juin 2024

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Chères amies, chers amis,

Le week-end dernier, nos équipes à bord de l’Ocean Viking ont vécu un moment très difficile au milieu des opérations de sauvetage.

« Il n’y a pas grand-chose à dire devant un corps flottant en mer. La mort d’une personne devrait suffire pour changer les politiques. Cette personne décédée a été retrouvée, mais cela prouve que beaucoup d’autres disparaissent sans que personne ne le sache ».

Ces mots sont ceux d’Alisha, chargée de communication à bord de l’Ocean Viking après la découverte tragique d’un corps sans vie entre deux opérations de sauvetage dimanche dernier. La veille, le Geo Barents, navire de l’ONG Médecins sans frontières avait récupéré 11 autres corps dans cette zone spécifique de la Méditerranée. Toutes nos pensées vont aux familles des disparu.e.s.

Malgré cette tragédie, nos équipes ont pu porter secours à 64 personnes lors de deux opérations de sauvetage distinctes menées dans la région de recherche et de sauvetage libyenne entre samedi et dimanche dernier. Nous sommes soulagé.e.s d’avoir pu débarquer ces rescapés sains et saufs, hier, dans le port de Marina di Carrara. Nous le savons, notre place est en mer pour tendre la main à celles et ceux qui se noient.

Chaque année, la période estivale signe une augmentation du nombre de départs, ce qui nous fait craindre toujours plus de naufrages comme celui-ci. Notre présence en mer est plus que jamais vitale. Aidez-nous à poursuivre notre mission.

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Merci d’être à nos côtés.


L'équipe de SOS MEDITERRANEE
#RepondezACeSOS


Crédits : Tess Barthes / SOS MEDITERRANEE.


SOS MEDITERRANEE

samedi 13 avril 2024

Rwanda, douleur fantôme

Hier le Rwanda, aujourd’hui Gaza

Rwanda, douleur fantôme

Le


 

Rwanda, douleur fantôme.

C’est une douleur dans la main qu’elle n’a plus.

Chaque année, au printemps, la douleur revient et tout un cortège d’images reviennent la hanter jusque dans le noir de la nuit, dit-elle. Surtout pour les anniversaires, les dix ans, les vingt, les trente ans comme ces jours-ci. Génocide du Rwanda, trente ans. Les médias ressortent les mêmes articles, les mêmes spécialistes, les mêmes écrivains roublards, les mêmes débats, les mêmes images – attention – qui peuvent choquer, surtout les enfants.

Son téléphone sonne, des messages s’accumulent, les médias du monde entier veulent son témoignage. Elle ne répondra pas. Elle dit à sa copine que c’est comme les hyènes qu’elle voyait arracher des bouts de cadavre dans ces jours et ces nuits où elle priait très fort pour mourir et pouvoir comme ça rejoindre sa mère au paradis et son père et tous les siens.

Elle vit à Toronto, elle a fait une famille, elle a fait de la vie, elle a mis des kilomètres entre elle et le malheur, elle a tenté de faire de l’oubli. Les médias répètent qu’ils font tout ça contre l’oubli. Elle, c’est le contraire, l’oubli elle aimerait oublier. Comme tous les survivants. Mais comment oublier avec les commémorations, les discours, les Kagamé, les éditions spéciales.

Elle a tourné le bouton. Elle est tombée sur une déclaration du président français Macron : la France « aurait pu arrêter le génocide » mais « n’en a pas eu la volonté ». Elle a d’abord cru qu’il parlait de Gaza. Qu’il parlait de la lâcheté de la France envers Gaza. Mais c’était d’elle qu’il parlait, du Rwanda. C’est pourtant la même lâcheté. Celle du gouvernement français mais pas seulement. On sait avec quelle insistance les États-Unis recommandaient surtout que le terme de génocide ne soit pas employé officiellement car alors, selon la convention de 1948, il y aurait eu obligation d’intervenir sans délai. Il n’aurait pas fallu un grand déploiement militaire pour neutraliser des bandes de tueurs armés de machettes. Mais comme dit Macron, on n’a pas eu la volonté.

Ça a duré cent jours. Comme Gaza, on en est à cent jours. Ça se passe pareillement sous nos yeux, avec toutes les informations, tous les détails, tous ceux qui s’y connaissent sur les plateaux de télé, toutes les images – attention – qui peuvent choquer, surtout les enfants.

En avril 1994, elle avait treize ans.

Une douleur fantôme, c’est une sensation de douleur dans un membre amputé bien que celui-ci ne soit plus présent.

D.M.

 

Source : https://la-bas.org/la-bas-magazine/chroniques/rwanda-douleur-fantome

 

dimanche 20 août 2023

XR contre BNP Paribas : à Dijon, un procès hautement politique

XR contre BNP Paribas : 

à Dijon, un procès 

hautement politique

 
17 août 2023

Quatre artistes ont offert un spectacle silencieux aux militants venus soutenir les sept activistes d'Extinction Rebellion à Dijon, le 16 août 2023.

Sept militants d’Extinction Rebellion ont été condamnés le 16 août à une amende avec sursis, pour avoir mis de la peinture sur des banques de la BNP Paribas. À Dijon, de nombreux soutiens étaient présents.

Dijon (Côte-d’Or), reportage

« Celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes. Alors, merci d’avoir bougé ! » La citation de la révolutionnaire marxiste Rosa Luxemburg crépite dans les enceintes. Une main encerclant le micro, Julia Steinberger poursuit : « Mes collègues et moi-même l’écrivons noir sur blanc. L’action des financeurs de Total et des énergies fossiles, tels que BNP Paribas, est incompatible avec la survavibilité de la planète. » Professeure à l’université de Lausanne, la coautrice du rapport du Giec [1] a traversé la frontière franco-suisse, le 16 août, pour défendre les sept activistes d’Extinction Rebellion jugés à Dijon.

« Qu’ont fait ces dangereuses et dangereux écoterroristes ? » interroge Minelia, une amie, le ton narquois. Âgés de 19 à 36 ans, les interpellés étaient accusés de dégradations de biens commis en réunion. Le 10 mai, ces Côtes-d’Oriens avaient maculé de peinture noire, orange et verte les façades de trois agences de la banque BNP Paribas, et bloqué temporairement des distributeurs de billets à l’aide de colle. Au terme d’une audience hautement politisée, les prévenus ont été condamnés à 1 500 euros d’amende avec sursis, et près de 7 000 euros d’intérêts et frais d’avocats pour trois d’entre eux.

Attac, Les Soulèvements de la Terre, ANV-COP21... De nombreuses associations et collectifs ont exprimé leur soutien. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Étudiants en maïeutique, philosophie ou agronomie, directrice de crèche, psychomotricienne ou personnel hospitalier… Aucun des activistes présentés à la barre du tribunal correctionnel n’avait d’antécédent judiciaire. Alors pourquoi s’en prendre ainsi à une banque, s’est questionnée la présidente. « En Ouganda, un projet révoltant de TotalÉnergies menace le climat, la biodiversité et les humains, a murmuré Mathilde, intimidée. Sans le financement de la BNP Paribas, celui-ci n’aurait sûrement jamais vu le jour. »

« Outre la détention de 42 heures, leurs domiciles ont été perquisitionnés », insiste Minelia, de XR Dijon. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

BNP Paribas, le portefeuille de TotalÉnergies

En 2006, la quatrième réserve de pétrole la plus vaste d’Afrique subsaharienne, estimée à près de 6,5 milliards de barils de brut, a été décelée sur la rive ougandaise du lac Albert. Pour extraire et exporter cet or noir, le géant français des énergies fossiles s’est lancé dans un chantier titanesque : le forage de trente-quatre plateformes pétrolières, dont une dizaine empiètent sur la plus ancienne et vaste aire naturelle protégée du pays, ainsi que la construction d’un oléoduc de 1 143 km, qui traversera 401 villages d’Ouganda et de Tanzanie. Surnommé Eacop, ce projet menacera l’accès à l’eau et à la nourriture de millions de personnes, et ravagera l’écosystème, d’après Extinction Rebellion.

N’y avait-il pas d’autres outils pour alerter la population ? Les mains jointes sur le ventre, Solène rétorque à la présidente que les premiers avertissements, lancés par les scientifiques, remontent aux années 1970 : « La voie légale est inefficace. J’ai voté, signé des pétitions, manifesté, fait des dons… » Bondissant du banc en bois depuis lequel elle observait l’interrogatoire, l’avocate de la défense, Me Laure Abramowitch, interrompt sa cliente pour lui demander le métier de sa mère : « Elle a longtemps été directrice de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Elle avait beau s’acharner, elle ne parvenait qu’à accomplir de petits pas… Bien peu utiles face aux géants pollueurs de ce monde. »

Depuis 2015, les banques françaises ont investi 406 milliards de dollars pour soutenir les énergies fossiles, selon XR. © Emmanuel Clévenot / Reporterre


L’Accord de Paris, lui non plus, ne semble pas avoir changé la donne. Depuis son adoption, en 2015, les banques françaises ont investi 406 milliards de dollars pour soutenir les énergies fossiles. « Elles ont le pouvoir de décider de quoi le monde de demain sera fait… et BNP Paribas se place comme le chef de file dans cette fuite en avant », se désole Stéphane Dupas, des Amis de la Terre. Autre chiffre vertigineux : depuis la COP21, la banque au logo vert a accordé 165 milliards de dollars au charbon, au pétrole et au gaz. « Autrement dit, quatre fois le montant nécessaire pour rénover toutes les passoires thermiques de France », ajoute le militant.

« Pouvez-vous me dire comment, du jour au lendemain, notre monde peut-il survivre sans gaz ni pétrole ? » Prononcée avec mépris, la question de l’avocate de la partie civile, Me Anne Geslain, ne déstabilise pas Julia Steinberger, appelée à la barre des témoins : « Nous avons déjà toutes les technologies nécessaires pour alimenter le monde en énergies renouvelables et diminuer notre consommation, notamment grâce à la rénovation thermique des bâtiments. Reste à le vouloir vraiment ! » Le bec cloué, l’avocate tourne les talons et retourne s’asseoir, bredouille.

Légitimer la désobéissance civile

Tentant de recentrer les débats, la juge énonce à l’assemblée le déroulement des faits survenus le 10 mai. Informées de l’opération à venir, des équipes de la police s’étaient discrètement postées devant chaque agence. À la nuit tombée, les forces de police aperçurent les individus, et les poursuivirent. Si la flagrance laisse peu de doute, les sept prévenus gardent le silence quant à leurs agissements. « Les chiens de la brigade menaçaient de me mordre, dénonce toutefois Clara dans un sanglot. J’ai eu des ecchymoses aux poignets tant les menottes étaient serrées et quand j’ai osé demander pourquoi il y avait du vomi dans ma cellule, on m’a répondu qu’il fallait y penser avant. »

De nombreux militants ont apporté leur soutien aux sept prévenus. © Emmanuel Clévenot / Reporterre





 
Devant le palais de justice, une cantine solidaire, distribuant à prix libre du pain fourré aux algues et des tartes aux mirabelles, tentait de récolter quelques fonds pour financer la procédure. Accrochée aux courbes tortueuses d’une sculpture de 1992, une banderole « Changer ou disparaître » flottait au vent. « Outre la détention de 42 heures, leurs domiciles ont été perquisitionnés, insiste Minelia, d’Extinction Rebellion. Imaginez ! Sept jeunes activistes non violents emmenés chez eux, en plein jour et menottés dans le dos, sous le regard de leur famille et leurs voisins. »

Pour Cécile Ropiteaux, de la Ligue des droits de l’Homme, ces démonstrations de force trahissent une fois de plus l’hostilité du gouvernement à l’encontre du mouvement écologiste : « Cette criminalisation s’étend jusqu’à l’utilisation par le ministre de l’Intérieur du nouveau mot, digne de l’extrême droite, “d’écoterrorisme”. L’ONU elle-même dénonce cette rhétorique. » À ses yeux, la décision du Conseil d’État de surseoir la dissolution des Soulèvements de la Terre apparaît toutefois comme une bouffée d’oxygène.

« Asperger une façade de peinture, c’est violent ! »

« Le débat scientifique est clos. » Déposant son éventail fleuri, le procureur amorce son réquisitoire : « Personne dans cette salle, pas même la partie civile, n’est climatosceptique. En revanche, la question est de savoir si au motif de l’urgence climatique il faut renoncer à l’état de droit et à la démocratie. » Sans surprise, sa réponse est non. Retroussant les manches de sa robe noire, il ajoute que « plaider la liberté d’expression [lui] semble difficile à admettre, dès lors que les prévenus ont opéré de nuit. Comment affirmer qu’on revendique un acte politique si l’on agit dans la clandestinité ? »

Il demande alors à la présidente et ses assesseurs de condamner les militants écologistes à des peines allant de 35 à 70 heures de travaux d’intérêt général. « Ceux-ci peuvent, en Côte-d’Or, consister à nourrir les animaux à la SPA ou nettoyer des cours d’eau… Une belle façon de rendre service à la nature », sourit-il, un brin moqueur. Pour Me Bastien Poix, l’autre avocat de la défense, cette décision n’aurait aucun sens, tant les prévenus travaillent déjà pour l’intérêt commun dans leur quotidien.

« Tous parlent ici d’action non violente, s’exprime à son tour Me Anne Geslain. Seulement, asperger une façade privée de peinture et obstruer des distributeurs, c’est violent ! » Ces mots lui valent aussitôt les railleries du public. Sa demande de préjudice moral sera, elle, rejetée et les magistrats iront jusqu’à requalifier l’infraction en contravention, jugeant les dégradations légères. Dans une ultime tirade, Me Laure Abramowitch rappelle qu’en finançant le projet Eacop, BNP Paribas « méconnaît son devoir de vigilance et commet des infractions ô combien plus graves ».


Notes

[1Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

 

Source :  https://reporterre.net/Sept-militants-d-Extinction-Rebellion-condamnes-pour-avoir-peinturlure-la-BNP?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne